776e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Un T-shirt à un autre :
– Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
– Comment ça ?
–Tu ne devineras jamais !
Inventez la suite
Pour nous, écrire avec humour, c’est dans un texte, tout ce qui fait sourire et parfois rire. L’humour est une question de vitesse de l’intellect. D’intelligence rapide, dynamique, subtile. L’humour est social.


Un T-shirt à un autre :
– Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
– Comment ça ?
–Tu ne devineras jamais !
Ouais je voyais souvent cette nuisette au bal du samedi soir.
Et un samedi soir je me suis dit il faut que je lui déclare ma flamme à cette belle nuisette.
La belle je ne sais pas ce qui s’est passé elle a commencé à s’enflammer : certainement elle était trop amoureuse de moi.
Ouais, ouais, paraissant tellement folle de moi qu’elle flambait de joie.
Oh ! Oh ! j’ai eu peur pour elle et aussi peur pour moi et ce samedi soir nous avons vite appelé les pompiers, qui sont très vite arrivés.
Ils ont jeté trop d’eau sur la belle nuisette pour la déflamber.
Depuis ce soir là je ne sais pas pour quelle raison on s’est fâché elle et moi et je ne l’ai plus revue au bal du samedi soir.
Quelle malchance pour moi !
Alors je l’ai cherchée, je l’ai cherchée tant que j’ai pu.
Mais je ne l’ai pas trouvée.
Encore aujourd’hui après plusieurs années je suis trop triste lorsque je pense à elle.
Et l’autre jour un peu par hasard, j’ai réécouté ce morceau écouté un million de fois : la fièvre du samedi soir avec John Travolta et là ma petite nuisette elle a surgi dans ma pensée, dans mon imagination et, à force d’y penser et d’y penser, elle est apparue, elle s’est « matérialisée » là juste devant moi.
Elle me souriait, elle me souriait et aussitôt elle m’a embrassé.
Maintenant nous vivons tous les deux tellement heureux.
Oh ! Oh ! elle est belle la vie !
Un T-shirt à un autre :
– Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
– Comment ça ?
– Tu ne devineras jamais !
– Tu aiguises ma curiosité …
– Comme tu le sais, les nuisettes sont des « oiseaux de nuit » parfaitement casaniers. Nous, nous sortons la journée. Le soir, nous ne rechignons pas à faire la fête alors qu’elles vivent comme des nonnes. Peu de chances de se rencontrer donc.
– Tu me fais languir… Raconte
– Nous étions fin mars. Hervé quitte la maison à 7h comme chaque jour direction la boulangerie pour acheter un croissant. Ce matin là, il faisait beau et doux. Il m’avait donc enfilé sous sa veste en guise de bienvenue au printemps.
– Oui, et alors ?
– Attends, ne sois pas si pressé. Sylvie, la boulangère avait le visage chiffonné, sillonné par les traces de son oreiller. Elle n’avait pas son sourire habituel.
– Mais encore ?
– Hervé commence à bavarder avec elle pour lui insuffler son humeur joyeuse. C’est là que je l’ai vue, sous le gilet entrouvert visiblement enfilé à la hâte. Je suis immédiatement tombé amoureux.
– Un coup de foudre ?
– Ah, oui ! une nuisette tellement délicate, soyeuse, élégante, sexy aussi. Toutes mes fibres en ont frémi de désir.
– Une nuisette au travail ? Elle est bizarre Sylvie…
– Tu vas comprendre. Nous avions changé d’heure dans la nuit et Sylvie avait oublié de mettre son réveil à l’heure. Elle n’avait pas eu le temps de s’habiller.
– Et maintenant, que vas-tu faire ?
– Nous avons rendez-vous mercredi sur le fil à linge. J’ai hâte !
Bon rendez-vous, Amitiés Laurent
Je suis le nouveau venu, arrivé de loin. Chez moi, je n’étais qu’un parmi des centaines et des centaines. Ici, j’ai l’impression d’être reconnu, accepté, choisi.
Quand je suis arrivé, lorsque la porte s’est ouverte, j’ai vu tous les autres membres de ma nouvelle communauté. Mais ELLE, elle seule a focalisé mon regard, toute mon attention.
Ici, toutes les pratiques, les us et coutumes me sont étranges. Il y a des familles très reconnaissables à leur aspect physique. Chose surprenante, dans chaque famille, chacun a ses couleurs, ses parements identitaires. Une sorte d’association entre lien morphologique fort et indépendance, liberté. J’ai noté, et cela semble assez codifié, voire strict, que chaque famille a une fonction, un rôle bien déterminé. ELLE, elle assume le sien avec beaucoup d’élégance, de charme.
Au quotidien, il ne faut pas trop déroger de ses attributions et tout le monde coopère à la réalisation de l’objectif du jour, en fonction de ses possibilités, avec un grand respect mutuel. Souvent, ELLE, a pour rôle d’accorder les différences.
Parfois, quelques-uns s’associent pour réaliser un ensemble esthétique très créatif. Le résultat peut être surprenant, innovant jusqu’à déranger les habitudes. Cela fait avancer l’élégance de l’art. J’espère bien être invité un jour. ELLE, je l’ai vue dans ses œuvres, elle est magnifique.
Moi, invité ? Un jour peut-être, avec ELLE dans cette nouvelle vie ?
Certes, il y a seulement quelque temps, j’ai été acheté, pas comme un esclave, plutôt dans un esprit d’adoption sincère. Oui, c’est comme cela, et lorsque la porte de l’armoire s’est ouverte, malgré tout, c’est ELLE que j’ai vue, sublime.
