795e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

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Ces craquements s’éternisaient. Et ils commençaient à s’étendre aux animaux, et maintenant aux forêts, montagnes… et volcans.
Ils étaient horriblement bruyants. Un vacarme assourdissant, effroyable et gigantesque qu’on entendait dans tout l’univers.
À longueur de la journée et de la nuit, avec des échos monstrueux se répercutant dans le vaste espace interplanétaire et galactique
Pour cette raison, la lune et les étoiles en avaient marre. Ces craquements de la Terre ils n’en voulaient plus. La lune avait même envisagé de déménager, de quitter à jamais son lieu habituel, tant le tintamarre des craquements trépidants et sempiternels l’incommodaient.
Et puis un jour, comme par magie, une échelle, une longue échelle, fut suspendue entre le ciel et la Terre. Avec un gosse qui montait cette échelle à toute allure.
L’enfant d’un savant un peu fou, dénommé Kracatoès.
C’est justement ce monsieur qui venait de découvrir la solution, la potion magique pour éradiquer les craquements sévissant sur la planète bleue.
Oui, oui, les premiers essais avaient été concluants.
Et cet enfant, sur cette échelle, allait dire à l’ensemble de l’univers que les craquements dans très peu de temps n’existeraient plus. Qu’en conséquence les bruits percutants et dérangeants qu’ils provoquaient disparaîtraient aussi.
L’univers allait donc retrouver son calme olympien et son silence incomparable.
Merci M. Kracatoès pour votre découverte !
Vous êtes le bienfaiteur de l’humanité !
Merci également à ce garçon, fils de son papa, d’avoir annoncé à tout l’univers la bonne nouvelle !
Plus de craquements et surtout de bruit dans l’immense ciel ! Le retour de la joie et du bonheur sur terre et dans les airs.
Puis un jour et plusieurs décennies après, un papy assez affolé demanda à son petit-fils :
– Entends-tu ces craquements on dirait que ça recommence ?
– Eh ! Papy c’est quoi qui recommence ?
Ces craquements ils doivent certainement provenir du grenier de ta grande maison et de sa charpente en bois.
Je le sais, j’y suis allé à l’instant dans le grenier.
C’est Mamie qui m’a dit d’y aller.
Comme elle me l’a indiqué, j’ai vu qu’il y a une ribambelle de cartons remplis de livres. D’ailleurs j’en ai pris quelques uns pour les lire pendant ces vacances d’été.
– Oui dit l’homme je suis un grand lecteur et j’ai lu la plupart de ces livres, surtout à cette époque des « Craquements ».
L’enfant semblant ne pas comprendre ce que disait le vieil homme, il dit de nouveau :
– Papy ça a dû craquer au niveau du plancher du grenier. Avec le temps il vieillit et forcément il y a quelquefois des craquements.
Le vieil homme regarda tendrement l’enfant et dit :
– Oui fiston c’est cela, c’est bien le grenier qui craque ! Il se fait vieux comme moi !
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Au moindre mouvement, tout individu émettait des craquements. Les vieillards se réjouissaient ; enfin, ils n’étaient plus les seuls à émettre ces bruits insolites. Les jeunes enfants s’en amusaient ; ils craquaient de concert dans la cour de récréation.
Pour les adultes, c’était plus difficile ; pour ne pas gêner les voisins, chacun craquait dans son coin. En public, les gestes devinrent minimalistes. Les réunions professionnelles, les cours des enseignants, les déambulations en ville… beaucoup d’activités devinrent le lieu de stratégies de plus en plus élaborées pour minimiser et assourdir les bruits provoqués.
Ce jour là, lors du déjeuner dominical, Magali avait ressenti sa saturation « j’en ai marre de côtoyer des statues ». Elle n’en pouvait plus et refusait de se scléroser. Sur le chemin de son domicile, elle se mit à danser sur le trottoir provoquant un bruit de castagnettes. Les passants, d’abord interloqués, finirent par se joindre à elle. Une vidéo postée sur YouTube créa le buzz.
Personne n’eut plus de gêne à craquer. Des cours de Crack Danse fleurirent afin de perfectionner la rythmique. Le monde devint plus joyeux, plus léger. Les recherches médicales entamées pour vaincre cette maladie furent abandonnées et les personnes âgées célébrées pour avoir ouvert la voie de ce drôle de phénomène.
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Au moindre mouvement, tout individu émettait des craquements. Pour ne pas gêner le voisin, on craquait dans son coin.
« O vieillesse ennemie ! » Clac, crac,… la crackthrose s’exprime
Les genoux, les épaules, les mains…
Les bruits se disputent à la douleur
La musique des osselets peut démarrer le matin et se poursuivre la journée ou rien pendant des jours
Tout ce petit monde vit en bonne cohabitation
Mais, comment faire pour ne pas se faire entendre ?
C’est alors que ce corps se met à trembloter, de plus en plus fort
Tel un squelette que l’on active avec une ficelle
Imaginez le son « musical »
Et voilà que tout s’écroule provoquant un bruit diabolique
Comment craquez dans son coin
Le drame s’étendait partout, chacun avait honte de son craquement et le cachait au mieux. Je ne peux pas parler de l’espèce humaine, je ne peux parler que de mon pays devenu neurasthénique. Qu’allait-on devenir ? Comment gérer cette épidémie ? Même les laboratoires pharmaceutiques baissaient les bras. De toute façon, avec tous ces craquements à dissimuler, les scientifiques rencontraient trop de difficultés pour se concentrer. Mon pays s’enfonçait de jour en jour dans l’impuissance, le misérabilisme.
Or, dans les pires cas, une lueur d’espoir peut naître. Et pour mon pays, cette lueur se nomma : synesthésie. Comme on le sait, la synesthésie se manifeste de façons très différentes. Ici, pour la plupart des synesthèses, ce craquement se transformait en couleurs, ou en sons et parfois en couleurs qui engendraient des notes de musique.
