47 réponses

  1. Béatrice P dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre. J’ai longtemps cherché et je cherche encore.
    Je voudrai me perdre au milieu du temps, qu’on m’oublie un peu, qu’il n’y ait aucun jugement sur moi, sur comment je devrai être remplie, exploitée, rentabilisée. Lâchez-moi !
    Nan, je n’en veux pas de cette pression-là !
    Je voudrai me perdre dans la chaleur d’un lit, oublier le temps qu’il fait, la température extérieure, juste bercée par le ronronnement du poêle et de celui qui dort à mes côtés.
    Oui, je lâche le regard des heures prévues, minutées, comptées, les heures obligatoires et je lâche aussi mon regard sur ce qui doit être fait ou non, au nom de la matière, au nom de la rentabilité.
    Je voudrai me perdre, disparaitre dans le présent, sans passé, ni futur, être juste-là. Ne plus être perçue comme une heure, ni comme une minute, ni comme une seconde, juste réduite à l’instant, ici et maintenant.
    Je voudrais me perdre hors du connu, dans l’inconnu ou dans l’UN connu, y plonger sans jugement et en toute innocence, observer ce qui est là.
    Je voudrais me perdre hors du cadre du système établi et regarder passer tous les instants qui courent les uns après les autres avec le sourire d’un parent qui encourage ses petits.
    Je voudrais me perdre sur un papier vierge, laisser mon stylo glisser de plaisir comme sur de la glace, laisser l’imagination prendre place et permettre à mes rêves d’abondance de semer des graines de joies et d’amour, en images et en mots sur le papier, les voir se construire hasard après hasard et remercier tout cette vie en mouvement, qui en réponse, grouille et s’active patiemment.
    Qui suis-je ? une heure perdue ? Vraiment ?
    Béatrice

  2. Françoise - Gare du Nord dit :

    « Je suis une heure qui cherche à se perdre». Elle avait affiché son annonce, ne manquant pas d’y noter son numéro de téléphone portable, sur tout ce que le village de Réglon-les-Trois-Horloges comptait d’arbres, de panneaux de signalisation et de poteaux électriques.

    Elle reçut un nombre incalculable de messages déposés sur sa messagerie vocale.

    « Bonsoir. Je suis Une heure et je soliloque 24h/24. Je souffre, peut-être comme vous d’une immense solitude que j’espère rompre pour un dialogue avec vous. Nous sommes peut-être semblables. Vous pouvez vous perdre avec moi. Contactez-moi au .. .. .. .. ..

    « Bonjour. Je me nomme Deux heures et je n’en peux plus de ces dialogues, de ces discussions en plongée-contre-plongée, de ces parties de ping-pong vocales, de ces joutes oratoires toujours stériles. Pouvez-vous vous joindre à nous pour élargir le champ des discussions et vous égarer avec nous. Appelez-moi au .. .. .. .. ..

    « Salut. Je m’appelle Trois heures et je suis confrontée à un problème inextricable. Souhaitez-vous passer du temps à tenter de m’expliquer la règle de trois ? Vous pouvez me joindre au .. .. .. .. .. »

    « Je suis 4 heures. Vous êtes conviée à un thé-petits gâteaux à 16h. A confirmer au .. .. .. .. .. « 

    « Nous sommes 5, 6 et 7. Souhaitez-vous passer d’agréables moments pour parties à 4 ? Nous sommes joignables 24h/24 aux .. .. .. .. .. , .. .. .. .. .. , .. .. .. .. .. , .. .. .. .. .. et .. .. .. .. .. »

    « Je me présente. Je suis le Grand 8. Avez-vous envie de faire une virée sur moi et d’en descendre tout étourdie ? Vous pouvez me répondre au .. .. .. .. .. »

    « On m’appelle 9. Voulez-vous m’aider à perdre votre temps en tentant de me réconcilier avec le 6? Car nous sommes irrémédiablement fâchés. .. .. .. .. .. »

    « Je vous invite pour un spectacle réjouissant au Théâtre de 10 heures ? J’ai oublié de me présenter 10 heures. .. .. .. .. .. »

    « Bonjour. 11 heures. Après le théâtre, n’aimeriez-vous pas un dîner fin avec un bouillon de 11 heures. .. .. .. .. .. »

    « Je suis 12 heures. J’aurais besoin d’aide. Vous qui êtes semble-t-il inoccupée, pouvez-vous m’assister à commettre un crime ? Contactez-moi au .. .. .. .. .. »

  3. Anne Le Saux dit :

    L’affiche était placardée sur un arbre à proximité de l’horloge de l’église qui, de tout temps, sonnait irrémédiablement chaque heure du jour et de la nuit.
    « Je suis une heure qui cherche à se perdre. J’attends vos propositions. »
    Cette annonce insolite attira mon attention. Je me pris au jeu. J’allais lui faire perdre son temps à cette aventurière. J’avais justement une heure devant moi avant d’aller chercher ma fille à l’école.
    Première étape : lui bander les yeux afin qu’elle perde ses repères. La faire pivoter trois fois sur elle-même puis l’entrainer dans les rues adjacentes au gré de ma fantaisie.
    Deuxième étape : lui faire faire du lèche-vitrines pour l’émerveiller, lui offrir un chocolat chaud et des marrons grillés, lui présenter le père Noël et ses lutins, l’entrainer jusqu’à la patinoire dressée place de la Mairie.
    Troisième étape : lui faire perdre complètement la notion du temps afin qu’elle goûte le parfum d’un soupçon d’éternité. De la musique pour adoucir ses sens, quelques danses pour l’étourdir, un alcool fort pour l’endormir.
    Tout à coup, un coup d’œil à mon montre. Je n’y croyais pas : 17h20 ! J’ai réalisé que l’horloge de l’église avait cessé de sonner. J’ai ramené l’heure buissonnière à son point de départ afin qu’elle rattrape le temps perdu. Quant à moi, j’ai eu bien du mal à expliquer la situation à ma fille en pleurs. J’ai du inventer un nouveau périple en centre-ville pour nous deux. Au passage, j’ai déposé ma lettre au père Noël :
    « Cher père Noël, j’aimerais que vous retrouviez tous les moments perdus de ma vie afin que j’en fasse un meilleur usage. Merci beaucoup. »

  4. Monique Mazars dit :

    Une heure m’attend ! Mais que me veut Chronos, lui qui bouffe notre vie ! Qui ne nous laisse pas le temps de respirer. Faut-il que je me dépêche, ou alors je prends mon temps, pour lui montrer que ses injonctions me laissent immobile comme une statue de marbre. Cette heure, je vais en faire quoi? On dit qu’il ne faut pas perdre de temps, je ne vais pas me hâter, je prends mon temps, l’heure attendra. Tant pis si ce n’est plus l’heure.