Je suis un T-shirt importé, moi.
ELLE, elle est sublime cette nuisette.
Un T-shirt à un autre :
– Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
– Comment ça ?
–Tu ne devineras jamais !
-Elle m’est tombée dessus à bras raccourcis, alors que je ne m’y attendais pas ! J’ai essayé de lui raconter des histoires à dormir debout, mais elle m’a dit : « Vas te rhabiller ! » Bref, je me suis pris une veste, alors que j’essayais de lui tenir la jambe. Alors, j’ai décidé au pied levé de lui prendre la main, mais j’étais manche et je m’y suis mal pris… Et elle est allé se recoucher…
Deux T shirts se rencontrent dans dans une cuve de machine à laver avant que le cycle ne démarre.
T’as pas l’air en forme dit l’un, t’es tout chose ! C’est la nouvelle lessive que Caroline a mis dans le bac qui ne te convient pas ?
Devine ce qui m’arrive? Je me suis entiché de la nouvelle nuisette de Caroline, justement !
Mais comment ça ?
Comment ça, comment ça ! T’en as de bonne toi ! J’appartiens à Jonathan et lorsque je suis contre sa peau, je suis lui et lui c’est moi. Tu ne ressens pas le même effet lorsquesur sa belle peau de jeune mec ? Il ne te fais rien à toi ?
Oh ! Enfin t’exagères, t’en as de ces pensées. Nous ne sommes que les braves T shirts de Jonathan, qui nous suspend bien comme il faut dans sa penderie. Il est soigneux, tu ne touves pas ?
La question n’est pas là ! Tu me demandes comment je suis tombé amoureux de la nuisette de Caroline, je te raconte !
Je t’écoute
Donc, la nuit dernière je me couche à côté de ma chérie qu’est-ce que je vois, elle avait une nouvelle nuisette
Tu veux dire que Jonathan, qui te portait sur lui, s’est couché à côté de Caroline qui portait une nuisette qu’il ne connaissait pas ?
Oh, tu comprends rien mon pauvre! Toi, tu es blanc, comme moi mais pas du même blanc . Moi, je suis tricoté dans un fil fin, soyeux, un coton de qualité supérieure au tien. Excuse-moi,vieux, de te dire ça, mais ça compte…
Et, cette nouvelle nuisette, de quelle couleur ?
Ah, entre le gris tourterelle et le rose fuchia
Quoi, ça existe ?
Donc, lorsque Jonathan et moi avons vu cette féérie… tu devines la suite.
Les deux T shirts n’ont pas eu le temps de raconter et d’entendre la suite, la machine entamait son programme.
– Tu ne devineras jamais !
J’étais au fond d’un sac , pénard , dans le noir , bon pour la destruction tant j’étais devenu miteux .
Soudain ! un gémissement et des sanglots m’arrachent le cœur . Mes fibres ne font qu’un tour .
Tu me connais . Je joue des manches , je rampe pour monter , je fouille , je cherche qui souffre ainsi .
Avant de la voir je l’ai senti . Un parfum qui m’a fait chaviré et je me suis retrouvé le col dans le décolleté d’une nuisette !
waouh ! incroyablement belle , mais belle et douce , si douce , jamais je n’ai ressenti une telle excitation .
J’ai eu des papillons sur toute ma texture . J’étais tombé amoureux .
De sa voix sensuelle elle m’a raconté son désespoir :
– Elle me jette ! elle m’abandonne ! elle ne veut plus me porter sous prétexte qu’Il l’a quitté .
Je me retrouve à la rue , entourée d’inconnus et ça pue !
C’est vrai elle n’avait rien à faire ici . Je devais la secourir .
J’ai mendié l’aide de soutif . Avec ses crochets restants il a crocheté , gratté le sac jusqu’à le percer , aidé par la fermeture éclair pendouillant de jupette et le talon aiguille d’un escarpin esseulé .
Nuisette m’a entourée de ses fines bretelles et de sa dentelle .
Roulés en boule , entremêlant nos tissages , nous nous sommes faufilés par l’accro de la liberté .
Le vent soufflant nous a poussé jusqu’au bac de recyclage .
C’est là qu’une fillette , nous apercevant , interpelle sa mère :
– Maman regarde on dirait qu’ils se tiennent dans les bras ! je peux les prendre ?
On nous a lavé et pour ma part rapiécé .
J’habille dorénavant un gros ours en peluche et juste à côté de moi ma très chère nuisette recouvre pudiquement une jolie poupée .
Admire ! notre chère Popeline a demandé à sa maman de nous coudre , ensemble , avec un petit point de sûreté pour ne plus être séparé .
J’adore cette histoire d’amour textile, comme une danse, qui se termine si bien ❤️
merci beaucoup Nicolas
Un T-shirt à un autre :
– Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
– Comment ça ?
–Tu ne devineras jamais !
L’autre soir, la Belle avait enfilé sa nuisette en soie. Magnifique ! Une tenue incroyable ! Couché dans l’armoire ouverte, je lorgnais sur ses courbes incandescentes que soulignait cette divine nuisette. J’avais bien senti qu’il faisait un peu froid mais je n’aurais imaginé ce qui allait se passer. Je l’avais vue frissonné. Et bien figure toi que la Belle s’est approchée et a posé la main sur moi, elle m’a déplié et m’a enfilé ! Bon sang jamais je n’oublierai cette sensation ! J’ai glissé sur elle avec une grande délicatesse et sa chaleur m’a envahi instantanément. Le contact de nos deux peaux était incroyable. Mon coton sur cette superbe soie d’une finesse infinie, une rare alchimie a instantanément opéré. Je ne voulais plus repartir ! Je croisais mes étiquettes pour que nos épaisseurs ne fassent plus qu’une. Je priais pour que la température de la pièce n’augmente pas, pour nous laisser le loisir à nous de faire grimper la nôtre. Bien sûr l’aventure n’a pas duré. Il a fallu que l’on soit séparés mais je crois que la Belle a aimé notre union. Depuis, dès que la porte s’ouvre, je la cherche du regard. Elle n’est jamais très loin. Et j’espère.
