793e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Vous avez adhéré (e) au club « Les Lisières », pour la saison 2026. Racontez votre première séance de « Remise en sève».

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Ouah ! Cette première séance elle a été vachement rude.
Il faut dire que je suis un gros baobab dont le réservoir de sève est à sec depuis longtemps.
Alors dès que j’ai appris l’existence de ce club – qui à peine né a déjà un succès fou dans la région – je me suis dit je dois y aller au plus vite.
Cette première séance elle a eu lieu l’autre samedi matin.
Il y avait environ une centaine de personnes. Des belges, des parisiens, des bretons … et également des marseillais. Que j’ai reconnus à leur accent.
Et puis moi, qui dans les groupes qui se sont formés, était le seul arbre, le seul baobab du secteur.
Je dois l’affirmer : je n’ai pas eu de discrimination à mon égard. Tout ce monde a été poli, respectueux et correct avec moi.
Une séance qui m’a donc regonflé en sève, certainement pour plusieurs semaines.
L’intervenant il m’a dit toutefois que je devais revenir régulièrement, pour faire d’autres séances. Pour notamment avoir cette sève en continu dans les entrailles.
De plus, il m’a indiqué que vu ma grosseur et mon poids important, la séance pour moi allait être spéciale, composée exclusivement d’exercices assez militaires.
Le meilleur moyen précisa-t-il pour avoir rapidement en soi une sève de haute qualité.
J’ai donc fait une multitude de pompes, pires que celles faites par des légionnaires ou des bérets verts. Des pompes au sol, des pompes aussi dans l’espace, au milieu de l’univers.
Avec un doigt, trois doigts. Avec une main, avec deux, « trois » mains. Sans les mains. Sans les pieds et les bras …
Et également j’ai réalisé plein de saltos, des saltos avant, arrière, devant, dans tous les sens …
De même, je me suis tapé un sacré parcours du combattant avec des obstacles impressionnants qu’à ma grande stupéfaction j’ai facilement franchis. Moi qui n’a jamais connu ce type d’épreuves.
Et puis j’ai terminé cette « courte » séance en courant à fond, plus lentement, plus vite, plus doucement.
Bref des sortes de fractionnés, dans ce champ plein d’herbes, des courses qui m’ont fait transpirer à grosses gouttes, ressemblant à la fin à un cochon bien rose, ayant traversé une rivière bleue à la brasse coulée.
Vers midi je me suis senti beaucoup mieux, ayant refait probablement le plein de sève. Moi qui depuis des semaines était devenu et vivait comme un vrai mollasson.
D’ailleurs l’entraîneur il m’a fait entrer dans une grosse caisse en bois, ayant la forme d’une géante madeleine de Commercy, paraît-il un appareil qui permet de mesurer le taux de sève qu’on a dans sa carcasse. Effectivement le mien était largement au dessus de la moyenne du taux de sève d’un baobab ayant mon poids et mon âge.
Ensuite, après ces efforts intenses, je me suis assis sur un minuscule tabouret en bois. J’ai commencé à boire une bière blonde suffisamment fraîche. Et ce que je vis au loin me fit plonger subitement dans la réalité du monde réel.
Je l’avais complètement oublié celui-là !
Moi qui ce matin a été au milieu de toutes ces personnes à la recherche comme elles de la vrai sève, issue de la belle et heureuse vie.
Oui c’était lui !
Mon ami, mon compagnon, le fidèle de tous les jours.
C’est mon cheval blanc.
– Eh ! Eh ! Je crie, par ici pardi où vas-tu ?
Tu ne me reconnais plus ?
Oh ! le bougre au lieu de venir vers moi, dans ma direction, il se dirige vers le responsable du club.
Je m’approche d’eux sans me faire trop remarquer, déguisé en un buisson vert pâle volant.
Et voilà ce que j’entends : que mon cheval blanc si gentil, si dévoué, il vit mal sa vie, qu’il a des insomnies la nuit.
Que souvent il se sent un peu aussi mollasson.
Et qu’il voudrait, qu’il exige même, là tout de suite, sur le champ, qu’il soit organisé une séance de remise en forme conçue spécialement pour lui.
Dans le cas contraire, si rien n’est fait pour lui, dans la minute qui suit, il n’hésitera pas à casser la figure de ce responsable.
Ouah ! une séance uniquement pour ce cheval blanc … pour qu’il se mette rapidement en selle !
« Le Club les lisières recrute de nouveaux adhérents pour 2026. Venez nous rejoindre samedi 10 janvier à 14h dans la salle de convivialité de la paroisse».
Octavie trouvait son emploi du temps morose depuis le décès de Benjamin. Elle se sentit appelée par cette annonce affichée chez le boulanger. Le samedi en question elle se fondit dans le groupe qui patientait devant la porte encore verrouillée. Elle reconnaissait des visages, des voix, cela la rassurait. Participer à un club de retraités avec jeux de cartes, danses, lotos et voyages gastronomiques allait lui faire le plus grand bien.
Elle commença à se tortiller sur sa chaise quand l’intervenant annonça l’objet du club « La spiritualité et la vie évangélique ». Il y avait belle lurette qu’elle ne s’était pas penchée sur un tel sujet. A vrai dire, depuis sa première communion…
Son malaise grandit alors qu’il était question de retrouver la sève de la vie par des prières, méditations et discussions profondes pour donner du sens au quotidien et aux événements du monde.
N’y tenant plus, elle interpella « Je réalise que l’intitulé Club les Lisières m’a mise dans la confusion. Pourquoi l’avoir choisi ?»
« C’est précisément parce que la confusion domine nos vies. Nous sommes sans arrêt à la lisière de la vérité et du mensonge, de la gentillesse et de l’agressivité, de la laideur et de la beauté, de la peine et de la joie … »
Octavie resta silencieuse. Elle était sceptique. Pourtant quelque chose bougeait en elle. Elle pensait à Benjamin et se sentait à la lisière de son envie de le rejoindre et de son envie de continuer à vivre. Se pouvait-il que ce groupe l’aide à remettre de la sève dans ses veines et dans son cœur ? Elle allait y réfléchir.
Vous avez adhéré au club « les lisières » pour la saison 2026
Racontez votre première séance de… remise en sève
Tout est prêt pour participer à cette découverte.
Une dizaine de personnes sont présentes ; nous sommes accueillis par un homme nommé Tarzan en tenue de peau de bête tigrée. Surprise ! Sous un arbre, il nous demande de nous mettre en cercle autour d’ un tronc d’arbre d’environ 1 m de diamètre sur lequel sont posés des bouteilles d’eau, Tarzan souhaite que nous allions à la recherche des singes qui se promènent dans « les lisières » en essayant de les arroser. Est-ce la remise en sève ?
Une bataille d’eau s’engage…
Mais où sont les singes ?
Nous comprenons que c’est un tableau de l’inauguration de ce nouveau club !
Bonsoir,
Original…
Vous avez une âme dansante en ce moment…
Bonsoir,
C’est un premier exercice partagé pour moi, j’adore les mots et l’esprit dansant. Je vais prendre le temps de vous découvrir aussi..
Je vous remercie pour votre accueil sur ce que je vais vous déposer, en sachant que j’ai pris déjà beaucoup de plaisir à l’écrire ce soir…
Au plaisir de ces échanges suaves.
V.