  5. Bonjour, je vous propose de m’appeler aux heures creuses. Ainsi, vous aurez de la place. A moins, que vous ne préfériez un autre moment, mais ce sera du temps perdu… C’est peut-être ce que vous souhaitez, mais à ce compte, ce ne sera pas perdu pour tout le monde… A tout à l’heure !

  6. Françoise Rousseaux dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre…
    Quoi, une heure qui veut se perdre !
    Mais attention, notre temps est précieux
    Pas question de le gaspiller
    Là, on marche sur des œufs
    Il va falloir compter
    Une heure , c’est soixante minutes
    Les rentabiliser est notre but
    Donc on ne perd rien
    Même si ce n’est pas bien !
    Certes on aurait pu
    Enfin si on avait voulu
    Pendant une heure flâner
    Rêver, somnoler, bouquiner
    Surtout oublier les écrans
    Se laisser porter par le vent
    Regarder voler les oiseaux
    Lancer des cailloux dans l’eau
    Debout devant la cheminée
    Sentir les flammes nous réchauffer
    Flemmarder
    Rêvasser
    Et voilà une belle heure perdue
    Ô temps précieux, je vous salue !

  7. ourcqs dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre mais pas s’ennuyer . Enfin libérée des plannings bien cadrés, minutés que vais-je décider ?? Faire un pas de côté, mon rêve ..
    Regarder le temps s’écouler, sans décompter, se poser, pauser, sans contrainte, laisser défiler les images,
    Faire attention aux instants fugitifs laissant des sensations étranges ou pas, réveillant quelques souvenirs, capter la minute étonnante, rejouer la minute nécessaire de Mr Cyclopède pour ne pas se prendre au sérieux..
    J’ai trouvé, me perdre dans des élucubrations absurdes …

  8. iris79 dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre. J’attends vos propositions.
    Même si enfant j’ai quelques idées. J’ai eu la chance de m évader de l’agenda de la boss et c’est un privilège dont je connais la rareté. Celles qui ont réussi à se perdre ne sont jamais revenues. On dit qu’elles ont été pleinement remplies depuis ! Certaines par des moments où le temps s’était arrêté, passer à flâner sans pression ou à savourer un bon dessert, assise sur un banc dans un parc, savourer un bon film, lire un livre sans jamais n’avoir à regarder la montre. Mais pour moi je crois, le luxe ultime serait vraiment d’être véritablement perdue, face à l’océan, tout simplement.

  9. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Dès le début, cette histoire fut très difficile à raconter. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que ça me regardait intimement. Car je m’avouais difficilement que j’étais une heure qui cherchait à se perdre. Ne soyez pas étonné, ça peut arriver. Les heures perdues, il en existe des millions, que dis-je, des milliards, tous les jours ! le problème, c’est qu’à mon niveau, ce désir devenait existentiel puisque ma voix intérieure m’incitait : « J’attends tes propositions, disait-elle, avec insistance. » En fait, elle m’encourageait. C’est à cette seconde précise que mon compte à rebours a bloqué.
    Rien ne m’était imposé.
    Cependant, du fait qu’elle était très motivée, je devais la satisfaire le plus rapidement possible avec précision. Question de temps ; les secondes, les minutes m’étaient comptées.
    Tout a commencé dans la salle d’attente de mon psy. Pour l’occasion, je m’étais métamorphosé en reporter. Et je me suis livré à un questionnaire en attendant le toubib.
    A la première dame, arrivée de bonne heure, bien avant moi, elle était très belle, j’étais en admiration, je lui posai la question :
    – Quelle heure est-il ?
    – Vous ne perdez pas de temps s’exclama-t-elle ! Je suis supplémentaire et je n’ai pas encore été payée.
    – Ah ! Et vous croyez que le psy y pourra quelque chose ?
    – Quand même un peu, mais je ne peux pas en dire plus.
    Et la porte du cabinet s’ouvrit, le médecin appela :
    – Madame Lecardeur ! Puis, en s’adressant à moi, elle dit :  » Bon ! à tout à l’heure ! »
    Je n’avais pas tout à fait perdu mon temps. Je me suis senti rassuré. Je fus vraiment trop curieux de connaître la suite. Seulement, pour l’heure, bien que j’aie gagné un peu de temps, je n’avais pas complètement résolu mon problème. Il me restait encore un peu de temps à perdre. Que pouvais-je inventer ? A l’heure qu’il était, j’avais déjà perdu presqu’une heure dans la salle d’attente.
    Restait une autre dame. Voilà !
    – il fait beau aujourd’hui, lançai-je innocemment !
    – Je ne vous demande pas l’heure qu’il est. Pour m’avoir, il faudra vous lever de bonne heure, dit-elle, d’un air un peu sarcastique.
    – Excusez moi. Vu que le temps passe, je me suis dit qu’on aurait pu faire un brin de causette.
    – Pour l’heure, ce n’est pas le moment.
    Une nouvelle fois, la porte du cabinet s’ouvrit. Et la dame de dire :
    – Non mais, t’as vu l’heure, pas contente du tout, à son médecin de mari, en lui montrant à son poignet, une montre qu’elle n’avait pas !
    – Une seconde, avec Monsieur, j’en ai pour deux minutes, dit-il, pour calmer son impatience.
    Après moi, je présume qu’il a dû passer un sale quart d’heure.

  10. Maguelonne dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre. Je donnerai tout pour ça. Mais c’est un rêve, un rêve inaccessible.
    J’appartiens à une montre connectée. Cette montre appartient à une fadade, folle de sport. Faut que ça bouge tout le temps. Et la nuit, je dois surveiller son sommeil. Et si elle oublie de respirer, j’alerte. Quelle trouillarde !
    Donc je suis son coach de vie et coach sportif.
    Si elle mange mal, j’alerte.
    Si elle mange trop, j’alerte.
    Si elle oublie de se laver les dents, j’alerte.
    Si elle flemmarde, j’alerte…..
    Pas une minute à moi. Ça me rend mauvaise. Je la maltraite un peu.
    « Allez tu dors ou quoi. Tu vas pas rester plantée là cossarde ! »
    Alors elle est contente et elle s’agite. Et moi, j’en rajoute
    « Bouge toi feignasse. Allez bouge ton gros boul ! »
    Et elle s’excite encore plus. Et moi je continue : jumping-jack, genoux-poitrine, squats, fentes, planches, crunchs croisés, crunchs obliques…. Elle transpire comme un phoque, elle souffle tel un bœuf….
    Et moi « Allez, allez, alligator-walk, plus vite, plus fort. » Elle crève pas, elle continue !
    J’ai bien pensé à me mettre en panne. Mais elle me remplacerait immédiatement et je partirai au recyclage. On me démantèlerait, on me décortiquerait . Oh ce que ça doit faire mal !
    Alors moi aussi je continue et je fais le père fouettard dès qu’elle ramollit.
    Je voudrais une heure, rien qu’une heure, une malheureuse petite heure. Une heure à perdre sans se soucier de rien ou une heure rien que pour moi !!
    Si vous avez une idée, contactez moi. Merci.

