792e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dits : mais dans quel monde on vit !
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Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dits : mais dans quel monde on vit !
Il n’y avait pas moyen de se concentrer deux minutes ! Tous les objets s’étaient mis à imiter les bruits d’animaux divers et variés sans logique particulière. Cela avait transformé chaque intérieur de maison en zoo et personne n’avait saisi comment on en était arrivé là. Personne n’osait prendre le taureau par les cornes et ouvrir chaque corps de la maison défaillant. Le pompon fut que l’on constata que les animaux s’étaient mis à faire des bruits de robinets et d’ampoules qui grillaient, de tuyaux bouchés et de chaises cassées. C’était à n’y rien comprendre. Y-avait-il eu un sort de jeté par on se sait qui ? Y-avait-il eu des substances illicites dans l’eau qui faisaient percevoir la réalité par un prisme très déformant et déformé ?
C’est l’hypothèse qui fut retenue et très vite les services secrets se mirent en quête d’esprits malveillants. Cette guerre larvée inquiétait au plus haut somment de l’état. L’affaire était grave et il fallait à tout prix démasquer les auteurs avant les prochaines élections !
On mit le paquet ! Les stations d’épuration étaient surveillées comme le lait sur le feu, des agents de sécurité gardaient tous les points d’eau. On prenait enfin la mesure de la protection de ce bien commun, indispensable à la vie et à la survie de l’humanité.
Un ministère fut spécialement créé pour sa gestion, sa juste répartition. On nomma un ministre qui faisait à peu près l’unanimité pour s’en occuper, ce qui n’avait pas manqué d’étonner une bonne partie du pays. Quand il fit sa première conférence de presse, tout le monde fut ébahi d’entendre en lieu et place de son discours ses premiers mots qui laissèrent le public interloqué…
« Coin, coin, …Coin coin coin…. »
Mesdames et messieurs, mes chers administrés,
Si je vous ai réuni en ce samedi matin, c’est pour vous apporter des explications concrètes et rassurer les plus sceptiques d’entre vous.
Depuis une quinzaine de jours, je reçois de nombreuses plaintes concernant des faits étranges. Il paraîtrait que dans vos habitations les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler. Certains disent même que leur frigo poussent des cocoricos stridents toutes les heures.
En ma qualité de Maire et afin d’éclaircir cette situation, j’ai contacté le ministère de la santé et plus particulièrement la belle-sœur de mon ex beau-frère qui est très proche du ministre. Les explications sont d’une limpidité troublante.
Nous sommes tout simplement en présence d’une hallucination collective ! Ces bruits ne sont pas réels, ils n’existent que dans vos têtes !
Mais, rassurez-vous mes chers amis, j’ai trouvé la solution. Par l’intermédiaire de l’épouse du petit cousin de mon ex beau-frère qui travaille dans un grand laboratoire pharmaceutique, j’ai appris qu’ils venaient de mettre au point un nouveau médicament. Ça s’appelle le Zlouft et c’est très efficace pour calmer les hallucination de ce type.
Dès lundi matin, une distribution gratuite de boîtes de vingt gélules aura lieu dans toutes les boîtes aux lettres. Soyez confiants, vous pouvez les avaler sans aucune arrière pensée ! Et croyez-moi sur parole, tout va redevenir normal après 5 ou 6 gélules de Zlouft !
Les deux amis Barri et Baryton voulaient en avoir le cœur net.
Ils allaient faire une grosse enquête : vérifier tous les robinets et les ampoules pour voir s’ils réagissaient également de la même manière.
Malgré leurs poids importants les deux jeunes éléphants firent ce travail assez vite.
En l’espace de quelques jours, tous les robinets et ampoules de la Terre, et même de l’univers, avaient été vérifiés, inspectés.
Ils firent quelques calculs de pourcentage et indiquèrent sur un énorme cahier d’écolier que ben oui il y avait 0,0001 % de robinets qui aboyaient et 0,0001 des ampoules qui miaulaient.
Oh ! ce n’est rien, c’est tout à fait marginal pensèrent-ils et nos deux éléphants oublièrent très vite cette histoire.
Un beau jour, un peu par hasard, ils apprirent la vérité. Les deux éléphants étaient dans un bar, et pas loin d’eux, trois chats et deux chiens, bien éméchés, parlaient à haute voix.
Ils surent alors que les trois chats mangeaient régulièrement et raffolaient d’ampoules allumées. Quant aux deux chiens, ils entendirent clairement qu’ils s’enfonçaient fréquemment dans des tuyaux d’eau, fonçant à l’intérieur tels des bobsleighs de jeux olympiques, et n’arrêtant pas d’aboyer comme de vrais bêtes.
Les deux éléphants se dirent qu’ils pouvaient en faire autant.
Ils s’introduirent dans les tuyauteries de chaudières, de machines à laver …, également dans les murs de maisons, … à l’intérieur de cheminées.
Au début ils n’eurent aucun problème. Bizarrement on les entendait à peine, très peu de barrissement.
Une fois toutefois ils eurent la peur de leur vie.
Tous deux restèrent coincés dans les tuyaux d’un chauffe-eau, dans une cave, installé pas loin d’une grosse chaudière.
Ils se virent succomber dans ces tuyaux trop étroits.
Ils barrirent à n’en plus finir, et ameutèrent le village entier et aussi les villages avoisinants.
Et devinez qui vinrent les délivrer !
Ben oui une armada de chats et de chiens arrivant à la vitesse de la lumière.
Morale de l’histoire.
Un jour ou l’autre on peut tous venir en aide à son prochain, même s’il ne fait pas partie de notre famille.
Et depuis ce jour-là une grande amitié est née entre les deux éléphants, les chiens et les chats de ce gros hameau, pas loin de la commune de …
Qui non n’était pas une ville aussi étendue et peuplée que Barri Barri Baryton, la ville lumière avec sa belle Tour Eiffel et ses splendides Champs-Élysées !
« Mais dans quel monde on vit » était devenue une litanie, car nous vivions déjà dans un monde qui déraillait. Avec cette succession d’évènements étranges, on ne savait plus si c’était la réalité ou un rêve éveillé. Après avoir sursauté devant ces phénomènes inhabituels, j’avoue ne pas avoir bien compris ce qui se passait, n’étant ni « aquavore » ni « électrovore ». En fin de compte puisque j’avais de l’eau et de l’électricité, tout allait bien pour moi.