Je m’étais caché dans un recoin de la forêt, tapis et recouvert d’un tas de feuilles mortes et jaunies par l’hiver. Immobilisé comme une proie facile, je restais quand même à l’affut des grognements et des bruits d’acier ou bois perçants de ces barbares… Une de leurs flèches m’avait transpercé la cheville droite alors que j’encourageais mes hommes à les encercler et à les tuer…
J’étais porté par cette hardiesse et cette magnificence de ne plus être un mais tant d’êtres se battant pour la même cause, celle de la liberté de s’exprimer et de faire….J’avais dû les laisser et fuir comme un lâche alors que les miens se battaient encore au prix de se faire fendre le crâne…
Seule motivation : conserver ma vie et retrouver mon âme, ma bien aimée. Elle avait saisi mon cœur, fondu mon être par ses mots si doux et ne faisait qu’un avec mon esprit aventurier. Je reprenais lentement mon souffle, tant bien et si mal que je devinais ma déchirure… Ma tête tournait, mon corps s’immobilisa jusqu’au levée du soleil… protégée par Lyra, ma douce.
Après avoir repris conscience, je me mis à cracher ma salive dans mes mains pour nettoyer ma plaie avec douceur. Elle n’était heureusement pas profonde. Je tira avec force et agilité cette flèche immobilisée : le sang frais jaillit, celui de la vie, de l’endurance… Je sentis une certaine jouissance.
Après quelques heures, je pus bouger… Je me relevais doucement avec un genou à terre au contact de Dame nature, je l’avais si souvent négligé. Mon esprit se figea quelques minutes en son honneur, mes yeux à la recherche du ciel si inspirant… Il était lourd, gris mais magnifiquement enveloppant pour un avenir prometteur.
Cette terre mouillée semblait transpercer le tissu de mon pantalon… Je pensais que la fièvre avait repris le dessus sur mon être alors que je sentais en moi, monter cette douce nature me revigorer… Elle prenait avec beaucoup de douceur le chemin de l’esprit, oublié trop longtemps. Je me mis à prier pour que le sens de la vie reprenne son chemin…
Tendrement, je sentis cette force intérieure montée, tournée et virevoltée dans mon corps avec mon bel esprit de conteur, revenu par magie pour ma belle et mes hommes…
Je me lève à nouveau…
Un style plein de poésie et de sensualité. Bienvenue à votre plume VanouchKaya G. 🙂
Bonsoir Béatrice,
Merci beaucoup pour vos bons mots ..
Enchantée…
J’ai l’impression de rentrer dans un cercle magique en bel appétit. Délicieux !
Belle nuit
Comme toujours dans ce genre de club, l’accueil est chaleureux, on nous présente à nouveau les bienfaits de la cure, ainsi que les différentes activités annexes. Cette atmosphère conviviale contribue à instaurer une ambiance propice à la détente et au bien-être, favorisant l’adhésion du groupe à l’expérience qui nous attend.
Le rendez-vous a lieu de bonne heure au cœur d’une magnifique forêt de bouleaux. Le temps, encore frais en ce début de mars. La « remise en sève », m’évoque un programme de régénération, de vitalité en communion avec la nature au printemps. Cette journée se présente pleine de belles promesses.
Je ne comprends pas bien lorsqu’on nous donne une perceuse à main, un petit bec verseur, une bouteille avec un bouchon à percer et un tube. Puis je pense : c’est sans doute ce qu’ils appellent « le retour aux sources ». Après des explications détaillées, il s’avère que nous devons récolter chacun notre propre sève, ce qui malgré notre étonnement, est finalement une belle expérience. Le ciel bleu, le soleil, la bonne ambiance tout contribue à une journée agréable. Vers l’heure du déjeuner, nous nous arrêtons pour pique-niquer, nous avons déjà notre quantité de sève pour les 21 jours de cure. Tiens…déjà ? Alors pourquoi recommencer l’après-midi alors que nous pensons qu’il serait consacré aux « activités annexes » ? La question flotte dans l’air. On échange des regards furtifs, comme si quelqu’un va finir par la poser cette question. Personne n’ose et nous continuons à percer des troncs à un mètre du sol, insérer notre petit bec verseur et son tuyau presque jusqu’à la tombée de la nuit. Épuisés nous avons des litres et des litres de sève, et comprenons qu’ils sont destinés à leur entreprise.
Après un bref remerciement adressé par nos arnaqueurs, nous emportons dans nos chambres nos précieuses bouteilles qui serviront pour la cure aux « Lisières ». Celles-ci acquises au prix fort dans tous les sens du terme, nous déclenchent un éclat de rire devant la manière dont nous nous sommes laissés berner si habilement. Ce moment de complicité, mêlée d’autodérision, marque la fin de cette première journée, où la malice de nos interlocuteurs se mêle à notre propre naïveté dans une atmosphère bon enfant
Inutile de raconter les vingt jours de cure qui suivirent. « Les lisières » ne changèrent pas une virgule au programme annoncé dans leur brochure. Désormais nous faisions bloc…par précaution.
Si j’ai adhéré à ce club branché, c’était pour sortir du bois selon ma devise : « Un seul hêtre vous manque et tout est dépeuplé. » A l’orée de cette nouvelle aventure, j’ai commencé par chercher le tronc commun qui reliait tous les membres de ce club. Il m’a fallu pour ce faire remonter jusqu’à la racine. Ainsi, nous avons pu nous entendre, même pour ceux qui sont durs de la feuille…
Aux lisières de mon être…
Le prospectus était mélangé à d’autres et, encore aujourd’hui, je serais bien incapable d’expliquer pourquoi celui-ci avait retenu toute mon attention plutôt qu’un autre. Était-ce le lieu ? Le vocabulaire soigneusement chlorophyllé ? Ou simplement l’instant, cette disponibilité passagère où l’on se laisse convaincre qu’un changement intérieur peut tenir sur une feuille A5 glacée ? Il annonçait un séminaire organisé par le club Les lisières, proposant la découverte de séances de « Remise en sève » au monastère Notre-Dame de Ganagobie, une abbaye bénédictine située à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Forcalquier et à une trentaine de kilomètres au sud de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
J’ai toujours été sensible à ces lieux qui promettent, pour un temps, une retraite silencieuse, à la lisière de soi-même. Mon attrait pour les abbayes et les cloîtres m’a été soufflé par Charles Juliet, diariste et écrivain français, lorsqu’il relate son séjour à Saorge, en 1993. Depuis, j’associe volontiers ces espaces clos à une mise à nu intérieure, parfois sincère, parfois mise en scène. Je savais, en m’inscrivant, que je m’exposais à l’un comme à l’autre.
Mon inscription validée, conjointement à mon adhésion au club « Les lisières », me voilà, une semaine plus tard, à parcourir les quatre derniers kilomètres qui me séparent du monastère. La D30 serpente le long de la colline en une succession de lacets étroits, invitant moins à la contemplation qu’à l’anticipation anxieuse du prochain virage. À chaque courbe, je me dis que le dépouillement commence peut-être ici : apprendre à renoncer à la maîtrise. Au terme du trajet, j’atteins un vaste promontoire arboré, où le stationnement s’organise selon une logique souple, proche de la philosophie du lieu : chacun fait comme il peut, à condition de ne pas empiéter trop visiblement sur l’espace d’autrui.
Le reste du parcours s’effectue à pied, sur un large chemin de terre déroulant son tapis ocre au cœur d’une forêt de chênes verts et de pins. En été, seules les cigales doivent troubler le calme ambiant exigé par ce lieu de prière. Je m’attends presque à croiser un panneau indiquant « Zone de silence ». L’avertissement ne serait ni excessif ni inutile ; il inviterait à entrer progressivement dans un état de disponibilité intérieure, à écouter le vent, la nature, ou cette petite voix qui nous explique que nous sommes exactement là où nous devions être.
