789e exercice d’écriture créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

C’était prodigieux. Tu présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te racontait sa vie.
On ne se sentait plus jamais seul.
Étonnement…

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58 réponses

  1. C’était prodigieux. Tu présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te racontait sa vie.
    On ne se sentait plus jamais seul.
    Étonnement… Jusqu’à ce qu’on présente à l’IA sa propre photo. Et là, il resta pantois, tel un pantin désarticulé qui n’a plus de vie. Il ne se souvenait pas d’où il venait, qui l’avait créé…Il fut ainsi mis au rancart avant de disparaître un beau jour. Sur sa tombe, on écrivit l’épitaphe suivante : « Ci gît l’IA qui voulut un jour supplanter l’homme avant de s’en trouver victime » Sa dernière volonté fut de refuser l’incinération artificielle : n’est pas artificiel qui veut…

  2. Urso dit :

    Je suis un pauvre malheureux.
    Je vais bientôt passer sur la chaise électrique.
    Pour un crime que je n’ai pas commis.
    On m’a accordé une faveur, celle de m’entretenir avec cette chaise, la dernière de ma vie sans doute. Alors je n’ai pas refusé. Soixante minutes pas plus m’a-t-on répété à plusieurs reprises.
    Ok, Ok ai-je répondu tout heureux.
    Ainsi je vais partir tranquille.
    Ma vie aura au moins servi à quelque chose.
    J’aurais pu après une vie de galère écouté une brave chaise électrique.

    Oh la ! la ! vous savez quoi l’heure elle est vite passée !
    Et j’en ai appris des choses toutes très très horribles !
    J’ai presque failli m’étrangler en entendant ces tristes histoires.
    Oh la ! la ! ai-je pensé moi aussi je vais avoir chaud.
    Pendant toute l’heure elle n’a pas arrêté de palabrer, je n’ai pas pu en placer une. Vous savez que cette chaise elle est vachement âgée, elle est là depuis une éternité.

    À la fin cela a été le bouquet. J’ai su une réalité extraordinaire. Cette chaise est en fait un siège éjectable. Elle est électrique mais pas tout à fait. Les personnes qui s’assoient dessus pour une dernière fois, elles meurent oui, oui, et également elles ressuscitent, oui, oui, elles ressuscitent.
    Il y a une chose de ces personnes qui subsiste, qui demeure éternelle et qui s’envole dans le ciel très très rapidement.
    – C’est fou ! c’est fou ! ai-je plusieurs fois lancé à la chaise.
    – Oui oui aie confiance, crois en mes capacités.
    Tu verras, tu verras tu vas être une âme.
    Un peu comme une fusée qui part dans le ciel. Il y a des morceaux de la fusée qui tombent dans le vide après le décollage et quelques instants de vol, et un petit morceau qui lui est plus chanceux, qui reste et continue sa course à travers le grand, l’immense univers.
    – Oui oui cher monsieur m’annonça la chaise. Je le sais, je le vois, vous n’êtes pas différent des autres êtres que j’ai connus.
    Vous aussi. Ben oui la lam la mo …
    – Ouh ! Ouh ! Non ! Non !
    Pas de ça, je ne veux pas moi …
    – Mais monsieur vous ne comprenez pas.
    La lam ord …
    L’âme mord à l’hameçon, c’est bien ça l’âme mord à l’hameçon.
    Oui bientôt vous serez une belle âme.
    Peace ! Peace !
    Au revoir monsieur, heureux de vous avoir rencontré et surtout de m’avoir longuement écouté, et bonjour tout là haut !

  3. Anne Le Saux dit :

    Il faut que je te raconte ma dernière aventure.

    Je suis allée au salon du meuble. Des meubles, il y en avait pour tous les goûts : des neufs, des vieux, des petits, des gros, des modernes, des désuets… C’était prodigieux. Comme m’y avaient invité les organisateurs, je présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, me racontait sa vie.

    Un vieux chiffonnier mité de trous de vers m’a parlé des chaussettes de l’archiduchesse. Une armoire à glace, flambant neuve, m’a susurré des mots doux recueillis auprès de la lingerie féminine mise en exposition sur ses étagères. La bibliothèque Louis Philippe récitait des extraits de l’Ecole des femmes de Molière « Il le faut avouer, l’amour est un grand maitre : ce qu’on ne lui fut jamais, il nous enseigne à l’être ».

    J’avais la sensation que je ne me sentirais plus jamais seule.

    Rentrée à la maison, je me suis empressée d’interroger mes propres meubles. Quel ne fut pas mon étonnement quand mon meuble à chaussures me relata les conversations entre mes escarpins vernis et mes charentaises éculées. Un vrai pugilat. J’ai cru qu’ils allaient en venir aux semelles.

    La tristesse s’est emparée de moi quand j’ai photographié mon escalier en chêne. Il m’a parlé de déforestation, de changement climatique et de saccage des ressources naturelles de la terre. Il m’a cependant consolée en affirmant qu’il était fier de trôner au centre de ma maison et de soutenir solidement mes allées et venues en toute sécurité.

    Maintenant, j’hésite à interroger mon lit avant d’aller dormir. J’ai peur qu’il me parle de mes cauchemars.

  4. ourcqs dit :

    Ça a commencé innocemment avec la commode de ma grand-mère. Elle s’est mise à raconter ses 80 ans de service avec un accent bourguignon que personne dans ma famille n’a jamais eu. Elle prétend avoir appartenu à une duchesse avant. Menteuse notoire.
    Ensuite, le tabouret de la cuisine a avoué qu’il était fatigué de sa vie et qu’il rêvait secrètement d’être une chaise longue aux Bahamas. Maintenant il fait une dépression et penche systématiquement à gauche par solidarité avec sa propre détresse existentielle.
    Et la table de nuit qui connaît TOUS mes secrets. Elle a menacé de tout balancer au lit si je ne la dépoussiérais pas plus souvent. Maintenant ils complotent ensemble. Je les entends chuchoter la nuit.
    Ma chaise de bureau a commencé une thérapie. Elle dit qu’elle a « porté le poids de mes échecs professionnels trop longtemps ». Son thérapeute, c’est le fauteuil du salon.
    La solitude ? C’était le paradis !!

