Exercice inédit d’écriture créative 175

4 saisonsC’était une marchande de 4 saisons
qui ne vendait que du bon temps.
Le mauvais, elle le jetait.
Ses clients l’adoraient.
Jusqu’à ce premier jour de printemps où…

Imaginez la suite

19 Responses

  1. Clémence dit :

    C’était une marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais, elle le jetait.ell Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où…

    Jusqu’à ce premier jour de printemps où, pétulante mais distraite, elle jeta les derniers reliquats du mauvais. Par mégarde, elle jeta aussi un mauvais sort ! Cependant, dans l’immédiat, rien ne semblait avoir changé ! Chaque matin, sa chansonnette tintinnabulait ….

    « Achetez mes carottes, elles sont toute belles, mes carottes, elles vous donneront de l’énergie, aiguiseront votre regard et rendront vos fesses toutes douce……
    N’oubliez pas les oignons, ils chasseront soucis petits et grands ainsi que tous les désagréments
    Achetez mes oranges , le succès vous accompagnera pour de longs mois !
    Admirez, goûtez mes belles pommes, amour garanti, pensez au raisin.. que du plaisir au présent et au futur
    Un bouquet d’œillets, de roses et de marguerites pour madame,
    Un bouquet de jasmin, de jonquilles ou de violettes pour la demoiselle…
    Amour, toujours elles vous rendront »
    A chaque nouvelle saison, en vendant les fruits , les légumes et les fleurs du moment, elle assurait ses chalands d’une vie pleine de bon temps… pleine de bons temps !

    Vint le triste jour où, au grand dam de notre marchande des 4 saisons, elle dût constater que ses clients changeaient….
    Monsieur Mars, habituellement courtois, se plaignait de l’amertume des poireaux.
    Madame Avril , toujours souriante, était furieuse car ses enfants s’étaient vu couverts de boutons après avoir mangé des carottes.
    Mademoiselle Mai , pimpante et gracile,minaudait car les légumes la faisait grossir…
    Madame Printemps, râleuse de la première espèce, se faisait plus complaisante, racontant la réussite d’un repas de famille, même si celui-ci s’était terminé en queue de poisson.
    Monsieur Pâques ne tarissait pas d’éloge sur le swing qu’il maîtrisait à merveille, même s’il avait failli éborgner son porteur,
    Mademoiselle Lacour, insupportable gamine, faisait quelque effort de convivialité, ce qui ne l’empêcha pas de chiper une pomme au passage….

    La fin de la saison printanière arriva enfin. La marchande fit son bilan. Somme toute, elle avait très bien vendu, même si les clients avaient changé de comportement, ce qu’elle ne s’expliquait pas….
    Elle avait beau chercher toutes les explications possibles, rien ne justifiait un tel revirement.
    C’est entendant les enfants jouer dans la rue que des bribes de notions mathématiques lui revinrent à l’esprit.
    Avec application, elle tenta de transcrire cette «équation :
    les + gentils avec  ? = – gentils
    les – gentils  avec  ? = + gentils

    « Mais c’est quoi, ce « ? » qui est venu mettre son grain de sel ? Je n’en sais trop rien mais au final, le monde est resté pareil à lui même : les bons comme la romaine et les mauvaises graines »

    La marchande des 4 saisons se mit à fredonner, « Tempo di qualità, di qualità… », car, optimiste de nature, elle se dit avec conviction qu’elle pouvait continuer à vendre du bon temps et à jeter le mauvais….
    ….À moins que ,par un coup du sort, elle n’aie le mauvais œil en faisant le tri….

  2. Halima BELGHITI dit :

    C’était une marchande de 4 saisons
    qui ne vendait que du bon temps.
    Le mauvais, elle le jetait.
    Ses clients l’adoraient.
    Jusqu’à ce premier jour de printemps où un client mécontent fit irruption chez elle pratiquement à l’heure de la fermeture. Elle lui avait vendu ce matin-même, une magnifique après-midi ensoleillée, lui qui disait être en mal de bon temps.
    – Bonjour madame, je ne suis pas du tout content de mon achat de ce matin, je viens vous le rapporter.
    – Mais enfin, je ne peux pas reprendre le temps déjà utilisé…j’ai déjà du mal à rattraper le temps perdu…
    – Vous m’avez vendu du bon temps, une après-midi censée être ensoleillée mais il y a eu tout le temps des averses
    – Avez-vous eu le temps d’apprécier le soleil, monsieur ?
    – Oui mais le bon temps a été vite gâché
    – Ah, mais le printemps, c’est ça, mon cher monsieur. Les giboulées de printemps sont comprises dans le prix.
    – Mais alors, c’est du vol !
    – Mais monsieur personne ne peut les prévoir à l’avance ! Tout le monde sait qu’au printemps, le soleil côtoie la pluie. Ces averses ne durent jamais longtemps et le soleil réapparait toujours à temps
    – Pas le temps de discuter, échangez-moi ce produit contre un nouveau ou je veux être remboursé
    – Mais enfin, monsieur je ne le peux pas ! Je ne fabrique pas le bon temps, je me contente seulement de le vendre…Et je n’y peux rien, moi, aux averses de printemps !
    – Que proposez-vous ?
    – Je vous fais un avoir pour la prochaine saison. En été, c’est sûr vous aurez du bon temps sans pluie
    – Attendre jusque l’été ? Mais je n’ai pas de temps à perdre
    – Autrement, vous pouvez toujours trouver de quoi vous occuper le temps d’une averse…On peut aussi avoir de bon temps sous la pluie, vous savez dit la marchande d’un air entendu légèrement coquin.
    Le client persifla et sortit de la boutique insatisfait et furieux. Marcelle, la vendeuse se tourna vers Harry, son fidèle perroquet qui l’accompagne partout et lui dit  » Tu vois Harry, c’est fou à quel point les hommes manquent d’imagination! ». Elle plia quelques orages qui traînaient par terre, rangea des nuages éparses à leur place dans le débarras, réajusta le soleil à sa fenêtre et se prépara à fermer boutique. « Allons-y Harry, rentrons, nous avons le juste le temps d’arriver à la maison avant l’averse ! »
    Halima BELGHITI

