794e exercice d’écriture très créative créée par Pascal Perrat

Comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ?

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Comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ?

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Rien à faire.
C’est dingue.
Toutes les chaussures que j’ai eu étant enfant me faisaient terriblement souffrir.
Et quelque soit la taille, la couleur, la qualité de fabrication, le matériau utilisé.
Rien à faire, toujours mal !
Et puis je suis entré en apprentissage. Coordonnier. Puis je suis devenu compagnon du devoir. En faisant plusieurs fois le tour de la Terre, oui, et de la France aussi.
Et depuis, avec toute modestie, je me fais moi-même toutes les chaussures que j’ai pour marcher. Des chaussures de luxe, moins de luxe, et je suis heureux. Super heureux !
Je marche, je marche, n’ayant plus la souffrance, le martyr que j’avais enfant avec des chaussures qui me gênaient. Oh ! la la ! que c’était dur !
Et des fois le dimanche matin lorsque je vais acheter mon pain. Pour faire un peu rire les personnes sur le trottoir je mets une chaussure différente à chaque pied. Ben il y a un côté un peu risible. Des fois je l’ai bien entendu dans la rue qu’on me traite de dingue avec ces chaussures non identiques.
La chaussure c’est ma passion. J’en fabrique à tire-larigot. De plus en plus. Là aussi certaines personnes me prennent pour un taré. Cela ne fait rien. Je continue à en fabriquer toujours plus.
Je préfère. Je n’ai plus envie de revivre le souvenir du petit enfant que j’étais qui avait toujours mal au pied.
Oh que vois-je là dans le couloir de ma maison. Deux chaussures de mon cru qui marchent toutes seules. C’est sûr il doit y avoir comme un défaut de fabrication. Vite, vite, il faut que je vois cela !
Chéri ! chéri !
Voilà que maintenant c’est ma femme qui m’appelle !
Mince j’ai carrément oublié de faire la vaisselle, comme je lui avais promis.
Oui, oui, chérie !
J’arrive, j’arrive, avec mes deux jolis souliers si glaçés !
Emile avait tout essayé pour le rapatrier. Rien à faire, il résistait, il s’obstinait à refuser de resurgir. Depuis des années, il n’y avait plus accès. Caché, relégué au tréfonds de sa mémoire. Pourtant, il aurait bien voulu le raconter.
Il est vrai que c’était un mauvais souvenir. Celui-ci était encore imprégné du rouge de la honte. Impossible de le sortir dans cet état ! Emile avait pourtant usé de stratégies : un décolorant puissant recommandé par les fabricants de lave-linge ; un badigeonnage couleur de ciel ; un saupoudrage de petites étoiles en guise de camouflage ; un rafistolage à grands point de couture maladroite… Rien ne parvenait à occulter les dégâts subis. Il faut savoir que pour cueillir des champignons dans un pré, il s’était précipité et avait déchiré son short sur les fils de fer barbelés. Il était reparti en slip, tout penaud. A 8 ans, ce fût une expérience traumatisante.
Emile n’entendait pas renoncer à ce souvenir perdu. Il voulait le consoler, le réhabiliter, lui faire la fête. Cette dernière idée a déclenché ce qui pouvait bien s’avérer être la solution : le rendre beau, l’habiller avec des habits du dimanche. Et ça a marché ! Emile a enfin pu le raconter à ses amis « Un jour, dans mon enfance, je suis allé aux champignons alors que je portais le pantalon du mariage de ma tante. Evidemment, ma mère n’était pas au courant. J’ai brillamment sauté les barbelés et suis rentré tout fier à la maison avec un plein panier de petits rosés. En réalité le pantalon avait juste un accroc discret que j’ai camouflé avec un autocollant de Lucky Luke. Brillant, n’est-ce pas ?».
Comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ?
Un mauvais souvenir reste mauvais parce que l’événement auquel il se rapporte l’a été. Si cet événement fâcheux finit par se stratifier au fil du temps qui passe, lorsqu’il remonte à la surface, on ne sait par quel mystère, s’il a perdu sa violence, sa douleur, son malheur, l’événement, lui, a bien eu lieu. Parfois, je me demande si le mauvais souvenir n’est pas un faux souvenir. Mais non, s’il il y a résurgence, c’est qu’il y a eu quelque chose.
Pour l’endimancher, on peut le raconter avec malice, le travestir, , lui substituer un autre souvenir.
« La plupart de mes amis avaient appris à lire en dernière année de maternelle. »
En lisant cette phrase, l’auteur venait de me révéler à moi-même, la contre vérité que je prononce depuis des décennies : « Je savais lire en entrant à l’école primaire, c’est ma maman qui m’avait appris à lire. » Je me souvenais et me souviens encore malgré les années, avec un plaisir infini, des moments passés auprès d’elle, La Méthode ( Boscher, peut-être, certainement) sur ses genoux, moi assise à côté d’elle, devant la cuisinière. Elle s’appliquait à épeler les B A BA que je répétais sans doute consciencieusement. Les images, si lointaines, mais si insistantes, si persistantes m’ont servi de vérité absolue. C’était des instants délicieux, doux, chauds, empreints d’amour réciproque.
J’avais cinq ans et je devais passer par la maternelle avant d’entrer à l’école primaire pour y apprendre les rudiments de la lecture. Je n’aimais pas la maternelle dont je ne garde qu’un très confus souvenir. L’enseignement ne devait pas me convenir et c’est ma maman qui avait dû prendre le relais en parallèle. Ainsi, ai-je embelli ce mauvais souvenir de l’apprentissage à la maternelle en le transformant en un souvenir délicat, en effaçant quelque chose de déplaisant qui a existé mais que je ne voulais pas avoir vécu.
