30 réponses

  1. Urso dit :

    Le jour où mon papa m’a offert un beau vélo !
    Cela a été le meilleur jour de ma vie !
    Un vélo rouge et vert.
    Vert lorsque le feu de signalisation passe au rouge et rouge lorsque ce même feu passe au vert.
    J’avais treize ans. Mes cheveux blonds volaient au vent.
    En roulant, mes jambes gonflaient, mes muscles sortaient, se mettaient en relief et Ro, Ro le turbo arrivait tout seul sur ce vélo bolide.

    J’empruntais l’autoroute qui passait pas loin de mon village.
    Vlan ! Vlan ! Je doublais toutes les voitures que je rencontrais avec mon beau vélo.
    Sur cette autoroute personne n’y comprenait rien !
    Comment un vélo, avec un jeune ado pouvait aller aussi vite ?
    Les gendarmes du patelin me regardaient différemment. Il faut dire qu’ils zieutaient plus l’engin avec qui je roulais comme un dingue que ma personne.
    Ils devaient se demander si je n’étais pas un extraterrestre pour rouler aussi vite.
    Et moi de ne pas me reconnaître. Sur ce vélo je devenais une autre personne.
    C’est sûr !
    Moi devenu un Fangio en vélo, moi Bibi le cancre à l’école.

    Un jour, ils sont devenus plus méchants.
    Ils ont voulu me le confisquer ce vélo offert par mon papa.
    Paraît-il pour le faire analyser, voire ce qu’il avait dans le ventre, pour qu’il aille aussi vite.
    Et moi de leur répondre aux gendarmes que c’était mes jambes qui faisaient tout le travail, et aussi ma tête, mon mental. Un mental qui était en fer forgé.
    Ils n’ont rien voulu savoir.
    AIors je me suis enfui car je ne voulais pas qu’il touche à mon bolide.
    Moi devant sur la route et eux derrière, et moi qui était très loin d’avoir donné toute ma puissance sur ce vélo !
    À un moment je me suis retourné, pensant toujours les avoir à mes trousses.
    Les gendarmes il n’y en avait plus. Disparus.
    Hi ! Hi ! Ils ont abandonné leur course poursuite, leurs casseroles c’est sûr n’allant pas assez vite ! Pour me mettre la main au collet.
    J’étais fier de moi, je les avais semés.
    Je me suis mis à rire tout seul.
    C’est certain je n’étais pas moi même sur cet engin supersonique !

    Et puis Ho ! Ho ! Aujourd’hui savez-vous ce que je fais, ce que je suis dans la vie ?
    Le métier que j’exerce, la vocation qui est la mienne !
    Je suis un gendarme, même un gendarme avec beaucoup de galons.
    Même avec un képi avec quelques étoiles dessus.
    Et presque un vieux monsieur, avec une épouse qui a aussi pris de l’âge.
    Et des enfants, des petits enfants plein plein !
    Et le dimanche matin, mon hobby, ma passion, ma joie de vivre, c’est de … je sors mon petit vélo vert et rouge.
    Je continue comme lorsque j’étais jeune – à rouler à vive allure, pire qu’un Tgv qui s’est perdu en pleine campagne, fonçant pour retrouver la plus proche gare.
    L’autre jour une roue de mon vélo a sifflé un air de Joe Dassin le chanteur.

    …. » Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline
    De l’attendre avec un petit bouquet d’églantines
    J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu
    J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue
    Zaï-zaï-zaï-zaï
    Zaï-zaï-zaï-zaï
    Zaï-zaï-zaï-zaï
    Zaï-zaï-zaï … »

    Le vélo en fait avait une roue crevée.
    Alors je suis rentré à pied.
    J’ai réparé le pneu dans le garage de la maison de papy. Il était là avec mamie et me regardait réparer ce pneu.

    Là aussi je ne me suis pas du tout reconnu lorsque j’ai mangé une glace avec eux.
    Je me suis regardé à plusieurs reprises dans cette glace, trois boules, chocolat, banane et fraise.
    J’avais vachement rajeuni !
    Je devais avoir à peine treize ans.
    Avec à mes côtés mon beau vélo tout rutilant !

  2. PEGGY dit :

    797 Racontez ce jour où vous ne vous êtes pas reconnu. (e)

    Nous étions assis au restaurant, lorsque pensant à l’exercice de Pascal, j’ai demandé à mes amis s’ils se souvenaient d’un jour où ils ne s’étaient pas reconnus eux-mêmes.

    L’histoire de l’un d’eux balaya toutes les nôtres.

    Vers l’âge de 19 ans, il se fait embaucher comme intendant de colonie de vacances. Parmi ses responsabilités figurait l’approvisionnement, notamment en viande.

    Tout en préparant la commande, le boucher ne cessait de parler.
    – Vous avez de la famille dans la boucherie ? demanda le boucher
    – Non, pourquoi ?
    – Parce que vous avez l’air de vous y connaître très bien.
    – Question de bon sens, éluda-t-il, feignant l’assurance.

    Qu’avais-je bien pu éveiller chez cet homme, en fin de carrière, au tablier blanc resté immaculé, on ne sait par quel miracle, pour que celui-ci prenne le temps de discuter avec un adolescent qu’il voyait pour la première fois ?

    Il me parla longuement de la vie du village et de différentes choses qui ne m’intéressaient pas. J’avais surtout hâte d’en finir. Lorsqu’il commença à emballer ma commande, j’avais déjà un pied vers la sortie. Mais le boucher n’en avait pas terminé. Il m’expliqua en détail la manière d’abattre un bœuf, précisant qu’il s’en chargeait lui-même pour sa propre boucherie.

    Je ne m’attendais pas à la suite…
    – Vous savez abattre une bête ?
    Moi qui ne tue pas une mouche je m’entendis répondre :
    – Oui, je pense
    – Vous savez ou bien vous pensez ?
    – Ben, je sais.
    – Je voudrais bien voir ça. Je ferme ma boutique et on y va, conclut-il avec un sourire en coin.

    Pris au piège par ma vantardise, je me sens de plus en plus mal à l’aise sans savoir comment me dérober.

    L’étable se trouvait à quelques centaines de mètres. Je perdais tout mon courage au fur et à mesure que l’on approchait de mon holocauste. Oserais-je vous dire que j’ai évité le regard de la pauvre bête que me présenta le boucher ?

