27 réponses

  1. Françoise - Gare du Nord dit :

    Un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver. Bien vite, le ton devint amical, voire familier d’un côté, distant, voire glacial de l’autre

    – Salut, Papy. T’as pas un ou deux Euros ?
    – Mais vous êtes complètement leurré, jeune homme ! Soyez courtois
    – Juste deux Euros pour manger. Vous savez, ce n’est pas facile pour les jeunes, M’sieur, de faire son leurre. Deux Euros, ce n’est pas grand chose. Juste de quoi mettre un peu de leurre dans les épinards
    – Vous, les blancs-becs, vous voulez tout, le leurre et l’argent du leurre sans travailler
    – Mais je travaille Monsieur. Je suis créatif dans une agence de publicité.
    – Ah oui, ces espèces d’officines qui, l’été, promettent du soleil, l’absence de bouchons au péage des autoroutes, des plages propres, la mer toujours à marée haute, les soirées festives avec des filles faciles, la disparition de la cellulite et des kilos en trop. Je vous ai reconnu, vous êtes le leurre de l’été
    – Et vous Monsieur, que faisiez-vous au temps du plein emploi et de l’inflation maîtrisée?
    – Je dirigeais la Confédération Nationales des Offices de tourisme de Montagne
    – Ah oui, ces espèces de syndicats d’initiative qui promettent un enneigement maximal, pas de files d’attente aux remontées mécaniques, du vin chaud à la cannelle, de délicieuses fondues et raclettes… Je vous ai reconnu, vous êtes le leurre d’hiver
    – Hum ! Vous n’avez pas l’air bien malin, pas du genre à avoir inventé le fil à couper le leurre.
    – Et vous, vous aurez demain l’âge de compter pour du leurre pendant que je ferai mon leurre

    Dès cet instant, les deux leurres se mirent à battre le leurre

    Depuis, le premier se promène avec un œil au leurre noir tandis que l’aîné, habituellement toujours élégant, arbore en permanence l’air de se leurrer la biscotte

  2. baudinot dit :

    ‘’Mais moi, je croyais que, alors… “
    Quel régal d’entendre cette petite phrase sortir spontanément d’une bouche désabusée.
    On ne se rend pas compte, à quel point l’assemblage de ces vocables peut engendrer, j’ose le dire, une certaine jouissance. Tu comprendras cela un jour. Cela se mérite, il faut amener la circonstance, préparer le terrain. 
    Je t’explique, par exemple, l’hiver a été long, la froidure a persisté, donc, cela ferait du bien de sortir. Alors, mine de rien, je concocte mon petit jeu, une bonne farce et attrape où certains vont se faire prendre. Dès que possible, je profite d’une journée printanière, un petit matin pourvu d’une température un peu plus clémente. Pour faire bonne mesure, avec la complicité de quelques moineaux, j’ajoute des gazouillis primesautiers, afin de renforcer l’ambiance, puis pour couronner le tout, un petit rayon de soleil en prime. Hé bien, comme un seul homme, les voilà en promenade.
    Je les laisse s’aventurer patiemment. Dès qu’ils sont isolés, sans possibilité de se mettre à l’abri, je leur déverse une bonne giboulée. Des gouttes bien serrées, bien froides, limite grésil, et pourquoi pas un petit coup de vent du nord. Ils sont trempés, grelottants, dépités, je les ai bien eu !
    Commence alors un concert de “on n’aurais pas cru avec ce soleil ! ”, ou bien. “Mince, j’aurais pourtant juré que… ! “, “quelle poisse, on s’est fait avoir… ! ”, et je t’en passe bien d’autres. Là, tu maîtrises l’Art du Leurre. Ils y ont cru, tu as gagné. Là, d’un coup d’un seul, tu as réussi ta campagne de printemps. 
    Ainsi s’exprimait un leurre d’été devant un leurre d’hiver rencontré au gré du calendrier, d’un ton un peu goguenard, pour ne pas dire prétentieux. En guise de conclusion un ”Et vous ? ’’, sur le ton du moi, je maîtrise mon petit bonhomme, claqua, aussi sec qu’un point d’exclamation.
    Il est évident qu’une réponse s’imposait, d’autant que le leurre d’hiver avait lui aussi de l’expérience. Ce dernier, ayant le sang moins chaud que le leurre d’été, temporisa avant de répondre. Un petit laps de temps dans l’échange, permettant au premier de croire qu’il avait marqué des points, au second de préparer sa réplique.
    Bien sûr, commença le leurre d’hiver, vu comme cela. Mais le coup de la giboulée, je fais le même avec le jour de neige ensoleillée. ‘’La journée est si belle aujourd’hui, profitons en’’ disent-ils. Elle se poursuivra par une tempête de neige, divers propos exacerbés et d’éventuel ‘’on va geler sur place ! ‘’, “on est perdu ! ’’. C’est un classique.
    Moi, je préfère le coup du restaurant, mettant en évidence des représentations alléchantes de ses plats chauds issus du terroir en vitrine, mais, une fois installés, ’’désolé, on vient de servir le dernier’’ ou bien, ’’c’est uniquement au menu du soir’’. Cet autre leurre, je l’aime bien aussi. Le jour d’un bon frimas, le coup de froid qui surprend tout le monde et donne une envie irrésistible, et fonctionnelle, de disposer d’une doudoune douillette et joyeuse. Hé oui, mais le produit d’appel n’a rien à voir avec ce qui est disponible, etc. Cela dit, soyons honnête, pour une fois, le leurre n’est pas que climatique ou commercial.
    Dans un autre genre, j’ai imaginé celui de l’ingénieur qui est intarissable, à propos de ses projets. En réalité, il ne maîtrise qu’un verbiage ampoulé autour du chantier. Les investisseurs en sont pour leurs frais et surtout leurs espoirs. J’ai monté aussi, celui du créatif aux réalisations ultra médiatisées, attirant à lui un large public, mais dont la production se limite à faire croire et à cannibaliser des productions existantes, sans aucune valeur ni intérêt une fois la mode passée.
    La conversation dura tardivement, chacun présentant tour à tour, une bonne blague faite au détriment des autres, un attrape-nigaud. Au passage, le leurre d’été livra quelques-unes de ses bonnes pratiques, autrement dit, ses secrets. En tout cas, s’exclama ce denier, toujours en fanfaronnant, nous avons une réelle maîtrise de la situation à nous deux. Nous sommes tranquilles pour un moment.
    Le crois-tu vraiment, se mit à rire le leurre d’hiver ? Tu es démasqué, fini le leurre d’été, j’ai dévoilé, j’ai publié tous tes tours de mains. Ils sont prévenus maintenant. 
    Ha ! Mais, mais pourquoi ? Balbutia le leurre d’été tout en cherchant à comprendre ce qui se passait.
    Hé oui, c’est cuit pour toi, insista le leurre d’hiver. Regarde-moi bien. ; Regarde-moi vraiment bien, tu me crois être un leurre, en fait, je suis l’Heure d’hiver, en vrai, en personne. Dorénavant, il n’y aura plus de changement d’heure, plus de leurre, ce sera bien mieux, conclu l’heure d’hiver.

