1 avis est souhaité par A Borello

1-avis-sur-ecritJe souhaiterais 1 avis sur le petit texte que j’ai écrit suite à un sujet de Pascal. J’ai rejoint le blog depuis le mois d’août sous le pseudo AB et je suis très heureuse de faire partie du groupe.Je vous remercie par avance si vous voulez bien me lire.
Amicalement. AB

À l’encre rouge

Que ferions-nous sans le péché?

Celui de Lenny pourtant est de ceux dont même l’enfer n’est pas assez brûlant pour lui pardonner. Pourtant, ce 20 janvier 1970, s’il avait été écrit sur son acte de naissance le nom d’une mère au lieu de la déchirante lecture « Né sous x » et s’il avait eu en compensation, de l’amour, juste un peu.
Peut-être, alors, oui, aurait-il pu conjuguer le verbe aimer à tous les temps.

Hélas, le chemin rempli d’ornières de sa vie ne lui a pas permis d’ en éviter les piqûres.

A trente ans, il traçait, plus qu’il ne peignait, il traçait, des traits, toujours des traits, courbes, creux, s’embrouillait dans ce dédale qui paraissait prendre forme et gâchait le rendu, mécontent de l’imperfection, toujours dans la mélancolie d’une gloire reconnue en attente. Il s’en persuadait, un jour, il trouverait, le modèle et la peinture pour réussir et s’astreignait de jour en jour à plus de rigueur, les traits s’étoffaient, se transformaient et l’assurance s’installait.

La chambre est petite, un toit ciel immense sert de passage à la lumière, et cette dernière, aujourd’hui, est aussi claire que le cristal. L’artiste a les meilleures conditions pour travailler.

En état hypnotique, il la regarde, elle est là, nue, juste devant ses yeux, son corps posé, tel une déesse qui éclabousse de sa beauté le décor. D’abord, la couverture blanche étalée sous elle, les plis n’étant formés simplement que pour sublimer la perfection de son corps, voluptueux à souhait. Elle était si belle. Un coussin douillet maintient sa tête dont la rigidité cadavérique prendra bientôt place. Elle est étalée parterre, ainsi, il pourra mieux la croquer.

Il se rappelle deux ans plus tôt, aucune couleur ne trouvait grâce à son regard, il naviguait dans des noirs plus foncés plus clairs même que sa voisine, la très gentille Madame Louvain lui avait suggéré d’ajouter dans sa peinture de la cendre, elle le savait intime de couleurs uniques ne réalisant pas le désespoir dans lequel il plongeait dès qu’il nageait dans ses monochromes. Non, bien que cette idée eût fait son chemin, il l’avait abandonnée dès le premier essai. Ses grisailles, lui, savait les inventer riche d’une intention que seul, il se targuait de connaître. Le graal, il le toucherait, un jour. Mais ce modèle, cette encre magique, comment les trouver ? Combien d’essais encore?

La bouche se tord un peu, le rictus est presque impalpable, pourtant dès que sa lèvre s’en électrise, la cigarette emprisonnée est libérée, elle tombe, il la ramasse, la jette juste devant Elle, « Elle » si belle, si diaphane. Aussitôt pris en faute par lui-même, il se reprend, récupère ce bout de rien et le fourre dans sa bouche qui en cet instant devient une gueule de bête sauvage et il mâche ce mégot en la regardant, Elle, il lui sourit…… Et soudain s’adresse à ce corps :

  • Souviens-toi.

Les yeux en l’air, absents…….. Puis, son état s’améliore quelque peu et il se souvient lui aussi.

C’était un matin comme les autres. Dans sa quête infernale de création, il avait acheté, ces deux années auparavant, des peintures à cette petite marchande de couleurs. Elle était apparue à son regard, le saisissant, aimant impalpable ; juste une perle au milieu de cette vieille boutique. Il avait pris tout ce qu’elle lui avait conseillé. Il aurait même acheté les murs si, elle les lui avait recommandés.

