784e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas.
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La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas.
Tout était plus présent ici, la chaleur ambiante, les regards persans des yeux noirs, les couleurs vives qui contrastaient. Autour de lui, bien entouré de son public, les êtres s’étaient juste posés, nourris par le possible qu’il leur donnait à voir.
Du reste, du temps où il était encore blanc, bien français, avec son nez reconnaissable et ses cheveux blonds, il avait lu « La vie des maitres » et de ce fait, il n’était en rien étonné des capacités qu’il voyait se mettre en action en lui.
Il finit par s’habituer à ce qu’il était devenu, il répondait au nom d’Akash. Il apprit à se dédoubler : une partie de lui était absolument présente pour réaliser ses prodiges et une seconde partie, observatrice, apprenait des personnes autour de lui. Il jouait à deviner leur fonction dans la société. Mais pas celle qui se voit au premier abord ! Non, un œil bien plus perspicace était développé en lui et il voyait plus profondément que le visible. Il percevait quelle était leur tâche.
Comme par exemple, la belle brune, au sari brodé de rouge, qui venait à chaque fois qu’il se montrait en public. Elle avait une démarche silencieuse et harmonieuse, glissant presque sur le sol. Il avait remarqué un petit rictus, au moment d’un temps fort comme son premier pas sur les braises. C’était comme si le corps de cette femme connaissait la teneur de ce moment, suspendu entre réalité et illusionnisme. Il la voyait développer une sorte d’intérêt pour la non-réalité de la souffrance. Il devina que la vie avait été dure avec Dipali. Elle aurait voulu oublier son passé, faire fi de ce qui transpirait en elle. Mais son rôle de mère était bien plus important que ce qu’elle en pensait, elle transmettait une sensibilité et une ouverture au surnaturel à ses enfants, qui leur permettraient d’accueillir la connaissance en eux et de s’adapter en tous lieux et en tout temps. Il se promit de le lui faire savoir.
Un autre addict à ses démonstrations, se dénommait Sumit, il n’avait pas 12 ans, il était vif et élancé. Il surgissait chaque fois au moment où la fumée brouillait les esprits du lieu. Il en profitait pour se glisser entre les tenues fluides des personnes présentes, il y avait surtout des femmes. Il s’asseyait devant, en tailleur, comme un petit enfant et n’en perdait pas une miette. Il découvrit que Sumit était le seul parmi ses nombreux frères et sœurs à être aimanté par ces facéties, il buvait ce qu’il voyait, il repartait comme ivre. Pour lui aussi, la vie n’avait pas été facile. La mort de son petit frère, le lien le plus proche, l’avait saigné de l’intérieur. Aujourd’hui, ça pleurait du sang en lui. Le fakir savait ce que Sumit en ferait, il cultiverait le curcuma, cette magnifique épice qui purifie le sang. Il trouverait sa voie tout seul.
Ce jour-là, après une bonne heure d’exercices, il se retira dans la bâtisse derrière lui, à l’ombre. Elle le suivit et demanda un entretien. Qui était-elle ? une nouvelle venue, toute de bleu vêtu, des yeux bleus inhabituels ici, les mains décorées avec goût. Je suis Pryia, j’arrive de New-Dehli, pourriez-vous m’enseigner la vue perçante ?
Figé, il la regarda longuement, droit dans les yeux, il se demandait : Ai-je le droit de transmettre à une femme ? Est-elle patiente, disciplinée et persévérante ? vertus absolument essentielles. Il pût obtenir les réponses dans l’instant et lui donna RV dès le lendemain à l’aurore.
Une partie de lui savait qu’il ne pouvait retourner d’où il venait, avant d’avoir transmis cette pratique. Mais, à une femme, comment était-ce possible ? Elles sont si fragiles, si soumises.
La nuit lui porta conseil, courte et intense, le programme défila devant ses yeux, il la vit par projection de pensée : bientôt tous les muscles bombés, ses yeux comme des lasers, sa concentration prodigieuse et ses résultats le surpassant.
Au lever, sa décision était prise, il la formerait et rapidement. Elle n’en sût rien, il l’encouragea autant qu’il développa sa fermeté. La détermination de Pryia valait pour deux, elle mettait les bouchées double, il finit par l’envoyer à un de ses collègues qui la prit sous sa coupe.
Maintenant que sa tâche était terminée, il aurait l’autorisation de rentrer chez lui. Il rangea toutes ses affaires, donna ce qu’il pût et termina ses affaires en cours, comme pour un départ définitif. Il rendit, entre autres, visite à Dipali. Ses jeunes enfants l’accaparaient mais en le voyant, elle ne se départait plus de son sourire. Étonnée et flattée de cette visite, un petit coin en elle accueillait cette surprise avec curiosité. Après lui avoir offert le thé habituel et partagé le cérémonial d’usage, il montra un visage grave, il s’enquit de ce qu’elle voulait bien lui conter de son passé, puis il écarta toutes les pensées agitées de Pryia. Il lui annonça qu’elle était bien sur son chemin, et tandis qu’il lui décrivait sa tâche, les larmes perlaient sur son visage. Il la salua bien bas et pris congé.
Dans la rue, bondée à toute heure du jour, il se retrouva libéré de tout engagement, comme neuf. Alors une motocyclette chargée le renversa en dérapant devant lui, sa tête heurta le sol mollement et il perdit connaissance.
Il se réveilla autre mais lui-même, ni peau mate, ni fakir, ni Akash ! La fièvre avait baissé un peu, sa femme dormait à ses côtés, il eut l’impression d’avoir dormi longtemps, longtemps et très profondément. Il reprenait vie dans un corps bien moins agile, mais un esprit bien aussi curieux. Nul ne se doutait autour de lui, ni de l’ampleur de son voyage, ni des conséquences qui allaient advenir.
Béatrice
La fièvre l’avait cloué au lit. Le lendemain, il se réveilla fakir. Non, il ne rêvait pas. C’était bien la réalité.
Peu de temps après, il déboucha un lavabo et répara un évier récalcitrant qui passait ses journées à fuir de façon éhontée. Le lendemain, il se réveilla plombier.