Quelle que fut la manière, vive la lecture !
De passage à Paris, nous nous donnons rendez-vous à la station de métro St Lazare entre 16 heures et 17 heures.
J’y arrive en avance. J’informe par message électronique mon compagnon de ma position sur le quai de la ligne 13 en direction de St Denis.
Sur le quai de cette station, aucun siège n’est mis à la disposition des voyageurs. L’espace est précieux et tant pis pour ceux qui seraient fatigués, handicapés ou malades.
Les murs sont carrelés de blanc. Des affichages de plans du réseau, de signalisations colorés aident les non-initiés à se repérer. Quelques affiches publicitaires couvrent de grandes surfaces de la station. Deux armoires de distribution de boisson et friandises attendent les intéressés.
Les feux de signalisation tricolore donnent les consignes aux chauffeurs. Les agents de l’équipe Propreté viennent vider leur seau d’eau sale dans un caniveau. Un autre agent passe le balai et ramasse les sacs pleins de déchets, sacs transparents pour voir ce qui quelque pourrait être suspect dans le support sur lequel est écrit en gros Merci.
Je m’assieds sur les premières marches d’un escalier de sortie vers des lignes de correspondance et la gare SNCF.
À chaque arrivée de rame, une ou deux personnes, plus de femmes que d’hommes me demandent si tout va bien, si j’ai besoin d’aide. Il est inhabituel de voir quelqu’un assis là. Après 10 minutes et l’arrivée d’une dizaine de rames, je me remets debout, appuyée à une cloison mobile. Le niveau sonore est assourdissant ; les trains grincent de leurs freins sur les rails et l’air coincé entre la carcasse des trains et la cloison de protection installée tout le long des quais sifflent et soufflent leur lassitude.
Trois personnes à canne blanche me croisent. L’une d’elles vient cogner contre moi. Je la remets sur la bonne voie.
Des annonces, en plusieurs langues, sont diffusées en boucle à propos des bagages susceptibles d’être fouillés et du souhait que soit signalé des objets abandonnés ou des comportements inhabituels.
Des hommes et femmes de tous âges ; peu d’obèses ; beaucoup portent des oreillettes ou un casque audio. Peu sourient. Pourtant si, certains sourient à leur smartphone ou parlent à un interlocuteur ailleurs. Ils donnent l’impression de se parler seul, comme des déséquilibrés.
Beaucoup de personnes de couleur. Des vêtements sombres et des chaussures confortables qui ne font pas de bruit. Pas de vêtements exotiques ou en lien avec la religion. Peu d’enfants. Quelque jeunes femmes se tiennent par le bras. Quelques valises cabines et sacs à provisions, beaucoup de sacs à dos.
Tous les voyageurs sont pressés et avancent leur smartphone en main. Certains portent encore leur badge professionnel autour du cou. Ils prennent la correspondance vers une autre ligne de métro ou des trains de banlieue ou de province. Ils connaissent les horaires et foncent vers le train suivant. Quelques poussettes difficiles à faire remonter l’escalier sans l’aide d’une bonne volonté à proximité.
Au fil du temps, les voyageurs sortent de plus en plus nombreux des wagons. Des vagues sombres foncent dans ma direction…
…Mais toujours pas celui que j’attends !
Deux heures et demie plus tard, je m’en inquiète et envoie un nouveau message. A 18 heures, je décide de partir seule vers la destination où nous devions nous rendre ensemble.
Arrivée une heure plus tard, je suis accueillie avec satisfaction car je suis, me dit-on, injoignable depuis le début de l’après-midi.
Le compagnon d’infortune est lui, resté quatre heures à attendre que je l’informe de ma position exacte.
Je réalise alors que mon smartphone ne perçoit plus Internet depuis la fin de la matinée.
Je suis soulagée d’apprendre que tout va bien pour mon malchanceux compagnon qui se retrouve privé de soirée en notre compagnie mais que rien de terrible ne lui est arrivé en cette bizarre après-midi.
J’aurai ainsi endimanché un mauvais souvenir et pu observer la vie quotidienne des Franciliens. C’est tout de même assez cocasse qu’il faille une expérience difficile pour convenir que sa propre vie est superbe…par comparaison.
Un mauvais souvenir
Une tache pour l’avenir
Un prétexte à soupirs
Une pensée à haïr
Un sentiment à enfouir
Une idée vampire
Que faire, que dire
Pas facile de l’oublier
Impossible à effacer
Satané madré
Alors on fait avec
On le décortique, on le dissèque
On prépare ses obsèques
On choisit
De beaux habits
Ceux-là ou plutôt ceux-ci
On allume des bougies
On prépare une veillée
On va l’endimancher
Il faut le rendre joli
Lui faire pousser des ailes
L’aider à s’envoler
Pour se fondre dans l’arc-en-ciel
Il pourra ainsi
Quitter notre esprit
Et tout là-haut faire son nid.
Très joli, j’aime beaucoup. Merci
Bougies, serviettes pliées, un dessert trop cher pour ce que c’est. Elle a mis du rouge à lèvres. La table attend.
Elle avait réservé. Confirmé. Reconfirmé.
On ne plaisante pas avec l’espoir.
Il avait ce don rare : rater uniquement ce qui comptait.
Les apéritifs improvisés ? Présent.
