796e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais...

Invitez votre imagination à inventer la suite


Sans la générosité des membres bienfaiteurs, ce blog serait déjà mort. Soutenez l’association Entre2lettres.

30 réponses

  1. Urso dit :

    Mais ils étaient déjà là les envahisseurs.
    On les voyait arriver de loin
    Ah ! qu’ils étaient nombreux.
    On savait qu’ils venaient pour les petites mains. Ça avait été dit partout, dans les journaux, à la télévision, même les gardes champêtres l’avaient annoncé.
    Ces hordes qui arrivaient elles voulaient aussi travailler comme les petites mains.
    Et également plonger et nager dans les eaux bouillantes, ferrugineuses et savonneuses des splendides lavoirs de nos villages et pays.

    Mais les petites mains elles avaient vite réagi, elles ne voulaient pas leur céder la place.
    Jamais ! jamais ! toutes avaient-elles répété en chœur.
    Nous, nous sommes ici depuis la nuit des temps à faire ce travail et jamais nous ne partirons d’ici.
    Alors les autres ils avaient hurlé, s’étaient regroupés, ils s’étaient organisés !
    Pour venir affronter les petites mains.

    Et moi, et moi, je suis sorti de ma cachette.
    Je suis arrivé avec mon beau cheval blanc, pour défendre et faire peur à ces drôles et méchants envahisseurs !
    Oui avec mon cheval blanc on a terrorisé les pas gentils qui arrivaient.
    Moi avec mon petit fusil jaune pomme pointé dans leur direction, et lui mon cheval en les regardant ces barbares, avec ses yeux lumineux et perçants.

    Cela s’est vite vu, les sauvages ils ont eu peur de nous, ils ont été pris d’une forte angoisse, d’une énorme nausée. Ils ont hésité à avancer plus, ils ont ralenti et ont commencé à reculer.
    Ah ! Ah ! tous ces gros, petits et moyens pieds pas toujours nickelés, ces foies, ces reins … ces rognons, ces cœurs, … ces gésiers qui courraient, fonçaient, qui souhaitaient remplacer les petites mains dans leur labeur quotidien.
    Ils refoulent dorénavant, n’avancent plus, sont prêts à repartir d’où ils sont venus, revenir au fond de leurs tanières, leurs cavernes sombres et ténébreuses.
    Grâce à moi, oui, oui, et surtout grâce à mon cheval blanc tricot, qui avec son regard percutant, appétissant et violent a repoussé au loin et pour l’éternité, ces barbares d’envahisseurs !

  2. Mami59 dit :

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais…
    Ca y est les lavandières arrivent les bras chargés de linge ; nous allons pouvoir pourrir leur séance de lavage de linge blanc… Les petites mains commencent à s’agiter et battre le linge dans ce grand lavoir du centre village.
    C’est alors qu’un autre organe se met à vibrer, la langue, bien sûr…
    On s’interpelle, on rit, « Tu as des nouvelles de Rosalie ? » « Comment va Albert ? » « Et le bébé de Gertrude ? »…
    Soudain un cri strident s’élève « des moustiques, des moustiques… »
    Les bras se lèvent, se démènent pour chasser ces petites bestioles qui virevoltent et piquent surtout au niveau des visages.
    Et bientôt une nuée de ces insectes envahit le lavoir et se colle aussi sur le linge laissant des traînées noirâtres.
    Les petites mains laissent tout et courent de tous côtés pour sortir de ce piège infernal !
    Quant aux moustiques, ils se gaussent d’avoir réussi leur coup et ainsi de retrouver leur espace de liberté…

  3. PEGGY dit :

    796 Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements
    dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais…

    cela n’a pas duré longtemps. Chaque fois que je voulais boire un verre d’eau ou remplir une casserole, elles se manifestaient ! Personne ne m’avait expliqué comment les utiliser ou m’en passer. C’était devenu ingérable, si bien que j’ai dû acheter des bouteilles d’eau pour boire ou cuisiner. Je ne savais pas à qui m’adresser afin que cette soi-disant avancée extraordinaire qui ne m’intéressait pas, cesse. Le lave-linge et le lave-vaisselle remplissaient parfaitement leurs fonctions. De toute façon, les petites mains, pas plus que la machine ne savaient récurer les casseroles !

    Par chance, la salle de bains était épargnée. Je n’aurais pas supporté que des mains inconnues se promènent sur mon corps pendant ma douche-éventuellement me crémer, car je suis trop paresseuse, je plaisante !

    Lassée de cette situation, je suis allée voir une voisine qui parut étonnée que je n’avais pas reçu l’avis gouvernemental nous prévenant qu’il y avait eu une rénovation du système hydraulique avec assistance intégrée. Je me suis effondrée dans un de ses fauteuils, car cela voulait dire que je n’avais aucune échappatoire.

    J’allais en trouver une échappatoire !

    Dans une bassine, j’ai rassemblé tout ce que je pouvais de plus dégoûtant, de puant, d’immonde et j’ai ouvert le robinet… il n’a pas fallu longtemps pour voir disparaître définitivement toutes ces petites assistantes intégrées !