Fakir et plombier. Ça sortait de l’ordinaire !
Le mois suivant, il assista à un grand meeting politique qui l’impressionna fortement. Discours très persuasifs, militants survoltés, promesses électorales mirobolantes et langue de bois en surabondance. Quelle ambiance !… Le lendemain, il se réveilla Président de la République.
Fakir, plombier et Président de la République, ça commençait peut-être à faire beaucoup pour des journées qui n’ont que 24 heures. Eh bien, non, détrompez vous ! Il avait de l’ambition, de l’ambition à revendre. Il tenait absolument à ce que son nom reste dans l’histoire. Alors, rien n’était trop excessif ou démesuré.
Certains de ses proches supposaient même qu’il envisageait d’ajouter un quatrième métier à son CV. Mais pour le moment, ce n’était qu’une rumeur qui flottait dans les couloirs de l’Élysée.
Ce jour là, la fièvre m’avait cloué au lit. Je me suis réveillé fakir. Etrange sensation ! Je ne savais pas si j’étais dans une vie antérieure ou une vie future. Ce qui est sûr, c’est que je m’étais évadé de ma vie actuelle. Une légère excitation pétillait dans mon estomac. Enfin, ma vie allait devenir intéressante !
J’étais seulement vêtu d’un pagne usagé et poussiéreux. Mes cheveux longs et enchevêtrés étaient enroulés autour de mon crâne. J’avais vraiment l’apparence du personnage. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, je dus me rendre à l’évidence. Non, je ne rêvais pas. J’étais devenu un authentique fakir.
J’étais surpris mais pas désarçonné. Je me trouvais plutôt beau dans ce rôle singulier. Et j’avais la possibilité d’en épater plus d’un. « Qu’on m’apporte des serpents ; je vais les dompter avec ma flute envoutante ! ».
Un détail insolite attira toutefois mon attention. Un chapeau pointu, coloré, en carton léger, posé sur mon crâne détonnait. Que faisait-il là ? S’était-il égaré d’une fête costumée ? Est-ce que j’étais un spécimen du fakir du futur, sérieux, appliqué, aux pouvoirs magiques et joyeux, rigolard, fêtard ?
Quelque chose clochait dans cette affaire. Il est vrai que l’ascétisme des fakirs ne me tentait guère. Je ne me sentais pas prêt à renoncer aux plaisirs du monde. Alors j’ai dit « Banco ! J’accepte d’être le fakir hybride de l’avenir. J’ouvre la voie avec joie ».
Et depuis ce jour, j’attends avec impatience que vous veniez me rejoindre dans cet espace temps parce que je pourrais finir par m’y ennuyer.
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas.
Il avait passé sa nuit sur un lit à clous et non sur son habituel matelas qui avait d’ailleurs grand besoin d’être changé (25 ans d’âge …).
Il se souvint avoir passé tout un week-end le nez plongé dans un guide d’outillage et être allé chez Mr. Bricolage dès le lundi à l’ouverture pour acheter des clous. Il avait eu une longue discussion avec le vendeur à propos de la longueur desdits clous. Le vendeur ne comprenant pas exactement sa demande, il avait été obligé de lui préciser , c’est pour un lit à clous. Le vendeur lui avait dardé des yeux à la Joséphine Baker et avait répliqué, vous voulez faire le fakir ? Non, avait-il répondu, je veux seulement éprouve ma résistance. Sur ce, il était reparti du magasin muni d’une boîte à clous, avait attrapé une fièvre de canasson en rentrant chez lui car l’air s’était beaucoup rafraîchi pendant son achat et, c’était tout de même avec un peu d’appréhension, qu’il s’était mis au lit, son lit à clous. Au matin, la fièvre était tombée et lui avec, de son lit à clous, mais ne s’était pas fait mal puisqu’il avait passé la nuit en position de lotus, la tête enturbannée. Un vrai fakir, quoi !
Après avoir avalé un café, il alla se regarder dans la glace de la salle de bain, ne se trouva pas assez barbu et décida de se laisser pousser la barbe. Finalement, le vendeur de Mr. Bricolage ne s’était pas trompé lorsqu’il lui avait lancé vous voulez faire le fakir. Oui, c’était devenu une évidence.
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas. Le pire est que, brûlant toujours de fièvre, il continuait à marcher sur des charbons ardents sans que cela ne lui pose problème… Cela tournait au délire. Mais après qu’il fut resté cloué au lit, sur une planche pendant une semaine, l’esprit lui revint et il s’aperçut que son délire indien n’avait été qu’un Delhi d’initiés…
La fièvre l’avait cloué au lit. Déjà, son lit s’était modifié pendant la nuit. Il avait pris une drôle de forme. De loin, on aurait dit une mitrailleuse. Sans doute avait-il anticiper une nouvelle situation.
La nuit précédente, la table de sa cuisine s’était battue contre un alien. Quand il entendit les pieds de la table se battre dans un combat sonore, il se réveilla fakir et se dit tout-à-coup : »Je serai le clou du spectacle ! » Etait-ce encore un délire provoqué par la fièvre ?
Cette fois-ci le sabre était resté en travers de sa gorge. Il ne parvenait plus à l’ôter. Dans le meilleur des cas, au bout d’une demi-heure, la lame commencerait à se dissoudre. Sinon il devrait en éradiquer la poignée avec une meuleuse. C’est pourquoi il se dirigea d’urgence vers l’atelier. Mais là; ils ne faisaient qu’écrire.
Depuis son stage dans une usine de production de fils de fer, il avait amélioré ses performances. Il parviendrait, c’est sûr, à la digérer.
Pour son nouveau travail, son apprentissage serait long. Il devrait garder le fil conducteur. Dans une dizaine d’heures il aurait faim. Il devrait se procurer de quoi se sustenter afin de rester en lévitation.
C’était désormais son train de vie. Il devrait l’assumer jusqu’à la fin de son contrat.