Les enterrements de vie de garçon ? Toujours volontaire.
Mais l’anniversaire — empêché.
La fête des mères — réseau capricieux.
Noël — gastro foudroyante, exclusivement le 24 à 20 h.
Saint-Valentin — coincé quelque part entre « j’arrive » et « presque là ».
Les souvenirs ont fini par avoir le goût du métal. Pas le grand drame. Plutôt la petite limaille qu’on mâche sans le vouloir.
Endimancher un mauvais souvenir, c’est d’abord lui trouver une cohérence. Elle a commencé à anticiper l’absence. Elle a ouvert un carnet. Titre : Les Absences Remarquables. Elle y notait l’excuse, la météo, le plat qui refroidissait. C’est devenu presque drôle. Un rituel. À défaut d’homme, elle avait une statistique. Plus de supplications. Plus de « tu comprends ».
Elle a commencé à anticiper l’absence.
Au fil des années, elle a appris à dresser la table pour un seul couvert. À choisir un vin qu’elle aimait vraiment. À souffler les bougies sans faire de vœu inutile.
Et puis un jour, il a cessé d’être en retard. Il est devenu parfaitement fiable.
Immobile. Silencieux. D’une ponctualité irréprochable.
La pierre était froide, le marbre net. Elle a choisi la formule avec soin, pour que le souvenir, enfin, porte un costume correct :
« Passez quand vous voulez. Je ne bougerai plus. »
Excellent ! J’aime beaucoup la chute!
Comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ?
La vie est un théâtre, mais qui écrit le jeu ? Les règles ne sont pas préétablies. Elles sont définies par plus fort que soi, plus intelligent ? Ca reste à démonter. Il y a toujours des choses à remettre en question.
Face à la pression, surtout quand elle devient trop forte, ne pas baisser les bras. Résister !
La résignation, c’est pas bon. Elle peut venir de cette pression trop forte qui, justement, pousse précisément à ne pas pousser la porte de ce qui est caché derrière et qu’il ne faut pas découvrir sous peine de mauvaises surprises ; ce qui pourrait engendrer de mauvais souvenirs.
Cette pression vient d’un entre-soi qui exclut l’autre pour des raisons enfouies depuis… depuis des décennies, voire des siècles. Sauf que les effets de cette pression se ressentent au quotidien à l’occasion de n’importe quel acte banal de la vie ordinaire. Il suffit de regarder les infos de telle chaîne. Tens ! Elles ne correspondent pas à celles de telle autre chaîne. Pourtant, par définition, une info est faite pour informer, selon une certaine tendance officielle. L’officiel s’arrogeant le sceau de la vérité.
Arrivé à un certain âge, je m’suis dit que je pourrais en plus d’écrire, me mettre à la danse classique. Pourquoi pas ? La danse étant un art majeur dont l’enjeu est social et politique. Je me contente du social, le politique étant immature pour le moment.
Quel rapport avec les souvenirs ?
L’autre jour, j’arrive à la salle de danse avec un azalée dans les bras. J’entends cette phrase : « Ca porte malheur d’offrir des fleurs avant la date prévue d’un anniversaire ! » Effectivement, j’ai regardé sur internet, il se pourrait que… ! Mais des fois je réfléchis.
Cette brave dame m’ayant demandé de lui envoyer un texte sur le Soufisme : une journée complète pour le recopier. Etant passionné de spiritualité, je fus très content de lui donner de mon temps.
Le malheur, c’est cette phrase lancée devant tout le monde, comme un coup de poignard dans le dos, pas seulement à moi, mais surtout à la personne qui recevait les fleurs ainsi qu’à l’ensemble du groupe avec qui je comptais partager le simple fait d’offrir des fleurs.
Deux semaines plus tard, la même personne dénonce le fait que soi-disant je me suis garé à sa place de parking alors que celle-ci ne vient pas en voiture, elle se fait conduire. Puis elle susurre à l’oreille d’une amie que j’apprécie beaucoup pour sa passion de la danse, quelque chose que je n’ai pas pu entendre.
Stratégiquement parlant, (puisqu’il s’agit d’une stratégie), il aurait été malvenu que je réponde. Je n’ai rien dit. Après coup, je dirais seulement que le mauvais souvenir se transforme en sourire quand il est partagé avec la ou les personnes qui ne portent pas un jugement négatif sur des sujets qui appartiennent à tous.
Si la danse rend beau, endimancher aussi !
Le théâtre comme métaphore de la vie.
Regarder le jeu — le je :
le sien, celui des autres.
Laisser ce je se déployer,
au-delà de tout jugement,
comme une danse.
Apprendre du pas des autres,
du passage,
du pas sage.
Merci Michel-Denis ! 🙂
Merci Béatrice !
Comme quoi, dans les loisirs (surtout !) il faut être vigilant !
Bonne journée endimanchée !
Comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ?
Dur labeur ! Il y a l’art et la manière de ressortir malgré les endimanchements les plus farfelus.
Tentative de changement de genre. Opération risquée avec peu de chances de réussite. Devenir bon souvenir d’un coup de bistouri mental, bof ! Ça dure le temps des cerises.
Hypnose. Je l’encourage à se parer d’un habit de lumière, à se dessiner un ravissant sourire, à se mettre des étoiles dans les yeux. Je lui dis qu’il rayonne. Quelle chance vous avez ! Vous diffusez de la joie. Regardez-vous. Vous semblez si heureux.
Un, deux, trois et hop il retombe comme un soufflé.