  11. Christophe COUSIN dit :

    « Je suis une heure qui cherche à se perdre ». Je flotte dans le bain nourricier d’une capsule de transport. Elle file à 0,99999 vitesse de la lumière. Flotter sans le moindre stimulus procure cette sensation de décorporation, elle gagne en perfection au fil des minutes. Je ne suis déjà plus que la somme des pensées qui me traversent. Les pensées se font cycliques, ondulatoires, lancinantes. A leur apogée revient comme un mantra la phrase énigmatique « Je suis une heure qui cherche à se perdre ». Une heure ici c’est un mois du point de vue terrestre. Je ne suis déjà plus matière, je ne suis pas encore espace-temps. Au bord de ce trou noir, la capsule décrit des arabesques pour échapper au champ gravitationnel et revenir toujours y puiser l’énergie de sa course, insecte insignifiant défiant la gueule d’un monstre formidable.

    Nous y sommes, j’ai franchi la barrière, j’entre dans l’espace-temps, je ne suis plus du côté de la matière, ma vitesse à réduit l’espace en un point. Je ne suis plus qu’un instant. Je deviens ce moment, cette contraction originelle, cette réconciliation du tout et du néant ou tout se fige. Je suis le premier homme et je suis le dernier et ma conscience figée contient tout l’univers.

    La capsule a lentement glissé au bord du trou noir, là où rien n’a plus de masse, de vitesse ni de dimension et cette heure là jamais ne se s’était écoulée.

  12. Gilaber dit :

    La Minute où l’heure s’échappe

    Je suis une heure qui cherche à se perdre. Oui, une simple heure, cette unité de compte que les humains trimballent dans leurs agendas comme une breloque encombrante. On m’a souvent dit que je ne faisais que passer — mais moi, je n’ai jamais demandé à exister. On me presse, on me surveille, on me découpe en minutes, en secondes, comme si j’étais un rôti du dimanche. Et voici qu’aujourd’hui, las de mes obligations, je cherche à me perdre. Oui, je veux m’égarer. M’évaporer dans un interstice du calendrier. M’échapper d’un cadran, déserter une pendule, filer entre deux tics et trois tacs pour que, pour une fois, personne ne me rattrape.

    Car contrairement à ce que disent les humains — “le temps perdu ne se rattrape jamais” — moi, si on me lâche, j’ai de très bonnes chances de me faire retrouver. Ils sont obsessionnels. Dès que je m’éloigne un peu : “Ah ! j’ai perdu une heure ! Où est passée mon après-midi ?” Ils me cherchent, ils me traquent, ils me comptent. Un vrai harcèlement temporel.

    Et pourtant aujourd’hui, j’ai décidé de disparaître. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est une vocation philosophique tardive. Je veux comprendre ce que ça fait d’être une heure qui ne sert à rien. Une heure disponible. Une heure sans activité prévue, sans obligation. Une heure perdue volontairement — quelle liberté ! Mais que de complications pour une petite entité comme moi !

    Tu crois peut-être que c’est simple, pour une heure, de se perdre ? Eh bien non. On me surveille en permanence. Je suis enregistrée dans des montres connectées, dans des smartphones, dans des horloges murales, dans les réveils numériques qui affichent trois fois mon visage : sur l’écran, sur le plafond, et sur la table de nuit. Même les micro-ondes me connaissent. Je suis l’entité la plus documentée au monde après les chats sur Internet.

    Et pourtant, l’humain ne cesse de répéter qu’il “manque de temps”. Rien n’est plus paradoxal : ils me collectionnent, mais ils me perdent. Volontairement ou non. La plupart du temps involontairement, parce qu’ils s’éparpillent, hésitent, tergiversent. L’indécision, disent-ils, est le plus grand voleur de temps. Je suis bien placée pour savoir que c’est vrai. J’ai vu une indécision dévorer trois heures comme une hydre affamée. Trois heures qui, elles, n’avaient rien demandé non plus.

    Ce qui est comique, c’est que quand je me dérobe — rien qu’un peu — ils s’affolent. “Ne me fais pas perdre mon temps !” Ça, c’est leur phrase fétiche. Pourtant ils s’y prennent très bien tout seuls. Ils gaspillent un nombre incalculable de mes sœurs en scrollant des vidéos de gens qui plient des serviettes en forme de cygne ou qui rangent leur frigo par dégradé chromatique. Moi, je veux bien me perdre, mais quand je vois comment ils se débrouillent, je me dis que le gaspillage est un sport olympique où ils sont médaille d’or.

    Mais revenons à ma quête d’égarement. Pour disparaître, j’ai d’abord pensé à me dissimuler dans une activité absorbante. C’est un excellent stratagème : les humains perdent la notion du temps quand ils sont concentrés sur quelque chose. Dans ces moments-là, je deviens une sorte de brume. Ils ne me voient plus passer. Ils ne m’entendent plus sonner. Je circule en douce, sans surveillance. Une disparition relative, certes, mais délicieusement efficace. Malheureusement, cela ne me convient pas totalement, car même si eux me perdent de vue, moi, je continue d’exister — et l’on finit toujours par me rattraper.

    J’ai ensuite envisagé une méthode plus radicale : me glisser dans le cerveau d’un humain distrait. Beaucoup parlent de “perte de la notion du temps”, parfois accompagnée d’oubli, d’humeur fluctuante… Mais ce terrain est glissant. Je n’ai pas envie qu’on me prenne pour un symptôme d’Alzheimer débutant. Je ne veux compromettre aucune santé mentale. Je veux seulement m’éclipser élégamment. Une heure, oui, mais une heure distinguée.

    Alors j’ai pensé à la montre. La montre, c’est l’esclave de l’esclave. Les humains lui confient leur temps, mais la plupart ne savent pas s’en servir. La preuve ? Ils perdent la montre. Souvent. Et quand ils la perdent, ils disent qu’ils ont “perdu la notion du temps”. En vérité, ils n’ont perdu que l’objet. Mais au moins, moi, je redeviens floue. Je deviens une approximation, un “il doit être pas loin de trois heures”, un “attends, je regarde le soleil”. Je me métamorphose en poésie solaire.

    Oui, mieux vaut perdre la montre que de me perdre, moi. Mais le dicton dit aussi : “c’est perdre son argent que de perdre son temps”. Une phrase très économique, prononcée par des gens persuadés que je suis une monnaie. Si c’était vrai, je serais la devise la plus volatile du monde. Je ne vaux pas la même chose selon que tu t’ennuies, que tu ris, que tu aimes, que tu dors, que tu attends un bus ou que tu fais la queue à la préfecture. Une heure de plaisir est une étoile filante. Une heure dans une file d’attente est un siècle. Je suis variable, déséquilibrée, totalement injuste : je suis profondément humaine.

