775e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Faudra-t-il les interdire ?
Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire.
Selon un témoin, présent sur les lieux…
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Faudra-t-il les interdire ? Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire. Selon un témoin, présent…
Sous le préau de l’école, ça y va, bon train. Les enseignants s’indignent.
Rire ? Oui, mais rire aux éclats, NON !
C’est ce que le commun des mortels a enregistré dans un coin de sa tête bien remplie. Chacun y va de sa critique, énumère ses raisons, évidemment valables à ses yeux :
• Sylvia : Tu te rends compte ! un éclat, ça secoue, ça tranche même, et il faudrait en plus qu’on l’accueille avec plaisir ! Moi, je ne veux pas blesser quelqu’un, je ne m’en remettrai pas.
• Innocent : Celui qui n’a pas su retenir son éclat fait du mal en toute inconscience, c’est inacceptable ! Il serait capable de nous brûler de lumière, dans un monde où nous nous efforçons de respecter le mal, c’est trahir notre engagement commun.
• Amélie : Non mais, il est fou, ça ne se fait pas ! Il est hors cadre, l’usage du droit d’éclat, comme celui du cuissage, est réservé aux élites. Imaginez comme nous allons tous en baver si l’évènement remonte à leurs oreilles. Il y aura des représailles.
• Julien : On nous a enseigné à l’école à respirer petit, bouger petitement, parler seulement au moment où on nous le demande, écrire pour certifier qu’on a appris et que l’on remplit bien toute la place dans notre tête. Le rire a toujours été réservé aux cancres, aux inconscients, à ceux qui se croient tous puissants, ils sont inadaptés, il faudrait les redresser. Oui, il faut interdire le rire, ça ne crée que des problèmes.
• Fred : Regardez ! Même les expressions montrent que c’est mauvais pour la santé : se dilater la rate, se fendre la pêche, se fendre la pipe… arrêtez tout ça ! Qu’on revienne à un état pausé, sans débordements de rire, juste le ronron de la routine rassurante !
• Zoé : Encore un promeneur blessé ? C’est pas vrai ! Il dit s’être senti offensé, humilié. Ça ne s’invente pas. Le témoin présent, ami de la victime, a certifié que la victime était dans un état grave, frôlant l’hystérie, il criait, assurant qu’il se vengerait. Une réaction d’une banalité indécente !
Un peu à l’écart, animant le jeu d’adresse d’un groupe de fillettes, Patience, la nouvelle remplaçante de leur collègue Nora absente pour une longue durée, ne cherche pas à intégrer l’attroupement à tout prix. D’une oreille observatrice et discrète, elle capte quelques bribes lâchées avec véhémence.
D’où elle vient, les conflits sont accueillis, partagés à tous les membres du village et finalement transmutés par la mise en œuvre d’actes symboliques qui remettent l’esprit droit et ramènent la paix au village.
Elle se souvient d’un cousin récalcitrant qui, plutôt que d’exécuter sa tâche pour créer, volait régulièrement les créations d’un autre. Ses peurs, de manquer, de perdre son identité dans la routine, de ne pas être à la hauteur, le faisaient fuir sa responsabilité et comme un addict, il se servait chez le meilleur artisan. Il fut décidé de le stimuler individuellement, lui affecter un rôle d’encadrement et d’organisateur, l’obligeant devant tous à dépasser ses peurs. La technique avait bel et bien fonctionné.
Patience ne s’autorisait pas encore à intervenir dans le groupe, elle attendait l’acte symbolique adapté. Sa peau, couleur Afrique, la distinguait des autres mais pas seulement. Elle lui permettait de ne jamais se justifier. Chez elle, beaucoup d’actions coulaient de source, étaient faites au mieux de manière innée ou par imitation d’un ancien.
Le soir même, l’idée lumineuse se présenta à elle, alors assise dans le bus qui la ramenait dans son quartier. En leur lançant un défi de langue française, elle était sûre qu’ils allaient se prêter au jeu. Ils devraient subtilement ouvrir leur esprit, en changeant les lettres de place dans l’expression : « sérieusement blessé par un éclat de rire », en remplaçant par une expression qui a du sens.