La technique du camouflage. Des couches de dictons, de proverbes, d’histoires de carambars, etc, mais un éternuement et tout s’envole. Toujours lui-même.
Je tente l’union entre lui et un bon souvenir. En queue de pie, chapeau haut de forme, mauvais attend avec impatience l’arrivée de son contraire. Il est tout émoustillé.
Mais le costume commençait à l’étouffer. Vite, changement de style. Cool. Jean, T-shirt moulant qui mettait en valeur ses pectoraux, baskets. Nan ! Toujours pas ça. Tout le vestiaire y est passé. Arrive son contraire sorti d’un magazine de mode. Un regard. Pas d’étincelle.
Alors, à quoi bon tout cela ?
Chassez le naturel et il revient au galop.
Les costumes rangés. Le maquillage éliminé.
J’extraie le positif du négatif et continue mon chemin sans artifices avec plus de force et mieux parée.
Rebondir
La jeune Solven, recroquevillée dans le canapé de son oncle, les bras embrelaçants ses genoux, pleure à grandes lampées saccadées, plusieurs mouchoirs en tas à côté d’elle. Dominique, le frère de son père, présent, silencieux, observe la jeune femme endeuillée. L’odeur de la boisson chaude qu’il a préparée emplit la pièce. Il est tout à elle. Il la connait bien, elle qui, dès que ses parents se toisaient, venait chercher calme et bienveillance dans la maison voisine.
Aujourd’hui, il s’agit d’un deuil, celui de la fusion. Solven de nature active et joyeuse ne digère pas sa dernière rupture amoureuse qui était d’ordre fusionnel. Les émotions la retournent malgré elle par surprise, certaines fois en conduisant, l’autre jour au ciné, elle ne sait pas où cet état va la mener.
Solven, perdue, les yeux tristes, la tête penchée : « Dom, dis-moi comment faire pour nettoyer tout ça ? Ça revient encore, c’est épuisant. »
Dom, avec une lenteur assumée : « Ne t’inquiètes pas, ma puce… laisses faire, ton corps se nettoie tout seul… Dans quelques temps, ce ne sera plus qu’un mauvais souvenir ».
Solven, inquiète : « Mais ce mauvais souvenir, il pourrait déteindre sur mon futur, programmer ma prochaine relation ? »
Dom, après une profonde inspiration : « C’est vrai, j’y pense, on pourrait jouer à endimancher ce mauvais souvenir, tu ne crois pas ? le personnaliser, lui donner de la valeur, qu’il ait une raison d’être et donc que tu aies une raison de vivre ce que tu vis et l’accepter »
Solven, monocorde : « Et comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ? »
Dom, malin : « D’abord, on va lui donner un p’tit nom à ce souvenir. Rien à voir avec ton copain, c’est la situation qu’on va essayer de transcrire. Dis-moi ce que tu ressens, y-a-t-il un manque ? une pensée qui te fait croire que tu as perdu quelque chose ? Tu es bien là devant moi entière pourtant, ou alors tu as donné ton pouvoir à l’autre peut-être ? »
Solven dans un grand soupir : « Je me sens en petits morceaux… j’ai laissé des bouts de moi partout là-bas… Je me suis perdue dans la relation, je me suis oubliée souvent. Maintenant je crois que je ressens le manque de toucher, le manque de protection…le manque.. ».
Dom : « Je te propose d’appeler ce souvenir Puzzle, un moyen de te rappeler l’effet que ça fait de s’oublier. Et on pourrait aussi lui tirer son portrait à ce petit coquinou ! On va imaginer que tu ne veux pas l’oublier et qu’on l’amène à l’église pour le faire baptiser. Comment tu l’habillerais ? »
Solven : « T’es pas drôle, tu sais ! ».
Dom : « Oh, ma puce, joue avec moi s’il te plait. C’est comme ça que tu retrouvais ta joie de vivre avant. Allez ! je lui mets un haut de forme sur la tête : Mr puzzle est prétentieux, il est persuadé de te garder sous sa coupe toute ta vie. Je lui mets une moustache qui rebique vers le bas comme un émoticon parce qu’il est déçu, il se rend compte que tu as la volonté de te respecter et que tu auras vite fait de l’oublier. »
Solven, se prêtant finalement au jeu : « Il s’appuie sur sa canne parce qu’il est vieux et dépassé, c’est même au cimetière qu’on va bientôt l’emmener pour qu’il ne fasse plus de dégât, na ! ».
Dom, heureux qu’elle joue comme une petite fille : « Il porte aussi une chemise blanche et un pantalon blanc parce qu’il n’éblouit que les idéalistes, ceux ou celles qui s’illusionnent, qui admirent l’autre et se diminuent. »
Solven, agressive tout à coups : « Oui, et pour la peine, je vais lui mettre des santiags, ou plutôt non ! des pantoufles, il est ridicule, il va me laisser tranquille désormais ».
Après quelques rebonds, leur petit jeu s’épuise doucement, Solven a pris de la distance par rapport à la situation, elle devine que d’autres ruisseaux vont jaillir de ses yeux inopinément, mais elle les accueillera comme on regarde les feuilles des arbres tomber inexorablement à l’automne.
Après l’automne de la relation, pointera l’hiver, un temps de retrouvailles avec elle-même, avec le fond de ses entrailles, afin de préparer son être à accueillir un tout nouveau printemps.
Bonjour, j’ai commenté votre texte, mais il semble que mon message ne vous soit pas parvenu. baprikkel@free.fr est-ce bien votre adresse ?
Comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ?