Sa maison était faite de tessons de bouteilles qu’il avait réduits en fine poussière collée sur des papier rigide qu’il utilisait comme papiers peints, sur ses murs ou bien comme draps pour s’isoler du froid.
Spontanément, il ne s’était pas posé de questions. Il avait pris ce ticket au hasard. S’il vivait normalement dans cette société où la vie était basée sur la consommation, le plus difficile, c’était trouver tous les jours de quoi se nourrir. Le changement de sa condition sociale s’était produit trop rapidement. Encore quinze jours !
La prochaine fois, il demanderait un autre job d’intermittent du spectacle.
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas. D’ailleurs il souffrait trop pour ça. Il se coucha sur un matelas de clous : confirmation, il était devenu fakir par accident. Un fakir professionnel, ça s’entraîne. Lui, non. Il se leva, s’assit, se rassit sur des braises incandescentes. Tout était douleur, donc tout était vrai. Il conclut qu’il avait attrapé une maladie rare : la fakirite aiguë. Contagieuse seulement pour lui. Il chercha un miroir, se coupa sur le cadre, et se reconnut à peine : défiguré par piques et pointes de toutes sortes, comme si on l’avait épilé à l’explosif — il avait la chair d’un poulet déplumé à la flamme.
PS/ c’était bien difficile cette consigne Monsieur Pascal.
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas.
Il était bien devenu cet individu que tout le monde regardait avec un mélange d’admiration et de méfiance. Il reconnut même dans la foule qui s’était amassée pour le regarder sur cette petite place du marché, sa femme et ses enfants qui ne semblaient pas faire partie de sa vie, qu’aucun regard complice ou encourageant ne venaient le ramener à un semblant de vie, de ce qu’il croyait être encore sa réalité.
La journée passa. A la tombée de la nuit il se retira un peu à l’écart de la ville et s’endormit près de la mer. Il connut un sommeil agité qui prit fin quand il se réveilla dans un cirque cette fois. Il ne fut même pas étonné de rentrer sous le chapiteau et de s’élancer sur les échelles de voltige comme s’il avait fait cela toute sa vie. Il était résolu à vivre d’autres vies que la sienne. Peut-être que cela prendrait fin avec la tombée de la fièvre. Et c’est ce qui se passa.
Au bout de sept nuits, il se réveilla dans son lit. Bien qu’après chacune des nuits à se réveiller convaincu d’être vraiment quelqu’un d’autre, il sut que sa vraie place était celle-ci.
Sa femme apparut dans la chambre chargée d’un plateau sur lequel fumaient un bouillon et un café. Ses odeurs divines le ramenèrent à son quotidien. Le sien. Le vrai. Il s’était retrouvé, la fièvre était tombée. Il s’assit péniblement, gêné par une douleur sous les pieds qu’il découvrit pour y voir des dizaines de petites cavités, comme s’il avait marché sur des …clous. Et lorsqu’il découvrit le bas de son pyjama, un bracelet de cheville orné d’un crochet lui barrait le haut du pied…Non, il ne rêvait plus.
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas.
Mais tout de même, c’était tellement improbable, voire carrément impossible.
« PFFT, fakir ! On ne me la fait pas à moi.Suis pas assez naïf pour avaler des couleuvres aussi énormes » marmonnait-il en tapant comme un dingue sur des clous de dix centimètres qu’il plantait dans une planche de 90 sur 200. « Un clou tous les dix centimètres. Ça devrait être confort ».
Pendant ce temps, sa femme faisait bouillir de l’eau, dans laquelle elle mit à tremper la lame du sabre.
« Qu’est-ce-que tu fais ? » demanda-t-il ?
« De l’eau ferrugineuse. L’acier va infuser dans l’eau chaude jusqu’à l’heure de l’apéro. Tu verras ça va te donner des qualités exceptionnelles ».
« Tu crois que ça va avec le pastis ? »
« Y a que la modération qui va pas avec le pastis. GLOUP ! ».
Le sentiment était comparable à ces rêves de chute vertigineuse qui vous réveillent en sursaut, agrippé au matelas… Sauf que vous vous seriez réveillé au bord d’un précipice bien réel. Le cocon silencieux de la chambre avait disparu. La chaleur des braises sous mes pas ne me laissèrent pas le temps de chercher une explication. Je poursuivis la traversée du chemin ardent sous les regards blasés d’un public clairsemé. Je ne ressentais aucune douleur. Les fakirs sont des illusionnistes. On ne se coupe pas sur des tessons émoussés dans un vieux tambour de machine à laver. Chaque clou supplémentaire rend la planche où ils se couchent plus inoffensive; aussi inoffensive que ce charbon à faible conductivité au bref contact de la peau cornée de mes pieds.
Ce faubourg de Delhi puait l’eau viciée du Gange. Le dernier numéro n’ajouta aucune roupie aux trois billets froissés, dans la boîte de conserve crasseuse tenant lieu de chapeau. Kapil, le gamin rachitique me servant d’assistant, tenta sans conviction un dernier tour de quête, avec ce dodelinement de la tête si caractéristique des indiens. Il y avait, dans la manière inachevée de tendre la sébille, toute la résignation, toute l’évidence d’une enfance dont aucune tendresse ne viendrait sauver l’innocence, ne viendrait contempler la beauté. Je comprenais désormais l’Indi. Les souvenirs d’une vie miséreuse et brutale déferlèrent bientôt pour engloutir ceux, déjà vagues, de ce qu’il y a quelques secondes encore composait ma réalité.
Il y’eût un dernier flash, le souvenir du visage de ma femme, l’écho de ses cris paniqués, si lointains, me suppliant de me réveiller.
Kapil m’accompagna au thelewala le plus proche, ces chariots de tôle des marchands ambulants, pour mendier quelques bouchées d’aloo tiki. Au même moment, j’ignorais qu’à 6500 km de là, sur un lit d’un confort inconcevable, un secouriste venait d’abandonner un massage cardiaque.
Sur le moment, j’ai cru que vous étiez en enfer : « la chaleur des braises sous mes pas », sauf que l’enfer vous veniez de le traverser sur le plan terrestre. Tout cela est raconté sans colère, avec une sorte de fatalisme et de grande tendresse pour ceux qui restent.