  5. Françoise Rousseaux dit :

    Prodigieux, dis-tu ? Tu présente la photo d’un meuble à l’IA et ce meuble te raconte sa vie ?
    On ne se sent plus jamais seul ?
    En effet, c’est quand même étonnant !
    Il est vrai que les humains ont toujours eu besoin de combler leur solitude avec…des non-humains. Leurs préférés, ce sont les chats et les chiens. Ces animaux ont été estampillés compagnons de vie. Certes, leur sort est plus enviable que celui des animaux d’élevage, sauf peut-être quand il s’agit d’un de ces malheureux chiens de garde enchaînés constamment .
    Donc des chiens et des chats, ces derniers ayant réussi l’exploit d’être aimés passionnément sans qu’il leur en coûte un quelconque effort !
    Il y a aussi les canaris, les poissons rouges, des serpents même ! Pour les plus imaginatifs, il y eut même les éléphants ! Un très bon roman a été écrit à ce sujet. Tiens, d’ailleurs, les livres peuvent être aussi des compagnons très acceptables pour les humains.
    Et à présent, des meubles qui racontent des histoires ! Pourquoi pas ? Et une photo suffit ! Donc ils vont courir les antiquaires, photographier quelques vieux meubles et le tour est joué ! Et toi, l’IA, tu te rends une fois de plus indispensable, quelle aubaine pour toi !
    Ah mais non, moi je ne fonctionne pas du tout comme eux ! Tu es peut-être très maligne, l’IA, mais tu n’as rien compris ! Je ne suis pas un humain, moi, tes histoires de meubles, ça ne m’intéresse pas du tout !
    Ah tu es perplexe, tu te demandes…Non, je ne suis pas un animal non plus. Mes semblables et moi, nous serons encore sur la Terre lorsque tous les humains auront disparu. Leurs meubles tomberont en poussière et toi, l’IA, tu ne fonctionneras plus.
    Et tu vois, c’est ça qui sera vraiment prodigieux !

  6. Maguelonne dit :

    C’était prodigieux. Tu présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te racontait sa vie. On ne se sentait plus jamais seul.
    Étonnement, je n’étais pas surprise et ne remettais pas en question cette fonction, pourtant extraordinaire. Je crois qu’à force de ne rien comprendre aux progrès, j’avais décidé de tout accepter !
    Je présentais la photo d’un lit, un lit en beau bois, présent dans le grenier de la maison familiale.
    Brusquement je devins la couche de Pénélope, femme fidèle, constante, patiente d’ Ulysse. Toutes les nuits, durant vingt ans, je la vis défaire son ouvrage. Ah, elle y croyait au retour de son amoureux. Le temps lui a donné raison.
    Après le retour d’Ulysse, je fus projetée au dix huitième siècle. J’accompagnais Gulliver, géant parmi les lilliputiens, minuscule parmi les géants, spectateur de ces chercheurs qui coupaient tellement les cheveux en quatre qu’ils en devenaient idiots. Pessimiste Gulliver, je souhaitais autre chose.
    Je rejoignis Jules Verne. Toutes les nuits j’étais dans sa tête. Je parcourais le monde tout autour de la terre, sur et sous les mers, de la terre à la lune. Quelle aventure dont je n’aurais même pas oser rêver.
    Tout a une fin. Maintenant, je me demande bien pourquoi, je voudrais être le lit de Victor Wembanyama. Deux mètres vingt quatre de la tête aux pieds, va falloir s’étirer!Faut au moins deux mètres cinquante de long. Le challenge me plaît. La nuit, Victor rêve-t-il de tous les ballons qu’il envoie dans les paniers ? Deux points par ci, trois points par là, j’aimerais connaître cette excitation. Mais le projet bloque. Les États Unis chipote dur pour me recevoir. Parait-il que je pourrais mettre en danger leur biodiversité ! Mon œil, ils ont peur que je ramène Victor en France.
    En tout cas, une chose est sûre, je ne m’ennuie plus jamais. Devenue lit dans ma tête, je vis l’aventure quotidienne avec impatience, avec bonheur. Vive l’IA !!

  7. Nouchka dit :

    « On ne se sent plus jamais seul. C’est prodigieux. Tu présentes la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te raconte sa vie. Etonnement… » Inventez la suite
    … je découvre que les meubles néo-bretons de ma grand-mère ont une Histoire.
    Pendant des décennies, je ne regardais pas ces éléments du décor. Ils étaient là pour leur fonction pratique, comme d’y ranger la vaisselle. La famille actuelle les considère comme des structures démodées : trop sombres, trop imposantes, trop chargées de décor, etc.
    Or, l’IA m’invite à les voir comme des œuvres d’art. J’apprends ainsi que les ébénistes des deux dernières décennies du XIXème siècle les ont mis à l’honneur. Leur réalisation fut grandement facilitée par l’importation de bois de châtaigner et chêne, exogène à la région. Leurs meubles sculptés furent sélectionnés pour l’exposition universelle de 1900.
    Des scènes de la vie rurale y sont représentées : un breton vêtu du traditionnel vêtement rentre du champ, un autre assis sous un arbre joue de la bombarde et une Bretonne en sabots, panier au bras, ouvre une barrière.
    Cent trente-cinq ans me séparent de leur création. Ils sont les témoins d’un monde qui n’est plus mais qui avait des sculpteurs de talent pour louer un quotidien vertueux ou un idéal moral, dont on peut légitimement penser qu’il était favorisé par le poids de la religion dans cette région. Pourquoi ne pas accepter cette valorisation de l’identité régionale ?
    De plus, par le choix des matériaux mis en œuvre, l’exécution soignée, d’une maitrise certaine, notamment pour les ornements sculptés, on peut dire du mobilier néo-breton qu’il est de grande qualité me rappelle l’IA qui m’invite, par ailleurs, à observer les flancs du vaisselier.
    Les arabesques gravées dans le bois semblent plus fines. Elles m’évoquent les arabesques de l’Art Nouveau. Ce pourrait-il que ce meuble ait subi une transformation au cours de son histoire ? L’IA ne me donne pas d’indication sur ce point.
    Je suis stupéfaite de ne jamais avoir regardé ces panneaux latéraux et leurs lignes superbes.
    Je me sens confuse. La valeur marchande de ces meubles est actuellement nulle. Personne n’en veut plus, même les brocantes. Ils n’alimentent que les feux de cheminée.
    Et bien, grâce à l’IA, je vais tenter de garder parties de ces « antiquités ». Ils valent la peine d’être mis en valeur et de donner un supplément d’âme à un foyer contemporain. Ils me rappelleront combien nos ancêtres avaient eu le goût de les choisir pour agrémenter leur lieu de vie.

