786e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit…
Inventez la suite

Ne vous étonnez pas si je ne réponds pas rapidement aux textes publiés, je suis atteint par la COVID 19

Sans la générosité des membres bienfaiteurs, ce blog serait déjà mort. Soutenez l’association Entre2lettres.


ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit…
…permet la communication inter-rêves entre co-utilisateurs de literie traitée avec ce produit. Cela paraît relever de la fiction, et pourtant, les tests menés auprès de plusieurs consommateurs ont permis d’établir une analogie entre le fonctionnement de l’Efacerev et celui de la pensine des sorciers dans l’univers d’Harry Potter : entrée en connexion avec les rêves de votre voisin ou voisine de chambrée dans le premier cas, plongée dans les souvenirs d’un tiers dans le second. Il suffit pour cela que l’un des deux dormeurs entre dans un rêve lucide, ce temps de sommeil durant lequel nous rêvons tout en étant conscients de rêver. L’Efacerev intervient alors comme un catalyseur de conversation onirique.
De l’avis scientifique, la capacité à entrer dans un rêve lucide n’est pas donnée à tout le monde. Mais, la moitié de la population l’aurait déjà expérimenté au moins une fois dans sa vie, selon le National Geographic.
Bien que l’on puisse entrevoir des vertus à la communication inter-rêves, comme la possibilité de traiter des problèmes de sommeil, l’évolution technologique fulgurante laisse aussi entrevoir un possible contrôle des rêves et partant, des dérives incarnées par des hackeurs de rêves lucides, pour faire souffrir p. ex. Pour rester dans l’univers des sorciers évoqué plus haut, nous ne sommes pas loin du sortilège de mort déclenché par la formule Avada Kedavra…
Plus prosaïquement, l’usage que pourraient réserver à ce produit celles et ceux qui, jusqu’alors, n’avaient d’autre moyen que le recours au détective privé pour déterminer s’ils étaient la dinde ou le dindon d’une mauvaise farce de couple a cependant décidé le fabricant à poursuivre la commercialisation de l’Efacerev. En effet, il ressort de récents sondages réalisés dans différents pays européens que plus de la moitié des personnes interrogées ont déjà trompé leur partenaire. Et l’infidélité est un marché florissant, comme en témoigne l’explosion des sites de rencontres extraconjugales.
Il faut savoir, qu’en ces temps troublés l’annonce avait fait grand bruit, et, que dire du tohu-bohu lorsque la déception fut consommée, l’émotion étant à son comble quand la supercherie fut découverte.
Bien évidemment, tout a chacun, avait trouvé un usage, plus ou moins raisonné de la potion, pour chasser ses mauvais rêves. Rêves ? Rêve conscient diraient les spécialistes, réalité, toute crue, proposent les pragmatiques. Bref, les cauchemars du quotidien diraient d’autres. Pourtant, la nécessité d’occulter ces tourments était impérieuse, Efacerêve étant LA solution.
En ces moments-là, que dis-je, l’époque était fort propice à l’éclosion de turpitudes nocturnes, brisant, par le menu, le sommeil le plus réparateur pour faire place aux plus grandes angoisses. Le mode d’emploi, d’Efacerêve spécifiait les quantités et modalités d’usage, suivant le type de mauvais rêve, ou de cauchemar. Si vous avez… une dose entre les repas, si… une demi-dose avant le coucher, si… le matin en étant à jeun, etc. Normalement, tout s’arrangeait !
Et alors, où est la difficulté, me diriez-vous ? Hé bien, elle est partout. Un mauvais rêve, comme un problème, n’arrive jamais seul ! Pour clarifier, résoudre la situation, il n’y avait pas le choix, il fallait multiplier les prises et les doses. L’accoutumance, la dépendance, l’overdose, se tenaient tapis dans ce paradis promis.
Hé oui, tous, ou presque, sont tombés dans le panneau, celui conduisant à la dépendance, pour, un jour funeste, se rendre compte qu’Efacerêve n’était qu’un placebo, un miroir aux alouettes ! Un remède-torture ?
Mais ce n’est pas tout, plus ils, elles aussi, usaient de cette potion, plus un état de conscience limité les envahissaient. D’aucuns ne distinguaient plus le jour de la nuit, nommaient les choses de manière incongrue, prononçaient des phrases déstructurées. En quelques semaines, pas un seul n’arrivait à s’exprimer convenablement, dû moins de manière intelligible.
Pourtant, il aurait bien fallu être loquace, pour pouvoir porter plainte contre les protagonistes de cette malversation. Oui, mais ! Comment voulez-vous déposer plainte sans nommer les choses, sans décrire l’action, sans la capacité à expliciter les conséquences ?
Tout semblait perdu, jusqu’au moment où, tout bascula au grès d’un heureux hasard climatique. Ce jour-là, était-ce bien le jour d’ailleurs ? Bref, d’un coup d’un seul, au sein d’un ciel bleu radieux, éclata, sans signe annonciateur, un terrible orage. Aussi violent qu’une porte qui claque au grès d’un courant d’air. Éclairs, coup de tonnerre s’abattirent sur la contrée. A chaque éclat, les murs vibraient, on dit même que des baies vitrées se sont fissurées ! Le choc fut si violent que, par chance, dans quelques cerveaux, des neurones survivant se sont reconnectés.
D’un coup, les mots, des adjectifs, des conjonctions arrivèrent en masse, sans précipitation. Même les verbes s’y sont mis. Alors, ce fut une sorte de feu d’artifice linguistique. Les beaux rêves, les projets les plus enthousiasmants refirent leur apparition. Tant et si bien qu’ils s’imposèrent, bousculant, piétinant, réduisant à néant tous les mauvais rêve et sortes de cauchemars.
Depuis, Efacerêve est remisé au rang des erreurs ponctuelles. Tout a chacun à identifié ses meilleurs moments de vie, à défaut, les a imaginé, et quand le sommeil se fait attendre, il suffit de plonger dans le panier à rêve, et alors… Bonne nuit.
Laurent Baudinot
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit…
Oh le produit qu’il est méchant !
Il a effacé tous les beaux rêves que j’ai faits dans ma vie et que pendant des années j’ai entreposés dans le jardin.
Ouais un jardin, même un parc, où mes rêves les plus dingues y étaient exposés.
Voilà que ce produit de malheur acheté à deux balles dans un supermarché du coin m’a superbement ruiné.
Des rêves dans le parc de mon château que les curieux, les passants, les visiteurs, se bousculaient les jours de semaine et le week-end pour venir admirer.
Ah ! mes jolis rêves complètement volatilisés, ah ! qu’ils étaient magnifiques, mes rêves que j’avais ici dans mon grand château et maintenant pfft pfft qui se sont envolés.
Que c’est triste : la nature, la végétation, les herbes folles ont déjà occupé l’espace libéré par mes rêves.