  3. monsieur le commentaire dit :

    C’est le printemps.
    C’était une marchande des quatre saisons qui ne vendait que du bon temps, Le mauvais elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où la porte de son immeuble refermée, elle marqua une pose. Son regard se porta sur le rond point embouteillé qui se trouvait à quelques mètres de là. Oui elle avait bien entendu ce matin à la radio. ’’ C’est le printemps’’ avait répété et rerépété les présentateurs et autres journalistes. Elle se campa sur ses deux jambes, décidée à découvrir où se trouvait le printemps dans ce coin de la capitale. Son regard se porta vers le ciel, il était gris, et semblait menaçant. Oui, j’ai bien pris mon parapluie se dit-elle. Ses yeux fixèrent les immeubles, ceux-ci étaient plus ou moins gris voire presque noirs, même si certains avaient été recrépis il y a quelques années, il n’en n’était pas moins eux aussi grisâtres. Au niveau du sol, les gens se hâtaient de droite de gauche, pour la plupart de noir vêtus, heureusement quelques petites filles faisaient de la résistance, arborant anorak roses et bottes roses. Quant à la rue, tout était gris, le macadam, les trottoirs, les voitures et j’en passe. Aline fut saisie d’un vertige. Elle s’adossa contre le mur jouxtant la porte de son immeuble. Elle ferma les yeux. Non, mais le printemps ils l’avaient bien annoncé ce matin, ce n’était quand même pas ça, pas toute cette grisaille et toute cette saleté… Soudain elle eut un flash, elle se revit enfant dans la maison de ses parents dans ce petit coin du Berry …la maison était toujours à elle, mais vingt ans plus tôt au décès de sa mère elle en avait fermé la porte, confiant l’entretien du jardin à un cousin. Et si …et si elle allait voir à quoi ressemblait le printemps là bas, oui, aujourd’hui… bon elle n’irait pas au marché couvert…ah le marché couvert …quel déchirement lorsqu’elle avait quitté son bout de trottoir avec son étal de fruits et légumes. Là, elle pouvait observer le rythme des saisons, voir les fleurs du magnolia voisin s’épanouir, remercier le marronnier de lui procurer de l’ombre pendant l’été, et entendre crisser les feuilles en automne sous les pas des passants. Bon, c’est sûr, elle n’avait pas eu toujours très chaud, elle rentrait même parfois complètement gelée, mais au moins elle avait une notion du temps et des saisons. Maintenant dans les nouvelles halles, même si elle était à l’abri du froid et d’une certaine humidité, même si à longueur de journée elle distribuait des sourires et des mots gentils, même si les clients aimaient venir s’approvisionner auprès d’elle, au final, en retour elle ne recevait pas grand-chose, car chaque soir elle se retrouvait bien seule dans son appartement. Mais ce qui lui manquait le plus dans ce nouvel environnement, c’était de ne plus avoir le moindre signe du temps à l’extérieur ni d’avoir la moindre notion des saisons.
    Aline se ressaisit, se retourna, et se retrouva devant la porte de son immeuble qu’elle poussa. Elle grimpa les marches à vive allure malgré son âge. A peine arrivée dans son appartement, elle attrapa sa valise, y plaça un change, un pyjama, un nécessaire de toilettes une paire de drap, oui ceux restés dans la maison ne devaient pas sentir très bon…car Aline venait de prendre une grande décision, à savoir aller voir à quoi ressemblait le printemps à la campagne! Elle avait toujours eu l’esprit pratique, son cerveau se mit à fonctionner aussi vite que lorsque qu’elle additionnait les prix des fruits et légumes. Le courant avait été coupé dans la maison, elle attrapa deux bougies, se précipita dans le couloir de l’entrée en ressorti un petit camping gaz, en partant elle achèterait une recharge. Elle ajouta un pack de soupe, deux boîtes de conserve, …sa valise se remplissait vite, elle attrapa son vieux sac à dos, ajouta un châle, un gros pull, un pot de nescafé…et en quelques minutes elle fut prête. Elle se dirigea vers le métro, prit le train à Montparnasse, s’offrit exceptionnellement un taxi et poussa le petit portillon en piteux état de la maison de son enfance.
    Comme quelques heures auparavant, elle s’arrêta net et observa le spectacle qui s’offrait à sa vue. Le ciel était d’un bleu…d’un bleu… tout le reste était jaune, jaune…elle ressentit comme un étourdissement, fit les quelques pas qui la séparaient du vieux banc en bois contre la maison. Elle posa ses affaires, s’assit …et comme ce matin elle ferma les yeux. Le soleil lui chauffait le visage, celui-ci se détendit, elle se mit à respirer profondément, puis de plus en plus paisiblement. De longues minutes s’écoulèrent, les idées se bousculaient dans sa tête, elle se revoyait enfant, puis ces images étaient balayées par des images de sa vie à Paris…. et elle se revoyait dans ce même jardin… Une lumière dorée passait à travers ses paupières, elle les entre-ouvrit. Tout était jaune, elle n’avait pas rêvé, le forsythia était devenu énorme pas un centimètre de ses branches n’était couvert de fleurs jaunes, les pieds des arbres étaient entourés de colliers de primevères d’un adorable jaune pâle. Contre la maison les grosses touffes de narcisses jaunes plantées par sa mère arboraient leurs énormes clochettes. Le buisson de mahonia était couvert de fleurs jaune mimosa qui ressortaient merveilleusement sur le feuillage presque pourpre. Les anciens massifs étaient envahis par les étoiles jaunes des ficaires. Les pissenlits eux n’étaient pas en reste, ils ponctuaient la pelouse de leurs pastilles jaune d’or et la corête du japon commençait à ouvrir ses pompons tout aussi jaunes! Elle huma l’air, tourna la tête, vit que c’était un gros pied de giroflée jaune qui lui envoyait ce doux parfum. C’est donc cela le printemps se dit-elle?… Elle referma les yeux, serra fortement la clé au fond de sa poche…. elle savait déjà que les quelques mois qui la séparaient de la retraite elle les passerait ici à contempler le printemps….. Geneviève T. de mesmotsdoubs