Au début, personne n’osait parler de ce phénomène de peur d’être considéré comme un affabulateur. Il fallut une erreur de manipulation de téléphone portable pour que l’information se propage involontairement, mais bénéfiquement puisque cela généra des connexions de toutes parts. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest des personnes se manifestaient informant au plus grand nombre ces bienfaits. Si bien que petit à petit on se mit à vivre sans se cacher. De nouvelles peintures virent le jour ainsi qu’une nouvelle musique. On créa même des formations en synesthésie. Ce n’était plus l’apanage de certains, tous pouvaient l’atteindre. La Crackthrose avait développé une immense vague de créativité.
Le pays devint coloré et musical.
Dans la famille CRACKDEPARTOUT, je demande Germaine, la grand-mère qui exaspère la maisonnée à force de faire craquer ses cervicales quand elle dodeline de la tête à longueur de journée, assise dans son rocking-chair qui craque tout autant qu’elle sur le parquet. Sa bru lui ayant fait comprendre que c’est grâce à sa grande bonté d’âme qu’elle la garde chez elle, la mémé s’est repliée dans sa chambre dans laquelle elle craque tout à son aise.
Je demande le grand-père Claude qui porte bien son prénom, et qui s’est réfugié dans sa cabane au fond du jardin pour y lire ses revues de jardinage, de bricolage et de pêche. Sa famille se fichait pas mal de son mal à son foutu genou ; elle ne supportait plus ces « cracs-cracs » dès qu’il faisait un pas.
Je demande le père, Louis, qui s’absente de la maison non pas parce qu’il en a soupé de ces sons irritants, mais parce qu’il a craqué pour la voisine d’en face, propriétaire d’une tondeuse à gazon qui donne des signes de tachycardie : elle hoquète et sa lame fait « cric-crac » dès qu’elle fait trois tours de pissenlits.
Je demande la mère au foyer, Cindy qui reste dans sa cuisine parce que ses nerfs de Cendrillon craquent de toutes parts, à tel point que même son Mistigri, effrayé, l’abandonne quand elle décortique des crevettes.
Je demande le fils, Johan qui a cette manie de faire craquer ses doigts dès qu’il bute sur un exercice de maths ou de français, et qui déambule dans la maison pour faire rentrer dans sa cervelle les tables de multiplication et les incompréhensibles fables de Jean de La Fontaine. Pour ficher la paix à sa famille, du matin au soir, il traîne avec ses potes à refaire le monde sur la place de la fontaine.
Je demande la fille Pauline, étalée dans son lit, qui fait craquer son forfait téléphonique à chatter avec ses copines pour dire : « Ça va toi ? — Oui, ça va, et toi ? — Oui, ça va, et toi ? », ou pour scroller sur les réseaux sociaux afin d’écouter les conseils d’influenceuses qui lui apprennent à vivre dans le meilleur des mondes.
Dans la famille…, je demande…
Bravo Fanny, j’ai craqué à votre récit qui, d’une manière très originale, interpelle chaque occupant du foyer, comme on le ferait dans un tribunal, pour témoigner. 🙂
Merci beaucoup Béatrice. Je suis hors sujet, mais comme je me suis bien amusée à l’écrire, j’ai osé l’envoyer. Chez Pascal, nous ne craquons pas chacun dans son coin Je vous souhaite une toute belle semaine. Fanny
Ce chemin de traverse est au contraire très intéressant. Il me semble aligné sur la proposition de Pascal. La crackthose peut revêtir plusieurs formes imaginatives.
La Crackthrose avait progressé. Désormais, on ne parlait plus de maladie, mais de registre.
Chaque individu possédait sa tessiture articulaire.
Les adolescents faisaient surtout dans le clic-clac nerveux, en organisant des duels sonores de phalanges.
Les quadragénaires, dans le cloc amorti, souvent suivi d’un ouille ou d’un aïe.
Les anciens, eux, produisaient un crrrrac ample, qui ressemblait déjà à un râle.
Les applications mobiles classaient les sons. On pouvait télécharger des filtres :
— « Craquement vintage »
— « Fissure chaude et boisée »
— « Genou stéréo »
Mais c’est à six pieds sous terre que l’expertise était la plus redoutable.
Sous les guirlandes et les fleurs orange de la fête « de los muertos », les squelettes s’organisaient en jury,non pas de « THE VOICE » mais « THE BRUITHROSE »
Ils avaient formé un conservatoire.
Les osselets de l’oreille interne — marteau, enclume, étrier — s’étaient autoproclamés experts d’oreille absolue. Bien sûr leur cartilage avait été boulotté par les asticots, en silence, depuis des décennies, mais ils avaient les esgourdes toujours aussi affûtées.
— Ça, c’est un coude mal engagé, déclara le Marteau.
— Non, protesta l’Enclume, c’est un poignet qui hésite.
— Silence, fit l’Étrier, c’est un craquement en mi bémol mineur d’une cheville en fin de vie.
Un tibia servait de diapason.
Une rotule donnait le « la » en se cognant délicatement contre une pierre tombale.
— Écoutez-moi ce genou ! s’exclama un radius enthousiaste.
— Trop de pression, répondit un fémur blasé. Ça manque d’intention.
Ils comparaient les vivants comme des vins.
— Celui-ci a du corps.
— Celui-là est creux.
— Ah, ce bassin-là… belle longueur en bouche.
Pendant ce temps, les humains tentaient toujours de se contenir. Mais la Crackthrose gagnait du terrain et du volume.
Dans le métro, un homme fit craquer sa nuque.
Clac.
Au cimetière, le jury se figea.
— Trop sec.
— Arrogant.