Oh ! ce fabricant je vais l’attaquer en justice ou carrèment je l’envoie sur la planète Mars.
Qu’il comprenne que ces rêves que la Terre entière pouvait visiter dans mon gigantesque domaine, ils n’existent plus et que tout ça c’est de sa faute.
Ah ! Ah ! je ne vois qu’une solution c’est de demander à mon ange gardien de me réduire en bouillie. Une bouillie volante.
Comme ça je pourrais les rejoindre mes rêves là où ils naissent dans ce monde étrange où nous allons toutes les nuits, nous les braves humains.
Ouais j’ai comme l’impression que ce fabricant il m’a rendu un grand service.
Je vais enfin quitter mon corps physique, pour à mon tour aller au cœur de ces univers pour nous inconnus dans lesquels se trouvent la source des rêves les plus fous, loufoques et extraordinaires.
Hi ! Hi ! être un rêve à moi tout seul, un véritable rêve vivant pour que toutes les nuits je fasse moi aussi le bonheur de la population endormie dans les minuscules, moyennes et grandes villes.
Et qui attend, espère, exige, des rêves toujours plus majestueux et grandiloquents !
ALERTE CONSOMMATEUR !
Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit laisse une imprégnation bizarre. D’abord, une odeur peu agréable. Pas vraiment une odeur d’égout mais quelque chose d’approchant. Ensuite, non seulement les couleurs sont délavées mais le linge blanc se teinte d’une couleur vinasse peu ragoutante. Enfin, le tissu parle la nuit. Il raconte les rêves oubliés, enjolive les belles histoires, dramatise les cauchemars, le tout dans un désordre cacophonique qui perturbe grandement le sommeil des utilisateurs.
Nombreux sont ceux qui se sont plaints auprès du fabricant. Certains ont même demandé le remboursement de leur achat et des objets détériorés. D’autres ont fait appel à la justice pour obtenir réparation des heures de sommeil perdues.
Le mode d’emploi du produit n’était pas fourni ce qui a créé un lourd malentendu. Le PDG de l’entreprise a dû s’en expliquer à la télévision.
« EFACEREV » n’a pas pour objectif d’effacer les rêves nocturnes mais les rêves diurnes, les projets irréalistes, les ambitions démesurées, la mégalomanie. Le produit vise à ramener l’utilisateur dans le concret du quotidien ».
Ces propos ont provoqué un tollé général. Les clients ont boudé cette invention qui les privait d’un idéal, fût-ce-t-il inaccessible. La raison l’a emporté.
Ouf ! Nous pouvons continuer à rêver.
ALERTE CONSOMMATEUR !
Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV » n’efface pas les mauvais rêves. Testé sur les polochons et les oreillers, le produit se révéla un puissant stimulant du réel.
En effet, il n’effaçait pas les mauvais rêves comme la publicité le disait, il les réalisa. L’histoire se passe passe pendant une nuit boréale.
Afin de déterminer les responsabilités entre les polochons et les oreillers contaminés, une enquête fut diligentée. Une contamination n’arrive pas par hasard. Il y a toujours une cause première.
La promotion du liquide féerique de la marque Lerouge s’était pourtant bien déroulée. Le fabricant avait fait appel à l’équipe la plus chevronnée du moment pour lancer son produit sur fond de musique de chambre. Et la berceuse du P’tit Quin Quin adaptée en message érotique se propagea à la vitesse de l’éclair, amplifiée comme dans une chambre d’échos.
Sur les écrans apparaissait une fille splendide, presque nue. Quel sex appeal disait la pub ! Elle attirait plus les regards que le liquide lui-même.
Devant le tableau noir d’une école, elle écrivait le mot rêve. Et puis, elle se tournait vers un des élèves qui, pour étudier dans les meilleures conditions avait apporté son polochon. Que faisait ce polochon dans l’école ? Ce n’était pas tout à fait absurde puisqu’il s’agissait de travailler sur les rêves.
» Une petite goutte suffit, disait-elle , en badigeonnant le polochon dans tous les sens. Le flacon dans une main, le polochon dans l’autre. Ce n’est pas suggestif, ajoutait-elle. C’est une technique mise au point dans les laboratoires de la SERISE. (Société Européenne des Rêves intersidéraux Expérimentaux).
EFACEREV efface tous vos mauvais rêves ! » Tiens ! mon oeil !
C’est lors de la première, en direct à la télé de l’émission sur l’Art Nu, qui s’appelait à l’époque l’ART NAKE que le poteau rose fut découvert. La démonstration sur une scène du théâtre Doli reconstituée. Un père de famille révolté téléphona, très en colère. Il bouleversa des millions de téléspectateurs. Il expliqua qu’il fallait lire le nom du produit à l’envers. Ce qui donnait RÊVE CAFE et que ces deux termes étaient antinomiques. Pourtant, la marque LEROUGE pour un café vert, ça aurait pu marcher !
Ce fut un très mauvais coup de pub !
Joyeux Noël !
L’EFACEREV — Chronique d’un oubli programmé
Le bandeau rouge clignotait sur tous les écrans.
ALERTE CONSOMMATEUR — PRODUIT RETIRÉ EN URGENCE
La présentatrice, le regard grave, enchaînait les phrases avec la précision d’un scalpel :
— Contrairement à la publicité du fabricant, le produit EFACEREV n’effacerait pas uniquement les mauvais rêves. Selon l’Agence Publique du Médicament, des effets secondaires graves auraient été observés chez des consommateurs réguliers…
L’EFACEREV…
Un nom doux, presque rassurant.
Un simple vaporisateur à pulvériser sur l’oreiller avant le coucher.
Une promesse : « Dormez. Nous nous chargeons du reste. »
Tout avait commencé dans le laboratoire du sommeil de Dormex Sécurité. Là, pendant des années, des chercheurs avaient tenté de comprendre ce qui se passait dans le cerveau humain lorsque les rêves devenaient trop lourds à porter.
Les cauchemars chroniques coûtaient cher : arrêts de travail, dépressions, anxiolytiques, suicides parfois. Pharmatica entra dans la danse avec une solution radicale : ne plus soigner les rêves, mais les effacer.
Les tests cliniques furent menés tambour battant. Cent volontaires, de dix à quatre-vingt-dix ans, avaient été enfermés dans des box individuels. Des capteurs sur la peau, des électrodes sur le crâne, des caméras infrarouges braquées sur leurs visages endormis.
Les scientifiques observaient les courbes défiler sur les écrans : rythme cardiaque, activité neuronale, cycles de sommeil paradoxal. Les résultats furent jugés excellents.
Dès la première semaine, les volontaires racontaient leurs rêves avec hésitation.
La deuxième semaine, leurs récits se vidaient de détails.
À la troisième, ils se réveillaient avec une étrange sensation de fraîcheur mentale… et un silence là où les images nocturnes auraient dû se trouver.
