Au temps des lapins…

Quand j’avais une vingtaine d’années, la campagne vivait au rythme des lapins de garenne.
Ils surgissaient des fossés, des haies, des talus, comme des points-virgules bondissants dans le grand texte de la nature.
À peine les voyait-on qu’ils disparaissant déjà.
Ils vivaient nerveux, prêts à fuir au premier bruit.
Mais, un jour, la myxomatose les a exterminés.
Depuis, on n’en voit presque plus. Juste quelques survivants, ici ou là, comme des souvenirs à grandes oreilles.
Nos idées ressemblent beaucoup à ces lapins.
Pour prévenir ses congénères, un lapin de garenne tape de la patte arrière, ce qui provoque un bruit sec, net et audible à grande distance.
Contrairement aux lapins, tandis qu’on marche, rêve, ou ne pense à rien, nos idées jaillissent silencieusement et sans prévenir. À peine apparues, elles disparaissent déjà.
On voudrait les attraper, mais elles se faufilent dans les herbes de l’oubli. On court après, on tend la feuille d’un carnet, trop tard. Le terrier s’est refermé.
Entre notre cerveau et un clavier, c’est la même histoire qu’entre le promeneur et le lapin : il y a un décalage de vitesse.
Que ce soit sur un clavier ou sur un papier, nos doigts peinent à suivre nos pensées, elles filent si vite. D’où l’intérêt de dicter au lieu d’écrire.
De laisser sa voix sprinter comme le font nos idées. Elles se déversent, alors encore vivantes, encore tièdes de pensée.
Avec une dictée vocale, on laisse ses idées sortir au rythme du souffle. Parler devient écrire, écrire redevient penser tout haut.
Et, parfois, dans le micro du téléphone, on croit entendre le froissement léger d’un lapin qui repasse par là.
Quel repos pour les poignets, les épaules, les yeux !
La voix fait le travail, souple et patiente.
On peut marcher, rêver, inventer tout en dictant.
Le téléphone écoute, le texte s’écrit, et la pensée respire enfin.
La technologie, autrefois bègue et têtue, sait maintenant écouter.
Elle ponctue d’elle-même, comprend le sens, et ne trébuche plus sur les homonymes. Elle corrige aussi…
Parler devient écrire. Écrire redevient penser tout haut. Les idées enregistrées respirent à notre rythme.
Essayez, vous m’en direz des nouvelles.
Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

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LE LAPIN FURTIF
Le lapin furtif
J’irai le traquer
Jusque dans son terrier
Nous aurons un échange créatif
Nous parlerons de la nature
Afin qu’il dope mon écriture
C’est lui qui me donne la voie
Celle où il n’y a pas de voie.
😀👍
Je n’ai toujours pas le réflexe du dictaphone… parce que je n’aime pas ma voix. Cependant, mes lectures sont toujours accompagnées d’un carnet 📖, dans lequel je note un passage qui me plait, ou même, une idée qui jaillit de mon esprit, comme un lapin d’un buisson 🐰…
Malheureusement, suivant le lieu au moment où surgit une idée… si je n’ai rien sous la main pour la figer… il est vrai que bien souvent, elle m’échappe🤷♂️…
Merci pour ce joli texte bondissant et plein de souffle Pascal, je l’ai trouvé dynamisant dès le matin! Il me donne envie de me décarcasser à trouver des images qui ne sentent pas le cadavre d’animal comme le verbe que je viens d’utiliser, moi qui rêve d’être publiée un jour à la boucherie littéraire, toute végétarienne que je suis presque devenue 😉
c’est drôle Pascal parce que justement la nuit dernière une idée m’est venue pour le dernier exercice. J’ai pris mon téléphone, mais j’ai complètement oublié le dictaphone. J’ai pris la première chose qui me venait à l’esprit c’était le mail. Évidemment tout a disparu.
Parler devient écrire dis-tu ? Quand je lis les avis sur Google ou Facebook je dis accablée. Effectivement ils écrivent en phonétique. Hier dans une grande surface oùje cherchais quelque chose, une vendeuse me dit ‘Viendez avec moi ‘ je suis atterrée… 🐀
Peut-être que je me suis mal expliqué. Cet article, pour dire que, lorsqu’une idée survient, vous pouvez la noter très rapidement en la dictant oralement, beaucoup plus vite que si vous sortez un papier ou autre.
Tu sais Souris verte, la vendeuse était peut-être tout simplement une adepte de « viendez au Groland » (comme moi d’ailleurs!)
Dans cette série, le Groland, ou la Présipauté du Groland est un pays fictif où tout est burlesque et détourné… et dire « viendez » c’ est comme un code humoristique de reconnaissance entre amateurs de « Groland »…
Enfin moi je l’aurais reçu ainsi?
Quelle jolie et poétique métaphore pour illustrer le jaillissement des idées !
Vous nous proposez là cher Pascal une méthode que je trouve très intéressante. Elle conviendra assurément à tous ceux qui vont l’adopter.
Personnellement, si j’opérais de la sorte, mon esprit me poserait un beau et gros lapin.
M’installer devant la page blanche, accueillir le silence, fait que les idées surgissent, se bousculent parfois, mais arrivent à s’aligner, à s’ordonner. Pour prendre une métaphore, c’est un peu comme si l’eau d’un lac, agité par le vent, retrouvait peu à peu sa surface tranquille, et pouvait refléter toutes les images qui se mirent en lui.