    Ce qu’il s’est passé à ce moment-là n’est plus très clair dans ma mémoire. Je me rappelle seulement avoir vu comme une sorte de gourdin, l’avoir saisi dans un état second et avoir frappé de toutes mes forces sur la tête du veau qui s’écroula. Le boucher prêt me tendit le couteau pour que j’achève mon « travail » en égorgeant l’animal.

    Après, je me suis isolé et j’ai hurlé.

  3. Anne Le Saux dit :

    C’était un matin d’été. J’étais déterminée. Je me lève d’un bond, phénomène plutôt inhabituel. Je saute le petit-déjeuner, mon repas préféré de la journée. J’enfile une tenue de sport, mes tennis et quitte l’appartement le cœur léger. Je gagne la plage en petites foulées et rejoins le sable toujours aussi alerte. Je savoure le calme, le soleil qui émerge, le clapotis de l’eau, les cris des mouettes et une légère brise qui me chatouille le visage. Et je cours, je cours avec cette sensation que je pourrais faire le tour de la terre …
    Sourires à quelques joggers matinaux croisés de ci de là, soupirs de contentement, bénédiction du moment. Je m’arrête pour des pauses contemplation : le port encore silencieux, les bateaux qui mouillent au loin, une douce chaleur qui gagne promptement du terrain, la ville qui s’éloigne.
    Je ne me reconnais pas. L’effort est facile, le bonheur simple et l’envie de récidiver les jours suivants est grandissante.
    Toutefois, ai-je présumé de mes forces ? Ai-je été trop ambitieuse ? Un début de crampe dans le mollet droit, une sensation d’étourdissement… Je n’ai ni eau ni en-cas à grignoter, pas de casquette pour me protéger du soleil ni de produit solaire sur le visage et j’ai beaucoup d’années au compteur de la vie. De nouveau, je ne me reconnais pas. D’habitude je suis prévoyante, organisée et plus réaliste.
    Tant pis ! Je vais rentrer en marchant tranquillement contente de m’être dépassée et, pour une fois, d’avoir cédé à l’insouciance.

  4. Maguelonne dit :

    Ça m’est tombé sur le dos comme ça, brutalement : un uppercut. Je ne l’avais pas vu venir.
    Nous étions vendredi 13 janvier de l’an 2013. Et j’allais avoir 60 ans. SOIXANTE ans !!!
    6 fois dix, je m’en fous. Mais 3 fois 20, 2 fois 30…C’est épouvantable, inconcevable. Que s’est-il passé ? Hier encore j’étais si jeune et belle.
    J’avais l’impression de tomber dans un trou noir sans fond. Mais j’ai fini par atterrir et me suis dit : c’est la guerre !
    J’ai pris un bain, me suis poncée, épilée, crémée.
    J’ai lavée les cheveux et avec tous mes fers à friser, je me suis fait une choucroute à la Bardot des années 50.
    Je me suis tartinée de fond de teint, de poudre, de gloss…J’ai mis les plus grands faux cils que j’ai trouvé, d’un noir corbeau bien profond.
    Mes longs ongles étaient rouge coquelicot comme mon rouge à lèvres.
    J’ai sorti la robe la plus sexy et les talons de 15 centimètres.
    Je me suis bombardée de parfum aux phéromones pour attirer les hommes.
    Et je suis partie faire la fête en ruminant : je vais bien, tout va bien !

    Le 14 janvier de l’an 2013 à 15h, j’émerge. J’ai un mal de cheveux épouvantable. Au radar je rejoins la salle de bain où se trouve le doliprane. J’avale une gorgée d’eau fraîche et lorsque je lève le menton, je crie, je hurle. Un monstre est rentré chez moi. Un monstre au visage ravagé me regarde. Ses yeux sont gonflés. Un faux cil s’est barré, l’autre est de travers. Le fond de teint craque de partout. Ses lèvres mordues ressemblent à un cul de babouin. Quand à la choucroute, on dirait un nid d’autruche après la tempête. Je tombe sur le carrelage froid, coincée entre la baignoire et le panier à linge sale.
    Et j’essaie désespérément de fermer la porte à cette petite voix qui veut me parler à tout prix. Je serre les yeux, les oreilles, la bouche…Je serre très fort tout ce que je peux. C’est un gainage complet. Je ne fais pas aussi bien à la salle de sport. Mais la phrase s’insinue, et rampe jusqu’à mon cerveau, la garce.
    « Cette folle de Chaillot dans le miroir, c’est toi. C’est toi à 60 ans »
    Ce 14 janvier de l’an 2013, je vais me suicider : champagne et glace sont dans mon frigo-congélateur.
    Adieu amis, je vous aimais bien.

  5. Françoise - Gare du Nord dit :

    J’étais une mobylette, une petite mobylette française, une modeste Peugeot 125.
    J’avais des rêves de grandeur. Je me voyais italienne : une Moto Guzzi ou une Alpina 500.

    Mais dans mes rêves les plus fous je m’imaginais japonaise : une Honda 750 ou pourquoi pas une Kawasaki 900

    Un jour, sur la pompe d’une station-service, j’aperçus un prospectus vantant les mérites d’un mécanicien qui promettait les mêmes transformations qu’un chirurgien esthétique : des pneus inusables, des feux sacrés, un rétroviseur 360°, un réservoir en acier chromé, une double selle en cuir exotique, des freins hyper-réactifs etc… etc…

    Plastique, rapidité, maniabilité, puissance et force. Sans compter des tarifs très attractifs.

    Je contactai sans délai le chirurgien mécanique qui me donna rendez-vous devant un garage d’apparence miteuse. Lui ne l’était pas : costume trois pièces venu d’Oxford Street, chaussures italiennes, mains blanches et ongles manucurés

    Cela me parut un peu suspect et j’aurais dû me méfier. Mais j’étais tellement décidée à changer de carénage et afficher plus de puissance que j’acceptais

    L’intervention dura à peine deux, heures. C’est ce jour-là que je ne me suis pas reconnue.

    Maintenant on m’appelle « Trottinette ».