Ecoute-moi bien, mon ami
J’ai fait une drôle de rencontre cette nuit
Dans une vaste penderie où je m’étais égaré
J’errais sans but, en pleine obscurité
Et puis la lumière fut et je pus observer
De vieux pyjamas qui ronflaient, soigneusement pliés
Un bonnet de nuit, accroché tête en bas
Qui papotait avec de vieux draps
Et soudain je la vis
Une nuisette si jolie
Que j’en fus tout ébloui
Tout aussitôt je la saluai
Et lui dit combien j’étais ravi
De par ici la rencontrer
Mais ne s’ennuyait-elle pas
En compagnie de ces vieux pyjamas ?
N’aurait-elle pas préféré
Des compagnons plus jeunes et plus éveillés ?
Comme vous ? me demanda-t-elle ingénument
Pourquoi pas, répondis-je sur le champ
En tout cas, je me trouve plus amusant
Et probablement plus entreprenant
De cela je ne doute pas répondit la donzelle
Mais, justement, nous autres demoiselles
Préférons parfois la compagnie de vieux gandins
Qui ne nous importunent pas eux, au moins
Un conseil, Monsieur, filez au loin
Et dans cette penderie ne revenez point
Vexé comme un pou je m’en fus
En jurant qu’on ne m’y reprendrait plus !
— Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
— Une nuisette ? Celle en satin qui sent le péché et l’adoucissant ?
— Elle-même. J’en ai perdu toutes mes fibres.
— Mon pauvre, tu vas encore finir en boule au fond du tambour.
— Tu ne comprends pas ! Quand elle s’étend sur le fil, le vent joue dans sa dentelle comme un poème de Prévert.
— Oui, enfin Prévert, il faisait rimer “amour” avec “courgette”, alors prudence.
— J’ai voulu lui parler hier, mais le sèche-linge s’est mis en route avant que je puisse ouvrir ma couture.
— T’as toujours eu le pli sensible.
— Elle sent la nuit, le mystère, l’interdit. Moi, je sens la lessive et le dimanche.
— Elle m’a regardé, ou plutôt elle a ondulé, et j’ai su.
— Tu oublies qu’elle n’est portée que pour les nuits… toi, t’es du jour, du dimanche, du barbecue et de la sueur.
— L’amour ne connaît ni jour ni machine !
— Si, la machine à 40 degrés. Et elle, c’est du délicat, programme soie.
— Alors je me consumerai pour elle, fil après fil !
— Bah, tant que tu ne termines pas en chiffon, c’est déjà ça.
— On me traitera de romantique.
— De rétréci, surtout.
Et le T-shirt partit, le cœur en coton, vers un destin froissé.
— Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
— Comment ça ?
— Tu ne devineras jamais.
— Ah, bon ! Ca a l’air compliqué, ton histoire.
— Tu donnes ta langue au chat ?
— Allez, vas-y, raconte !
— Figure-toi qu’après le match de base-ball, je passe devant un magasin de prêt-à-porter. Et là, qu’est-ce que je vois ?
— Une nuisette !
— Comment tu as deviné ? Mais ne sois pas si pressé. Il faut déjà goûter l’approche, tu comprends ! Comme le chat qui avance d’un pas, à chaque mouvement de sa proie.
— Houlà ! On dirait un prédateur !
— Sauf que ce n’est qu’une nuisette que j’avais en vue.
— Ouais ! Une nuisette pour laquelle tu pourrais être nuisible !
— N’importe quoi ! J’ai eu une intuition.
— Toi ! Une intuition ! Ah ! Ah ! Laisse-moi rire. Et c’est quoi ton intuition ?
— J’ai eu tout de suite envie de l’inviter à boire un thé.
— Ouais, un thé comme tee-shirt. Quelle imagination !… Alors ?
— Alors, je suis entré.
— Dans le magasin ?
— Bien sûr ! La tentation était trop forte. Où veux-tu que j’entre ?
— Alors ?
— J’ai demandé qu’on me présente la nuisette.
— Et ?
— La vendeuse a dû monter sur un tabouret. J’ai vu ses bas résille avec la couture juste derrière. Tu vois, qui mettait en valeurs le galbe de ses jambes.
— Et alors ?
— J’ai sifflé. Mais un sifflet admiratif, tu vois. Elle a souri et m’a montré un carton.
— Un carton jaune ?
— Mais non, le carton où était emballé la nuisette.
— Et tu as emballé la vendeuse ?
— Comment tu le sais ?
— J’ai deviné.
— Ben non, j’ai acheté la nuisette.
— Quel suspens !
Michel-Denis, j’aime beaucoup !
Je me trouvais peinard dans la penderie en compagnie des autres fringues, lorsqu’une tornade ouvrit en grand les portes, s’engouffra et fit tout voler. On se retrouva tous dans les airs, chassés, jetés comme des malpropres. Certains atterrirent sur le lit, d’autres parterre, c’était un chaos indescriptible.
