790e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
Inventez la suite

Sans la générosité des membres bienfaiteurs, ce blog serait déjà mort. Soutenez l’association Entre2lettres.
Notez que je ne peux répondre en privé, qu’aux commentaires liés au dernier et avant-dernier exercice.


Ah je suis super heureux !
Ma pompe à vélo elle n’arrête pas de bosser.
Depuis deux jours la platitude de la Terre elle est presque en voie de disparition.
Ah bon vous n’êtes pas au courant !
Ben oui notre planète ça fait déjà quelques semaines qu’elle est toute plate. Ainsi que tous ses habitants, et aussi ses mers et océans, montagnes et forêts qui sont plats aussi.
Le fautif c’est lui. Oui je le sais, je l’ai vu faire.
C’est lui, c’est ce grand marteau qui a frappé à plusieurs reprises : Boum Boum Paf Pouf Paf …
Pour cette simple raison, la Terre est devenue plate, même hyper plate !
Et moi qui l’a délivré progressivement de ce lourd fardeau, de ce joug omnipotent.
Oh ! tout le mérite il revient aussi et surtout à ma pompe à vélo, une ancienne pompe que j’ai retrouvée dans les sous-sols de mon splendide château fort.
Alors je me suis mis à gonfler, gonfler et là on a presque fini de tout gonfler : les montagnes, les mers, les volcans …
Ça gonfle ça gonfle !
Un tel travail, un tel labeur d’Hercule sans même prendre un peu de temps pour souffler et ronfler comme un canard !
Avec ce gonflement, on est aujourd’hui tous content : la population mondiale, les animaux, les marécages, les lacs … les fleuves, volcans. Bref tous, tous !
Ça y va ! ça gonfle, ça gonfle, et la vie va redevenir comme avant, lorsque la Terre était assez ronde et bien féconde.
Tiens que c’est drôle j’entends comme un bruit bizarre dans ma tête.
Oh ! je pense soudainement à ce sacré marteau qui nous a tous tapé dessus : oui il a été sacrément méchant et cruel !
Maintenant je ne sais pas où il est ?
Il est certainement emprisonné quelque part – et surveillé jour et nuit par de gros molosses.
Les autorités ils doivent vraiment avoir peur qu’il recommence à taper !
Et à présent c’est mon téléphon qui se met hurler comme un dingue.
En ce moment elle m’appelle continuellement. C’est ma belle automobile Rolls blanche-neige.
Elle a régulièrement des problèmes : son moteur il se met en route tout seul, sa batterie se vide, les pneus qui toussent … elle veut donc que je sois le plus possible avec elle, à ses côtés, pour la tranquiliser.
C’est vraiment étrange ce qu’il lui arrive.
J’y vais, j’y cours !
De peur qu’elle me réprimande.
Quoi encore le téléphon qui reson !
Quoi que dit mon frère. Le marteau, l’immense marteau qui a aplati la Terre il vient de s’échapper de sa prison pas très dorée.
Bon sang mon frère il le sait comment que le marteau il s’est fait la belle, d’où peut-il tirer cette information de dernière minute ?
De plus, il semble que le marteau on l’aurait vu rôder près de mon château.
Encore un appel. Ma Rolls, encore elle !
Quoi de son garage elle aurait vu le gigantesque marteau, passer à toute allure dans la rue.
Elle aussi, elle s’y met !
Vite, vite, il faut que je fonce. À mon tour de le marter ce marteau de peur qu’il fasse disparaître à jamais mon château et ma Rolls.
Wouah il va voir de quel bois je me chauffe ce vilain marteau, aplatisseur de Terre, et maintenant certainement souhaitant réduire à néant les seules propriétés de ma gentille vie.
Décidément je n’arrête pas, la période actuelle est trop chargée, j’ai trop de boulot. Il faudrait que je pense à prendre quelques jours de vacances.
Partir je ne sais où, à tout hasard au Brésil, au Cambodge ou en Russie …
Le phénomène était à la mode et les plus zélés s’y engouffraient sans réfléchir. Les autres n’avaient plus qu’à suivre s’ils voulaient éviter d’être marginalisés. Ils avaient inventé des machines à « désépaissir » qui au fil du temps avaient supprimé tout relief, toute aspérité.
Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
Quelques irréductibles protestaient, résistaient. Ils n’étaient qu’une poignée. Ils avaient créé des villages pittoresques où des collines verdoyantes hébergeaient des animaux d’autrefois, dodus à souhait et heureux de vivre. Les maisons étaient spacieuses, rectangulaires, rondes, avec des charpentes qui supportaient des toits pentus et harmonieux. Les habitants arboraient des tenues vintage mettant en valeur leurs formes et attributs. Les enfants jouaient, riaient, couraient… Des hauts murs et des barbelés protégeaient ces petits paradis d’antan. Des attaques et sabotages avaient en effet été perpétrés à leur encontre. La singularité dérangeait…
Un jour, un enfant, plat comme une limande, s’approcha d’un mouton replet, commença à le caresser à travers le grillage. Le fermier qui passait par là le salua chaleureusement et lui proposa de le prendre en photo avec l’animal. De face, de profil. Il lui montra le résultat. De face, il se reconnut et arbora un grand sourire. De profil, il se mit à pleurer « On ne me voit pas, je n’existe plus, pourquoi ? ». Le fermier lui expliqua la platitude qui avait colonisé la planète. « Ici, c’est le monde d’avant ».