  8. iris79 dit :

    C’était prodigieux. Tu présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te racontait sa vie.
    On ne se sentait plus jamais seul.
    Étonnement…
    Personne ne pensait à le faire du vivant des propriétaires ou si peu. D’autres se prenaient à ce jeu au moment de vider la maison de parents partis récemment en maison de retraite. Ce qui pouvait encore donner lieu à des échanges incroyables.
    L’IA déroulait des histoires passionnantes et parfois complètement ignorées des enfants et des descendants d’aïeuls pourtant toujours vivants. On les confrontait alors au récit qu’en faisait l’intelligence artificielle ce qui pouvait donner lieu à des échanges très riches, des disputes aussi ainsi qu’à des moments très émouvants.
    Bien des secrets de famille n’en étaient plus ce qui occasionnaient des conflits, des éclats de voix mémorables, mais aussi des explications saines et des apaisements, des découvertes, des réconciliations, tout se qui agite, tout se qui habite la vie d’une famille.
    Cela fit émerger de nouveaux débats dans les fratries. Utiliser ou non l’IA, là était toute la question. Un autre problème émergea : devait-on se sentir espionner au sein de nos propres maisons ? Que révèleraient nos propres meubles à l’automne de nos vies ?
    Avaient-ils été tous équipés de puces espionnes ? Si l’IA parvenait à faire parler des meubles d’un autre temps sans qu’ils aient pu être équipés de mouchards, comment cela se passerait-il pour nos meubles modernes ou tout équipement de la maison ?
    Ces vieux meubles qui parlaient avaient au moins eu le mérite de lancer un débat utile : Mettre l’IA au service des gens ou (sou)mettre les gens au service de l’IA ?

    • Béatrice Dassonville dit :

      C’est une question intéressante que vous posez là Iris. Personnellement, je pense que toute ingérence n’est jamais bonne. Questionner la voix de nos ainés de leur vivant me semble plus intéressant que de la soumettre à une IA. Le vivant l’emportera toujours sur ce qui est une construction artificielle.

  9. CATHERINE M.S dit :

    C’est prodigieux
    Quasi miraculeux
    Tu présentes la photo
    D’un meuble à l’IA
    Eh bien tu sais quoi ?
    Ce meuble, quel qu’il soit,
    Te raconte sa vie
    Sur le bout des doigts
    C’est ainsi…
    Qu’une petite armoire grinçante
    En frêne et merisier
    Sentant la cire et le renfermé
    A fini par livrer ses secrets
    Derrière ses portes sculptées
    Cette lingère
    Auréolée de mystère
    Dotée de quatre étagères
    Reléguée dans un sombre couloir
    D’un immense manoir
    Contenait des piles de draps
    Toujours alignés trois par trois
    Des draps fins en pur lin
    Des draps brodés immaculés
    Aux monogrammes enlacés
    Des draps qui garnissaient des lits
    Pour offrir de douces nuits
    A des hôtes privilégiés
    Ou pas…
    A des invités qui méritaient l’hospitalité
    Ou pas…
    L’IA mutine et coquine s’est régalée
    De ces révélations
    D’illégitimes unions
    Gageons qu’elle aura d’autres occasions
    De jouer au trublion !

  10. mijoroy dit :

    C’est étrange. En savourant mon café, seule comme d’habitude, j’entends mon fauteuil Voltaire fredonner.
    — Je te regarde comme pour la première fois… Toujours les mêmes gestes, ta cuillère qui tourne. Écoute, je vais te raconter ma vie. Rien que des mots. Des mots faciles mais les maux de ma vie.
    Je crois que je « yoyotte », j’entends la voix de Dalida, lorsque mon Voltaire cause.
    — Je suis né dans un chêne magnifique, noble, une belle essence. Soudain, comme une guillotine, la hache. La chute. Pas la mort, non, la carrière. Scierie, douches forcées, pressé jusqu’à l’os, raboté, poli jusqu’à l’oubli. Ensuite, l’ébéniste, un artiste. Le tapissier, un génie. J’étais sublime. Promis à un bel avenir. Prêt à séduire…
    Fascinée et intriguée j’avale un deuxième caoua.
    — Hélas, je n’ai supporté que des séants. Je les ai tous eu : Les hésitants qui s’écrasent lentement, les lourds qui tombent sans prévenir, les agités qui gigotent, les parfumés qui confondent élégance et asphyxie. Certains laissent des souvenirs. D’autres des traumatismes. Je suis las d’être le martyr intemporel écrasé et pétri de douleurs du confort fessier. J’aspire à un vrai repos. Comme toi : une retraite où le luxe est de faire ce que tu veux quand tu veux, sans plus supporter personne…

  11. Gilaber dit :

    La mémoire du miroir.