Merci cher Christophe pour ce beau texte. 🙂
Merci ! Trop sympa
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas.
Touché de plein fouet par un virus hivernal, il resta cloué au lit quelques jours. Un matin, il se réveilla presque en pleine forme. Il avait quelques courbatures et le dos irrité, mais il se dit que c’étaient les conséquences du virus.
Depuis toujours, il fonctionnait au radar le matin. Il ne prenait réellement conscience de son corps et de ce qui l’entourait qu’après un très long moment.
C’est donc en mode zombi qu’il déjeuna d’un long sabre qui lui irrita la gorge et lui barbouilla l’estomac.
Il emprunta le long couloir recouvert de tessons de bouteilles pour se rendre à la salle de bains.
Et là, l’incompréhension. Il se regardait mais le miroir lui renvoyait l’image d’une autre personne. Un homme barbu, un turban sur la tête, le corps perforé. Il posa ses yeux sur son corps. Il était comme celui du miroir. Il faisait un cauchemar. Il s’examina sur toutes les coutures et en rigolant se dit : waouh je suis un fakir. C’était bien sympa, mais fallait pas que cela dure. Il se dit, je vais me recoucher, clore le cauchemar et me réveiller.
Sauf que cette fois-ci il remarqua les tessons, constata qu’il aimait marcher dessus, pris conscience que son lit était une planche hirsute de clous et qu’une fois allongé dessus il ressentait un grand bien-être.
Il n’éprouvait aucune souffrance. Il regarda autour de lui et vit les vestiges de son ancienne vie. Il réalisa que par une inexplicable raison, son rêve de petit garçon était devenu réalité. Il était sûr d’être dans la vraie vie. D’ailleurs il percevait les bruits du quotidien venant de l’extérieur.
Heureux comme tout, il se prépara avec soin, mit ses plus beaux atours et sortit acheter de quoi se ravitailler. Il avait envie de se faire plaisir. De nouvelles lames et de nouveaux clous plus pointus égayeraient sa journée. Il en profiterait pour passer chez France Travail pour trouver un poste de fakir.
Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Regards interrogatifs, mauvais. Bouches en O, éclats de rire. Lui, jubilait. La tête haute, la démarche sûre, il entra dans la fabrique à boulot. Un silence de plomb l’accueillit. Les vigiles se tenaient sur leurs gardes. Un imposant fonctionnaire se dirigea vers lui. En quoi pouvons-nous vous aider ?
Je voudrais un poste de fakir.
Très bien ! Suivez-moi dans mon bureau, nous y serons mieux.
Une fois installés, le fonctionnaire lui demanda de l’attendre. Il allait chercher un spécialiste du sujet.
Après une attente assez longue, le fonctionnaire revint flanqué de deux flics qui le soulevèrent sans ménagement, le jetèrent dans un fourgon et le conduisirent au commissariat où quelques blouses blanches l’attendaient.
Jusque-là, il n’avait pas pu placer un mot. Il espérait que les blouses blanches allaient rétablir la situation. Mais que pouic ! Il se retrouva allongé sur une civière inconfortable, attaché par des sangles et c’est ainsi qu’il se retrouva à Sainte-Anne.
On lui posa des questions infantiles, on le prenait pour un idiot. Il avait beau expliquer avec clarté, discernement qui il était, où il habitait, ce qui l’avait amené à vouloir vivre de sa passion, rien n’y faisait. Face à lui des têtes obtuses, sûres de leur savoir.
Il reconnaissait ne pas entrer dans les moules conventionnels, mais bon il n’était quand même pas le seul. Ils n’avaient donc jamais été au cirque, regardé la télé ou voyagé ? C’étaient eux les dérangés, les esprits coincés.
Son état troublait les blouses blanches. Entre éminences ils convenaient que leur patient ne présentait aucun signe de disfonctionnement mental. Que faire alors ?
Ils décidèrent de le garder pour la nuit. Il accepta à condition qu’il puisse s’allonger sur une planche à clous et manger une paire de couteaux.
Plus de doutes pour les scientifiques. Leur client souffrait d’une pathologie inconnue. Ils le garderaient en tant que sujet d’étude afin de faire progresser la science.
Moralité : mieux vaut ne pas sortir des clous définis par les conventions.
Il se réveilla fakir, à l’insu de son plein gré…
La fièvre l’avait cloué au lit, et pourtant ce matin-là, il se réveilla fakir.
Il ne savait plus comment il avait pu regagner son appartement, tant la fièvre l’avait plongé dans un état second. Tout ce dont il se souvenait, c’était d’être tombé sur son lit comme une masse, habillé, et d’avoir passé une nuit… agitée. Très agitée. Sa gorge lui arrachait la moindre inspiration, et il avait eu l’étrange impression d’avaler des sabres dans son sommeil. Même en se levant pour boire à même la bouteille d’eau glacée du réfrigérateur, il avait senti sous ses pieds des douleurs fulgurantes, comme s’il marchait sur un tapis de tessons de bouteilles.
Mais ce matin, à l’évidence, il ne rêvait pas. Des sabres de toutes tailles étaient disposés sur son lit, comme une petite armée silencieuse. Le plus grand avait la longueur d’une épée médiévale et semblait légèrement penché comme pour l’observer, tandis qu’un sabre plus petit, à la lame étincelante, semblait froncer la pointe comme s’il jugeait son nouveau disciple.
Lorsqu’il posa le pied à terre, une douleur fulgurante lui arracha un cri digne d’un opéra tragique : le sol était recouvert de fragments de verre, comme si une armée de tessons avait décidé de faire sécession contre le plancher. Chaque pas était une petite punition, mais également une étrange initiation. Il chancela, grogna, et dans un soupir douloureux, se dit : — Eh bien, si c’est ça être fakir, je ne suis pas sûr de signer pour un abonnement mensuel…
Tant bien que mal, il parvint jusqu’à la salle de bain. L’eau glaciale du jet de douche lui brûla la peau, mais lui fit l’effet d’un électrochoc. Sous ce flot d’eau, il se remémora ses lectures récentes sur les traditions indiennes et la mystique des fakirs. Peut-être y avait-il un lien entre ces enseignements et son étrange parcours nocturne ?