Aucun effet secondaire notable.
Aucune alerte biologique.
Aucun signal d’alarme.
Trente jours plus tard, l’Autorisation de Mise sur le Marché était signée.
Ce fut un triomphe inattendu, L’EFACEREV connut un succès fulgurant.
Sur les trottoirs, les journalistes tendaient leurs micros :
— Pensez-vous que rêver soit encore utile au XXIᵉ siècle ?
— Certainement pas, notre avenir est tellement sombre, que je n’en vois pas l’utilité.
— Si l’on pouvait effacer les souvenirs douloureux, jusqu’où iriez-vous ?
— Je n’ai pas encore réfléchi à cette possibilité… mais je pense que j’irai le plus loin possible.
Les réponses variaient selon l’appartenance sociale :
— Oui, et c’est incroyable. Je me réveille légère, comme si on avait fait le ménage dans ma tête…
— Oui bien sûr, il doit être remboursé par la Sécurité sociale c’est un produit d’utilité publique !
— À mon âge, je préfère oublier mes cauchemars et mes erreurs. Quoi qu’en vieillissant, on oublie déjà assez comme ça !
— Faut-il un permis pour oublier ? Je n’ai déjà pas mon permis de conduire… alors, pensez donc pour celui d’oublier !
— Moi je l’utilise avant les examens, comme ça j’oublie que je suis stressée. Lance toute guillerette une jeune étudiante.
— Non, j’ai pas du tout testé ce nouveau produit. Mais si je pouvais aussi oublier mes collègues de travail, je signe tout de suite.
— Oui, j’ai utilisé L’EFACEREV. J’ai tout de suite arrêté, lorsque j’ai constaté que mon enfant ne racontait plus ses rêves… avant il inventait des histoires… puis, plus rien. Il avait comme perdu ses rêves d’enfant, j’ai estimé que c’était trop tôt pour lui enlever toutes ses illusions…
Certains suggèrent une version crème antiride, profitant de la détente musculaire observée durant le sommeil.
À mesure que les ventes d’EFACEREV progressaient, le produit trouva naturellement sa place sur les réseaux sociaux. Des influenceuses, suivies par des millions d’abonnés, s’emparèrent du phénomène. En quelques semaines, le produit devint un accessoire incontournable : « C’est littéralement mon sauveur », déclaraient-elles, regard embué, voix susurrée, avant d’ajouter qu’elles ne dormaient plus jamais sans lui.
Classé top 1 mondial des ventes, le produit dépassa son usage initial et cessa rapidement d’être médical pour devenir un manifeste de bien-être. Il faisait partie de la routine quotidienne, au même titre que la tisane du soir ou de la crème hydratante…
On ne parlait plus de traitement.
On parlait de mode de vie.
Pharmatica se contentait de rappeler les consignes d’utilisation, tout en observant la hausse vertigineuse des ventes. Les investisseurs jubilaient. Les actions s’envolaient.
Contre toute attente, un neurologue nota dans un rapport interne :
— La suppression systématique des rêves pourrait interférer avec les processus de consolidation de la mémoire.
Le document resta sans réponse.
Il fallut moins de six mois pour voir les premiers symptômes apparaître. L’inquiétude grandit lorsque des patients consultèrent pour des troubles bénins… en apparence. Des oublis anodins. Des mots sur le bout de la langue.
Puis les symptômes s’aggravèrent… Une femme expliqua ne plus se souvenir qu’elle était mariée.
Un adolescent confondait un souvenir réel avec une scène rêvée… ou peut-être jamais rêvée.
Un écrivain affirma avoir perdu toute capacité d’imaginer une histoire.
Les médecins commencèrent à faire le lien…
Tous utilisaient L’EFACEREV au quotidien…
Les rêves, comprirent-ils trop tard, n’étaient pas des déchets mentaux. Ils étaient des archives, des laboratoires internes, des espaces de tri et de réparation psychique. En les effaçant, on avait supprimé bien plus que des images nocturnes.
L’intervention télévisée du docteur Salvi, urgentiste, démontra que les troubles constatés dépassaient maintenant le stade des rêves…
Il ne parlait plus de cas isolés, les admissions se ressemblaient : visages brûlants, œdèmes inexpliqués, parfois accompagnés de malaises vagaux. « On nous amène des patients qui ont simplement “testé quelque chose” », répétait-il, fatigué. Le même produit revenait dans les témoignages, toujours cité à voix basse, comme s’il portait déjà une mauvaise réputation.
Elle fut suivie par celle, encore plus alarmiste d’un dermatologue :
« Ce que l’on vous présente comme anodin ou révolutionnaire ne respecte aucun équilibre cutané ». Il appela les consommateurs à la prudence, rappelant que la peau garde la mémoire des excès, et que certaines atteintes, une fois déclenchées, peuvent devenir irréversibles.
La population commençait à céder à la panique générale. L’Agence Publique du Médicament fut saisie en urgence.
Les médias parlèrent de scandale.
Les plateaux télé débordèrent d’experts.
— Nous avons respecté les protocoles.
— Les tests étaient trop courts.
— La responsabilité est partagée.
À l’Assemblée nationale, les débats dégénéraient.
Le Parlement européen retira l’Autorisation de Mise sur le Marché.
Un appel au retour du produit fut lancé. Des milliers de flacons revinrent… peut-être pas tous… Les actions de Pharmatica s’effondrèrent.
Dans un centre hospitalier, un ancien volontaire des tests cliniques fut longuement interrogé. Il avait utilisé EFACEREV dès le premier jour, à pleine dose :
— Est-ce que vous rêvez encore ? demanda le médecin.
L’homme resta silencieux
— Est-ce que vous vous souvenez de votre enfance ?
Il fronça les sourcils, comme s’il cherchait une pièce manquante :
— Je sais que j’ai vécu… mais je ne vois plus rien. C’était plus simple quand je rêvais. Même les cauchemars me rappelaient que j’étais vivant.
Les examens révélèrent une activité cérébrale intacte, mais appauvrie.
Avec L’EFACEREV l’humanité avait entrevu une possibilité vertigineuse : celle de ne plus avoir à affronter ses nuits.
Et pourtant, l’histoire laissa une leçon amère :
En voulant effacer nos rêves, nous avons oublié qu’ils étaient le dernier espace où l’esprit pouvait se dire la vérité.
On peut tout anesthésier.
Tout optimiser.
Tout rentabiliser.
Mais à force d’effacer ce qui dérange, on finit par effacer ce qui fait de nous des êtres humains.
Merci Pascal !
Prenez bien soin de vous. Amicalement.