    Philosophiquement, on m’accuse parfois d’être une illusion. “Le temps n’existe pas en soi”, disent les savants. “Ce n’est qu’une condition subjective de votre intuition.” En résumé : je ne suis rien sans vous. Je suis votre invention. Ce qui est assez vexant. Imagine qu’on te dise : “Tu n’existes que parce que j’ai besoin d’organiser mes journées.” Voilà. C’est ma vie. Ou plutôt mon existence seconde.

    Mais qu’importe. Je suis là. Je vous traverse. Vous me traversez. Et parfois, il y a des minutes, des secondes, qui contiennent tout un monde. Des éclairs d’éternité. Dans ces moments-là, je deviens brillante, infinie, disproportionnée. Je contiens plus d’âme que tout un mois de réunions administratives. On ne me perd pas alors : on me découvre.

    Alors, pourquoi vouloir me perdre ? Parce qu’on ne me laisse jamais tranquille. Parce que, malgré mes éclats et mes miracles, je suis terriblement sollicitée. Les humains n’ont pas compris que parfois, il faut me laisser m’égarer un peu pour que je revienne plus légère, plus brillante. Comme une heure d’air frais qui n’a pas servi à produire quoi que ce soit. Une heure inutile, donc absolument essentielle.

    Les humains ont des “heures perdues”, mais seulement parce qu’ils sont très occupés. Ce qui est paradoxal : on ne perd que ce qu’on possède déjà trop. Mais moi, je veux être une heure perdue volontairement, pas par accident. Je veux leur donner une pause. Une sorte de respiration. Être l’heure où ils ne font rien, ne pensent rien d’urgent, ne courent vers aucune
    échéance. Une heure qui se disperse, qui s’étend, qui s’amuse.

    Oui : une heure qui se perd pour permettre à l’humain de se retrouver.

    Et surtout — par pitié — que personne ne vienne me dire ensuite : “J’ai perdu mon temps. Maintenant, c’est le temps qui me perd.” Non. Je ne perds personne. Je ne suis pas un chien sans laisse. Si je me sauve, c’est pour vous offrir un moment d’absence, de vide, de flottement. Car dans le vide, parfois, on trouve une vérité. Ou du moins un sourire. Ou même une petite sieste réparatrice.

    Je suis une heure qui cherche à se perdre.

    Et si tu veux m’aider, ne fais rien. Absolument rien. Laisse-moi me dissoudre, laisse-moi me diluer dans ton inattention volontaire. Laisse-moi filer sans but, sans utilité, sans rendement. Quand je reviendrai, je serai peut-être toujours la même — soixante minutes, pas une de plus — mais je serai un peu plus libre, un peu plus vaste, un peu plus toi.

    Parce qu’une heure perdue… n’est jamais vraiment perdue.
    C’est une heure qui attend simplement d’être retrouvée autrement.

    • Béatrice Dassonville dit :

      Le mythe grec dit que Chronos (le temps) dévore ses enfants. Mais le contraire est également vrai, surtout à notre époque, quand les humains se laissent aspirer par mille occupations et, d’une certaine manière, cannibalisent leur temps.

  13. Sylvianne Perrat dit :

    Depuis toujours, je suis une heure qui cherche à se perdre. Cherche et trouve ! me répète l’horloge quand je gémis de tourner en rond. « Si tu cherches à te perdre, tu te trouveras » dit-elle. Accepte ton angoisse de ce temps qui file, ne lutte pas et le sourire de la vie va venir de ce contentement. Plonge dans la nuit des temps. Indéfiniment, tu fais Tic-tac et l’éternité est là. Prends ton temps, ralentis !
    Quand je suis née à minuit pile, l’incertitude m’a envahie. Suis-je encore aujourd’hui ou déjà demain ? Une aiguille entre deux chaises. Le 1er coup de minuit sonne quand ? Hier ou aujourd’hui ? Suis-je née le 31 ou le 1er ?
    Certains disent « Le temps n’existe pas »…
    A minuit. Les gens s’embrasseront pour fêter mon anniversaire. Comment le savent-ils ?

  14. mijoroy dit :

    J’ai une heure à perdre, ou plutôt, moi, l’heure je cherche à me perdre.
    Je marchais entre deux secondes quand j’ai trébuché sur une sournoise minute et hop, j’ai glissé du réveil. La trotteuse a voulu m’emboîter le timing, alors je me suis carapatée à la vitesse de l’éclair. Et c’est là, que je l’ai vu : le Petit Poucet, très occupé à semer ses miettes de pain. Il était persuadé que cela servirait à revenir. Pauvre enfant — revenir où, et surtout pourquoi ?
    Lui ai expliqué que les horloges sont les suppôts du Maître Temps. Elles ne rendent jamais la liberté que l’on souhaite. Tel l’enfant prodigue, si l’on part, on revient toujours au même endroit, plus vieux, et plus désabusé.

    Je lui ai confié alors quelques astuces :
    Comment disperser le temps plutôt que les miettes, et laisser ainsi derrière soi des secondes introuvables. L’important étant de brouiller les pistes, car se faufiler entre 14H06 et 14H08, ( l’heure de la digestion et de la sieste) pour se perdre et mieux se retrouver n’est-ce pas le plus merveilleux des chemins ?
    Il m’a regardée avec de grands yeux ronds — pas l’habitude qu’une heure lui parle, encore moins qu’elle se rebelle.
    Mais il a souri, posé sa poche de miettes à terre,
    et nous sommes partis tous les deux, chacun à contre-sens du temps.
    Peut-être qu’il se perdra, peut-être pas.
    Moi, je continue de m’éparpiller entre les aiguilles.
    Si un jour on vous demande où je suis, répondez simplement :
    Je suis quelque part où l’heure ne compte pas.

  15. Rose Marie Huguet dit :

    Oh toi, t’as du écouter la chanson de Pierre Perret :
    « Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux
    Regardez-les s’envoler, c’est beau »
    Et tu t’es dit, moi aussi je veux m’envoler et me perdre. C’est pas aussi simple avec toi, mais on va bien trouver quelque chose.

    Que dirais-tu de te gonfler, gonfler jusqu’à devenir un ballon de baudruche qui ferait exploser ta cage ? Tu te laisserais porter par le vent, à l’infini. Plus de contraintes, le temps n’existerait plus.

    Ou alors tu pourrais rentrer dans l’œil de celui qui te regarde. Incommodé par ta présence, il fera tout pour t’éjecter. Tu pourrais ainsi te perdre en toute liberté sans avoir à compter le temps.