Alors qu’il sortait de la douche, frissonnant, il entendit un petit cliquetis derrière lui. Il se retourna et vit que les sabres sur son lit s’étaient légèrement déplacés, comme pour mieux l’observer :
— Enfin, te voilà, disciple maladroit ! S’exclama le plus petit, sa lame scintillant d’un éclat sarcastique.
— Nous t’attendions depuis la nuit des temps… ou du moins depuis hier soir… ce qui, pour un sabre, est presque la même chose ! Ajouta le plus grand.
— Bienvenue parmi nous, ascète improvisé. Tu es enfin prêt pour l’épreuve du fakir ! déclara avec arrogance le plus petit en se figeant dans un salut militaire.
Le jeune homme écarquilla les yeux : les sabres parlaient. Et non pas avec une voix ordinaire, mais avec un ton qui oscillait entre la gravité d’un maître zen et l’arrogance d’un professeur d’escrime légèrement sarcastique.
Le réfrigérateur, témoin silencieux de sa fièvre et de ses exploits nocturnes, se pencha légèrement et la bouteille d’eau murmura :
— Tu ne m’avais jamais goûtée comme ça auparavant. Béni soit ton courage, oh voyageur nocturne.
Même les tessons de verre semblaient vibrer et émettre des sons étranges, comme une petite chorale de clochettes. Certains chuchotaient des conseils philosophiques, à la fois absurdes et étrangement justes :
— Attention au pied gauche, disciple…
— Le droit suit… mais avec grâce !
— La douleur est ton enseignante, mais fais attention aux ongles de pied.
Même la mouche qui tournait autour de sa tête avait un rôle mystique : elle ne parlait que lorsqu’il méditait.
Malgré la douleur et la stupeur, il comprit que quelque chose se passait. Sa chambre était devenue un temple du burlesque mystique. Il se mit à marcher sur les tessons avec prudence, chaque pas étant un petit défi à sa douleur et à sa peur. Les sabres l’encourageaient ou le moquaient selon son équilibre :
— Un pas à gauche, et c’est la gloire !
— Ah, non… pas ce pied ! Tu confonds sagesse et maladresse, disciple.
Il essaya de méditer, mais c’était difficile quand un tesson, sous son talon, lui glissait :
— Tu sens la vérité ? Non ? Moi non plus. Mais courage… continu.
Petit à petit, il comprit que ces expériences burlesques étaient une initiation à la sagesse, une leçon d’humilité et de courage. La fièvre, les sabres, les tessons, le jet d’eau glacé… tout prenait un sens. Chaque douleur physique devenait un symbole : affronter ses peurs, embrasser l’inconnu, accepter la transformation.
Un petit chat entra, silencieux, ses yeux verts fixant intensément le nouveau fakir. Lorsqu’il tenta de parler au félin, celui-ci répondit avec un sérieux implacable :
— Chaque sabre a son histoire. Chaque tesson est un maître. Et toi… tu es la leçon la plus amusante.
Le jeune homme éclata de rire malgré la douleur. Ce mélange de peur, de douleur, et de dialogues absurdes avait quelque chose de profondément libérateur. Il se sentait, d’une manière ou d’une autre, plus vivant que jamais.
Les heures suivantes furent un enchaînement d’épreuves burlesques :
– Avaler un sabre — il l’avala à moitié, se prit à le recracher avec un salut cérémonieux, sous les applaudissements des tessons et des sabres.
– Danser sur les tessons — chaque pas déclenchait des murmures philosophiques :
— Le bonheur n’est pas dans le pied, mais dans le talon qui trébuche.
Petit à petit, il sentit une transformation. La douleur physique, l’absurde et le surréel se mêlaient à un sentiment profond de sagesse. La chambre n’était plus seulement un lieu, mais un chemin initiatique, où chaque objet, chaque fragment de verre, chaque éclat de métal avait une leçon à offrir.
Il réalisa que la fièvre et la douleur avaient été ses guides. Les sabres représentaient les obstacles de la vie, les tessons ses erreurs et échecs, et la glace de la douche, la purification nécessaire pour atteindre une forme de sérénité burlesque :
— Ah ! Je comprends maintenant… murmura-t-il en marchant lentement.
— Non, pas encore… répliqua le sabre le plus petit, en cliquetant avec amusement.
Il s’assit enfin sur le bord du lit, les jambes endolories, et observa les sabres. Dans ce silence ponctué par le murmure des tessons, il sentit une connexion étrange entre son corps, son esprit et l’univers. Chaque objet, absurde et vivant, lui enseignait la patience, le courage et le rire.
Après ce qui sembla une éternité (ou dix minutes, il n’en avait plus la notion), il posa le dernier pied sur les tessons et inspira profondément. Un sentiment de paix l’envahit, mêlé d’une joyeuse incrédulité : il avait traversé l’irrationnel, le chaos saugrenu de sa chambre, les objets animés et les murmures de verre, tout cela avait une signification, il avait touché, à sa manière maladroite, à la sagesse des fakirs.
Alors qu’il s’apprêtait à se sécher, il aperçut sur son oreiller un nouveau sabre, poli et brillant, comme un clin d’œil cosmique. Il sut alors que cette initiation n’était que le début d’une aventure sans fin, où chaque réveil pourrait le plonger à nouveau dans le merveilleux, le déraisonnable et le fantastique.
Le chat, assis sur le rebord de la fenêtre, le regarda avec une gravité solennelle et murmura :
— La prochaine fois, disciple, prépare-toi à avaler le réfrigérateur… mais doucement.
Il éclata de rire. Fièvre ou pas, sabres ou tessons, eau glacée ou chat philosophique, il était désormais… fakir. Et cette fois, il savait que l’insensé et le sacré pouvaient coexister dans une seule chambre, pour qui savait regarder et écouter.