C’est ainsi que le monde revint sur ses pas. Des machines à redonner de l’épaisseur ont éclos dans tous les coins du globe. La terre s’est étirée, étirée et a peu à peu retrouvé sa rondeur. Grâce à quelques irréductibles et un enfant triste, le monde a retrouvé des formes et des couleurs. Il était temps !
Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
Ce changement notable avait modifié la vitesse de rotation de la terre met aussi sa rotation elle-même. Les grands spécialistes qui faisaient leurs calculs sur leurs tablettes sur les genoux étaient formels ; ils commençaient à dériver dans l’espace. Les populations choquées par leur nouvelle réalité avaient dans un premier temps ignoré l’information, bien trop occupés à s’adapter à leur nouveau statut. Il avait fallu revoir toutes les commodités du quotidien, les déplacements, l’habillage, l’ameublement…Cela avait pris des mois mais les populations avaient déployé des trésors d’ingéniosité pour tordre cette plaie à leur existence. Avaient-ils le choix ? Assommés par les dernières catastrophes de tous ordres provoqués par un désordre mondial, ils avaient été ratatinés au sens figuré puis au sens propre. Mais ils tenaient, oui, ils tenaient bon et ne perdaient pas espoir de se redresser un jour pour affronter d’autres tempêtes et reprendre leur place dans une humanité à réinventer.
Ils en étaient donc à observer et considérer avec la plus grande attention cette nouvelle information de dérive spatiale qui semblait se confirmer. Les changements climatiques furent brutaux, la durée du jour et de la nuit fut redéfinie, le temps recalculé. Jusqu’au jour où la terre s’approcha d’une planète inconnue. De forme rectangulaire, celle-ci ressemblait à un vaisseau spatial mais elle n’en était pas un. Des tas de débris et d’amas rocheux rectangulaires gravitaient tout autour d’elle et elle attirait invariablement la terre plate à elle. Les populations crurent leurs derniers mois arrivés, peut-être leurs dernières heures tellement l’attraction se faisait rapidement. Mais il se passa tout autre chose. Au fur et à mesure que la terre se rapprochait de cette planète inconnue, elle se modifia et prit l’aspect d’un bloc rectangulaire elle aussi. Et avec elle, tout le vivant de la terre. Les mers et les océans se redessinèrent, les populations migrèrent et prirent elles-mêmes l’aspect de pavés qui, en s’emboitant les uns les autres permirent l’élaboration de structures résistantes qui sauvèrent la vie au plus grand nombre. La mutation était toujours à l’œuvre et attirait dans ce nouveau système, la curiosité d’intelligences lointaines…
Hier j’ai rêvé
Banal, me direz-vous
En effet
Sauf que mon rêve était fou
La Terre était plate
Images scélérates
Dans mon cerveau endormi
Qui me troublent encore aujourd’hui
Personne ne tenait debout
Ni humain, ni animal
Rien de vertical
Même pas bancal
Non, tout était plat
Raplapla, horizontal
L’art de la platitude dominait
Aucun relief, aucune aspérité
Mais quel ennui, si vous saviez !
Même dans mon rêve je rêvais
De montagnes, de châteaux
Avec des géants tout en haut
Bref, un tout autre scénario
Avec du volume, de l’épaisseur
De la HAUTEUR !!!
Et pourquoi pas
Du bruit et de la fureur
En veux-tu, en voilà
Des hauts et des bas
La vie quoi !
Allez, ce n’est qu’un rêve
On oublie tout ça.
Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
Pas de montagnes, pas de vagues, les habitants humains ou pas glissaient avec grâce dans un environnement étonnant. Les villes, paysages étaient d’immenses mosaïques jouant avec la lumière sur les nuances, les contrastes,. La platitude n’excluait pas la beauté !! Les silhouettes se découpaient par transparence . Certaines, certains dessinaient sur leurs corps, véritables oeuvres d’art .
Mais la platitude influençait les idées, manque d’ouverture, d’expansion, conformisme, banalité, raisonnements en boucle. Humour pénalisé par ce manque de hauteur .
Quelques personnages, inspirées par les mouvements, effets de lumière, ont imaginé d’autres terres, rêvant de sculptures, de séisme, pour remanier ce monde informe
Votre regard sur cette Terre plate est plein de poésie. Vous nous la révélez comme une mosaïque jouant avec la lumière, où les œuvres d’art s’invitent, et où la beauté est partout présente. Bravo Ourcqs !
L’art de la platitude dominait aussi dans des domaines inattendus .
– Plus d’ombres aux tableaux , plus de couleurs .
– Plus de modulations dans les interprétations de textes ou de chants .
– Plus de jeux d’acteurs au cinéma ou sur scène , où se confondaient les acteurs et les décors .
– Les livres étaient sans saveurs
En trois mots : tout tombait à plat .
Les rencontres ne pouvaient se réaliser que de profil . Plus personne ne se regardait en face à face .