  3. Avoires dit :

    Comme chaque année, le rendez-vous avait été fixé fin octobre. Ils se retrouvaient rituellement, toujours étonnés de ce bouleversement, cette bizarrerie institutionnelle. Il leur avait fallu s’affranchir de leurs vieilles pratiques saisonnières avec lesquelles ils se fréquentaient depuis … la nuit des temps, pour se mettre aux leurres conventionnels. Fini les équinoxes et les solstices, ces mots-là n’existaient plus, sortis du vocabulaire, remplacés par des dates flottantes ! Fini donc aussi le renouveau printannier, l’automne flambloyant ! Il n’était plus question que de canicule, sécheresse, inondation, tempête, tsunami, tornade, typhon, incendie, glissement de terrain…
    Renvoyés aussi les 21 juin et 21 décembe, les beaux solstices, les symboliques équinoxes, les trois mois des quatre saisons, tout comme les heures qui, elles, étaient passé de vingt-quatre à …deux !
    Depuis près d’un demi- siècle, c’était un cinq à sept toute l’année. Naturellement, l’été durait plus longtemps que l’hiver. Pour compenser les canicules, son solstice commençait en mars et durait jusqu’aux sanglots longs de l’automne ! L’hiver, lui, s’il avait vu sa durée augmenter de deux mois, s’était adouci en entamant sa course plus tôt.
    Mais, ils s’aimaient ces deux-là, ces malmenés de la civilisation qui leur faisait jouer des rôles pour lesquels ils n’étaient pas faits. Ils étaient comme le Jour et la Nuit, le Soleil et la Lune, Nord et le Sud, le Ciel et la Terre… La Terre avec ses deux hémisphères, avec ses étés et hivers en alternance. Ils ne se quittaient jamais, s’inversant l’un l’autre dans une si élégante chorégraphie.

  4. Françoise Rousseaux dit :

    Cette année là, un leurre d’été rencontra un leurre d’hiver. Du coup, il se mit à neiger sur les feuillages mordorés de l’automne ; mais cela ne dura pas . La neige fondit, il faisait doux, si doux que les arbres indécis ne perdaient leurs feuilles que du bout des branches. Finalement, ils ne parvinrent pas à se dénuder complètement ; l’herbe continuait à pousser, des papillons batifolaient, les oiseaux gazouillaient et certains, paraît-il, construisaient des nids. Les grenouilles et les crapauds refusaient d’hiberner.
    Et puis tout à coup, un grand froid s’installa. Les arbres grelottaient, les oiseaux étaient muets, grenouilles et crapauds furent congelés dans les mares…
    Heureusement, début Janvier, le printemps arriva !
    – Ah bon, déjà ?
    – Eh bien oui, nos deux leurres s’amusaient toujours …
    – Mais toi, tu trouves ça amusant ?
    – Pas trop en fait, mais rassure-toi ce n’est qu’un conte.
    – Si tu le dis…

  5. Nouchka dit :

    Leurres

    « Un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver. » Racontez.