Je me suis demandé alors si j’allais découvrir d’autres bizarreries dans ma journée. À ma grande surprise, ma bouilloire s’est mise à chanter un de mes airs préférés, ce qui, il faut le reconnaître, avait quelque chose d’agréable. Le grille-pain, lui, a choisi de se manifester en lançant un mini feu d’artifice, me faisant sursauter. Cette succession de faits surréalistes, bien qu’originaux et pas toujours plaisants, semblait prendre en compte ma bonne volonté de me comporter en citoyen sans reproche !
La suite allait se gâcher : en ouvrant mon placard pour prendre mes vêtements, il s’est mis à m’invectiver : « Regarde combien tu as d’affaires inutilisées ! Ne crois-tu pas que tu pourrais t’en débarrasser ? Et dans ce tiroir, au moins la moitié ne te sert à rien ». J’ai bien dû admettre que ce n’était pas faux, mais je ne comprenais pas en quoi cela le ou la regardait. Et puis à qui avais-je à faire ? Outre ces dialogues improbables, j’ai également eu droit à toute une gamme de bruits d’animaux : le barrissement d’un l’éléphant, le brame d’un chevreuil et même un chameau qui blatère. Mais ce qui m’a vraiment mise en colère – et je pourrais dire fait « péter les plombs » – c’est d’avoir été rappelée à l’ordre au sujet de mes vêtements inutiles. Cela, je le savais déjà, mais je déteste particulièrement que l’on me fasse remarquer mes propres défauts !
Yves et Maria venaient d’arriver dans leur résidence de vacances. L’appartement était moderne, neuf, bien agencé et équipé. La mer était à portée de regard. Trois semaines de farniente en perspective. Quel bonheur !
Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils ont paniqué. Ils se sont même dits : mais dans quel monde on vit ! Ils n’étaient pas au bout de leur surprise. La télévision feulait ; la machine à café ululait ; la box internet stridulait et, le comble, le lit émettait un chant du coq strident et continu. De quoi devenir fou !
Le propriétaire, contacté illico, affirma qu’il s’agissait d’un rituel d’accueil et que le silence allait revenir d’ici une trentaine de minutes. Yves proposa d’aller flâner jusqu’à la mer afin qu’à leur retour ils puissent baigner dans la quiétude du lieu.
Après cette balade, tourner la clé dans la serrure déclencha un mugissement lugubre. Le réfrigérateur émit un bêlement d’agneau partant à l’abattoir. Et les glaçons destinés au whisky-réconfort coassèrent avec obstination.
Le propriétaire, à nouveau interpellé, expliqua placidement que chaque tour de clé dans la serrure relançait les manifestations de bienvenue. Faute d’hébergement alternatif, Yves et Maria sont restés confinés, évitant toute sortie non impérative afin de bénéficier de quelques moments calmes. Ils ont passé beaucoup de temps à regarder la mer au loin, libre, en mouvement, changeante…
En guise d’avis sur le site de location, ils ont consigné « A éviter, propriétaire obsédé par les cris d’animaux dont ils rassasient ses locataires».
Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dit : mais dans quel monde on vit !
… Robinets, ampoules, si ça n’avait été que ça, ils auraient pu se dire « Bah ! Après tout, ce n’est pas important » et la vie aurait continué. Mais à présent, c’était tout un assortiment d’objets et systèmes jusque là intégrés dans la vie ordinaire, parfaitement neutres, inoffensifs qui se mettaient à émettre des sons incongrus : les clés zinzinulaient dans les serrures, les portes blatéraient sur les gonds, les chasse-d’eau barrissaient, l’eau qui s’évacue dans l’évier cacardait… On aurait dit que les animaux s’étaient insérés dans tout ce fatras ménager et les interpelaient. Etait-ce sérieux, fallait-il s’en inquiéter, légiférer, prendre des mesures, lesquelles ?
Tous n’étaient pas de cet avis. Certains trouvaient que ces bruits inappropriés poétisaient la vie quotidienne. Ainsi, vit-on un musicien inspiré s’emparer de ce phénomène acoustique baroque et composer une « Symphonie incongrue ». Un peintre, dans l’air du temps lui aussi, initier un nouveau mouvement pictural « L’Objetivisme Animé » . Chorégraphes, photographes, cinéastes, sculpteurs, graffeurs, romanciers, philosophes se retrouvaient désormais dans un cénacle dédié à l’objet devenu sujet de création, support de réflexion pour les clubs du même acabit qui débattaient à gogo dans des émissions que personne ne regardait ou écoutait.
« C’est une chose étrange à la fin que le monde » écrivait déjà Jean d’Ormesson…Mais lui, il parlait de sujets sérieux.
Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dits : mais dans quel monde on vit ! Pourtant les cabots n’ont pas peur de se jeter à l’eau, car ce ne sont pas des poules mouillées. Quant aux matous, ils sont toujours branchés : ce sont des chats sauvages. Donc, rien d’étonnant à tout cela. Le jour où les vaches se mettront à pondre des œufs… là il faudra s’inquiéter et se dire que tout va à vau l’eau…
Texte court qui dit tout !
Des robinets qui aboient, des ampoules qui miaulent, mais dans quel monde vit-on ? soupire le Chien.
Pour une fois, dit le Chat, je suis d’accord avec toi. Tout ça me perturbe. Quand j’ai entendu l’ampoule miauler, j’ai cru qu’un de mes congénères avait eu l’audace de pénétrer dans la maison. Tous mes poils se sont hérissés de rage !
A ce moment, un hennissement sonore les fait sursauter. Le chat disparaît sous la table, le chien reste planté tout ébahi. Puis il finit par reprendre ses esprits.
Ne crains rien Chat, c’est juste le frigo qui hennit !
Un meuglement l’interrompt ; sous la table, le Chat gronde de peur, sa queue triple de volume.
Ah tiens, s’exclame le Chien, à présent, c’est le placard qui meugle ! Et maintenant, qui va bêler ?
A ce moment, une des chaises émet un bêlement déchirant. Le Chat quitte la pièce en courant. Le Chien hésite, puis finit par rester. Il reste un moment aux aguets, puis comme aucun nouveau bruit ne se fait entendre, il finit par s’allonger sur sa couverture.
C’est alors que le Chat revient, saute sur le fauteuil et commence une toilette minutieuse. A l’étage au-dessus, une voix humaine se met à vitupérer.
Qu’est-ce qui se passe encore ? s’exclame le chien.