À l’entrée du monastère, je suis accueilli par un homme vêtu d’une aube d’un blanc irréprochable, chaussé de sandales, barbu, à la longue chevelure blonde. L’ensemble évoque autant le prophète que l’animateur chevronné de stages de reconnexion à soi. Il se présente sous le nom de « Petit Jean ». Son sourire est lumineux, son regard pénétrant, comme s’il évaluait d’un coup d’œil mon degré de maturité spirituelle. D’une poignée de main chaleureuse, il m’invite à rejoindre les autres participants dans le cloître. Le tutoiement est immédiat, presque libérateur, comme si le vouvoiement appartenait déjà à l’ancien monde.
Des groupes se sont formés et les conversations vont bon train. Autant d’hommes que de femmes, dont certains affichent une joie manifeste à l’idée de se retrouver. Les tenues oscillent entre l’ascèse revendiquée et la nostalgie soigneusement entretenue des années soixante-dix. Avec mon jean fatigué et mon sweat à capuche délavé, je me fonds finalement assez bien dans ce décor hétéroclite où tout semble toléré, pourvu que cela soit assumé comme une démarche personnelle.
Je m’étonne néanmoins de cette effervescence dans un lieu dédié au silence. Peut-être s’agit-il d’un silence intérieur, bruyant par nature. Une douce odeur d’encens flotte dans l’air, diffusée par de grandes vasques disposées autour du patio. Rien d’incongru, simplement une spiritualité aromatisée, plus accessible.
Un couple s’approche. Tous deux arborent une tenue baba cool parfaitement coordonnée. Lui, chemise blanche largement déboutonnée, torse velu, collier peace and love. Elle, chemisier blanc ouvert avec une générosité équivalente, même pendentif. Même couleur de cheveux, même silhouette. De dos, l’illusion est parfaite.
— Toi, tu es nouveau, lance-t-il.
— À ce point-là ?
— Ça se sent. Tu observes encore.
Il se présente : Joseph, accompagné de Marie. Ils sont adhérents depuis cinq ans. Je donne mon prénom :
— Moi, c’est Gilaber !
— C’est ton vrai nom ?
— Oui.
— Intéressant. Beaucoup viennent ici sous un autre. Ça facilite certaines expériences.
Je m’interroge :
— Des expériences de quel ordre ?
— Intérieures, bien sûr… dit-il, avant d’ajouter, plus bas : les autres aussi.
Il se penche alors vers moi :
— Elle et moi, on n’est pas vraiment ensemble. Ici, les cadres sont souples. Tu vois les couples là-bas ? Le soir, ils échangent leurs femmes. Enfin… c’est ce qu’ils appellent un travail sur le détachement.
Je reste silencieux. Était-ce de l’humour ? Une provocation ? Ou la version la plus honnête d’une quête spirituelle revisitée ? Je pense à « Petit Jean », à son sourire bienveillant, à sa neutralité probablement très exercée.
— Et toi, reprend Joseph, tu es venu pour te retrouver… ou pour te perdre un peu ?
— Pour me retrouver, dis-je.
— Les deux ne sont pas incompatibles.
Il s’éloigne, me laissant à mes réflexions.
Cet échange agit comme un révélateur. Il me confronte aux lisières de mon être : ces frontières intérieures que je défends par habitude, par conviction, par fidélité à une certaine idée de moi-même. Je sais qu’elles me protègent autant qu’elles me limitent. Ici, tout semble inviter à les repousser, voire à les dissoudre, au nom d’une authenticité dont les contours me paraissent soudain très flexibles.
Je jette un dernier regard sur le cloître. Tout est calme. Trop peut-être. Je regagne ma chambre et rassemble mes affaires. Je n’ai plus rien à faire ici.
En quittant les lieux, j’entends la voix de « Petit Jean » appeler les participants à se réunir dans l’ancien réfectoire pour la première phase de la « Remise en sève ». Je n’en connaîtrai jamais le contenu.
Mais, en repartant, je comprends que ma remise à moi a déjà eu lieu. Non pas en élargissant mes lisières, ni en les abolissant, mais en les reconnaissant pour ce qu’elles sont : non des murs, mais des repères. Car si l’on peut parfois se perdre pour se trouver, encore faut-il savoir ce que l’on accepte de laisser derrière soi… et ce que l’on refuse de confondre avec une illumination.
Vous avez adhéré au club « Les Lisières », pour la saison 2026. Racontez votre première séance de « Remise en sève».
En ouvrant ma boîte aux lettres, un flyer s’en était échappé. Je le ramassai et que lisais-je ? « Pour une remise en sève, adhérez au club Les Lisières- Tarif avantageux pour la saison 2026- Première séance gratuite » Un numéro de portable complétait l’annonce.
Me sentant un peu flagada en ce milieu d’hiver froid, humide , je me suis dit que cette adhésion était une aubaine.
Ce matin, en ouvrant, non pas ma boîte aux lettre, mais les volets, je remarque que le ciel est dégagé, à l’est le soleil commence à se lever dans de belles couleurs dorées. Tout d’un coup, je me sens ragaillardie, je consulte la météo : plein soleil annoncé. Il entre dans ma cuisine, chauffe à travers les vitres. Un bien-être s’empare de moi. Je décide que je vais mettre du linge à laver et le faire sécher sur le balcon, à ce joli soleil, une rareté depuis des semaines.
Mais, la journée hivernale de la veille, au vent pluvieux, avait déposé flaques d’eau et feuilles sur le balcon. Il fallait donc le nettoyer pour accueillir le séchoir. C’est ainsi que je j’ai senti monter en moi cette fameuse sève et ai astiqué le sol du balcon en fredonnant la chanson du Big Bazar « Le printemps est arrivé ». C’était il y a cinquante ans, un Michel Fugain fringant et botté emmenant sa troupe.
Le flyer du club « LesLlisières » a fini dans la poubelle, malgré la séance gratuite.
Je ne vante pas les taches ménagères, souvent fastidieuses, ennuyeuses par leur répétition. Je suis simplement, un témoin, maintenant un peu âgé de la régénérescence, de de la gaîté procurées par le soleil, même si j’ai dû passer par une banale corvée pour en prendre conscience.
Cette embellie au cœur de l’hiver a quelque chose de réjouissant, je le réalise maintenant alors que jusqu’à présent je traversai les saisons un peu comme la feuille au vent. Est-ce l’âge qui rend plus frileux et donc plus sensible aux moindres variations ?..
Aujourd’hui est une belle journée Lisière et la sève monte toute seule .
Je me suis enfin décidé ! J’ai adhéré ! Après moult tergiversations…
Me voici donc membre du Club de la Lisière et, j’apprends peu à peu à communiquer avec mes plus proches voisins. C’était un peu difficile au début mais à présent, ça ne me pose plus aucun problème. Au contraire, je me sens de mieux en mieux. Je me demande même pourquoi j’ai attendu si longtemps !
Et puis l’hiver se termine. Nous sentons dans nos veines bouillonner la sève. Certains éclatent déjà leurs bourgeons , d’autres les retiennent encore un peu, nous partageons une belle énergie ! Bientôt, nos petites feuilles vertes apparaîtront ; ce sera si beau, si tendre, si délicat ! Les jonquilles à nos pieds commencent à s’ouvrir, des petits yeux jaunes vont parsemer tout le sous-bois !