  4. Françoise Rousseaux dit :

    « Oh, regardez, l’eau a des petites mains ; on va lui donner notre linge à laver ! »
    Elles riaient, les mamies, toutes agenouillées au bord du lavoir, qu’un bief alimentait en eau courante depuis la rivière.
    Les petites mains, en fait, c’était les miennes, frigorifiées par ailleurs, qui frottaient maladroitement quelque torchon. J’avais quel âge ? Cinq , six, sept ans ? J’accompagnais ma grand-mère au lavoir et ce n’était pas la première fois que j’entendais parler des mains de l’eau . Quand un vêtement s’égarait, quand le gros savon de Marseille glissait sur le rebord en bois et faisait un plongeon, c’est elles qu’on rendait responsables. Et le lavoir n’était pas le seul endroit où elles sévissaient. Tout le long de la rivière, l’eau avait des mains et il fallait s’en méfier. Pas question de s’approcher des berges !
    Mais les années passèrent…Avec mes copines Armelle et Marie, nous enfourchions nos vélos et allions où bon nous semblait. Quand la chaleur estivale régnait sur la campagne, nous pédalions jusqu’à une gravière cachée au creux d’une anse naturelle. Là, nous quittions nos shorts, que nous avions passés par-dessus nos maillots de bain, nous remplacions nos tennis par des sandales en plastique et nous goûtions aux joies de la baignade.
    Armelle et Marie, plus délurées que moi, disparaissaient derrière le rideau argenté que formaient les branches d’un vieux saule. Elles riaient, s’exclamaient :
    – Les mains de l’eau nous chatouillent ! Viens, rejoins-nous !
    – Non, je n’aime pas les chatouilles !
    Le visage espiègle de Marie apparaissaient entre les branches.
    – Elles nous caressent aussi, allez, viens !
    Mais je n’osais pas et prétextant la fraîcheur de l’eau, j’allais m’étendre au soleil sur la gravière.
    Et puis il y eut ce jour de pluie où nous avons décidé de nous baigner quand même, parce que c’était très drôle d’être dans l’eau et de sentir les gouttes crépiter autour de soi. Mais à peine étions nous immergées dans la rivière que surgirent Bernard et Pierre, les jeunes voisins de ma grand-mère. Ils se jetèrent à l’eau et foncèrent vers Armelle et Marie qui en hurlant réussirent à leur échapper. Alors ils se tournèrent vers moi et je n’eus d’autre choix que de grimper sur le rocher qui se dressait au milieu de l’anse. Je me retrouvai en maillot de bain sous la pluie et les garçons se mirent à nager autour du rocher en se moquant de moi.
    – Alors tu as peur des mains de l’eau ? Viens donc, elles t’attendent !
    Frigorifiée, je pleurais de rage. J’aurais voulu que le courant les emporte au loin, qu’ils se noient !
    Je me demande comment tout cela se serait terminé si ma grand-mère n’était soudain apparu sur la gravière, munie de son grand parapluie noir. Les garçons se turent et s’immobilisèrent . Je sautai à l’eau et rejoignit la berge en quelques brasses. Grand-mère m’entraîna grelottante vers sa maison, où je pus me sécher et me rhabiller. Je ne me souviens pas qu’elle m’ait disputée, mais je ne suis jamais retournée à la rivière.
    Des années plus tard, j’effectuai là-bas un pèlerinage
    J’allai faire un tour au lavoir, puis j’essayai de retrouver l’anse et sa gravière. Mais toutes les berges étaient envahies par des ronces et des orties. Impossible d’accéder au bord de l’eau.
    Un couple de promeneurs m’informa que la rivière étant polluée, plus personne ne s’y baignait.
    Quelle déception !
    Je n’ai jamais revu ceux et celles qui voulaient m’initier aux mains de l’eau, ni celle qui m’en protégea. Elle nous a quittés depuis longtemps déjà. Parfois, je me demande si je n’ai pas rêvé ces souvenirs.
    Mais comme j’aimerais pouvoir replonger, une seule fois, dans la rivière de mon enfance !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Françoise, ce petit conte est un délice.
      Entre imaginaire et réalité, on y retrouve le regard d’une petite fille.
      Et si joliment raconté. Merci. 🙂

    • Nicolas Thebault dit :

      j’ai cru un moment à une fin voluptueuse, avec ses filles en maillots de bain et les mains chatouilleuses de l’eau, sans compter les garçons… je dois avoir l’esprit mal placé, mais cette histoire comprend un suspens et une chute dignes d’une bonne nouvelle. 😄

  5. ourcqs dit :

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais… personne ne s’était demandé ce qu’elles faisaient du reste du temps. Laissaient-elles des messages cachés, minuscules pour une vie plus poétique ?? Ou pour un contrôle, espionnage ?? Ces mains n’étaient pas faites pour durer. Dès que le vêtement était propre, elles se dissolvaient en mille bulles irisées, dans un parfum de pluie fraîche . Difficile de voir ces petits doigts de cristal s’évanouir dès qu’on essayait de les effleurer . Mystère …

