Tout est bon dans le roman…

tout-bon-dans-romanUn roman était jusqu’alors une fiction, une histoire imaginée par l’auteur.
Un long récit, en vers à ses origines, en prose par la suite.
En dehors de ce genre bien défini, paraissaient des libelles, des mémoires, des biographies, des essais, etc.
Aujourd’hui, business oblige, tout écrit est roman car ce mot sur une couverture est indispensable. Il fait vendre.
L’univers du monde des lettres s’est mis d’accord pour le coller n’importe où.
Tout est bon dans le roman détourné de sa vraie nature.
Parler de sa famille, de soi, de son cul, de son genre… telles Christine Angot ou Catherine Millet, entre autres, c’est du roman.
Raconter une garde à vue après avoir sniffé de la coke devant les flics, tel Frédéric Beigbeder et titrer son livre « Un roman français »… c’est aussi du roman.

Moins hypocrites, les américains appellent cette dérive : narrative non-fiction, long form ou narrative journalism.
Autrement dit, un mixte entre l’écriture journalistique et littéraire.
Leur recette est simple : des recherches et une documentation très journalistique, voire un reportage ou une enquête, puis une narration littéraire pour boucher les trous et les manques d’information.
On y retrouve une bonne mise en scène, des personnages très campés et souvent une implication du narrateur dans « son roman » Tout cela avec un style clair et vif.
Hemingway, en son temps, pratiquait brillamment déjà ce type d’écriture.

Paradoxalement, les premiers journalistes étaient des littéraires. Plus tard, les anglo saxons ont imposé des règles d’écriture journalistique et institué des écoles de journalisme, ayant pour religion la règle des 5 W que j’aborderai dans un prochain article.
Fini le temps de la narration ! Dehors les bonnes plumes ! Place aux « vrais journalistes », formés pour informer et écrire de façon à être lus et compris par le plus grand nombre.
Ce culte du vocabulaire le plus simple chargé de transmettre l’essentiel d’un message hiérarchisé, perdura jusqu’à l’irruption d’Internet.
Commença alors une hémorragie de lecteurs, jeunes, d’abord, puis vieux, ensuite.
S’en suivit l’irrésistible déclin de la presse qui, à l’heure qu’il est, agonise.
Au cours de ces 20 dernières années de nombreux doctes « es presse » se sont penchés sur la moribonde et que préconisent-ils, faute de mieux ? Un retour à une écriture plus littéraire, plus narrative.
Comme aux Etats-Unis, où de nombreux journalistes-écrivains empruntent
la voie ouverte il y a 40 ans par James Grady, diplômé de journalisme
et auteur du best seller :  » Les six jours du Condor ».

De quoi en faire roman !

2 Responses

  1. ducos dit :

    Je suis d’accord mais c’est qu’il doit aussi exister des lecteurs aimant de type de littérature….

  2. Stephanie dit :

    Ah la théorie du pendule..
    Ça s’en va et ça revient 🙂 Je suis bien d’accord avec vous d’ailleurs aujourd’hui toutes les formations de rédaction journalistique ou com reparlent de style. C’est plutôt réjouissant.
    Mais (il y a toujours un mais ) en ce qui concerne la com, à condition que le style ne cache pas des contenus sans fond ni sens.
    Bonne journée
    Stephanie

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