Impossible de mettre ma prose en ligne…
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit serait dévastateur pour les rêves d’ailleurs, les rêves de prince charmant, les rêves de paix. Les doux rêves ont disparu. Plus personne ne rêve ! Les cerveaux sont déséquilibrés. Sans rêves, plus d’échappatoire, plus de fantasmes, plus de projets fous. Plus de repos sur l’oreiller avec la douce Morphée.
Tout devenait tangible, vrai, construit. Celui qui jadis rêvait à décrocher la lune se payait un voyage en fusée.
Celui qui rêvait sa vie toutes les nuits n’avait plus qu’à la vivre, tel quel, brut de brut.
Les attrapeurs de rêves avaient frappé.
Ils étaient collectionnés dans le Musée onirique. Que personne ne pouvait visiter sous peine d’insomnies éternelles.
Cela laisse songeur…
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des, le produit…
On peut dire que je me suis faite avoir. Attirée par les mots « nouveautés » et « EFACEREV » dont l’orthographe m’a fait grincer (sans doute un coup de marketing), j’ai acheté ce produit espérant qu’il viendrait à bout des salissures dont je rêvais de me débarrasser.
oreillers
Par ici polochons et oreillers, voyons si vous retrouvez votre lustre d’antan.
Le résultat : au top !
Mais c’était trop beau ! Ne s’agissant pas d’un médicament, pas de contre-indications sur l’emballage, d’ailleurs je ne les aurais sans doute pas lues.
Mon rêve s’était réalisé, certes, mais les cauchemars ont pris la relève.
Mon adorable oreiller n’a pas du tout aimé le traitement et me l’a bien fait sentir. Ma tête lui a servi de punching-ball, mes cheveux de cordes à monter pour acariens en colère. Trop de membres de leurs familles avaient été intoxiqués par le produit miracle.
J’ai bien tenté d’envoyer valdinguer l’oreiller, mais malgré mes efforts, il se collait à moi comme une tique.
Puis des voix s’invitèrent dans ma tête. C’étaient les taches ! Ces fichues taches sur lesquelles j’avais si longuement bataillé pour les faire disparaitre. Elles n’avaient pas disparu. Elles avaient été masquées par un voile à crédules. Elles exigeaient de revenir au grand jour. N’étais-je pas moi qui les avais créées ?
Je refusais le chantage. Après tout je faisais de moi et de ce qui m’appartenait, ce que je voulais.
J’ai voulu me mettre en colère, mais la manifestation anti-produit miracle battait le haut du pavé et mes hurlements ne ressemblaient qu’à de tristes murmures.
Ils allaient m’entendre les inventeurs des EFACEREV, mais encore fallait-il que je me sorte de cet imbroglio.
Et si me mouchais sur mon oreiller ? Peine perdue. Le voile était imperméable. Plus aucune salissure ne pouvait le franchir. Je passe sur les idées plus ou moins loufoques et dégueues qui m’ont traversé l’esprit, quand soudainement mes tripes tourmentées par le cassoulet que j’avais ingurgité, entrèrent en guerre lâchant une salve de bombes puantes qui firent s’étouffer les acariens et voler en éclats le bunker anti-salissures.
Retour à la normalité. Le produit allait prendre la direction de la poubelle, mais une ampoule s’alluma dans ma tête. J’allais lui donner une nouvelle fonction.
J’avais deux trois têtes qui ne me revenaient pas. Je rêvais depuis longtemps de les emmouscailler.
J’avais plusieurs lessives en vue. Hi hi !
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV » n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit efface tout ce qui lui tombe sous la main : certains oreillers y ont laissé des plumes ! C’est également un danger pour les casques à réalité virtuelle augmentée : ils systématiquement en panne…allez savoir pourquoi ! Bref, ce produit s’avère être plus un cauchemar qu’autre chose… alors qu’il se disait ultra efficace… Comme quoi, passer du rêve à la réalité n’est jamais simple !
Joyeux Noël à tous !
ALERTE CONSOMMATEUR !
Contrairement à la publicité du fabricant, « EFFACEREV » n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit a fait de nombreux blessés. Nous avons recueilli le témoignage d’une cliente qui préfère rester dans l’anonymat :
— Je pensais enfin faire des nuits complètes sans avoir à me lever, tel un zombie, pour apaiser les mauvais rêves de mes trois enfants. Je l’ai donc testé sur leurs oreillers. Sur le moment, je n’ai pas prêté attention à son patchwork de senteurs indéfinissables. Le lendemain matin, j’étais ravie de mon achat : j’avais dormi d’une traite. Mais stupeur en découvrant leurs chambres : on aurait dit qu’il avait neigé dedans. Les plumes s’étaient envolées et il y en avait dans tous les recoins. Le chat éternuait parce qu’il en avait une coincée dans le nez. Je me suis demandé si je n’aurais pas dû acheter le génial aspirateur en première page de leur catalogue. Ce produit devait être fait exprès pour pousser à la consommation.
J’étais sur le point de les priver de TikTok pendant huit jours pour avoir fait des batailles de polochons, mais je n’ai pas mis longtemps à comprendre qu’il y avait un problème. Contrairement à leurs habitudes, mes gamins ne sortaient pas de leur lit. Ils se grattaient les joues et se plaignaient d’avoir mal à la tête. Allons bon, ils m’avaient attrapé la varicelle, la rougeole, le… !
Un coup de sonnette m’a sortie de mes interrogations. C’était ma voisine de palier, que j’ai reconnue grâce à ses chaussons-nounours. Son visage était rouge et tout enflé : on aurait dit qu’elle s’était fait piquer par un essaim d’abeilles, comme Pierre Richard dans « La Chèvre ». En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, tout l’immeuble a débarqué, et la trentaine d’habitants, à force de supputations, a compris que cette calamité venait de ce produit miracle. Et, comme si ça ne suffisait pas, voilà qu’ils m’ont reproché cet achat groupé pour obtenir une réduction substantielle !
*Cher Pascal, je vous souhaite un prompt rétablissement. Avec ma sincères amitié. Patricia
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV » n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit…vient d’être retiré de toutes les boutiques, même celles qui s’étaient évertuées à le mettre en tête de gondole.
« Ben, au moins, on revient tous au même point ! », s’exclama-t-elle. « Celui qui a de l’argent et peut s’offrir des baumes magiques pour se libérer des angoisses existentielles dans ce monde et celui qui doit cohabiter avec ses angoisses, sont à exæquo.
Thérèse avait vécu, ses enfants étaient partis vivre loin de sa petite ville. Depuis sa vie s’était grandement simplifiée et elle se posait aujourd’hui mille questions sur le pourquoi du comment. Pour elle, s’évader avec un film, une drogue, une addiction, un livre, un voyage, une expérience, s’avérait une fuite temporaire, mais des questions revenaient sans fin. Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Qu’est-ce qui se passerait, si je me réveillais du rêve collectif ? »
Pour un observateur extérieur ou un médecin, si un tel produit effaceur de rêves fonctionnait, il aurait été bienvenu et adapté pour elle.