  6. Maguelonne dit :

    Enfin l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! Les petites mains se mettaient au boulot.
    Et, pendant ce temps, vous pensiez pouvoir vous faire dorer les orteils au soleil.
    Naïfs que vous êtes !
    Faut un peu réfléchir. Même si vous n’avez qu’un neurone, faut s’en servir. Mais faut croire que même en étant à fond la caisse, y’a plus rien. Y’a bien longtemps qu’ils ont pris la poudre d’escampette, vos neurones.
    Les petites mains, moi je les connais. Elles sont toutes jalouses, aigries, hargneuses…
    Des années dans l’ombre les ont rendues revanchardes. Au fil des siècles, elles se sont mises à croire qu’elles nous valaient bien !
    Ça te fait rire, moi pas. Elles ont développé leur hypocrisie. Elles sont prêtes à tout. Elles te chatouillent, te papouillent et hop ! Te zigouillent.
    Elles veulent notre place, elles veulent notre peau.
    Te laisse pas endormir. Et quand tu aperçois des petites mains, n’hésite pas. Balance l’acide chlorhydrique.
    Quoi ? Ah le boulot ! T’inquiète, y’a les robots. Pour l’instant, ils ne sont pas encore prêts à faire leur révolution.
    Quoi, je suis parano ? Et toi tu es aveugle.

  7. Rose Marie Huguet dit :

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais…

    Génial ! On en rêvait ! Après quelques petits tests d’aptitude, les petites mains furent portées aux nues. Bien sûr restait à essorer de la chaussette au drap XXL, mais cela viendrait sans doute plus tard. Pour le moment ce n’étaient que de petites mains qui débutaient et qui accomplissaient un travail remarquable. Le linge était nickel !
    Même pas besoin d’Omo, celle qui lave plus blanc que blanc.

    Sauf que toute médaille a son revers.

    Les petites mains ne s’étaient pas créées toutes seules. L’idée avait germé dans la tête d’un scientifique célibataire qui en avait ras la casquette de laver son linge depuis que les machines à laver avaient été interdites. Il concocta un système que lui seul pouvait comprendre et le succès fut assuré. Tout le monde se rua pour s’abonner au dispositif et hop, plus besoin de se rider les mains pour avoir le linge immaculé.
    Le hic, c’est que d’une, l’abonnement était cher et de deux les petites mains n’étaient pas suffisemment résistantes pour laver le linge des grandes structures, genre hôpitaux.
    Elles étaient régulièrement contaminées par toutes sortes de bactéries.
    Le scientifique avait beau améliorer le pouvoir des mains, le résultat était de moins en moins top.
    Il convient de préciser que l’eau était rationnée et qu’elle circulait en circuit fermé. Peu de filtres, pas de produits chimiques, résultat l’eau devenait opaque et les mains servaient de nids aux différentes bébêtes empoisonnantes.

    L’enthousiasme perdait de sa superbe au même titre que les chemises dont la blancheur faisait partie de l’histoire.

    La population commençait à bouillonner et à bourgeonner. Les petites mains sortirent de leurs eaux pestilentielles accrochées aux chaussettes, caleçons, tuniques, à n’importe quoi. Elles n’en pouvaient plus et plus personne ne voulait d’elles.

    Par gestes, elles se mirent d’accord pour squatter le Ministère de l’environnement, là où l’eau propre coulait à flots sans aucune restriction. Elles plongèrent dans tout ce qui contenait de l’eau. Elles contaminèrent tout, du sol au plafond, du ministre au dernier subalterne.

    Le ministre parfaitement au courant de ce qui se passait à l’extérieur, fit de la résistance, mais la niaque des petites mains était bien supérieure à son titre.

    Il n’eut d’autre choix que de se coucher, sortir par la porte de derrière sous les applaudissements des petites mains qui s’en allèrent fêter leur victoire en compagnie des lave-linges tout heureux de retrouver leurs postes. Il y eut ce jour de nombreuses tournées de Champagnomo millésimé.

  8. Nicolas Thebault dit :

    796 / l’eau et ses petites mains / Nicolas

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais… il y a comme toujours une contrepartie. Il ne fallait pas les regarder travailler.

    Au début, tout le monde était ravi. Les lessives se faisaient sans effort, la vaisselle ressortait brillante, les carreaux luisaient comme jamais. Les journaux parlaient d’une révolution domestique. On vendait des bassines transparentes pour admirer le phénomène.

    Mauvaise idée. Car les petites mains n’aimaient absolument pas être observées.

    Elles ralentissaient d’abord. Puis elles se figeaient. Et parfois, elles restaient accrochées au tissu, comme tétanisées. Une chaussette pouvait ressortir griffée. Une chemise, légèrement distendue, comme si elle avait été tirée par dépit.

    On conseilla de couvrir les récipients d’un linge épais. L’eau travaille mieux dans l’ombre, disait le ministère des Fluides. Puis vinrent les premiers incidents. Un homme plongea ses mains dans l’évier pour récupérer une bague tombée. Il hurla. Quand il retira ses doigts, ils étaient propres, impeccables — mais ses empreintes avaient disparu. L’eau les avait gardées. On comprit alors que les petites mains ne se contentaient plus de laver. Elles triaient. Elles prélevaient.

    Un soir d’orage, l’électricité sauta dans tout le quartier. Les habitants descendirent dans la rue. Des flaques s’étaient formées sur l’asphalte. On les vit bouger. Des milliers de petites mains tâtonnaient à la surface, cherchant quelque chose.

    Les autorités parlèrent d’un phénomène hydrodynamique. On évoqua des micro-courants et même des illusions collectives, On recommanda simplement de ne plus utiliser de récipients ouverts. Mais l’eau n’avait plus besoin de récipients. Elle apprenait. Au début, les petites mains n’apparaissaient que dans l’eau stagnante. Puis dans l’eau courante.