Oh, c’est rien dit le Chat, le gosse s’énerve parce qu’il n’y a plus de Wifi. Du coup, le programme qui gère la maison ne fonctionne plus.
Et alors, c’est grave ? s’inquiète le Chien
Mais non, au contraire, on n’entendra plus le robinet aboyer , ni tous les autres. En fait, c’est lui qui jouait avec le programme. Une maison connectée, c’est encore mieux qu’un jeu vidéo !
Je comprends, mais dis donc, cette panne de Wifi ?
Sans répondre, le chat se love en rond. A l’étage, plus de cris. L’adolescent a dû s’endormir sur son lit. Le silence règne enfin dans la maison ; le Chien soupire d’aise. ..
Juin 2050 aux aurores. Des cris de colère réveillèrent Monsieur le Maire. Il se leva en hâte et se précipita vers la fenêtre. Pratiquement tous ses administrés étaient réunis sur la place à piailler comme une nuée d’oiseaux. Il sortit son mégaphone et leur hurla de la fermer. Le silence fut immédiat mais de courte durée, chacun voulant exprimer sa colère au sujet d’une nouveauté à laquelle le Maire ne comprenait rien.
Il repéra dans la foule deux de ses adjoints et leur ordonna de venir lui rendre compte de la situation.
Les deux sbires entrèrent en hurlant : c’est absolument inadmissible, il faut faire quelque chose !
Devant le regard foudroyant du Maire, ils se calmèrent et lui montrèrent la dernière nouveauté instaurée par le gouvernement iaique. Ils allumèrent la lampe et ouvrirent le robinet. Le regard du Maire ne savait où se poser. Sa tête allait de droite, de gauche, de haut en bas. Il cherchait un chien et un chat. On le prenait pour un couillon ou quoi ?
C’est quoi ce canular ? Expliquez-vous !
Ce n’est malheureusement pas un canular. Monsieur Artifice, le premier ministre, avait annoncé il y a quelque temps, que l’ensemble des logements allait bénéficier d’un nouvelle équipement gratuit et d’une grande utilité pour la préservation de toutes les formes de vie.
Comme vous l’avez constaté, l’ampoule miaule de plus en fort si la lampe reste allumée trop longtemps idem pour le robinet qui aboie.
Mais on en a rien à foutre de ces conneries ici ! Demandez aux techniciens qu’ils coupent le sifflet à ces absurdités !
On habite à Irréductibles, ne l’oubliez pas. Ici on utilise notre cervelle, nos mains, nos pieds. Pas de babioles énergivores, pas de somnifères à cerveaux.
On n’a pas besoin d’un panneau lumineux parlant pour nous donner le nom des arbres ou des fleurs. Quand on veut faire une sieste on se couche dans son lit, son hamac, dans l’herbe mais pas dans ces nouvelles bagnoles qui vont où bon leur semble quand on s’y allonge et qui en plus nous chantent des berceuses.
Si je veux entendre miauler un chat, je vais dans mon jardin et si je veux entendre un chien aboyer je vais narguer le molosse de mon voisin.
Mais, Monsieur le Maire, dans ce cas bien précis, on ne peut rien faire. C’est piloté à distance et toute intrusion dans le système nous condamnerait à de lourdes sanctions.
Mais c’est pas possible ! Dans quel monde on vit ! Réveillez-vous les mecs ! Nous sommes de la même génération. On a en a vu passer des trucs farfelus et on a toujours réussi à contourner la mère iaique. D’ailleurs, vous l’avez constaté ! Il y a des gens qui viennent des alentours pour nous demander comment on utilise le cerveau. Ça les gratte, mais ils ne savent plus mettre les fils comme il faut.
Alors vous allez me faire le plaisir d’étouffer ces sons animaliers qui me rappellent les annonces de la SNCF de ma jeunesse et que ça saute !
Malgré de longues heures de recherches, de manipulations, etc, les techniciens n’arrivaient pas à se débarrasser de cette nouvelle technologie qui faisait monter la moutarde au nez de la population. Il fallait qu’ils se grouillent, sinon ils seraient donnés en pâture aux cochons.
Heureusement, il y avait dans le village un Géo Trouvetou qui leur donna la solution. Il fallait installer des aspirateurs à bruit au niveau des compteurs à eau et électriques. Les bruits seraient aspirés grâce à un filtre et enfouis profondément sous terre.
Chose dite, chose faite et ça marche ! En revanche, ce qui se passe sous terre, ça…
Ce matin-là, Mrs Jones avait dit à son mari :
— Mais dans quel monde on vit ! C’est à croire que nous sommes dans un zoo ou, pire, dans le dernier bouquin d’Orwell que j’ai terminé hier soir. Écoute : les robinets aboient et les ampoules miaulent.
— Ah toi, avec tes bouquins, tu vas finir cinglée ou comme Jeanne d’Arc. Qu’est-ce que tu me chantes là, de si bon matin ?
— Tu n’entends pas ces bruits au-dessus de ta tête ni dans les mitigeurs ? Ça ne m’étonne pas, tu es devenu sourd comme ton pot à bière à force de picoler de l’aube au coucher.
Perplexe, Mr Jones s’extirpa de son fauteuil pour mettre fin aux acouphènes délirants de sa chère et tendre moitié. À pas comptés, il arriva devant l’évier, sursauta, fit un bond en arrière, trébucha dans une chaise qui lui avait fait un croche-pied et dut se rendre à l’évidence que quelque chose clochait dans cette ferme qu’il avait vendue pour une bouchée de pain à un agent immobilier, avant saisie.
— Écoute, maintenant c’est le radiateur qui brait, murmura Mrs Jones en tentant de remettre sur pied son sceptique dégrisé.
Plus ça allait, plus leur maison était en proie à une symphonie abrutissante où se mêlaient hennissements, gloussements, meuglements, bêlements…
— Et moi, maintenant, j’entends le ventilateur qui couine comme un cochon qu’on égorge. Tirons-nous vite de là, avant qu’il nous tombe sur la tête et nous mouline pour faire ton hachis.
Pris de panique, n’ayant plus de calèche, sous un soleil ardent, ils coururent les trois lieues qui les séparaient du Frederick, leur voisin, à qui ils avaient vendu leurs animaux la veille.