Mais elle n’avait jamais voulu tester les drogues, quoique. Elle n’était pas tranquille avec les effets secondaires de certains médicaments, et elle avait même réagi violemment une fois à une gélule de millepertuis qui contenait, du dioxyde de titane soi-disant inoffensif.
Son compagnon, Alexeï, en bon défenseur de l’humanité, bringuebalé par la vie dès sa jeunesse, avait trouvé refuge dans la voie du Bouddha et demandait chaque jour, amour et prospérité pour tous les êtres. Observer sa respiration lui permettait de calmer son mental et de profiter du précieux instant présent. Il regardait son passé sans animosité, pas tout à fait détaché, mais… rien à voir avec elle.
Elle l’observait admirative. Elle ne se sentait, ni assez tenace, ni assez patiente pour suivre cette voie. Elle qui, dès qu’elle se lançait dans une nouveauté, la délaissait au bout de quelques mois.
Seule la relation à cet homme la surprenait. Et de plus en plus, elle ressentait l’humeur souvent joyeuse d’Alexeï comme une bouffée d’oxygène dans sa vie. Un exemple, oui, mais surtout pas un modèle.
Elle n’aurait jamais choisi d’acheter « EFACEREV », non plus. Pour elle, qu’ils soient cauchemars tordus ou rêves, tous les rêves étaient utiles. Ils apportaient une réponse, mais pour qu’elle en profite, il fallait qu’elle déniche quelle avait été la question. Enquêter sur la source ! Thérèse trouvait logique que le chaos sociétal engendre un chaos interne, si on y croyait. En même temps, elle voyait bien que ce chaos n’avait que peu d’impact sur Alexeï.
Il lui répétait : et quelle est ton émotion ? et quelle était ta pensée avant cette émotion ? Et d’où vient cette pensée ? Toute cette enquête la ramenait inlassablement à son mental, cette surcouche qui lui avait permis de survivre à une famille toxique. Aujourd’hui, elle se sentait enchainée à son mental. Elle avait quand même trouvé des palliatifs, créer lui procurait de la joie. Cet état lui permettait de traverser la rue sans avoir peur de certains autres. Cet autre, un être bloqué, dans un état de soumission au processus de transformation de la société, qui comme elle le ressentait, portait une violence terrifiante.
Thérèse avait beau lire et relire que ce n’était qu’un rêve, un rêve collectif, mais rien qu’un rêve, elle ne savait pas comment et par où commencer pour sortir de ce rêve.
Alexeï insistait : est-ce que ce que tu vois est vrai ? comment tu le sais ? de quoi est constitué ton corps ? de quoi est constitué la plante d’intérieur, là ? Tu le vois bien, même matière, tous pareil, de l’oxygène, de l’eau, du carbone, du vide, de l’énergie. On peut réorganiser tout ça autrement… Thérèse avait à peu près saisi, waouh ! Tout était donc interchangeable ?
Alors, elle s’était mise à rêver tout petit d’abord, parce qu’elle en avait perdu l’habitude. Et bientôt tout fou, enfin surtout très différent d’avant. Comment peut-on obtenir quelque chose de différent, en pensant et en agissant toujours pareil ?
Elle avait constaté que de nouveaux évènements apparaissaient dans son monde. Les avaient-elle insufflés dans la matière, qui comme de l’argile serait indéfiniment malléable ? Le flux universel semblait répondre lentement et discrètement, par étapes à ses demandes.
Évidemment, certains cauchemars revenaient aussi. « Il faudra aller les regarder en face », disait Alexeï.
Et alors son courage s’effondrait quand elle se revoyait vivre des pans douloureux de sa vie. Elle n’en voulait plus. Plutôt prendre une dose !
Et Alexeï, toujours présent : « Allez, Thérèse, ne lâche pas, laisse faire ! Surtout ne rien faire. C’est compliqué ça pour toi, ne rien faire ! hein ? »
Le ventre noué, puis les yeux en pleurs, pas assez d’énergie pour répondre, son cerveau devenait tout ramolli, elle avait lâché. Un train de pensées provenant du passé s’éloignait, elle retrouvait son tempérament de feu, curieuse et vive.
L’ALERTE CONSOMMATEUR avait eu une conséquence bien imprévisible. Comment était-ce possible de réaliser si aisément, ce pas de côté intérieur ?
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit … annule les effets positifs de vos rêves en empêchant la remise en ordre de votre inconscient après une nuit de sommeil.
COMMUNIQUE DU FABRICANT ! En réponse au signalement d’une association de consommateurs, la société REV a pris toute la mesure de vos retours d’expérience. D’une part, nous rappelons tous les produits défectueux, pour lesquels vous serez intégralement remboursés. D’autre part, nous proposons trois versions tests non encore commercialisées. Vous pourrez les essayer gratuitement pour évaluer celle qui vous convient le mieux, en échange d’un rapport onirique détaillé. Nous avons réalisé les inconvénients pour la santé mentale d’effacer les rêves, bons ou mauvais. Nous avons donc décidé de remplacer notre produit par une alternative technique que nous envisagions pour l’avenir. L’idée est cette fois d’orienter vos rêve, à l’endormissement, dans trois directions différentes, selon votre vécu du jour. Le produit s’appelle Créarev et se décline en trois versions. Équilibre pour rééquilibrer les situations de conflits, Harmonie en cas de difficultés familiales et Amour pour les sujets qui touchent au couple.
Synthèses des essais sur un échantillonnage représentatif de 300 volontaires.
Retour Créarêv 2.1 Equilibre
La majorité des utilisateurs se sont endormis dans l’illusion d’un bonheur collectif au travail. Ils se sont réveillés en ayant totalement occulté les conflits qui les obsédaient la veille. A leur réveil, ils n’avaient que de bonnes intentions vis à vis des autres.
Retour Créarêv 2.2 Harmonie
Les volontaires concernés par les difficultés familiales se sont endormis en visualisant leur bonheur futur avec leur conjoint. Ils ont imaginé leurs enfants réussissant une vue épanouie. Le lendemain, ils portaient à chaque membre de la tribu, son petit-déjeuner au lit.
Retour Créarêv 2.3 Amour
Les amoureux en manque firent des rêves érotiques voluptueux et se réveillèrent avec l’envie de reprendre depuis le début, leur vie sentimentale. Ils s’appliquèrent à oublier les tensions conjugales pour reconquérir l’autre.
Malgré le succès des essais cliniques, les lobbies des antidépresseurs, anxiolytiques et autres somnifères ont, entre-temps, mené une campagne d’influence et de dénigrement très puissante contre la société REV, qui a été contrainte de déposer le bilan …
Pierrot et Jacot se rencontrent à la supérette de leur quartier. Ils ne s’étaient pas vus depuis un bon bout de temps.