Un mauvais souvenir endimanché…
S’il suffisait de se rendormir pour recommencer une journée ratée et effacer un mauvais souvenir, cela se saurait. Croyez-moi, j’aurais déjà testé la méthode plus d’une fois. Il m’arrive encore, certains matins, de fermer les yeux quelques secondes, comme si le simple fait de retarder l’instant pouvait corriger ce qui a déjà eu lieu.
Ce jour-là, pourtant, tout commence simplement. Nous sommes au début de l’été. L’air est tiède, encore respirable, pas encore chargé des lourdeurs du mois d’août. Je garde Kevin, mon petit-fils de huit ans. Sa mère me le confie avec cette confiance tranquille qui m’honore et m’intimide à la fois. Être grand-père, c’est bénéficier de la tendresse sans avoir à imposer l’autorité, mais c’est aussi porter, en silence, la même responsabilité.
Kevin propose le parc du centre-ville. Il aime le grand toboggan en bois dont l’armature figure un dragon. Un dragon aux flancs nervurés, aux mâchoires entrouvertes, figé dans un rugissement éternel. Je me souviens qu’enfant, j’aimais déjà ces créatures-là : elles promettaient le danger tout en restant inoffensives.
Au parc, tout se déroule comme on l’imagine. Kevin glisse, remonte l’échelle, glisse encore. Très vite, d’autres enfants se joignent à lui. Cinq minutes plus tôt, ils ne se connaissaient pas ; déjà ils se poursuivent comme s’ils avaient partagé la même cour d’école depuis toujours. Les cris fusent, les rires éclatent, le dragon de bois devient forteresse, repaire, frontière imaginaire.
Je les observe. Ce spectacle me suffit. Voir mon petit-fils trouver sa place, entrer sans effort dans la ronde des autres, me procure une joie paisible. J’aime cette facilité qu’ont les enfants à s’accorder les uns aux autres, sans méfiance ni calcul.
Puis le temps se brise.
Un bruit sourd. Pas un cri. Pas encore. Un choc net, comme une planche frappée trop fort. Mon regard se détourne vers le dragon. Kevin est au sol.
Je ne me souviens pas avoir couru, mais je suis déjà près de lui. Il est allongé sur le dos, les yeux ouverts, étonnés plus que douloureux. Et puis je vois le sang. Une entaille large lui barre le front. Le rouge tranche violemment sur la pâleur de sa peau.
Autour de nous, les bruits se sont affaiblis. Les autres enfants se sont immobilisés. L’instant se dilate. Je distingue le grain du bois, la poussière au pied du toboggan, le souffle court de Kevin.
Une minute d’inattention. Une seule.
On ne pense jamais à se munir d’une trousse de premiers secours quand on va au parc. On ne pense jamais que l’ordinaire puisse basculer. Pourtant, il suffit d’un angle mal négocié, d’une course trop rapide, d’un obstacle mal vu.
Une jeune femme s’approche et me tend des mouchoirs :
— J’ai tout vu. En se retournant, il a percuté le montant de l’armature.
Sa voix est calme. Presque professionnelle. Je m’accroche à cette explication. Elle est logique. Rassurante. Elle remet de l’ordre dans le chaos.
Nous quittons le parc pour la pharmacie la plus proche. Kevin marche, courageux, mais sa main serre la mienne plus fort qu’à l’habitude :
— On m’a frappé avec un bâton, répète-t-il.
Je tente de sourire :
— Mais non, Kevin. Tu as percuté le dragon. Il ne regarde jamais où il met ses ailes.
Il me fixe avec sérieux :
— Non, papy. On m’a tapé avec un bâton.
Sa certitude m’inquiète plus que la plaie. Je mets cela sur le compte du choc. L’imagination comble parfois ce que la mémoire n’ordonne pas encore.
À la pharmacie, l’odeur d’antiseptique me saisit. Une pharmacienne nous reçoit. Elle observe la plaie, puis nous observe, nous. Son regard s’attarde un peu trop longtemps. Je raconte. Je précise. Je détaille le dragon, la course, le choc.
— On m’a frappé avec un bâton, répète Kevin.
Je vois quelque chose changer dans les yeux de la pharmacienne. Un doute. Une hypothèse. Peut-être me soupçonne-t-elle de minimiser. Peut-être imagine-t-elle une violence que je chercherais à masquer. Il suffit d’un regard pour qu’un homme se sente coupable, même lorsqu’il ne l’est pas.
Mon esprit s’emballe. Je me vois déjà retenu, questionné, sommé d’expliquer ce qui pourtant est simple. Je parle davantage, trop peut-être. Plus je cherche à clarifier, plus je crains d’aggraver mon cas invisible.
La pharmacienne tranche :
— La plaie est trop importante. Vous devez aller à l’hôpital. Il faut vérifier l’absence de traumatisme crânien et poser des points de suture.
Aux urgences, la lumière est crue. La salle d’attente bruisse d’impatience et de douleurs contenues. Kevin répète sa phrase à l’infirmière. Je rectifie. J’explique encore. Le regard change à nouveau. Soupçon ? Prudence ? Je ne sais plus. Peut-être est-ce moi qui projette.
Puis survient l’obstacle administratif. Pas de carte Vitale. Et je ne suis que le grand-père. La présence d’un parent est nécessaire.
C’est alors que je réalise que je n’ai pas prévenu ma fille. Pris dans l’urgence, j’ai agi sans penser. Je l’appelle. Ma voix tremble plus que je ne l’aurais voulu. Elle arrive en moins d’un quart d’heure, le visage fermé par l’inquiétude.