Moi je me suis retrouvé en équilibre sur le bord du lit, impuissant, regardant avec inquiétude la valse de mes congénères. Je craignais que la chute de l’un d’eux ne me fasse tomber sur le sol où je ne manquerai pas de me faire piétiner par la tornade à talons.
Puis, je l’ai vue. Légère comme une plume, élégante, fragile. Elle tomba à mes pieds, enfin elle tomba sur le sol à quelques centimètres de moi vu que je n’ai pas de pieds. J’étais tellement hypnotisé par sa délicatesse, sa grâce que j’en oubliai l’anarchie qui régnait. C’était la plus belle des nuisettes que j’avais vu, une œuvre majestueuse. Il fallait que je la protège, oui, mais comment ? C’est alors qu’une grosse doudoune vola au-dessus de moi et son souffle me fit tomber sur nuisette. Elle sursauta. Je ne voulais pas qu’elle ait peur de moi. Nos fibres s’accordèrent immédiatement. Les miennes offraient chaleur et protection, les siennes douceur et tendresse.
Un souffle nous poussa sous le lit. Nous sommes restés blottis l’un contre l’autre espérant que rien ne pourrait nous séparer.
Bien mimi ton histoire, mais t’es là avec moi, donc vous vous êtes séparés ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
Pff ! M’en parle pas. Cette fois, c’était une sorcière qui avec son balai nous chassa de sous le lit.
Moi je finis bouilli, amidonné, plié au carré et rangé au cordeau dans la penderie.
Quant à nuisette, j’ai appris qu’elle avait été cisaillée et jetée en pâture aux ordures.
T’as pas l’air bien triste !
Non, car je la porte dans mon cœur et là personne ne pourra nous séparer.
Un T-shirt à un autre…
— Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
— Comment ça ?
— Tu ne devineras jamais ! Mais voici comment tout a commencé…
Imaginons la chambre d’une jeune fille où tout est en ordre. Dans l’armoire, les vêtements sont propres et bien rangés par catégorie. De jolies robes pendent sur des cintres : à droite, celles qu’elle porte du printemps jusqu’aux premiers jours de l’automne, légères, aux motifs fleuris et aux couleurs chatoyantes ; à gauche, dans des tons plus sombres, celles destinées aux jours plus frais, confectionnées dans des tissus épais, qu’elle garde jusqu’à la morsure du froid hivernal.
Sur les étagères, bien pliés, des T-shirts pour chaque saison. Dans cet univers de douceur féminine flotte un léger parfum de boiserie et de lavande.
Dans un coin de la chambre, une commode trône, surmontée de cadres photos : la jeune fille y sourit à la plage, aux sports d’hiver, ou entourée d’amis. Les trois tiroirs, eux, renferment ce qu’il y a de plus intime : de la dentelle, de la soie… et une nuisette noire, fine et légère, réservée à ses nuits d’amour. Chut ! Ici, c’est privé.
Mais revenons à l’armoire. Sur la pile de T-shirts, l’un d’eux arbore un grand smiley soleil. Pourtant, il soupire sans arrêt, ce qui finit par agacer les autres.
Le T-shirt au bouledogue affublé d’un casque et de lunettes de motard grogne :
— Hé, le smiley soleil, t’as pas fini de soupirer ? Tu déranges tout le monde !
— Désolé… c’est parce que je suis triste.
— Triste ? Et pourquoi donc ? Moi, ça fait des années que je n’ai pas vu la lumière du jour, et je ne m’en plains pas ! Autrefois, j’étais son préféré pour le skate parc, jusqu’à ce qu’une tache de ketchup, tombée sur ma truffe, me fasse perdre l’odorat et ruine ma carrière. Elle m’a frotté si fort que j’ai failli perdre la truffe ! Depuis, je suis plié en quatre et oublié.
— Oh lala ! Vous n’avez pas fini de vous lamenter ? intervient le T-shirt aux fleurs des champs. Moi, je garde en mémoire les pique-niques à la campagne, les roulades dans l’herbe sur les pentes des prairies verdoyantes, les rires et les éclats de joie entre copines. J’attends patiemment qu’elle revienne. Mais toi, smiley soleil, qu’est-ce qui t’arrive vraiment ?
Le T-shirt au smiley soleil rougit jusqu’à ses coutures.
— Je… je crois que je suis tombé amoureux d’une nuisette.
Les autres en restent cois, ce qui ne l’empêcha pas de continuer son histoire :
— La première fois que je l’ai vue, nous étions pendus côte à côte sur la corde à linge. La lumière traversait son tissu si fin qu’on devinait les courbes qu’elle caressait. J’ai imaginé sa douceur, son parfum, la chance de cet amoureux qui pouvait la retirer à sa bien-aimée, évoquant même son glissement soyeux sur la peau…
Pendant que moi, je suis juste le T-shirt de sport. Je suis trempé de sueur à l’odeur acide, tordu, malmené, quand elle me retire et me passe sous son nez, elle grimace avant de me jeter dans le panier à linge. Tandis que la nuisette, elle, a droit à un bain de mousse parfumée, à des caresses savonneuses… Quelle injustice !
Un long silence s’abat. Même le bouledogue n’ose plus grogner.
Jusqu’au jour où le miracle arriva. Un matin, la jeune fille vida son panier, et le T-shirt sentit son cœur bondir : la nuisette noire était là, juste à côté de lui :
— Ma belle, enfin ! Nous allons passer un cycle entier ensemble !
— Un cycle ? répondit-elle d’une voix douce et soyeuse. Moi, je ne passe jamais par la machine… on me lave à la main, délicatement.
À peine avait-elle fini sa phrase qu’une main plongea dans le panier. La jeune fille attrapa la nuisette et la déposa dans un lavabo plein de mousse odorante. Le T-shirt, lui, fut happé par la machine à laver.