Effectivement, le lendemain, à l’heure du café, elle leur exposa le défi, arguant que chez elle, c’était un jeu habituel, à leur grand étonnement. Ils voulurent faire bonne figure et s’y attelèrent, au début tous ensemble, puis piqués au vif, chacun de leur côté.
Il fallu un jour de plus, pour que quelques réponses se présentent :
• « Un rêve s’éveille, brille sous une lumière douce. », et tu l’as trouvé où le « V » ?
• « Un système brise l’émeute, libère un crédule. », pas tout à fait, tu es sûre du « Y » ?
Quand Innocent, se présenta, tout excité, il avait une proposition qui le satisfaisait : « J’ai choisi de faire un pas de coté et de remplacer les mots par leur équivalent en Primosophie. »
Amélie, embarquée dans son élan : Qu’est-ce que c’est la Primosophie ?
Innocent, roi du jour : « On affecte à chaque lettre de l’alphabet un nombre premier, A=1, B=2, C=3, D=5…Pour chaque mot, on obtient une somme, et on cherche un mot pour le remplacer dont la somme est identique.
Amélie, impatiente : Et alors ? Qu’est-ce que tu as trouvé ?
Innocent, vibrant : « Silence, franchir le miroir, l’un permanant ».
Tous autour, étonnés, bouche bée, n’osant plus rompre ce silence devenu sacré.
Patience les laissa s’intérioriser, puis les quitta discrètement.
Depuis, à la récréation, le groupe reste plus souvent silencieux. Ils s’amusent à se faire des signes, des clins d’œil, des mimiques, des gestes et rire de leurs tentatives de communication sans paroles.
L’éclat de rire était hilare.
Il tenait à la main une sorte de faucille dorée.
Et c’est avec cette faucille qu’il avait blessé le promeneur.
Oh ! légèrement, il lui avait simplement éraflé l’oreille gauche.
Le commissaire et l’inspecteur présents dans la pièce n’y comprenaient plus rien.
Ce témoin assez bizarre changeait continuellement les faits qu’ils avaient vus.
Ainsi, une fois l’éclat de rire avait mordu le promeneur.
Une autre fois l’éclat de rire était à bord d’un hélicoptère volant et il avait mitraillé le promeneur.
Et maintenant c’était cette faucille qui l’aurait blessé.
Le témoin semblant lire dans le regard des policiers leur embarras soudain déclara.
– Messieurs c’est moi qui me suis déguisé en éclat de rire et qui a frappé en plein visage le grand-père qui marchait tranquillement dans le square.
Le commissaire commençait à en avoir marre de ce type et de ces nombreuses versions.
Il pensait qu’il allait lui demander de sortir du commissariat.
De cette manière, il pourrait orienter l’enquête sur ces éclats de rire qui sévissaient en ce moment dans la région, dans une autre direction.
Oui c’était presque certain : ce témoin soit était un fou, soit était un plaisantin qui se moquait des flics.
L’homme devait avoir des dons pour avoir connaissance des pensées du commissaire car il ne cessait de rire.
Hi ! Hi ! Ho ! Ho ! faisait-il en entamant une drôle de danse, tout en chantant :
» Des éclats, des éclats, des éclats-boussures, oui c’est bien cela ! Cla ! Cla !
Je vole avec ma petite kalachnikov, Cla, Cla de verre … »
L’homme était dérangé. Il n’y avait plus de doute.
Hi ! Hi ! continuait-il à faire dans le bureau du commissaire.
Et puis tout à coup l’homme commença à se déshabiller : d’abord le veston, puis la cravate et sa chemise à carreaux.
Et là ce que virent les deux policiers étaient très troublants.
L’homme torse nu était rempli de fantastiques tatouages : des éclats de rire sur toute sa poitrine, et aussi dans le dos ;
des éclats de rire à gogo, avec des éclats de verre, par-ci, par-là.
Les flics n’avaient jamais vu ça.
Hi ! Ho ! poursuivait l’homme et il se mit à enlever ses chaussures noires et son pantalon blanc en flanelle.
Les officiers de police furent vraiment stupéfaits : il y avait maintenant 3 moineaux, avec des couleurs tropicales, qui tournoyaient dans le bureau.
Hi ! Hi ! Ho ! Ho ! firent également les oiseaux.