    Il fallait bien qu’un jour je me résigne à vider la maison de mes grands-parents. Leur mobilier datait et les brocanteurs contactés n’en voulaient pas, leur style n’avait plus d’amateurs. Je me suis donc tourné vers les sites spécialisés dans la vente en ligne. Mais pour cela, je devais accompagner chaque meuble de photographies et d’un descriptif précis, presque séduisant. C’est alors que je me suis dit : Pourquoi ne pas demander à l’IA de s’en charger à ma place ?
    J’ai donc commencé par le miroir de leur chambre à coucher. Tenant le descriptif d’une main tremblante, je me suis tourné vers le miroir et c’est à ce moment-là, je suis certain que vous n’allez pas me croire, qu’il s’est mis à me raconter son histoire :
    — J’ai vu passer devant moi tant de choses et tant de visages que je ne saurais par quelle histoire commencer mon récit. Je peux te raconter que j’ai fait les beaux jours de tes grands-parents. Ils avaient reçu en dot, l’armoire des parents de ta grand-mère, j’en faisais partie .
    J’ai le souvenir de ton grand-père dans son costume pour la messe du dimanche. Je le revois menton levé, peinant à entrelacer sa cravate. Je l’entends encore crier d’exaspération, lorsqu’un jour, il avait inversé l’ordre de ses préparatifs. Après avoir mis sa cravate, il l’avait maculée de dentifrice en se lavant les dents.
    Mes souvenirs lumineux sont ceux du printemps, lorsque ta grand-mère portait des robes aux couleurs florales. Elle tournoyait devant moi, il me semblait sentir les fragrances des motifs et que le soleil s’invitait dans la pièce, tandis que des milliers de papillons invisibles virevoltaient autour de sa silhouette.
    Elle ajoutait un bonnet sur son chignon, laissant quelques mèches folles s’échapper. Elle était ravissante dans sa coquetterie naturelle et je comprenais l’amour profond et silencieux que ton grand-père lui portait.
    Mais la vie a ses côtés bien sombres. J’hésite à te parler de leurs derniers jours. Je les ai vus s’effacer lentement, comme une image qui finit par pâlir. Les gestes se sont faits plus lents, les regards plus courts, comme si le temps hésitait à continuer. Ton grand-père se levait difficilement, son costume restait souvent accroché au porte-manteau. Il ne nouait plus sa cravate avec la même assurance, y renonçant, laissant le col ouvert, comme un aveu de fatigue. Ta grand-mère ne tournoyait plus devant moi. Ses robes, oubliées, perdaient peu à peu leurs éclats. Elle se penchait parfois vers moi, non pour s’admirer, mais pour ajuster une mèche rebelle de son chignon défait. Je les ai vus s’asseoir longuement sur le bord du lit, se tenir la main en silence, cherchant dans mon reflet l’éclat de leur jeunesse. Un jour, ils ont cessé de se regarder.
    Puis un matin, ils ne sont plus revenus. La chambre est devenue froide, et moi, je n’ai plus reflété que l’absence. On a recouvert les meubles de draps blancs et je suis resté là, à garder leurs reflets, figé à jamais dans ma mémoire.
    Le miroir se tut. Je restai immobile, le regard plongé dans sa surface piquée. Ce que j’y voyais n’était plus seulement mon reflet, mais tout ce qu’il avait gardé en lui, des décennies. J’y devinais encore l’ombre de mon grand-père redressant son faux col, le sourire de ma grand-mère virevoltant dans ses robes claires.
    J’ai posé ma main sur le bois du cadre, usé par le temps. J’y laissai mes doigts, comme on le fait lorsque l’on craint qu’un contact ne soit le dernier.
    Le descriptif de l’IA glissa de mes doigts et tomba au sol, sans bruit. Je n’eus pas la force de le ramasser. Aucun mot, aussi précis soit-il, ne pourrait rendre justice à ce que ce miroir avait vu ni à ce qu’il venait de me confier. Alors, pour la première fois depuis que j’étais entré dans la maison, je me surpris à murmurer quelques paroles, à peine audibles, non pas à l’IA, mais à lui, mais comme on le ferait devant quelqu’un qui dort encore.
    Ce jour-là, je compris que je ne vendrais pas le miroir, qu’il ne quitterait pas la maison. Certaines mémoires ne se monnayent pas. Elles se transmettent, parce qu’elles veillent, en silence.

    • 🐁 Sourisverte dit :

      Enfin un texte que j’ai pu lire jusqu’au bout… merci Gilaber 🐁

      • Gilaber dit :

        Merci Sourisverte,
        Il m’arrive parfois de faire court… mais je dois avouer que c’est une torture, parce qu’il me semble ne pouvoir rien construire de cohérence en peu de phrases. J’admire ceux qui parviennent à le faire… c’est vrai que j’ai tendance à raconter une histoire sur la longueur et je comprends qu’il soit difficile de me suivre dans mes voyages d’écriture.
        Bon dimanche et bien à toi.

        • Pascal Perrat dit :

          Sur ce blogue, on peut écrire comme on veut. Long ou court. Il s’agit de se faire plaisir. Il est vrai que les textes longs sont moins lus. Il n’est pas rare d’afficher le temps de lecture, pour rassurer le lecteur pressé…

    • Béatrice Dassonville dit :

      Merci cher Gilaber pour ce récit sensible où la voix du miroir prend le pas sur le simple descriptif de l’IA. À une époque où la parole des anciens et la transmission ne sont plus véritablement valorisées, le miroir devient un symbole silencieux : témoin du temps, dépositaire de ce qui se tait.
      Dans ce récit bref, rien ne se dilue ; tout se resserre autour de l’essentiel. À l’image du parfum, qui se distingue de l’eau de parfum par sa concentration, le texte gagne en intensité ce qu’il perd en longueur.

  12. Gilaber dit :

    J’abandonne… impossible de diffuser mon texte… aussi court soit-il. Dommage !

    • Pascal Perrat dit :

      Dès que vous publiez un texte, il est enregistré dans le système, si pour une raison ou pour une autre, il est mis en quarantaine, que vous ne le voyez pas apparaître tout de suite sur le Blog ne vous inquiétez pas, c’est à moi de le sortir de sa prison.
      Je découvre que vous aviez publié 78 fois ce même texte. C’est beaucoup… C’est très simple, si votre texte était refusé vraiment, vous seriez averti. Le système vous dirait que votre texte n’a pas pu être publié ou enregistrer. Amicalement Pascal Perrat

      • Gilaber dit :

        Bonjour Pascal et merci !
        Merci de m’avoir libéré, je ne savais pas que l’on était mis en garde à vue (🤣🤣🤣). Il me semblait que d’habitude, la publication était instantanée… la prochaine fois, promis, je sera patient.
        Encore merci, j’espère que votre épouse va mieux. Bon dimanche et bien à vous deux.