– Salut Pierrot ! Toi ici ! Comment tu vas, ça fait un bout de temps que je t’ai pas vu !
– Oh ! ça va, ça va répond Pierrot. Et toi mon Jacot ?…
– Ben…, ça irait mieux sans cette nouvelle arnaque !
– Tu veux parler du coup d’état de ce colonel machin ?
– Mais non, tu y’es pas ! T’as pas entendu parler l’alerte consommateur sur EFACEREV qui contrairement à la pub du fabricant n’efface pas que les mauvais rêves ?
– Ah bon !questionne Pierrot
– Il ne faut surtout pas acheter cette lessive spécialisé literie, tu ne dois absolument pas l’utiliser lorsque tu passes tes taies d’oreiller et de polochon à la machine : tous tes rêves deviendront des cauchemars.
– Ah bon !
– Tu m’écoutes Pierrot ? A nos âges, les mauvais rêves, y’en a marre, si en plus, c’est au cause dune lessive, où allons-nous ?
– Ah bon ! reprend Pierrot
– Arrête avec tes « Ah bon » ! aboie Jacot. Je te parle d’une très grave alerte consommateur et ça te laisse froid ?
– Oh, moi tu sais, je ne rêve plus, je préfère voir la réalité en face, au moins, je sais à quoi m’attendre…
– Mais enfin, mon Pierrot, la nuit, lorsque tu dors, tu ne rêves pas ? Le matin, lorsque tu te réveilles, tu ne te dis pas quelquefois « quel beau rêve j’ai fait, etc … etc… »
– Non ! répond un Pierrot guilleret à un Jacot défait
– Ah bon ! annone ce dernier
– T’as raison, ça fait longtemps qu’on ne s’est plus vus reprend Pierrot.
– Quel rapport avec EFACEREV? demande Jacot agacé
– Si je t’ai dit que je ne rêve plus, c’est que je suis devenu insomniaque, et…
– … Même dans la journée, coupe Jacot, tu ne t’allonges pas un peu pour te repose , tu dois être épuisé mon pauv’Pierrot
– Je dors debout !
– Ah bon … avoue Jacot à bout d’argument.
Chère Avoires,
Tes participations se font rares, mais, toujours de qualité.
Je te souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année et à bientôt.
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit
s’est répandu de façon anormale dans tous les tissus de la literie et a emprisonné les moindres parcelles de songes, qu’ils soient effrayants ou envoutants. Cela a donné lieu à de nombreuses frustrations. Certains se réveillaient et se précipitaient sur un cahier et un crayon pour y noter leurs rêves les plus fous et les plus agréables mais avant qu’ils ne touchent leur page vierge, pffft, le rêve s’était envolé !
Des clients ont aussitôt étudié de près la composition de la formule chimique du produit et celle-ci semblait fausse. Probablement des gens mal intentionnés ont-ils modifié ladite formule. En lieu et place de « poussière d’étoiles », on pouvait lire sur la liste des ingrédients, « trace de lune », au lieu de « filtre d’amour », on pouvait lire, « gouttes de nuit » » et à la place de « paix intérieure », on pouvait lire « 100g d’imprévu ». Ces changements même minimes changeaient complètement la donne et dénaturait complètement le produit.
La concurrence ne mit pas longtemps à se mettre sur les rangs et plancha sur un produit irréprochable. Elle fit même le pari fou d’appeler son nouveau produit d’un nom à priori peu vendeur : « votre pire cauchemar ». Le service marketing, fébrile, croyait en son idée incongrue de baptiser un produit sensé apporter la paix, avec un nom qui disait le contraire.
Et ce fut un coup de maitre ! Les ventes explosèrent, entrainant la fin du produit galvaudé « effacerev ». Berner le client avait des limites.
Très bon rétablissement à vous Pascal.
Que les derniers jours de décembre vous soient aussi paisibles que possible.
A bientôt
Dystopie douce
Rien ne comptait plus que cette bulle de sommeil permanente, de nuit comme de jour. Sur tous les écrans des journaux télévisés, le ruban dérouleur affichait le message suivant :
« Vous n’êtes pas à l’abri d’une mauvaise nouvelle ; rien ne vous empêche d’être optimiste. »
Brider l’opinion publique par la peur était bien moins efficace qu’EFACEREV. On n’allait donc plus mourir du virus de la tomate ou du singe, se gratter à perpétuité à cause des punaises de lit, scruter le ciel à l’affût de comètes au comportement étrange, ou redouter — qui sait — une invasion extraterrestre. Les cartes mêmes de la météo avaient perdu leur rouge cramoisi pour virer au rose, suggérant un éternel printemps.
Chaque image surgissant à l’écran avait perdu sa connotation négative. Les volcans crachaient joliment du feu, les tsunamis rivalisaient par des vagues toujours plus hautes, les ouragans offraient des images d’une telle intensité que vous aviez votre comptant d’adrénaline. Tout était devenu spectacle. Le réel n’avait plus de rides, plus de creux, plus de charge mortifère, et sa limite avec le virtuel devenait chaque jour plus floue.
Les cerveaux de nos contemporains voguaient comme des bouchons de champagne sur les vagues de l’actualité. Ils ne la questionnaient plus. Ne se rebellaient plus. Plus de syndicats, de grèves, de mouvements de protestation — et, pour les éteindre, plus besoin de gaz lacrymogène, de drones ou de robots sans état d’âme chargés de ramener l’ordre.
EFACEREV était fidèle à sa publicité. Ce qu’il effaçait de fâcheux dans vos rêves la nuit, il l’effaçait aussi le jour. C’était le seul effet secondaire qu’on lui connaissait. Mais qui oserait s’en plaindre, si ce n’est quelques hurluberlus voyant partout quelque complot, criant à l’imposture, s’acharnant à réveiller une humanité sous emprise hypnotique ?
De ceux-là, bien sûr, nous ne parlerons pas.
Vous, comme moi, vous avez goûté à EFACEREV. Votre samedi est merveilleux, n’est-ce pas, même s’il a la même couleur que les autres jours — ce bleu pâle, presque liquide, qui a résorbé tous les nuages. Virant, la nuit venue, au noir velours, peuplé d’étoiles mortes.
Car elles ne pulsent plus que sur nos écrans.
ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves.
Testé sur des polochons et des oreillers, le produit a tendance à absorber les mauvais rêves, certes, mais à les garder en mémoire.
Alors vous, vous faites « pschitt pschitt » puis vous vous endormez tranquille, confiant en souriant aux anges béatement.
Effectivement, que des beaux rêves vont s’enchaîner harmonieusement…
Ça va le faire une nuit, une 2ème nuit, peut-être même une 3ème nuit,
Mais à la 4éme ça va être infernal.
Tous les mauvais rêves accumulés vont sortir en même temps en condensé et votre nuit va être terrifiante.
