Voyager loin pour trois fois rien

Quand ton compte en banque est dans le rouge, le désir de partir se fait encore plus grand. Tu regardes au loin, là où d’autres s’envolent avec billets d’avion, passeport et vaccin.
Toi, tu restes sur place. Non par manque de courage, mais par manque de monnaie, de blé, de thune, de fric, de flouze, de pèze, de rond, de pépettes.

Bref, quand tu n’as pas un rond ouvre un livre. Ce n’est pas un conseil de vieux sage, juste un constat simple : dans chaque page existe une excursion au pays des mots. Tu tournes la première et déjà quelque chose frémit. Les mots s’écartent, l’air change et tu quittes le sol.

Les livres n’ont pas d’hélices, pas de réacteurs, mais ils possèdent mieux : des ailes qui se plient silencieusement. À peine les déploies-tu que te voilà propulsé hors du monde, vers un territoire où l’ennui n’a jamais obtenu son visa.

Tu marches dans des villes qui n’existent que quand on les lit. Tu serres la main de gens qui ne vieilliront jamais. Tu ris avec des fantômes, tu discutes avec des montagnes, tu dînes avec des idées neuves. Tu vas là où les frontières s’effacent, où les pays n’ont pas de douanes, où la seule taxe, c’est ton attention.

Quand tu refermes le livre, un léger vertige te rappelle que tu viens de voyager. Et ce voyage-là ne te demande ni carte bleue ni passeport : juste un peu de temps, un peu de curiosité, et l’envie obstinée de vivre ailleurs pendant quelques pages.

Lointain n’est pas une distance, c’est une ouverture. Tourne la page : le prochain départ est toujours à portée de main. Surtout dans les librairies.

Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

7 réponses

  1. Avoires dit :

    Onze jour sans Internet, j’en ai profité pour relire un merveilleux livre de Maurice Genevoix, Rroû ,l’histoire d’un chat. Comme la première fois, j’ai éprouvé la même émotion, ressenti la même joie à lire de la si belle si fine, si dentelée littérature : vocabulaire d’une incroyable diversité, mimétisme entre l’auteur et l’animal, banalité d’une vie ordinaire magnifiée par le style inégalé de Genevoix. Quelle chance de pouvoir lire un petit chef-d’oeuvre dans presque rien !

  2. Gilaber dit :

    Voyage au bout d’un livre…
    Il y a des descriptions de lieux qui font ressurgir des souvenirs de voyages, d’autres qui agissent comme un prospectus suggérant de prochaines vacances… il y a également celles qui nous parlent d’endroits bien trop lointains et au déplacements coûteux… que l’on ne peut explorer qu’à travers la lecture et qu’une fois le livre refermé, on hésite à défaire nos bagages, toujours prompt à un nouveau départ… …

  3. RENATA dit :

    Lire est mon essence .
    Mes parents avaient peu de moyens mais je les ai toujours vu lire et ils m’ont toujours acheter des livres (pas de bibliothèque en campagne à l’époque) .
    Nous ne sommes jamais partis en vacances mais qu’est ce que j’ai voyagé !

  4. 🐁 Sourisverte dit :

    Le livre fait réflechir… est ce ça le voyage ? Un tourne- méninges ? Au moins lire évite de mourir idiot par l’intermédiaire de la pensee d’autrui. Il faut être prêt à l’accepter.
    Choisir un livre est toujours un vrai casse-tête🐁

  5. camomille dit :

    Je pense que l’on est prédisposé à s’embarquer dans la lecture ou pas.
    On ne lit pas parce qu’on nous conseille de lire, mais on lit parce que c’est naturel… C’est comme la respiration 🙂

  6. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Hier, j’ai posé une étagère. En y rangeant des livres, j’ai retrouvé un livret qui se cachait derrière des bouquins plus volumineux. Je pensais l’avoir égaré. Rien que le titre invite au voyage :

    LA POESIE SAUVERA LE MONDE de JEAN-PIERRE SIMEON – Editions LE PASSEUR –

    Bonne journée à tous !

  7. Béatrice Dassonville dit :

    Le livre est en effet un voyage. Il ouvre des fenêtres sur le monde, assouplit et féconde notre imaginaire, ensemence nos terres intérieures. Grâce à lui, nous dépassons les limites du réel pour parcourir d’autres époques, habiter d’autres vies, explorer des espaces qui ne sont pas seulement géographiques mais aussi sensibles, intimes, spirituels.

    S’impose à moi la figure de Jean Giono, qui aimait se définir comme « un voyageur immobile ».

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