Quelques minutes plus tard, coincé entre une chaussette orpheline et un vieux legging, il cria :
— Attends moi ! Je te retrouverai !
La chaussette ricana :
— Ouais, c’est ça, Roméo de coton ! Fais gaffe de pas finir en serpillière avant !
Quand il ressortit, trempé mais plein d’espoir, il la vit — suspendue sur le fil du jardin, juste à côté de lui :
— Enfin réunis… sous le soleil ! murmura-t-il, gonflant son smiley. Mais la mère de la jeune fille surgit :
— Non mais ça va pas ? La nuisette dehors ? Elle va s’abîmer ! Elle la décrocha aussitôt et la fit sécher à l’intérieur.
Le T-shirt resta seul, battu par le vent.
Dans l’armoire entrouverte, le bouledogue lança en ricanant :
— Pour tisser un amour durable, il fallait tomber amoureux d’une serviette de bain, mon vieux ! Au moins, t’aurais pu la retrouver tous les jours !
Et depuis, le T-shirt au smiley soleil attend toujours le jour où la nuisette sortira sécher au grand air. Il se tient prêt, le cœur gonflé… comme s’il battait encore.
Morale : On peut être un T-shirt de sport en coton et avoir des sentiments de soie.
Tu racontes toujours aussi bein ! Gilaber
Une anuisette se plaint d’avoir été entâchée par un étirshirt. C’était encore une de ces soirées à la con, ou selon, à la bite. L’une ces soirées rasoir, une épile sexe, noyée dans les sapeurs d’alcool, les pompiers pyromanes d’un feu de baise et les relents des pouet pouet de quinze ans. Avant de s’enterrer dans la routine on se libertinait le poste rieur, le rythme décalé des parents, les vieux croûtons dans leur soupe, sans plus d’asperge. Ça bringuait dur du cul en attendant la rentrée déclassée.
Et moi, pauvre innocent de l’amour courtois, je tentais, là-bas, au fond du parc d’ôter le pavé de la mare.
Un vieux T-shirt tout chiffonné
Vient à peine de se réveiller
Au milieu d’autres effets
Il se met à bâiller
Pas envie d’être enfilé
Il veut rester dans le noir
Tout au fond du tiroir
Quand tout à coup
Du tiroir du dessous
S’échappe une fine bretelle
Qui veut se faire la belle
Le T-shirt intrigué
Se penche un tantinet
Pour voir ce qui se passe
Et il assiste à un drôle de ballet
Qui se déploie avec grâce
Sous ses yeux émerveillés
Le voilà bien réveillé
Une bretelle puis une deuxième
Suivies d’un entrelacs de dentelle
De couleur noire et crème
Le T-shirt se penche encore
Pour ne rien rater de ce trésor
Il en prend plein les mirettes
De la jolie nuisette
Il se penche encore et encore
Et alors ?
Des mains sans vergogne
Et habiles en besogne
Referment les deux tiroirs
De manière péremptoire
Enfermant définitivement
Les rêves du vieux vêtement.
Dans la panière à linge sale, un tee-shirt à un autre :
– Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une affriolante nuisette.
– Comment ça ?
– Tu ne devineras jamais ! Ça faisait des mois que je la reluquais à travers une latte disjointe dans le chiffonnier. Elle au quatrième étage et moi au troisième. Je te dis pas la vue !
– T’as bien de la chance, parce que moi, tu sais bien que je servais de chiffon pour dépoussiérer les meubles et depuis quelques jours pour cirer les mocassins de monsieur. Et alors, tu as pu lui parler ?
– Mieux que ça, on a couché ensemble !
– Waouh ! Ben moi, au temps de ma splendeur, je dormais sur la descente de lit. Dis, tu ne pourrais pas me la présenter ?
– Tu rigoles ou quoi ! T’as pas vu ta dégaine ?
– Sait-on jamais. Comme nous sommes tous les deux ajourés, on pourrait bien s’entendre. Au fait, elle est où, je ne la vois pas dans la panière ?
– Eh ben, elle est si fragile qu’il lui faut des soins particuliers. Pas comme pour nous, le tout-venant.
– Ça me rappelle la fois quand moi et mes collègues, nous avons été ébouillantés suite à une erreur de programmation, d’où mon pitoyable état.
Soudain, les deux compères sont interrompus dans leurs parlottes :
– Chérie ! La tempête vient d’emporter ta nuisette et le pire… Comment te dire ? Elle est emmêlée dans les ronces.
– C’est pas grave. De toute façon, la dentelle me grattait et puis j’ai trouvé une chemise de nuit bien chaude quand j’ai fait le tri dans les affaires de ma mère.
– …
Dans une ressourcerie, un tee-shirt de marque , en coton peigné, un peu chiffonné au milieu d’étoffes éparses, attendait qu’on lui prête une certaine attention. Parfois, de potentiels clients cherchant à trouver l’affaire du siècle le triturait et le reposait négligemment. Un jour, les manutentionnaires de cette entreprise rapportèrent un énorme ballot de linge à trier, et laquelle ne fut pas sa surprise de découvrir un linge superbe qui était tombé sur le sol, c’était une superbe nuisette en dentelle !
Quel sacrilège pour elle d’avoir échu sur le lino tout poussiéreux ! Sa compassion et son attirance pour la beauté de cette lingerie le transportait.
Il repensait à son passé dans le dressing de ses propriétaires, quand il côtoyait sans aucune pudeur, les effets de Monsieur et les dessous de Madame. Il en demeurait encore tout ébaudi….