Quant aux échanges , le plat était omniprésent :
– J’me sens vraiment à plat ce matin , et toi ?
– Moi ! oh la la , ma femme m’a surpris en train de faire du plat à la voisine et depuis elle m’en fait tout un plat . Tu me connais , je ne suis pas du genre à me mettre à plat ventre devant elle , sauf que là , je ne peux pas faire autrement !
– Comment avons-nous pu en arriver là ?
– Hélas , nous n’avons pas su rebondir face aux menaces et à l’arrogance .
Nous nous sommes couchés et nous sommes restés à plat ventre devant cette autorité dominatrice .
Nous avons aujourd’hui muté et nous voici dégonflés , prosternés et rampants .
N’est-il pas temps de se reprendre , de redevenir courageux et retrouver ce formidable monde d’où nous venons ?
Retrouvons notre noblesse d’esprit et l’art de la platitude ne sera plus qu’une histoire du passé , battue à plate couture .
Elles avaient appris quels étaient les plats préférés des Terriens. À la suite de cette bonne nouvelle, Nouilles et Lentilles décidèrent de se rencontrer pour discuter . Elles se retrouvèrent sous un platane.
« Tu as entendu ?entama Lentilles. Non seulement la Terre est vraiment plate, remarque, Brel l’avait déjà annoncé avec le Plat pays, c’est maintenant prouvé, mais les Terriens aussi sont à plat, leurs maisons, leurs animaux, la platitude est devenue la norme.»
– On s’en doutait, de la platitude de la Terre, ce n’est pas vraiment une surprise ! » répondit Nouilles
Elle oubliait de dire que les idées, la pensée, l’imagination, la création, l’intelligence, le raisonnement, la réflexion, tout était devenu d’un plat…
La nymphe Platée vint mettre son grain de sel. Agacées, Nouilles Lentilles se regardèrent et en aparté : qu’est-ce qu’elle va encore raconter, cette punaise des rivières ?
« Vous aussi, nouilles et lentilles allez être aplaties lança Platée sur un ton guilleret
– Quoi ! les lasagnes vont devenir encore plus plates ?s’étrangla Nouilles
– Euh…, peut-être pas, il faudra simplement enlever la farce mais les coquillettes, les pennes, les fusillis, les rigatonis, les raviolis, les tortellinis, les pâtes alphabet, fini ! ricana la nymphette.
– Mais nous, si nous perdons notre bombé, ce n’est pas viable, se lamenta Lentilles
– Ben, vous serez des lentilles plates, rétorqua la plate Platée
– Oh là, là » pleurèrent les deux copines dans les bras l’une de l’autre.
Elles finirent leurs sanglots dans un éclat de rire. Elles venaient d’avoir la même idée, plate certainement, mais réjouissante : elles se firent apporter sous l’ombrage du placide platane des plats du jour, de résistance et des plats en sauce, les petits dans les grands.Elles mangèrent à l’unisson. Satisfaites, repues, elles se mirent à l’horizontale, raplapla.
Sacrée Avoires, original récit.
J’aime bien les pâtes et peu importe leurs formes, mais aussi les lentilles avec ou sans saucisse de Morteau. Les pâtes plates pour les lazagnes… oui… mais des lentilles raplapla, ce serait très original, bien qu’une fois cuites, elles ne sont vraiment plus très bombées…
Bon dimanche à toi.
Coup de rabot
Cette fois ci, on l’admet enfin, notre terre est plate, ses habitants le sont aussi, partant, leurs maisons, leurs animaux itou, on cultive l’art de la platitude…Sur l’air de savez-vous planter des choux à la mode de chez nous. On s’aligne sur la forêt de menhirs de Carnac. Visant le soleil couchant, au loin l’Amérique se profile par de-là l’océan. Avec une longue vue, te voilà pas en Chine… ça n’étonne pas les habitants du plat pays qui développenr un camailleux de tulipes moutonnant sous le vent. Un pied-plat, digne qu’on le confonde, par de sales emplois, se pousse dans le monde : il prétend que le fait n’est pas nouveau. Depuis l’Égypte, on érige des monticules, sphynx, pyramides, statue de la liberté, tours, au lieu de creuser, de se terrer. A Cap Canaveral, on se propose à retourner vers la lune. Est elle plate, d’aucuns la voient ainsi. Pourtant, comme la marée, elle nous gonfle.
Le silence de ces espaces infinis ne laissent pas d’inquiéter Pascal. Il n’y a plus que les belons qu’il gobe ! 🐻
L’année commençait très bizarrement. Les premiers à ouvrir les yeux ne se reconnurent pas du tout. L’esprit encore quelque peu embrumé, ils attribuèrent leur vision déformée aux vapeurs résiduelles qui séjournaient encore dans leur corps.
Quant à ceux qui à minuit tapantes avaient commencé le Dry January, ben ils ne se reconnurent pas non plus.
Ils étaient tous à plat ! Pas sans énergie, mais plats comme des crêpes.
Impossible de se lever. Il fallait ramper ou onduler comme un phoque. D’abord préoccupés par leur propre personne, ils n’avaient pas remarqué qu’en fait, tout, absolument tout était devenu plat. Impossible de s’accrocher à quoique ce soit pour tenter de demander un secours.