  4. BRIGITTE dit :

    C’était la marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais elle le jetait. Ses clients l’adoraient, jusqu’à ce premier jour du printemps où…
    Nous étions au début du siècle, les vendeurs ambulants avaient des charrettes et s’installaient 3 fois par semaine dans la rue, il avaient leur emplacement réservé.
    Augustine la marchande de 4 saisons arrivait de bonne heure le matin afin de préparer son étal de fruits et de légumes de saison qu’elle revendaient aux passants. Malgré les différences de températures été comme hiver elle était là. Elle avait commencé à l’âge de 14 ans avec sa mère qui lui avait appris le métier. C’était une belle femme grande et costaud, son sourire en disait long, et son regard en faisait une femme forte, les gens l’aimaient pour sa droiture et sa gentillesse elle savait écouter et réconforter quand c’était nécessaire. J’étais enfant quand je je partais avec maman le matin de bonne heure dans les rues je n’aurais laissé laissé ma place pour rien au monde. Chaque fois je découvrais des parfums des couleurs, le brouhaha du marché, tout le monde se connaissait et se saluait il y avait un fond sonore de gaieté nous étions heureux de rencontrer tous ces gens. Augustine haranguait la foule pour vendre sa marchandise. Maman s’arrêtait à son étal elle savait qu’elle y trouverai ses fruits et légumes frais. Augustine discutait échangeait avec elle et moi je la regardais admiratrice. Mais un jour de 1914 les hommes sont partis au front et les femmes son entrées en usine pour les remplacer, notre Augustine, patriote est partie aider les combattants, le temps a passé, j’ai grandi et je n’ai plus revu Augustine, elle restera dans mon coeur.

  5. Françoise - Gare du nord dit :

    C’était une marchande 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais, elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où un monumental couac se fit entendre lors du concerto « Les quatre saisons » donné dans la ville de V. La mauvaise saison fit un esclandre prétextant qu’elle et tous ses congénères : le froid polaire, le solstice d’hiver, le ciel gris, l’hibernation de l’engoulevent, le nez rouge, la soupe de rutabagas et le chou et le chou de Bruxelles souffraient d’une mauvaise réputation et du désamour total de la part de la population française.

    Le ministre d’Etat, ministre de la Culture, présent, s’en émut, reconnut qu’il y avait là, effectivement, une injustice flagrante et promit que les choses n’en resteraient pas là.

    Lors du Conseil des ministres qui s’ensuivit, il souffla dans les bronches des ministres au premier rang desquels le ministre de l’Agriculture. Celui-ci répercuta l’affront et l’engueulade en réprimandant vertement le secrétaire d’Etat en charge cultures maraîchères.

    Son conseiller, spécialisé dans la promotion des primeurs mal aimés admonesta vivement le président de la CSLBTI (Chambre syndicale de lutte pour un bon transit intestinal) qui prit des mesures d’urgence.

    Désormais, notre marchande vend la mauvaise saison : des marrons glacés, des oranges givrées, des framboises en gelée et toutes sorties de fruits rafraîchis.

    Et le chaland lui bat froid.

  6. Bouquet dit :

    C’était une marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps.
    Le mauvais, elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps, ou tout s’est écroulé…

    La nouvelle est tombée le14 mars 1960, c’était un lundi. Une nouvelle, qui certes, allait changer le quotidien de milliers de personnes, mais qui allait dans le même temps mettre un terme à cette activité ambulante. Ce n’était pas la sortie du premier disque de Johnny, encore inconnu ce lundi là, mais bien la signature du projet du Réseau express régional. Plus familièrement appelé « RER ». Quel est le rapport me direz-vous ? Vous allez voir, c’est pourtant simple…

    Elle avait déserté une première fois les trottoirs durant la seconde guerre mondial. C’est seulement au printemps 48 qu’elle avait repris sa charrette à bras, toujours aussi pleines de fruits et de légumes frais, pour aller s’installer au croisement de la rue Rambuteau et Saint-Dénis.
    Chaque matin c’était le même rituel. Avant de venir s’installer, elle commençait par aller chercher ses produits frais du jour. Elle faisait son tour dans les différents pavillons, à la recherche des meilleurs produits. Depuis sa reprise d’après guerre et pour se démarquer des autres, elle s’était imposé d’avoir une bonne réputation. Jamais un fruit tâché ou un légume abîmé. Tous les produits qu’elle proposait étaient de très bonnes qualité et ses clients le savaient.