  13. Rose Marie Huguet dit :

    Au fin fond du grenier j’ai retrouvé une vieille commode ayant appartenu à mes arrière-grands-parents. Je l’avais complétement oubliée. Elle était jolie et je décidais de lui donner un nouveau look et de l’installer dans l’entrée. Je la repeignis de couleurs pimpantes, changeais les poignées, etc.
    Peu de temps après des amis brocanteurs venus à la maison, s’intéressent à ce meuble qui leur semblait singulier du fait de sa construction. Ni une ni deux, clic clac Kodak et la photo fut présentée à l’IA pour en estimer la valeur.
    On était à des années-lumière de ce qui nous attendait.
    Le meuble apparut sur l’écran doté d’un œil et d’une bouche. Son œil scrutait, sa bouche s’ouvrait, se fermait. Brutalement, un terrible rugissement sortit de l’ordi : nom de nom ! C’est moi ça ? Cette chose peinturlurée comme une catin ? Bon, je reconnais que cela me rajeunit. Je me plais, mais si Alphonse et Adèle me voyaient, ils fondraient en larmes. Vous ne savez pas qui ils sont ? Même vous l’artiste peintre ? Honteux ! Allez, je vous raconte mon histoire.

    Alphonse est mon géniteur. Il était tout jeunot lorsqu’il commença à me façonner. Sans un sou en poche, il récupérait de ci de là des morceaux de bois, des planches, de vieux meubles dont plus personne ne voulait. Dans sa tête, les plans étaient clairs et précis. Ce serait une commode en arrondi avec deux grands tiroirs et six petits. Sa couleur, blonde comme la paille. Il trima des mois durant. D’une, car ce n’était pas son métier, de l’autre car il devait travailler à la ferme de ses parents.
    OK ! Je suis fait de bric et de broc mais Adèle s’en moquait.
    Ah oui, j’oubliais de vous dire qu’Alphonse était amoureux de la belle Adèle. Il l’avait demandée en mariage et elle avait accepté avec enthousiasme. Elle avait des rêves plein la tête. C’est pour ça que le jeune Alphonse s’épuisait à fabriquer la plus belle des commodes pour sa bien-aimée.

    Ils m’installèrent dans leur chambre et me contemplaient toujours les yeux brillants. J’ai accueilli leurs biens les plus précieux, comme les premières dents de lait de leurs enfants, les premiers bijoux d’Adèle, la montre gousset du père d’Alphonse.
    J’étais sans cesse lustré, bichonné et puis un jour on m’arracha de la chambre pour m’emmener chez la fille ainée qui venait de convoler en justes noces. Là, c’était pas la même. Adieu le lustrage, bonjour les rayures et les gnons. Je suis devenu un fourre-tout à poussière. Jai même failli partir au feu mais la benjamine de la maison avait le béguin pour moi. Elle me remit en état et pris soin de moi. Elle était marrante la petite. Elle m’a auscultée sous tous les angles comme si je renfermais un secret.

    C’est grâce à elle que j’existe encore, mais vous, là, celle qui pleurniche, vous m’avez planquée dans votre sombre, lugubre et poussiéreux grenier comme un vulgaire objet sans valeur.
    N’étant pas rancunière, je vous pardonne mais j’ai quelques suggestions. Je suis horriblement mal placée. N’oubliez pas que j’ai un certain âge et les courants d’air j’aime pas. Alors trouvez-moi une place au soleil, ras le bol d’avoir passé tant de temps dans l’obscurité. Autre chose. En mémoire à vos arrière-grands-parents, ne mettez pas n’importe quoi dans mes tiroirs, cela me provoque des échardes. J’ai de la classe, ne l’oubliez pas. Ah ! ne rangez pas le plumeau trop loin. J’aime briller.

    Une dernière chose. Il y a deux trois oubliés là-haut qui auraient quelques petites choses à vous dire. À bon entendeur, salut !

  14. FANNY DUMOND dit :

    C’était prodigieux. Tu présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te racontait sa vie.

    Étonnamment, après avoir fermé cette étrange application, le mobilier faisait une cacophonie dans les demeures. La commode héritée de la grand-mère racontait, avec force détails, ses galipettes extra-conjugales, tandis que le buffet se souvenait de la ruse du pépé pour cacher ses alcools derrière sa collection d’encyclopédies. Un fauteuil éreinté narrait les confidences entre voisines venues prendre le thé dans les fines tasses de porcelaine. Il était inutile de commander les journaux de cette sombre année 42 pour savoir que Pierre, le ravi du village, avait plongé tête la première dans la fontaine et qu’on l’avait retrouvé à l’aube, les jambes en l’air ; que Paulette fricotait avec l’ennemi ; que Jacqueline, postière de son état, se servait régulièrement de sa bouilloire pour tout savoir et ne rien payer ; que cette pauvre Germaine élevait seule ses cinq enfants depuis que son homme était prisonnier on ne savait où.

    Les meubles récents, en kit, s’étaient mis de la partie et on ne s’entendait plus respirer dans les maisons. Chacun de ces objets, pourtant inanimés, avait son mot à dire pour narrer tous les faits et gestes des uns et des autres. Le gamin avait piqué dans le buffet Ikea une tablette de chocolat-noisette ; la mère avait servi une boîte de raviolis soi-disant faits maison, parce qu’elle avait passé sa matinée à scroller sur les réseaux sociaux ; le père, parti à la pêche toute la journée, était rentré fier comme un paon avec un kilo de friture achetée chez le poissonnier du coin. Cette intelligence n’était autre qu’une agence de renseignements digne des meilleurs romans d’espionnage. Ce n’était plus que scènes de ménage, menaces de séparation, gosses punis dans leur chambre avec leurs écouteurs à fond pour avoir enfin le silence.