  • Je prends tout et vous avec !

En réponse encore des rires, éclatants de blancheur.

Etait-il possible qu’il put enfin être heureux ? Le modèle et l’encre. Le modèle et l’encre. Ce leitmotiv permanent petit à petit encombrait son cerveau comme une mauvaise graine dont aucun désherbant n’en pourrait venir à bout.

Ils s’étaient installés ensemble rapidement dans cette chambrette de bonne, quartier Montmartre, se créant ensemble une vie d’artiste en mal de reconnaissance. Ils étaient heureux au début, elle était amoureuse et lui subjugué par sa beauté et maintes fois, elle se couchait parterre, elle le savait friand de l’image de ses formes et elle aimait les lui offrir.

C’est de cette façon, que Magge voulait qu’elle soit, offerte et lui se servant.

Mais ces poses étaient devenues plus fréquentes, plus insistantes, car l’artiste était demandeur, puis, il froissait le travail, le recommençait et inlassablement, Magge devait rester en pose, toujours un peu plus.

Elle avait dû pour lui, laisser le travail qu’elle adorait. Puis ce fut, ses amis, dont petit à petit, il avait fait le vide. C’était devenu sa chose et une chose, ne parle pas, ne quémande pas, elle reste là où on veut qu’elle soit.

Au début, cela avait amusé Magge, elle se fichait de ne plus voir, Pierre ou Paul, seul pour elle, comptait leur amour à tous les deux. Puis, les jours lui devinrent plus lourds, le temps comptait double, elle dépérissait petit à petit. Elle avait bien esquissé une remarque, le pressant d’accélérer son travail, elle n’en pouvait plus, n’éprouvait plus de joie à poser pour lui, seulement une fatigue désespérée. Elle prenait peur quand il la fusillait de son regard fou lui intimant le silence et la pose immobile. Dieu qu’elle était belle et ainsi, personne ne devait plus la voir, elle était à lui, son objet, son inspiration, sa réussite qu’il allait enfin valider.

  • Tu es bien ainsi ma chérie ? N’aie crainte, je prendrai le temps qu’il faut, j’y arriverai.
  • Non, le sang ne coule pas dans ton dos ou plutôt, c’est fini, j’ai pu remplir un flacon ma bien-aimée, te rends-tu compte, un petit flacon que je voudrais boire, mais, qui sublimera ton corps ! Mon œuvre…..
  • J’ai nettoyé le couteau, tout est propre, sois tranquille.

 Il rit.

Le rire se fait macabre, puis net, le silence. Il ne peut réaliser qu’elle ne répondra plus jamais.

Il lâche sa toile un moment, vient vers elle, lui arrange de nouveau ses beaux cheveux noirs qui tombent sur les épaules, les rabat en une torsade pour laisser apparaître sa féminité en deux seins lourds et magnifiques qu’il admire, acquiesçant sur la perfection du modèle tel ceux de RUBENS, mais, c’est le mien, à moi, celui de Lenny, Lenny, Lenny, un air musical grinçant, une mélopée dévorante envoyé par cette bouche que, de nouveau le rictus sabre.

Il tisse maintenant sa folie comme une dentelle.

  • Je vais y arriver, ce tableau sera sublime, unique.

Il trempe le fusain dans le sang récupéré, puis ainsi que ferait un enfant joyeux d’avoir en main un trophée, le regard fou, il allonge le bras au bout duquel il tient le fusain, le pose en un point net sur la toile. Une respiration haletante suivie d’un bruit tel un râle, il attaque son trait. Le geste se fait vif, précis, regard vers le corps, trait, regard, souffle puis stop.

  • Tout ce rouge, trop de rouge, ça te plaît, toi, là-bas ?
  • Parle, réponds, tu dis rien………

Sa tête dodeline, à gauche, à droite et sur le ton d’un enfant qui s’amuse, d’une petite voix cinglante et chantante…..