— Il force sur la troisième cervicale.
Peu à peu, les morts devinrent exigeants. Ils réclamaient de la modulation. Du vibrato ligamentaire. Un peu d’audace dans la hanche.
Certains humains commencèrent à expérimenter : Yoga percussif, Pilates sonore, Stretching amplifié.
On entendit même un duo improvisé sur un banc public : omoplate contre omoplate, en contrepoint.
Au cimetière, les morts étaient ravis.
— Ils progressent.
— Ils nous écoutent.
— Enfin une génération qui a du squelette.
Et tous, dans un grand éclat de rire sec, firent claquer leurs osselets comme des castagnettes, jugeant avec une bienveillance féroce cette humanité qui, sans le savoir, répétait chaque jour pour son propre concert final.
Votre texte me fait penser à un spectacle Autour de la Mort « Calacas » avec les chevaux de Bartabas.
Une fête qui se déroule au Mexique
Très beau souvenir de ce créateur génial !
Le crackthrose avait gagné l’espèce humaine, au moindre mouvement tout individu émettait des craquements comme quand on brise du bois pour allumer le feu.
A première vue on pourrait croire que c’est de la science fiction. C’est dans un pays septentrional que le constat se révéla en première page de la Voix du Nord.
Cet évènement se produisit une première fois quand on alluma n’importe quoi, n’importe qui.
Il y a des décennies, cette mode paraissait anodine, mais elle prit, sans qu’on y prenne garde, de plus en plus d’ampleur.
Et dans la cheminée qu’il chauffe, le petit bois craque encore;
Autrefois, les gens craquaient quand ils écoutaient les chansons qui allumaient. Y en a même une qui fait Crack Boum Hue, elle a crépité. Et beaucoup y succombent encore.
Bon ! Là, d »accord ! C’est pas un bon exemple sauf que certains, pour ne pas gêner, craquent tout seuls dans leur coin. L’entourage commença à se poser des questions. » Laissez tomber, il a craqué pour une jolie fille. » Cela arrivait souvent lors des fêtes foraines. Et ils se consolaient avec des chansons qui allumaient.
Sans bruit, la rumeur progressa.
C’est vers la fin du XX ème siècle, lors du dernier symposium des grands cracks, (ceux qui réfléchissent), qu’un immense philosophe s’est posé la question : Pourquoi y en avait-il autant, à tel point que ces cracks étaient devenus un phénomène de société ?
Seulement, le grand crack de la philo fut intercepté par le banquier dont la besace pleine de billets craquait de tous côtés. Celui-ci avait beaucoup étudié les caractéristiques de ces évènements qui revenaient à intervalles programmés. « Ce n’est pas du domaine de la philo, dit-il, c’est une particularité spécifiquement bancaire. N’avez-vous jamais entendu parler de ces mouvements de foules qui produisent des cracks boursiers ? »
Mais au cours du repas de fin de colloque, Grand Philosophe s’effondra de désespoir : « Arrêtez de raconter des cracks, dit-il, en trempant sa craquote Belin. Vous n’y connaissez rien en philo. »
Un silence se fit pesant. On aurait entendu une chaise craquer.
Le banquier observateur répliqua qu’il préférait les craquotes LU, parce lui, au moins, il était pour la presse littéraire et qu’en craquements il était plus expert. Vous devriez faire de la politique, mon Cher, ça paye plus que la philo. Vous dites une info, et son contraire trois jours après. Les gens craquent et vous donnent le bon bulletin de vote.
« Y en a même une qui fait Crack Boum Hue, elle a crépité. Et beaucoup y succombent encore. » oh quelle belle trouvaille!! Je me suis régalée à vous lire. Il ne me manquait que les « cric-crac » sorte de pop-corn au caramel de mon enfance.
Ah ! Zut ! J’ai oublié les Pop corn !
Pas étonnant ! Le quatrième âge était en nombre supérieur, quant aux autres, statiques devant leurs écrans, leurs os se momifiaient.
Pour sûr que chaque mouvement provoquait des gémissements osseux.
Le quatrième âge n’en avait cure, d’ailleurs, pour la plupart, leurs oreilles étaient en mode OFF.
Les plus jeunes s’en fichaient pas mal. Ça fait du bruit ? Bouchez- vous les oreilles.
Restaient les entre deux avec leur qu’en-dira-t-on. Car même si toute la population était crackthroseuse, ils répugnaient à faire entendre les couinements de leur squelette.
Allez comprendre !
Ils inventaient des trucs de ouf pour étouffer le devenu naturel.
Genre tousser fort, chanter, éternuer, faire tomber un lourd objet. L’imagination allait bon train. C’était déjà pas mal, au moins cette partie du cerveau fonctionnait à plein régime.
Par contre, le bruit était devenu tel, que plus personne ne s’entendait.
L’enfer au travail, dans les commerces. Plus moyen de se faire comprendre.
Les pharmacies furent prises d’assaut tellement les maux de tête étaient épouvantables.
Sans parler des arrêts de maladie qui chamboulèrent l’économie mondiale.
Des campagnes publicitaires furent lancées.
Le crackthrose, c’est votre squelette qui vous félicite !
Le crackthrose, votre playlist unique sans piratage possible !
Même les partis politiques s’y étaient mis.
Chers électeurs ! Le pays a besoin de vous ! Faisons de notre crackthrose une force. Soyons décomplexés ! Nous sommes puissants et nous assumons nos grincements.
Bien évidemment, résultat quasi nul. Les complexes ne disparaissent pas d’un claquement de doigts.
Jusqu’au jour où en raison des risques de nuisances sonores, l’élection de Miss Posture Parfaite fut annulée. Une idée germa dans la tête d’un fameux présentateur.
Un concours « ose tes os ». Le principe était simple : laisser s’exprimer son squelette sans retenue. Les articulations en roue libre.