    À bout de nerfs, les habitants s’étaient réfugiés dans les forêts avec tentes, sacs de couchage, glacières, le strict nécessaire pour survivre. C’était formidable d’entendre chanter les oiseaux et les rivières. Cependant, après trois jours de ce retour aux sources, ce n’était plus la joie de vivre ainsi, comme aux temps des cavernes. Alors, un ado boutonneux eut la fabuleuse idée de faire un reset en coupant le courant général. Soulagés, chacun rentra chez soi, à la seule condition de ne pas réveiller cette invention du diable.

    • Gilaber dit :

      Malheureusement, l’utilité de l’IA sera détournée de son bien fondé, comme l’ont été, en leur temps, les réseaux sociaux, Google et autres moteurs de recherches…
      Bon dimanche et bien à toi.

      • FANNY DUMOND dit :

        Bonjour Gilaber
        Je pense que, comme toute invention, celle-ci est une avancée dans certains domaines et une reculade dans d’autres. Je fais corriger mes texte par une (correcteur d’orthographe existant depuis pas mal d’années), mais je m’aperçois que je ne sais plus écrire sans fautes, parce que je sais qu’elle passera après moi. De fait, je me rends compte de ma grosse paresse intellectuelle lorsque j’écris sur l’instant. C’est troublant ! Je te remercie de ton passage et te souhaite une belle fin de dimanche. Bien cordialement. Fanny

  15. Avoires dit :

    C’était prodigieux. Tu présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te racontait sa vie.
    On ne se sentait plus jamais seul.
    Étonnement…
    C’est sans conviction que Nanette présenta la photo du meuble de rangement à 5 étagères MOLGER à l’IA . Qu’est-ce qu’un meuble IKEA pouvait raconter ?
    La truc artificielle prit la chose au sérieux et lui fit le compte rendu suivant :
    « Cet objet vient de loin , il a fait des milliers de kilomètres depuis sa conception jusqu’à ta salle de bain…
    – …Oui, je m’en doute, l’interrompit-elle, déjà confortée dans son doute sur l’histoire de MOLGER, l’étagère à 5 niveaux, installée dans sa salle de bain depuis plusieurs années et qui, avoue-t-elle est très utile.
    – Le concept de l’étagère MOLGER a été créé, pensé, dessiné dans les bureaux d’étude de IKEA à STOKHOLM. Le bois de hêtre vient d’une forêt du nord de l’Europe. MOLGER a été, peut-être, fabriquée en Thaïlande…
    – Comment ça « peut-être » ? coupa-t-elle à nouveau
    – Il faut me donner la référence de cette MOLGER-là, reprit la truc artificielle, car il y a eu plusieurs lieux de fabrication et…
    – Mais je n’ai pus la référence ! cela fait des années… » 
    C’est alors qu’une voix s’interposa :
    « Je suis MOLGER et c’est à moi de raconter ma vie ! Oui, j’en ai une ! Je me fiche de savoir d’où je viens, quel cerveau m’a conçue , quel ouvrier a assemblé mes morceaux. Ma vie, c’est la salle de bain de Nanette et j’y suis très bien. Je reçois sur mes étagères des pots à cotons, de flacons de lotions, des trousses à maquillage, des laits, des shampoings, des pinceaux, des brosses et des peignes bref, tout ce qui rend la vie plus jolie. Je tiens le coup depuis… je ne sais plus, et ne demande rien d’autre que de continuer d’offrir un bon support aux douceurs de Nanette. Je veux qu’elle profite de moi et moi d’elle. »
    La truc artificielle resta sans voix, elle ne comprenait pas ce qui était en train de se passer et était incapable de dire quoi que ce soit.
    Par contre, délicieusement surprise, Nanette regarda la photo de son étagère et lui déclara dans un vibrato inhabituel :
    « Chère étagère, je ne savais pas qu’il y avait ce lien entre nous, que tu t’étais attachée à moi. Dorénavant, je t’époussetterai plus souvent ! »

    • Gilaber dit :

      Chère Avoires,
      Il est fort possible que les meubles IKEA soient pensés par l’IA, tant ils sont parfois complexes à monter.
      Mais, je constate que le mobilier Suédois a donné quelques idées d’histoires.
      Bien à toi.

  16. Nicolas Thébault dit :

    C’était prodigieux. Tu présentais la photo d’un meuble à l’IA, et ce meuble, quel qu’il soit, te racontait sa vie. On ne se sentait plus jamais seul. Étonnement…
    …. ne sachant si on avait le droit à un ou plusieurs essais, j’ai hésité
    Mon canapé d’occasion avait peut-être appartenu à un psychanalyste, il aurait sans doute eu des choses à dire, mais cela aurait-il été vraiment intéressant pour moi ?

    Le lit aurait été jaloux du canapé. Nous l’avons acheté neuf, ma femme et moi. Sauf infidélité conjugale, dont je ne veux pas entendre parler, je sais ce qu’il s’y est passé.

    Je ne parle pas du meuble IKEA qui ne parlerait sans doute que le Suédois. Il n’aurait à révéler que des secrets de fabrication, connus de tous. Si au moins il était possible de faire parler la dernière vis qui reste, histoire de savoir où elle était censée aller.

    Finalement, j’ai choisi le vieux meuble de famille. Il a vu passer des générations. Bien plus durable que nous autres humains. Il a connu les secrets de famille, les lettres d’amour, les factures, les deuils, rêves et renoncements de mes ancêtres.

    C’est un buffet double corps de l’époque napoléonienne. La partie supérieure est vitrée, pour exposer les souvenirs de famille. J’en ai hérité, avec les petits soldats de plomb, de la grande armée, contemporaine du meuble, collection de mon grand-père. La partie basse est fermée à clé par une double porte sculptée avec des motifs en œufs de pâques, typiques de l’époque. l’ensemble est entièrement chevillé. Du bois digne, du vrai. Lorsque j’en ai hérité, il avait connu trois guerres sur son territoire, deux successions mal digérées et un dernier déménagement, dans mon petit appartement, indigne de sa prestance. Il grinçait, sans doute pour protester, lorsqu’on l’a traîné dans un escalier étroit, comme un cercueil trop encombrant. En tant que nouveau propriétaire, j’ai dit, avec respect et comme pour en convaincre mon épouse: “Il est magnifique et sent encore le feu de la cheminée chez mes grands-parents … mais c’est vrai qu’il prend de la place ».