Hier, j’ai eu une grande joie : le Foyard Président s’est connecté à moi. Nous avons partagé le bonheur de sentir la tiédeur du soleil, d’être visités par des myriades de mésanges, de pinsons. Ce géant vénérable a une extraordinaire vitalité. J’espère un jour lui ressembler, enfin si aucune tronçonneuse ne m’abat d’ici là. Les humains sont tellement bêtes ! Ils nous massacrent, et après ils s’étonnent d’avoir trop chaud, de ne plus entendre d’oiseaux, d’être inondés…
En attendant, cher Président, synchronisons notre montée de sève, bourgeonnons en choeur !
Et que ce nouveau Printemps s’ajoutent à ceux déjà nombreux que vous avez vécus.
Comment, vous dîtes ?
Mais bien sûr, sans aucun doute, nous sommes Hêtres et fiers de l’être !
Dans la lisière…
B
Vous avez adhéré (e) au club « Les Lisières », pour la saison 2026. Racontez votre première séance de « Remise en sève».
Je me suis présentée au petit matin, habillée chaudement car j’imaginais que nous allions nous rendre aux lisières des bois de la commune. Elles étaient toutes magnifiques, ornées de leurs arbres majestueux et il me tardait d’en apprendre un peu plus sur les remises en sève.
Le printemps frémissait et circulait dans l’air de joyeuses notes des oiseaux revenus tout récemment. Rien que cela nous faisait prendre conscience que nous nous éloignions de la lisière de l’hiver. Les sourires étaient joliment dessinés sur les bouches de mes congénères venus comme moi faire cette remise en sève salutaire, du moins l’espère-je.
Nous commençâmes par nous mettre en ronde, en ancrant nos pieds bien solidement dans cette terre encore un peu collante. Nous fûmes ensuite invités à nous imaginer que nos racines pénétraient profondément les entrailles de la terre. Le soleil qui nous caressait le visage nous reliait au feu qui grondait sous nos pieds. Visualiser la montée de sève que l’on fut invité à imaginer nous réchauffa le corps et l’âme. Nous exprimâmes notre surprise que ce simple exercice de reconnexion soit aussi puissant. Cette remise en sève s’annonçait décidément sous les meilleurs hospices. J’en ressentis une grande gratitude et une envie viscérale de protéger celle qui nous portait. Cette sève qui remontait de notre corps arbre nous réveillait de tout ce qui nous avait endormi l’hiver. On se sentit revigorés, avec une envie de vivre décuplée.
Décidément, je ne regrettais pas ce stage qui m’avait valu quelques moqueries. A cet instant je m’en moquais royalement et décidais d’aller faire communier ma sève et celle du châtaignier qui me tendait ses branches !
Je ne suis pas trop bien en ce moment et fais un peu n’importe quoi. En colère, un copain m’a dit que j’étais borderline.Je ne suis pas sûr qu’il sache bien ce que ça signifie. Mais moi, je sais. Je connais quelques mots anglais et je suis futé.
Aussi, lorsque j’ai découvert le club « Les Lisières », je me suis dit que c’était pour moi.
Ils m’ont bien accueilli, m’ont bien essoré le porte-feuille. Et c’est parti pour la saison 2026.
En prime, j’ai eu droit à un fascicule plein de conseils : pour dormir, manger, respirer, penser…Y’a qu’à suivre les consignes. C’est reposant.
Aujourd’hui c’est la première séance : « Remise en sève ». Je suis intrigué. Faire monter la sève au printemps, ça me parle. Mais là, en février, c’est encore un peu froid.
Dans la salle, à part le Coach et moi, il y a sept bienheureux hurluberlus.
Le Guide ( il aime bien qu’on l’appelle ainsi ), nous fait asseoir en lotus et nous demande de nous balancer d’un ischion à l’autre. Pour moi qui ne suis pas trop rembourré, ce n’est vraiment pas confortable. En plus il faut roucouler des incantations : Sève où es-tu ? Sève que fais-tu ?
Oh, ça monte, ça monte,
Mais oui, ça monte !
Entre le lotus et les prières, je me sentais pris pour un guignol.
Je me suis levé brutalement et involontairement, j’ai lâché une salve de pets sonores et nauséabonds.
Les hurluberlus ont atterri, se sont pincé le nez et ont crié les paroles magiques : « ça pue, ça pue, ça pue » et ont quitté la salle en courant.
Moi j’avais mal au ventre tellement j’étais pété de rire. Ce n’est pas ma faute. Ça fait huit jours que je suis leur régime : pois chiches, lentilles, chou, brocolis, oignons..
Lorsque le calme est revenu je me sentais vraiment bien. Je me suis dit, « quelle belle séance ! »
Je ne sais pas si je suis remis en sève mais je suis remis en selle : intestins dégazés, énergie et bonne humeur à la clé. Dans un an je serai au top du top.
Bravo Maguelonne
Merci Mami59.
J’ai adhéré au club Les Lisières pour la saison 2026 par lassitude. Lassitude de l’air conditionné, des salles de sport qui sentent le plastique chauffé, des odeurs corporelles incrustées dans le cuir et la moquette. J’ai décidé de donner une seconde chance à mon propre corps, devenu manifestement non durable. La brochure promettait une Remise en sève. Le terme m’a rassurée par son apparente ancienneté.
La première séance a lieu à l’aube. On nous demande de venir « nus de métaux et d’intentions ». J’ai laissé mon téléphone dans la voiture, ainsi que toute idée de fuite. Le site est une clairière basse, saturée de vert. On respire volontairement. L’air est présenté comme « enrichi en chlorophylle active ». Je n’ai pas les compétences pour contester.
Nous nous asseyons sur un tapis de mousse vivante. Elle cède légèrement sous le poids, comme si elle nous acceptait à contrecœur. L’animatrice, grimée comme une divinité sylvestre, genre un personnage d’Avatar — elle se présente comme facilitatrice — explique que la mousse capte nos tensions lombaires et les redistribue au sol, « là où elles pourront se décomposer naturellement ». J’ai une douleur persistante au genou gauche. J’espère qu’elle servira à quelque chose.
Vient la mastication racinaire. Chacun reçoit une racine encore terreuse. « Riche en fibres mémorielles », précise-t-on. Le goût est âpre. On nous encourage à saliver lentement : chaque goutte participe au recyclage interne. La sueur perle sur les fronts. Bonne nouvelle : elle ne sera pas perdue. Elle s’écoule vers des rigoles destinées à nourrir un futur potager thérapeutique. « Votre collagène reconstruit les tomates de juillet », nous dit-on avec douceur.
On nous applique ensuite un masque d’argile forestière. « Argile vivante ». Prélevée près d’un vieux chêne porteur de mémoire avant une déforestation intensive. La matière est froide, lourde, tire la peau vers le bas. La facilitatrice explique qu’elle absorbe les toxines, mais aussi les souvenirs non compostables. Certains ont du mal à avaler la tisane à travers les pailles en roseau. D’autres trouvent cela apaisant, comme si leur visage redevenait minéral.
Vient ensuite la dégustation consciente.
De petits bols en bois flotté contiennent des larves « vivantes » et tièdes. Il ne faut pas dire insectes, mais agents protéiques circulaires, élevés en « circuit court émotionnel ». J’en prends une entre les doigts. La peau est ferme, élastique, voir un peu gluante. « Riches en collagène biodisponible », assure-t-on. J’en mâche une, ─ j’essaie de la coincer avec mes dents, tant elle se tortille sur ma langue. Ça éclate doucement. Un goût de noisette humide glisse dans ma gorge.