— Ah, vous tombez bien, vous ! hurla ce dernier. J’exige le remboursement et le retour chez vous du cheptel et de votre basse-cour. Dites-moi, à quoi il me sert votre chien soi-disant de garde ? Même les canards ont perdu leur langue cancanière. Je ne supporte pas ce silence assourdissant. Vous leur avez jeté un sort ou quoi ? Ils sont tous muets !
Les robinets se sont mis
A aboyer
Les ampoules à miauler
Mais non, mais si
Nous nous sommes alors dits
Mais dans quel monde on vit !
Nos animaux favoris
En plein délire, en pleine folie
Ont pris le contrôle de nos vies
Se sont immiscés dans tous les coins
A moins
A moins…
…Que nos esprits fragiles
Nos pauvres cerveaux en péril
Notre discernement en exil
Nos corps intranquilles
N’imaginent des choses
Laissent surgir nos névroses
Se pourrait-il
Que notre réflexion
Ne tienne qu’à un fil
Et se berce d’illusions
Comment distinguer le vrai du faux
Quel est le bon scénario
Est-ce un complot
Bien malin qui saurait dire
L’origine de ces délires
Je vois d’ici vos mystérieux sourires
Et j’entends vos légitimes soupirs.
La pompe à bière croassa, de fierté et d’exaspération mêlées.
— Encore un client qui croit que je parle pour lui… pensa-t-elle, envoyant une bulle rebelle éclater sur le comptoir.
Un robinet, le plus jeune, secoua son bec.
— Si je n’aboie pas, personne ne m’écoute. Regardez-moi ces ampoules qui miaulent comme si elles avaient inventé la lumière ! grogna-t-il.
Les vibrations de sa colère se répercutaient sur le sol.
— Mais dans quel monde on vit ! s’exaspéra-t-il.
L’ampoule la plus brillante clignota, théâtrale.
— Moi, je clignote pour tamiser ou éclairer l’espace. Et surtout je donne le rythme de ce joyeux capharnaüm. On pourrait avoir de la reconnaissance.
— Mais dans quel monde on vit ! grommela-t-elle.
Le zinc, lui, grinça d’un ton solennel.
— Je suis le gardien du bar, et personne ne respecte mon rythme ! Croassements, aboiements, miaulements… tout ça résonne sur mon dos métallique.
— Mais dans quel monde on vit ! soupira-t-il, désabusé.
Le client leva son verre, complètement dépassé.
— La pompe vient de me grogner dessus… et le robinet a aboyé en réponse ! Et ya même cette ampoule qui miaule… est-ce que je bois dans un bar ou dans un cirque ?
— Mais dans quel monde on vit ! pensa-t-il, serrant son gobelet comme un radeau de survie.
Le sol, quant à lui, gémissait sous les talons et les vibrations.
— Robinets, ampoules, pompe, zinc… même la bière me fait vibrer ! Chacun de leur tralala se répercute sur mon carrelage. Je tangue, tant ce brouhaha est assourdissant. Je n’entends même plus les conversations croustillantes de la table de poker.
La bière dans son fût bouillonnait, fière et nerveuse.
— Oh non, pas encore une dispute entre robinets et ampoules…
Puis, d’un coup, les portes battantes s’ouvrirent avec un gong assourdissant.
— Quoi encore ? grogna le robinet.
Le silence tomba. Le gang des Gringos aux chapeaux à larges bords entra. Les étoiles des éperons claquèrent sur le plancher, le cuir grinça, et leurs ombres s’étirèrent comme pour un duel.
La pompe à bière croassa, horrifiée.
— Mais… dans quel monde on vit ! Là, j’entends le silence qui précède le vrai danger.
Il était une fois dans l’ouest !
Quand la Terre se fâche !
Bonne Journée Béatrice !
Message pour Béatrice !
Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dits dans quel monde on vit ?
Ils étaient étonnés bien sûr ! semblaient perdus. Ils venaient d’un pays où les radiateurs riaient. Mais je ne les ai pas crus.
Quand ils m’ont dit ça, j’ai tout de suite pensé à mon chat. Si je lui donne une tasse de lait, il la boit. Ils ne devaient pas tenir compte de l’orthographe, ne se limitant qu’à la consonance des mots. Je l’ai supposé. Ou peut-être qu’ils avaient tout inversé dans leur tête ?
Le pire ! C’est quand ils m’ont fait le coup des ampoules qui miaulent. Mon chat m’a regardé. Ca va pas la tête, qu’il me dit. Enfin ! Il ne le dit pas. Mais je sais ce qu’il pense, rien qu’à son regard. Imagine une ampoule qui miaule, qu’il me dit. J’ai bien vu que je ne devais pas abuser de sa bienveillance. Il pourrait me faire une crise de croquettes aiguë ou un soleil rampant pour imiter l’ampoule qui miaule avec ses moustaches qui rayonnent. Avec lui je peux avoir une communication quasi métaphysique. On se comprend sans parler. Ca dépend des moments, mais c’est toujours lui qui mène les débats.
Peut-être fallait-il que les effets du cannabis se dissipent ? Ils sont partis faire un tour en ville. Ils avaient des bouquins à commander, afin de trouver de nouveaux repères. Je ne les crus qu’à moitié. Dans quel état reviendraient-ils ? J’étais sur le qui-vive.
Franchement, je craignais qu’ils me disent que le conducteur du tram avait cambriolé une banque ou qu’un chauffeur de taxi avait kidnappé une députée. Je ne pouvais pas prévoir le scénario qu’ils auraient à leur retour. Je me suis référé à l’intuition de Castor. Castor, c’est mon chat. Lui, pour faire barrage aux excès, il est costaud. Je n’ai pas eu besoin qu’il reste concentré jusqu’à leur retour. Je crois même qu’il savait déjà ce qu’ils annonceraient avant qu’ils ne partent.
Quand ils sont rentrés, j’avais préparé ma question. Castor me regarda. T’inquiète, laisse-moi faire ! Je vais les tester avant toi. J’ai du flair.
L’air de rien, il alla au-devant du chef opérateur qui ouvrit une boîte d’Ultra Premium, le plat le plus raffiné pour chat. Castor ne me regarda même pas.
– Alors, où en êtes-vous, dis-je, en faisant mine de fumer ?
– Nous réalisons un documentaire sur l’époque actuelle, complètement folle. Pour appuyer nos arguments, nous recherchons des images surréalistes. Par exemple, le robinet qui aboie, c’est un jeu de mots. En réalité, le robinet boit l’eau. Cette image vient à la fin d’une scène pour démontrer qu’un fleuve ne remonte jamais à sa source. L’ampoule qui miaule, c’est pour démontrer que le chat c’est la lumière de notre destin.