  6. Françoise Rousseaux dit :

    Je me suis vue dans la glace ce matin
    Et j’ai éprouvé un grand chagrin
    Car au lieu de mon reflet familier
    J’ai vu quelqu’un que je ne connaissais pas
    J’en suis restée figée
    Non, je ne rêvais pas !
    Face à moi, la personne reflétée
    Me regardait avec un sourire narquois
    Mais ce n’était pas moi !
    J’avais envie de crier, de sangloter
    Finalement, je me suis écartée
    A travers la maison, j’ai circulé
    Mais chaque fois que devant la glace je revenais
    C’était toujours une autre qui me regardait
    Alors je suis partie dehors
    Toute la journée j’ai marché encore et encore
    Evitant mon reflet dans les flaques
    Et dans les fenêtres des baraques
    J’ai dormi au fond des bois
    Je ne voulais plus rentrer chez moi
    Finalement des personnes m’ont récupérée
    Et à l’hôpital ils m’ont emmenée
    On s’est occupé de moi gentiment
    On m’a donné plein de calmants
    A présent je suis revenue dans ma maison
    On m’a dit que j’étais guérie. Bon !
    Et puis je me suis vue dans la glace ce matin
    Et… j’ai éprouvé un grand chagrin !

  7. ourcqs dit :

    Marchant dans la rue, seule un soir la nuit tombante, je m’arrête et mon ombre fait un pas de côté , en arrière … drôle d’impression quand je m’aperçois qu’elle grandit de plus en plus. Je me retourne et elle serre les poings, moi, j’ai les mains dans les poches, ce n’est pas moi, suis-je entrain de disparaître ? Devenir une autre ?? Je m’accroche au tissu du pantalon pour me rassurer. Mais sur le trottoir,mon ombre se redresse Je veux crier, mais le son est étouffé, comme s’il venait d’outre-tombe.
    Un passant arrive . Je m’écarte mais il ne me regarde pas. Ses yeux sont fixés, terrifiés, sur cette forme noire qui s’étire à mes pieds À cet instant, la peur me glace : et si, demain matin, il ne restait de moi qu’une tache sur le trottoir ?

  8. Rose Marie Huguet dit :

    Routine matinale. Je me lève, me dirige vers la salle de bains. Premier coup d’œil endormi au miroir. Douche, puis café. Séance de maquillage devant un miroir blasé de me voir grimacer tous les matins devant lui. J’attrape mon sac, dernier coup d’œil dans le miroir de l’entrée et direction l’ascenseur où m’attend un autre miroir qui me glace tous les jours. Il m’est arrivé d’avoir envie d’appuyer sur le bouton SOS tellement l’image qu’il me renvoie me file le bourdon, mais à quoi bon. Allez, laisse tomber, ignore-le. Promesses de Nouvel An, rarement tenues. Il m’attire comme un aimant.
    Comment sont faits les miroirs ? J’ai l’impression que l’image qu’ils renvoient est déformée, un peu comme dans les foires. Balivernes ! Réveille-toi, c’est toi et tu te regardes avec tes yeux de cocker. T’es fade, t’es fade, qu’est-ce que tu veux !?

    Stop ! Il faut que cela change. Direction une galerie marchande. J’observe ce que portent les autres, sur quoi elles jettent leur dévolu… et hop, je copie le look tendance du moment. Direction le coiffeur et me voilà parée pour entrer d’un pas décidé dans le joli mois de mai.

    Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? Je teste celui de l’ascenseur, le plus impitoyable de tous. Je reste sans voix, tétanisée. Je suis seule, donc ce doit être moi que je vois, mais je ne me reconnais pas. Je fais face à une copie de moi retouchée avec Photoshop. Plus de cernes, plus de ridules, teint frais, yeux brillants. Visage parfait. Port de tête altier, assurance, détermination.
    Bien sûr nous sommes habillées pareil, mais alors que mon image semble prête à défiler sur un podium, mon vrai moi semble entrer en piste avec les clowns.

    On se scrute. Alors que mon regard de cocker ne m’a quitté, le sien est lumineux. Elle me fascine et me fait peur. Elle est mon imaginaire. Mais là, je ne me retrouve pas. Je ferme les yeux puis les rouvre, espérant que mon image se soit évaporée. Mais non, elle me nargue. Me provoque. Tu veux me ressembler ? Fais un (gros) effort !

    Pff ! Je sors de l’ascenseur et affronte la rue. Je croise et salue les voisins. Ils me regardent comme s’ils ne m’avaient jamais vue et poursuivent leur chemin sans me saluer. Mais je n’ai fait que changer de coupe de cheveux, j’ai pas fait de chirurgie esthétique ! Qu’est-ce qui leur prend ?
    J’ose un regard sur une devanture. Effroi ! L’autre a pris possession de mon corps. L’air bravache, elle me défie. Que dirais-tu d’une séance chez l’esthéticienne ? J’en meurs d’envie. Pas toi ?
    En plus elle me fait la conversation. Eh bien non ! Moi j’ai envie d’une chocolatine et d’un café bien serré.

    Les gens se retournent, me regardent me parler face à une devanture. Non, c’est pas possible, ce n’est pas moi cette foldingue.
    Je me rue chez moi, troque ce que je porte par un vieux jean et un pull difforme. J’ébouriffe ma tignasse, me démaquille, respire profondément et m’en vais retrouver le miroir aux alouettes.

    Elle est toujours là, mais son regard est tendre, son expression douce. Petit à petit, ses traits s’effacent. Un petit geste de la main, puis je me retrouve, enfin. Je ne me voyais pas avec les bons yeux. Je me cherchais. Maintenant j’ai compris.

    « Ne cours pas le monde pour trouver un trésor, il est caché en toi. » Extrait du livre de Pascal Perrat : Survivre en milieu humain

  9. mijoroy dit :

    Qui ne s’est jamais dit, juste avant de s’enfouir dans la couette : « Zut… j’ai oublié les poubelles » ?
    Je me lève. La couette m’implore de rester. Mes pieds quittent la chaleur, mes chaussettes fourrées pour des crocs glacés. Sac ficelé en main. Ascenseur. Silence. Le monde extérieur semble paisible… trop paisible.
    Et puis l’ascenseur s’ouvre.
    Elle est là. Ma voisine du cinquième. Le corps tremblant, la tête qui dodeline. Instinctivement, je pense à l’alcool… mais 19h30 ? Non. Pas possible.
    Avant que je ne comprenne, elle s’effondre. Le temps ralentit. Je me précipite. Ses yeux mi-clos, son corps lourd dans mes bras.
    « Madame… vous m’entendez ? »
    Rien. Pas de souffle. Pas de son.
    Puis le rouge. Rouge vif qui s’échappe de ses oreilles. Mon estomac se noue, mon cœur tambourine. Chaque seconde est une éternité. Je me mets à genoux, mes mains font ce que je n’aurais jamais cru possibles : massage cardiaque. Inspirer… expirer… inspirer…
    Tout mon corps tremble, mais je continue.
    L’ascenseur s’arrête. Le voisin arrive. Sa présence est un point fixe dans le chaos. Mais je ne peux pas lâcher. Le sang s’étale, ma vue se brouille, mon souffle se coupe. J’ai peur. Terreur pure. Et pourtant… je continue.
    Les sirènes se rapprochent. Les secours déboulent. Rapidité, gestes précis. Je recule, fascinée et tétanisée. Le rouge, le froid, le bruit, l’adrénaline qui brûle mes veines.
    Et puis… le verdict. 20h06. Le silence tombe sur le palier. Le vide. La mort.
    Je reste là, figée. Jamais je ne me serais crue capable de gérer l’impensable. Ce soir-là, je ne me suis pas seulement reconnue. J’ai découvert que je pouvais survivre à l’horreur sans me briser.