Autour de moi, on murmure. Chaleur dans la colonne vertébrale. Ongles mieux irrigués. Les larves, nous dit-on, poursuivent en nous ce qu’elles ont su transformer dans le bois mort. Personne ne demande, quelles sont les zones concernées.
Les restes sont recueillis avec soin. Rien ne se perd. Les refus corporels seront réintégrés au cycle. « Vous nourrissez ce qui vous nourrira », conclut la facilitatrice.
Après cela, plus rien ne me surprend vraiment. Champignons, humus filtré, eau de pluie fermentée. Une femme sanglote ; on parle de relargage émotionnel. Elle frôle la lisière du bien-être, « le bonheur est dans le bio », répète le clone de Ney
À ce stade, je comprends que je ne suis pas en dépression citadine, de course à la performance, mais en simple rejet de cette sève qui n’est plus en accord avec la vie que je veux pour mon corps.
La séance se conclut par un enracinement guidé. Pieds nus dans la terre froide, nous imaginons nos veines échanger calcium, culpabilité et oligo-éléments avec le sous-bois. On nous rappelle que s’élever à l’étage supérieur, celui de la canopée, permet d’être harmonie avec l’espace libre et que l’humain est un compost en devenir.
En repartant, on me remet un carnet. Papier recyclé.
Sur la couverture : Votre corps est une ressource.
Je ne sais pas encore si je reviendrais. Mais mes chaussures sentent la forêt, et ma sueur, quelque part, est déjà en train de faire du bien. Mais j’embrasse, dans un gros câlin, le tronc d’un des deux sequoias de l’entrée du centre.
Sur le parking, quelqu’un parle d’un forfait annuel. Une autre demande, si les larves sont traçables. On répond oui. Tout l’est. Les corps, les humeurs, les pertes. La forêt n’oublie rien.
Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression très nette que mon corps est enfin sur la bonne voie — celle qui ne me demande plus vraiment mon avis.
Est-ce que la facilitatrice saura recycler ses souvenirs non compostables ?
Je me suis posé la question.
J’aime bien la formule souvenirs non compostables !
A vrai dire, en passant devant la plaque, je me suis posé la question sur la signification du mot lisières accolé au club. Etait-il entendu dans le sens de frontières ou bien d’ouverture sur un autre monde ? Un club de scrabble jouant sur les mots, peut-être ? Et cette idée de sève dans l’annonce, à quoi pouvait-elle correspondre ? Monterait-elle entre ces deux mondes afin de réaliser une fusion ou bien une greffe ?
Après tout, s’agissant de jardinage, et comme je tournais en rond, je me suis lancé.
Une espèce de bêcheuse androgyne m’ouvrit la porte. Quel était le rapport avec le jardin, me dis-je ?, Toutefois, je me suis abstenu d’être volubile face à « cette » étranger, ne sachant trop à qui j’avais à faire.
– T’as fini ton hivernage et tu viens faire ta cure, qu’il me dit.
– Pardon !
– Excusez-moi, je finissais de donner la réplique à mon tuteur. Je ne veux pas perdre le fil, vous comprenez.
Vous venez comme figurant pour la pièce ! Ca tombe bien, nous allons commencer.. Comme tu es chevelu, tu feras le chêne. Monte sur l’ados, dit-il, en m’invitant fortement à me plier à ses règles.
– Sur l’ados ?
Au passage, je notais la fulgurance avec laquelle il était passé du vouvoiement au tutoiement.
– Oui, sur le talus si tu préfères, Ici, nous employons tous les mots du vocabulaire. On fait du théâtre ou on n’en fait pas, n’est-ce pas ! Tu vas pouvoir te débroussailler ici. Enlever ta rouille ! Allez ! Fias le chêne et suis bien les dialogues. Parce qu’au moment où tu seras chatouillé par les rameaux, tu devras improviser une réplique. Je ne te dis rien de plus, improvise ! Allez, monte sur l’ados. Mets-toi en valeurs !
Oh, très original ! J’aime beaucoup. Merci cher Michel-Denis Robert 🙂
Merci !
C’est drôle et formidablement original, cette idée. Bravo
Merci !
Vous avez adhéré (e) au club « Les Lisières », pour la saison 2026. Racontez votre première séance de « Remise en sève».
Après des années de tergiversations et sous l’impulsion de mon entourage, je me suis inscrite au club des Lisières en espérant ne pas me retrouver dans un club de forçats du développement musculaire à outrance. Leur slogan me plaisait. Pour moi il sonnait comme une invitation à libérer mon énergie en douceur.
Premier cours et bonne surprise. Tous les élèves me ressemblaient plus ou moins. Des corps sculptés par de riches repas, le teint pas top et des déplacements en lenteur.
Les moniteurs, après un long discours de bienvenue, nous demandèrent de nous assoir en tailleur. Oups ! Cela prit un certain temps, la rouille avait fait des dégâts, mais nous y sommes parvenus avec peu d’élégance, faut bien le reconnaître.
Nous étions supposés être des arbustes qui ne demandaient qu’à croître.
Levez les bras bien haut et bien droits en direction du plafond. Imaginez que c’est le soleil !
Tu parles ! S’assoir fut une corvée, maintenant lever les bras en se tenant droits, c’est du n’importe quoi. On ressemblait d’avantage à des arbres centenaires tordus par le vent.
Allez, courage ! Souriez ! Cessez de grimacer. Votre sève cherche à s’exprimer. Vous sentez cette douce chaleur qui circule en vous ? Elle est le signe du renouveau.
Oui, c’est ça ! C’est plutôt le signe de plusieurs jours de douleurs indésirables. Quant à la chaleur, c’est le sang qui bouillonne.
Comme il s’agit de votre première séance, vous allez vous relever en gardant une branche levée. Vous vous aiderez de l’autre pour prendre appui.
Jusque-là, je n’avais pas trop compris pourquoi le club s’appelait les Lisières. Maintenant je savais. On était à la lisière de l’absurde.
De quel côté allions-nous basculer ?
Enfin tous debout. Les deux branches à la verticale, la moitié du groupe devait former une forêt pendant que l’autre moitié devait venir enlacer un arbuste pour ressentir les bienfaits de la sève montante, puis vice-versa. Moi, c’était la moutarde qui me montait au nez.
Devant nos airs dubitatifs, on nous assura que les séances futures seraient faites en extérieur avec de vrais arbres.
Apres les calinous forcés, c’est d’un ton allègre que les moniteurs s’écrièrent : alors ? Vous avez ressenti les bienfaits de la sève, son énergie ?
Effectivement, j’ai bien senti un truc gluant qui se collait à moi, mais ce n’était que l’excessive transpiration d’un quêteur d’énergie.
Maintenant, imaginez-vous en bordure de falaise. Le vent souffle fort. Vous devez lutter pour vous maintenir droits et gagner en robustesse. Pour vous aider, nous allons actionner quelques ventilateurs.
Et hop ! Nous voilà soumis à la tempête Bouffons. La plupart des branches tombèrent pour les plus chanceux. Pour d’autres ce fut carrément le déracinement et ils se retrouvèrent en contre bas de la falaise, par terre quoi.
Après d’autres interminables exercices pour stimuler notre sève et les recommandations pour stimuler notre énergie positive naissante, rendez-vous fut donné pour la semaine suivante.