Castor, lichant son dessert daigna jeter un regard inspiré. Je mis du temps à comprendre ce qu’il voulait dire : le stoïcisme c’est le complément du surréalisme… ou l’inverse ! Des fois je ne comprends pas tout ce qu’il dit.
Faut-il chercher du sens dans un monde qui n’en a plus ? Castor y trouve sa place, probablement, parce que ce qui est instinctuel est plus sage que l’intellect. Il est encore accordé aux lois de la nature. Merci Michel-Denis Robert pour ce sympathique récit 🙂
Merci Béatrice !
Tant que nous ne serons pas revenus aux vraies valeurs, ce sera toujours ainsi. Le chaos organisé pour ne satisfaire qu’une seule classe sociale dont on peut se demander si elle n’est pas régie par l’AI.
Les robinets se sont mis à aboyer, les ampoules à miauler. Je me suis dit : mais dans quel monde on vit !
Je n’ai pas tardé à le savoir. En sortant sur la terrasse, j’ai aperçu mon voisin Gérard le gendarme, en tenue de service, une sirène bleue qui tourniquait sur sa tête en lâchant un bruit strident, et des fumées bleues qui sortaient de ses oreilles en tournoyant.
– Gérard, que je lui dis, faut baisser le son.
– Je peux pas. C’est mes acouphènes qui s’extériorisent.
– Allons bon ! Mais tu es en retraite à partir d’aujourd’hui.
– Je sais mais c’est plus fort que moi..
– C’est dur de prendre la retraite Gérard.
– M’en parle pas.
Une idée m’est passée par la tête. Le gros Gilbert, qui habite deux maisons plus loin, m’a piqué mes radis hier. J’ai rien dit. Il a des épaules comme une armoire normande, une grosse voix et des moustaches ramasse-miettes. Je vais aller le voir avec le schtroumpf et devant la marée-chaussée, il s’écrasera comme la mauviette qu’il est en réalité. Facile de jouer les costauds avec deux mètres de haut et cent trente kilos ! Mais il a la trouille de l’uniforme. En plus il ne supportera pas longtemps le raffut de la sirène. Moi je suis à moitié sourde. Je ferme mes oreilles et je suis dans le calme. Mais pas lui. Je suis sûr qu’il a douze sur dix à ses esgourdes. Je vais me faire rendre mes radis et je lui piquerai quelques patates et poireaux pour la soupe ce soir.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Gérard était tout fier de reprendre du service. Ça m’a fait plaisir de le voir ainsi. Comme prévu, le gros costaud s’est dégonflé comme une baudruche vide.
Et puis un autre son de sirène s’est fait entendre. C’était l’ambulance des infirmiers pour les fous. Des costauds, eux aussi . Mais sans moustaches.
Et puisque les robinets miaulent, les ampoules aboient, je me suis dit : pourquoi je ferai pas la fête avec mes petits infirmiers.
– Mettez le schtroumpf dans la camisole, la camisole dans l’ambulance et venez donc partagez ma soupe. Et même ma couche, si affinités bien-sûr !
Tout à coup, les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler. Ça faisait quand même bizarre. Mais je n’en étais qu’au premier jour de la semaine.
Le mardi, les corbeilles se sont mis à croasser et le miel à bourdonner. C’était quoi, ce plan pourri ?
Mercredi, dès l’aube, l’eau tarie s’est mise à grogner et la pipe à jacasser. Où planquer mes tendres oreilles ?
Jeudi matin, l’empereur, sa femme et le petit prince se sont mis à bêler. Et quand la royauté bêle, le troupeau suit.
Vendredi, mon chapeau s’est mis à blatérer, ah le con ! Et sur ma tête, en plus. Le signet, dans mon livre s’est mis à trompeter.
Samedi, quand la motte de beurre s’est mise à siffler, j’ai failli craquer.
Et puis dimanche quand le buffet a commencé à meugler et les baleines de parapluie à chanter, j’ai dit STOP….
J’ai décroché le téléphone et leur ai balancé. « Terminé votre semaine d’écoute gratuite pour un soutien à la solitude…. »
Quand le temps de respirer glapit et que la loi des choses cacarde, il faut savoir se replonger dans le bénéfique motus et gueules cousus, allonger la pause jusqu’aux abords de l’infini, cultiver son aphonie, et récupérer son home, sa tendre et tacite turne.
J.M il est temps d’arrêter de fumer la moquette ! 😀 enfin un monde où on ne s’ennuie pas.. je vous envie !🐁
À nous lire, des personnes, à l’imaginaire court et constipé, et non totalement débridé comme le nôtre, diraient que nous fumons tous de la moquette.
Bravo Jean-Marc !
Juste une précision, je n’ai pas eu le moyen de fumer la moquette, car celle ci, me turlutant les oreilles dans la nuit du mardi au mercredi fut totalement arraché entre 2 h et 3 h du matin avec rien que mes petites mains de harpiste celte. Et je ne vous le cache pas. Quelle dure lutte, foi de turlute!
Merci pour vos joyeux gazouilis,Mesdames!
😀
Oh, j’ai adoré l’esprit farceur de cette histoire 🙂 La chute est jubilatoire 🙂
Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dit : mais dans quel monde vit-on !
Se poser la question, c’est déjà admettre que quelque chose ne tourne peut-être plus rond. Et, je dirais même, que se demander comment y subsister nous oblige peut-être à réfléchir à la manière de relever un sacré défi existentiel dans un monde pris d’une mutation folle et incompréhensible.
Tout a commencé une nuit où je me suis réveillé la bouche et la gorge sèches. Pour étancher ma soif, je me suis dirigé vers la cuisine à la seule clarté de la Lune, filtrant à travers les interstices des persiennes. J’avançais à tâtons et d’un pas lourd ; il me semblait traîner Morphée derrière moi, parce qu’il refusait de lâcher le bas de ma jambe de pyjama.