    Quatre musiciens préparent leur prochain concert. Ils se produiront dans l’enceinte de cette belle église moderne, à la charpente en forme de ruche, éclairée de mille bougies lors de cette prestation. Le programme est défini. Ce seront les Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi. Le quatuor à cordes sait qu’il va enchanter par la magie de la musique à la lueur des bougies.
    Albert au violoncelle réfléchit tout haut : « Et si nous donnions au public quelques indications comme l’a fait Vivaldi en associant sonnet poétique et partition ? C’était très innovant, il y a trois siècles, d’avoir le souci de rendre audible les différents éléments de sa composition comme le chien qui aboie, les vents violents, la complainte du villageois. On peut essayer avec l’Eté et l’Hiver ».
    Clara, violoniste développe : « Nous pourrions, en avant-propos, jouer en les nommant, des illustrations des chants d’oiseaux : coucou, tourterelle…, reconnaissables par tous ».
    Eve-Melody, altiste poursuit : « Pourquoi ne pas nous spécialiser ? Moi, par exemple, je pourrais jouer des instants plus lents, à l’atmosphère plus pesante comme le repos et le sommeil »
    Hans, plus réservé, souligne : « il ne faudrait pas qu’il y en ait trop, le public averti n’aime pas qu’on lui colle des indications qu’il préfère ressentir par lui-même ».
    Clara reprend : « Oui, bien sûr ! Moi, ce qui me subjugue le plus, c’est d’imaginer Vivaldi tentant de reproduire des sons, des vibrations existantes dans la nature. Ce sont des leurres. Des leurres faits de notes, de cadence, d’associations géniales. Dans l’Eté par exemple, la ritournelle introductive berce dans un flottement langoureux puis le chant du coucou retentit. Et puis, réussir à illustrer une saison moins sonore, comme l’Hiver, c’est fort ! L’allegro annonce les premières offensives de l’hiver ; le froid mordant s’insinue doucement, le sonnet dit : [Dans les neiges argentées, tremblants et gelés Par le souffle tranchant du vent glacé, On court et l’on frappe ses pieds contre le sol En claquant des dents, à cause du gel]. Les cordes entrent progressivement les unes après les autres, du grave vers l’aigu ».
    Eve-Melody : « c’est fou de prendre conscience de ce scenario dans toutes ses nuances. Cela donne envie de jouer de manière encore plus sensible pour que ces leurres, comme tu dis Clara, soient toujours plus différenciés et éclatants de réalité ».
    Après ces échanges et perceptions fines du monde de Vivaldi, le quatuor se sent prêt et impatient de partager toutes ces facettes de l’œuvre avec le public d’un soir. Leurres et réalité ne feront alors plus qu’un !

  6. Rose Marie Huguet dit :

    Le passage de flambeau n’allait pas tarder. Il le voyait dans le regard des gens, dans leur posture. Le soleil chauffait moins et moins longtemps. Il ne se rappelait même plus depuis combien d’années durait ce relais semestriel. Il croit se souvenir que ce n’était que provisoire, mais peut-être que son interprétation du mot provisoire n’est pas la bonne. Ça commençait à sérieusement l’agacer. Il en avait marre d’être un leurre de plus dans la vie des gens. Il était le leurre de l’été. Bientôt il allait croiser le leurre d’hiver.

    Ça y est, c’est le grand jour en pleine nuit. Au fil des années, nous avions pris des habitues. Nous nous retrouvions à mi-chemin entre les deux heures fatidiques, ce qui nous permettait d’échanger un peu.

    – Je te trouve démoralisé été, que se passe-t’il ?

    – Tu as raison, mais tu n’as pas l’air bien en forme non plus, hiver. Est-ce que comme moi, tu satures de ce relais illusionniste ?

    – Oui, il y de ça. Être un leurre me déplait et c’est fatiguant. Tout le monde en pâtit au nom de quoi ? Certes, il fut un temps où cette mesure a sans doute été nécessaire, mais maintenant ?

    – Je suis de ton avis. La nécessité a changé de camp très certainement. D’autres intérêts plus personnels ont dû naître et nous sommes les leurres de la farce.

    – Il me vient une idée. Et si nous leur donnions une bonne leçon ? On peut se mettre en grève et refuser toi de reculer et moi d’avancer.

    – Ce serait marrant, mais guère possible. Ils ont pris possession du temps, l’ont robotisé, enfermé dans des machines. Un clic sur une touche et ils nous font faire ce qu’ils veulent. Ils sont les marionnet’heures. Face à eux nous ne faisons pas le poids.