Merci cher Gilaber pour ce conte mystique et profond. Car il a su présenter la souffrance comme un constat, une occasion d’éveil, un moteur de croissance. Le danger aurait été d’en faire la glorification, comme dans certains courants mystiques qui enseignent que pour libérer l’esprit, il faut mortifier le corps.
Il était sage de mettre en équilibre la souffrance, souvent inévitable, avec la joie, le rire.
Merci Béatrice,
J’ai essayé de faire de mon mieux, très heureux que mon récit retienne votre attention.
Bien à vous et bonne fin de journée.
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, il dut se rendre à l’évidence. Non, il ne rêvait pas. Il avait rejoint son ancienne vie. La vieille guérisseuse, au fond de sa caravane, lui avait annoncé sur un ton solennel qu’il était la réincarnation d’un grand fakir. Ses douleurs dorsales s’expliquaient ainsi. « J’ai comme des pointes qui me rentrent dans les côtes. »
Cette forte fièvre avait réveillé, dans ses délires, le vieil ascète qui sommeillait en lui. Il avait une collection de clous dans son grenier. Parfois, il lui semblait flotter au dessus du monde. Et son attirance pour les serpents surprenait toujours. Enfant, il avait relu et relu « Les cigares du pharaon » où Tintin rencontre 3 fakirs, sans comprendre pourquoi.
Il se regarda dans la glace. Pendant sa maladie, il avait beaucoup maigri, sa barbe et ses cheveux avaient poussé et de ce fait, il ressemblait à ces mendiants indiens.
Surpris mais content, il décida d’assumer son nouveau statut. Il se fabriqua un matelas de clous dans lequel il s’endormit confortablement.
Ah bien vu ces réminiscences d’un passé dans une autre vie, pourrait-on dire, puisque le fin mot de ses maux lui ai révélé par une guérisseuse.
La fièvre, cette vive agitation, cet état passionné qui l’anime depuis des mois a fini par le clouer au lit, l’obliger à rester immobile. Il se réveille Fakir, comme les ascètes Derviches qu’il admire tant.
Après avoir avalé un bon morceau de sabre à chair fine et tendre, au goût délicat, légèrement sucré, parfait pour son palais en quête de douceur…, il a des remords. Prendre plaisir à déguster et satisfaire ses sens ! Quelle horreur !
Il envoie valser son plateau à travers la pièce, brise la vaisselle et répand les restes du poisson au sol. Les tessons de la bouteille de nectar qu’il a copieusement entamée lui blessent le pied. Il doit se rendre à l’évidence. Non, il ne rêve pas.
Néanmoins, la souffrance ressentie satisfait Rikfa qui cherche depuis quelques années à devenir meilleur. Il a beaucoup lu, assisté aux conférences sur les écrits et récits susceptibles de parfaire ses connaissances du stade initial de son initiation à l’ascétisme. Il en a retenu que le corps doit accepter les privations, les douleurs, et cette blessure au pied, lui indique qu’il est en bonne voie pour atteindre le second niveau, celui du Voyageur-intérieur, ce stade où l’âme se blâme elle-même et cherche à se corriger.
Mais Rikfa ne parvient pas à dompter son impatience. Il craint de ne jamais atteindre les niveaux successifs et surtout, le troisième et dernier niveau, celui de l’âme apaisée. Sa frustration en est grande, aussi préfère-t-il se recoucher et laisser les rêves envahir son esprit de débordements sensuels. Qui pourrait le lui reprocher ? On ne peut contraindre l’inconscient ou les rêves, alors dormons… En attente du sommeil, il s’imagine en Derviche-tourneur. Il est beau dans la tenue immaculée. Aux sons des luth, vièle, cithare et flute de roseau, il tourne de plus en plus vite à la limite de la transe.
Un jour, il sera « pour de vrai » à danser avec d’autres Derviches, main droite tournée vers le ciel et main gauche vers la terre. Oui, un jour, c’est sûr.
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla en fakir. Après avoir avalé un sabre et marché sur des tessons de bouteilles, intrigué, il pinça son anatomie, puis il se regarda dans le miroir. De toute évidence c’était bien lui, il n’était pas passé de l’autre côté, il ne rêvait pas.
Las de tous ses tours de magie, il s’affala dans son convertible et son Youki se régala à lui passer sa langue entre les orteils. Ça ne lui faisait même plus de guili-guili. Il ne se leva pas pour faire le petit-déjeuner et son toutou n’eut pas sa part de brioche. De dépit, ce dernier retourna dans sa panière dans laquelle il poussa un soupir. Guettant son maître du coin de l’œil, il fronça les sourcils quand il le vit tourner dans le studio tel un derviche. Puis, au bout de deux jours de silence et de régime, sans pain sec ni eau, il se mit à aboyer, à gratter la porte sans relâche, si bien que trois voisins costauds défoncèrent la porte. Comme elle n’était pas en chêne, ils se retrouvèrent les quatre fers en l’air devant le locataire hébété, en position du lotus.
Après trois mois passés en HP, il fut jugé guéri de ses extravagances et trouva un job de fakir dans un cirque en compagnie du Youki qui tournait en rond pour attraper sa queue.
Ça faisait rire les enfants et les oiseaux, chanter les abeilles et briller le soleil.
👍
784/BATH A’CLAN
Il avait eu le permis de conduire dans une pochette surprise. Cloué au lit, cet objet d’ammeublement reste des plus dangereux, sous un air accueillant. méfiez-vous de l’eau qui dort ! Prenez garde ! D’aucuns s’y sont glissés confiants qu’on y a retrouvés rigides. Le saut du lit, après s’être frotté les yeux à point fermé, demande précaution., garni de clous, rétractable, c’est, l’accessoire du fakir. Un amateur enturbanné, prêt à s’exhiber ! comme mu par ressort, depuis qu’il trouve du bien à se faire mal, il a le gosier en pente, Avale menus objets. On lui offre infusions de semences car il adore l’eau ferrugineuse. Quand on le croise sur sa planche à clou, ça fait des étincelles. c’est un exhibitionniste, on lui compterait les côtes, sans manière, pas la matière à fabriquer la nouvelle Ève, ce vieux, Mac Adam…🐻
La fièvre l’avait cloué au lit, il se réveilla fakir, il lui fallait se rendre à l’évidence.