    PS/ Un vécu en ce mardi 3 mars…j’en suis encore toute chamboulée.

  10. Jean Marc Durand dit :

    Ce jour-là était un jour extraordinairement banal. Le type de jour que la masse souhaite marquer d’une pierre blanche alors que je préfère nettement la roche volcanique. Celle qu’avec un minimum d’imagination, on peut encore voir couler. Il s’agissait donc, pour ceux, résistant encore à l’idée de m’abandonner, de fêter mes quatre-vingt ans, à coups de bières de dégustation, de bonnes chansons et de petits jeux surréalistes.

    J’avais osé un détour par la salle de bain, ce curieux endroit ouvert sur les stalactites de ma douche, les toiles d’araignées volantes et les crottes filtrantes de diptères sur ampoules vacillantes. Le ménage n’a jamais été obsessionnel chez moi. J’ai toujours préféré me poser de vastes questions philosophiques face à ma machine à laver, par exemple, qu’en est ‘il, du 0, 01% de crasse que ma fidèle lessive n’a pas su effacer ? Tout un programme, surtout économique du moindre effort.

    Le miroir était là, cette tarte de surface trop polie pour être crédible, cette étrange courtoisie devant laquelle se pavanaient les mâles alpha et les femmes bécasses.

    Me souvenant de mon lointain dernier rasage, je m’attendais à y retrouver le faciès buriné d’un Vendredi, bien avant qu’il ne se révolte contre son sergent recruteur et obtienne le droit à la lame.

    Donc une barbe de gourou, des poils plein la bouche, le nez et les oreilles. Les plis tourmentés de la peau des paupières, retombant lourdement sur ma vision du monde, deux yeux, glauques, presque sourds à toute lumière. Le flasque du cou déformant le menton. Le contour d’une falaise s’écroulant face à la marée galopante.

    Et bien non…rien de tout cela ! Sur la pâleur vitrée, au lieu du glaçage de la vie, m’était répercuté le tendre bonbon d’un bambin héroïque, celui qui en cette moitié de siècle allait se coltiner sa première tétée de doux sein, et bientôt sa première tartine de saindoux.

    L’adorable chérubin portait la toison blonde et bouclée, le regard étonné des premiers bruits du monde et la bouche joueuse à déjà tenter d’imiter avec ses petits doigts le début de la cinquième symphonie de Ludwig….BUBUBUBU….bububu….BUBUBUBU….BUBUBUBU….BUBUBUBU…

    Et j’en passe. Un vaste lainage rosé me protégeait des remous familiaux et un vaste nœud étranglait déjà mes délires d’évasion. J’étais mignon tout plein et finalement j’assumais totalement de retomber en enfance.

    Je choisis dans le grenier de ma mémoire une aimable comptine que j’allais partager avec mes amis du jour. Entre deux bières, je bus même un verre de lait.

    La chute s’avérait plutôt bénéfique, pour moi, tout du moins.

  11. .MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Racontez ce jour-là où vous ne vous êtes pas reconnu.
    A ma connaissance, ça ne m’est jamais arrivé.
    Pourtant, cette question demande à être élucidée. Je me souviens, au lycée, un élève assez perturbé dans l’âme m’avait agressé en paroles. Le gars se masturbait pendant les cours. Il s’était fait une réputation de grande gueule. Son frère était député.
    Je devais intégrer le fait que dans une société même réduite comme celle d’une classe de lycée, il pouvait exister toutes sortes de comportements.
    Nous étions en rang avant d’entrer en classe. Il me bouscula.
    Spontanément, je lui ai répondu : « Tu ne sais pas qui je suis !’
    Alors, sarcastique, il se moqua devant les élèves. « Eh ! Vous savez ce qu’il vient de me dire ? Tu ne sais pas qui je suis ! »
    Ce n’était pas prétentieux. C’était juste la vérité brute. Il m’agressait en ne sachant pas qui j’étais. Un moment, j’ai craint une réaction violente. Il s’est tu. Je l’ai renvoyé à lui-même. Les jours suivants, il s’est calmé.
    Le seul endroit qui puisse me donner une perspective, c’était ce lycée que je voyais comme un jardin où les pousses deviendraient la société de demain. Qu’est-il devenu ? Je n’en ai aucune idée. De toute façon, je n’avais aucune affinité avec ce genre de personnage.
    Cette réplique dite sans la contrôler m’était restée en mémoire;.
    Mais c’est que plus tard, j’ai voulu tester. J’avais zappé l’exercice des petits boulots, des petites mains, c’était mon élément. J’ai commencé de très bonne heure. Chez mes parents , nous confectionnions des boîtes pour une entreprise qui fabriquait des rustines. Dans la journée, nous en élaborions 750. C’était notre journée du jeudi.
    Un jour, je vais à l’ANPE, dans l’idée de me dégoter un petit boulot pour les vacances scolaires. Et j’ai trouvé ce taf de petites mains dans un hôtel-restaurant situé à 40 km de chez moi. Je le tenais mon petit boulot. Faire la vaisselle jusqu’à 11 heures du soir. C’était pénard. Je me suis souvenu de cette réflexion. J’avais malencontreusement établi mon inscription, mais j’avais changé mon lieu de naissance.
    Un après-midi, lors de la pause, la patronne m’appela.
    Deux inspecteurs style Michel Constantin m’attendaient dans l’entrée de l’hôtel. J’ai pensé qu’ils m’emmèneraient au poste et m’interrogeraient jusqu’à la nuit :  » Vous avez cambriolé la banque de Meaux, à 3 heures du matin ! »
    Mais non, c’était deux agents de la Sécurité qui venaient m’indiqué que je m’étais trompé. Ils m’apprirent que j’étais un numéro.