    – L’heure approche. D’ici peu certains vont se lever grincheux, d’autres ragaillardis. Nous, nous continuerons de tourner sans pouvoir nous détenir. Tu crois que le réchauffement climatique va stopper ce leurre ou bien l’empirer ? Tu me donneras ta réponse au printemps. D’ici là tourne bien !

  7. FANNY DUMOND dit :

    Furibond, Monsieur Hiver vêtu de sa canadienne, descend de son 4ᵉ étage pour dire deux mots à la locataire du 2ᵉ, Madame Été.

    – T’as pas encore fini de me piquer mon boulot, si tu continues je vais être au chômage !

    – Hein ! Quoi ! lui répond Mme Été se frottant les yeux et rajustant une bretelle de son bikini. Qu’est-ce que tu me chantes là, comme la cigale ? Tu ne sais pas encore que j’hiberne jusqu’au 21 juin !
    – C’est c’là, fous-toi de ma poire ! T’as pas remarqué qu’il fait 29 degrés aujourd’hui, un 23 février ?
    – C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité, s’époumone Mme Été. Tu te souviens pas que, toi aussi, tu m’as biqué mon job en couvrant de neige le sommet du Puy de Dôme le 16 juillet 1922 et qu’il faisait un froid de gueux dans toute la région ?

    Monsieur Printemps, le sémillant locataire du 1ᵉʳ étage, monte quatre à quatre la volée de marches, bientôt rejoint par Madame Automne du 3ᵉ, percluse de rhumatismes.

    – C’est quoi ce raffut ? On entend que vous et vous m’avez dérangé dans ma distribution de primevères. J’aurai jamais fini pour le 21 mars.

    – Et moi alors, comme chaque année, j’étais occupée à défroisser et à repeindre en vert les feuilles mortes, pour soulager la tâche de monsieur Printemps, s’offusque madame Automne.

    – Ah bon ! s’étonne M. Hiver. Je ne savais pas que tu faisais dans le recyclage, tu te foules pas trop. Ah, cette jeunesse !

    – Tu ne sais pas que rien ne se perd et que tout se transforme. Tu penses que je n’ai que ça à faire, à produire des feuilles à la chaîne. C’est moi qui travaille le plus tous les ans pour l’éveil de la nature. Été se prélasse, Automne attend un coup de vent et toi Hiver, tu t’engourdis. Et puis, madame Automne et moi on s’entend bien, on ne se chamaille pas pour des histoires de températures parce qu’on a les mêmes.

    – Ouais, bon, la ferme, vous trois ! s’égosille madame Été, pressée de se prélasser. Depuis le temps, vous n’avez pas encore compris que le calendrier est un leurre et qu’il n’y a plus de saison, comme ils disent les Terriens.

  8. iris79 dit :

    Un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver.
    Et ils se rencontrent comme d’habitude au cœur de la nuit noire du dernier week-end d’octobre. Le monde est endormi et ils devisent sur leur année passée et à venir. Ils se passent la main une fois encore avec beaucoup de solennité. Ils aiment ce rendez-vous annuel niché au cœur de ce moment fugace. Ils n’ont que quelques heures pour échanger et pourtant ce moment revêt une importance capitale pour eux. Leur amitié indéfectible se cimente chaque année en ces instants où plus, ni l’un ni l’autre n’a d’importance. Seul compte l’instant présent ou s’exprime totalement leur fraternité. Ils sont bien conscients depuis longtemps de ne plus être les chefs d’orchestre du monde, adorés par certains, honnis par d’autres. Mais en cette nuit, plus rien ne compte, seules les retrouvailles et leurs échanges de vieux amis que l’on voudrait ennemis éclairent le monde. Enfermé dans leur mission respective, personne ne sait qu’en cette nuit profonde, persiste et s’exprime une solide amitié qu’ils ont baptisé « leurre d’automne ».

  9. Gilaber dit :

    Un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver…

    D’ordinaire, lorsque l’un arrive, l’autre ne le voit pas. Ce n’est pas faute d’envie — simplement, leurs règnes ne se croisent jamais. Pourtant, cette année-là, Leurre d’été décida de jouer un tour à son compère. En cette année de canicule, alors qu’il jouait les prolongations, profitant de sa lenteur pour disparaître, il simula son départ, rangea ses cigales dans un tiroir de lumière aux fragrances de garigue et se glissa sous un chêne, là où la terre garde encore la mémoire de la chaleur. Il voulait le voir, ce rival blanc et silencieux qu’on disait maître des apparences. Leurre d’été avait une idée derrière le soleil : comparer son art de l’illusion avec Leurre d’hiver. Bouillonnant d’impatience, il attendait l’arrivée de son remplaçant, retenant son souffle, dissimulant sa chaleur dans le repli d’un brin d’herbe.