Les examens s’enchaînent. Scanner. Questions. Vérifications. Finalement, rien d’autre qu’une entaille profonde. Quelques points de suture. Une cicatrice en devenir. Kevin repart sur ses deux jambes. Il tient un pansement comme un trophée discret.
L’histoire pourrait s’arrêter là.
Mais elle ne s’arrête pas en moi.
Pendant des semaines, je revis la scène. Le bruit. Le sang. La phrase répétée. Les regards. Je me demande si j’aurais pu éviter l’accident. Si j’aurais dû être plus attentif. La culpabilité n’a pas besoin de preuves pour s’installer.
Dix ans passent.
Pour ses dix-huit ans, la famille est réunie. Kevin est devenu un jeune homme. Sur son front, une fine cicatrice subsiste, à peine visible, mais que moi je distingue toujours.
On me demande un discours. Je raconte l’histoire. Je parle du dragon, du bâton imaginaire, de ma panique silencieuse. Les rires éclatent aux bons endroits. Kevin sourit. Il touche son front en plaisantant.
Et tandis que je parle, je comprends.
Ce jour-là, sans le savoir, j’ai commencé à endimancher ce mauvais souvenir. Comme autrefois on réservait ses plus beaux vêtements pour le dimanche, j’ai peu à peu habillé cet événement de mots choisis, d’ironie, de distance. J’ai repassé les plis de ma peur. J’ai boutonné ma culpabilité. J’ai ajusté le col de l’angoisse.
Je n’ai pas effacé l’accident. Je l’ai apprivoisé.
On n’efface pas les mauvais souvenirs.
On leur met un costume du dimanche pour pouvoir les regarder en face.
Merci, je suis touchée.
Merci Béatrice.
Bien à vous.
C’est exactement ça… on les habille ! 👏 Gilaber .🐁
Merci Sourisverte.
Bon dimanche à toi !
Oh, cette métaphore est splendide : « J’ai boutonné ma culpabilité. J’ai ajusté le col de l’angoisse. » Quelle trouvaille !
Le récit est long, oui, mais impossible de le lâcher : il est si habilement construit qu’une tension continue nous tient en haleine jusqu’au bout. Un grand bravo, Gilaber ! 🙂
Bonjour Béatrice,
Tu sais que je ne peux jamais faire court… mais je tiens à préciser que cet incident est authentique et qu’il m’a durablement et profondément marqué… Et, je me suis souvenu comment, un jour de fête, je l’avais endimanché.
Bon dimanche à toi.
Gilaber,
Il m’est arrivé le même genre d’aventure. Emmenant les enfants de mon amie sur une fête foraine. Soudain, je vois le garçon disparaître sous le manège « le Tohu-Bohu ». Grosse frayeur ! Personne, ni de mon amie ni de mon amie ne s’est ému de cette disparition.
Heureusement, plus de peur que de mal, l’enfant n’avait aucun mal.
Des fois les dimanches sont pleins de surprises !
Ni de mon amie : une fois ! Une suffit !
Bonjour Gilaber, ton talent de conteur a joliment ficelé cette histoire personnelle ou fictionnelle. J’ai beaucoup aimé
Bonjour Avoires,
J’espère que tout va bien pour toi, il faudra bien trouver le temps pour partager un thé.
Concernant ce récit, les faits sont authentiques et il m’ont profondément et durablement marqués. Heureusement que j’ai pu l’endimancher lors d’une fête familiale.
Bien à toi
Embellir les souffrances – Nicolas – 14/02/26
Comment s’y prendre pour endimancher les mauvais souvenirs ?
Mes parents attendaient de moi ce que je ne suis pas. Je me suis construit avec cette idée, puis, contre eux, avant de devenir moi-même. Je leur ai pardonné depuis longtemps les projections qu’ils avaient faites sur moi. Ils avaient eux-mêmes hérités d’une légende familiale. Eux comme moi ont incorporé les belles valeurs tout en traçant notre propre route. Je les remercie et honore leur mémoire aujourd’hui, le passé n’est qu’une étape nécessaire, une souffrance à sublimer, un passage initiatique.
Les frustrations de l’école, les moqueries des camarades de classe ou les jugements hâtifs des maîtres sont balayés ensuite quand on trouve sa voie. Que sont d’ailleurs devenus les forts en thèmes, ceux qui avaient choisi les options latin et grec ? J’ai plutôt gardé contact avec ceux qui jouaient dans la cour à la récré, échangeaient leur figures panini et celles qui m’ont donné un premier baiser sur la joue. Je me souviens des fou-rires qui m’ont valu de devoir aller me calmer chez la directrice, de ces peintures d’automne, des pots de yaourts transformés en moulins à bonbons pour la fête des mères.
Les disputes avec mes frères et sœurs ne manquèrent pas d’assombrir provisoirement les rapports familiaux. Elles ont pourtant forgé mon caractère, en me préparant à la vie, à savoir me défendre dans l’adversité. Pourtant, la fraternité a toujours été là et les frangins et frangines présents en cas de coup dur, touchant n’importe lequel d’entre nous. C’est ce dont je me souviens, encore aujourd’hui, quand je prends de leurs nouvelles. Nous évoquons tout le reste comme nos quatre cents coups, la folie de nos jeunes années, embellie et patinée avec le temps.