  12. Gilaber dit :

    L’inconnu dans le miroir…

    Ma première hésitation, je l’ai eue devant le miroir de la salle de bain, mais je me suis dit :
    — Si tu ne te reconnais pas, c’est parce que tu n’es pas encore bien réveillé. Un bon café te fera du bien pour te retrouver et rassembler tes pensées.

    J’eus d’abord l’impression que la glace était trouble, comme couverte d’une fine buée. J’ai levé la main. Le reflet a fait le même geste… mais une fraction de seconde trop tard. Comme si l’homme derrière la glace hésitait à m’imiter.

    Je restai quelques secondes à observer ce visage inconnu.
    Curieusement, cette idée ne m’effraya pas autant qu’elle aurait dû.

    Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Même mes gestes semblaient ne pas m’appartenir. Ce matin-là, tout me paraissait légèrement étranger… comme si je revenais d’un très long voyage.

    Je traversais le couloir dans un léger flottement. La maison était silencieuse.
    Trop silencieuse.

    Arrivé dans la cuisine, les accessoires ménagers, comme la cafetière, avaient changé de place. Je ne trouvais pas non plus ma tasse fétiche, dans laquelle je bois mon café depuis des lustres…

    La tasse de Solange était posée près de l’évier.
    Je me suis souvenu qu’elle me reprochait souvent de ne jamais débarrasser la table.
    Je n’avais jamais compris pourquoi cela lui tenait tant à cœur.

    Le plus étonnant est venu de mon chien, qui n’avait de cesse d’aboyer et de grogner après moi… d’ordinaire, il sautait de joie comme monté sur un ressort et il était toujours à mendier un bout de pain tartiné de confiture… mais là, si je tendais la main pour le caresser, il montrait les crocs… comme s’il ne me connaissait pas…

    Il ne grognait pas seulement contre moi. Par moments, il tournait la tête vers le couloir désert, les oreilles dressées, comme si quelqu’un d’autre se tenait là. Il recula de deux pas, les oreilles couchées, comme s’il flairait quelque chose d’invisible. Je me dis simplement qu’il devait être d’humeur étrange ce matin-là.

    J’ai passé une nuit agitée. Pendant mon sommeil, quelque chose avait remué en moi, mais je n’arrivais pas à identifier l’origine de cette curieuse sensation. D’étranges rêves m’avaient traversé. Des fragments différents, comme si l’on avait mis bout à bout des morceaux de pellicule de film… tout a commencé par un petit garçon qui m’était inconnu, bien que ce songe décrivît mon enfance… ma mère le prenait dans ses bras et, étrangement, je sentais la pression de son étreinte sur mon propre corps.

    Puis l’enfant est devenu un adolescent. Avec ses yeux, je revoyais d’anciens camarades de lycée. La première jeune fille que j’ai embrassée.

    Dans ce rêve, ce n’était pourtant pas mon visage qui se rapprochait de celui de la fille… cependant, j’ai retrouvé le doux contact de ses lèvres sur les miennes…

    Le film continuait à se dérouler par saccades. Maintenant l’adolescent est devenu un jeune homme. Il porte un costume. Identique à celui que mes parents m’ont offert lorsqu’avec mon bac en poche, je suis entré comme caissier stagiaire à la Société Générale. Je devais faire bonne impression auprès du directeur et surtout des clients.

    Encore un défilement d’images floues. Le jeune homme est devenu un adulte. Son bureau est celui que j’occupe à l’agence bancaire du boulevard Michelet… il est assis dans mon fauteuil…

    Je me suis alors dit qu’une bonne douche finirait peut-être par me réveiller complètement. En passant devant le miroir, j’ai tourné la tête. Le visage dans le miroir me regardait avec une étrange fixité, comme s’il attendait que je comprenne quelque chose d’essentiel.

    C’est alors que j’ai senti une présence dans mon dos. Mais je ne percevais qu’un reflet inconnu dans le miroir. Pourtant, la voix qui s’éleva… :
    — Que t’arrive-t-il, mon chéri ? Tu fais une drôle de tête. Je ne te reconnais même pas.
    C’était celle de Solange. Elle avait une résonance métallique.
    — Tu n’es pas la seule… je ne me sens pas moi-même aujourd’hui. Je n’irai pas au bureau. Je vais les prévenir de mon absence.

    Dans le salon, je n’arrivais pas à mettre la main sur mon téléphone. Je saisis le combiné fixe, qui m’apparut anormalement lourd. Le plastique froid collait à ma paume comme une peau étrangère. La tonalité n’était pas la même que d’habitude. Elle vibrait comme un bourdonnement lointain.

    Puis quelqu’un finit par décrocher.

    — Bonjour, c’est Philippe à l’appareil. J’appelle pour vous dire que je ne viendrai pas au bureau aujourd’hui… je suis… malade…
    Un grésillement se fait entendre, puis un homme répond :
    — Monsieur, si c’est une plaisanterie, elle est de mauvais goût… Philippe est décédé la semaine dernière…
    À cette réponse, je n’ai pas crié, répondant calmement :
    — Ah… je vois.

    Le combiné me glissa des mains, touchant le sol sans un bruit…
    Et soudain…
    J’ai compris.

    Comme un film que l’on rembobine, des images défilent en marche arrière… je me revois dans le canapé du salon. Solange est assise à côté de moi. Nous regardons un film à la télévision. Subitement, une douleur dans la poitrine me coupe la respiration.

    Le malaise qui arrive.

    Mon souffle se fait plus difficile. Comme un poisson hors de l’eau, la bouche grande ouverte, je cherche de l’air qui n’arrive pas à mes poumons.

    Le visage de Solange, noyé de larmes, est penché sur moi. Un homme me parle… ses lèvres remuent mais je n’entends pas ses paroles. Il pose un masque qui englobe mon nez et ma bouche… et là, tout bascule…

    Je suis de nouveau dans la salle de bain, devant le miroir, le visage pâle, les mains tremblantes. Il me renvoie toujours l’image de cet inconnu. Il esquisse un mouvement. Pourtant… je n’ai pas bougé…

    Solange entre dans la salle de bain, souriante :
    — Philippe… tu vas bien ? demande-t-elle doucement.