Oh la la, Oh la la, lança le commissaire tandis que le lieutenant de police semblait apeuré par ce qu’il voyait.
– Des vacances, des vacances, vite, vite, il me faut des vacances chantait le grand flic.
Il alluma une cigarette et sortit rapidement du bureau, laissant seul le jeune inspecteur, chez qui aussitôt se déclencha un fou rire.
Ici, il faut préciser qu’entre-temps le témoin de tout à l’heure avait disparu.
Un témoin devenu soudainement invisible.
Il avait fait place à ces 3 mignons moineaux, ce qui pouvait vraisemblablement expliquer ce fou rire, du jeune flic. Qui décida à son tour d’abandonner les lieux et les oiseaux.
Puis n’arrêtant pas de faire : Hi ! Hi ! Ho ! Hi ! Hi ! dans les sinueux couloirs du commissariat, sous l’œil intrigué de ses collègues.
Décidément le rire paraît contagieux !
Fake news, encore une fake news !
Qui peut croire à cette absurde nouvelle sachant que les médecins rêveraient de rédiger sur des ordonnances : 1 rire par jour ? Alors un éclat de rire…
Tout le monde sait que le rire libère plusieurs neurotransmetteurs, comme la dopamine et l’endorphine donc, en gros, de la bonne humeur ! Profitons-en !
En revanche, les éclats de voix, eux, peuvent être très dangereux selon ce qu’ils véhiculent. L’info concernait peut-être un promeneur qui avait été insulté. Dans ce cas, il est évident qu’il soit blessé.
Si l’on ferme les yeux, des images se forment d’éclats de voix horribles avec des enfants recroquevillés, terrorisés. Les adultes n’en sont pas exempts.
Leur force est telle qu’elle peut blesser jusqu’au suicide.
Attention aux médias !
Éclatez de rire, le plus souvent possible.
Faudra-t-il les interdire ?
Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire.
Selon un témoin, présent sur les lieux… le promeneur en question a été interpellé par une ballade alors qu’il flânait à la recherche de quelque champignon. Appuyant dessus, il s’est aperçu que c’était un hallucinogène qui lui en a fait voir de toutes les couleurs. Grisé, il s’est mis à rire aux éclats, si fortement qu’un éclat l’a blessé. Le témoin est intervenu aussitôt pour éviter que le rire se propage. Quant au promeneur, il a dû faire une cure au presbytère en battant sa coulpe, promettant, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus…
Faudra-t-il les interdire ?
Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire. Selon un témoin, la victime n’avait ni casquette ni lunettes de soleil. L’éclat l’a touchée aux deux yeux l’éblouissant et générant une forte douleur. Les secours sont intervenus rapidement et une enquête a été diligentée pour identifier l’auteur de cet éclat dommageable.
Un téléphone portable bornait à proximité du lieu de l’accident. Son propriétaire, Lucien, était assis au pied d’un arbre. Sa cage thoracique se secouait en rythme et sa bouche expulsait des ah ah ah. Un fou ? Un illuminé ? Les gendarmes s’approchèrent avec prudence, bouclier en main, visière baissée.
Lucien se laissa appréhender sans résistance. Il hoquetait toujours, en transes. Son téléphone saisi, le chef de brigade découvrit la cause du délit : une vidéo de Fernand Raynaud. « …Alors, si vous n’avez plus de croissants, donnez-moi une tasse de lait avec deux croissants ». Les forces de l’ordre éclatèrent de rire et, cette fois, c’est Lucien qui fut atteint. Un uppercut dans l’estomac qui le fit chuter au sol.
En raison de la multiplication du phénomène, les députés s’emparèrent du sujet : il fallait légiférer ! La recherche médicale s’orienta vers la mise au point d’un vaccin protecteur. Des groupuscules activistes se constituèrent pour ou contre les éclats de rire. Les philosophes et sociologues dissertèrent dans d’interminables débats. Finalement, le bon sens l’emporta. Il serait extrêmement préjudiciable d’interdire le rire et ses éclats. Il fallait par contre éviter ses conséquences préjudiciables.