Mes premières amours étaient sans doute des brouillons. Je n’étais pas prêt, il me manquait sans doute de cette altérité qui fait un pas vers l’autre. Il y a eu des orages, des disputes et finalement à chaque fois, une rupture. Ces rencontres successives que je ne regrette à aucun moment, m’ont préparé à aimer mon amour d’aujourd’hui, pour la vie. Je garde à chacune de ces relations de la reconnaissance, une forme de fidélité aux émotions positives, du respect et de la reconnaissance pour m’avoir élevé en amour, jusqu’à celui ressenti aujourd’hui sur des bases plus solides.
Les boulots successifs que j’ai occupés peuvent paraître laborieux au senior que je suis devenu. Ils m’ont pourtant amenés, étapes par étapes vers mon excellence professionnelle d’aujourd’hui. Ce que je percevais alors comme ma vache enragée, était le tremplin nécessaire pour avoir envie d’aller plus haut, en connaissance de cause. Un processus de progrès vers soi et les autres.
Mes enfants, enfin, sont devenus des monstres à partir de leur treize ans. Ils m’ont étés comme enlevés jusqu’à leur vingt-trois printemps. Alors, ils sont redevenus des êtres humains civilisés et nous avons pu nous reparler comme avant. Toutes ces périodes et plus encore, vues d’aujourd’hui, nous ont fait grandir ensemble. Elles nous ont tous remis en question, jusqu’à ce que chacun trouve sa place.
Un beau chemin initiatique, de métamorphoses, et pour finir… de gratitude. Merci Nicolas pour ce partage.
Pas facile la vie de famille ! 🌺🐁
Du remue-ménage certes….Mais de la sagesse au final : bravo!
Ah ! Ce mauvais souvenir qui est pégué à moi et qui ne veut pas me lâcher les baskets.
Il fait la gueule,
Il porte le deuil,
Il est lourd,
Il me pourrit la vie.
J’ai essayé de le perdre dans la forêt,
de le noyer dans le ruisseau,
de le brûler dans la cheminée.
Mais rien n’y fait : il est toujours là…
La nuit, il traverse mes yeux.
Jamais sur « pause » le vilain.
Alors, je me suis rendue chez une sorcière.
Elle m’a expliqué qu’un souvenir étant abstrait, elle ne pouvait pas intervenir directement sur lui.
« C’est toi qui dois apprendre à le détourner de ton esprit.
Lui, il mène sa vie de souvenir ad vitam æternam ».
« Et si tu lui mettais un habit du dimanche ? » Me suggéra-t-elle.
Je l’ai bien remerciée pour ces bonnes paroles.
Ouais… Mais comment endimancher un mauvais souvenir ?
La nuit porte conseil dit-on !
Et le lendemain matin, j’avais compris le message de la sorcière.
J’ai soigné ma coiffure.
J’ai choisi mon plus beau sourire et je l’ai bien accroché.
J’ai relevé la tête et j’ai regardé au loin… c’était beau au loin… Très beau !
Au fond d’une boîte, j’ai retrouvé un petit morceau de joie de vivre et je l’ai agrafé à mon joli chemisier à fleurs.
Voilà !
Et le mauvais souvenir me direz-vous ?
Ah… Le mauvais souvenir ? Il doit traîner quelque part par là… Mais il se fait vieux vous savez…
« Au fond d’une boîte, j’ai retrouvé un petit morceau de joie de vivre et je l’ai agrafé à mon joli chemisier à fleurs. »
Très poétique ! 🙂
Génial l’idée du morceau de joie de vivre à porter sur soi et le mauvais souvenir égaré quelque part.
Vous avez raison. C’est une très bonne et belle idée
Très en forme notre Camomille beaucoup aimé ton texte. 🐁
Merci pour vos bien plaisants commentaires 🫠
Chère amie, j’ai retenu votre demande parue dans le courrier des lecteurs de notre revue.
» Comment faire pour endimancher un mauvais souvenir ? »
C’est très simple, vous devez l’enguirlander . Vous me décrivez cette période où votre patron, bel homme imposant, vous astreignait à des cadences impossibles à tenir, critiquait votre lenteur, votre soi disant difficulté de compréhension, ceci devant tous vos collègues qui n’en perdaient pas une miette.
Mettez lui une tenue ridicule, regardez le bien, petit, ventripotent, la calvitie graisseuse, faites le bégayer, troublé par votre charme. Succès garantie.
Vous vos sentirez l’élue, dans le registre » qui aime bien châtie bien »
De votre côté, ne vous voyez plus comme la victime d’un chefaillon despotique mais l’objet de son désir qu’il ne peut exprimer que de cette façon, trop introverti pour se conduire en gentleman.
Et là, vous lui dite :
Oui monsieur le chef de service, je comprends votre demande mais ne peux y répondre
Ambigu à souhait !
Votre souvenir deviendra une victoire que vous aurez traitée avec élégance et ironie,avec toute la courtoisie nécessaire.
Du panache, toujours du panache. Ceci est valable pour toute sorte de mauvais souvenir, donnez vous le beau rôle.
Avec toute ma sympathie.
N’oubliez pas de me dire si mon conseil vous fut efficace.
Ce souvenir himiliant gardé, incrusté dans ma mémoire, réapparaît de temps à autre .Alors, j’ai décidé, ça suffit, je le connais bien ,et je réagis . Comme il m’est déjà arrivé, j’affuble mon comparse adversaire en habit de clown complètement décalé avec son attitude pseudo élégante, sur un fond musical ridicule et nous rejouons la scène !!!
Me voilà audacieuse, débordant de fantaisie et d’humour grinçant … restant consciente de mes limites , avec des réparties bien choisies
Bien endimanché, il devient une bonne histoire à raconter ..