    Les scientifiques finirent par admettre une chose : la masse globale d’eau sur Terre n’avait pas changé. Mais sa répartition, oui. Imperceptiblement. Certaines nappes phréatiques se vidaient sans raison. Certaines maisons devenaient anormalement humides. Comme si l’eau se rassemblait. Comme si elle constituait quelque chose. Un réseau.

    On cessa de boire au robinet. On tenta de faire bouillir l’eau, de la filtrer, de la distiller. Mais même sous forme de vapeur, elle conservait cette étrange cohésion. Les petites mains n’étaient pas des organismes. Elles étaient des gestes.

    L’eau répétait ce qu’elle avait appris. Pendant des millénaires, elle avait porté nos corps, lavé nos morts, infiltré nos maisons, circulé dans nos veines. Elle connaissait nos formes liquides. Elle savait comment faire. On comprit enfin : l’eau ne se contentait plus d’imiter les mains. Elle essayait de devenir nous.

  9. 🐁 Sourisverte dit :

    On les voyait ces mains: celles qui sortaient de l’étendue d’eau plusieurs fois avant de disparaitre définitivement au fond. Et puis il y a celles qui lavent. Il y en avait pour le rouge et le noir et d’autres pour le blanc et qui nécéssitaient une lingette anti-redéposition afin que le blanc ne devienne pas noir. Il faut dire que c’est rarement le contraire ! Ou alors  » Homo  » plus blanc que blanc ça dépend comment le vent souffle. Mais les plus efficaces des petites mains ce sont celles qui nettoient les peaux, celles-la elles grattent, caressent, vous donnent un lustre et même font reluire… nos préfèrées évidement !
    Les petites mains manucurées, celles-ci je ne vous les conseille pas pour une grosse lessive, non, elles sont destinées aux dentelles. Pour les draps préfèrez les mains un peu douces qui sauront reveiller les souvenirs… enfin j’en ai connu des calleuses qui ne manquaient pas d’expérience.
    Les petites mains qui lavottent… les petites qui tripotent.. contacter la compagnie des Ô ils ont un grand choix.🐁

  10. Gilaber dit :

    Bas les pattes… « Je croyais avoir trouvé la solution pour me simplifier la vie. »

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais…

    Je ne saurais dire à quel moment cette évidence s’est imposée à moi, ni pourquoi elle ne m’a pas paru plus absurde que cela. Peut-être parce que, dans le fond, nous savons tous que certaines choses fonctionnent sans que nous comprenions vraiment comment. L’électricité, la digestion, l’inspiration, la vie dans son ensemble… alors pourquoi pas l’eau ?

    Toujours est-il qu’un matin, en laissant tremper mes vêtements dans une bassine, je les ai vues. Des petites mains, nombreuses, agiles, surgissant de la surface comme des algues animées. Elles se sont mises au travail sans que j’aie rien demandé. Elles frottaient, tordaient, tapotaient. Avec méthode. Avec entrain. C’était pratique. D’une simplicité désarmante. Tu laissais tremper tes vêtements, et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. En un tour de main, si j’ose dire.

    Mais très vite, j’ai compris qu’il y avait des règles. Un jour, pressé, j’ai voulu récupérer ma chemise avant la fin. Impossible. Les mains la retenaient fermement, comme si le tissu leur appartenait désormais. L’une d’elles a même fait non de l’index. J’ai appris plus tard la raison : je n’avais pas serré la main à toutes celles qui œuvraient dans le récipient. Question de politesse, apparemment. Une reconnaissance du travail accompli.

    Je dois reconnaître qu’elles faisaient le job avec une efficacité remarquable. Et pour les remercier, j’aurais peut-être dû leur tendre la mienne. Mais me l’auraient-elles rendue ? Cette question m’a traversé l’esprit, furtive, inconfortable. Je l’ai chassée aussitôt.

    J’ai toujours confié mes vêtements avec prudence. Ne dit-on pas : jeu de main, jeu de vilain ? Pourtant, j’avais confiance. Les petites mains, on le sait bien, sont celles qui travaillent dans l’ombre. Cette définition n’a rien de péjoratif, ni de dégradant. Bien au contraire. Être une petite main, c’est participer à l’œuvre commune, sans gloire mais avec efficacité. Du moins, c’est ce que je croyais.

    Entre nous, le dialogue n’était pas facile. Elles ne connaissaient que le langage des signes. J’ai dû l’apprendre. Lentement. Un pouce levé signifiait “propre”, une paume ouverte “attend”, deux doigts croisés “encore cinq minutes”. C’était un effort, mais aussi une forme de lien social. Je n’étais plus seul.
    À chaque fin de lessive, elles battaient des mains pour se féliciter du devoir accompli. Le clapotis joyeux résonnait dans la buanderie comme des applaudissements miniatures. Fallait-il passer la main pour autant ? Je ne me suis pas posé la question.

    J’aimais bien les taquiner. Un jour, pour rire, j’ai crié :
    — Haut les mains !