Depuis deux ans déjà des cours d’initiation à l’humour sont dispensés dans les écoles dès la maternelle avec un entrainement régulier pour apprendre à rire sans aller jusqu’à l’éclat. Et ça marche ! Les progrès sont spectaculaires. Un autre programme va bientôt démarrer : l’apprentissage de la modération de la colère pour éviter toute explosion.
merci Béatrice pour ce commentaire, j’ai eu grand plaisir à placer mon soit gai …., plaisanterie préférée de mon père quand je boudais ! Belle semaine
Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire.
Selon un témoin, présent sur les lieux…
Racontez la suite
On recense actuellement plusieurs blessés…. Comment les remarque-t-on ? : simple ils rient toute la journée, chantent, plaisantent.
Pourtant c’était loin d’être des bouts en train…. Ce sont même plutôt des « tristounets », des nostalgiques professionnels, des mélancoliques aux kleenex faciles.
Blessés pas vraiment, c’est ce que la presse impuissante veut bien raconter, ces « victimes » reprennent le goût à la vie, elles en demandent encore…. Quelle métamorphose fabuleuse !
Les jaloux rôdent…. Observent…… Les rancuniers ressassent : les quémandeurs de bonheur se rassemblent clandestinement. Des voisins intrigués planifient une éventuelle conspiration, mais contre qui ? D’autres essaient simplement de comprendre ce phénomène… Toutefois, bien étrange. Magie noire, manipulation extra-terrestre ? Que faut-il en penser ?
Pourtant pas bien loin, il y a une grande école avec beaucoup d’enfants.
Ils sont heureux, jouent souvent dans la cour, s’amusent, dansent, crient.
On perçoit leur allégresse jusqu’au bout du village.
Un jour, ils ont décidé d’offrir leur joie, leurs rires ! Il y a des moments tellement gais qu’ils ne veulent pas laisser ce bonheur se perdre bêtement dans les airs. Leur trop plein d’hilarités, cette magnifique plus-value se transforme en bulles de rire baladeuses. Elles sont gorgées de « rigolades ». Elles s’envolent, et n’hésitent pas à éclater auprès des malchanceux ou autres malheureux qui en ont bien besoin. « et bing, un éclat pour toi ». Ainsi ces enfants, si sages, on crée une nouvelle formule de bonheur : la capitalisation du rire. On interdit rien aux enfants philosophes!
(texte bancal mais on s’amuse un peu)
Après une longue journée passée dans un bureau tristoune, entouré de confrères amers et ronchons, Ferdinand n’avait qu’une hâte : rentrer chez lui et se jeter sous la douche. En effet, il avait l’impression d’être recouvert de poussière, une poussière qui le transperçait.
Cela faisait quelques années qu’il en était ainsi, mais installé dans sa routine, il ne se posait pas de questions. C’était comme ça. Point barre.
Il prenait toujours le même chemin sans dévier d’un pas, regardant droit devant lui, ne se préoccupant pas de ce qui se passait à droite ou à gauche. Soudainement un immense éclat de rire surgit de derrière la statue de Coluche qui le propulsa sur une parterre de pensées.
Un passant se précipita sur lui, téléphone en main pour appeler les secours qui arrivèrent rapidement suivis par les forces de l’ordre.
Ils trouvèrent Ferdinand au sol, hirsute, plié en deux, se tenant les côtes et manquant d’air. Le témoin expliqua que le fou rire avait été d’une terrible intensité et avait duré plusieurs secondes.
Les secouristes avec grande précaution le retournèrent et, à leur grande stupéfaction, découvrirent un homme heureux, les yeux rieurs et souriant de toutes ses dents. Ses oreilles avaient un peu trinqué et ses côtes étaient un peu douloureuses mais sans plus. Un peu d’Arnica et tout rentrerait dans l’ordre.
Ce n’était pas la première fois que cet incident se produisait et à chaque fois les victimes le prenaient à la rigolade. Personne ne se plaignait, au contraire. Elles semblaient se réjouir et repartaient rechargées à bloc, le cœur léger.
Les forces de l’ordre avaient posé des questions et les réponses étaient unanimes. Cette agression de rire leur avait ouvert une porte longtemps verrouillée dans leurs entrailles. Les victimes, toutes coincées dans leur quotidien, se sentaient libérées.
Des empêcheurs de tourner en rond voulaient interdire les éclats de rire, mais ceux-ci organisèrent une marche tonitruante qui toucha les cœurs des curieux. De nouveaux fous rires se sont joints à la marche. Un vacarme hilarant se déplaçait avec allégresse.