Les premiers candidats se lancèrent. Une symphonie qui déclencha des applaudissements vibrants, des standing ovations.
Le succès fut tel, que la Crackthrose devint un effet de mode. Des clubs ouvrirent, les réseaux sociaux étaient sur sollicités.
Les maux de tête disparurent. L’économie retrouva son entrain.
Au fil du temps, les gens se rendirent compte que les craquements étaient plus silencieux, leurs os plus souples.
Ils réalisèrent que la Crackthrose s’était apaisée et que leur peur du ridicule avait fini par craquer en mille morceaux.
La Crackthrose
Crack — boum — aïe ! Non, ce n’était pas un joujou pour impressionner les filles… mais comme la plupart de mes congénères, j’étais atteint de la « Crackthrose ».
L’épidémie s’était répandue comme une traînée de poudre pour rapidement se transformer en pandémie. Les scientifiques ignoraient son origine et ne savaient pas en déterminer le processus de contamination. Microbe ou virus ? Personne ne savait. Aucun traitement ne pouvait stopper le craquement des articulations.
Le symptôme récurrent était simple : au moindre mouvement, le corps humain grinçait. Une concentration de plusieurs personnes se transformait en « crackophonie » insupportable.
Je n’étais pas le seul à être concerné, certains l’étaient bien plus que moi, au point de nécessiter une hospitalisation. D’ailleurs, il n’y avait pas un seul service des urgences qui ne fût pas débordé par la situation.
Malheureusement, à part la prescription de paracétamol pour calmer les douleurs, il n’y avait aucune thérapie pour empêcher le craquement de la moindre articulation.
M’asseoir, me lever, taper sur le clavier, tout était devenu un concert de craquements. Même les séances de kinésithérapie ne servaient à rien : à chaque massage, je craquais de plus belle.
Toutes les conversations devaient se faire sans bouger afin que les craquements ne puissent pas couvrir le son de nos voix, et surtout, il fallait ouvrir la bouche avec la plus grande précaution, parce que le symptôme pouvait également gagner l’articulation de la mâchoire… ce qui aurait été catastrophique pour toutes les relations sociales… D’ailleurs, à ce sujet, les artistes chanteurs avaient interrompu leurs tournées, les chorales s’étaient tues et les théâtres n’affichaient plus aucun spectacle…
À ce stade, je me suis demandé : une humanité immobilisée est-elle plus morale ?
Peut-être que l’incapacité à frapper, à courir, à lever le poing forçait à réfléchir. Mais peut-on vraiment parler de vertu quand le corps est trahi par ses os ?
La violence exige un élan. Le pouvoir aussi.
Les chefs de meute, habitués à impressionner par la gestuelle, avaient soudain perdu toute autorité. Lever le bras pour désigner un ennemi ? Impossible. Lors des meetings, marcher à travers les foules pour les enflammer ? Impensable. Le tumulte s’était tu. Restait à savoir ce que valaient les idées sans leur vacarme.
Avant la maladie, ils dirigeaient par la chorégraphie : défilés, saluts, poings levés. Chaque geste ajoutait à la force du discours. La Crackthrose avait grippé cette mécanique. Les armées étaient immobiles, les foules figées, les rassemblements silencieux. Un chef de meute sans mouvement n’est plus qu’un homme assis. Et pourtant, certains continuaient à projeter la peur par les mots. La violence physique était suspendue, mais la violence narrative demeurait.
Lorsque l’Assemblée nationale s’est vidée, beaucoup ont cru à une fin. Les bancs rouges étaient désertés, les pupitres immobiles. Au début, on parla d’effondrement. Puis, faute de pouvoir se lever pour interrompre ou frapper du poing, les députés commencèrent à écrire.
Les débats migrèrent vers des pages silencieuses. Plus d’applaudissements. Plus de huées. Plus de pupitres martelés. Rien que des phrases. On ne pouvait plus couper la parole. Il fallait lire jusqu’au bout. Attendre. Répondre sans fracas. Certains se perdirent. D’autres découvrirent qu’une idée peut tenir debout sans gesticulation.
Les décisions prenaient plus de temps. Mais elles semblaient moins fébriles. Privée de ses muscles, la démocratie cherchait son ossature.
Les journaux télévisés n’étaient plus présentés par des journalistes, mais par de brèves notes qui défilaient sur les écrans, que personne ne prenait le temps de lire.
Les gens n’osaient plus sortir, la vie économique du pays avait, elle aussi, craqué…
Plus d’émissions de variétés…
Les ondes radio restaient silencieuses… mais ce silence n’était transpercé que de craquements…
On ne dansait plus…
On ne marchait plus…
On ne pratiquait plus de sport…
Les musiciens avaient abandonné leurs instruments… et les chefs d’orchestre avaient remisé leur baguette…
À ne plus pouvoir bouger, le monde s’était peu à peu ankylosé… Le seul avantage que pouvait tirer l’humanité de cette paralysie forcée, c’était qu’il n’y avait plus de guerre.
Curieusement, aucun animal n’avait été touché par la Crackthrose. Pas un seul signalement de chien paralysé, de chat aux articulations bruyantes ou d’oiseau contraint de renoncer au vol. Les animaux continuaient à bouger avec cette fluidité que nous avions perdue. Mon chien, en particulier, avançait avec cette précision simple qui nous était interdite… Assis dans mon fauteuil, je regardais mon chien dormir à mes pieds. Parfois, il se levait, traversait la pièce d’un pas souple et se recouchait ailleurs, sans bruit inutile. Tandis que mes craquements avaient fini par m’obséder.
Mon chien était souvent couché à mes pieds. Il levait de temps à autre son museau et me regardait avec des yeux tristes en poussant de légers gémissements. Voulait-il me faire comprendre qu’il compatissait ?