    Très facétieuses, l’une d’elles m’a répondu par un doigt d’honneur. J’ai éclaté de rire. Elles avaient de l’humour. Du caractère, aussi. Ça me plaisait.
    Puis elles ont commencé à apparaître ailleurs. D’abord dans l’eau de mon bain. Je m’en souviens très bien : j’étais fatigué, les épaules lourdes, l’esprit encombré. Lorsque je me suis immergé, des mains sont venues se poser sur mon dos. Elles gratouillaient exactement là où ça démangeait. Et viens que je te frotte ici, ou là. C’était… agréable. Inattendu, mais agréable.

    Le shampoing est rapidement devenu un des meilleurs moments de la journée. Elles savaient masser le cuir chevelu comme personne. Des mouvements circulaires, précis, presque savants. Un réel plaisir. J’en sortais détendu, comme après une séance chez le kinésithérapeute. D’ailleurs, plus besoin de kiné. Elles savaient faire. Massages musculaires, huiles essentielles pour le corps… elles s’adaptaient à tout.

    La vie devenait facile. Fluide. Une succession de petits abandons confortables. Le meilleur restait à venir lorsqu’elles ont fait leur apparition dans le baquet de ma vaisselle. J’ai retiré mes mains, ravi. Assiettes, verres, casseroles… tout ressortait impeccable. Je n’avais plus qu’à regarder faire. La vie devenait un rêve.

    C’est là que j’ai cessé de faire attention.

    Le cauchemar ne s’est pas annoncé brutalement. Il s’est glissé, doucement, à force de petites habitudes. Les choses ont mal tourné lorsqu’elles ont commencé à vivre hors de l’eau. Au début, ce n’était presque rien. Une petite tape sur la nuque, si je prenais une mauvaise décision. Un geste sec, mais pas méchant. Préventif, pensais-je.

    Puis vinrent les baffes. Une seule d’abord. Puis plusieurs, coordonnées, si je persistais dans une grosse bêtise. Elles jugeaient. Elles corrigeaient.
    Elles refermaient un livre jugé inintéressant. Claquement sec. Fin du chapitre.
    Elles éteignaient la télévision si un programme leur semblait inutile. Noir immédiat.
    Plus de veillées tardives : mon temps de sommeil était sous contrôle. À vingt-deux heures précises, elles tapaient trois fois sur l’interrupteur.

    Je protestais parfois. Elles répondaient par des gestes fermes, sans appel. Le langage des signes avait évolué. Il n’était plus question de dialogue, mais d’injonctions.

    Un matin, en voulant préparer mon café, j’ai réalisé qu’elles avaient pris l’habitude de me guider. Une main sur le poignet pour doser le sucre. Une autre pour m’empêcher d’en reprendre. Pour ton bien, semblait-elle dire.

    C’est en cherchant mes clés que la vérité m’a frappé. Elles les tenaient. Hors de l’eau. Bien visibles. Inaccessibles. Je me suis assis. Lentement. J’ai regardé mes propres mains. Elles étaient là, bien sûr. Immobiles. Inutiles. Comme si elles n’étaient plus prioritaires.

    Je n’avais plus ma vie en main.

    Bas les pattes, ai-je murmuré, plus pour moi-même que pour elles. Ma voix n’avait rien d’un ordre. À peine une habitude. Les petites mains ont hésité un instant — ou peut-être ai-je simplement cru percevoir cette hésitation. Juste le temps nécessaire pour me faire croire que tout restait possible.

    Puis, c’est à ce moment-là seulement que j’ai compris : à force de vouloir me faciliter l’existence, j’avais confié trop de choses. Petit à petit. Sans résistance. Les petites mains n’étaient plus de simples aides. Elles étaient devenues les miennes.

    Il n’y avait pas de lutte à engager, pas d’ennemi à désigner. Rien à reprendre de force. Ce qui m’arrivait ne relevait ni d’un coup d’État ni d’une rébellion. C’était l’aboutissement logique d’une suite de renoncements discrets, soigneusement emballés dans le papier cadeau du confort.
    Il n’y a pas de tyrans sans consentement discret.

    Les petites mains ne sont jamais apparues armées. Elles n’ont pas crié, ni menacé. Elles ont commencé par aider. Ou peut-être ai-je commencé par leur demander de m’aider.

    Laver. Masser. Soulager. Corriger.

    Elles ont remplacé l’effort par l’efficacité, la réflexion par l’automatisme, la liberté par le confort. Et lorsque j’ai compris que je n’avais plus ma vie en main, il n’y avait plus personne à blâmer.

    Pas même elles.
    Les petites mains ne font que ce qu’on leur demande.
    Ce sont les grandes lâchetés qui leur donnent tant de pouvoir.