Le projet d’interdiction fut immédiatement abandonné. Quelle meilleure thérapie que le rire qui associé à la pomme nous éloigne du docteur et diminue le déficit de la sécu.
Victor Hugo a écrit : « Le rire est le soleil qui chasse l’hiver du visage humain »
« Faudra-t-il les interdire ? Un promeneur, a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire. Selon un témoin, présent sur les lieux… »
Décidément, la presse titre n’importe quoi !
Comment peut-on être blessé par un éclat de rire ? Le promeneur peut avoir été blessé par l’attitude ironique, railleuse ou la remarque désobligeante du rieur mais pourquoi proposer d’interdire les éclats de rire ?
Le rire et ses éclats sont de véritables remèdes pour tout un chacun. Il décontracte, exprime la joie, a des vertus anti-stress et anti-douleur.
Alors, RIONS !!
Me vient en mémoire, le rire d’une jeune femme fine et élégante. Son rire éclatant semblait venir du fond de ses entrailles. Ses éclats de rire ne correspondaient pas à son physique si délicat. Elle donnait, en riant, l’impression de se dénuder, d’offrir cette tonalité comme un chanteur lyrique offre son souffle à ses admirateurs.
Nous associons volontiers le rire à gorge déployée, à des personnes un peu opulentes, capables de rires homériques. Aussi pouvons-nous être perturbé lorsque le schéma ne correspond pas nos idées préconçues.
La jeune femme évoquée ne semblait pas être consciente de l’effet produit par ses éclats de rire. Les femmes, en l’entendant, étaient un peu gênées, un peu blessées par ce naturel si évocateur du plaisir charnel. Les hommes de leur côté, percevant leur asticot s’émouvoir dans le pantalon, se sentaient attirés par cette créature joyeuse, d’apparence si frêle, si douce et son grand zygomatique si tonitruant.
Comme nos conventions, notre art de vivre s’émeut de ce, dont la programmation, n’est pas établie, certifiée, labelisée.
Les pleurs comme les éclats de rire sont des expressions spontanées qui peuvent nous indisposer. Nous avons tous entendu ou dit : « je t’en prie arrête de pleurer » alors que cette manifestation était nécessaire au sujet attristé, déçu ou totalement déprimé. Par contre, nous entendons moins : « Arrête de rire, nous nous faisons remarquer ».
Si tu ris, tu me donnes envie d’être joyeux, alors ris, je t’en prie, ris aux larmes, ris de bonheur, ris à en faire pipi dans ta culotte, mais RIS, c’est aussi bon pour moi.
Hello la team, heureuse de vous retrouver sur les ateliers de Pascal, qui fourmille toujours autant d’idées..drôles ou saugrenues.
Aujourd’hui petit hommage à Devos Raymond.
L’autre jour, j’ai assisté à un drame…
Un homme est mort de rire.
Non, pas comme ça, hein… pas “mort de rire” façon SMS, non.
Mort de rire, pour de vrai.
Il paraît qu’il a été victime d’un éclat de rire.
Un éclat… oui, un éclat !
Comme un éclat d’obus !
Il a ri… puis il est parti.
Et moi, j’vous le dis : le rire, c’est plus ce que c’était.
Jadis, le rire guérissait.
Maintenant, il tue.
Faut dire, le gars en face n’était pas un Devos… c’était une arme de distraction massive.
Il a sorti un jeu de mots d’une telle puissance que même les éoliennes au large de Saint-Brieuc se sont arrêtées de tourner pour l’écouter.
Le témoin raconte :
“J’ai vu son visage se déformer, il riait, il riait encore… et puis, plus rien. Le silence. On aurait dit qu’il venait de comprendre la blague de trop.”
Les secours sont arrivés, sirène hurlante — pas de rire, non — de panique.
Ils ont tenté un massage cardio-humoristique, mais rien à faire.
Le pauvre homme avait succombé à un calembour foudroyant.
Et maintenant, on parle d’interdire les blagues trop dangereuses.
Les blagues légères, oui. Les lourdes, non.
Enfin… sauf si elles sont légèrement lourdes.