C’est dans ses yeux que j’ai compris. Les hommes étaient devenus des animaux. Il suffisait de regarder autour de soi pour s’en convaincre. Des tyrans, des prédateurs ou des chefs de meute dirigeaient leurs troupeaux sauvages pour les jeter sur des peuples qui nourrissaient l’espoir de vivre en paix…
Je me suis même demandé si nous ne subissions pas une punition divine… Notre rédemption ne viendrait-elle pas de notre prise de conscience ? Parce qu’en définitive, c’était elle qui avait craqué à force de se fissurer…
Ce que nous avions appelé « le progrès » avait fini par se retourner contre nous. Expansion. Influence. Mais derrière ces mots se cachait toujours le même réflexe : dominer.
Les animaux tuent pour manger, défendent leur progéniture, obéissent à l’équilibre naturel. Nous, nous détruisions pour posséder, organiser, contrôler. La Crackthrose avait rétabli une frontière : nous avions rompu le pacte avec le monde.
À force de mensonges, de nous cacher nos vérités, de refuser de regarder la réalité en face, n’avions-nous pas fini par oublier que l’autre, c’était aussi nous ?
Un matin, après plusieurs jours d’immobilité, j’ai ouvert la porte. Mon chien m’a regardé, surpris. Sa queue a frémi. J’ai détaché la laisse. Il a hésité une seconde, puis s’est engagé sur le trottoir. Chaque pas semblait réconcilier le sol et le vivant.
La ville était figée. Les voitures abandonnées, les passants immobiles aux fenêtres. Aux balcons, des silhouettes suspendues dans le temps. Seule, parfois, une plainte sèche émanait d’un os qui craquait.
Mon chien avançait sans bruit. Son corps ondulait avec cette fluidité insolente qui nous était interdite. Il traversait l’avenue vide, reniflait un lampadaire, levait la tête vers le ciel. Les oiseaux découpaient l’air sans effort. Aucun moteur. Aucun cri. Aucun bras levé.
Il s’éloignait dans la rue silencieuse.
Il s’est retourné vers moi, comme pour vérifier que je le suivais.
Je n’ai pas pu avancer.
J’ai cru entendre mes os répondre au silence.
Lui a repris sa route.
Nous avions rempli le monde de nos craquements.
Et dans cette ville figée, lui se contentait d’y marcher en toute liberté…
Je suis un grand adepte de « Crackthrose » mais à mon corps défendant. Un corps qui se défend mal puisqu’il m’envoie des ondes douloureuses avant ou après craquement. La « Crackthorose » s’est immiscée en moi depuis le plus jeune âge. A 14 ans un ménisque s’est déchiré au détour d’un drible footballistique. Le liquide synovial a foutu le camp. C’était si nouveau pour moi que je passais 2 mois dans un centre pour handicapé. Puis ce fut l’autre genou qui vit le ménisque se fendre. Même cause, même effet. En 2005 ce fut l’accident de moto qui fit craquer tibia, Perronet et malléole. Sans huile moteur le mécanisme de friction avec l’os a engendré un rabotage. Un véritable sabotage qui s’est traduit par des dégâts des os. Depuis lors, c’est la fuite de la descente d’une pente ou des escaliers car c’est un vrai calvaire. Pour moi, l’arthrose s’est transformée en art de la randonnée sur sol plat. éviter les montées et surtout les descentes. Lorsque l’ascenseur est en panne je prie dieu que la réparation vienne afin de m’éviter de souffrir depuis le 4ème étage. Ce n’est pas pêcher seigneur que de vouloir préserver des pates. Des pates, oui, mais arthroses mon z’ami. Je craquerais bien pour une genou artificiel mais il parait que c’est encore un calvaire pour se rééduquer. Avec une recette de grand-mère, je m’enduis les genoux d’huile d’olive et d’ail. C’est d’une efficacité douteuse et surtout ça éloigne les importuns. On me remarque à l’odeur. Très pratique pour se socialiser. Seigneur, je prie même à genoux pour que la « Crackthrose » m’oublie un peu sinon je vais finir par craquer moralement.
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Au moindre mouvement, tout individu émettait des craquements. Pour ne pas gêner le voisin, on craquait dans son coin.
Si chaque mouvement, un pas, un haussement d’épaules, un soupir, un éternuement, déclenche un craquement sec, chacun devient une source de pollution sonore. On ne se retire pas pour être seul, on se retire pour ne pas « polluer » . Certains proposent l’immobilité, plus de contact, plus de mouvements , plus d’effusions ?? Comme les fumoirs .. pourquoi ne pas aménager des Crackoirs, pour trouver un certaine liberté ??D’autres , refusant ces diktats ont imaginé la transformation de tous ces bruits en partitions musicales aléatoire complètement désaccordées, pourquoi pas certaines notes pour certains gestes ….mais sur quel rythme ?? Et le silence serait une mélodie rare …Société mutant en une « percussion vivante », transformant le chaos en une étrange harmonie ??
Toutes les propositions sont étudiées, mais voilà qu’un individu , n’est pas atteint par cette épidémie, comment vivre en restant le seul Silencieux ???
J’ai bien aimé l’angle du point de vue interne, avec un texte en « je ». Beaucoup d’humour : « dégâts des os », est particulièrement bien trouvé.
C’est en fin d’hiver que le phénomène émerge. Des bruits de craquement emplissent les lieux. Des bruits désagréables de matière qui se brise comme des bûches à moitié consumées dans l’âtre. Les personnes les plus sensibles à ces bruits les assimilent à des os, des articulations ou des mandibules qui cassent ou se démettent. Tous les considèrent comme des douleurs aussi violentes que soudaines. Pourtant les sujets craquants ne se tordent pas de souffrance mais ressentent une certaine honte des bruits qu’ils émettent et tentent de les camoufler comme un pétomane chercherait à soulager ses intestins en pétant à qui mieux-mieux dans la solitude de sa chambre.