Sans moi. Un seul cours m’a amplement suffi pour me convaincre que j’étais dans le vrai.
Je connais mes lisières, ma tranquille et lente sève me correspond parfaitement. Je suis mon chemin à mon rythme et c’est tant mieux.
Très amusant ; je me suis beaucoup divertie en vous lisant Rose Marie. Merci. 😀
Merci Béatrice 😇
Soyons honnêtes, je n’ai jamais adhéré à quoi que ce soit. « Le club des lisières », n’importe quoi ! Moi qui me situais déjà, au bord de tout, je n’allais pas chatouiller mes tendres limites.
En fait, c’est ma femme qui m’a offert cette adhésion collante pour notre anniversaire de mariage.
Ah la bourrique, comme si de l’énergie, je n’en avais pas fourni, depuis 30 ans et des brouettes de jours. A couper du bois, à recoller les cheveux coupés en quatre, à retapisser les murs de l’ennui. Marre de tremper ma canne dans l’eau de vaisselle. Juste envie de faire des concours de siestes avec mon chat. Éventuellement compter les oiseaux, les pas sages, faire du bénévolat au congrès des coccinelles.
La flemme est l’avenir de l’homme comme disait un philosophe moyenâgeux à la langue bien pendue avant de l’être lui-même.
Ma séance, je l’ai revendu à un ancien collègue, un pauvre bougre qui parvenu à la retraite, continue à s’agiter, à entretenir sa robustesse, à pelleter son futur trou de l’oubli.
J’ai recyclé mon stage dans une micro brasserie où l’on n’apprend à construire sa bière avec les herbes du jardin. La vie c’est comme la bière. Dans les mauvaises, la mousse s’écroule trop vite. Pas le temps de profiter des moustaches du rire. Trop de pression.
Ensuite, j’ai taillé des pommes de pin selon ma technique autodidacte pour construire un grand bateau avec des voiles de divorce.
J’ai été faire un tour au zoo. Les animaux s’y tenaient très convenablement. Seul le singe faisait l’andouille. On n’était pas loin de l’être humain.
Et puis, pour assumer ma paresse jusqu’au bout, je suis rentré ver 18h à mon Ephad existentiel. J’ai consommé son éternelle soupe. J’ai cisaillé les aiguilles de l’horloge, bafouillé deux phrases dans mon journal intime.
Et me suis couché dans les pattes de ma chatte, la bien nommée Morphée.
J’ai trouvé ce texte vraiment excellent. J’y ai savouré chaque métaphore, souvent inattendue, toujours juste, comme autant de détours malicieux pour dire le goût des choses et cet essence-ciel de la vie qui ne consent à entrer dans aucun cadre.
Je m’y reconnais dans cette manière de résister, sans fracas, à l’ordre établi, aux gestes convenus, à ce qui se répète sans plus jamais se questionner.
Ce texte me semble être un véritable éloge de la paresse — non pas comme renoncement, mais comme choix. Celui d’un temps volontairement arrêté, suspendu, presque mis en apesanteur. Un temps où l’on se tient en lisière, précisément, pour mieux regarder, sourire, et rester vivant.
Merci cher Jean-Marc 🙂
C’est drôle et formidablement original, cette idée. Bravo, je retiens : « Ensuite, j’ai taillé des pommes de pin selon ma technique autodidacte pour construire un grand bateau avec des voiles de divorce. » mais aussi » A couper du bois, à recoller les cheveux coupés en quatre, à retapisser les murs de l’ennui.
L’Europe est à la lisière du cahot, à la frontière entre la paix et la guerre. Naguère adepte du « doux commerce », elle se retrouve menacée à l’Est par des bruits de bottes cosaques et à l’Ouest par les santiags du cow-boy américain, les Valdas des kalachnikovs russes à L’Est et celles des M16 à l’Ouest, la « Pravda » de l’Est et les tweets mensongés de Trump. Des deux côtés l’Europe risque de prendre une trempe, une pluie d’ogives nucléaires qui se chiffrent par centaine. L’Europe s’entête à se faire protéger par le grand frère US. Ce grand frère use de fourberie pour que l’Europe, sans tête de file, file à l’anglaise, écrasée par des droits de douane exorbitants, et dédouane l’ONU afin de se retrouver nue face une nouvelle organisation mondiale, organisation lucrative crée et dirigé par un Donald plus adeptes des seins animés que du droit des femmes.
L’Europe doit se remettre en sève. Si elle veut préserver la paix, elle doit préparer la guerre. A défaut de franchir le Rubicon, elle se doit de franchir l’Indus, celui de l’industrie ; faire le pari des réindustrialisassions. Surtout celui de l’armement et de l’autonomie européenne des ressources vitales. Pour lutter contre le Mac label il faut relire Machiavel. Pourtant l’Europe possède un bon jeu. Elle a des atouts. Elle doit compter sur ses cartes, sortir le pique plutôt que de se tenir à carreau. Elle a suffisamment de trèfle dans ses banques et de cœur au ventre pour qu’au moins « 21 » pays se rassemblent afin de mener le « petit » au bout. L’Europe n’a plus d’« Excuse » pour acheter des avions US avec des contrats qui les obligent à demander la permission américaine pour se battre contre tel ou tel adversaire.
Le parapluie américain à été replié derrière les priorités US tournées vers la Chine. L’attente c’est terminé. Plutôt que de subir l’averse, celle qui risque de leur tomber dessus, les Européens doivent se mettre à l’abri sous une nouvelle tente, l’entente entre les pays du vieux continent, une solidarité nouvelle qui fait fi des intérêts économiques divergents et des égos de leurs dirigeants. Il faut faire du « Oui fi » face au « Wifi » américain qui nous pompe notre énergie. Afin de ne pas avaler la pomme, il faut déjà faire gaffe aux GAFA, une puissance américaine aux pieds d’argile car l’Europe est leur plus importante source de revenus. Restons agiles et inventifs afin de remplacer les produits GAFA par d’autres moyens de se socialiser. Substituons par exemple GOOGLE par QWANT ou LILO. L’île au trésor n’est qu’à quelques brasses de notre savoir faire. L’ingéniosité est à portée de main dès aujourd’hui. Un peu de courage et de concession nous conduira vers le chemin de la résistance aux oppresseurs. Les Cosaques ne sont pas encore prêts à camper à nouveau sur les Champs Elysées.
Comment faire la paix si l’on arme la guerre ?
Avant de la projeter à l’échelle des nations, peut-être faut-il déjà tenter de la trouver en soi — pari difficile, exigeant, mais sans doute nécessaire si l’on souhaite qu’elle s’incarne ailleurs que dans les discours.
Votre texte cher Alain ouvre des pistes, soulève des peurs, convoque des images puissantes. Pour ma part, je préfère ne pas prolonger ici le débat politique qu’il appelle. Ce lieu est avant tout un espace d’écriture, d’exploration de la langue et des imaginaires, où chacun peut éprouver ses mots sans nécessairement chercher à convaincre.
J’allais répondre à Alain, mais après avoir lu votre réponse, Béatrice, je m’abstiens car je suis tout à fait d’accord avec vous.
Bravo !
Je suis esbaudie des connaissances historiques 🙂 nécessaires pour jongler ainsi dans un texte aux tournures ironiques.