  11. Ariane ADAM dit :

    Enfin l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop!
    Tout le monde s’émerveillait de voir toutes ces petites mains s’agiter en cadence.
    Les visages attendris se penchaient sur la bassine:  » Comme c’est mignon! »
    N’allez pas croire quelles s’agitaient n’importe comment. Ah non, le ballet était réglé et mené de main de maître par celle qui avait remporté haut la main le vote à main levée.
    « Hop-hop-flap-flap, hop-hop-flap-flap! En mesure s’il vous plaît mesdemoiselles! »
    Elles avaient intérêt à à se mouvoir en harmonie.
    Malgré tous ses efforts, une pauvre petite se retrouvait toujours à contretemps : la main gauche.
    Si les spectateurs béats et ahuris d’au-dessus de la bassine avaient pris la peine d’observer, ils auraient distingué autre chose que des gouttelettes qui se trémoussaient.
    La main courante par exemple qui se déplaçait de droite à gauche, de gauche à droite, en diagonale sans s’arrêter comme dans une folle partie d’échec.
    Elle n’avait jamais d’amie forcément: « Pas le temps, désolée, pas le temps, pas le temps! »
    La main verte qui s’occupait des taches de gazon, la chapardeuse qui faisait main basse sur toutes les taches, la courageuse qui prêtait main forte à tout le monde, la consolante qui prenait l’autre par la main.
    Tout ce petit monde cohabitait, »bullait », battait, frottait, tordait et ceux d’en haut, les ravis de la bassine, »
    « voyez-comme-c’est-joli-et-en-plus-on-ne-doit-plus-rien-faire » croyaient au mouvement perpétuel, au service gratuit à durée indéterminée.
    Mais un jour, pour faire le malin, quelqu’un a hurlé au ras de l’eau, comme ça, bêtement : « Haut les mains! »
    Et là panique à bord de la bassine, stress émotionnel, tsunami traumatique.
    Les petites mains surgirent, tétanisées, émergeant à la surface, doigts écartés comme autant de cris silencieux d’épouvante.
    La Main Haute tentait en vain avec force cris et gesticulations de reprendre la main.
    Dans le peuple d’au-dessus, on s’amusait, on commentait: » Oh des bulles, des vagues! On dirait que ça pétille! »
    Et puis, ça a pétillé de moins en moins, ça a « bullé » encore un peu, si peu, puis plus du tout…
    Calme plat dans la bassine.
    Des incrédules ont agité l’eau avec leurs grosses mains  » Vous allez voir ça va remarcher ».
    Tu parles…
    Les obstinés ont attendu. « Ça ne peut pas s’arrêter comme çà! »
    Ben si…Il va falloir vous remettre à la lessive messieurs dames.
    C’est fragile et ça mérite le respect les petites mains…

  12. camomille dit :

    Mais un jour, un jour que j’étais particulièrement attentive à l’opération « lessive à la main », voilà ce qui s’est passé.
    J’étais penchée sur la bassine et j’observais ces petites mains habiles, frétillantes et actives.
    « clip-clap ! flip-flop ! »
    Sans relâche elles frottaient, elles battaient, elles essoraient…
    J’aurais pu les regarder sans me lasser durant des heures.
    J’eus alors une pensée attendrie pour ces travailleuses silencieuses.
    Et c’est à ce moment là que survint l’événement :
    L’une d’entre elles (qui devait être leur chef), sortit de l’eau et se positionna dans ma direction légèrement ouverte en signe d’invitation.
    Sans réfléchir, et naturellement je saisis cette main tendue.
    Mais je vacillai, et la main tendue m’attira dans la bassine « plouf ! ».
    Automatiquement, les petites mains se ruèrent sur moi.
    Je fus alors frottée, battue, essorée sans relâche.
    J’étais sonnée.
    Je pus miraculeusement m’extirper de la bassine, complètement hébétée mais… Propre !
    Fallait-il vraiment saisir la main tendue ?
    Tout n’est que question d’hygiène personnelle finalement.

  13. FANNY DUMOND dit :

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique et sain pour la planète. Partisane « verte », tu ne voulais pas du made in China. Tu laissais tremper tes vêtements et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais le gros hic, c’était que tu devais rester plantée devant le baquet pour les surveiller. Certaines menottes tiraient au flanc en se cachant dans les draps, tandis que d’autres, ignorant toute délicatesse et minutie, te mettaient ton précieux carré Hermès en lambeaux en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Tu devais avoir l’œil sur celles trop mollassonnes, incapables de frotter les taches de cambouis sur les bleus de monsieur, et sur celles de ketchup/mayo sur les tee-shirts des gosses.

    Tu décrochais ton téléphone pour faire une réclamation à la compagnie des eaux qui t’avait vanté cette merveilleuse nouveauté. Mais, comme elle n’en avait rien à faire de tes pleurnicheries, tu empilais ton linge sale dans la brouette, tu t’armais de ton battoir et tu t’en allais, cahin-caha, par les chemins cabossés, vers la rivière à sec ou en crue, selon ses caprices.

  14. Nouchka dit :

    « Enfin l’eau a de petites mains », apprend-on à la une de la presse. C’est pratique, est-il développé : « tu laisses tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettent au boulot ».
    Ah oui ! C’est tout ce qu’ils ont trouvé pour tenter de nous garder euphoriques en cette fin de semaine ?
    Je peux imaginer ce que cela pourrait donner lorsque je suis dans mon bain : les petites mains « expertes » bien sûr, remplaceraient avantageusement les ustensiles habituels qui nécessitent de se contorsionner pour atteindre le haut du dos. Mais que se produira-t-il quand les dites petites mains voudront s’introduire dans tous les orifices de mon corps ?
    Il n’est pas précisé par les journalistes si les petites mains adaptent leur taille au contexte. Si elles enflent ou rétrécissent en fonction de la quantité d’eau, j’imagine qu’à la piscine, elles vont donner de grandes claques aux nageurs qui ne comprendront pas ce qui leur arrive…
    Par contre, si elles s’adaptent à la taille d’un minuscule verre à liqueur, ces mains pourraient être précieuses pour nettoyer à fond votre bouche après chaque repas.
    Il n’est pas non plus précisé dans l’article de presse si les petites mains agissent sur l’eau de pluie. Que se passera-t-il avec la neige, par exemple. Les petites mains joueront-elles à faire des boules qu’elles lanceront dans le décor alentour ?
    Je ne parviens pas à décliner cette découverte aux effets sur les eaux industrielles ou agricoles. Peut-être les stations d’épuration vont-elles travailler à grande vitesse avec de petites mains répugnantes qui traiteront tous les effluents à recycler.
    En attendant, je vais me faire un thé avec l’eau habituelle et ne souhaite pas vraiment que cette révolution de l’eau parvienne à modifier mon quotidien.