Il ne rêvait pas, il sentait bien le poids d’ un turban trop petit lui comprimer le crâne. En se levant il faillit perdre cette sorte de pagne qui couvrait le strict nécessaire de sa personne. Et la barbe ! Cette nouvelle pilosité qui lui arrivait au nombril !
Cela continua quand il voulu préparer son petit déjeuner. Dans ses placards des bocaux remplis de quoi ouvrir une quincaillerie, la huche à pain pleine d’un assortiment de sabres bien aiguisés prêts à être avalés.
Sur un coussin près du radiateur, dormait un cobra de belle taille, »Ganesh »était brodé sur le velours de celui ci.
Sans se démonter l’homme avala un sabre qu’il fit descendre avec une bonne gorgée de boulons de 18. Après avoir traversé le salon tapissé de tessons de bouteille, il attrapa sa flûte qu’il avait posé, dans son rêve, à côté des clés de la voiture.
Le cobra se réveillait dans son coin, ondulant, étirant son mètre quatre vingt dix voluptueusement. Il s’avançait vers son maître, le fixant avec tendresse de ses yeux jaunes.
Le nouveau fakir commença à jouer de la flûte, Ganesh se redressa, commença à se balancer gracieusement .Comprenant le message
l’homme revêtit son manteau en poil de chameau, fit entrer l’animal dans un panier qui avait servi à son défunt chat et les voilà partis.
On peut les voir sur la place Beaubourg, entre une cracheuse de feu et un jongleur, faire leur numéro qui parait bien plus exotique ici que sur une place de Calcutta.
Sympa d’avoir pris a la lettre le thème d’entre2lettres 😊. Merci pour la chute aussi !
Immédiatement, on est pris dans les « anneaux » du récit avec, pour commencer, un petit déjeuner à la fakir dont l’appétit est pour le moins « bien aiguisé ». Puis, une suite qui ondule « voluptueusement » au son de la flûte sur des tapis hérissés de tessons de bouteille.
Bien que cela ne soit pas précisé, il nous faut peut-être entendre que le « défunt chat » a été bouffé par le cobra après que l’animal l’ait fixé tendrement de ses beaux yeux jaunes.
Merci Nadine.
– Mais où qu’il est mon sabre ?
Jojo se lève péniblement ; cependant il marche facilement pieds nus sur les tessons de bouteilles qui font descente de lit.
– Hola… serais-je devenu fakir ?
– Germaine ! Germaine ! Viens voir !… Je marche sur du verre et même pas mal !
Mais Germaine ne vient pas voir Jojo qui marche sur des tessons de bouteilles….
Alors Jojo va dans la cuisine et là, il découvre Germaine à terre, baignant dans son sang, un sabre en travers de la gorge.
– Oh Putain ! S’exclame Jojo ! Mon sabre ! J’ai retrouvé mon sabre !
Moralité : « fakir un jour, fakir toujours »
Wouah ! Mais quel fakir que celui-là… peut-être qu’il vaut mieux ne pas passer entre ses mains…
Bien à vous et bon week-end.
783.. UNE APPARITION
Quand je l’ai vu arrivé l’Alfred habillé en fakir et jouer de la flute sur son tapis volant, j’ai compris qu’il se passait quelque chose… un message ?
L’interprétation d’une symbolique ? Moi, qui pensais avoir les pieds bien tanqués sur le sol, ne serais-je que sur du sable ? Du mouvant bien sûr.. comment pourrait- il en être autrement ! Me voila destabilisée ! Et l’autre qui m’hallucine avec sa mélopé mérovingienne que je vais bientôt le voir danser pieds nus sur des tessons de bouteilles !
Souris ! Reprends-toi ne te laisse pas emberlificoter par un farfelu. Tu ne connais pas son interêt et si c’était une manigance ? Une manipulation machiavélique ! C’est qu’il y en a des comme ça qui vous embarquent sur un tapis volant ! Les ‘ viens avec moi, je vais t’en jouer un air ‘. Alors moi je vais vous dire tous ces sorciers- accrobrates de malheur je les laisse à leur balai et sauter sur les pointes si ça leur dit et s’ils ont un message a faire passer, eh bien qu’ils n’envoient pas le fakir qu’ils le disent en face.🐁
Plus rusée que le renard qui se laisse « emberlicoter » par quelque « farfelu » à l’habile « mélopée » que nous raconte la fable, il est ici… une petite souris qui, d’une manière métaphorique, voit le piège avant le fromage. 😀
🫶 Béatrice.. vous vous en êtes tous drôlement bien sortis..
La vie est dure, parfois cruelle et il réalise qu’il a jusqu’à présent, mangé son pain blanc, dans une existence sans nuage. Une épouse aimante, deux beaux enfants et une vie heureuse à la manière de la petite maison dans la prairie. Son noyau familial était préservé de la violence urbaine et du narcotrafic devenu le cancer de nos sociétés.
Il partait au travail serein, quelles que soient les difficultés rencontrées dans sa vie professionnelle. Son réconfort consistait à retrouver, le soir, une famille épanouie. Il jouait alors le rôle du père modèle et rassurant. Il était ferme sur les valeurs transmises mais doux dans ses relations. Il ne manquait pas de lire une histoire, le soir avant de dormir, à sa fille et à son garçon, jusqu’à un âge avancé.
Progressivement, pourtant, la scène idyllique se dégrada. Les enfants connurent leurs premières difficultés scolaires, ils détournaient le regard lorsqu’il rentrait. Sa femme était à bout, alors elle lui disait :
fait quelque chose !