    Mais je pense à une chose. Je ne sais pas pourquoi tu cherches à te perdre, sans doute à cause de l’abrutissante routine, du fait d’être tout le temps épiée, contrôlée. Mais tu connais les heures mieux que personne, alors pourquoi ne deviendrais-tu pas guérisseur d’heures ?
    Tu l’as remarqué, tout le monde compte ses heures, les dilapide en futilités puis se renfrogne car il leur semble que certaines se sont volatilisées à leur insu. Comme peu de personnes savent les savourer et en tirer profit, tu pourrais être le bouton d’arrêt de cette stridente sonnerie qui le matin les tire du lit et qui résonne tout au long de la journée.
    Un genre de brouilleur. Lorsqu’une agréable mélodie résonne, plutôt que de l’ignorer, les gens se poseraient en se laissant porter par la musique.
    Une rencontre inopinée qui fait battre les cœurs et rosir les joues ne serait plus évitée.
    L’odeur d’une viennoiserie fraîchement sortie du four ne serait plus suivie de : Ah, j’ai pas le temps !

    Tu serais un conciliateur.
    En lieu et place de te perdre, tu offrirais du bonheur !
    Qu’en penses-tu ?

  16. Jean Marc Durand dit :

    Ma mère me trouvait tête en l’air, mon instituteur aussi. Plus tard, mon épouse, mes collègues. Ce dimanche-là, je perdis encore une heure, je ne sais où.

    Lundi à la première heure bien définie, je me pointais au bureau des heures perdues. C’était déjà la queue, comme si, le week end- end, les gens n’avaient que du temps à perdre. Au bout d’une heure, une employée sans âge, m’interpella derrière ses vitres et ses carreaux.

    « C’est pour quoi ! ….mouais…où, quand, comment….vous prenez ce formulaire, vous le remplissez, sans déborder des cases et vous repassez me voir… »

    Une heure après j’avais rempli mon papier, repris la queue.

    A midi, le guichet se ferma à mon nez défendant. « On rouvre à 13h30 ! »

    Je vaquais sur cette petite place, sans arbre ni pissotière. Repérais une gargote à mangeaille. Je m’attablais sur la terrasse, commandais le fameux steak de viande bovine agrémenté des éternels morceaux allongés de tubercules frites. Je mâchais bien le temps qui passe. Un petit jus, à peine saignant s’écoulait entre mes dents. Un moineau habitué du coin circulait sous les tables. Il picorait mes miettes d’illusion. J’étendis mes jambes sur le pavé et entamait l’écriture de ma prochaine nouvelle.

    « Même au vol, le temps perdu ne se rattrape jamais, et d’ailleurs, quelle importance ! »

    • mijoroy dit :

      J’ai apprécié cette histoire, de temps perdu qui ne se rattrape jamais. J’ai cru percevoir entre les lignes, une banderille contre parfois (souvent) les inepties des formulaires administratifs, et du guichet qui se ferme devant notre nez.

  17. Béatrice Dassonville dit :

    L’heure ultime

    Une lumière froide se brise aux barreaux de ma cellule ; elle entre en lames de rasoir sur la peau du temps qui me reste.

    Mon cœur bat à tout rompre. Si fort que je ne serais pas étonné que le gardien, inquiet de ce tumulte soudain, s’approche de l’œilleton. Il ne verrait qu’un homme recroquevillé sur sa couche, et non l’heure tremblante qui cherche à se perdre, à se dissoudre, pour ne pas affronter sa peur.

    Après quelques secondes passées à dériver en eaux troubles, elle s’est laissé happer par un souvenir d’enfance, où le temps était extensible, innocent et joyeux.

    Que s’était-il produit pour m’être à ce point éloigné de ce continent perdu ? Pour que tout à coup le temps ait une telle densité, avec des heures lourdes, épuisées, et même de trop, qu’il me fallait tuer en addictions destructrices ?

    Comme je voudrais laver toutes ces heures souillées, les rincer de mes larmes, de mes regrets. Demander pardon à la vie de l’avoir si maladroitement servie. Car, dans cette heure qui cherche à se perdre, je la retrouve pourtant — hélas trop tard — dans toute sa mesure : ardente, vibrante, infiniment désirable.

  18. Valérie Jacquin dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre.
    J’attends vos propositions.

    L’annonce était courte et efficace. Il ne restait plus qu’à attendre les retours.
    Parue dans l’édition du mois de décembre du magazine “D’une minute à l’autre”, ce sont des dizaines de messages qui sont arrivés dans la boîte mail de alabonneheure@heurefrancaise.fr, trois jours après la sortie en kiosque et autres points de vente.
    Il était temps de faire le tri de toutes ces propositions.

    Le premier message avait été envoyé du siège social d’une grande compagnie d’électricité qui cherchait une heure creuse pour renforcer ses équipes. Un contrat avait été joint au message et une perspective d’évolution en heure pleine exposée dans les avantages. Pour conclure son offre, le recrut’heure promettait des plages horaires de rêve, étendues sur des kWh interminables et baignées de bleu. Bien que le tarif proposé dans le contrat se voulait attractif, sa réponse fut non merci.

    Un autre message, signé de madame Tapage-Nocturne, fut examiné avant d’être mis à la corbeille. Cette madame Tapage-Nocturne cherchait à se procurer des heures indues (sans vergogne et sous le manteau par-dessus le marché), discrètes et assidues, pour augmenter son temps de nuisances sonores et perturber de plus belle son voisinage. Une présence était exigée tous les week-end pour les aspirantes peu scrupuleuses.

    De la capitale, on lui avait envoyé une proposition pour intégrer un service d’exception, celui des heures de pointe des transports parisiens. On lui promettait une grande liberté d’agir tant que cela restait dans le créneau défini. Le choix entre le matin ou le soir lui avait même été possible. Néanmoins, il fallait être disponible du lundi au vendredi inclus et une bonne résistance au stress était une qualité indispensable à avoir. Ce fut encore un refus catégorique.

    Elle ne cherchait qu’à se perdre un peu, dans un but récréatif. Elle ne cherchait pas à s’engager dans quoi que ce soit.

    Quelques messages plus loin, elle apprit qu’une chaîne de télévision lançait un casting pour trouver sa prochaine heure de grande écoute. L’objet du message était accrocheur : Devenez notre prochain prime-time et partagez nos plus beaux moments avec nos téléspectateurs ! Une carrière à la télé, elle n’y avait pas songé. La sélection se faisait en trois étapes. La première consistait à postuler sur le site dédié à l’heure exacte afin de vérifier la ponctualité des participantes. Cette première contrainte suffit à lui faire oublier l’idée d’une potentielle carrière télévisuelle.

    Pas d’engagement et pas de contrainte non plus.

    Son téléphone sonna.
    Elle répondit :
    “Il est exactement seize heures, cinquante neuf minutes et cinquante six secondes. Au quatrième top, il sera exactement dix sept heures.
    Bip bip bip bip. Il est exactement dix sept heures.
    Je cherche en urgence une heure qui voudra bien me remplacer avant qu’il soit exactement dix sept heures et une minute.
    Au quatrième top, je serai exactement en burn-out.
    Bip bip bip bip.
    Je suis exactement en burn-out.
    Si vous êtes intéressée pour prendre ma place, taper 1.”