Une fois dans la cuisine, j’ai actionné l’interrupteur. Le miaulement émis par l’éclat de l’ampoule traversa mon esprit encore partiellement plongé dans les brumes du sommeil, puis se perdit. Ce feulement discret ne m’inquiéta pas outre mesure. Ce n’est qu’en ouvrant le robinet et en l’entendant aboyer que le lien se fit entre ces deux faits extraordinaires, voire surnaturels. Je plongeai sur l’interrupteur pour vérifier ce que j’avais entendu… l’ampoule miaulait bien et semblait frémir comme un pelage. Je refis de même avec le robinet, qui continuait d’aboyer, mais je constatai que l’eau avait une odeur animale… Que s’était-il donc passé cette nuit ? Je finis plongé dans un fauteuil, les yeux grands ouverts, à scruter l’obscurité pour y chercher des réponses…
Le croassement gras d’un crapaud me tira des limbes de cette nuit étrange. Je m’étais endormi, avachi dans le fauteuil, dans une position inconfortable de laquelle j’avais du mal à sortir, tant mon corps était perclus de douleurs. Je mis un certain temps à localiser le croassement : il provenait du réveil de mon téléphone portable. Un son que je n’avais jamais activé, et qui me renvoya à l’étrange expérience de la nuit, passée à suivre ces sons qui faisaient presque vibrer tout l’immeuble, transformé en arche de Noé sonore, ingérable et anxiogène… D’ailleurs, ces phénomènes inexplicables n’avaient pas cessé. Dans l’appartement du dessus, une voisine hurlait parce que son sèche-cheveux rugissait comme un lion et, sur mon palier, j’entendais un enfant rire au son d’un radiateur ronronnant. Malgré l’épaisseur des murs, le glissement de l’ascenseur sur ses rails métalliques s’étirait, s’attardait, jusqu’à se métamorphoser en une longue griffure féline, lente, obstinée et menaçante.
Je passai par les toilettes. Curieusement, dans ce réduit intime, plus la lumière devenait intense, plus le miaulement se faisait rauque, presque sauvage. La chasse d’eau se déclencha dans un râle prolongé, un grondement creux qui enfla contre les murs, comme un souffle enfermé sous la faïence. Un long grognement monta des canalisations, sourd et traînant, celui d’un loup tournant en rond, montrant les crocs dans l’obscurité de sa cage de tuyaux. Je sortis en reculant, tremblant.
J’allai dans la cuisine, bien décidé à me préparer un thé. Posant la main sur le robinet, je reculai légèrement. Mais après tout, que craindre d’un robinet ? Même s’il joue au petit roquet, on dit bien : « chien qui aboie ne mord pas ». Un petit filet d’eau se transforma en jappements de chiot. Au fur et à mesure que j’augmentai le débit, le son passa à une octave supérieure. À fond, le robinet se lança dans d’effrayants aboiements semblant provenir de la gueule d’un molosse… J’en fus surpris et inquiet, au point de fermer précipitamment le robinet.
Le phénomène ne s’arrêta pas à la chasse d’eau ni au thé : il atteignit son paroxysme lorsque je voulus prendre une douche. D’une main tremblante, j’actionnai le jet d’eau ; il me sembla qu’une meute de chiens, lâchée derrière un gros gibier, me tombait sur la tête. M’extirpant précipitamment de la cabine, mes pieds humides glissèrent sur le carrelage et je me retrouvai la tête sous le lavabo… hésitant à regarder en arrière, de peur que la bande de chiens ne se jette sur moi. Étrangement, sous mon corps, le carrelage froid et humide évoquait une niche abandonnée…
Je me demandai alors si les animaux ne surgissaient pas là où l’humain consommait eau et électricité sans se soucier de la durabilité de ces précieuses ressources. Parvenu à sortir de l’immeuble, je constatai que la ville entière grondait, miaulait, beuglait. Et lorsque je voulus crier à mon tour, un aboiement rauque sortit de ma gorge… Rien d’étonnant : depuis ce matin, chaque fois que je parlais, j’avais l’impression que quelque chose en moi griffait la lumière.
Peut-être que le monde n’avait pas changé.
Peut-être avait-il simplement cessé de se taire…
L’idée que l’homme commence enfin à entendre ce que jusque-là le laissait indifférent est intéressante. Merci Gilaber.
ce qui…
Je ne vois qu’une solution cher Gilaber : museler l’eau !
Bien aimé votre texte 🐁
Oui ! Ce sont les animaux qui nous ramèneront à notre vraie nature !
Bravo Gilaber ! Belle imagination !
Le patriarche est mort. Les parents venus des quatre coins de l’hexagone, et même de plus loin, pour l’occasion, sont regroupés dans sa vieille maison.
Il n’a pas choisi son jour pour quitter cette terre qu’il occupe depuis plus de cent ans, alors que la saison et la tempête Ingrid s’expriment de bien des manières dans le ciel et la nature. La pluie, le vent font réagir la charpente, qui en a pourtant vue d’autres !
Dans le logis, bien des choses s’animent : Les robinets et tuyauteries se mettent à aboyer et à se secouer frénétiquement dès qu’elles sont sollicitées ; les ampoules à filament émettent quelque légers miaulements avant de s’éteindre définitivement ; les portes des vieilles armoires couinent comme des souris dont on aurait coincé la queue…
L’une des parentes sensibilisée aux signes de l’au-delà, suggère que des esprits tentent de communiquer avec les vivants qui investissent sans vergogne les lieux où se sont déjà éteints au moins quatre ascendants.
A compter de ce moment, chacun observe, mi goguenard mi interrogateur, les signes susceptibles d’être une communication avec des « esprits ».
Lors des échanges avec la déléguée de la paroisse chargée de préparer la célébration des obsèques, la fille du défunt perd sa voix sans raison ni émotion apparente. Elle s’en inquiète bien décidée de chanter les morceaux choisis en l’honneur de son père. Par contre, elle n’a pas remarqué ce qu’elle abordait comme thème au moment de l’incident. Peut-être son père lui indiquait-il sa désapprobation sur le choix fait à cet instant ?
Tous ces petits signes que l’on multiplie à loisir lorsque l’on veut leur donner vie faisait néanmoins sourire les plus sceptiques.
Les éléments ont continué à se déchainer dans le ciel et à inquiéter la famille qui craint de voir s’envoler les fleurs livrées et s’enrhumer une grande partie de l’assistance sommée de rester debout sous les bourrasques entre l’église et le cimetière.
Or, à l’entrée de l’église, le ciel, fatigué sans doute de souffler et de cracher ces violentes rafales, se calme. A la grande satisfaction des parents qui ne croient toujours pas à la rémission de cette tempête.
Dans l’église, une fois les participants installés et le recueil établi, les vitraux s’éclairent des rayons d’un soleil inespéré.