    Une fois installée, elle prenait une craie blanche pour mettre à jour quelques prix au kilo, toujours affichés en anciens francs sur ces ardoises plantées à même les produits. Ensuite, elle rangeait à la manière des Dalton tous les poids de sa balance Roberval. Outil indispensable pour calculer le prix. Puis, en attendant ses fidèles clients derrière son étale ambulant, elle plongeait ses mains pour les réchauffer dans cette grande poche du tablier, toujours aussi serré à la ceinture.

    Mais ça… c’était bientôt fini. Les mois étaient désormais comptés. Bientôt il n’y aurait plus de marchandes de quatre saisons dans le quartier, voir même dans tout Paris. Pour elle, c’est tout un monde qui s’écroulait, son commerce, ses finances… Bref, sa vie.

    Ils ont commencés par détruire tous les pavillons, ou presque, puis faire le grand trou et le reste des travaux. Et le 11 décembre 1969, la première ligne du RER est inaugurée. Un tronçon reliant La Défense à la place de l’Etoile, en passant par le quartier de notre marchande, l’arrêt châtelet les halls. « Les halls » était devenu le nom d’une gare.
    9 mois plus tôt, le 3 mars 1969 le Général de Gaulle avait inauguré le nouveau Marché d’intérêt national, à Rungis. Désormais trop loin pour aller chercher ses produits frais du jour avec sa charrette à bras.

    Alors chaque année au premier jour de printemps, elle va à Nogent sur marne. C’est dans cette ville, qu’elle part faire « son pèlerinage » : le tour du pavillon numéro 8. Même si ce n’était pas le pavillon des fruit & légumes, mais celui qui abritait le marché aux œuf et la volaille, c’est le seul rescapé sur les douze pavillons Baltard de l’époque. La seule trace encore vivante de son passé de marchande de quatre saisons.

    Ironie du sort, aujourd’hui, pour aller voir un pavillon Baltard, elle retourne toujours au halls, mais maintenant elle doit prendre le RER direction Nogent…

  7. Regis dit :

    -« Eh, oh, çà va durer encore longtemps comme çà, ce trafic ? »
    Victoire n’en croyait pas ses oreilles. Le ton de la voix était peu amène….
    Elle s’apprêtait comme d’habitude à balancer dans les égouts son « surplus » comme elle l’appelait : ce jour là il y avait une dépression pluvieuse pour le Nord de la France, ne tempête de neige pour la Toscane, un orage sur les Pyrénées et une canicule pour la vallée du Rhône et quelques autres calamités mineures…
    Sur le coup ,elle suspendit son geste…
    De la bouche d’égout surgit alors un personnage d’apparence brumeuse et fantomatique qui prit peu à peu une consistance bien réelle.
    « C’est vrai quoi, continua l’apparition vous avez une idée des dégâts que vous faites à vous débarrasser de vos saloperies comme çà, sans discernement aucun ?
    -Mais enfin qui êtes vous ? »
    L’apparition avait en effet de quoi surprendre : Imaginez un individu vêtu d’un ciré jaune, de grandes bottes vertes, un épais cache-nez rouge autour du cou et de larges lunettes de soleil sur un nez rouge comme une tomate de Provence. Les joues étaient à peine moins rouges que le nez et le ton marquait toujours un mécontentement certain…
    « Au pays, continua le personnage, on a voulu savoir d’où venait toute cette merde, c’était tout de même pas vraiment normal… .
    Le peu d’amabilité de l’individu enferma Victoire dans son mutisme
    Le ton de Ciré Jaune s’éleva pour le coup…
    -« Enfin, bref, il m’a fallu du temps pour voir d’où provenait la bizarrerie…
    -Dites donc, vous ne venez pas des égouts, vous fit soudain Victoire comme frappée par l’évidence.
    -Ah, la petite dame parce que vous croyez que tous vos déchets, ils arrivent seulement aux rats ? Eh bien, non ! Sachez que vos surplus, comme vous dites, sont renvoyés automatiquement dans d’autres régions qui n’ont pas les moyens de se payer vos services… ».
    Victoire parut soudain interdite.
    – Mais enfin, je vous assure que… Je ne savais rien et que je n’y gagnais rien. Il suffisait que les clients soient contents…
    -Et voilà, continua l’individu, je m’en doutais, elle ne savait rien de rien…Mais qu’est ce que tu crois la Belle, dit il en continuant d’un ton soudain radouci, tu devrais savoir que rien ne se perd… Sais tu combien de gamins tu as fait pleurer avec une journée à la mer gâchée par un orage, combien de récoltes bousillées et toujours dans les mêmes endroits?….
    Pour le coup, Victoire s’était mise à pleurer…
    Du coup, l’autre s’arrêta un moment, lui tapota la main, puis enchaîna…
    – « Au fait, je m’appelle Théophraste, prévisionniste météo… Bon écoutez, c’est bien simple, maintenant vous respectez les consignes et donnez à chacun, ce à quoi il à droit ni plus, ni moins… Et tout le monde sera content, vous verrez…
    -Mais, mes clients…
    -Tu tut, tu exerces un service public, pas une profession libérale. Tu as même un monopole ou presque. Alors tes clients, Ils s’y feront, c’est tout et ton joli sourire les consolera déjà. Quand aux gros clients, eh biens ils se délocaliseront eux-mêmes, çà nous changera un peu, termina t-il il en souriant (et en continuant à lui tenir la main)…
    Ainsi fut fait, et si Théophanie revint souvent aider Victoire pour l’aider et l’assister dans sa transition, elle constata bientôt que si le nez avait perdu de sa couleur, ce n’était pas le cas de ses joues dés qu’il était en sa compagnie… Et quelque chose disait à Victoire que ce n’était pas le changement de temps qui en était la cause. Quand aux battements de cœur et à la chaleur qu’elle sentait en elle-même, quand il apparaissait…eh bien, ma foi …