Plusieurs utilisateurs choqués ont été pris en charge en accompagnement psychologique.
« EFACEREV » n’étant donc pas fiable, nous vous conseillons de vous rabattre sur « EFACETOUT ».
Vous allez faire un reset pendant 2 nuits avec « EFACETOUT »
Puis rendez-vous à la déchetterie,
Jetez vos deux spray (efacerev et efacetout) dans le bon bac.
et achetez sans tarder un billet pour la planète Mars. Bon vent !
Vous verrez… La haut on ne rêve pas et parfois, on en revient !
Dommage pour vous Pascal!
Soyez patient et tout va rentrer dans l’ordre rapidement.
Elle regrettait amèrement s’être confiée à lui, cette nuit, sur l’oreiller. Elle n’avait pu garder ça pour elle. Il avait fallu que ça sorte. Il semblait tellement la comprendre depuis le dîner. Puis il y eut le vin, l’ivresse, les baisers tendres et tout le reste. Elle était allongée, nue, par-dessus les draps froissés d’une nuit agitée. Le jour n’était pas encore levé. Ils n’avaient pas plus envie de le devancer. Ils procrastinaient en fumant une cigarette pour deux. Elle avait peu dormi, il avait beaucoup bougé, au point où elle avait failli se retrouver par terre. Elle avait fini par se lever, repensant à sa tête horrifiée quand elle lui a tout révélé, quelques heures avant. Il ne pouvait pas cautionner cela, ses derniers mots l’avaient glacée. Elle avait peu fermé l’œil de cette courte nuit. Était-il capable de la dénoncer ? Elle en était sûre désormais. Elle ne s’imaginait pas en prison alors qu’elle n’était qu’une victime qui avait mis un terme à son calvaire. Elle croyait pouvoir vivre quelque chose de beau avec lui, c’était pour cela qu’elle s’était confiée. Certes, il était son ami, mais une crapule sans scrupule, avait-il reconnu. Ce matin, son regard était tout autre, comme un enfant qui se réveille en sachant qu’il n’a pas école. Un peu plus tôt, elle avait préparé une collation fatale avec des barbituriques, comme dans un vieux film américain. Mais son cocktail avait déjà fait ses preuves. Elle ne savait pas quand elle allait le lui donner. Avec le petit-déjeuner, certainement, dans son thé ou son café. Elle attendait qu’il aborde le sujet. Il souriait. Elle prit la dernière taffe de la cigarette qu’elle écrasa dans le cendrier avant de l’interroger :
— Qu’est-ce que tu comptes faire ?
— À propos de quoi ? demanda-t-il, l’air réellement surpris.
— Bah tu sais bien, ce dont on a parlé, cette nuit, à propos de Pierre.
— Oh, le pauvre ! C’est terrible ce qui lui est arrivé. Mais le suicide, ce n’était tellement pas son truc. Je ne comprends pas. Enfin, il faut passer à autre chose, non ?
L’autre chose l’attendait sur la table de nuit, dissous dans un grand verre d’eau. Était-il possible qu’il ne souvienne de rien ? Elle tenta à nouveau la question.
— Je me souviens très bien de notre débat lors du dîner sur ce navet que l’on a vu au ciné, répondit-il. Et de tout ce qui s’en est suivi. Tu es divine, Stéphanie. Mais cette nuit, tu sais quoi ? J’ai dormi comme un loir, poursuivit-il. Finis les cauchemars. C’est grâce à ça !
Il sortit un sachet sur lequel elle pouvait lire EFACEREV.
— Tu ne peux pas savoir comme c’est efficace. Ma vie était un enfer, un cauchemar de cauchemars récurrents. Et depuis que je prends ça, je ne sais pas si je rêve mais en tout cas, je dors mieux. Ça fait déjà deux mois.
C’était incroyable. Elle ne savait pas si c’était un effet du produit, mais il était clair que ses confidences sur l’oreiller s’étaient envolées. Elle se leva pour préparer le petit déjeuner. Quand elle revint, il dormait comme un loir. Qu’elle crut. Le verre d’eau était vide. Elle l’avait complètement zappé.
Quelques années plus tard, des tests du produit sur des polochons et des oreillers ont révélé qu’une molécule nocive accélérait la maladie d’Alzheimer.
ALERTE CONSOMMATEUR
Contrairement à la publicité du fabricant, EFFACEREV n’efface pas que les mauvais rêves. Testée sur des polochons et des oreillers le produit provoque des catastrophes. Entendant la nouvelle, les EG se frottaient les pattes dans leur labo d’Enzymes Gloutons et Frères.
Leur recherche, après un an de travail, avait abouti! Ils avaient clandestinement introduit dans la cuve de fabrication du lessiveur, et ceci grâce à la complicité interne d’employés s’estimant mal rétribués, leurs virus effaceurs A252, B895 avec, pour faire bonne mesure, un peu du redoutable E447.
Les essais s’étaient révélés une véritable victoire, non seulement la nouvelle formule effaçait couleurs et motifs du linge de lit, mais également tous les rêves sans distinction d’âge ou de sexe des rêveurs.
Fini les cauchemars dont on s’éveille en hurlant, les rêves érotiques qui amenaient le sourire aux lèvres, ceux de vengeance impossible à réaliser autrement.
Les cobayes s’étant prêtés à l’expérience erraient ,hagards, dans les grands dortoirs dévolus à l’expérience. Leur inconscient n’étant plus canalisés par leurs rêves, indispensables à tout être vivant, se déchaînaient dans des situations diurnes extrêmes,
Ca se battait, s’injuriait copieusement, copulait à qui mieux mieux.
Vite alerté, le directeur de la lessiverie fit contrôler ses cuves où l’on découvrit le pot aux roses.
» Encore un coup des EG et Frères, se dit la direction, ils nous cherchent des poux dans la tonsure depuis longtemps ceux là. On stoppa la production, fit revenir tous les stocks d’ EFFACEREV afin de les décontaminer.
Au labo, les Enzymes, satisfaits de tout ce ramdam, s’attelèrent aussitôt à la tâche pour mettre au point une nouvelle mauvaiserie qui ferait parler d’eux.
Nous vous souhaitons un très rapide rétablissement Pascal.
788/ CONTRACEPTION.
Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit s’avère avoir des effets délétères sur la réalité du quotidien. Le slogan ‘ d’un pshitt et puis ça va !’ est remis en question. Les oreillers à mémoire de forme impriment les sentiments, les désirs, l’imaginaire des usagers eux- mêmes testés a leur réveil. L’institut de sondage missionné mène l’enquête ciblant les couvents, les casernes en attendant maisons de retraite, prisons jusqu’aux cités dortoires. Les hôtels de passe : y en n’a plus ! Comment vous en connaissez ? Il parait que le P.D.G d’Efacerev y fut conçu. Une affaire suivie par là député Marthe Richard. Un livret édité dès lors met en garde contre les m.s.t. Est ce nécessaire ou suffisant, la question faut débat : entre deux portes on en convient, il faut se protèger.🐻
C’est de 🐻Luron’Ours pas de 🐁souris verte
ALERTE CONSOMMATEURS. Contrairement à la publicité du fabricant, « EFFACEREV » ne gomme pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit a réservé de sacrées surprises, à plus d’un pingouin de l’autonomie. Comme si, cette poudre de mirage, avec son intelligence très artificielle, mâchouillée par de sombres machines parquées dans de gigantesques hangars pouvait s’avérer capable de distinguer le bon caucherêve du faux. Et quoi encore, de ce soi-disant progrès, cette turbine à illusions. L’usine qu’on trimbale sous notre casque, ce n’est quand même pas du mou de veau, enfin pas pour tout le monde.
Ainsi moi, hier, j’avais lavé toute ma literie. Le tout, séché naturellement, au doux vent chargé de la lavande, entourant ma propriété. Il m’était même advenu la sotte idée de repasser le tout, de le ranger dans l’antique armoire en bois d’arbre indéfini, au milieu des écorces de mandarine séchées, cousus dans d’admirables petits coussinets en feutre, découpés dans un vieux chapeau, bien usé par l’un de mes grands-pères, celui qui, d’après les mauvaises parlures familiales n’avait pas perdu sa vie à la gagner.
Puis de ressortir draps et tout le reste, à l’heure dite du soir, celle où les oiseaux se tassent bien profond dans leur naturel plumard. Pour l’ambiance, j’avais choisi en musique de fond, la saison de Vivaldi correspondant à la bonne période. Ça allait swinguait du vénitien, rien que pour moi, plus un pigeon touriste sur la place, les pieds au sec, dans d’authentiques pantoufles charentaises, pas des croquenots de chinetoque.
Enfin, à l’heure où les poètes rallument les lumignons tremblants de leur inspiration, je lavais mes dents, les ponçaient bien, du poil super dur de ma brosse de chevet, celle qui me signale toujours où se cache un bout de peau de poulet ou la miette endurcie d’un pain trop complet.
Lavé des choses du quotidien, des poussiéreuses pensées vaporeuses, je me plongeais avec délectation dans un petit livre, le bien nommé « idées reçues » LE CANCER. En gros, la bête n’était pas forcément héréditaire. On envisageait qu’il puisse être provoqué par un choc psychologique ?? Puis, il était suggéré qu’en le traitant dès la naissance, on avait de meilleures chances de l’éviter. Que des malhonnêtes prétendaient que dans certains hôpitaux, on servait de cobayes. Et que comme il était décrété en 1990, si on y mettait les moyens, dans cinq ans on guérirait le cancer.
Chacun sa berceuse, comme disait Hitler en sifflotant Wagner.
Je me suis vite endormi sur ma probabilité de crabe. Mes quenottes allaient croquer du sommeil. Le juste comme l’injuste, tout le monde dans le noir pouvait échapper à la clarté des limpides évidences. Être ou ne pas être couché, y avait pas de question. Vautré dans la blancheur de ma toile, je me faisais un tapis de rêves, une mille et unième nuit de plus à me croire pirate, braqueur de péniches, souffleur de vers luisants pour en fabriquer des lampadaires.
La chance qu’on a quand on ronfle, c’est que cela ne nous réveille pas. C’est pourquoi, à six heures du matin, clignotant du réveil, je commençais à mesurer l’intolérable chute de ce que j’avais cru vivre comme une bonne histoire.
« EFFACEREV », c’était vraiment de la merde. Mon doux tripotage de la veille ne s’avérait qu’une aimable caresse, temporaire, illusoire, charmeuse et débilitante.
Ça ronflait bien, mais pas moi ! Juste l’insupportable mocheté allongée largement au-delà de la zone autorisée dans le partage d’une couche, anciennement commune.
« EFFACEREV », c’était pire que la cocaïne, ça te faisait dériver d’une survivance possible dans un monde boiteux, le tabouret à trois pieds de l’existence, avec ses bretelles accrochées aux nuages.
Et l’autre, là…maintenant, comment réellement l’effacer ??
Les quenottes du soir ont la dent dur au réveil ! Le chute du récit est habile. Féroce. Mais reste toujours temporisée au cours du récit par de poétiques métaphores telles que : « le tabouret à trois pieds de l’existence, avec ses bretelles accrochées aux nuages. »
J’aime beaucoup.
Merci Béatrice! Bonnes fêtes de fin d’année!
Que les oiseaux cher Jean-Marc continuent d’égayer ta page FB, et les nôtres, pour la nouvelle année qui vient, à présent,… à petits pas précipités.
Merci Béatrice! Oui, comme les oideaux, j’aime bien voleter d’une branche créative à l’autre. Ils sont mes guides poétiques.
786/ALERTE CONSOMMATEUR ! Contrairement à la publicité du fabricant, « EFACEREV» n’efface pas que les mauvais rêves. Testé sur des polochons et des oreillers, le produit…
Hé bien justement ! Je suis totalement indécise devant le rayon des détergents car chez moi, les ‘mauvais rêves’, ça n’existe pas. Soit se sont des rêves où je gambade joyeusement dans la campagne au milieu des garennes et des coquelicots et lorsque je me réveille, mon oreiller est lisse. Soit ce sont des glissades involontaires dans les profonfeurs de grottes abissales où je rencontre un congloméra de gens que je n’apprécie pas et c’est ce qu’on appelle communément des ‘cauchemars’ ! Et le polochon est grognon, mal vissé. Alors l’ Effacerev ! Non ! Ça c’est sûr. Mais je ne trouve pas le ‘ Nocauchemar’ qui aurait dû faire le pendant. Y a une faille là !
Ah ! ‘Nuit-blanche’ ! L’étagère est pleine ! Tu m’étonnes ! Les journées sont assez longues comme ça sans en rajouter avec les nuits. Et encore … des jours blancs !? Pourquoi non ? Sans infos ? C’est à étudier ça non ? 🐁
🐁Je vois que certains répondent avant que nous ayions reçu la proposition ?
Est ce vraiment une chance cette longueur d’avance ? 🐇🐢…pas sûr 😉
Cher Pascal, auriez-vous testé Efacerev ? Selon un rapport tout récent de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament, il semblerait qu’il soit responsable d’une diminution très sévère du système immunitaire ?
Je vous souhaite :
Un prompt rétablissement,
Et de bonnes fêtes !
Zut ! Ce n’est pas une bonne nouvelle pour vous et les votres à quelques jours des fêtes de fin d’anné.
Prenez bien soin de vous pour nous revenir en pleine forme.
Amicalement
Oups ! Prenez bien soin de vous.
Demain opération nettoyage 😀