    Enveloppé dans un manteau de brume, leurre d’hiver parut un matin cotonneux, emportant dans son sillage des haleines d’aube et des éclats givrés. À son passage l’air se figeait, les feuilles se ratatinaient comme pour lui céder le passage. Il s’arrêta net devant le chêne : une odeur de soleil persistait, douce et suspecte. Il s’étonna de trouver à son pied, un rayon d’or persistant :
    — Voilà qui n’est pas de saison, murmura-t-il. Qui se cache ici, hors de son temps ? gronda-t-il.
    — Un songe en retard ou peut-être un leurre en avance. On dit que ton règne approche, et pourtant, rien ne t’empêche de te perdre un peu dans le mien, répondit l’autre d’une voix tiède.

    Alors les deux leurres se toisèrent, fascinés. L’un souffla des mirages d’eau, l’autre lança des poussières de givre ; la clairière se mit à scintiller d’un éclat nouveau — ni chaud ni froid, ni vrai ni faux ; offrant un théâtre de reflets contraires. Sous leurs sortilèges opposés, le monde chancela. Il s’était figé dans une constellation d’éclats de diamants qui luisaient sous le pâle soleil du leurre d’hiver. Saisies par le froid, même les ailes des papillons se cristallisaient… le chant des oiseaux avait une résonance métallique. Dans le lointain, l’écho d’un aboiement glissait sur la cime des arbres avant de se briser comme de la glace. La neige se mettait à fondre avant de toucher le sol, et le vent, pris de vertige, ne savait plus d’où venir ni où aller, désorienté, il tournoyait comme un enfant perdu.

    Les ruisseaux hésitèrent entre chant et silence. Jamais le monde n’avait vu pareille confusion : l’été croyait en l’hiver, l’hiver se rêvait en été, et les deux leurres, fascinés par leurs propres jeux, oubliaient qu’ils n’étaient que cela — des leurres, des saisons en trompe-l’œil.

    Alors le vieux chêne, témoin des siècles, murmura :
    — Cessez vos jeux d’illusions folles, ou vous déchirerez le temps, ce qui entrainera la perte des repères élémentaires et le désordre du monde en découlera. Vous n’êtes que la triste représentation des leurres que vous incarnez…

    Les mots du vieux chêne tombaient comme une sagesse terrestre… charnelle. Prenant soudainement conscience qu’ils pourraient être à l’origine d’un dérèglement climatique, les leurres s’arrêtèrent, confus, et comprirent qu’ils n’existaient qu’à la condition de se succéder dans la splendeur de leurs sens. C’est dans ce moment de quiétude que le jour bascula, le chêne soupira, l’illusion se déchira comme un voile trop tendu.

    Alors, dans un dernier éclat de rire, les deux leurres s’effacèrent l’un dans l’autre, laissant derrière eux un parfum indéfinissable — ni chaud ni froid — juste cette trace suspendue, semblable à l’équinoxe.

    Depuis, dit-on, il arrive que le ciel se trompe d’humeur, qu’une fleur s’ouvre au cœur de janvier ou qu’un flocon ose tomber sur un champ de blé — souvenir du jour où les leurres d’été et d’hiver, las d’attendre leur tour, décidèrent de se rencontrer et de s’aimer sans se toucher.

    • Gilaber dit :

      Oups ! « le chant des oiseaux avait une résonance métallique. » Il y a certainement d’autres coquilles qui m’ont échappé…

    • Béatrice Dassonville dit :

      Voilà un conte doux et poétique, où les leurres, encore inconscients d’eux-mêmes, jouent comme deux enfants « dans un théâtre de reflets contraires ».

      J’ai particulièrement aimé la richesse des images :
      « Le leurre d’été rangeait ses cigales dans un tiroir de lumière aux fragrances de garrigue »,
      « Le vent désorienté tournoyait comme un enfant perdu »,
      ou encore « Les ruisseaux hésitaient entre chant et silence ».

      Merci, Gilaber, pour ce récit à la fois inspiré et inspirant, où, à travers la voix du vieux chêne, la sagesse et le bon sens triomphent de l’illusion.

      La chute est émouvante : au-delà d’elle, quelque chose d’éphémère, mais de vrai, s’est joué — l’amour. 🙂

  10. ourcqs dit :

    Un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver, un rêve ???

    Manipuler le temps, avancer la fin du jour, escamoter levers et couchers du soleil , quel pouvoir !
    Dormir une heure de plus, ou moins ,
    Entraîner des déçussions infinies , quel est le meilleur leurre ?? Le plus subtil, discret, le moins traumatisant ??
    Les arguments ubuesques se multiplient,
    Qui leurre qui ??

    Rêve de Méliès ..