  • Moi, je sais, j ‘ai trouvé mon trésor, cette encre que nul ne pourra se procurer, que personne, même avec la plus grande richesse ne pourra posséder.

Elle, Elle seule aura été sa fournisseuse comme quand il l’a connue, « Elle », rien qu’ Elle pour lui procurer l’outil indispensable, mieux qu’un Stradivarius, son encre rouge.

Le dément continue ; «  Elle », est toujours aussi belle, rien n’a changé, trois heures durant, le fusain trace d’un geste précis et morbide. Sa sanguine, il y arrive, il touche du doigt, fusain sanguinaire faisant, son chef-d’œuvre.

Ses mains maintenant tremblent, il a fini, rapproche son nez de la toile, le sent ou plutôt le hume, puis admire son travail, se recule, contemplant satisfait les proportions qu’il lui a données, son modèle n’a plus aucun attrait pour lui, il regarde ses mains ensanglantées, s’essuie sur le devant de son ventre qui réclame besoin, il a faim, très faim, puis soudain pousse la toile juste un peu, regarde interrogativement ce corps qui est devenu un peu plus raide, un peu moins beau, fait un pas en arrière, il ne comprend rien à rien puis soudain, la tête entre ses deux mains, il se frotte sauvagement, lève son visage vers le toit ciel, un hurlement de bête féroce sort de son gosier, si fort si guttural que de suite, on frappe à sa porte proche de lui, les voisins sans doute. Il ne comprend pas.

  • Mais cette femme ?
  • Mon Dieu, cette femme ?
  • Magge, Magge, Magge, les cris sont si désespérés qu’aucune ouïe n’en pourrait supporter

Les coups à la porte se font insistants, dans un élan insensé de terreur, il court ouvrir, sa tête est vidée, il tourne la clé les mains couvertes de sang.

Le regard perdu, le dos qui tout à l’heure semblait immense est recroquevillé, sa bouche se tord puis soudain dans un dernier élan, il hurle.

  • Je suis innocent, je suis innocent, ce n’est que de l’encre rouge, elle va se réveiller, je vous dis
  • .
  • Viens Magge, viens mon amour, ils ne croient pas que grâce à toi, je viens de réussir le chef-d’œuvre de ma vie. Mon amour, viens.

Mais c’est Madame Louvain qu’il voit d’un coup, accompagnée d’autres voisins tout aussi horrifiés, après leurs cris à eux aussi, la terreur dans leurs regards, ils voient ce corps qui petit à petit a commencé à se vider un peu plus, le sang maintenant a atteint le sol, la couverture immaculée quelques heures auparavant cachant temporairement l’irréparable est imbibée de ce liquide macabre presque séché. Le sang a continué jusque sur le sol signifiant bien le non-retour.

Vite, vite quelqu’un doit appeler la police, hurle l’un deux.

  • Monsieur Lenny.

Madame Louvain s’approche, timidement vers lui, il n’y a qu’un pas, mais si difficile à franchir, lui prend la main.

  • Ça va aller.

Elle lui tapote le bras, ainsi qu’une bonne mère même meurtrie aurait fait pour son enfant. Elle sait bien que tout est dorénavant fini pour lui maintenant, mais elle est là, le rassure dans ce spectacle irréel et dévasté. Cette mère qu’il aurait tant voulu avoir, regarder, aimer.

Reparti dans sa folie qui subitement, un instant s’était arrêtée le temps de réaliser.

  • Je n’ai pas signé mon chef d’œuvre, laissez-moi, je n’ai pas signé mon chef-d’œuvre, Magge, fout les dehors, je n’ai pas signé.

Annick BORELLO

13 Responses

  1. Madeleine dit :

    Texte très intéressant malgré quelques petites fautes de style, surtout concernant la découpe des phrases. J’ai aimé la profondeur dans la description des émotions: c’est très communicatif. Du courage pour la suite!!!