    Au lieu de cela, elle raccrocha. Ouh la la, surtout pas !
    C’était un emploi pérenne, certes, et bien payé, mais une vie de labeur. L’employeuse, l’horloge parlante était bien connue pour ne tolérer aucun millième de seconde d’étourderie. Précision, précision et encore précision. Il en était de sa réputation.

    Aucune des propositions qu’elle reçut ne lui apporta satisfaction. Elle venait de perdre son temps à lire presque une centaine de messages et en conclut que le temps était trop précieux pour le perdre ainsi.

    On sonna à sa porte.
    C’était une dernière heure qui passait par là.
    Était-ce pour une énième proposition ?
    On ne le sut jamais.

    Certains aiment raconter la fin de cette histoire différemment.
    Voici comment :

    Son heure a sonné, à sa porte.
    C’était sa dernière heure qui passait par là.
    Et elle était avec le Fauch’heure…

    • Valérie Jacquin dit :

      Autre idée de fin moins tragique :

      Le Fauch’heure n’était autre que son âme s’heure
      Et elle devint Fauch’heureuse

    • mijoroy dit :

      Absolument géniale et originale cette proposition. J’ai adoré le rythme, les jeux de mots des propositions du quotidien, tournées en dérision. Bravo.

    • Nicolas Thebault dit :

      Bonheur partagé à lire cette aventure. Ma prochaine annonce si j’ai une heure à perdre sera « échange heure de grande écoute cobtre heure creuse » 😆

  19. Métivier dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre. J’attends vos propositions.

    Quand tu prends son téléphone portable en main, je suis sûr que tu vas te perdre.
    Une partie d’échecs en ligne, une consultation d’un site qui vend des objets pour le black friday, et là, tu n’as pas fini de perdre des mi-nutes, voire des nutes entières !
    En plus maintenant depuis qu’ils ont inventé l’intelligence artificielle sur une application, tu ne connais plus l’heure qu’il est, elle est constamment réinventée pour te perdre.
    Je n’ai aucune confiance dans l’IA, elle a été créée pour suppléer le cerveau distrait de l’être humain, il ne sait plus rien faire de son cerveau qui est asservi par le flux numérique des réseaux sociaux et autres publicités tous médias confondus.
    Si tu scrolles sur ton portable je te garanti que tu perdras plus d’une heure de ton temps.

    Mais excuse moi pour ma question indiscrète : pourquoi veux tu te perdre ?

    Tu recherches à être heureuse, à la bonne heure, enfin une idée juste et bonne !

    Pique un bon fou rire en regardant un spectacle avec Raymond Devos, je te garanti que ce ne sera pas une heure perdue.
    Je ne réponds peut-être pas à ta question, mais pour ma part je préfère gagner une heure avec Raymond à rire car de toute façon en sa compagnie on ne vois pas le temps passer.
    Et toi tu as mis combien de temps à me lire ?
    Je te fais des bises sur le 12 de ton écran, réveilles toi.

    • Nicolas Thebault dit :

      Excellent, l’idée des heures perdues en scrollant sur nos portable. Pour l’IA, j’ai un avis différent car elle m’enrichit souvent et rapidement 😊

  20. Alain Granger dit :

    Par les temps qui courent, il est difficile de perdre son temps. Chaque chose en son temps. D’abord, faut-il trouver le temps, le temps de faire une pause, le temps de souffler, de se reposer. Il n’est malheureusement pas possible de vivre de l’air du temps. Il te faut trouver un emploi à plein temps. Aujourd’hui, chaque minute compte. Pas question de prendre son temps. pas de temps mort. Ne pas chercher à gagner du temps si tu veux gagner les faveur du petit chef. Car le petit chef veille. Et si tu prends le temps d’une pause, ce petit chef vient te l’écourter et souvent même, décompter du temps par le fait que tu as cherché à gagner du temps aux toilettes ou à l’infirmerie. Pour tes patrons, le temps, c’est de l’argent. En même temps, ils te paient pour ça, mal, souvent mais c’est eux qui décident. En temps utile, en temps et lieu qu’il choisira, il te donnera une promotion. Même si tu as trouvé le temps long, pour ton patron, il y a un temps pour tout, celui de la domination puis celui de la récompense. Heureusement, l’esclavage n’est plus. Autres temps, autres mœurs.

    En rentrant du boulot, tu as juste le temps de récupérer tes enfants, même par temps de chien avant d’occuper ton temps aux devoirs des enfants, à tes devoirs de parent.

    Alors, avoir du temps libre, avoir du temps devant soi, il n’en est guère question. Donner du temps aux autres est un luxe que tu ne peux te permettre car tu n’as même pas du temps pour toi. Tu ne sais même plus qui tu es.

    Et puis viendra le temps où tu auras fait ton temps. Plus assez rapide, plus assez productif. Les ravages du temps économique sera passé par là. Le licenciement te donnera le temps de pointer au chômage. De temps en temps, tu parleras de la pluie et du beau temps avec un autre quinquagénaire qui ne générait plus assez de temps prolifique. Tu pourras tuer le temps en jouant au tiercé ou au loto car du boulot, tu n’en trouveras plus. Il ne te restera plus qu’à voir défiler le temps jusqu’à ta retraite.

    • Nicolas Thebault dit :

      Je prends le temps de te féliciter, comme toujours pour ta facilité à jouer sur les mots. Ici le temps, plutôt que l’heure. Elle s’est bel et bien perdue dans les couloirs de ton temps. Merci pour ton commentaire. Question nostalgie, noys ne sommes pas en reste 😆

  21. CATHERINE M.S dit :

    Je suis une heure perdue
    Personne ne veut de moi
    Et moi, et moi, et moi
    Je suis foutue
    Faut-il que j’utilise un porte-voix
    Pour hurler ma présence
    Hello, je suis là
    Quels arguments pour ma défense ?
    J’ai 60 minutes à t’offrir
    Pour combler tes désirs
    Tu en veux plus ?
    J’ai une astuce
    3600 secondes ça te va ?
    Tout ce temps rien que pour toi
    Pour aimer
    Rêver
    Flâner
    Contempler un tableau
    Cueillir des coquelicots
    Écouter le « Boléro » …
    Tu préfères ne rien faire ?
    Mais pourquoi pas
    Je suis aussi là pour ça
    Je peux parfaitement me taire
    Et respecter tes choix
    Alors profites-en
    Cela ne durera pas
    Tu sais le temps
    Ça va, ça vient, et puis ça s’en va !

  22. FANNY DUMOND dit :

    Elle se prénommait SEPTHEURES. C’était dans ses attributions de rester à glander dans cet habitacle. Ses premières 10 minutes, elle les passait à parcourir la moitié du trajet, mais les 50 restantes, tous les jours que le bon Dieu faisait, les secondes s’égrenaient entre avancer d’1 mètre, petits coups de freinage et attendre ! « . Minuit est l’heure du crime », dit-on, mais 7 heures était celle du pétage de plombs.