  11. Béatrice Dassonville dit :

    Que l’un avance et que l’autre recule : cela forme un vrai pas de danse.
    Le leurre d’été et le leurre d’hiver ne se marchaient pas sur les pieds, bien au contraire.
    Ils connaissaient la musique. Leur partition était la même : celle de tromper.
    Et pourtant, ils se sentaient à leur place, dans ce monde où le mensonge est roi.
    Un monde où les valeurs s’inversent,
    où la justice ne sait plus se rendre,
    où le laid supplante le beau.
    Où nos démocraties se déguisent en oligarchies,
    où les élites survolent la planète en jet privé pour sauver le climat.
    Où le cas particulier devient idéologie,
    et quiconque nomme les choses se voit accusé de vouloir fâcher.
    Où le virtuel efface peu à peu le vivant,
    la présence, la chair, le lien.
    Où le Titanic coule — et les passagers dansent encore sur le pont.

  12. RENATA dit :

    Cette année , Leurre d’été , ayant bien pipé ,
    se trouva fort ennuyé quand Leurre d’hiver fut arrivé .
    Plus un seul touriste à appâter sur les plages ensablées .
    Ses illusions remballées , il pria Leurre d’hiver de lui laisser encore quelques couillons à tromper .
    Leurre d’hiver n’est pas dupe , il connait l’imposteur depuis des années :
    « – l’hiver est mon heure .
    A moi la location feinte , le restau attrape-nigauds et le mirage des pistes enneigées .
    Cette année sera mon Leurre .
    Qu’as-tu fais , toi , de tout l’été ?
    – Nuit et jour , à tout venant , je simulais , ne te déplaise .
    – Tu simulais , j’en suis fort aise ! et bien prends ton pied maintenant . »

  13. CATHERINE M.S dit :

    Un leurre d’été
    S’en allait tout dépité
    Ecoeuré
    Sous des trombes d’eau
    Vêtu d’un simple maillot
    Pas rigolo !
    « Drôle » de scénario
    Le cœur en lambeaux
    Ses sanglots
    Se mêlaient à la pluie
    Temps maudit
    Quel gâchis !
    Il n’avait qu’une envie
    Passer de vie à trépas
    Oh là là…

    Mais sur son chemin il rencontra
    Un leurre d’hiver
    Pas très clair
    Il transpirait sous son manteau
    Son écharpe et son chapeau
    Ne cessait de maugréer
    Et de pester
    Contre un climat détraqué
    Ces deux-là étaient faits
    Pour se rencontrer
    C’est d’ailleurs ce qui est arrivé
    Les deux leurres se sont d’abord dévisagés
    Puis reconnus
    Dans un temps suspendu
    Ni chaud ni froid
    Ainsi lestés de leur désarroi
    Ils se sont vite abandonnés
    A leurs doux émois.

  14. mijoroy dit :

    Un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver.
    — Quelle heure est-il ? demande l’été.
    — Vu l’ampleur du panel, heurt ou l’heure? répond l’hiver.
    Ils se heurtent légèrement.
    — Vous êtes un vrai leurre, dit l’été.
    — Moi ? Non, je ne leurre personne, répond l’hiver.
    — Ah bon ? Pourtant vous m’avez trompé d’un coup de vent.
    — C’est l’effet que ça fait quand on rencontre quelqu’un… qui ressemble à un leurre.
    L’été s’arrête, sérieux.
    — Au fait… quelle est la capitale de l’Eure ?
    — Heu… Eure-ka ? non… Euh… Pardon, je réfléchis trop.
    — Cesser d’être un cancre las ! répond l’été.
    — Au moins, moi, je ne suis pas un cancrelat, sorti de l’anonymat.
    — Ah ? Vous n’avez pas l’heur d’avoir cette chance ?
    Leurre d’été éternue, leurre d’hiver tousse.
    —C’est contagieux ? demande l’été
    —Pas plus que leurs aboyeurs, ces emmerdeurs qui avancent ou reculent d’heure, répond l’hiver.
    — Peu importe le quart d’heure tant qu’l’beure coule sans heurt sur les kouignamanns.
    Ils repartent en zigzag, persuadés que la journée est pleine de leurres… et de malentendus.

  15. Nadine de Bernardy dit :

    Salut leurre d’été, tu connais la nouvelle ? Il parait que leurre d’hiver est mort
    A zut, comment est ce arrivé ?
    Il aurait reçu un coup de froid
    Bigre, et qui a fait ça ?
    On n’a pas encore trouvé le coupable mais il va lui falloir un remplaçant
    En tant que son cousin germain, je me vois bien prendre la succession
    Oui pourquoi pas, tu es assez doué pour leurrer ton monde
    Certes. Il va falloir organiser un referendum, je compte sur ton appui
    Ma foi pourquoi pas, mais ne te leurre pas trop quand même, tu n’as pas que des amis parmi nous.

  16. Antonio dit :

    — Salut toi ! T’aurais pas l’heure des fois ?

    — À mon baromètre, il est toujours octobre, mais je retarde d’un mois.

    — Comme c’est curieux ! Moi, c’est justement l’inverse, j’avance et je me crois en décembre. J’ai sorti les premiers frimas et je ne vais pas tarder à livrer la neige, si ça continue.