Ceux qui avaient la chance d’avoir une petite vue sur l’extérieur tombèrent des nues (façon de parler). Plus un arbre, plus une fleur, plus une montagne ne s’élevait à l’horizon. Comme si un rouleau compresseur avait tout aplani histoire de tout mettre à plat pour la nouvelle année.
Une chance que les cerveaux étaient eux aussi à plat. La réflexion devenait compliquée mais la peur atteignait la stratosphère.
Venant d’on ne sait d’où, des messages furent diffusés informant la population mondiale que la planète terre s’était auto-plongée dans le coma. Elle souffrait de profondes brûlures, les excavatrices lui avaient déchiré des organes vitaux, elle manquait d’eau, les pesticides l’affaiblissaient de plus en plus. La liste était longue. Pour être sûre que personne ne vienne la perturber, elle avait tout débranché. Résultat : tout était raplapla.
La situation dura quelques jours, des siècles pour les victimes.
Et puis, un beau matin, tout se remit à gonfler comme le ballon d’une montgolfière. Chaque chose reprit sa forme, sa place comme si rien ne s’était passé.
Il y en avait un en particulier qui était le plus heureux des hommes. Enfin ! se dit-il ! Le grand jour est arrivé, à moi la victoire !
Il se rendit vers le grand pré d’Épiphanie où tout était prêt. Ses acolytes l’attendaient le sourire aux lèvres. Le coup d’envoi fût donné. Ils travaillèrent d’arrachepied et après quelques heures, le verdict tomba. Ils rejoignirent le livre des records grâce à leur immense galette toute plate, bien dorée, garnie de fèves en forme de personnages, d’arbres, de fleurs, d’oiseaux, de montagnes …
Il l’avait rêvée toute la nuit, il l’a faite. La plus grande et délicieuse galette franc-comtoise de tous les temps.
Il était à plat !
Rose Marie, votre platitude est très imagée et le concept d’auto-plongée dans le coma très pertinent!
Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les Terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
Certains « éveillés », qui avaient lu la dystopie « Ravage » de Barjavel, imaginaient que le Créateur, là-haut, avait enclenché la mauvaise manette de sa gigantesque machine à façonner le beau. Force était de constater qu’il avait fait de ses créatures, auparavant fortes, énergiques, inventives, des êtres uniformes se plaisant dans leur banalité, incapables de percevoir leur désastreuse déroute vers le Rien. Avait-il fait de son merveilleux caillou un endroit médiocre, monotone, inconsistant ?
Combien de temps lui faudra-t-il pour tout remettre à plat, pour redonner du relief à ce monde qui n’en n’a plus ?
— La limande : Hé copine, tu as remarqué ? Tous les terriens sont plats
— La table à repasser : Ouais, on parle plus de caractère, seulement d’épaisseur.
— La limande : À ce qu’on dit, il paraît que les opinions se mesurent au millimètre.
— La table à repasser : Et les débats tiennent sur une feuille. Une seule. Recto.
— La limande : Voilà pourquoi on avance à plat ventre devant l’évidence.
— La table à repasser : C’est plus confortable. Et surtout, ça évite de prendre de la hauteur.
— La limande : Heureusement que les demeures, plates comme des excuses, s’ouvrent sans porte ni détour. On peut s’y glisser facilement.
— La table à repasser : Normal. Quand tout est plat, inutile de tourner autour. On suit la pente.
— La limande : Sauf depuis qu’elle est arrivée.
— La table à repasser (outrée) : Je ne te le fais pas dire. Non, mais as-tu vu ses courbes…et généreuses en plus.
— La limande : Avec ses formes, elle aurait du mal à se glisser dans les fentes.
— La table à repasser : Des formes arrondies, oui. Comme si le monde avait gonflé.
— La limande : Elle dit que c’est naturel, la gourgandine. Et quel nom : poire ! Une bonne poire oui.
— La table à repasser : Le naturel, c’est ce qui ne dépasse pas. Regarde-moi : stable, utile, irréprochablement plane.
— La limande : Suis agacée car mon fiancé dit qu’elle apporte un peu de relief, dans la platitude.
— La table à repasser : Le relief, c’est le début de la pente. Et la pente, on finit toujours par la descendre.
La poire passa. Bombée, à la démarche chaloupée mais silencieuse.
Dans un village où tout se disait à plat, se taire avec des formes restait la plus grande des impertinences.
— La table à repasser et la limande : On l’a laissée passer. De toute façon, personne n’avait le dessus. La preuve cette histoire est plate et pourtant elle tient debout !
Cette fois la terre était vraiment plate. D’ailleurs tous les terriens l’étaient, leur demeure, leurs animaux aussi. L’art de la platitude régnait.
Ca, c’était le la façade imposée par les despotes venus de Platidus, qui avaient donné à la terre la forme d’une galette afin de pouvoir, à l’aide de longues vues super puissantes, surveiller leur nouveau territoire acquis de force après une guerre sans merci.