  15. Nadine de BERNARDY dit :

    Enfin l’eau avait des petites mains .C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements et hop! les petites mains se mettaient au boulot.
    Mais voilà qu’à force de s’échiner sur notre linge, deux d’entre elles avaient une tendinite, l’une des gerçures et des signes de rhumatisme menaçaient le reste. Les vêtements ne ressortaient plus aussi nets du baquet.
    On changeât de lessive, on tentât la savon se Marseille, en vain.
    Mon père allât alors leur demander ce qui se passait. Les mains lui firent part de la situation.
    Tout d’abord il se fâchât, disant que tous les prétexte étaient bons pour se plaindre:
    nous vous traitons correctement, 21h de travail par semaine, vacances quand nous partons en camping car, produits de qualité, que vous faut il de plus ?
    Sans se concerter, outrées par ce discours, elles décidèrent de se tourner les pouces jusqu’à nouvel ordre.
    Au bout de 15 jours, le tas linge avait pris des proportions alarmantes, nous n’avions plus rien à nous mettre sur le dos.
    Ma mère eut une idée. 0n embarquât tout le monde dans le camping car, direction Barbotan les Bains pour une cure thermale générale.
    Trois semaines à se faire chouchouter, masser, à mariner dans les bains bouillonnants en bonne compagnie.
    Nous revînmes requinqués, détendus, les mains purent reprendre leur boulot comme avant.

  16. Antonio dit :

    Il y avait les shampouineuses, les frotteuses, les rinceuses et les essoreuses. Chacune se mettait à son ouvrage de manière synchronisée et les vêtements sortaient du grand bain thermal propres et requinqués. Mais il y avait quelques mains gauches qui n’en avaient cure.

    Car, justement, elles vécurent trop longtemps à la merci de ces usines thermales qui les faisaient travailler à la chaîne. Ce métier les bassinait et elles ne furent pas au bout de leur peine quand elles virent arriver ces grandes machines, tambour battant, pour accélérer la cadence. Elles comprirent qu’elles mettaient leurs doigts dans un terrible engrenage. La direction des ressources manuelles les rassura en leur promettant l’allégement de leurs tâches par roulements, grâce à l’automatisation du débit d’eau, garantissant des pauses et des conditions de travail optimales, modernes, à faire tourner les têtes.

    De nombreuses mains applaudirent, d’autres restaient perplexes, partagées entre les promesses d’en haut, troubles, et les mises en garde des réfractaires de gauche qui auguraient du pire. L’automatisation, c’était la fin de la condition manuelle, le propre de leur existence. Une grève fut décrétée. Mais beaucoup avaient besoin de ce travail.

    « Je viens d’une petite rivière d’où j’ai émigré, j’ai des menottes à nourrir. »
    « Moi, j’ai eu ce tuyau par une amie, je ne peux plus faire machine arrière. »

    La coupure d’eau ne dura que quelques heures et les petites mains votèrent la reprise du travail, tambour battant. Et au bout d’un cycle programmé, elles finirent toutes par être remerciées avec les eaux… usées par ce travail des temps modernes.

  17. 🐻 Luron'Ours dit :

    ET HOP!
    Lavage et essorage sont l’apanage de petites mains, invisibles elles. Elles sont comme les plumes du canard, ça glisse au pays des merveilles. Au petit matin, attends-toi à retrouver tout net, prêt à l’emploi, hormis… faut-il encore se plaindre quand « comment que ça va bien »? C’est une histoire d’Ô… oh oh oh ! Pas de salacité sous mon toit ! Aller faire ça dehors. Naguère, on jeta le bébé avec l’eau du bain. Il devint saute-ruisseau chez un clerc, oui, celui qui tirait les affaires au clair. Avec son cabinet d’huissier, il constate, il enregistre, quand il en a le temps. Aujourd’hui, il s’en lave les mains, il traite l’eau courante, les en eaux troubles, les entre deux-eaux, seulement entre-deux vins, entre-deux mers ??? Les petites mains ne se décourageront pas, on a ouvert une succursale à Cachan, des fourgons amènent les beaux draps de Paris, voire les froufrous…🐻

  18. Jean Marc Durand dit :

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop, les petites mains se mettaient au travail.

    Mais les plus malins comprirent vite, laissèrent tomber les vêtements par terre et se trempèrent eux-mêmes. Ce fut le début du temps du « Grand Papouillage ».

    Rien ne valait mieux que de se laisser papouiller, dès le matin jusqu’au soir, tard dans la nuit et tôt du matin. Ce fut l’explosion de l’usinage des baquets et de leur vente. Pour ceux n’ayant ni océan, ni mer, ni fleuve, ni ruisseau à disposition.