    Je voulais lui dire mille choses. Que je l’avais mal aimée, que je n’avais jamais pris le temps… mais aucun son ne sortit.

    Je lève les yeux vers le miroir, cherchant mon visage dans celui de l’inconnu.
    Des larmes coulent sur ses joues.
    Lentement, son visage se rapproche de la glace. Ses lèvres s’entrouvrent :
    — Il est temps, murmure-t-il.

    Puis, comme le fondu d’un vieux film qui s’achève, tout autour de moi la lumière décline, approfondissant le silence qui s’installe progressivement…
    Les contours de la pièce deviennent flous.
    La lumière s’éteignit.
    Le miroir devint noir.

    Et je compris enfin pourquoi je ne me reconnaissais pas.
    Tout me revint à l’esprit en même temps.
    La vie que j’avais menée.
    Les journées passées à courir après des choses sans importance.
    Je revis aussi des scènes insignifiantes : Solange qui me parlait, le soir, pendant que je regardais distraitement la télévision.
    Je me demandai soudain combien de fois j’avais répondu :
    — Oui… oui… je t’écoute.

    Et je compris enfin ce que je n’avais jamais pris le temps de voir.
    Toute ma vie, j’ai cru être cet homme : un nom, un métier, un visage familier.

    Philippe.
    Mais si Philippe n’était qu’une histoire que je me racontais ?

    Les souvenirs que j’ai vus défiler… l’enfant… l’adolescent… le banquier…
    Peut-être n’étaient-ils que des images.
    Des rôles.
    Comme dans un film.

    Et maintenant que le film est terminé, il ne reste plus rien derrière l’écran.
    Rien… sinon le silence.

  13. Nouchka dit :

    – Le nombre de pantalons dans ta garde-robe est impressionnant ! Et ils sont suspendus par gamme de couleur… Tu es certaine d’en avoir besoin d’autant ?
    – Je les garde parce qu’ils restent valables. Sur plusieurs décennies, la mode en a changé la forme et mon corps a rétréci ou augmenté ce qui a nécessité des tailles différentes. Je ne suis pas certaine de rester svelte. Si je devais m’empâter, je trouverais, quoi me mettre. De surcroit, certains sont associés à des souvenirs de pays, de rencontres ou d’évènements particuliers.
    Tu as sans doute raison. Autant que je donne ceux qui me sont les moins familiers. Cela fera de la place dans la penderie.

    Après cet échange, je me penche sur les photos numérisées dans ce chaudron de souvenirs qu’est l’ordinateur. Ce retour dans le passé est agréable. J’y retrouve des personnes oubliées, des décors qui éveillent des réminiscences de parfums, d’ambiances sonores. A titre d’exemple, les clichés pris lors d’un voyage itinérant en Turquie, m’évoquent le parfum des boutiques de tissus qui sentent la naphtaline ou celles de ventes de cuir qui embaument jusqu’à l’ivresse. Me viennent aussi en mémoire l’appel du Muezzin du haut des minarets, les cimes bleutées d’Anatolie ou du Mont Ararat qui se succèdent à l’infini.
    Apparaissent les photos d’un voyage au Portugal quelque années auparavant. J’y retrouve mon fils âgé d’un an et demi et moi, près de lui. Ce voyage me replonge dans l’ambiance tendue que j’initiais au groupe de copains qui partageait ce périple.
    Stéphane était un enfant plein de vie et fier d’une autonomie récente qui lui permettait de se déplacer avec rapidité mais sans la moindre notion de danger. Il expérimentait tout avec gourmandise.
    Je passais mon temps à courir après lui afin d’éviter qu’il ne lui arrive quelque accident. Un jour, épuisée et me sentant bien peu épaulée, je suggérais que nous nous procurions un harnais pour maintenir le petit à proximité. Son père poussa de hauts cris : Comment, mettre Stéphane en laisse ! Il n’en était pas question.
    Je n’insistais pas et continuais à faire le gué afin d’éviter que le petit casse-cou n’avale n’importe quelle cochonnerie trouvée au sol ou ne se noie.
    Un soir, le groupe décida de dîner au restaurant. Ce fut épique ! Stéphane avait trouvé l’interrupteur qui arrêtait le fonctionnement d’une armoire réfrigérée où étaient stockés les crèmes glacées et autres desserts que la température extérieure rendait indispensable. La tenancière de l’établissement se montra compréhensible un petit quart d’heure puis prit un regard contrarié, puis totalement courroucé, craignant, au trentième arrêt du moteur que non seulement ses desserts ne tournent mais également que le mécanisme ne résiste à ces arrêts intempestifs.
    Sous la tente, ce n’était guère plus simple. Stéphane, habitué à un lit à barreaux, se retrouvait allongé sur un matelas de mousse, une structure molle sur laquelle il ne réussissait à se caler. Aussi, effectuait-il des reptations jusqu’à l’épuisement dans cet espace pourtant exigu.
    Un autre soir, afin de lutter contre les moustiques que nos peaux nues attiraient, un feu de camp fut allumé avec des branches d’eucalyptus sèches, susceptibles de repousser les insectes.
    Mon épuisement devait être tel que, ne réussissant pas, ce soir-là à alimenter le petit, je fus prise d’une violence meurtrière, au cours de laquelle, la seule issue que je vis à ces vacances infernales, fut de mettre le feu à la tente, symbole de mes frustrations.
    Je fulminais en pensant que trois de mes quatre semaines annuelles de congés étaient en train de disparaître dans ce séjour…
    Je ne me souviens pas de la fin de cette soirée mais je ne mis pas le feu à notre campement !
    Aujourd’hui encore, des décennies plus tard, je m’étonne d’avoir eu cet accès de violence tout à fait exceptionnel, que je comprends néanmoins. Sans doute, mon actuelle expérience de vie ne me ferait-elle pas accepter cet enfer estival. Il m’a pourtant permis de savoir que la violence peut, dans certaines circonstances apparaître. Elle m’a concerné cet été-là et ce fut important de le découvrir même si ce fut horrible de l’expérimenter.