Le week-end approchant, les bacs avaient été soigneusement organisés , cotonnades et lingeries bien pliés côte à côte. Les clients affluèrent et il eut le pressentiment que son quotidien allait tout à coup prendre une autre dimension, très stimulé visuellement par les attraits de ce somptueux négligé mi soie-mi dentelle. En effet, un couple s’approcha du rayon textile, l’homme cherchant à renouveler ses vêtements à moindre coût, la femme resolue à dénicher une pépite un peu coquine, afin d’accentuer la concupiscence de son conjoint…
La main de l’homme saisit le tee-shirt, le posa devant lui, regarda l’étiquette et décida de l’acheter, la femme remarqua le bac tout à côté et souleva la nuisette, en examina les moindres coutures en jetant un regard malicieux à son mari.
L’homme lanca :
Elle te plaît prend là donc !
Tous deux se dirigèrent vers la caisse, c’est ainsi que d’une rencontre fortuite, tee-shirt et nuisette formèrent un duo très glamour dans la penderie de leurs acheteurs.
André Breton , père fondateur du surréalisme n’a-t-il pas affirmé que « L’insolite est inséparable de l’amour, il préside à sa révélation ».
Oups , toux deux « tous deux » et n’a t-il pas affirmer, il faut lire « affirmé ».
– Salut ! Je ne pensais pas te voir aujourd’hui. Ton boss disait qu’il devait partir quelque temps ?
– Et bien tu vois, nous sommes déjà revenus.
– J’aime bien te retrouver dans ce vestiaire. C’est calme le temps que nos propriétaires se défoulent sur le terrain de squash.
– Tu as vu, tu as une tache juste sur le bas, devant.
– Ah non, je n’avais pas perçu la coulure. C’est probablement une tache de thé. Toi, par contre, tu es impeccable. On doit te repasser après chaque lavage ?
Tiens, à propos de lavage, j’ai un truc à te raconter. Tu sais, dans le sous-sol de la résidence où vit mon proprio, se trouve une lingerie. L’autre jour, j’étais suspendu sur l’un des fils à linge, quand, sur le fil, en face, est venue s’installer une nuisette.
– C’est quoi une nuisette ?
– Je vois que tu ne connais pas non plus ce genre de chose ! Et bien, c’est un article de lingerie féminine. Il n’y a pas beaucoup d’étudiantes à en porter dans la résidence. C’est peut-être même la première fois que j’en voyais. D’après ce que j’en sais, c’est un vêtement de nuit léger, vaporeux, court et s’il est bien porté, plutôt excitant à regarder.
Celui que j’avais en face de moi, l’autre jour, étais très transparent, dans une teinte gris perle avec des zones brodées du haut des fines bretelles jusqu’au-dessous du bustier retenant les seins. Cette partie n’était pas faite du même fil que le reste. Or, ce jour-là, dans le noir du sous-sol, la porte de l’une des machines à laver était restée entrouverte diffusant une douce lumière qui faisait briller les fils en question. C’était superbe et très attirant…
Sur mon fil à linge, je ne savais quoi inventer pour me faire remarquer de la nuisette et Il y avait de la concurrence autour de moi ; je sentais que les autres t-shirts, chemises et pulls masculins avaient la silhouette légèrement tournée vers la nuisette. Cette dernière n’en avait cure. Elle semblait rêver à quelque douce nuit coincée entre des draps frais et un corps jeune, élastique et parfumé.
– Hum, hum, je constate que la nuisette te fait de l’effet !
– Tu ne crois pas si bien dire. J’espérais voir la détentrice de la nuisette pour imaginer combien elles allaient bien ensemble. J’imaginais une fille mince aux longues jambes galbées. … Enfin tu vois ?
Or, c’est un beau noir athlétique qui est venu cueillir la nuisette et d’autres pièces de linge du même fil pour les remonter.
Depuis, Je regarde toutes les filles qui entrent et sortent de l’immeuble et je remplace leurs tenues, très souvent en jeans et baskets, par la nuisette. C’est un jeu qui me plait bien.
Il y a peu de chance que je me retrouve dans la lingerie en même temps que la nuisette. Pourtant, je m’imagine entrant dans le tambour de la machine à laver en même temps qu’elle et réussir à me coller contre elle. Ainsi, nous dansons enlacés, enivrés par les mouvements et les parfums de la cuve qui scande un rythme régulier, parfaitement assorti à notre corps à corps…
– Heureusement que les rêves et les chimères sont là pour embellir le quotidien. Tu me fais un peu envie avec ton histoire. Je vais dorénavant, m’intéresser d’un peu plus près aux filles que je vais croiser. Et je te raconterai mes propres délires à notre prochaine rencontre.
–Tu ne devineras jamais !
– Nous nous sommes retrouvés côte à côte sur la même corde et le zéphyr a fait le reste.
Et que je la frôle, et qu’elle se colle à moi, et que nous nous enroulions l’un dans l’autre, et que//
– Mais c’est pas la saison du zéphyr en ce moment ?
– Cupidon ma chère… C’est Cupidon qui veillait sur nous !
– Oh « Tich » tu m’inquiètes ?
– Tu ne peux pas comprendre « ma chaussette »… mais je suis heureux ! Tellement heureux !
– Éh Bé ! Quelle histoire !
Mais comment vous allez faire pour vous revoir maintenant que vous vous êtes autant entichés l’un de l’autre?
– C’est déjà programmé figure-toi !
Mais Chuuuut ! Ne le dis à personne :
Tous les samedis en heures creuses dans la machine à laver.