    — Moi, ils me gavent avec ces changements d’horaires. Tourner avec les quatre saisons, ça perturbe mon cycle tri-menstruel. Y a plus de règle, je suis perdue. Alors tant pis, si j’ai des bouffées de chaleur et que le temps soit à l’orage. Faut pas me faire chier, en ce moment !

    — Je te comprends. Tu crois que c’est les effets de la ménopause ?

    — Mon non, imbécile, c’est ce foutu changement de climat qu’on nous impose ! T’as vu l’atmosphère au boulot ? C’est pas des conditions de travail, ça ! Ils nous usent jusqu’à nous mettre en saison de retraite.

    — T’as raison, on ne va pas se laisser faire. Réglons nos baromètres à mars et mobilisons le printemps. Il me reste des giboulées, ils vont voir ce qu’ils vont voir !

    — Oui ! On va défiler avec jusqu’à mai et crois-moi, le roi soleil se souviendra de cette révolution planétaire !

  17. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver —

    — L’autre jour, j’ai voulu changer d’heure, je me suis trompé. Au lieu de retarder, j’ai avancé d’une heure.
    — Ah bon ! Il était quelle heure ?
    — Attends… Je crois bien qu’on était encore en heure d’été.
    — On n’était pas en heure d’été, au mois d’octobre on est est en automne.
    — Ouais, d’accord ! Ne jouons pas avec les mots. C’est une façon de parler.
    — Je ne crois pas que ce soit si anodin que ça. Parce que si tu réfléchis, pour avancer en heure d’hiver, on te fait reculer d’une heure. C’est un peu déboussolant, n’est-ce pas ! Ca bouge ton rythme circadien. C’est anti-productif, ça ne sert à rien qu’à semer un peu plus de désordre.
    — Moi, ça ne me gêne pas. J’ai gardé mon réveille à aiguilles, et je me suis demandé si je reculais les aiguilles de 2 mois, je pourrais pas me retrouver au mois d’août. J’ai essayé, mais ça m’a pris 2 heures. Du coup, je me suis mis en retard. Le patron, il n’était pas content. Je lui ai fait un petit signe en lui montrant ma montre. « Changement d’horaire, que je lui ai dit. Du coup, il m’a retiré 2 heures.
    — Ah ! Ah ! C’est pas bête ce que tu dis, mais ça ne peut pas marcher.
    — Pourquoi pas ?
    — On ne peut pas reculer le temps. On te fait cadeau d’une heure sur ton temps libre sur une seule journée pour t’inciter à travailler plus.Pour être rentable, soi-disant. Mais tout le monde sait que ça ne sert à rien.
    — Bin, pourquoi on le fait ?
    — Pour suivre le mouvement comme des moutons.
    — A propos de moutons, les vaches, on ne leur a pas demandé leur avis. Si elles pouvaient parler, on les respecterait plus. Comme elles ruminent, un jour, elles vont changer tout ça.
    — C’est vrai que c’est absurde ce changement d’horaire. Au fait, de qui ça vient ?
    — Giscard ! Mais il a repris une idée de Benjamin Franklin avant la Révolution Française, soi-disant pour économiser des bouts de chandelles.
    — D’où l’expression !
    — Sûrement !
    — Ah bon ! Ca remonte si loin ! Et qu’est-ce qu’il faisait en France ?
    — Il venait vendre ses paratonnerres. Mais pas que ! A mon humble avis, il a joué un rôle important dans la Révolution Française.
    — Ah bon ! Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
    — Bah ! Histoire de s’immiscer dans la vie privée des gens. Ceux des bureaux mettent des ficelles sur ceux qui travaillent. On leur fait croire que c’est dans leur intérêt. En réalité, c’est un moyen d’apparence anodine pour mettre la pression. Ils ont pensé à tout. Même aux quatre saisons pour te bercer quand tu leur téléphone.
    — Tu crois que ça a un rapport avec le changement d’horaire ?
    — Le hasard n’existe pas.

  18. 🐻 Luron'Ours dit :

    LEURRE D’HIVER NOSTALGIQUE
    Ça y est, il neige sur isola…, c’est l’hiver.
    Sur la côte, ici, c’est grands beaux temps. Néanmoins, il faut se vêtir. Si tu vas là-haut, avec ton auto, n’oublie pas de changer tes pneus ! Prévois des chaussettes pour rouler sur la chaussée glacée. Mais qu’est-ce que tu m’armottes ? Des intrépides s’entraînent, les uns vont plonger nus dans la Méditerranée, les autres faire du hors piste en station quitte a déclencher une avalanche.
    Oh pôvre ! Pourquoi défier, témeraires, l’heure d’hiver? Et que faisiez-vous, aux temps chauds ? Un glaçon dans le verre, une serviette sur les épaules, vous vous plaigniiez. Eh bien danser désormais après le vin chaud… moi, je me terre sous la couette, j’invoque un comptable capable d’économie de bouts de chandelles, de votes a dix huit ans en somme un révolutionnaire qui, parfoi, rentrait à l’heure des poubelles quand Paris valait une messe.🐻

