Accepter cette part d’inconnu
Après un demi-siècle à explorer la créativité en écriture, quel que soit le genre, je reste stupéfait.
Comme vous le savez, je publie un article chaque mercredi. Parfois, je me félicite, l’idée tient debout, l’angle est affûté, le texte respire. D’autres fois, je le relis et je grimace. Pas mauvais, mais pas vraiment incandescent.
Or, le texte dont je suis le plus fier glisse souvent dans l’indifférence. Celui que je jugeais moyen déclenche une pluie de réactions.
Mystère.
C’est la même énigme avec les livres. On croit tenir une pépite ; elle ne brille pas. On doute d’un manuscrit ; il trouve ses lecteurs.

Mon dernier ouvrage, « Survivre en milieu humain », m’a d’abord enflammé lorsque je l’écrivais. Aujourd’hui, je scrute sa structure, je doute de sa préface, je chipote sur le titre. Et critique sa mise en page, mais c’est trop tard…
Est-ce un mirage d’auteur ou une lucidité tardive ?
J’ai créé et animé des stages sur les titres de la presse. Nous pensions avoir forgé des formules irrésistibles. Finalement, très peu d’impact. D’autres titres, jugés moyens, attiraient les lecteurs comme un aimant.
Un titre, quand il est incitatif, n’informe pas, il entrouvre une porte. Il chuchote. Il promet. Mais même là, rien n’est garanti.
Le créateur se trompe souvent sur sa propre œuvre. Le peintre recule de quelques pas, observe, revient la nuit ajouter une touche. Comme nous retouchons une phrase, un rythme, une respiration.
Au fond, la question demeure : est-ce que ça plaira ?
Et la réponse, toujours, nous échappe
Créer, c’est accepter cette part d’inconnu. Continuer malgré tout.
Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com


Cher Pascal,
À mon sens, croire que ce qui plaît est beau, c’est commettre une erreur. Si je m’étais arrêté au seul titre, je n’aurais jamais lu certains livres qui m’ont pourtant fait voyager.
En prenant un livre en main, il faut se demander ce que cache le titre. Beaucoup de lecteurs ne le font pas. Ils sont attirés par l’originalité d’une couverture, des couleurs flamboyantes, une image qui ravive un souvenir… ce que rien ne garantit de retrouver au cours de la lecture.
Un titre est souvent attribué par l’auteur. Malheureusement, il peut arriver qu’il soit le seul à comprendre le lien établi avec le contenu du livre.
J’en veux pour preuve celui que j’ai donné à mon premier recueil de nouvelles : Le monde de Fische Jack, titre de l’une des nouvelles qui le composent.
Ce recueil a été constitué durant la deuxième période de la Covid-19. Mais personne ne semble avoir compris que, par l’allusion à cette fameuse « fiche », je faisais référence à la reconnexion avec la vie… tout simplement parce que la fiche en question n’est autre que celle qui sert à brancher des écouteurs à un téléphone ou un casque. Quant à Fische Jack, il cherche à se reconnecter à un monde complètement transformé après l’épidémie de la Covid…
Pour le deuxième recueil, publié en janvier de cette année, j’avais décidé de lui donner pour titre Une rencontre… là encore, en référence à celle que le lecteur pourrait faire avec moi, au travers de mes textes… mais le livre ne décolle pas…
Tout comme vous, cher Pascal, il m’arrive de relire mes textes, même ceux déjà publiés, et je leur trouve toujours quelque chose à vouloir modifier… difficile de retenir cette « lucidité tardive », comme vous la nommez.
J’accepte cette part d’inconnue dans laquelle nous entraîne la création… et, malgré tout, je continue à écrire.
Prenez bien soin de vous deux.
Lorsque l’on écrit un livre, comme on construit un bateau, pour transporter des gens, il est normal, une fois ur l’eau, de s’assurer que la coque est bien étanche et que les voiles sont bien tendues. Après ce n’est qu’une question de vent.
Toutes tes embarcations ont vogué loin, Pascal, celle-là ne fera pas exception. Peut-être un tour du monde. Pour ma part, je n’ai pas encore démarré son parcours en solitaire. Je m’attends à de belles vagues ! 🙂
Savoir si le bateau a trouvé un rivage chez l’autre est précieux !
Merci Antonio pour cette belle inspiration matinale… et poétique.
Mon dieu, que c’est joliment dit Antonio !
De mon côté, je termine une croisière en cours avant de m’embarquer avec Pascal 😊
Est-ce que ça plaira ? Bien sûr, dès que l’on écrit, la question nous occupe tôt ou tard. Mais comme l’a déjà dit une autre personne, ce n’est pas cela qui compte. On écrit parce que l’on a quelque chose à dire. Que cela plaise ou non, il ne faut pas s’en préoccuper, sinon on perd sa substance, sa spontanéité, quand ce n’est pas son âme. L’écriture est un art difficile.
Le doute, c’est une arme terrible contre soi-même.
Satisfait ! L’essentiel c’est de l’être au moment où le fait. L’autocritique après, c’est pas bon si on se démolit. Parce que ce que l’on réalise c’est d’abord pour s’aimer soi-même. Et le partage se multiplie.
Bonne journée à tous !
C’est le doute de l’artiste ou même de l’artisan : le j’aurais peut être pu… ! Ça nous a bassiné toute notre jeunesse ce ‘ peut mieux faire ‘… alors laisse glisser ça fait partie du jeu. Tu es dans la passe de la jeune accouchée qui s’inquiète de savoir si le bébé ‘a bien tout ‘. Et c’est tant mieux si tu es comme ça ! Les chefs-d’œuvre c’est comme les autosatisfaits … ils sont barbants ! Nous on aime chez toi justement ton courage ++
Alors bonne route à toi et ton ‘bébé ‘ 🐭
Ce n’est que mon avis, cher Pascal.
Je crois que l’essentiel est de rester vrai, profondément aligné avec ce que l’on est.
Chercher à séduire expose à la déception. Ne rien chercher n’en protège pas toujours davantage.
Au fond, seule compte la fidélité à soi-même : ne pas courir après l’approbation, simplement être en accord avec ses valeurs.
Rester en paix avec soi, savoir donner sans condition — peut-être est-ce là une manière d’accueillir le mystère dont vous parlez.