Un peu plus tard, le portrait de l’aïeul, posé sur le cercueil reçoit l’éclat spécifique de l’intrusion de l’astre solaire venu l’éclairer. Certains participants pensent qu’un spot a été intentionnellement allumé…
Voilà comment, les plus cartésiens peuvent un jour mettre en doute leurs convictions et se laisser émouvoir par la force des éléments naturels susceptibles de jouer avec leurs certitudes.
Merci Nouchka pour ce récit original, où le concret et le subtil forment une très belle alliance.
Dans quel monde qu’on vit ? se demanda Marcel quand ses robinets se mirent à aboyer et ses LED à miauler.
C’est vrai ça, si encore ces manifestations étaient harmonieuses, mais non, c’était discordant,grinçant. Il eut beau faire remplacer la tuyauterie et changer les ampoules, rien à faire, ça perdurait.
Il fit venir sourciers et électromagnétiseurs, il ne réussit qu’à gaspiller son argent et sa patience.
Un ami lui conseilla alors d’avoir un chat et un chien à domicile,ils pourraient peut être dialoguer avec les gêneurs, comprendre ce qui se passait. Excellente idée! Dès le lendemain un dalmatien puis un persan s’installèrent chez Marcel.
Dans les premiers temps ce fut, nuit et jour, une cacophonie infernale.
Ca s’enguirlandait , protestait pour avoir le dernier mot puis , petit à petit, les dialogues se firent plus calmes, chacun s’exprimant à son tour. d’un ton posé.
Brutus, le dalmatien, restait de longs moments à écouter, l’oreille dressée, les arguments des robinets tandis que Mignon, le persan, dialoguait courtoisement avec les ampoules sereines.
Marcel ne compris jamais ce qui s’était passé entre tout ce petit monde, mais toujours est il que l’eau coule aujourd’hui en jappements doux et joyeux, et que les ampoules ronronnent de satisfaction, au grand bonheur de notre homme bercé par ces bruits apaisants, en compagnie de ses deux compagnons qu’il gâte avec tout le soin qui leur est dû.
Il songe à faire breveter la technique en tant qu’anxiolitique naturel.
792 Entre2lettres – 31/01/2026
Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dit : mais dans quel monde vit-on !
S’il faut prêter attention aux ampoules allumées depuis trop longtemps, ou au vieux robinet qui fuit, où va-t-on ?
Après tout, si ça nous rassure de laisser la lumière toute la nuit dans le couloir ou d’entendre le goutte à goutte dans l’évier comme une vieille horloge comtoise, ça nous regarde.
Pendant ce temps, le vieux chien s’est mis à fuir dans toute la maison et le chat est devenu fluorescent. C’est malin de s’en prendre aux animaux, ils vont en parler à la fondation Bardot.
Ils ne sont pourtant pas au bout de leur surprise. Toutes les portes se sont mises à parler en même temps. Dans une cacophonie invraisemblable, elles ont ouvert leur gueule béantes, comme des serpents ou des hippopotames, toutes en même temps.
hé, vous pourriez me fermer, il fait froid dehors, qui va payer le chauffage ?
Qui vous a appris à laisser la porte des toilettes ouvertes ? Ne vous étonnez pas ensuite que ça empeste le déodorant dans toute la barraque !
Ça sert à quoi d’avoir une cave à vin si ma vitre est cassée ? Vous n’êtes pas sérieux. la clim tourne en continu pour rien. Pas sympa pour le vin Température, hygrométrie, rien ne va plus !
Et ce n’est pas fini. C’est maintenant au tour des murs de trembler, comme un lion qui s’ébroue, dans un rugissement assourdissant. Toutes les décorations kitch se décrochent de leur support, ne restent que l’essentiel, le beau et l’utile. Le message est clair : “débarrassez moi du superflu moche”.
Le couple se regarde alors dans les yeux et en même temps se font la réflexion :
“ Qu’est-ce qu’on a fumé hier soir ? C’était vraiment fort !”
Une chute inattendue et amusante. Bravo Nicolas !
J’oubliai de dire : oui, l’eau est une ressource vitale, même si on a une très bonne cave à vin
;-))
Quand les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler, ils se sont dits : « Mais dans quel monde, on vit ? »
Les radiateurs, qui chantonnaient depuis longtemps, se sont moqués d’eux. « Vous découvrez la vie mes amis ! Il s’agit du 2e niveau d’écoute. Des messages sont distillés grâce à nous. Nous sommes des médium en quelque sorte, des canaux ! »
Seuls les initiés les entendent. On les appelle les chuchoteurs. Ils ont « l’oreille discrète » ! Dans les prochaines années, ils seront les traducteurs de ces messages pour le nouveau monde en reconstruction. Un peu, l’ennemi de l’IA. Pour l’instant, ils s’entraînent discrètement. Ils accumulent les données. Ils sont plombiers, électriciens… ces messages sonores peuvent venir aussi des petits bruits dans les trains. Les chuintements… Observez un contrôleur. Parfois, il s’arrête et écoute… et note sur son petit carnet noir, entre 2 amendes. C’est un chuchoteur.
Sachez que l’on recrute. Les super empath’ ont plus de chances d’être choisis. Ils ont ce petit plus.
Si vous êtes institutrice, le bruit de la craie sur le tableau fera l’affaire. Le bruit dans les arbres est également utilisé. Le ronronnement de l’aspirateur. Et là, en ce moment, le son de votre clavier est un récepteur. Pourquoi installe-t-on des bip partout. Téléphone, métro, fermeture des portes, micro onde, bip de camera de recul, lave linge etc. L’affaire se prépare depuis des années. Il « leur » faut des petits bruits pour communiquer avec les chuchoteurs.
Alors, chuintez, vibrez, sifflez, gazouillez, grincez, gargouillez, crissez, bourdonnez, ronflez… tout est bon dans le son !
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Approche tres interressante : soyons à l’écoute des signaux faibles !😊
Ils, ce sont les paillassons qui croassent à l’extérieur des maisons. Depuis que l’eau et l’électricité ont été coupés dans le hameau, ils s’inquiètent de ne voir personne venir. Depuis des jours, des semaines, des mois peut-être, les aboiements se font plus étouffés, les miaulements plus gémissants. Pas une goutte d’eau, pas une lueur à l’intérieur. La tempête a jeté sur eux le malheur, obligeant leurs maîtres à déserter le hameau. La peur submergent tous les objets domestiques dans la nuit noire. Comme les radiateurs qui couinent dans le froid d’hiver. Les portes et les fenêtres caquètent avec les courants d’air, revenus du dehors sans bonnes nouvelles. Un bruit court pourtant, mais se heurte aux murs qui font la sourde oreille. Ils n’en ont rien à braire visiblement. Que peut-il bien leur arriver ? Ils en ont vu d’autres.