Et là, nous pourrons conclure !
J’ai hâte… J’ai hâte !!!
– Éh Bé ! Quelle histoire !
Ils sont plusieurs tee shirts identiques dans le tambour du lave linge chez le lieutenant Montalba, en compagnie de treillis et chaussettes kaki.
Entre deux rotations l’un dit à un pote:
– devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette
– comment ça?
– tu ne le croiras jamais.
Je ne sais pas si tu as remarqué, mais depuis un certain temps notre troufion soigne sa mise et se rase tous les jours
– ouais peut être
– y a pas de peut être, y a une femme dans la lign, je la connais, on est allé chez elle la semaine dernière
– sans blague !
– oui monsieur, tu veux les détails
– et comment !
– elle l’attendait en nuisette dans un petit appart. en ville. T’aurai vu la meuf ! Pas de la première jeunesse mais sexy en diable.
– et alors
– ben ils se sont déshabillés mutuellement, on s’est retrouvés, la nuisette et moi, en tas au pied du lit.
Là mon gars, le coup de foudre! Son parfum et celui de mon aftershave mêlés à des effluves de sueur virile, je ne te dis que ça
– mince alors!
– ça ne s’ennuyait pas au dessus de nous mais, de notre côté, nous nous sommes emberlificotés, enlacés, humés jusqu’au petit matin.
– wouahou ! Et….
– quand nos deux amoureux se sont levés ils se sont demandé comment ils avaient fait la veille pour avoir un tel fouillis de vêtements
– sacré veinard, tu crois que tu vas la revoir ?
– avec un peu de chance, mais tu le sais, il a un tas de tee shirts pareils. Non, ce qui me chiffonne le plus, c’est qu’avec cette fichue machine je vais perdre son odeur
– ouais c’est…
L’essorage réglé à mille tous minutes vint interrompre les confidence.
Un T-shirt à un autre :
— Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
— Comment ça ?
— Tu ne devineras jamais !
— Je devine ou je n’devine pas ? Faut savoir avec toi.
— Joue pas avec les mots, tu m’agaces ! Je te dis que j’ai rencontré une « baby doll » à tomber par terre, la nuit dernière.
— Monsieur a encore traîné ces fibres au Pressing, j’imagine. Pouah !
— Exactement, j’ai un certain standing, moi. Pas comme toi !
— Tu parles d’un standing, cette boîte de blouses nettoyées à sec. J’n’ai jamais vraiment compris ton goût pour ces endroits où on ne côtoie que des costard-cravates avec toutes sortes de couverture pour mieux blanchir des business délicats. C’est vrai que tu viens d’une famille du cachemire ou sur la route de la soie, j’sais plus. Moi, je viens du coton, dans les champs qui bordent le Mississippi, où on sue sang et eau…
— Missipipi, ouais ! Tellement vous schlinguez à des kilomètres à la ronde. Et tu voudrais que je traîne, comme toi, au « Bac À Linge », ce lieu sordide ? C’est crade, pas aéré, ça pue la sueur et l’orchestre joue toujours les mêmes répartitions, les blancs d’un côté, les fringues de couleur de l’autre, avant que tout ce sale linge se colle comme du bétail au son d’un tambour. Et ces pauvres fripes synthétiques avec tu fricotes, tu les as vues ? Elle se dérobent comme si elles étaient au Moulin rouge. C’est pathétique. Je déteste le BAL nuisette. Moi, ça me met en boule.
— Oh, je sais, tu préfères roucouler avec des nuisettes plus fines sur « Nights in white satin » dans ta boîte de blouses à Saint-Germain.
— Oh, lâche-moi avec ton maudit blues !
PILOU-PILOU
Je me suis entiché d’une nuisette, devine, comme ça, en claquant des doigts.
– Toi alors ! Tu me la bailles belle. C’est pas banal, ce côté jour nuit, amour impossible rencontre improbable.
– eh bien, toi, qui es un tombeur, je t’envie pour tes succès quand bien même ils seraient sans lendemain.
– chacun a sa chance, il faut la saisir, après c’est selon. Pour ma part, je ménage mes effets.
– c’est exactement comme ça que ça s’est passé. Je l’ai saisie par les cheveux.
– j’ignorais ce détail capilaire. Même à la Redoute ça le fait pas. C’est un modèle unique, un prototype, taille standard et pour le reste de l’innovation.
– je vois, avant la série développée dans un pays émergent…
– moi, je kiffe le t-shirt à casquette au bal à Jo ça emballe.
– ah ! Parlez moi de la première mini-jupe, place de la Trinité, le bus en a fait embardée. 🐻
776/SERVICE-SERVICE
Un T-shirt à un autre:
-Je me suis entiché d’une nuistte
– comment ça Marcel ?
-Le chef m’a mis au service de proximité d’une star. Un service de nuit prés d’un mec râblé, du genre que tu resserres les points quand lui lève les siens.
– Et la nuisette la dedans ? Tu ne vas tout de même pas me dire que la nuit, ton costaud se transforme en souris ?
– Oh non mais sa copine !.. Un sacré beau p’tit lot, mignonne et qui sens bon le parchouli…
– Arrête avec ton air rêveur… je ne te sens plus là.
– Eh bien le soir, avant de se mettre au lit elle se couvre d’une liquette coqine affriolante à souhait. J’en suis baba.
– Bon et après ?