Mais il ne savait pas quoi faire, si ce n’est élever la voix par rapport à l’école. Son fils aîné avait bien changé. A seize ans, les yeux vitreux, il regardait dans le vide et crachait sa révolte adolescente avec une violence inouïe. Quelque soit la punition proposée par le père, la mère la levait, car elle la trouvait trop sévère. Le fils, provocateur, défiait son père –
Qu’est-ce que tu vas faire, hein ?
Il fallait se rendre à l’évidence, ils avaient eu beau tout faire pour que leurs enfants n’aillent pas à la drogue, ce sont les stupéfiants qui sont venues depuis les villes voisines, jusque dans leur coin de paradis. Il proposa à sa famille des thérapies individuelles et familiales, mais se heurta à un mur. Lui-même avait montré l’exemple en suivant une analyse, quand il n’allait pas bien, mais la mère avait déclaré que tout ça ne servait à rien. Devant son impuissance à aider sa famille, son rêve s’écroula et lui-même sombra, corps et âme.
La fièvre n’est qu’un symptôme d’une dépression profonde qui l’empêche de faire quoi que ce soit. Il a l’impression d’être transpercé de toutes parts et de perdre son sang. Sans rien pouvoir avaler, il ne tient plus debout et marche sur des clous, même pour assouvir ses besoins naturels. Il marche sur des clous, sa bouche est sèche comme du béton, sa gorge en feu. Il est soumis à une série de tortures moyenâgeuses. Sa seule obsession n’est plus de savoir s’il va s’en sortir, mais comment en finir.
Puis, plus rien, le trou noir.
Il se réveille, un peu comateux, dans une chambre d’hôpital. Il a avalé pas mal de barbituriques paraît-il. Les conséquences du lavage d’estomac lui font encore un mal de chien, mais une des infirmières est si tendre avec lui …
…il revient à la vie !
Cette fois-là, la fièvre l’avait cloué au lit. Il se crut fakir, avaleur de sabres, crapahuteur sur tessons de bouteilles. Cela dura quarante-huit heures puis, les clous fondirent et il retrouva son matelas multispire.
La fièvre de l’année précédente, il s’était cru trapéziste, avait voltigé soixante-douze heures entre les poteaux, un mal de crâne à se bouffer tous les courants d’air, dans son collant ridicule, même pas molletonné, tout ça pour s’écraser dans un filet de sécurité distendu.
Déjà bébé, dans son premier berceau, il avait dépassé les bornes tolérables d’un thermomètre de bonne facture, de fabrication française, garanti dix ans. La fièvre le fit décoller du couffin et sa mère eut bien du mal, grâce à un filet à gros papillon à le rattraper, alors que lui, petit Dumbo se cognait au plafond.
Grand adolescent, la fièvre du samedi soir, lui permit seulement, surchargé en Picon bière, de tomber d’un balcon où il avait rêvé d’une Juliette qui de fait s’appelait Lucette. Clown triste, vautré dans la gadoue, les copains en rajoutèrent.
A 90 ans, il espérait que sa dernière fièvre lui permettrait, en bon magicien, de ne pas être coupé en deux, pour parvenir à rentrer dans l’ultime boîte.
Wouah Jean-Marc ! La fin est… surprenante, parce que l’on ne s’y attend pas. Perso, pour éviter tout découpage, j’ai choisi de reposer en cendres.
Bien à vous et bon week-end.
Ca m’épate toujours les gens qui oublient que leur histoire aura une fin obligatoire. Moi aussi, en cendres…..mais pas tout de suite….à 90 ans … et des poussières!
Comment aurait-il pu rêver, alors que son rêve venait précisément de se briser et gisait à ses pieds en mille éclats de verre, au moment même où elle lui annonçait qu’elle le quittait pour un autre ?
Le plus dur à avaler, dans cet aveu qui lui entaillait la gorge comme un sabre, fut d’apprendre qu’elle partait rejoindre celui qu’il avait toujours considéré comme son meilleur ami.
Une double trahison. Il était resté sans voix, le cerveau en feu.
La douleur était si violente qu’un disjoncteur intérieur avait dû sauter en lui, l’anesthésiant presque.
Dès qu’elle eut refermé la porte, un vertige le prit. Tout se mit à tourner, et il gagna son lit en titubant avant de s’y effondrer.
Quand son corps se manifesta de nouveau, il sentit monter l’énorme tsunami émotionnel qui menaçait de l’engloutir. Alors il se servit un whisky, puis un autre, puis encore un autre. La suite… personne ne pourrait la raconter, mais elle se devinait aisément.
Car lorsqu’il se réveilla, il était entouré de bris de verre. Ses pieds saignaient, une coulée rouge lui barrait la joue. Étrangement, il ne ressentait rien. Comme un fakir, pensa-t-il, avec un sourire amer. Et il va falloir que j’en devienne un vrai, ajouta-t-il avec dérision.
À présent que les souvenirs affluaient, il comprenait que son cœur s’apprêtait à traverser un long chemin de braises ardentes.
Magnifique Béatrice ! Je vais passer mon tour cette semaine je crois car je sèche devant ce fakir !
Encore bravo je vais me regaler a vous lire tous !
Une publication à la pointe d’un nouveau jour… il est vrai que le sujet n’est pas facile et à chaque exercice, je me demande toujours, mais pouvoir raconter ?
Depuis hier soir, j’ai mis des idées en vrac, ce sont autant de pelotes de laine à dérouler sans que le fil se brise…
J’espère y être parvenu à temps.
Bien à vous et bon week-end.
Oups !
Mais que pouvoir raconter…
Je me pose toujours la même question. Et, au final, une idée « se pointe », « aiguise » mon imaginaire, avec l’envie, toujours, de ne pas trop marcher « dans les clous ». Bonne inspiration à vous Gilaber !
Merci chère Souris verte, mais de ce que j’ai pu voir « apparaître », plus haut, l’inspiration est enfin venue. 😀
Merci chère Souris verte, mais de ce que j’ai pu voir « apparaître », plus haut, l’inspiration est enfin venue. 😀
Ttés intéressant le chagrin d’amour ! Merci
Merci Nicolas. Vous avez su aussi, très habilement, explorer au second degré, le thème de ce samedi. 🙂