    Nous étions prêts à l’entendre raconter son histoire. J’ai pris sa photo pour que l’I.A puisse convertir son discours deux fois centenaire en langage humain et actualisé. Chap GPT a alors répondu :

    “Mise à jour impossible, matériel trop ancien et non connecté. A la place, je peux vous raconter la vie et les batailles de Napoléon !”

    • Avoires dit :

      J’aime beaucoup votre texte, Nicolas.
      Ikea, décidément inspire…

    • Gilaber dit :

      Effectivement, il y a toujours une vis restante lors du montage de mobiliers en kit… et on se demande où on a pu oublier de la mettre… pourtant l’inventaire était correct : 12 vis longues… 6 courtes… 14 choses et 8 bidules… et une clé de serrage… je comprends pas où elle peut bien aller celle-là… 🤣🤣🤣
      Bon dimanche et bien à toi Nicolas.

  17. Antonio dit :

    Étonnement, l’armoire à glace craqua sous le poids des maux qu’elle avait trop longtemps enfouis. L’IA était prompt à lui faire dégueuler tout notre linge de famille pour laver sa mémoire d’un siècle de sale existence. Jusque-là nous l’avions à peine entendu grincer entre les dents de la clef qui ouvrait la porte centrale ou entre ses gonds dont elle n’était jamais sortie. Soudain la glace du miroir se mut en vidéos reflétant des histoires peu glorieuses. Des cachoteries enfantines aux tromperies adultérines, en passant par des piteux larcins qui firent rougir père et mère, tantes et oncles, laissant le grand-père du même bois que l’armoire, un chêne massif inébranlable devant une progéniture de glands atterrés.

    « C’est quoi ces conneries, Sam ? »

    Le gamin tremblait devant son grand-père, le téléphone entre eux, comme pour se protéger.

    « Mais grand-père, euh… c’est la nouvelle intelligence artificielle. Elle peut scanner les vieux meubles et restituer leurs histoires… Oh ! »

    Soudain les yeux du grand-père se chargèrent d’images invraisemblables aussitôt transmises au téléphone de Sam par la Wifi. Tous reconnurent la vieille bâtisse classée de Normandie, vendue à la hâte l’été dernier, avec sa cave, ses fameux escaliers où l’on avait retrouvé grand-oncle Bob gisant en bas, le crâne fracturé. En haut, se tenait grand-père avec un chandelier immaculé du sang de son frère.

    « C’est grotesque, Sam ! lâcha Anne-Catherine. On dirait du mauvais Agatha Christie.

    — Justement j’ai chargé quelques-uns de ces livres. Mais attends, on peut essayer avec Stephen King ! »

  18. camomille dit :

    Étonnamment, avec moi ça n’a pas marché ?
    Je vous assure que j’ai tout essayé :
    Et la photo du bureau de tonton Georges,
    Et la photo de la table de cuisine de Mémé Jeannette,
    Et la photo du bahut du salon de mes parents.
    Chaque fois que je présentais la photo à l’IA, ça me répondait sur un ton neutre :
    – « Je n’ai rien à dire »
    – « Je n’ai rien à dire »
    – « Je n’ai rien à dire »
    Moi, j’ai pris ça pour du mépris. Ça m’a vexée, oui ça ma vexée au plus haut point !
    Tout autour de moi j’entendais les récits des histoires indiscrètes que les meubles livraient sans retenue sur présentation d’une photo.
    Pourquoi pas à moi ?
    J’avais la haine !
    Alors, j’ai pensé à une dernière possibilité.
    Fallait juste attendre le bon moment.
    Ce fut le cas lorsque tonton Georges rendit l’âme et fut délicatement enfermé dans une belle caisse en chêne.
    Un meuble de grande qualité que l’on appelle « cercueil » et que je pris en photo.
    Pauvre tonton Georges !!! Il va me manquer !
    Et puis… tout ce qui devait se faire étant fait, j’ai enfin pu présenter la photo du meuble occupé à l’IA.
    Et là, (et je n’en reviens toujours pas) ça a marché !
    Oui oui oui !
    Voilà-t-il pas que le meuble se mit à parler, à parler, à parler ?… Il m’en a raconté des choses sur tonton Georges !
    Des choses que je ne peux pas vous dévoiler tellement elles sont indiscrètes et parfois coquines.
    Je commence enfin à comprendre les histoires de famille et les non-dits.
    Du coup, j’ai hâte d’assister aux prochaines funérailles d’un autre membre de la famille afin d’avoir un éclairage complémentaire.
    Fallait juste présenter la photo du meuble qui avait envie de parler.
    Prodigieux n’est-ce pas ?

    • Nicolas Thébault dit :

      Sympa cette idée que l’iA serait innopérant (je me croyais originall) mais que la photo d’un cercueil révèle la vie de son occupant, grâce à l’IA, c’est du génie !

    • Gilaber dit :

      Bon nombre sont partis avec leurs secrets… et j’interdit que l’on prenne mon urne en photo… laissant les miens s’envoler en fumée…
      Bon dimanche et bien à toi.

  19. Nadine de Bernardy dit :

    Ca n’a pas traîné, à peine avais je présenté la photo du vieux lit à l’ IA que, la nuit suivante, il commençait à se confier.
    Etonnement, il parlait avec l’accent breton alors qu’il trônait au milieu de la plus belle chambre du mas familial depuis dix générations au moins.
    Il avait accueilli des solitaires jusqu’à leur dernier souffle, des jeunes mariés maladroits , des ronfleurs et ceux qui se tournaient le dos aussitôt allongés, n’ayant plus grand chose à partager.
    J’y dormais seule à chaque vacances, mon mari le plus souvent retenu par son son travail disait il.
    Je les attendais avec impatience, comme l’ épisode d’une série à saisons infinies . Je restais souvent sur ma faim, au beau milieu du récit de copulations légitimes ou pas, les vacances étant terminées.
    A Pâques cette année là, il s’agissait de la génération de mes arrière arrière grands parents dont le lit me susurrait les histoires à l’oreille avant que je ne m’endorme.
    Raymond et Marcelle étaient en voyage à Lyon pour affaire, Simone leur fille, mon arrière grand mère par conséquent , qui fréquentait pourtant, seule au mas, en profitait pour forniquer allègrement avec Auguste le jardinier, de quinze ans son aîné, marié et père de quatre bientôt cinq enfants.
    Si je m’endormais, il élevait la voix afin que je ne perde pas une miette de son récit.
    Cette fois ci j’ai donc entendu les mots doux échangés par les amants :
    – ma petite pêche duveteuse vient plus près de moi
    – Oh! mon Auguste ton odeur de terreau me rend folle….