Ce qui semble bizarre est, que les vieillards qui, en toute logique, devraient craquer plus que tout autre individu, n’émettaient pas d’autre craquement que ceux de leur Cracotte mastiqué par leurs dentiers.
Les rassemblements d’élèves en classe, de députés dans l’hémicycle, de voyageurs dans les transports en commun et tous les autres lieux de vie en commun rendent la sonorité de cette vie insupportable.
Chacun cherche dorénavant à rentrer dans sa coquille et vivre loin des autres.
Le corps médical ne parvient pas à expliquer le phénomène.
Les scientifiques imaginent qu’un gaz ou une onde extra-terrestre influe sur les corps humains. Néanmoins, ils s’étonnent que les animaux ne soient pas concernés par la même crackthrose, comme ils l’appellent. Le plus inquiétant concerne les pensées dépressives individuelles ou collectives.
Après quelque semaines de repli sur soi, les médias cherchent comment faire ressortir la population afin que la vie économique et sociale s’anime de nouveau.
Des concours de craquements sont organisés. Des enregistrements des plus beaux ensembles « musicaux » de crackthrose sont proposés sur les sites spécialisés en ligne.
Quand la population commence à reprendre un peu confiance et, grâce à l’arrivée du printemps, des recycleries de craquements se développent dans les villes et villages. Mais, ce n’est qu’un simple effet de mode qui s’essouffle rapidement.
Les autorités sanitaires observent que la population s’habitue à ces bruits inédits, il y a encore quelque temps, et que bientôt, plus personne n’y prête attention. La vie reprend avec d’autant plus d’énergie que chacun a eu peur d’une sorte de fin du monde, d’extinction de l’espèce qui se serait dissoute sans que l’on ait pu trouver cause ou remède au phénomène.
La conclusion positive des scientifiques est de réaliser que, les soucis précédents de crainte d’une guerre, d’un effondrement du système financier, de généralisation de la violence, semblent s’apaiser. Une peur si grande a relayé les autres craintes réelles ou fantasmées, pour un temps, au placard des terreurs et cauchemars récurrents.
Vive le printemps !
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Tout le monde craquait de tout côté, en crise personnelle et burn-out programmé. Tout ce monde usé, en quarantaine, prenait des cracottes ou des craquinettes, avec chacun sa recette du meilleur petit déjeuner, au petit épeautre ou au blé complet. Tout ce nouveau monde allait ensuite faire craquer ses articulations, tout en musculation ou course à pied, pour mieux faire craquer stagiaires, secrétaires, amants ou maîtresses à leurs pieds, en faisant crac-crac dans tous les coins. Tout ce monde hyper actif se rendait au bureau, les bourses vides et les poches pleines, en se prenant pour un crack de la finance, avant de se prendre un autre Krach, d’autres bourses, en pleine gueule. Licenciement, divorce, la rue et son cortège de déchéance. Tout ce monde remercié, sacrifié, prenait du crack pour oublier en faisant la manche d’une dernière partie perdue d’avance. La belle, comme on dit, d’une vie qui finit toujours par s’effondrer dans un dernier craquement de coeur.
Cependant, Marianne et Jojo s’inquiètent :
Ils viennent de mettre au monde leur premier nouveau-né, mais le bébé ne craque pas ?
Le monde entier craque.
Marianne pleure doucement et craque,
Jojo travaille en silence et craque.
Les années passent.
L’enfant grandit et parle à présent.
Mais il ne craque toujours pas…
Marianne l’a trimbalé chez tous les médecins et spécialistes du coin.
Ils n’ont rien trouvé. « Le cas est unique » disent-ils.
L’enfant se porte à merveille.
Il est brillant, souriant … mais il ne craque toujours pas.
– Quel va être son avenir à ce pauvre enfant qui ne craque pas comme tout le monde ? Se morfondent ses parents.
– Il n’aura pas sa place dans la société, il sera malheureux !
– Il va être rejeté,
Et Marianne et Jojo craquent de plus belle. Ils craquent et ils pleurent.
L’enfant traverse le temps, faisant fi de son anomalie jusqu’au jour où il en eut assez des pleurnicheries de ses parents et leur dit :
– Père… Mère… cessez vos lamentations,
C’est vous qui me pourrissez la vie
Non je ne craque pas !
Acceptez moi tel que je suis… NOM de DIEU !
Marianne et Jojo restèrent cois.
La colère de l’enfant ébranla la planète jusqu’en son dernier recoin.
Le tonnerre péta,
Les éclairs jaillirent,
Le ciel s’illumina,
et l’humanité cessa de caquer.
« Va comprendre, Charles ! »
de craquer
Dans la petite ville de Crac’h ( Morbihan ) Erwan cherchait à nouveau un coin pour craquer.
Il se dirigeait vers la forêt d’un pas lent, lassé de toujours devoir aller craquer ailleurs afin de ne pas gêner ses voisins.
C’est alors qu’il entendit un bruit familier de craquements, non pas un mais des dizaines, droit devant lui. Le son en était harmonieux, rythmé, à tel point qu’il accéléra le pas sans même s’en apercevoir.
Le sentier le mena à une clairière baignée de soleil où une bonne trentaine d’hommes et de femmes de tous âges craquaient au même rythme, dirigés par le chef d’orchestre de la fanfare municipale.
A la fin du morceau, ravi, Erwan s’adressa à celui ci :
– Puis je me joindre à vous ?
– Certainement mon cher,nous manquons de craquements en si bémol, cela vous tente – il ?
– Il me semble que ce doit être à ma portée , dit Erwan
Il se retrouva debout entre un la mineur et une craqueuse aux yeux bleu.