  8. fazia dit :

    C’était une marchande de 4 saisons
    qui ne vendait que du bon temps.
    Le mauvais, elle le jetait.
    Ses clients l’adoraient.
    Jusqu’à ce premier jour de printemps où un client fit son apparition et que le temps sembla s’arrêta pour la l’adorable marchande.Le temps d’une chanson,le temps d’un vol d’oiseau,le temps d’une caresse,le temps d’une espérance,rien n’avait plus d’importance ,seul le temps de ce moment où il entra et où le temps se figea,s’immortalisa pour remonter au temps des souvenirs et des rêves de jeunes filles….Ses pattes d’oie creusées par le temps s’estompèrent de bonheur à la vue de ce client que le temps avait teinté de gris la chevelure épaisse,le rendant ainsi plus séduisant ;plus arrogant de beauté!Elle avança vers lui;mue par un irrésistible et inextinguible désir de le toucher ,de le humer ,de l’effleurer, de le palper….Les cloches de l’église retentirent,elle sursauta,elle sortie de ses rêveries,replongea dans la réalité,servit le client:le temps mis fin à ses illusions…

  9. r dit :

    C’était une marchande……

    Ah ça ! Jean Paul et Marysette, ils en avaient pris, du bon temps, depuis quelques années dans la petite boutique de la rue des Martyrs!
    Des paniers pleins, rentabilisant au maximum leur carte de fidélité.
    Ce vendredi là, le premier jour du printemps, un ciel bas, gris, et des rafales de vent les réveillèrent de bonne heure. Un peu abattu, Jean Paul se leva pour aller consulter, comme d’ habitude, les nouvelles sur son ordinateur tandis que Marysette préparait leur petit déjeuner.
    Un bruit sourd venant du bureau la fit sursauter . Elle s’y précipita . Son Jean Paul gisait, inerte, à côté du clavier !
    Affolée la pauvre femme leva les yeux sur l’écran .
    TO DAY’S NEWS
    Une arnaque au bonheur factice aurait été découverte, via les réseaux sociaux, dans le 9è arrondissement de la capitale. Une femme d’une quarantaine d’années abusait, depuis environ 12 ans, de la crédulité de centaines de modestes retraités d’Ile de France, en leur vendant du soi-disant bon temps .
    Jouissant d’une excellente réputation dans le quartier, il semblerait qu’elle expédiait des armes lourdes dans un pays du quart monde ,lequel lui fournissait en échange la matière première nécessaire à la fabrication du bon temps. Matière première qui s’avèrerait par ailleurs frelatée, aux dires de certains informateurs sérieux proches de notre gouvernement.
    La petite république, en guerre civile depuis lundi soir, aurait suspendu ses envois vers la France.
    Ce qui provoque un dommage supplémentaire pour ces pauvres victimes . En effet, on laisse entendre, dans les milieux bien informés, que des effets secondaires sont à craindre, causés par un manque brutal de bon temps sur des organismes fragilisés par ce produit médiocre subitement introuvable.
    A l’heure actuelle nous ne sommes pas en mesure de vous donner plus de précisions sur cet aspect délicat de l »affaire dite « de la rue des Martyrs », mais une cellule de crise va se mettre en place à la PMI du quartier.
    La peu scrupuleuse « marchande des 4 saisons » comme la surnommaient affectueusement ses clients, a été appréhendée, elle sera mise en examen après sa garde à vue……

  10. patricia dit :

    c’était une marchande de quatre saisons qui ne vendait que du bon temps ;le mauvais ,elle le jetait; ses clients l’adoraient jusqu’à ce premier jour de printemps où elle lâcha les amarres…
    Finie la place du marché écrasée par les giboulées. L’amour l’avait cueillie au passage. Depuis quelques temps, ce client la couvait du regard. Dans son beau costume un peu fripé, il faisait un peu délaissé et ça l’amusait!
    Un jour n’y tenant plus, il lui proposa de prendre un verre pour la voir s’animer. Elle, intimidée, s’est mise à l’écouter.
    C’était un poète des quatre saisons qui n’écrivait que de belles choses ,les mauvaises ,il les jetait. Tout, dans ces mots la touchait et les larmes arrivaient retenues depuis tant d’années…
    Bonté et beauté s’entremêlaient comme leurs doigts étonnés de tant de proximité .
    Et puis vint la danse partagée et les pieds se mirent à battre la mesure ; pieds ensorcelés qui décidaient et se frôlaient avec passion . Corps entrainés dans cette spirale de Vie à deux , incontournable.
    Finis les matins froids des marchés d’hiver . Notre marchande de quatre saisons avait un nid à partager.