  14. camomille dit :

    Ce jour là était un jour ordinaire, tranquille et sans nuages.
    Il faisait doux et les petits oiseaux se racontaient de jolies histoires.
    Et vous ? Vous vous intéressez aux histoires des petits oiseaux ? Non ? Quel dommage !
    Moi, je les écoute des heures durant sans bouger de peur de les déranger.
    Donc, ce jour là, je me dirigeai vers ma proie sans hésiter.
    Mon repérage sérieux me faisait gagner du temps.
    Ma proie du jour était assise sur un banc et faisait semblant de lire un journal.
    En trois secondes (jamais quatre), elle s’écroula au sol sans vie et sans douleur. Toujours sans douleur !… J’ai des principes!
    Et les petits oiseaux continuèrent leur conversation.
    Je partis au bistrot du coin pour me récompenser de cet acte humanitaire.
    Hé oui… j’ai conscience que nous sommes trop nombreux sur notre planète et qu’il faut faire le ménage. Sinon, les petits oiseaux ne chanteront plus.
    A raison d’une proie par jour, voire deux si possible, ma mission serait salutaire je n’en doutais pas.
    Donc, je dégustais tranquillement mon ballon de vin rouge, lorsque débarqua dans le troquet quatre, cinq, six gendarmes armés jusqu’aux dents.
    Je leur proposais aimablement de s’asseoir à ma table en leur demandant s’ils avaient entendu chanter les petits oiseaux ce matin ?
    Ils me répondirent :
    – « NON ! On n’a pas le temps d’écouter chanter les petits oiseaux… nous », et il me mirent les menottes.
    Comme ça… sans me demander la permission ?
    J’étais intriguée.
    Nous fîmes un petit voyage dans une fourgonnette sans amortisseurs.
    Je pensais à ma 2ème proie que j’allais louper si cette histoire se prolongeait.
    Finalement, arrivés dans un bureau humide d’une tristesse à en mourir, ils me demandèrent (sans gentillesse aucune) si c’était moi qui avait dézingué l’autre qui faisait semblant de lire son journal sur le banc ?
    Je les regardais droit dans les yeux et là… JE NE ME SUIS PAS RECONNUE, je leur répondis avec aplomb :

    – « NON ! Messieurs ! »

    C’ÉTAIT LA PREMIÈRE FOIS DE MA VIE QUE JE MENTAIS !

    La suite est dans le VAR-MATIN de la semaine dernière.

    • Nicolas Thebault dit :

      des petits oiseaux au panier à salade, quelle transition. Je suis déçu de n’avoir pas trouvé la suite dans Var matin 😜

  15. Antonio dit :

    C’était pas moi. Je ne me suis pas reconnu. Non non, je n’avais pas bu. Je ne me drogue pas non plus. Je suis clean, vous savez. Je ne sais pas ce qui m’a pris. C’est venu comme ça. Je ne lui avais jamais mis la main dessus auparavant. Je vous jure, monsieur le juge. Ah, non mais… Cette fois là, on avait un peu bu tous les deux, on fêtait nos deux ans de mariage. Et puis, franchement, non mais franchement, c’était une toute petite calotte… qui a mal tourné, certes. En même temps, elle avait bougé. Forcément, ça a accentué le coquard sur l’oeil. Je ne voulais pas lui faire de mal. Je me suis excusé après. On a même fait l’amour. Oui, ben bon, c’était quand même nos deux ans de mariage, elle pouvait faire un effort. En tout cas, c’était la seule fois avant ce jour. Je vous jure, monsieur le juge. Comment je me l’explique ? Je vous dis, c’était pas moi. J’ai rien maîtrisé, ce jour-là. Quand elle m’a dit qu’elle voulait me quitter, c’est comme si un autre avait pris possession de mon corps. Il a pété les plombs, quoi. Bah… l’autre en moi. J’ai lu que des fois une victime sort de son corps pour se protéger. Je pense qu’il en a profité pour y entrer. Bien sûr, c’est elle la victime, monsieur le juge, je dis pas. Bah oui, je reconnais, la pauvre. Mais, comprenez ! Au départ, ça m’a quand même mis un coup sur la tête, qu’elle veuille me quitter. Et et… le coeur aussi, monsieur le juge. Je suis humain, moi ! Et je l’aime, ma femme ! Mais des fois, faut pas abuser de mon amour. Je la sors, elle manque de rien, elle a même un portable dernier cri que je lui ai offert. Hein ? C’était inclus dedans je crois. Et puis ça me permet de savoir où elle est, si des fois elle se fait agresser. Vous savez, dehors, c’est la jungle.
    – Non, monsieur, dehors, c’est la liberté. Et vous allez avoir du temps pour bien le comprendre. Pour le viol de votre femme avec coups et blessures qui ont engendré plus de huit jours d’ITT, je vous condamne à cinq ans de prison ferme. Affaire suivante !
    Mais puisque c’était pas moi !

    (A toutes les victimes de violences conjugales)

  16. Nicolas Thebault dit :

    Double face

    Longtemps, j’ai joué à ne pas être moi, jusqu’au jour où mon visage dans la glace ne me disait plus rien.

    Faire rire jusqu’à l’excès masquait un manteau lourd de tristesse. Comme un vieux clown qui se démaquille, j’étais seul, dans ma loge, à voir couler mes torrents de larmes.

    Le reflet de cet homme, sans fard, dans le miroir m’a fait peur. Il me regardait comme s’il me connaissait depuis toujours, mais pour moi c’était un parfait étranger.

    Il avait pourtant les mêmes cheveux blancs, les mêmes rides au coin des yeux, ce même teint mat hérité du fond des âges. Mais quelque chose clochait :

    Son sourire, soudain revenu… lui qui paraissait si triste l’instant d’avant.

    Je me suis penché plus près du miroir.

    — Qui êtes-vous ? ai-je murmuré.

    Il n’a pas répondu. Évidemment. Les miroirs ne parlent pas. À la place, il éclata d’un rire tonitruant, un rire exagéré, comme un remède prescrit contre le désespoir.

    J’ai continué ma journée. Au café, la serveuse m’a dit gaiement :

    — Vous avez l’air en forme aujourd’hui.

    En forme ? Moi qui traîne une fatigue si ancienne que j’en ai oublié l’origine ?

    Le soir, je me suis de nouveau regardé dans le miroir. Le même homme m’attendait. Même regard tranquille. Même sourire.

    Et soudain j’ai compris : il n’était pas un inconnu. C’était l’homme que j’aurais pu devenir si j’avais cessé d’avoir peur. Peur de ne pas être aimé, peur de ne pas être à la hauteur, peur d’échouer.

