« Le Principe Style »

Lors d’un stage que j’animais, un cadre de l’entreprise Stihl, fabricant d’outils de jardinage, me raconta comment, à ses débuts, l’entreprise procéda pour dépasser ses concurrents.

Stihl décida de créer la meilleure tondeuse à gazon.

Pour y parvenir, ses ingénieurs sont partis d’un principe très simple : acquérir toutes les tondeuses existantes sur le marché. Les tester. Et détecter soigneusement chaque défaut, chaque inconvénient, chaque petite faiblesse.
À partir de là, ils ont conçu leur propre tondeuse en éliminant précisément tout ce qui clochait chez les autres.

J’ai trouvé ça intelligent. Très malin, même. Et surtout très inspirant.

Puis, j’ai réalisé que, sans vraiment le formaliser, j’avais déjà appliqué ce principe dans mon travail.
Lorsque j’ai créé mes stages de créativité, j’avais examiné les formations similaires et repéré ce qui manquait, était obsolète, fonctionnait mal ou laissait les participants sur leur faim. Après quoi, j’avais bâti mes offres de formations en tenant compte de ces manques. Résultat : les stages ne désemplissaient pas.

De là, « l’idée Stihl » a fait un petit saut de côté.
Je me suis dit que ce principe pouvait aussi s’appliquer à l’écriture d’un roman.
Par exemple, tu prends ce qu’on appelle un « roman de gare ». Tu le lis, tu repères ce qui est banal, prévisible, parfois un peu cucul. Tu listes tous ces défauts. Puis tu écris ton histoire en veillant précisément à ne pas retomber dans ces travers, à faire autrement, à te différencier.

On peut aller encore plus loin. Tu lis un livre qui t’ennuie. Tu te demandes pourquoi. Qu’est-ce qui fait que tu décroches ? Le rythme ? Les personnages ? Le style ? Et à partir de là, tu imagines comment tu pourrais le réécrire pour qu’il devienne captivant.

Au fond, c’est presque un outil. J’appellerais ça « Le Principe Style » : observer ce qui ne fonctionne pas chez les autres pour inventer quelque chose qui tient mieux la route. Une manière de créer non pas contre, mais à partir de ce qui existe déjà en faisant autrement et mieux.

Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

9 réponses

  1. christophe cousin dit :

    Problème : Le style, c’est comme l’intelligence ou l’oreille musicale, il faudrait en être doté pour s’en savoir dépourvu.

    Si j’écris cucul, c’est que je le suis 😉

  2. Michel-Denis ROBERT dit :

    Quand je tonds ma pelouse, je vise, j’évalue la trajectoire. J’évite, je peaufine. Si c’est trop long, j’égalise. Au besoin je passe deux fois. Une pelouse bien tondue, c’est comme une page bien écrite. Mais je n’ai pas de Stihl !

  3. camomille dit :

    Suis incapable d’appliquer ce principe!
    Ça sort comme ça sort. Et c’est ce qui m’amuse…

  4. Gilaber dit :

    Peut-être que j’applique cette méthode sans le savoir. Avant de me lancer dans l’écriture du récit dédié à un de nos exercices, je prends de nombreuses notes, des idées, des pistes que je pense pouvoir développer. Ensuite, j’en fais le tri pour ne conserver que celles qui semblent porter le mieux mon récit.

  5. Avoires dit :

    Sans avoir comme but un l’écriture d’un roman, la mise en pratique du Principe Style dans la rédaction des exercices du samedi me semble convenir parfaitement.

  6. Béatrice Dassonville dit :

    Cette capacité à analyser, cette exigence intérieure et cette créativité — que vous mobilisez dans vos formations, cher Pascal — donnent toute sa force à cette approche.

    Elle n’est pas seulement une méthode, mais une posture : celle de lecteurs et de créateurs qui refusent la passivité.

    Encore faut-il avoir des papilles suffisamment éveillées pour ne pas se satisfaire du fast-food littéraire, et accepter de fréquenter des textes imparfaits mais vivants, porteurs de sens, de cohérence — et donc ouverts à la transformation.

  7. 🐁 Sourisverte dit :

    Quand j’étais étudiante, j’écoutais soigneusement les autres en notant bien tout ce qui ne me plaisait pas. A contrario par la suite, lorsque j’avais une œuvre à jouer, je n’écoutais surtout pas les autres enregistrements pour ne pas dévier. A tors ou a raison ? Il est difficile de garder sa personnalité.. c’est intéressant ton sujet de reflexion Pascal… même si nous ne sommes pas des tondeuses… des tondus oui.. assurément !..😀🐀

  8. Paul Tarrep dit :

    Bonne idée. Je vais essayer

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