Tu n’es pas un lecteur, mais un livre…


Je vous propose un jeu d’imagination.
Pas un exercice comme chaque samedi depuis 2009, mais un pas de côté.
Si vous vous prêtez au jeu, permettez-moi de vous tutoyer.

C’est parti !

Imagine l’univers non comme un vide infini parsemé d’étoiles, mais comme une constellation de bibliothèques.
Des bibliothèques suspendues dans l’espace sidéral. Chaque planète en est une.
Évidemment, notre terre aussi.
Ce n’est plus qu’une immense salle silencieuse, remplie d’ouvrages vivants.
Et toi, au milieu de milliards d’ouvrages, tu n’es pas un lecteur, mais un livre.
Un ouvrage unique, relié de chair et de souffle, posé sur une étagère que tu ne peux pas voir

Chaque matin, sans t’en rendre compte, une page se tourne. Une seule.
Parfois dense, parfois presque blanche. Mais elle se tourne quand même.
Ce qui trouble, c’est que ton histoire est déjà écrite.
De la première ligne jusqu’au dernier point. De la naissance à la mort. Tout y est.
Les détours, les silences, les rencontres, les chutes, les élans.
Non pas parce que quelqu’un te contrôle, mais parce qu’un livre, par nature, ne sait pas se lire lui-même.
Tu avances phrase après phrase sans connaître le paragraphe suivant. Tu vis chaque page comme une improvisation alors qu’elle est déjà inscrite quelque part, dans cette bibliothèque cosmique à laquelle tu n’as pas accès.

Et c’est là que quelque chose de fascinant se produit.
Quand tu acceptes, ne serait-ce qu’un instant, que ton destin soit peut-être déjà tracé, une étrange liberté apparaît.
Plus besoin de lutter contre chaque virgule.
Plus besoin de vouloir corriger le texte en permanence.

Tu peux commencer à habiter la phrase au lieu de la juger.
Essaie vraiment de voir les choses ainsi.
Tu n’as pas à savoir où va l’histoire.
 Tu n’as pas à comprendre la cohérence du chapitre en cours.
 Ton rôle n’est pas de lire, mais d’être lu.
Et soudain, ton imagination pique un sprint.
Elle court dans tous les sens. Elle imagine les autres livres, les bibliothèques voisines, les rayonnages invisibles. Elle se demande quels genres se côtoient : tragédie, poésie, nouvelle, comédie, etc. Elle se demande si certains livres se reconnaissent quand ils se croisent. Si certaines pages se répondent à distance.

Peut-être que le sens n’est pas dans la maîtrise du récit, mais dans la façon dont tu incarnes chaque page pendant qu’elle se tourne.
Alors, aujourd’hui, lis moins ta vie comme un problème à résoudre.

Vis-la comme un texte en train de s’écrire, même s’il l’est déjà.
Et continue d’avancer.
 Page après page, en les écornant le moins possible.

Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

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Autodidacte, car dyslexique, Pascal Perrat est reconnu comme un mentor de l’écriture sous toutes ses formes. La plupart des écoles de journalisme et des ateliers d’écriture s’inspirent de son best seller : Enrichir son style et Libérer son écriture.

13 réponses

  1. Nicolas Thebault dit :

    chaque page de notre vie n’est-elle pas écrite avec les autres ? Le fruit des rencontres façonne sans doute une partie de nos destins.

  2. Avoires dit :

    Vivre sa vie comme un texte en train de s’écrire, en voilà une riche idée ! Originale et surtout très stimulante. Allons-y

  3. Gilaber dit :

    Cher Pascal,

    La réflexion que vous nous proposez aujourd’hui me ramène au 781ᵉ exercice : ce polar singulier dans lequel le lecteur se retrouve menotté par le livre qu’il tient entre ses mains, tandis que la police le soupçonne d’être à l’origine des crimes relatés par l’ouvrage lui-même.

    Bien que le scénario de ma propre existence soit aux antipodes de celui que j’ai imaginé pour ce récit, cette mise en abyme m’amène à m’interroger : et si notre vie était, elle aussi, déjà écrite ? Peut-être ne faisons-nous que la parcourir, page après page… tout en restant, paradoxalement, les seuls artisans capables d’en infléchir le cours — parfois même à notre insu.

    Car le déroulement de notre existence entretient en permanence l’illusion que nous sommes maîtres de notre libre arbitre. Mais le sommes-nous réellement ? Choisissons nous véritablement le chemin que nous empruntons, ou bien nous est-il imposé, comme une leçon à apprendre, une expérience nécessaire à notre évolution ?

  4. Antonio dit :

    Je me lis donc je vis. Je me lie donc j’existe. On me lit donc je sers. Mon coeur se serre donc j’aime. Les coeurs s’unissent donc nous créons. Le monde lit donc nous sommes sauvés. Je suis un livre, l’idée me plaît. Merci Pascal ! 😉

  5. camomille dit :

    Bien vu Pascal👍
    Oui, cessons de regarder notre nombril… 🙂

  6. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    L’année dernière, lors d’un atelier d’écriture, la prof nous a proposé un jeu qui consiste à découper des mots ou des groupes de mots dans divers magazines n’ayant aucun rapport les uns avec les autres. Nous devions les coller sur une nouvelle page. Ainsi nous sommes retombé en enfance, j’y suis resté depuis :
    Voici ce que j’ai obtenu :

    POINT DE VUE

    Positif

    Sommaire

    Tout est possible

    On était tellement de gauche

    Où sommes-nous où allons-nous ? C’est une question métaphysique.

    Cela induit donc d’autres habitudes de travail.

    Ne croyez surtout pas que je hurle

    Mais c’est un voyage fort intime

    Parvenir à un mouvement mystérieux

    ETRE VIVANT !

    Bonne journée !

  7. Peggy dit :

    J’y pense depuis longtemps

  8. 🐁 Sourisverte dit :

    Je ne suis pas certaine d’avoir envie de tourner ‘mes’ pages ! 🐁

  9. Béatrice Dassonville dit :

    Et si notre vie était déjà un livre écrit ?

    Peut-être que certaines phrases sont tracées d’avance, comme un fil discret qui traverse les pages. Mais il reste les marges, les respirations, les mots que nous choisissons d’ajouter.

    À l’image d’une proposition d’écriture, un thème nous est donné, un décor s’installe… et pourtant, mille récits peuvent éclore. Chaque page s’ouvre alors comme une promesse : celle d’une découverte, d’un pas nouveau, d’un obstacle transformé en passage.

    • MICHEL-DENIS ROBERT dit :

      Je ne crois pas que notre vie est déjà écrite avant de prendre la plume. Cela limiterait trop notre liberté d’expression.
      Pour se concentrer sur ce que l’on a envie d’écrire :
      Il suffit de partir d’un point central qui existe près du coeur. De ce point, partir dans les 6 directions de l’espace, à l’image de la respiration, la septième étant le centre de l’intellect qui n’est pas au cerveau mais au niveau du coeur.
      Facile à dire mais pas toujours facile à réaliser.

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