Hélas, il y avait parmi les envahisseurs quelques mégalomanes ayant fait preuve d’un zèle intempestif, qui avaient également aplatis bêtes et gens ainsi que leurs logis, si bien qu’un infini morne sans ombre ni relief, s’offrait à la vue jour après jour.
La nuit, retranchés dans leurs blockaus hauts comme un livre de 120 pages, les barbares dormaient sans se douter de ce qui se tramait dehors.
Les terriens se levaient en masse comme toutes les nuits, regonflant la terre pour lui redonner sa forme initiale, et à travers le monde on philosophait, inventait, jouissait de cette trêve jusqu’au petit matin. Fini les platitudes, l’uniformité, les expressions toute faites.
Le soleil levé les voyait reprendre leur aspect habituel au nez et à la barbe des platiduniens.
On va d’ailleurs fêter cet été les 50 ans de la mise à plat de la Terre. Les terriens préparent nuitamment une surprise de taille à l’occupant.
Les jours où tout bascule…
Cette fois, la Terre était vraiment plate. Non pas une hypothèse hardie, ni une querelle d’experts s’étripant sur des plateaux de télévision, mais une réalité tangible, écrasante, irréfutable. Elle ne roulait plus autour du Soleil, elle oscillait. Elle ne tournait plus sur elle-même, elle vacillait comme une pièce lancée trop fort sur le sol, hésitant éternellement entre pile et face, incapable de se décider à tomber. Tout ce qui existait s’était aplati avec elle : les continents, les océans, les villes, et jusqu’aux êtres vivants qui la peuplaient.
Les humains eux-mêmes n’avaient pas échappé à cette métamorphose. Leurs corps s’étaient étalés, comme pressés entre deux plaques invisibles. Les silhouettes avaient perdu toute épaisseur, les épaules n’étaient plus que des lignes, les jambes des rubans de chair. La station debout avait disparu avec la verticalité : on ne marchait plus, on rampait. La marche du monde était devenue reptilienne, lente, silencieuse, basse. Pour entrer chez soi, on ne poussait plus de porte ; on se glissait par de minces fentes horizontales, comme une lettre glissée dans la bouche d’une boîte aux lettres.
Ce nouvel état du monde n’était plus matière à débat. Les complotistes et les théoriciens de la Terre plate jubilaient. Ils avaient attendu ce moment pendant des décennies, moqués, caricaturés, ignorés. Désormais, ils brandissaient les images prises depuis l’espace : la planète bleue n’était plus qu’un disque uniforme, aussi plat qu’une crêpe oubliée sur une poêle. La ligne d’horizon ne se courbait plus ; elle s’étirait à l’infini, monotone, sans promesse ni surprise.
Avec la disparition du relief, le paysage mondial avait perdu son âme. Plus de montagnes, plus de vallées, plus de falaises. Les Alpes n’étaient plus qu’une étendue blanche sans aspérité. L’Himalaya avait été gommé comme une erreur sur une carte trop bien dessinée. Les grandes villes avaient subi le même sort : Paris, Marseille, Lyon, Strasbourg n’élevaient plus aucun monument vers le ciel. Les cathédrales, les tours, les immeubles prestigieux s’étaient affaissés jusqu’à devenir de simples tracés au sol. Le tourisme s’était éteint, faute de points de vue, faute de hauteur à admirer.
La mer elle-même s’était tue. On avait oublié le bruit des vagues, ce battement ancien qui rythmait les rivages. Désormais, l’océan ressemblait à un étang immense, figé, sans houle ni écume. Pourtant, cette immobilité inquiétait davantage qu’elle ne rassurait. Les observateurs se demandaient si l’eau ne s’écoulait pas lentement vers les bords du monde, comme une nappe trop pleine. Ne finirait-elle pas par se déverser en cascade, disparaissant dans le vide sidéral ? À ce rythme, la mer ne risquait-elle pas de s’éteindre, goutte après goutte, sans que personne ne puisse l’arrêter ?
Un bateau de croisière, parti pour effectuer un tour du monde, n’était jamais revenu. Il avait disparu des radars sans laisser de trace, avec ses passagers et son équipage. Certains disaient qu’il avait atteint le bord ultime, là où la mer cesse d’être mer. D’autres parlaient d’une chute silencieuse, sans fracas, avalée par le néant. Personne ne savait, et personne n’osait plus tenter l’expérience.
Le climat avait lui aussi perdu ses nuances. Il n’y avait plus de saisons, ou presque. Deux seulement subsistaient : des nuits glaciales, où le givre recouvrait toutes les surfaces planes comme une fine poussière de verre, et des journées tièdes rappelant un printemps éternel et sans joie. Même la pluie refusait de tomber droit : elle glissait à l’horizontale, poussée par des vents constants, fouettant les corps aplatis avant de disparaître au loin.
Ces vents étaient devenus une menace mortelle. Lorsque leur souffle se levait, les humains s’envolaient comme des feuilles mortes en plein automne. Leur corps plat offrait trop de prise à l’air. On en retrouvait rarement ; ils partaient, emportés vers le Sud ou vers le Nord, sans retour possible. Les autorités tentaient de recommander l’usage de poids, d’ancrages, mais la peur restait tapie dans chaque rafale.