  11. Geneviève T. dit :

    C’est le printemps.
    C’était une marchande des quatre saisons qui ne vendait que du bon temps, Le mauvais elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où la porte de son immeuble refermée, elle marqua une pose. Son regard se porta sur le rond point embouteillé qui se trouvait à quelques mètres de là. Oui elle avait bien entendu ce matin à la radio. ’’ C’est le printemps’’ avait répété et rerépété les présentateurs et autres journalistes. Elle se campa sur ses deux jambes, décidée à découvrir où se trouvait le printemps dans ce coin de la capitale. Son regard se porta vers le ciel, il était gris, et semblait menaçant. Oui, j’ai bien pris mon parapluie se dit-elle. Ses yeux fixèrent les immeubles, ceux-ci étaient plus ou moins gris voire presque noirs, même si certains avaient été recrépis il y a quelques années, il n’en n’était pas moins eux aussi grisâtres. Au niveau du sol, les gens se hâtaient de droite de gauche, pour la plupart de noir vêtus, heureusement quelques petites filles faisaient de la résistance, arborant anorak roses et bottes roses. Quant à la rue, tout était gris, le macadam, les trottoirs, les voitures et j’en passe. Aline fut saisie d’un vertige. Elle s’adossa contre le mur jouxtant la porte de son immeuble. Elle ferma les yeux. Non, mais le printemps ils l’avaient bien annoncé ce matin, ce n’était quand même pas ça, pas toute cette grisaille et toute cette saleté… Soudain elle eut un flash, elle se revit enfant dans la maison de ses parents dans ce petit coin du Berry …la maison était toujours à elle, mais vingt ans plus tôt au décès de sa mère elle en avait fermé la porte, confiant l’entretien du jardin à un cousin. Et si …et si elle allait voir à quoi ressemblait le printemps là bas, oui, aujourd’hui… bon elle n’irait pas au marché couvert…ah le marché couvert …quel déchirement lorsqu’elle avait quitté son bout de trottoir avec son étal de fruits et légumes. Là, elle pouvait observer le rythme des saisons, voir les fleurs du magnolia voisin s’épanouir, remercier le marronnier de lui procurer de l’ombre pendant l’été, et entendre crisser les feuilles en automne sous les pas des passants. Bon, c’est sûr, elle n’avait pas eu toujours très chaud, elle rentrait même parfois complètement gelée, mais au moins elle avait une notion du temps et des saisons. Maintenant dans les nouvelles halles, même si elle était à l’abri du froid et d’une certaine humidité, même si à longueur de journée elle distribuait des sourires et des mots gentils, même si les clients aimaient venir s’approvisionner auprès d’elle, au final, en retour elle ne recevait pas grand-chose, car chaque soir elle se retrouvait bien seule dans son appartement. Mais ce qui lui manquait le plus dans ce nouvel environnement, c’était de ne plus avoir le moindre signe du temps à l’extérieur ni d’avoir la moindre notion des saisons.
    Aline se ressaisit, se retourna, et se retrouva devant la porte de son immeuble qu’elle poussa. Elle grimpa les marches à vive allure malgré son âge. A peine arrivée dans son appartement, elle attrapa sa valise, y plaça un change, un pyjama, un nécessaire de toilettes une paire de drap, oui ceux restés dans la maison ne devaient pas sentir très bon…car Aline venait de prendre une grande décision, à savoir aller voir à quoi ressemblait le printemps à la campagne! Elle avait toujours eu l’esprit pratique, son cerveau se mit à fonctionner aussi vite que lorsque qu’elle additionnait les prix des fruits et légumes. Le courant avait été coupé dans la maison, elle attrapa deux bougies, se précipita dans le couloir de l’entrée en ressorti un petit camping gaz, en partant elle achèterait une recharge. Elle ajouta un pack de soupe, deux boîtes de conserve, …sa valise se remplissait vite, elle attrapa son vieux sac à dos, ajouta un châle, un gros pull, un pot de nescafé…et en quelques minutes elle fut prête. Elle se dirigea vers le métro, prit le train à Montparnasse, s’offrit exceptionnellement un taxi et poussa le petit portillon en piteux état de la maison de son enfance.
    Comme quelques heures auparavant, elle s’arrêta net et observa le spectacle qui s’offrait à sa vue. Le ciel était d’un bleu…d’un bleu… tout le reste était jaune, jaune…elle ressentit comme un étourdissement, fit les quelques pas qui la séparaient du vieux banc en bois contre la maison. Elle posa ses affaires, s’assit …et comme ce matin elle ferma les yeux. Le soleil lui chauffait le visage, celui-ci se détendit, elle se mit à respirer profondément, puis de plus en plus paisiblement. De longues minutes s’écoulèrent, les idées se bousculaient dans sa tête, elle se revoyait enfant, puis ces images étaient balayées par des images de sa vie à Paris…. et elle se revoyait dans ce même jardin… Une lumière dorée passait à travers ses paupières, elle les entre-ouvrit. Tout était jaune, elle n’avait pas rêvé, le forsythia était devenu énorme pas un centimètre de ses branches n’était couvert de fleurs jaunes, les pieds des arbres étaient entourés de colliers de primevères d’un adorable jaune pâle. Contre la maison les grosses touffes de narcisses jaunes plantées par sa mère arboraient leurs énormes clochettes. Le buisson de mahonia était couvert de fleurs jaune mimosa qui ressortaient merveilleusement sur le feuillage presque pourpre. Les anciens massifs étaient envahis par les étoiles jaunes des ficaires. Les pissenlits eux n’étaient pas en reste, ils ponctuaient la pelouse de leurs pastilles jaune d’or et la corête du japon commençait à ouvrir ses pompons tout aussi jaunes! Elle huma l’air, tourna la tête, vit que c’était un gros pied de giroflée jaune qui lui envoyait ce doux parfum. C’est donc cela le printemps se dit-elle?… Elle referma les yeux, serra fortement la clé au fond de sa poche…. elle savait déjà que les quelques mois qui la séparaient de la retraite elle les passerait ici à contempler le printemps….. Geneviève T. de mesmotsdoubs