L’ensemble répétait tous les matins en vue d’offrir à la ville atteinte de Crackthrose un concert où les Crac’hois pourraient mêler un instant leur craquement à celui d’une formation toujours prête à accueillir des craqueurs de bonne volonté.
Le succès fut tel qu’elle se produisit dans toute la Bretagne, l’ Europe et même les Etats Unis au retour desquels ils se baptisèrent :
The Crac’h New’s Band, enivrés par cette notoriété.
Les villes, villages, les modestes hameaux suivirent cet exemple.
Dorénavant le monde craque à l’unisson.
é
DYSTOPIE
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Au moindre mouvement, tout individu émettait des craquements. Pour ne pas gêner le voisin, on craquait dans son coin.
Au moindre mouvement, pour ne pas gêner,on craque ailleurs. Ainsi en allait il de la Craktrose, un fléau gagnant le genre humain.Tous étaient atteints, tous ce le cachaient, c’était un plaisir solitaire, virtuose, à l’écoute de ses exécutions:un challenge, une prestation. A force de l’apprivoiser, on échange, l’onomatopé devient référence,le grand cric me croque, croyez vous que je sois jaloux ?pas du tout !🐻
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Au moindre mouvement, tout individu émettait des craquements. Pour ne pas gêner le voisin, on craquait dans son coin. Jusqu’au moment ou quelqu’un finit par craquer : à force d’entendre craquer, ce fut plus fort que lui. IL s’effondra et ce fut le grand krach…
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Au moindre mouvement, tout individu émettait des craquements. Ça risquait de devenir invivable pour les riches. Au début, on vivait encore d’illusions. Pour ne pas gêner le voisin, on craquait dans son coin, dans sa cave. On se bricolait des « genouillères » pour tenter de camoufler les crissements de l’existence.
L’état crut prendre les choses en mains. Au Mondovision une petite malgache adapta et chanta la « Vie en Crackthrose ». Ce fut un flop monumental.
A force de craquer, forcément, la Terre allait se fissurer, se fendre et exploser.
C’est là que le groupe des « Billiardaires » sortit de la réserve, son armée de robots bien huilés.
Et que commence mon histoire.
Je m’appelle XC136, Bibiche , pour les copains. Je supervise une section de 50 D22, les premiers modèles de la génération 2052, les premiers autonomes à carburation synthétique. On se nourrit de rien, on ne connait rien d’un langage. On est bon qu’à exécuter les ordres, repérer tous ceux qui craquent et les exécuter. Pour le « Club », c’est le seul moyen d’éviter le « Grand Ecrabouillement ». Débarrasser de la Terre toutes celles et ceux qui craquent. Faire reconnaître la seule autorité du Grand Silence, un monde hydropneumatique, roulant sur l’or et régnant sur l’ordure.
On a un quota à respecter. Par soldat, obligation de bousiller 50 craqueurs par 24h. Sinon, c’est le dessoudage et la reconversion en barrière anti manifestation. Moi, je tiens très correctement la moyenne avec mes ptits gars, mes androïdéaux de choc. Mon pitaine, il m’apprécie. Il prétend que je suis le Rambo des robots. Dans mon for poétique, j’espère devenir le Rimbaud des robots, à cisailler des vers étincelants dans la chair rouge des craqueurs.
Depuis 10 ans, le réchauffement climatique, ça fait chier. Ça nous noie tranquille des milliers de proies et nous prive de primes faciles. Mais je devrai m’en sortir.
A ce train-là, je pourrai prendre ma retraite en 2199.On m’a promis une île avec plein de boîtes. Me restera plus qu’à monter toutes les pièces pour me fabriquer des petites robotes, rien qu’à mon service.
Une dystopie qui succède à celle que nous traversons déjà — plus insidieuse, mais tout aussi réelle.
L’agrochimie, l’industrie alimentaire, les guerres bactériologiques, le climat de haine qui fracture individus et nations : tout cela œuvre déjà, méthodiquement, à l’effacement de l’humanité.
La piqûre létale ? Elle vient d’être votée.
Merci Jean-Marc. 🙂
Craquements harmonieux
Enfant, Armand faisait craquer ses doigts. Pas un petit craquement discret, non : un véritable feu d’artifice articulaire. Dans la cour de récréation, il fascinait ses camarades en déboîtant ses phalanges comme d’autres sortaient des tours de magie. Les maîtres, eux, grimaçaient. Ces claquements secs surgissaient toujours au mauvais moment, dans le silence d’une dictée ou au cœur d’une leçon de géométrie. Impossible d’en trouver l’origine : Armand avait l’air innocent, les mains bien à plat sur la table. Les coups de règle pleuvaient parfois, mais n’éteignaient jamais le concert. Très vite, les copains apprirent à l’imiter. La classe entière devint un orchestre clandestin.
Les années passèrent. Armand devint chef d’orchestre, presque par logique interne. Pourtant, il peinait à trouver sa place. Fasciné par les musiques expérimentales, il préférait les sons marginaux aux symphonies rassurantes. Les institutions le trouvaient étrange, les programmateurs prudents. Armand n’avait ni réseau ni protecteur, pas même un ministre de la culture exagérément généreux avec les deniers de l’État, seulement ses partitions illisibles et son obstination. À force d’explorer des paysages sonores trop intenses, il abîma son audition. Le monde extérieur s’assourdissait, mais un autre univers s’ouvrait : celui des vibrations humaines. Là, il entendait tout, les frottements, les tensions, les minuscules fractures du vivant.
Un jour, dans la salle d’attente d’un médecin, la révélation survint. Le silence apparent était traversé d’une rumeur secrète : dents serrées qui grinçaient sous le stress, vertèbres qui soupiraient à chaque mouvement, genoux claquant comme des castagnettes timides. Armand, immobile, ferma les yeux. C’était chaotique, mais pas dépourvu de structure. Une musique primitive, fragile, involontaire.