    — Tu parles d’un job, se disait-elle. Mes 23 collègues ont chacune leur tâche, tandis que moi j’en ai marre de ne pas avancer.

    C’est ainsi qu’elle décida de se perdre et qu’elle se carapata des horloges et autres montres de la comptable qui arrivait avec une heure de retard au bureau. Du coup, son patron lui en faisait une pendule à 13 coups.

  23. Nouchka dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre. Cette nuit, pour la nième fois, elle a fait ce malaise qui me fait peur. Comprenez-moi. Je cherche à vivre dans le calme et la régularité. Soixante secondes et cinquante-neuf minutes sont ma référence, mon code « génétique ». J’ai horreur de sentir les évènements me stresser. Quand je dis que je cherche à me perdre, c’est illustrer que tout serait paisible autour de moi. Que cette quiétude en ferait oublier le temps qui passe.
    Alors quand, vers trois heures du matin, n’ayant plus sommeil, elle se lève. Je ne suis pas satisfaite. Elle reste lire quelques minutes quand…, quand commence son état de malaise. A ce moment-là, la vue se brouille, l’audition se modifie et elle craint perdre connaissance. Elle va se réfugier aux toilettes sachant, par expérience, que ce lieu est le seul approprié à la circonstance. Assise sur le trône, elle cherche à se caler, pieds légèrement écartés, à même le carrelage pour tenter de ressentir une certaine fraicheur. Elle a de plus en plus chaud. Nue, les avant-bras posés sur les cuisses, son corps transpire de tous ses pores. L’eau salée stagne dans les plis avant de tomber à terre. Elle a les yeux fermés afin de leur épargner la brulure de l’eau saline.
    Je vis alors avec elle l’instant le plus désagréable : Ou elle perd connaissance en ayant, à chaque fois qu’elle l’a vécu, la certitude de mourir ou la phase suivante finit par arriver. Lors de cette nouvelle phase, le froid la fait claquer des dents alors que son corps est toujours baigné de transpiration. Elle sait alors, par expérience, que la bataille est gagnée.
    Sans plus aucune force, elle tente de rejoindre son lit et de se réchauffer. Bien sûr, je l’accompagne et peux vous assurer qu’à ce moment-là elle est livide, verdâtre.
    Ces épisodes sont extrêmement angoissants. J’ai beau les connaitre, je ne me familiarise pas avec cette sensation de l’accompagner de vie à trépas, de la voir mal, au point de perdre tout contrôle, toute force d’agir. Les minutes, les quarts d’heure d’attente sont interminables. Et moi, je n’aime pas du tout cela.
    Honnêtement, si je peux exprimer un vœu, j’aimerais autant qu’elle meurt ailleurs que sur le trône et, ne pas être de service à ses côtés, à ce moment-là !!

  24. camomille dit :

    Je suis une heure qui cherche à se perdre. J’attends vos propositions.
    Allez monte !
    Je te propose de t’asseoir entre « heure creuse » et « heure supplémentaire »
    – Mais qu’est-ce que vous avez toutes avec vos problèmes métaphysiques ?
    Les heures ne répondent pas. Perdues qu’elles sont dans leurs réflexions nébuleuses.
    Le chauffeur du bus lève les yeux au ciel, soupire, et redémarre.
    Il roule… il roule… Puis à un moment donné :
    – Hé les filles, c’est bien beau tout ça mais moi j’ai faim ! Donc on fait une pause, et je vous reprends dans… dans… disons dans/
    – L’heure qui suit ! S’écrie « heure creuse »
    Effectivement, l’heure qui suit s’installe dans le fond du bus et tout rentre enfin dans l’ordre.
    Ce n’était qu’une question de bonne heure.

    • Nicolas Thebault dit :

      J’adore l’allusion aux heures creuses. Elles ne sont pas perdies pour tout le minde puisqu’on nous invite à les remplir 😊 merci !

  25. Nicolas Thebault dit :

    Le temps dissous

    Je suis une heure qui cherche à se perdre.

    Une heure à tuer dans une salle d’attente d’un médecin débordé, Les vieux journaux déchirés d’un temps déjà largement révolu n’y suffisent pas. L’observation des autres patients, dont il semble que les moins souffrants se montrent aussi les plus impatients. L’espoir déçu, quand le docteur apparaît dans l’entrebâillement de la porte, que ce soit enfin mon tour. Il a l’air plus mal en point encore que ses patients. Sa dernière heure semble si proche que je n’ai plus confiance, je m’en vais, satisfait du devoir accompli, je me suis bel et bien perdu pendanr une heure.

    Une autre fois, avec le même objectif, ça a été beaucoup moins long. Il m’a suffit d’attendre le printemps et leur changement d’heure ridicule. Comme si les hommes avaient une maîtrise quelconque sur le temps. Voilà des dizaines d’années qu’il s’évertuent à tuer une heure au printemps pour la ressusciter en hiver. Ils se perdent eux-mêmes dans les couloirs du temps ne sachant plus où ils en sont : “Bon, là on croit qu’il est onze heure, mais en fait, il devrait être midi, alors, on mange ?”. C’est pathétique pour l’homme, mais un gain de temps quand on a, comme moi, une heure à perdre fin mars, en passant à l’heure d’été.

    Il m’arrive parfois d’être la vingt-cinquième heure. Nous endossons ce rôle chacun notre tour, depuis qu’un bug cosmique a détaché une heure du cycle spatio-temporel. Quand c’est mon tour, je passe ce temps à attendre sur le répondeur automatique d’une fonction publique quelconque. Je traine aussi sur les autoroutes désertes la nuit, Les bars, quand ils ferment le soir sont un excellent refuge aussi. Je m’occupe à écouter les échos des conversations de café de comptoir, comme ils disent. Ils résonnent encore longtemps après le départ des derniers clients. Il ne faut surtout pas que je croise l’insomniaque titubant, prêt à me raconter sa vie. Ces minutes surnuméraires, je dois les perdre seule. J’aime aussi ces effluves d’alcool qui restent dans l’air et m’enivrent un peu.

    Je sais bien qu’en dehors de ma volonté de me perdre une fois de temps en temps, l’homme gâche tellement de sa précieuse et si courte existence dans les embouteillages, les rendez-vous manqués, les amours avortés. Des milliards heures perdues, saturées de regrets humains, qui s’enfuient, pour se dissoudre dans un monde où le temps n’existe plus. Ils le sauront bien assez tôt !

    • Alain Granger dit :

      Hey bien, Nicolas, tu n’as pas perdu ton temps pour nous faire part de ce temps perdu qui ne se rencontrera plus. Merci pour le faire-part de ton spleen.