  12. Antonio dit :

    C’était une marchande de 4 saisons
    qui ne vendait que du bon temps.
    Le mauvais, elle le jetait.
    Ses clients l’adoraient.
    Jusqu’à ce premier jour de printemps où un client pas comme les autres fit son apparition.

    « Vos anticyclones sont splendides mais peut-être un peu secs pour la saison, non ?
    – Un peu secs ? s’offusqua la marchande. Vous ne manquez pas d’air. Ils sont tout frais sortis de l’océan !
    – Tout frais ? se permit de douter l’opportun, celui-là a bien une semaine. Sentez comme il a pris la pollution.
    – Oh ! Quel culot vous avez, s’étrangla l’honnête commerçante, ce n’est pas le savoir-vivre qui vous étouffe !
    – Non, sans doute, mais j’ai peur que ce soit vos produits, madame, avec tout le respect que je vous dois. Ils respirent plus les particules fines qu’un bon oxygène, balança le jeune homme avec un aplomb qui déstabilisa la veille dame dont les sens étaient plus tournés vers les affaires que l’appréciation de la qualité de l’air.
    – C’en est trop, jeune insolent, lui souffla-t-elle dans les bronches, si vous n’aimez pas mes anticyclones, allez voir ailleurs, dieu du ciel, vous trouverez bien des giboulées de saison outre-Manche ou autre averse printanière. Mais pas chez moi ! … »
    L’homme n’insista pas et s’en retourna d’où il venait. Et la marchande dans une dernière rafale lui lança :
     » C’est ça, ouais… bon vent ! »
    Se tournant vers une cliente, muette derrière d’énormes lunettes noires :

    « C’est un monde ça, on se tue à éradiquer le mauvais temps et voilà comment on est récompensés… Alors pour vous ma petite dame, j’ai un nouvel arrivage de soleil primeur, bien rond, bien jaune, je vous en mets combien ? »

  13. laurence noyer dit :

    La marchande des 4 saisons, un de ces 4 matins entendra ses 4 vérités, pendant la semaine des 4 jeudis

    La vérité c’est que le mauvais temps, ça n’existe pas!

    Ses clients l’adoraient, mais sur le marché pendant que les passants passent, est-ce que les marchands marchent?

    En ce premier jour de printemps, Margine qui va passer à table tua le temps qu’elle trouvait trop long pour en faire un temps mort.

  14. Sylvie dit :

    C’était une marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais, elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où elle décida de ne pas sortir son vieux chariot brinquebalant. A l’angle des deux rues où elle se tenait chaque mardi matin, il n’y avait aujourd’hui personne. La place était vide. Les clients tournaient en rond, dépités. Elle en avait assez de trier le bon du mauvais pour les autres. Pendant longtemps elle avait eu pitié des désoeuvrés, des mal lunés, des trop pressés du quartier. Elle avait été heureuse de voir mûrir un sourire sur leurs lèvres ou de voir briller dans leurs yeux des pépins de bonheur, devant la fraîcheur du printemps ou la saveur de l’été. Pour eux, elle avait sacrifié les fruits avariés et les légumes flétris. Les poires véreuses, c’était pour sa pomme. À force, elle en eut assez de vendre dans du papier doré le temps des cerises à des clients qui s’étaient mis à lui raconter leur vie, lui laissaient l’amende amère et lui prenaient le chou avec leurs salades.
    En ce début de printemps, elle laissa son vieux chariot à l’hiver. Une idée en elle avait germé, elle se fit plaisir : elle devint marchande d’oublies.