L’idée le frappa comme un accord parfait.
Dans un monde imaginaire ravagé par la Crackthrose, pandémie douce d’articulations capricieuses, Armand décida de transformer ce handicap universel en œuvre collective.
Il fonda un ensemble improbable : l’Orchestre des Vieux Os. Ses premiers musiciens étaient déjà là, autour de lui, coincés entre deux consultations. Il distribua des cartes griffonnées, parla d’audition publique, de partitions nouvelles. Les gens haussaient les épaules, mais beaucoup vinrent — faute de savoir quoi faire de ces craquements dont ils avaient honte. Les répétitions furent un désastre délicieux. Certains arrivaient en retard, prisonniers d’un solo de lombaires, imprévu. On ne déclenche pas non plus un bruxisme à la demande, sans un minimum d’entraînement et les genoux refusaient parfois de tenir la mesure. Les séances alternaient crises de fou rire et grimaces douloureuses. Il fallut accorder les corps : déterminer la tonalité d’une hanche arthrosique, régler l’hygrométrie pour un craquement de colonne fiable. Peu à peu, une notation naquit : triple claquement égal trille, craquement sec staccato, longue décompression vertébrale glissando. Une musique de chair et de patience.
Avec le temps, la honte se transforma en complicité. Les corps imparfaits devinrent instruments singuliers. Une vidéo amateur fuita sur les réseaux : l’orchestre devint phénomène. Le public riait, pleurait, imitait. Les critiques parlaient de musique organique, de symphonie de la fragilité, Armand, lui, continuait simplement à écouter.
Le concert final eut lieu dans une salle comble. Armand présenta sa pièce maîtresse : Symphonie pour 206 os et fissures mineures. Lorsque l’exécution commença, les craquements tissaient une trame étrange, ponctuée de silences profonds. Et dans ces silences, le public comprit : la musique ne venait pas des bruits, mais de l’écoute partagée qui les entourait. Le silence devenait la note la plus rare.
Au cœur du dernier mouvement, Armand perdit totalement l’audition. Aucun drame, seulement un glissement vers un autre mode de perception. Il continua à diriger, guidé par les vibrations du sol, les frémissements des corps, l’air déplacé par chaque geste. Et dans ce monde sans son, Armand découvrit enfin la musique la plus pure qu’il ait jamais entendue.
Un bon « petit » délire musical, ça me va!
L’orchestre des os ‘laids’ ! J’ai eu une élève sourde en essayant de la faire réagir aux vibrations part la machoire. Bon ! Moyen !
Bien aimé votre texte imagination totale comme on les aime chez éveilleurs d’idées 👍🐁
Il y a du génie dans votre partition cher Nicolas ! Cela m’a fait penser à Beethoven qui devint sourd, progressivement, dès l’âge de 21 ans.
Quelle belle créativité ! Je craque. 😀
La « Crackthrose » avait gagné l’espèce humaine. Au moindre mouvement, tout individu émettait des craquements. Pour ne pas gêner le voisin, on craquait dans son coin.
En catimini et sous le manteau… et celui qui ne Cracktait pas..ou qui le disait, au mieux n’était pas crédible au pire se faisait traiter de menteur et devenait un paria.
On n’a pas idée de ne pas être comme tout le monde voyons ! C’est inconvenant. Je crains le jour ou un petit malin décidera que le ballonnement sera obligatoire ! Nous deviendrons tous des baudruches et le dernier ‘ pet ‘ sera le signe de son dégonflement. L’annonce d’́une mort imminente. Faisons un pet pour nous ébattre pas pour démarrer… que ça reste un petite joie interdite autant que perfide !
Pensons-y avant de plonger le petit papier dans l’urne !
Une belle journée à tous pleine de rebondissements… ça aussi c’est a envisager ! Il y a déǰà les sauteurs d’humeur … in est dans un monde en mouvement ! 🐁
Salut « Cracotte »
Le Bruit d’une mue
On apprenait à craquer en silence. Pour ne pas gêner le voisin, chacun le faisait dans son coin. Par écran interposé.
Le monde, lui aussi, semblait atteint. Les certitudes se fissuraient. Le futur penchait davantage que la tour de Pise.
On parlait de paix en réarmant nos colères. Une guerre s’éteignait ici, une autre s’allumait ailleurs. Les nations grinçaient comme des charnières rouillées.
Dans les foyers, les tables se vidaient. Les regards ne se croisaient plus — ils se connectaient. Ça craquait sous les toits, sans bruit, sans éclat.
La Crackthrose avait atteint les institutions. Des voix synthétiques remplaçaient les voix humaines.
Les dirigeants consolidaient leurs sièges pendant que le sol se fissurait.
Les valeurs se déboîtaient. Le vrai devenait suspect. Le mensonge, confortable.
Même la nature craquait.
Alors, jusqu’à quand ?
Jusqu’à quand laisserons-nous la fissure décider pour nous ? Jusqu’à quand continuerons-nous de craquer chacun dans notre coin ?
Et si, au lieu de rompre, nous commencions à relier ? Si, au lieu de céder, nous osions ?
Oui, ça craque.
Mais peut-être est-ce le bruit d’une mue.
Ça craque.
Alors — OSE.
Voter pour une fissure ! Au moins on le saurait avant ! Ce serait plus honnête ! C’est pas bête ça Beatrice… on annonce la couleur au lieu de se trouver devant l’ ‘olibrius’ qui va nous pourfendre !🐁
Plutôt que donner sa voix, ouvrir la voie pour permettre la Mue… le changement 🙂
Salut « Cracotte »
😀
un craquement, une fissure, le début d’une mue … génial !