  19. Jean Marc Durand dit :

    Mon leurre d’été, dit-il, c’est d’abord de leur faire croire que les journées sont plus longues, le temps de vivre plus doux et que le soleil brille pour tout le monde. Et puis de les voir s’entasser sur les autocroûtes des vacances, s’embouteiller sur les plages, à expédier d’éternels messages à la mer. Regarder couler le sable dans sa main, croire freiner la vie qui coule. Barboter de sa crevette entre deux châteaux espagnols. Croquer dans le chorizo de l’exotique. Choisir sa future bière, allongé sur les probables crabes, là-bas, sous l’horizon brumeux.

    Et beh….foutu catalogue ! Moi, dit le leurre d’hiver, c’est plutôt de les convaincre que les jours leur paraissant plus courts sont effectivement beaucoup plus intenses. Qu’il est préférable de glisser sur une plaque de verglas que sur une merde canine. Qu’il est toujours héroïque d’éviter la chute, de garder l’équilibre pour choisir la bonne paire de chaussures de ski. Que le télésiège, c’est vachement excitant. Et que les pneus à clous c’est se croire gendarme du goudron de l’existence. Que les neiges ne sont pas éternelles, pas plus que les glaces italiennes. Et que finalement, tout cela aura un goût de sapin, non ?

    Avec tout ça, remarqua le leurre d’été, c’est le leurre de printemps qui se la coule douce, avec ses bourgeons d’écriture, ses pensées violettées, et j’en passe.

    Pas mieux avec le leurre d’automne, lui rétorqua le leurre d’hiver. Avec toutes ces feuilles virerévoltantes, impossibles à attraper, et que personne ne lira.

    Bon allez, on arrête là, collègue, c’est leurre de refaire le monde, c’est leurre de l’apéro

  20. 🐀Souris verte dit :

    Une mauvaise rencontre… jour nuit en clin d’œil. Un réveil nuit.
    Jour tard nuit tôt sans surprise. Froid toujours là. Désorienté comme mon chien réglé comme une pendule… manipulation des appétits, même là dessus on perd la main.🐁

  21. Nicolas Thebault dit :

    On raconte que dans un village lointain, où la population vit heureuse et en harmonie, vivent deux leurres.

    Le premier est un leurre d’été.

    Toujours habillé de couleurs flamboyantes, rouge vermillon, jaune fluo, ou bleu lagon. il brille en société. Il est léger, vif, joueur, comme son parfum envoûtant. Toujours le mot pour rire, Il danse dans les rues, comme tourbillonne un éclat de rire, faisant miroiter l’illusion de la vie et de l’amour. Les femmes ne le prennent jamais vraiment au sérieux, mais toutes se laissent distraire un instant par lui, comme on suit du regard un cerf-volant avant de reprendre sa route.

    Le second était un leurre d’hiver.

    Silencieux, discret, revêtu d’argent sombre et de gris brume. Son poids légèrement excessif le fait marcher voûté. Il avance lentement, comme s’il tirait derrière lui tout le poids de son passé. Les filles du village ne le craignent pas, elles le respectent pour sa discrétion et le prennent même en affection. Leur instinct maternel leur donne envie de le protéger. Il est si froid, comme la neige, qui n’est jamais tout à fait innocente.

    Un jour, par erreur de programmation, on les trouva réunit tous les deux ensemble.

    — Que cherches-tu ? demanda le leurre d’hiver, avec sa voix lente, presque méditative.

    — Je cherche à être vu, répondit le leurre d’été. Je veux faire naître un éclat, une envie, un mouvement. Et toi ?

    Le leurre d’hiver resta un instant silencieux.

    — Je cherche à être cru, à ce qu’on me regarde assez longtemps pour oublier que je suis faux.

    L’été rit, doux comme un rayon de soleil traversant une feuille.

    — Alors nous sommes pareils, dit-il. Toi, tu séduis par le doute. Moi, je séduis par l’évidence.

    Leur réunion devint une chose étrange : Une lumière chaude qui attirait et une ombre froide qui retenait. Ils avaient été engagés, l’un et l’autre, pour enseigner aux jeunes femmes les deux leurres masculins. “Dégoûter par les extrêmes”, voilà le but visé par cette comédie. Les deux acteurs viennent de villages voisins, mais ne se sont jamais rencontrés, jusqu’à ce beau jour de printemps.

    Ils n’étaient plus des armes.Ils devinrent compagnons. Le leurre d’été apprit la patience. Le leurre d’hiver apprit la joie. Et ensemble, ils scintillèrent doucement, comme deux petites vérités tranquilles :

    Rien n’est plus vivant que deux leurres qui se savent leurres et qui choisissent enfin, ensemble, de ne plus tromper personne.

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