Les animaux n’étaient pas épargnés. Les oiseaux ne volaient plus que dans un seul sens, strictement horizontal, d’Est en Ouest, comme aspirés par une force irréversible. Aucun ne revenait. Tous les insectes volants suivaient la même trajectoire, disparaissant peu à peu, jusqu’à ce que le ciel semble vide. D’ailleurs, les nuages s’égrenaient lentement, rideau flottant entre le monde et le vide, laissant entrevoir un ciel si parfaitement plat qu’il en devenait presque irréel. La Lune, les étoiles, n’étaient-elles pas simplement collées sur une immense surface plane, comme des décorations sur un plafond trop bas ?
Par précaution, tous les vols aériens avaient été suspendus. Sans verticalité, sans repères, l’aviation était devenue impossible. Mais la forme de la Terre posait un problème plus grave encore : celui de l’équilibre. Fallait-il répartir les populations de manière parfaitement symétrique ? Ne risquait-on pas, en concentrant trop de masse d’un seul côté, de faire pencher le monde ? Et si la Terre basculait, l’humanité entière ne tomberait-elle pas dans le vide, balayée d’un seul mouvement ?
Avec le temps, les transformations physiques avaient gagné l’intérieur des corps. Les têtes s’étaient aplaties elles aussi, atrophiant le cerveau. La pensée manquait d’espace. Les idées se raréfiaient, la logique se dissolvait. Les conversations tombaient à plat, littéralement. On parlait peu, on se répétait, on oubliait. La réflexion exige de la profondeur, et le monde n’en offrait plus aucune.
Alors, insidieusement, un regret s’était installé. Celui de la Terre ronde. On se souvenait des collines, des sommets, des vagues, des saisons franches. De la gravité qui maintenait chacun à sa place. De la courbure qui donnait au monde un horizon à atteindre. Allongé à même le sol, j’ai pris toutes ces notes depuis la fenêtre de mon salon, ou plutôt à travers une étroite meurtrière horizontale. Je voulais qu’il reste une trace. Une preuve de notre dernière existence. Mais surtout, de ce que nous étions devenus, lorsque tout, absolument tout, était tombé à plat.
Cher Gilaber, quel bavard tu fais ! Tout y passe. J’ai particulièrement apprécié le paragraphe sur le bateau de croisière parti pour un tour du monde… C’est l’anti-Magellan.
Le 20 septembre 1519, Fernand de Magellan, quitte l’Espagne au commande d’une flotte de cinq navires (Trinidad, Victoria, San Antonio, Concepciòn et Santiago). L’histoire ne dit pas à bord duquel il se trouvait… et j’ignore également quel nom porte le navire de mon récit… (oui effectivement tu n’apprends rien de plus sur mon bavardage… tu m’as connu bien avant nos ateliers d’écritures.)
Bonne fin d’après-midi sous la pluie… bises.
L’ère de la platitude
Ainsi donc, tous ceux que l’on qualifiait naguère d’ignares ou de théoriciens du complot avaient raison. Le Congrès américain venait de déclassifier des documents jusqu’alors classés top secret, révélant l’invraisemblable : la Terre était bel et bien plate.
L’annonce produisit l’effet d’une bombe médiatique, faisant voler en éclats croyances, certitudes et repères collectifs. Elle expliquait enfin pourquoi notre planète, bien que visitée, demeurait boudée par les extraterrestres — un fait que le Congrès avait, là encore, confirmé officiellement lors d’un effort de transparence inédit en septembre 2025.
Dès lors, les grands sujets de l’actualité — tsunamis, tremblements de terre, ouragans climatiques ou géopolitiques — perdirent tout relief. Ils soulignaient davantage encore le nouveau modelé du monde : une Terre désespérément plate, à deux dimensions, et non plus à trois comme auparavant.
Comment était-il possible d’y vivre ? N’étions-nous pas des êtres verticaux, à l’inverse des animaux rampant ou progressant par reptation, comme l’escargot de Bourgogne, le boa arc-en-ciel ou la tortue luth ?
L’explication, au fond, était simple — mais difficilement acceptable. Plusieurs études le confirmèrent : la loi de la gravité, plus puissante que la force centrifuge liée à la rotation, s’appliquait aussi à cette nouvelle configuration, celle d’un disque plat. Elle maintenait ainsi à sa surface océans, atmosphère, objets et êtres humains.
Il fallut recourir à des schémas enfantins, à des métaphores simplistes, pour apaiser les esprits les plus ébranlés.
Certains spiritualistes avancèrent alors l’hypothèse que ce que l’on voyait au dehors reflétait un état intérieur. L’effondrement systémique de nos valeurs traduisait la perte de densité du globe : il ne lui restait plus, par métaphore, que la peau sur les os.
Quoi qu’il en soit, le débat sur la Terre plate était relancé, divisant l’humanité en deux camps : ceux qui adoptaient une vision horizontale et un imaginaire aplani, et ceux qui préféraient encore le mât vertical autour duquel se déploient les voiles.
Bravo Béatrice,
Mais la mondialisation contribuera a rendre le Terre plate… nous n’échapperons pas non plus à notre transformation reptilienne… d’ailleurs, ne rampons nous pas déjà devant certains « grands » de ce nouveau monde en cours de création ?