Frou -frou
J’en fretillais déjà, enfin un club qui sortait des sentiers battus, on peut observer du dehors la substantifique moëlle, c’est la remise en sève de l’animateur-trice n’était pas twist, ni gay. Bien en chair dans sa dentelle ajourée, à l’orée, une image qui valait un long discours. A l’emporte- pièce, il résuma, au printemps invitez votre partenaire pour tester vos nouvelles fonctions, celles redécouvertes ce jour. Si ça ne marche pas au printemps, vous pouvez toujours dire poisson d’ Avril. L’accroche de la séance tenait le public en haleine, il-elle se rhabilla pour passer à la méditation transcendantale.
Sous le plafond de verre la lumière se fit diffuse, une onde passait, douce, palpable. On se devêtait, on se tâtait, la voix off incita au lâcher-prise. Ma voisine, je la trouve entreprenante, comme dans le film : Jamais le dimanche, nous allâmes tous à la plage…ou à Robinson au son du
Baryton !🐻
Première séance du club, au programme Remise en Sève .
Arrivée dans un décor de grandes colonnes de troncs noueux, puissante odeur d’humus,
Pieds nus sur la terre, pour communication profonde, ( j’aurai préféré m’enfoncer dans la mousse )
Visualiser l’énergie qui progresse des talons au sommet du crâne …
Silence de cathédrale pour s’imprégner des sons de la nature . Seul le souffle rythme le temps, quelques craquements de branches, caresses du vent
Je dois ressentir profondément les membres devenir ligneux. ? peut-être vais-je déployer des grandes ramures touffues ?? Retrouver mon beau vert chlorophylle ??
Immersion totale …
À l’étroit dans mes vêtements, le réveil se fait progressivement en attendant les bourgeons …
Je me sentais au bout de ma vie :
Plus envie d’enfiler les pattes des sauterelles pour en faire des bracelets,
Plus envie de coasser avec les grenouilles,
Plus envie d’aller pêcher les nuages.
Alors… poussée par une petite voix intérieure, je me suis inscrite au club « Les Lisières » pour une « Remise en sève ».
Sait-on jamais ?
Me voilà donc à une première séance, remplie d’espoir.
Là, ils m’ont demandé d’enlever mes chaussures, mes certitudes et mon sens du ridicule.
J’ai tout mis dans un casier, mais ils ont gardé la clé.
Puis ils m’ont demandé de me tenir debout bien droite – jambes écartées – bras levés au ciel – tête en l’air.
Une fois que ma position a été jugée correcte, Ils se sont mis à chanter, à taper sur des tambours, et à entrer en transe.
Mais ça durait.
Moi…. Je fatiguais.
Mes bras en avaient marre,
Mes cervicales et mon dos rouspétaient.
C’était un peu long cette histoire.
Finalement, ils se sont calmés et sont revenus vers moi pour constater les résultats de la Remise en sève.
Mais… catastrophe ! La sève avait bien été réanimée mais elle faisait plein de détours en moi et puis elle fuyait par les oreilles et les narines.
J’étais inquiète. J’ai pensé à une erreur de dosage ?
Mais l’un d’eux, souriant me dit : « Mais c’est très bien. Tu es en train de devenir toi-même ! Laisse couler !»
Je leur ai demandé la clé du casier.
Excellent ! poétique et décalé à souhait 😊
Merci !
Bonjour à tous et à notre cher Pascal,
Suite à une panne internet 😡, je ne pourrai pas participer à l’exercice de ce week-end et j’en suis profondément désolé…
Mon seul moyen de communication reste mon téléphone, mais, je ne me vois pas travailler mon texte sur une si petite surface tactile…
Ce qui ne m’empêchera pas de vous lire. Les premières publications sont originales et il n’y a rien d’étonnant à cela, parce vous débordez tous d’imagination, de laquelle d’ailleurs vous ne semblez pas avoir atteint la lisière… 🤣🤣🤣
Dans l’attente de vous retrouver, bonne écriture et bon week-end.
Prenez bien soin de vous.
Mais Gilaber je n’ai qu’un smartphone ! . Enfin il faut dire que j’ecris court..c’est bien pour ça ! Ça résume ! Allez fais un effort, tu raccourcis et l’enfant va sortir tout seul !😀🐁
🤣🤣🤣 – impossible… je n’ai pas la patience et je trouve que sur le clavier, les lettres sont trop proches les unes des autres… 🤣🤣🤣
Très frustrant en effet de ne pouvoir rejoindre la cour de récréation du samedi ! Bonne fin de week-end Gilaber ! 🙂
Et voila! Encore la cause d’une proximité … on est privé ! Va dans paramètre et choisis Gboard gestuel. Tu n’as plus qu’a dessiner le mot ça va très vite ou tu dictes par le micro… mais fais un effort enfin quoi ? !😀🤗
Ah! je m’en souviendrais de cette première et d’ailleurs unique séance de remise en sève au club des Lisières .
Après avoir eu droit à un laïus sur les arbres, leurs pouvoirs, leurs bienfaits, nous avons été convié à en choisir un pour l’entourer de nos bras en une communion d’une qualité exceptionnelle.
C’est là que ça s’est gâté, les organisateurs avaient finement entaillé l’écorce des arbres afin que nous soyons en contact direct avec leur sève. Je m’y suis collé, rapidement imbibé d’un sirop épais et sucré. Pas désagréable bien qu’assez inattendu.
Ayant collé mon oreille au tronc, j’entendis une voix qui maugréait.
– C’est pas bientôt fini tout ce cirque ? On nous blesse douloureusement afin que des citadins en mal de sensation vienne se nourrir de ce qui fait notre vigueur, ceci sans scrupules aucun dirait-on
– Mais, mais, voyons, ne puis je que répondre totalement éberlué
– Moi je ne vois rien qu’un homme qui ne sait pas comment dépenser son argent sans souci des conséquences
Mal à l’aise, honteux à présent de contribuer à ce massacre, je tentais de me détacher de l’arbre en lui présentant des excuses. En vain, l’adhésion au club prenait tout son sens. Je sentais à présent des vibrations entre mes bras. C’était l’arbre qui se gondolait de sa farce
– Auriez vous la bonté de me libérer s’il vous plait, je commence à étouffer
– Ah, on devient poli, on regrette de s’être collé là sans réfléchir, sans en demander la permission. C’est bon je te lâche manant, à une condition, la promesse de répandre la bonne parole.
Plus d’entailles, plus d’embrassades intempestives, si vous voulez vous remettre en sève vous les citadins, trouvez une autre solution. 0n est bien d’accord ?
– Tout à fait, merci pour la leçon.
Il me lâcha,poisseux et soulagé. Je couru vers le bureau des inscriptions raconter mon aventure aux organisateurs un peu gênés.
Je suis à présent serein et responsable, à la tête d’une société pour la sauvegarde des arbres et le respect de leur dignité.
Cela me fait penser aux personnes qui viennent puiser dans notre énergie. Bien souvent, par trop d’empathie, nous oublions de préserver notre écorce et de poser des limites saines. Merci, Nadine. 🙂
Pourquoi cet empressement à adhérer à ce club ? Je crois que je me suis trop précipité. Comme d’habitude penseront mes proches !
Cette nuit, j’ai rêvé de cette adhésion :
Il s’agit alors du club des rizières qui a comme objet la recherche de fèves en tous genres. Bien sûr, celles de la galette des Rois mais également ces plantes légumineuses ou encore celle
en forme d’amande contenue dans la cabosse du cacaoyer.
Dans ce songe, les rizières donnent des graines énormes, dix fois plus grosses que les grains de riz ordinaires dans des sols inondés et gris comme le ciel.
Au réveil, je réalise que la première séance au club Les Lisières est programmée le jour même.