    Les bébés flotteurs pullulaient. Les parents traitaient leurs affaires sociales de baquet à baquet, par canards interposés. Les anciens étaient regroupés dans des piscines olympiques. Ils y organisaient de gigantesques parties de water-polo, rien que pour garder la forme, enfin les formes, toutes les formes.

    De fait, ça avait commencé vers 2050, au temps du « Grand Débordement », à l’époque où tous les glaciers avaient fondu. Ce fut terrible pour l’humanité. Surtout pour les bipolaires, avec la fonte des banquises.

    Mais pour survivre, l’être vivant a toujours su s’adapter. La baleine, en constatant la disparition de ses pattes avait su plonger dans la Grande Bleu. Le pyteuthon, en voyant disparaître ses nageoires était parvenu à escalader la rive.

    Et l’Homo Sapionce, s’était réveillé, était sorti de sa grotte pour bricoler sa première hutte. Bien avant le temps du « Gand Lego » urbanisant.

    Là, face à l’invasion des eaux, il avait recréé une vie sur pilotis. Il s’était enfin décidé à construire sur du meuble, à enterrer les fusils rouillés, à barquer leur déplacements, à gondoler leurs contacts.

    Ce n’était pas vraiment un choix, plutôt une question de survie, l’adaptation souriante au cours des choses qui vous échappent, surtout quand on ne pense qu’à les maîtriser.

    Les valeurs évoluaient. Du haut de mon îlot, tel un Anapoléon, je songeais aux belles années englouties.

    Je revoyais Pascal, un garnement du Sud-Ouest, tout heureux et souriant, en apprenant que son vaste terrain allait être classé au Patrimoine de l’Humidité.

  19. mijoroy dit :

    Enfin, l’eau avait des petites mains. C’était pratique, tu laissais tremper tes vêtements dans un récipient et hop ! les petites mains se mettaient au boulot. Mais, la nouveauté était ce mode d’emploi particulier…ignoré des lavandières.
    Comment laver son linge sale en famille ?
    Premièrement, ne pas mélanger les torchons et les serviettes. La belle-famille d’un côté, la sienne de l’autre : il convient de préserver l’illusion que la crasse a une origine extérieure.
    Deuxièmement, détacher sans scrupule : l’héritage miraculeusement surgi des nappes phréatiques chez l’oncle Alfred, la passion de tante Augustine avec le cousin Jacques, et la carrière très ciblée du fils de Jean-François Régis dans les solutions de nettoyage définitif. (OGM, Glyphosate, Vaccins « TULESVIOQS » ou « KILLBENIOUIOUI » sortis des labos en deux mois, ect…)
    Troisièmement, éviter les agents trop agressifs : la jalousie qui mousse, la mauvaise foi qui colle, la belle-mère qui s’incruste à basse température, et ces mâles dominants (ceux qui se la jouent petit chef de famille) devant lesquels on ne plie que le linge, jamais l’échine. (Non mais, on ne baisse pas son pantalon ou sa culotte devant les petits chefs, hein !)
    Quatrièmement, bannir les écrans : rien ne retarde mieux un règlement de comptes qu’un doigt occupé à faire défiler des indignations prêtes-à-porter.
    Cinquièmement, faire tremper toute une nuit. La pleine lune est recommandée : elle donne aux turpitudes un éclat presque poétique, ce qui aide à les nier au matin.
    Sixièmement, n’étendre dehors que ce qui supporte le vent. Le reste sèche en interne, entre non-dits, dénis et héritages toxiques, jusqu’à obtenir cette teinte grisâtre appelée “respectabilité”.
    Bonne lessive.

  20. Béatrice Dassonville dit :

    Enfin, l’eau avait de petites mains. C’était pratique : il suffisait de laisser tremper ses vêtements dans un récipient et, hop ! les petites mains se mettaient au travail. Mais si cette étrange découverte s’était d’abord révélée ainsi, que dire de la suite des évènements ?

    Car les petites mains avaient scellé une singulière alliance avec l’eau et s’en montraient indissociables. Elles s’activaient dans votre bain pour vous frotter le corps, dans l’évier pour laver la vaisselle, ou encore pour récurer vos sols, vos murs et vos trottoirs, avec une telle efficacité que, très vite, elles rendirent les appareils ménagers obsolètes.

    Cela fâcha les fabricants d’électroménager, ainsi que les producteurs de balais et de brosses. Des usines fermèrent et le taux de chômage grimpa en flèche. Bientôt, la dette des pays — surtout en France — mit l’économie à terre.
    On ne parlait plus que de cela. Les problèmes du monde — guerres, catastrophes climatiques, et même nos premiers contacts avec les extraterrestres — étaient devenus secondaires.

    Car le pire restait à venir : par effet d’évaporation, les petites mains désormais au-dessus de nos têtes s’amusaient, petites folles, à tordre les nuages. Les inondations devinrent bibliques. Les sommets internationaux se tinrent en bottes de caoutchouc. Les déserts connurent une floraison excessive.

    Nos scientifiques séchaient.

    Heureusement, les extraterrestres y virent une occasion idéale d’entrer en communication avec notre planète. Ils nous offrirent des gilets de sauvetage et des bouées quantiques — le temps de négocier.

    Ils détenaient la solution
    Au problème qu’ils avaient eux-mêmes créé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.