    Comme Janus, le dieu romain aux deux visages : l’un regarde le passé, l’autre l’avenir.
    Je suis resté longtemps devant la glace.
    Et pour la première fois, je n’ai pas vu mon reflet.

    J’ai vu une porte. Alors j’ai avancé la main. suis passé de l’autre côté et l’homme m’a pris dans ses bras.

  17. Nadine de BERNARDY dit :

    Je suis quelqu’un de morose, pessimiste qui craint toujours qu’un malheur ne lui arrive dans ce monde anxiogène .
    Mon médecin a beau me prescrire pilules roses et sirops apaisants, rien n’y fait.
    Je suis comme ça, un point c’est tout, me dis je souvent avec une certaine délectation.
    Parti un jour dans la forêt ressasser mes idées noires, j’ai entendu de petits cris provenant d’un buisson, c’était un lapereau blessé qui gisait là, voué à une mort certaine.
    Je l’ai pris délicatement, mis à l’abri dans ma canadienne pour l’emmener chez le vétérinaire. Il avait une patte cassée qui fut munie d’attelles. Je suis reparti chez moi avec mon précieux fardeau et des conseils pour les soins.
    Devoir me préoccuper de cette petite boule grise qui se nichait avec tant de confiance près de moi me rendit le sourire, je ne me reconnaissais plus. Je suis devenu gaga, m’inquiétant dès que je ne voyais pas, bêtifiant avec lui.
    Il dort même sur le lit malgré ce qu’on a pu dire sur toutes les maladies pouvant être transmises par les animaux !
    C’est un jeune mâle plein de vie et de curiosité baptisé Félix, qui sautille maintenant dans la maison et le jardin, vient frotter son nez dans ma main quand il a faim.
    Je vais peut être lui acheter une lapine ….

  18. Ce matin, en me regardant dans la glace, je ne me suis pas reconnu. Pourtant c’était bien moi, mais quelque chose avait changé… En m’écoutant je reconnus ma voix, mais…au. de la conversation, je m’aperçus que ce n’était plus moi qui parlais. En fait, je compris qu’au cours de la nuit, quelqu’un avait profité de mon sommeil pour remplacer mon cerveau par une intelligence artificielle…
    D’un côté j’étais plus réactif, de l’autre je perdais ma spontanéité… J’allai de ce pas porter plainte, mais quand on me demanda des preuves, je restai sans voix. Je compris que ce n’est pas parce que je n’avais plus un cerveau lent, que c’était une raison suffisante pour me sentir pousser des ailes…

  19. 🐁 Sourisverte dit :

    797e /AÏE !
    Pour se reconnaître déjà il faut se ‘connaître’. Une ‘ lapalissade’ qui chez moi prend tout son sens. Qui c’est la dame là ???.. Ça fait un bout de temps qu’elle se pose la question.. qu’elle se courre après.
    Une belle plante disait-on d’elle ! Ouaïe ! Peut-être ! mais sans racines. Vous me direz on n’est pas toujours fiers de ses ancêtres… assurément et puis ‘on’ n’est pas responsable de leurs méfaits. Enfin on nait déjà chargé de ce qu’ils étaient…
    Vous connaissez la célèbre phrase .
    L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu’on a fait de nous. »
    C’est un peu tordu ça.. c’est l’histoire du chat qui se mord la queue.. comme l’était sans doute le fameux J.popaul Sartre… qui devait avoir du mal à se cerner aussi ! Alors moi ! Avec mes contours ‘qui sa fesse’ et mes pattes molles à danser le rigodon façon gélatine ! comment voulez-vous que je me reconnaisse.. je laisse ce soin aux autres. 🐁

    • Nicolas Thebault dit :

      connais-toi toi-mêmeest le travail d’une vie, de là à se reconnaître et assumer les actes de nos ancêtres … parfois un ancêtre est aussi un modèle innaccessible. C’est tout aussi difficile 🙂

  20. 🐻 Luron'Ours dit :

    797e T’ES QUI TOI ?
    Aujourd’hui, c’est décidé, il se voit autrement. Hier, il ne s’est pas reconnu. Pas que ! On ne teste pas son ADN comme ça, en se regardant dans la glace ! Juste, il découvrit que le soi à des points communs avec l’écureuil. Toutefois, il se prit d’envie pour ce SPIP si joyeux et si prévoyant. Ce rouquin-là était sorti du bois, il longe l’avenue plantée. Imprudent! Tu vas te faire écraser! Va au moins jusqu’à la guitoune de la Croix Rouge. Un pompier y courtise une infirmière. D’autres héros crient, allô, maman bobo ! Il se voit enfin soigné. C’est à vous cet écureuil ? De ce jour où il ne se reconnut pas, sa vie avait changé. Il tira un nez long comme ça !
    🐻luron’ours

  21. Béatrice Dassonville dit :

    Ce jour est là, tissé de tant d’autres.

    Si je me regarde depuis la petite fille que j’étais, alors oui, je ne me reconnais pas. J’étais un petit être apeuré et le monde était pour moi une énigme.

    Les adultes me semblaient trop grands, trop sérieux. Les enfants, eux, trop bruyants. Ils couraient vers les jeux, vers la balle lancée au vol. Moi, je restais en arrière. Je ralentissais le pas, puis je m’asseyais pour les regarder.

    Heureusement, il y avait la nature. Au-delà des carreaux de la classe, le ciel m’offrait une échappée. Dans les nuages, je prenais mon essor. Là, je devenais le goéland de Jonathan Livingston, libre et audacieux, tandis que sur terre je me sentais l’albatros de Baudelaire, « suivant, indolent compagnon de voyage, le navire glissant sur les gouffres amers ».

    Combien de temps m’a-t-il fallu pour retrouver mes ailes ? Pour comprendre que mon vol avait sa propre destination ?
    Et pour célébrer, comme aujourd’hui, la vie : la goûter dans tout ce qu’elle a de bon et de beau.

    « La joie n’est pas un don. C’est une exigence. » Cette parole n’est pas de moi, mais elle m’habite. Elle demande du courage, de la volonté, du discernement. Elle ne dépend plus du regard des autres, ni du besoin d’être approuvée.

    Elle est là, tapie au fond de vous, comme une petite flamme qui vous attendait sous la cendre. Les intempéries du dehors ne peuvent l’atteindre, parce que vous avez appris à utiliser les courants d’air ascendants pour migrer vers cette part de vous-même où, enfin… vous reconnaissez votre vrai visage.

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