– C’est là qu’on se rapproche avant le frotti-frotta, lui m’enlève et déshabille sa chérie. Ils nous jettent au bout du lit…
-Et alors ?
fait le copain tout émoustillé
– Hè bien nous on veille tiens ! Service service…
– Mais dis-donc ta nuisette ce ne serait pas, par hasard, la liquette fliquette du 22 ? Je sais que récemment elle a été muté au service rapproché… alors comme ça elle allume la mâtine. Ne confonds pas proximité et promisuité mon gaillard. Le réglement est formel : pas de relation de couple dans le service.
– Oui mais je n’y peux rien si j’ai les fibres qui vibrent. 🐁
Dans la corbeille à linge, il ressentait sur lui sa peau de satin. Un sein de dentelle. Le nu d’une nuisette.
Elle s’était lovée contre lui, dans un abandon total, fluide, innocent. Le doux froissé du tissu lui révélait, par comparaison, sa propre nature : celle d’un coton brut.
Mais il y avait cette bretelle couchée sur son épaule, comme pour y trouver une protection. Y déposer son sommeil.
Elle était la lune, et lui, le soleil. Car une nuisette dort la nuit, et un T-shirt vit le jour.
Tout les séparait, jusqu’à cette rencontre singulière. Ses sens étaient en éveil. Ses fibres tendues à l’extrême. Il ne fallait pas qu’elle en prît peur et s’échappât de lui.
Ce cœur, imprimé sur lui, n’était plus un motif inanimé. Il s’emballait, battait à présent des secondes de vie.
La bretelle glissa de son épaule, révéla l’arrondi d’un sein, et, sous la dentelle coquine, une chair pleine, des frissons de satin. Il se sentit ému par tant de grâce et de féminité.
Autour d’eux, la magie opérait. Les ombres du soir s’étiraient, alanguies, et, dans l’air, flottait un doux parfum de mystère et de cérémonie.
Leur folle étreinte dura jusqu’au matin.
Il ne s’était pas entiché d’une nuisette… Il en était amoureux.
Cette « corbeille » contient du linge propre prêt à être repassé. Je ne l’ai pas précisé afin de ne pas alourdir — phonétiquement — mon récit. Elle est ouverte et, accueille « les ombres du soir qui s’étirent, alanguies, tandis que dans l’air, flotte un doux parfum de cérémonie ».
Un T-shirt à un autre :
– Devine ce qui m’arrive, je me suis entiché d’une nuisette.
– Comment ça ?
–Tu ne devineras jamais ! Je te raconte :
Tu sais que je dormais sur le dos d’un gars qui ne prenait même pas la peine de me changer pour la nuit. Lui-même ne se lavait pas tous les jours. Le T-shirt de sa compagne était dans le même. Ce n’était pas la joie d’aller au lit. On aurait dit Shrek et Fiona. Aucun de nos deux propriétaires ne faisait le moindre effort de séduction. C’était l’hôtel du cul tourné pour nous aussi. Deux T-shirt sales, dos à dos, ça n’avait rien de sexy.
Un jour, mon propriétaire a changé. Du jour au lendemain. Je ne sais pas pourquoi. Il a commencé à me délaisser dans la journée au profit d’une belle chemise bien repassée. Il a même pris des douches régulières en se rasant tous les jours. Un changement radical, plus agréable pour moi, surtout quand nous découchions plusieurs fois par semaine. Il m’emmenait dans un sac de voyage, presque clandestinement. L’endroit où nous allions sentait bon. La lumière était tamisée, les sons aussi. Tout était calme, luxueux, voluptueux. Plus d’éclats de voix, d’émissions débiles à la télé, mais plutôt musique douce, sensualité et champagne. Je le sais parce que plusieurs gouttes m’ont baptisé. Mon propriétaire ne me revêtait pas en allant se coucher, mais après un moment qui paraissait agréable pour lui. Je l’ai su en l’entendant pousser des cris de plaisir, ça ne lui était pas arrivé depuis des mois, peut-être même des années.
C’est là que je l’ai rencontré. Elle est douce comme la soie, aux couleurs chaudes, noire et rouge, sensuelle, mystérieuse, entourée de dentelles. Après leurs ébats, les humains avaient besoin de nous pour passer la nuit et les maintenir dans la douche chaleur de l’amour. Nous nous retrouvions l’un contre l’autre, sans interruption, toute une nuit. Le bonheur. Ma fiancée la nuisette et moi sommes instantanément tombés amoureux. Nous n’avions plus l’habitude, nous non plus de rapprochements torrides, de caresses tendres pendant la nuit. Je me demandais ce qu’elle me trouvait. Elle, si sophistiquée, douce et vaporeuse, moi, rustique, simple et sans atours. Elle m’a dit un jour que ma virilité brute l’attire et l’odeur de mon adoucissant la rend folle, aussi.
Nos propriétaires ont emménagé ensemble. Nous sommes aux anges, tellement heureux que nous parlons de mariage.
3 mois plus tard
Qu’est-il arrivé à ton père ? Il avait l’air tellement heureux la dernière fois que je l’ai vu au lavomatic ?
C’est vrai, il l’était et s’est même marié en petit comité dans un panier de linge sale. Malheureusement, le printemps était déjà bien avancé, les températures devinrent plus agréables, même la nuit. Il était soi-disant délavé, devenu inutile. Tu sais comme les humains sont ingrats. Il s’est retrouvé dans un relais, pour finir déchiqueté dans une usine au Maroc. Pourtant, jusqu’à sa mort, il n’a jamais cessé de penser à elle, sa nuisette adorée.
Quelle tristesse. Au moins auras-t-il connu l’amour.❤️
Bonjour Pascal,
Puis je utiliser ce défi dans un atelier d’écriture, nous sommes une petite dizaine sur Blois à l’Alep.