    ©Sylvie Wojcik

  15. Sabine dit :

    C’était une marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais, elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où, saison oblige, le chariot regorgea de fruits et légumes. Seulement, dans ce chariot, on se sentit vite à l’étroit.
    -Hé, les scaroles, poussez-vous un peu, vous nous faites de l’ombre, râlèrent les tomates.
    L’avocat ramena sa fraise :
    – Laissez-les tranquilles et plaignez-vous plutôt auprès de ces grandes asperges. Elles envahissent le chariot à elle seules.
    -Dis donc, l’avocaillon. Tu viens de quelle région, toi ? T’es pas d’ici, alors mêle-toi de tes oignons !
    Les oignons, qui n’avaient pas que du jus de navet dans les veines, s’insurgèrent :
    – Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce qu’ils ont, les oignons, tête de chou ?
    C’est à ce moment là que la conversation, ma foi déjà houleuse, partit en cacahuète. Les cerises et les patates s’échangèrent des marrons et des châtaignes ; les oranges prirent des coups dans le citron. Les pommes échangèrent des prunes avec les poires. Partout dans le chariot on rendait des fèves pour des pois. On vit alors débarquer les aubergines qui passaient par là pour flanquer des amendes aux chariots qui n’étaient par alignés en rangs d’oignons. Mais comme elles étaient beurrées comme des coings, la situation empira. On dut faire appel aux bœufs-carottes. Une grosse légume ordonna :
    – Les carottes sont cuites ! Tout le monde dans le panier à salade !
    Le chauffeur appuya sur le champignon et l’on vit s’éloigner la camionnette, secouée comme un prunier car le pugilat continuait à l’intérieur.
    La pauvre marchande de quatre saisons resta épleurée sur le trottoir, ignorée de ses plus fidèles clients désormais outrés du scandale.
    – C’est la fin des haricots, murmura-t-elle en mangeant les pissenlits par la racine.

    © Margine qui va passer à table

  16. Pascal Perrat dit :

    Pour Jean-Marc : Noir c’est noir, il me reste l’espoir, lala, lala ! (chanté par un dyslexique blanchi sous le couplet)

  17. ourcqs dit :

    C’était une marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais, elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de prin-temps où …
    elle changea de prin-cipe et présenta tous les Temps, selon son humeur et à la tête du client.
    Le présent, trop dans l’action, l’immédiateté des gens pressés
    L’impératif, à bannir, ras-le-bol des contraintes et obligations de tous ordres
    L’imparfait, mélancolie et regrets, spleen
    Le subjonctif présent ou imparfait, dénote un certain style précieux peut-être, mais tellement « classe »
    Le futur et ses projections dans un avenir plus ou moins utopique, que de châteaux en Espagne !
    Le conditionnel, avec des « si » tout change, un autre monde est possible, place à l’imaginaire
    Ses fidèles passants apprécièrent et découvrirent le plaisir de contre-temps, faire un pas de côté, et changer d’espace-temps.

  18. danielle 78 dit :

    C’était une marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais, elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où…encombrée par l’énorme tas de mauvais temps, elle se retrouva enfermée, prisonnière de tout ce qu’elle avait jugé bon de jeter. Ses gentils clients ne la voyant plus, allèrent faire leurs emplettes ailleurs sans plus se soucier de la marchande de bon temps. Sa déception fut grande et son bel optimisme fut ébranlé. Elle finit par s’intéresser à tout ce fatras qui l’emprisonnait. Elle se surprenait à découvrir du temps de chien, des frimas, des terres noyées, des vents violents, des sols gelés, des brouillards profonds, des ciels chargés et y décelait des couleurs, des odeurs, des sensations qui méritaient d’être appréciées. Elle comprenait peu à peu qu’il n’y a pas de lumière sans ombre. Ce printemps lui ouvrait le chemin de la complexité et de la tempérance. Un salutaire vent la poussait vers la sagesse.
    Danielle 78

  19. durand dit :

    C’était une marchande de 4 saisons qui ne vendait que du bon temps. Le mauvais, elle le jetait.

    Ses clients l’adoraient. Jusqu’au jour de printemps où elle ne vint pas.

    Certains piétinaient le sur place, retournaient leurs moufles. D’autres scrutaient leurs pieds, mâchonnaient leur poumon restant. Les ménagères de l’amour révisaient la recette du manqué, le seul gâteau familial.

    Un enfant, un vrai, pas une puce, pas un blondinet rosé, un ptit cochon d’homme s’avança: » Moi jsais où qu’elle la bite…parce que mon paire, il la baise souvent, par tous les temps »

    La foule quotidienne suivit l’enfant. La marchande de 4 saisons demeurait en bas. Ils descendirent donc.Mais elle logeait toujours plus bas. Ils dévalèrent d’autres ruelles. La vieille les entraînait vers le plus rampant des quartiers, celui où les pauvres collectionnent les reflets du soleil dans les canettes de bière.

    Et plus ils descendaient, plus la colère montait. Mais à force de dégringoler les marches, ils la fermèrent leur gueule. Même au fond du trou, même mort, on espère s’en sortir.

    Le petit, le malingre s’arrêta au bord du bas, là où tout ce qui ne s’écoule pas stagne.

    Une péniche tanguait lourdement. Le tango ce n’était pas son style.

    Ca débordait de partout! Les marrons d’automne, les verglas d’hiver, les caoutchoucs de l’été.

    Des cercueils de feuilles mortes montaient les effluves de vents claquemurés.
    D’une mer de glacis pointaient des perce neige, des darde soleil.
    De la boue du jour surnageaient quelques pétales.

    On tenta de pénétrer dans la cale. Mais la porte était bloqué. Le mauvais stocké par la marchande avait tout envahi. Yavait pas idée, non plus de se croire plus malin que le temps.

    Elle devait errer quelque part sur son lit, un grand panier d’oseille, comme si on pouvait échanger les récoltes naturelles contre du blé, triturer le prix des végétations, passer les nuages à l’essoreuse.

    Ceux qui avaient cru pouvoir mettre l’eau en fût, le vent en collier devraient se faire une saison.

    Il existait bien 4 raisons.

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