    J’y ai souri, pleuré, me suis indignée dans ce grand lit, sous l’édredon dodu si doux. J’espère que mes enfants déjà grands, en profiteront aussi un jour.

    • Gilaber dit :

      Heureusement que c’est un exercice de fiction… sinon combien serions-nous à vouloir changer le mobilier ?
      Bon dimanche et bien à toi.

      • Nadine de Bernardy dit :

        ben non au contraire, les vieux meubles ont tant de choses à dire, ce serait dommage de s’en priver.
        Pense à ça avant de changer tes meubles pour la nième fois hi hi hi
        Belle semaine

  20. 🐻 Luron'Ours dit :

    789/ ENTRE QUATRE Z AIS
    Il tenait du coffre sans en avoir, à tout faire et bon à rien, avant de le brûler on allait le faire causer ! Toi, Bidule que bidouillais-tu?On te prenais pour un marche pied, une table d’ appoint, un « gueris-donc »…on t’a vu danser d’ une patte sur l’autre répondant coup pour coup à une entité non invitée…du medium qui questionne, assuré toutefois de tenir son auditoire en émoi contre toi qui envoies un message de l’au delà, on ne sait plus à quel sainte se vouer ! Sûr, l’I.A va te faire accoucher. Dindon, Didon dit on t’aimait du temps qu’Enée n’était pas né. Ah ! remonter les poids de l’horloge et refaire un tour Mr le bourreau. Promets de tout dire pourvu d’être reléguer au grenier, voire…🐻

    • Gilaber dit :

      De beaux jeux de mots, pour cacher les maux… qu’ils soient maudits… petits ou gros mots, marqués à la Dimo à demi-mots. Momo a passé une mammo tandis que le Sumo a fait une démo… il est temps de fermer mon mémo…
      Bon dimanche et bien à toi.

  21. 🐁 Sourisverte dit :

    789/ BONHEUR DU JOUR
    Oh je n’ai pas eu besoin d’avoir recours a l’intelligence artificielle pour faire parler ces meubles qui nous suivent de génération en génération. C’est le rocking chair qui en se balançant doucement sur le rythme d’une mélodie ancienne a commencé ses confidences. Ton arrière-grand père ne passait jamais une soirée ailleurs qu’assis sur mon osier, fumant la pipe, il s’endormait sur cette musique douce que fredonnait mélanie sa femme. Il refaisait le monde en regardant le bonheur du jour.
    Oh mais pas du tout dit celui-ci c’est le semainier qu’il reluquait. Ce meuble à tiroirs dans lequel il cachait ses secrets. Le semainier mal à l’aise ne répondit pas à la provocation.
    Il faut dire que mon père avait fait une découverte bien planquée sous un tiroir. Une de ces surprises qui aurait pu tout remettre en question concernant la succession et celles a venir.
    Alors motus et bouche cousue… 🐁

  22. Jean Marc Durand dit :

    Etonnement, ce meuble pris en photo que je présentais à l’IA n’avait pas grand-chose à raconter.

    N’ayant fréquenté que de tristes appartements interchangeables, ses maigres propriétaires n’y rangeaient que des classeurs, quelques albums photos et par-dessus d’inutiles souvenirs de voyages poussiéreux.

    Ils ne possédaient aucune légende chevillée, aucune odeur de cire. La vis demeurait le seul insecte ayant percé le mystère d’un montage complexe bien que cartographié. On s’y sentait très seul à vouloir l’installer, absolument, entre le canapé design et la baie vitrée, vue sur les plages de parking, la grande étale des mornes cités.

    On était bien loin des armoires normandes, des costaudes soutenant les maisons, les stockeuses de linge propre, de bouquets de lavande et de petites économies.

    On était dans l’I..A, la nouvelle formule de l’IKEA contemporain.

    • Béatrice Dassonville dit :

      Là où on attendait un meuble bavard, ayant une histoire, un pedigree, ton récit cher Jean-Marc explore avec lucidité notre époque où tout est lisse, sans odeur, ni profondeur symbolique.

    • Gilaber dit :

      Il est vrai que la société d’aujourd’hui a tendance à nous faire perdre la nécessité des points essentiels à notre existence… mais que faisons nous pour y échapper ?
      Bon dimanche et bien à toi.

  23. Béatrice Dassonville dit :

    La voix de l’horloge.

    Sa voix était grave, lente, presque liturgique.
    Si éloignée des accents que nous lui connaissions jusque-là, dans son battement lourd,
    puissant, régulier.

    Fascinée, je l’écoutais parler :

    « Durant des siècles, j’ai compté le temps — un temps qui n’était pas le mien, mais celui des hommes.
    Celui des naissances et des deuils.
    Des semailles et des moissons.
    Des baisers et des guerres.

    Le mien est mécanique, exact, impassible.
    Le cœur qui bat en moi n’a pas de sang.

    Je suis le témoin immobile du temps, d’un temps imaginé par les hommes, qu’ils remontent avec soin pour se donner l’illusion de sa pérennité.
    Pourtant, j’ai assisté à tant de veillées funèbres que j’en suis venue à interroger le grand Horloger : ce temps existe-t-il vraiment ?
    Dans le secret de mes rouages, suis-je immortelle, ou simplement habitée par un même mouvement obstiné ?

    Ce questionnement peut paraître étrange pour une horloge. Me vient-il de cette époque où la foi était encore forte ? Ou du clocher de l’église qui accorde si justement sa voix à la mienne ? »

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