  26. Nadine de Bernardy dit :

    Monsieur bonjour, je suis une heure qui cherche à se perdre. J’attends vos propositions.
    Voyons voir, qu’avons nous en catalogue ?
    Pour une heure que diriez vous d’un thé rue du Gros Horloge à Rouen ?
    La Normandie? Trop humide
    La clepsydre dans une galerie des Champs Elysées ?
    Non merci, avec la foule de Noël, très peu pour moi !
    Strasbourg alors, la cathédrale a un très beau carillon et des personnages qui s’animent à chaque heure
    Moui, pourquoi pas
    Ah! Ceci devrait vous plaire, une horloge astronomique à Ploërmel en Bretagne, de toute beauté
    C’est comme pour la Normandie cher monsieur, trop humide !
    Et la route des cadrans solaires avec guide
    Dites donc, un peu de respect, vous n’avez pas l’air de savoir à qui vous parlez
    Ah, il y a bien la sculpture d’horloges dans la cour de la gare Saint Lazare
    Je l’ai déjà vue
    Derrière son bureau l’employé commençait à perdre patience, il consulta sa montre de gousset :
    Très bien chère madame j’ai réussi à satisfaire votre demande, voilà une heure de perdue.

  27. Jean Marc Durand dit :

    Je me souviens très bien de cette heure perdue. Elle symbolisait presque parfaitement les chemins de ratage, les déambulations vaseuses de la vie d’un être humain, s’esquintant, comme on dit là-bas, le tempérament, à agiter les jambes pour croire encore avancer.

    Nous étions partis explorer un terril plat, ce qui déjà faisait ricaner ma compagne. Comme si tous les terrils du Pas de Calais se devaient de ressembler à des minis Kilimandjaro, des semblants de Fuji-Yama. Honnêtement, moi, ça m’arrangeait qu’il soit plutôt plat. J’en avais soupé des cols vaincus, la pauvre contrebande de vacances pyrénéennes. Marche ou crève, j’avais depuis longtemps adapté la formule à mon tempérament de vagabond.

    Ayant dégoté un plan, avec des flèches, des couleurs, des évidences, des circuits, je nous lançais à l’attaque du violet, un ni trop long, ni trop court, un ne nécessitant ni piolet ni sherpa. La première longueur suivait un canal, le doux refuge des ronronnements de péniches. Mais rien à l’horizon, à part quelques familles de canards en apprentissage de vies de canards.

    Au bout d’un bout… un long bout, se profilait la terrasse du terril. La grimpette fut avalé, non pas les doigts dans le nez, comme le dit sottement l’expression, mais les talons bien plantés dans la cendre glissante.

    Là-haut, rien de faramineux. Juste une sorte de toundra de banlieue avec trois éléments distincts : de jeunes bouleaux partout, sur le sol des mousses, plus ou moins desséchées et des fraises, des fraises, dans tous les coins et les recoins, des fraises. Des petites fraises. Pas de quoi engraisser un ours des terrils.

    Foi d’aventurier du dimanche, nous avons suivi les bons chemins, puis certainement des moins bons. Nous avons admiré les écorces des bouleaux, nous les avons photographié, pour de futures études artistiques. Nous avons goûté aux fraises en évitant d’achever les mousses agonisantes. Nous avons rêvé de gigantesques arrosoirs pour aider ce tapis à revivre, ce triste Auschwitz des mousses. Nous avons pique-niqué, le cul posé sur des souches. Nous nous sommes posé les questions inutiles des haltes hésitantes. Nous effleurions une nouvelle réalité. Nous étions paumés.

    Rien ne ressemble plus à un jeune bouleau qu’un autre jeune bouleau, les fraises on n’en parle même pas. Le plan, tourné dans tous les sens ne nous indiquait rien de fiable. Une vague mare d’eau pouvait aussi bien devenir sur le plan le marigot du nord que celui du sud. Le soleil avait enfilé son maigre mais têtu voilage d’été. Vu la sécheresse, aucune mousse sur les troncs.

    Nous commencions à économiser le fond de nos bidons, à regretter de n’avoir jamais exploré le scoutisme, de n’avoir même pas un couteau français en fond de poche, d’être incapable de construire une cabane de survie.

    Nous marchâmes dans la fameuse grammaire des grandes expéditions. Le jeu m’amusait, ma compagne moins.

    Nous avons dû marcher une heure de trop, comme disent tous les gens, apeurés par l’idée de leur mort.

    Je n’eus même pas le loisir de faire le petit Bonaparte conduisant sa troupe à la victoire. J’avais juste choisi de suivre une ligne droite, mes notions de géométrie philosophique m’indiquant que cela nous éviterait de tourner en rond.

    Et finalement nous recoupâmes un chemin vaguement identifiable qui nous ramena au chemin de halage.

    Les péniches étaient toujours absentes, mais sous un soleil, enfin décidé à nous assommer l’écœurement, nous avons eu le clair sentiment d’en tirer plusieurs, et des en pleine charge.

    Cette heure perdue, à quelques minutes près, me permit également d’oublier ma compagne.

    J’aurai du me méfier, avec ses bâtons de marche, ses mollets de chasseur alpin, elle n’aurait pu s’adapter à mon arythmie, ma tendance à gratter sous les souches, à siffler dans les courants d’air, à chantonner avec les piafs.

    Ce jour-là, d’ailleurs, je m’en souvins après coup, aucun oiseau sur le terril n’avait chanté.

  28. 🐁 Sourisverte dit :

    783/ UNE HEURE DE RIEN
    Entendons- nous bien. Est ce vous qui attendez mes propositions ? Ou cette malheureuse heure parce que si c’est vous, c’est tintin. Vous ne vous figurez tout de même pas que je vais perdre mon temps! Je vous connais trop bien, c’est peine perdue. Beaucoup trop exigeant et fignoleur ! Chez vous une heure c’est soixante minutes et il n’y a pas a sortir de là, alors que chez moi se sont des minutes de coiffeur, ça prend le temps de boucler sur le côté et une petite minute par ci, une autre par là on a vie fait d’en égarer. Et moi là- dessus je ne suis pas regardante, sans être laxiste, je prends le temps là où il est… quand il passe… un temps frivolent voila ce que j’aime. Vous, c’est comme la NASA… quatre, trois, deux, un, feu ! Hou la la ! Pas moi ! Et puis je suis pour la liberté alors cette petite heure de rien qui galvaude.. ça me va bien et tant mieux si ele a quitté sa pendule.. une petite école buissonnière de temps en temps, il n’y a rien de mieux pour se refaire la cerise !🐀

    • Gilaber dit :

      Bonjour Souris Verte, toujours matinale. Il est vrai qu’il n’y a pas de temps à perdre… de mon côté, je suis à la recherche d’idée pour ce nouvel exercice, et, j’ai encore du temps devant moi pour trouver quelque chose à écrire sur le sujet…
      Bon week-end à vous.

      • 🐁 Sourisverte dit :

        Merci Gilaber ! Pas toujours facile de se lancer dans le grand bain de si bonne heure mais le premier mot appelant les autres… vous n’êtres pas en peine non plus cher Gilaber. Et merci de votre retour. Ça me touche. 🐭

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.