Bon week end à toi.
Merci Gilaber. De mon humble point de vue, cette transformation reptilienne ne pourrait concerner que le véhicule biologique. Pour moi la conscience domine la matière. Quand au projet de la mondialisation, c’est un sujet trop sensible pour le développer ici. Nous pourrions le poursuivre, en messagerie privée, sur ma page FB. Je viens de lire votre texte. Tout simplement Bravo !
Bonjour Béatrice,
Je vous ai adressé une demande d’ami sur FB accompagnée d’un MP.
Dans l’attente de votre réponse, cordialement et bon dimanche à vous.
Bonjour Gilaber, Sans doute, vous êtes-vous trompé de page.(J’ai des homonymes). Au plaisir de vous lire, bientôt ! 🙂
https://www.facebook.com/profile.php?id=100010172171316
J’ai trouvé la bonne page… mais la demande d’amis ne fonctionne pas correctement.
Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
Quand c’est plat… C’est plat !
Plus de reliefs – plus d’ombres – plus de nuances : la platitude absolue !
Jeff, le pilote de l’air bus A320, n’en croit pas ses yeux.
– « Où suis-je ? » se demande-t-il en regardant en bas,
Puis, se ressaisissant : « Où suis-je ? » demande-t-il à la tour de contrôle,
Mais là… calme plat !
Les quelques deux cents passagers à bord pressentent une inquiétude et commencent à s’agiter,
Les hôtesses de l’air, pas formées pour ce genre de situation, restent bouche bée.
Seul un enfant inconscient s’écrie avec excitation :
– « Regardez… Regardez… en bas c’est tout plat…Oh là là ! Nous aussi on va s’aplatir Papa ?
– « Tais-toi imbécile !» répond le père cramponné à son siège.
Mais quand c’est plat… c’est plat !
Comment faire atterrir un air bus sur une terre plate ?
Le copilote percevant une situation insolite, tente de questionner Tchat GPT : « Tchat, que faire en pareil cas ? »
La réponse arrive spontanément : « ferme les yeux et prie »
Ce qu’il fit aussitôt.
Le pilote le suit dans cette initiative,
Voyant ceci, les hôtesses de l’air, consciencieuses, ont le courage de lancer un message sur un ton neutre :
– Mesdames et Messieurs, nous allons amorcer la descente.
Suite à un événement indépendant de notre volonté, nous allons nous aplatir sur terre le plus doucement possible.
Nous vous conseillons de fermer les yeux et de prier.
Amen !
Et l’enfant de s’écrier joyeusement : WAOUH !
Amusant et très original. Merci Camomille. 😀
Bravo Camomille,
Ton texte n’est pas tombé à plat et il m’a fait beaucoup rire… tu as trouvé un très bon thème.
Bon week-End à toi.
j’adore la metaphore aérienne. le plus rigolo c’est que l’on dit « arondir »pour parler d’un avion qui vient de la 3° dimension et touche la piste plate.😅
Camomille, le coup de l’Air bus A 320, c’est bien trouvé !
Comment s’appelaient le copilote et les hôtesses ?
Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
D’un monde en 3 D, on était passé à une vie à plat. Plat raplaplat. A peine des petites bosses pour souligner les montagnes. Ou les aléas de la vie. Les terriens ne vivaient plus de creux de vagues. On ne distinguait plus les bossus ou les bimbos. On ne pouvait plus descendre les pistes de ski, trop plat ! Le surf était impossible.
Plaies et bosses avaient disparu. Les electro encéphalogrammes étaient plats, difficile de distinguer un mort d’un vivant. Les gens dans le plat pays s’échangeaient des platitudes. Impossible de monter le ton. Ça va ? Ça va ! On ne pouvait demander : tu remontes la pente ?
Plus de débat sur le mythe de la terre plate. Elle était plate. Les complotistes dits platistes se félicitaient à voix basse. Plus personne ne voyageait, de peur de tomber dans le vide intersidéral. Les bi polaires étaient guéris, plus de up et de down. Les hauts et les bas de l’existence étaient supprimés.
Chacun vivait avec un fer à repasser à la main pour aplatir les plis avec la peur d’y mettre le feu.
Merci Sylviane pour ce monde presque parfait… j’aime bien l’idée d’un monde sans plaies ni bosses et surtout sans creux de vagues…
Très heureux aussi de retrouver votre prose. Bien à vous et bon week-end. Dans le Var, nous sommes sous la pluie… et elle tombe toujours verticalement !
OUPS ! Sylvianne avec deux N… l’âne… c’est moi !
L’anne !
C’est bien ce que je voulais dire… 🤣🤣🤣
Ah oui! J’adore🙂
le vieux bossu que je suis, celui qui aime regarder les bimbos préfère disparaitre que d’être repassé par le fer égalisateur. 😅
J’adore l’idée ou l’image du fer à repasser à la main !
Cette fois, la terre était vraiment plate. D’ailleurs, tous les terriens étaient plats, leurs demeures et leurs animaux aussi. L’art de la platitude dominait.