Comment s’y prendre pour endimancher un mauvais souvenir ? Oh la jolie question que nous posait l’ami, les pieds dans l’eau, se chamaillant avec des arbres arrachés par la montée du ruisseau, devenu fleuve d’un jour.
Le tout demeurait de ne pas se noyer dans l’immédiat, de ne pas dramatiser, de ne pas faire d’un petit incident de la Terre, une ixième tragédie grecque.
A tous les coups, son imagination fertile allait déborder du flot de son lit créateur. Il prendrait son temps. Il observerait le cul des racines, toute cette vie camouflée, du souterrain et de l’aquatique mélangés. Il verrait des taupes se bricolant des radeaux, des gardons tentant leur premiers pas sur terre. Il jetterait des bouées à des branches en perdition, hélant du bout de leurs tous jeunes bourgeons la main secourable du passeur de mots.
Il compterait les nids détruits, les projets de maternité printanière engloutis par le trop courant, observerait les parents piaillant contre les trop gros éléments. Les échos d’un petit roitelet ne régnant plus sur rien.
Il soufflerait dans ses doigts pour réchauffer la fraîcheur de son âge, il taperait un peu des talons pour recaler ses genoux. Il cajolerait le combat pour éviter qu’il tourne au conflit. Il prendrait la mesure de sa pondération, il endiguerait ses inquiétudes dans du papier chiffon, voire du japon, issu de l’écorce des tendres arbrisseaux de passage.
Il se reposerait sur un banc de sable et de ciment. Il projetterait le bois à conserver, pour se chauffer, les planches à travailler pour une nouvelle cabane, les nichoirs à construire, le manche d’un couteau ,pour remplacer le fatigué, celui qui traîne en fond de poche, celui qu’il sort de temps en temps pour fignoler une nouvelle entaille au porche de sa vie.
merci pour ce texte qui résonne très fort ce matin ou je frôle la tragédie grecque… ça va si vite dans la tête
« le manche d’un couteau ,pour remplacer le fatigué, celui qui traîne en fond de poche, celui qu’il sort de temps en temps pour fignoler une nouvelle entaille au porche de sa vie. »
merci
Avec Jean-Marc, on retrouve le goût de la terre et cette rare qualité d’observation qui plonge au plus près du vivant. Au-delà du cul des racines, de l’écorce et de l’entaille, affleure une âme d’enfant, intacte et joueuse. Alors les taupes se bricolent des radeaux, les gardons s’essaient à leurs premiers pas sur la terre ferme : le réel bascule doucement dans l’enchantement. 🙂
794/ FEND LA BISE
Et si les mauvais ‘souvenirs’ étaient en gestation ? Un oxymore ? Pas tant que ça.. les pires sont ceux qu’on imagine qu’on dessine dans un destin tragique. Ce sont eux qui m’inqiètent le plus. Les autres je les connais… et même nous nous connaissons bien … apprivoisés… on vit avec mais les autres ? Ceux-là sont troublants et comment vivre ensemble puisqu’on ne se connait pas encore ? Juste je les devine tapis au coin de l’avenir.
Je vais laisser les anciens défiler en cortège funèbre et essayer de ‘cravater’ les autres en tenue de dimanche pour qu’ils ne prennent pas le dessus. Et pourquoi ne pas faire une grande fiesta genre orgiaque et les laisser s’étriper entre eux ? Je ne serai plus que spectateur de mes émotions … mes idées noires… Pour la fête je vais les ‘cravater’ et les habiller de blanc, de ce blanc presque transparent ainsi je pourrai passer au travers en filigrane. 🐁
Les mauvais souvenirs qu’on ne connaît pas, ceux qu’on imagine, tapis au coin de l’avenir…
Voilà une petite perle !
Merci Souris verte ! 🙂
Une fiesta orgiaque pour les mauvais souvenirs …
C’est extra souris verte 😉
Notre souvenir traînait sa silhouette cabossée comme un manteau trop lourd. Il n’aimait ni les rubans ni les dimanches.
Quand il surgissait au cours de nos conversations, que nous étions tous tentés d’enfoncer le clou, de rentrer dans le pathos et de sortir les violons, je m’efforçais d’y mettre quelques bémols. Ce qui, loin d’apaiser, déclenchait une houle de controverses.
Le souvenir s’en trouvait vexé. En minimisant les choses, je portais atteinte à son intégrité. Il était ce qu’il était et ne voulait pas changer. Au contraire, il se nourrissait des lamentations de chacun. Il connaissait son pouvoir et refusait l’exil — celui que, d’une certaine manière, nous avions tous envie de lui imposer… en vain.
Surtout lorsque le couvert était mis et que le bon vin coulait généreusement.
Alors les esprits se déliaient et convergeaient, inévitablement, vers lui. Il le savait et attendait son tour, un pli de sourire au coin des lèvres.
La musique, mille fois jouée, se rejouait encore. Nous étions des musiciens aguerris ; lui, le chef d’orchestre, menait l’ensemble à la baguette.
J’étais le couac. La note étrange. Dissonante.
J’avais beau chercher la nuance, le chemin de traverse, la voie médiane, ce souvenir refusait l’habit du dimanche.
Il n’était pas un enfant de chœur.
La messe était déjà dite.
Un bien beau couac 🌺 chère Béatrice. J’ai bien aimé🐁
Un point de vue sur le mauvais souvenir très subtil!
Une finesse qui fait du bien!