Je trouve là-bas une quinzaine de personnes dont une douzaine de nouveaux adhérents, comme moi.
L’animateur nous invite à nous présenter et indiquer nos attentes pour cette saison 2026.
La plupart d’entre nous cherchent à se démarquer de leur positionnement ordinaire. Qu’ils soient commerçants, artisans ou enseignants, ils veulent sortir de leur routine intellectuelle ou manuelle. Ils souhaitent développer leur créativité tout en restant dans les normes acceptables de leur domaine de compétence.
Je trouve ce tour de table intéressant et les participants très réalistes sur leur constat personnel.
Quand arrive mon tour, je ne sais trop quoi invoquer. Oui, bien sûr, je ne demande pas mieux que de sortir de ma routine; oui bien sûr, je serai ravi de développer une certaine créativité mais je ne sais pas trop dans quelle direction l’orienter. Quelles sont mes lisières au juste !
L’animateur trace un plan prévisionnel du programme et des moyens d’évaluation de nos progressions.
Que suis-je venu faire ici ? S’ils acceptent que je sois un observateur intéressé et bienveillant, je me vois bien dans ce rôle. C’est ce que je m’entends proposer en fin de séance.
L’animateur suggère un vote sur cette mission limite, à la lisière de la vocation du club.
La majorité des adhérents se révèle favorable à ma proposition.
Je les en remercie et leur fais remarquer que c’est, me semble-t-il, un pas positif dans cette démarche de remise en sève.
Nous avons quinze jours pour nous préparer à la seconde séance…
793/REMISE EN SÈVE
Le club Les lisières ? C’est pour s’y tenir au bord et sans glisser ! En effet, avez- vous remarqué comme il est difficile de ne pas faire un pas de côté ? On est tenté et toc ça dérape. C’est vite fait et là on vous colle un panneau dans le dos : avec son pas de côté, il a fauté ! On nait avec tous ces interdits qui, il faut bien le dire, vous pourrissent la vie. La bienséance : l’obligation de se tenir droit ; la religion : les interdits… tu ne feras pas ! Cette musette ( qui n’amuse personne et qui ne se danse pas non plus) est déjà bien chargée dès le premier souffle.
Alors je vais quitter ce club ancestral de tous ces bien pensants auxquels sont abonnées toutes les générations précédentes et qui m’ont faite comme je suis. Un esprit libre de jeter mon bonnet par-dessus les moulins… laisse pisser le mouton …
Et vole sur une aile d’hirondelle annoncer le printemps ! 🐁
Auxquelles….😰
Avec Souris verte, on quitte le poids des interdits, sur une aile d’hirondelle. 🙂
Le pas de côté. Je n’ai jamais sauté le pas, de peur de me tromper de côté 😅
C’est Le risque ! Voila pourquoi il faut adherer au club des ‘marche-droit ‘ ! 😀
Vous avez adhéré au club « Les Lisières », pour la saison 2026. Racontez votre première séance de « Remise en sève».
Au bout du rouleau, j’ai cherché sur Internet un programme de bien-être. Impatient de voir si la remise en sève va tenir ses promesses. En l’occurrence : reconnecter les membres à leur noyau vital originel. Un peu effrayé aussi, à l’idée d’assister à une mascarade sectaire, sous un vernis marketing grotesque.
Tout cela vaut-il d’avoir déboursé les dix mille euros d’avance exigés ?
Tout est calibré dans cette franchise internationale de régénération existentielle : les odeurs diffusées dans chaque pièce, le vocabulaire breveté, des gestes ritualisés. Je retrouve tout ce qui était annoncé sur le site, mais en moins bien. Le centre que je découvre semble aseptisé, les murs sont décorés de fausse végétation. Le coach qui m’accueille a un sourire forcé et ses facettes dentaires font mal aux yeux de blancheur. Il parle un jargon pseudo-spirituel truffé d’anglicismes.
Nous formons un cercle, avec les autres participants. Chacun doit déposer son téléphone dans une urne de délestage. On nous fait répéter des mantras absurdes sur la croissance personnelle. Mon esprit est comme extérieur à la séance. Il observe les tics de langage hypnotiques, les postures étudiées, les accessoires ridicules vendus ensuite à la boutique.
Puis vient l’exercice principal : chacun d’entre nous reçoit une petite graine encapsulée dans une résine translucide. On nous demande de raconter un moment où nous nous sommes sentis en friche. Les témoignages, d’abord convenus, témoignent progressivement de la vulnérabilité de chacun. Quand vient mon tour, j’improvise une anecdote banale — mais en parlant, un souvenir enfoui remonte : une sensation d’élan ancien, un désir abandonné. L’émotion me surprend.
Le coach conclut la séance par un rituel collectif. Les lumières baissent, une musique enveloppante monte. Je me sens relié malgré moi, aux autres participants. L’instant est à la fois ridicule et profondément humain. Mes dernières résistances lâchent.
À la sortie, je traverse la boutique saturée de produits dérivés. j’hésite à acheter la graine-souvenir. Je me moque intérieurement de moi-même… et finalement je la prends. De retour chez moi, je constate que la graine a germé, fissurant la résine. Le lendemain, au réveil, elle est devenue une plante gigantesque, comme dans le conte du haricot magique. Sans hésiter, je grimpe vers mon avenir.
Ce qui fait la force de ce petit conte est ce glissement inattendu ou, finalement, l’expérience humaine, née du partage, féconde le réel, et l’emporte sur une conscience pourtant lucide. Bravo Nicolas. 🙂
Oh! Superbe chute👍
Nous vivions à la lisière du réel et du virtuel. Les réseaux sociaux, la réalité augmentée, et l’intelligence artificielle traçaient entre les deux une zone toujours plus poreuse. Consciente de ce glissement, je rejoignis le club « Les Lisières ».
Nous étions près d’une centaine de membres, animés par un même désir : retrouver une vie vécue, plutôt qu’une vie mise en scène.
« La Lisière » organisait des activités variées, mais elle était avant tout un espace de parole. Un lieu où chacun pouvait déposer ses craintes face à ce monde nouveau qui, peu à peu, brouillait nos repères. Ou encore, partager ses réflexions autour des thèmes proposés dans le programme de « Remise en sève ».
Ce dernier n’avait pas pour ambition de rejeter le virtuel, ni de sacraliser le réel, mais de desserrer la tension entre les deux. Très vite, je me ralliai à cette idée. Certaines peurs tombèrent, faute de fondement. Il s’agissait d’apprendre le passage, d’inventer une circulation plus juste, plus créative. Et ainsi, demeurer à la lisière — là où le réel et le virtuel peuvent se frôler, se répondre, sans jamais se confondre.
Je retiens que la lisiére entre le virtuel et le réel, c’est avoir les deux a fleur de conscience et pouvoir reconnaître l’un de l’autre ? Merci 😊
Merci Nicolas. 🙂
Je dirais que c’est dans lisière que se trouve ce qu’on nous a volé. Le réel qui nous fait vivre estompé par les contraintes et peu à peu remplacé par le vide du virtuel dans lequel certains y ont inclus la peur.
Merci pour ce retour Michel-Denis Robert. 🙂
Pour moi, la lisière nous permet de ne pas nous enfermer dans une vision binaire. Elle ouvre une voie à partir de laquelle il devient possible de rester fidèle à ses valeurs, sans excès ni renoncement. À l’image d’un fil tendu entre des orientations parfois divergentes, elle requiert une attention continue à l’équilibre.