Les nouveaux maîtres du monde avaient gagné la partie. Tout était réduit à des solutions simples et plates, façon tarte aux pommes. Ils supprimaient les parties qui ne leur plaisaient pas en se partageant le reste. Il suffisait de supprimer les fruits qui n’avaient pas la bonne couleur ou la forme attendue. La nature devait se plier aux exigences des dirigeants les plus puissants. Ils avaient les moyens de tout détruire, quitte à sauter avec.
Tous les terriens étaient également réduits à deux dimensions fondamentales. Combien tu gagnes et quel est ton pouvoir de nuisance. L’épaisseur d’un être humain avait officiellement disparu. Amour, compassion, attention aux autres, tout cela ne comptait plus.
Même les animaux de compagnie étaient considérés par les deux axes de leur dangerosité et de ce qu’ils pouvaient rapporter aux fabricants d’aliments pour chiens. Seuls les gros molosses de catégorie 1 inspiraient le respect. Ils étaient dressés à l’attaque, comme les quelques chefs d’État qui dirigeaient désormais ce monde si plat. Les règles étaient simples pour les chiens comme les chefs : je voulais quelque chose, alors je le prenais, parce que c’est moi qui avait la plus grosse bombe ou les ressources les plus inépuisables.
L’effort, la valeur travail, tout cela n’avait plus d’importance. La vie dans ce monde aux rapports de force simpliste ressemblait à de l’esclavage. Le profit ne profitait qu’aux seules élites.
Les belles demeures n’étaient que décor de western. Il suffisait de faire bonne impression, d’en mettre plein la vue. Plus personne ne recevait à la maison, de peur des voleurs et espions qui en voulaient à leurs biens.
Mais pourquoi parler de tout cela au passé ?
La nature, un jour, s’est rebellée. Elle a tout balayé sur son passage. Elle a déchaîné tous les éléments dont elle dispose, tremblement de terre, inondations, incendies ouragans … Elle sauva un échantillon de chaque espèce en s’aidant d’un nouveau Noé, regonfla la planète, redonna leurs trois dimensions à toutes choses.
Mais tout recommence commence comme avant. La prochaine fois, seuls les animaux seront sauvés.
Ils l’avaient annoncé. Cette fois, la Terre était vraiment plate. Merci les petits chimistes ! Tous les terriens étaient plats, et en soi, ça aidait à régler les problèmes de surpopulation. Leurs demeures aussi, au ras du souvenir des pâquerettes. Finalement, ça dégonflait les centres-villes. Les autos plates, ça évitait les embrouilletéages , les maigres guérillas du quotidien.
Même Leurs animaux aussi, y avaient eu droit. On pouvait enfin cuire le thon dans une crêpière, se bronzer au travers d’une escalope ultra fine.
Moi, je vivais déjà depuis longtemps avec un basset artésien et je vis à peine la différence. Ses oreilles traînaient juste un peu plus sur le plancher.
Pendant longtemps, j’avais cru pouvoir m’élever dans ce monde de la contradiction, la fameuse école philosophique de la plaltitude, la fade illusion de trouver le bon sens de rotation de la planète, la fonte des montagnes et la résurgence des glaciers.
A huit ans, je bossais comme biologiste, c’est-à-dire que j’étudiais la nature à domicile avec ma vielle collection d’éprouvettes décolorées. Le monde s’était petit à petit dégonflé autour de moi. Je n’avais évidemment pas le courage d’accepter ma propre médiocrité. Je suivais la vie du Monde sur un écran super plat congelé d’informations tout juste réchauffées, histoire d’aider à la digestion du banal, du servile.
J’allais sur mes neuf ans, j’espérais que mon procréateur, pour mon anniversaire, m’autorise à sortir de ma chambre stérile, enfin m’évader de la mesquinerie familiale, tenter, si possible, d’envisager la rondeur des choses.
Le parc aux illusions proposait un bel avenir, toujours plus pauvre.
Faute de mieux, je retrouvais le i égaré, un coup de vieux. J’ espérais encore de l’humanité, j’escomptais que le lecteur n’en fasse pas tout un plat! 😉
Loin d’en faire un plat, voici le rebond-i d’un lecteur : j’ai retrouvé le i du rire, surtout à l’évocation du basset artésien. 😀
790/ Pour les architectes tout se calculait en angles droits car le père, debout portait sa famille allongée sur la tête. Ce qui est à craindre c’est qu’a force la tête s’applatisse aussi. Un régime allait s’imposait : manger plat ! On reconnaissait les célibataires qui rasaient les murs, comme eux les chiens fendaient l’air. Ça n’allait pas tarder que les vents allaient se rebeller : marre d’être fendus. Ce serait cinglant ! La pluie tombait couchée ! Eh bien oui sinon elle n’aurait touché que les chouches suppérieures ! Il faut que tout le monde soit mouillé !
La bouche qui était dans le bon sens ne lâchait que des mots coupants. C’était un jeu national : atteindre la cible !
Plus de porte, juste des fentes par lesquelles ils se glissaient pour s’introduire chez eux, comme les pièces dans une tirelire.
Un monde de platitudes !🐁
En grande forme Sourisverte !!!