« Mais dans quel monde on vit ? »
Les paillassons croassent de plus belle. Ils sentent, ils savent, mais personne ne les entend, à l’intérieur. Quand un sale matin, le bruit a laissé place au vacarme des machines. Une botte boueuse interpelle l’un d’entre eux.
« Je vais vous demander de me suivre. J’ai un mandat de démolition. »
Les robinets se sont mis à aboyer et les ampoules à miauler.
Jo la débrouille et Maurice s’immobilisèrent.
Puis les fenêtres se mirent à chanter « la marseillaise » à tue-tête.
C’en était trop pour Maurice qui fut pris d’un violent tremblement.
Quant à Jo la débrouille, la stupeur le figea, tel une statue du musée Grévin.
Depuis la tour de contrôle de la télé-surveillance VERISURE, les techniciens jubilaient.
– Allez les gars…. Y a plus qu’à les cueillir ! Ils sont murs.
– Attends Marc… essaie un peu la nouvelle table qui pleure afin que je vérifie le réglage.
– OK ! Je la lance !
Et la table se mit à sangloter.
Le technicien affina le réglage et tout en se lamentant, la table rajoutait : « mais dans quel monde on vit ! ».
C’est à ce moment là que Jo la débrouille et Maurice se firent pipi dessus.
Quand les robinets se sont mis à aboyer on a teléphoné au plombier.
Il était médusé par tous ces aboiements.
– Cela ne me concerne pas l mais plutot le vetérinaire.
Le véto : mais je ne soigne pas les robinets… appeler la S.P.A. sans aucun doute ça relève de leur compétence. Il faut libèrer cette meute absolument.
La Spa : ça fait longtemps qu’ils sont dans les tuyaux ?
– depuis deux jours en même temps que le mari de la voisine a trouvé du travail.
– et vous ?
– juste une semaine…
Il monte à l’étage voir la voisine du dessus.
Elle le reçoit souriante dans un joli déshabillé transparent… puis, surprise : mais ce n’est pas François ? Vous êtes qui ? Ah vous avez repris son appartement. ..
Un temps blanc…
Comme vous avez répondu a notre code alors si vous voulez rentrer…. c’est douillé chez moi…🐁
Eh bien Sourisverte,
Voici que voilà un récit bien audacieux !
Bon week-end.
Douillet ! 🐁
J’aime bien l’idée du véto et de la SPA.
UN P’TIT VER A SOI, UN GRAND CHEZ LES AUTRES.
Ils se sont dit mais dans quel monde vit-t-on ? tant d’incohérences, puis Ils changèrent leur fusil d’épaule. C’est qu’ils aiment le son du cor au fond des bois, la plainte de la biche attentive au son du boa au fond du cœur quand le dix-cors rée en verticale du cruciverbiste navigant, croiseur, en armada, chassant l’à peu près, miaulant ampoulé…
Mais revenons à nos moutons, n’ont ils pas lieu de se plaindre tond tond l’herbe et la toison?🐻
L’âme du monde
Avait-il perdu toute raison ? Que lui arrivait-il ? Saisi de panique devant l’ampleur du phénomène, Cornélius fut un instant tenté d’ameuter toute sa cage d’escalier. Car, sans doute comme ailleurs, les robinets laissaient échapper un son étrange, proche de l’aboiement, jailli des entrailles de la Terre, tandis que les ampoules diffusaient un grésillement s’achevant en râle de chat — presque un miaulement.
Il y avait là quelque chose d’intolérable, qui vous serrait l’âme. Une détresse mêlée, tombant du plafond, remontant du sol. Une plainte absolue, plus insoutenable encore que celles que l’on surprend parfois, la nuit, dans les refuges pour animaux abandonnés.
Le robinet se mit à cracher ce qui ressemblait à du sang. Sans doute de la rouille — une hémorragie sourde venue du ventre de la terre. Les ampoules, nimbant faiblement la pièce, semblaient cligner des yeux avant de pousser ce cri aigu, celui d’un chaton séparé de sa mère. Cornélius sentit vaciller ce qui lui restait de certitude.
Il songea à réveiller ses voisins. Mais s’il était fou — ou en passe de le devenir — que ferait-on de lui ? On le disait fragile, étrange par moments. Et pourtant, une voix obstinée murmurait en lui que, dans ce monde marchant sur la tête, la véritable déraison serait peut-être de s’y adapter. Non, il n’était pas fou. Seulement devenu incapable d’affronter l’extérieur. Le catastrophisme ambiant, les colères et les peurs des autres lui étaient devenus insupportables.
On manquait d’eau, d’énergie. La terre se soulevait. Mais pourquoi aujourd’hui ? Et pourquoi chez lui ? Qu’avait-il fait, sinon aimer la nature — la seule chose, désormais, qui l’attachait encore à la vie ?
Il s’affaissa dans son fauteuil. Un râle sourd s’échappa de ses propres entrailles, presque caverneux, voisin de l’agonie. Il fut alors assez fou pour se mettre en résonance avec celle qui se manifestait chez lui — la terre elle-même — lui parlant à voix basse, la consolant, lui demandant pardon.
Curieusement, robinets et ampoules se turent.
On aurait dit qu’ils écoutaient.
Sur le palier montaient des voix, des cris. Cornélius n’éprouva ni la force ni le désir de les rejoindre.
Dans la cuisine, le robinet resté ouvert se mit à couler abondamment. Une eau claire, limpide. Les ampoules retrouvèrent peu à peu leur pleine intensité, dissipant les ténèbres amassées dans la pièce — et en lui.
L’heure était au café. Il le prépara lentement, comme un rituel ancien, encore tremblant, mais reconnaissant.
Le monde s’était tu.
Non parce qu’il allait mieux, mais parce qu’il avait été entendu.
Très bonne idée. Bravo
Bravo Béatrice,
Très beau récit bien construit. Il rejoint celui que j’ai commencé à écrire. Il me faudra donc trouver de nouveaux angles d’ouvertures pour les différencier.
Bien à vous.
très original ce robinet qui saigne. L’eau est une ressource vitale !