  2. Adrienne dit :

    L’histoire est assez forte et se tient, c’est au niveau du « nettoyage » du texte qu’il y a des améliorations à faire, par exemple dès le début (pourtant… pourtant…)
    Je pense aussi qu’une lecture à haute voix permettrait d’entendre quelles phrases peuvent être améliorées au niveau de la structure et du « son ».
    Bonne continuation, écrire est avant tout un plaisir 🙂

  3. Mireille Tissier dit :

    Bonjour et bienvenue dans notre petite communauté . Je ne r’ajouterai rien sur votre texte car tout a été dit. Je vous encourage à continuer. On ne peut que s’améliorer avec le blog de monsieur Perrat. Vous verrez avec le temps votre écriture s’en serra enrichie. Nous avons tous notre propre inspiration et cela est notre force.Bonne journée. Mireille.

  4. AB dit :

    Je suis heureuse que l’histoire vous plaise.

    Vos remarques vont me permettre d’améliorer mon écriture au niveau de l’élaboration des phrases, emphatiques ou clichés.
    très bonne soirée Françoise.

  5. Françoise - Gare du Nord dit :

    Je suis entrée dans ce texte en ayant d’emblée l’impression d’être chez Van Gogh ou Modigliani et leur folie

    Sur la question du style : des phrases un peu longues, parfois emphatiques (« tel une déesse qui éclabousse de sa beauté le décor »). Un style plus sec, plus épuré aurait donné encore plus de densité à votre texte qui, bien qu’il n’en manque pas, en méritait davantage.

    Certains points de style soient à revoir et vous utilisiez un cliché archi usé (la beauté vénéneuse de la femme), mais je pense que vous tenez une bonne histoire : la frénésie de peindre et les affres douloureuses de la création jusqu’à la démence, le poids de la fatalité

    Un point encore : jusqu’à la fin du texte, je pensais qu’il s’agissait d’un auteur masculin

  6. Bellay Jacques-Yves dit :

    Bonjour,

    Il y a quelque chose dans ce texte. Peu importe les imperfections stylistiques, cela se travaille. Cette situation folle m’a intéressé et l’on est un peu envouté par votre texte. Il faut continuer sur cette pente en prenant, peut-être, autour de ce court récit de s’essayer à un roman. Merci.

  7. gepy dit :

    Beau scénario.
    Phrases trop longues, je m’essouffle en les lisant.
    Beaucoup de répétitions de mots.
    Le fond est là. La forme est à approfondir…
    Allez, hop… Tu reprends le stylo : tu rectifies et tu continues…
    Au plaisir de te relire.

    • AB dit :

      ok gepy, si ce n’est dans ce texte, ce sera dans un autre. Je vais m’appliquer à faire des phrases plus courtes. Promis. Quant à la répétition des mots, c’était voulu.
      Merci et bonne soirée.

  8. Christine Macé dit :

    Un beau texte. Néanmoins, certaines phrases sont un peu lourdes ou trop longues. Il suffirait parfois d’en couper certaines ou de changer la ponctuation pour conserver le rythme qui monte en angoisse. Du bon boulot quand même. Christine

  9. Clémence dit :

    Ce texte a été publié le 24 août sous le titre de :
    Du sang plein les mains, l’innocent, sur le lieu du crime, jurait qu’il n’y était pour rien. Que ce n’était que du sang d’encre mais … (247)

    Bien qu’il soit écrit à l’encre rouge, il n’en reste pas pour autant sombre, voire noir…

    Les personnages nous font plonger dans l’angoisse, dans la part d’ombre de chacun.

    Le monde artistique dépeint évoque la folie d’un Van Gogh, l’acharnement d’un Picasso sous le regard déjanté d’un Dali…

    Un petit bémol cependant quant la forme elle-même, certaines phrases ou certains paragraphes gagneraient à être ciselés, à la manière de l’histoire elle-même (mais je n’ai pas les compétences d’un critique littéraire…)

    Bienvenue dans le monde d’Entre2Lettres

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