Parce qu’entre la blague lourde et la lourdeur de la blague, il y a… un poids.
Moi, j’dis qu’on vit dans une société hypocrite.
On interdit les chiens qui mordent, mais pas les jeux de mots qui tuent.
Et pourtant, les jeux de mots, c’est traître.
T’en lances un pour détendre l’atmosphère, et paf !
Elle se détend tellement qu’elle te plombe et t’envoie à six pieds sous terre.
Alors moi, je fais attention maintenant.
Je pèse mes mots… sur une balance comique homologuée.
Et si la vanne dépasse les 5 grammes d’ironie, je la range.
Faut pas provoquer un rire de trop.
Vous imaginez ? Un monde sans rires ?
On rirait plus du tout…
…ou alors, uniquement sur ordonnance.
“Docteur, j’me sens un peu triste.”
— Prenez deux Devos et riez-moi ça doucement.”
Quelle belle inspiration Mijoroy dans ce texte léger et amusant. Merci 🙂
J’imagine bien Raymond Devos nous raconter comment il est mort de rire 😆
Faudra-t-il les interdire ?
Un matin, le Petit Courrier du Centre titra en lettres rouges :
« Un promeneur a encore été blessé par un éclat de rire. »
L’encre semblait fraîche, comme si le rire, en explosant, avait éclaboussé l’imprimeur.
Le fait divers racontait qu’un vieil homme, M. Thibaut, soixante-douze ans, avait traversé le parc Haussmann, son cabas de légumes au bras, le regard perdu dans ses nuages intérieurs. En passant près d’un groupe d’enfants, il reçut en pleine jambe une rafale de rires, nets, sonores, presque métalliques. Il s’effondra aussitôt, comme foudroyé par une joie mal dirigée. Les secours arrivèrent en trombe, ramassant les rires à la pelle, les enfermant dans des bocaux de verre étiquetés : rire spontané de groupe d’enfants, 10 h 32. On les envoya au ministère des Nuisances sonores. M. Thibaut, légèrement blessé, fut conduit à l’hôpital Saint-Michel. Son pronostic vital n’était pas engagé, mais on disait qu’il garderait une sensibilité au niveau du mollet chaque fois qu’un éclat de rire passerait trop près.
Les enfants, interrogés par le capitaine Luis Garrezza, juraient n’avoir rien fait de mal. Ils avaient simplement ri d’une histoire d’hérisson et de tartine beurrée. « C’est parti tout seul », disaient-ils, les larmes aux yeux. Aucun mobile, aucune préméditation : le rire, arme involontaire, venait de faire une victime de plus.
Ce n’était pas le premier cas. Tout le monde se souvenait du drame de l’Olympia, lors du dernier spectacle de Dovy Deramons. En plein sketch, des rires s’étaient échappés du premier rang, fusant comme des rafales. Le comique avait été atteint à l’épaule, contraint de se réfugier en coulisse. Puis la salle entière s’était embrasée : les rires bondissaient de rangée en rangée, blessant spectateurs et techniciens.
On criait : « Ne riez pas ! Ne riez pas ! » — ce qui, bien sûr, provoquait l’effet contraire. On parla d’attentat, on évoqua les heures sombres 13 novembre 2015… Ce n’était pourtant qu’un débordement d’hilarité.
Puis vinrent d’autres faits : une jeune femme perdit trois doigts en pouffant dans sa main. Un vieil homme s’étrangla en riant dans sa barbe. Et un étudiant, voulant retenir un fou rire pendant un examen, implosa sur sa copie. Les hôpitaux ne savaient plus comment traiter ces blessures « d’origine joyeuse ».
Le chef de l’État finit par s’exprimer. On le vit à la télévision, visage fermé, lèvres serrées, comme pour prouver qu’il maîtrisait son sérieux. Sa voix, coupante, déclara :
— Le rire a déraillé. Jadis symbole de fraternité et de détente, il est devenu projectile, source de blessures graves. Nous devons réagir avec fermeté.
S’ensuivit une série de mesures :
Interdiction des jeux provoquant le rire dans les écoles — adieu le jeu de la barbichette. Interdiction de rire à moins de deux mètres d’autrui. Suppression des festivals d’humour et des émissions du samedi soir. Port obligatoire du mufle-voix, un entonnoir de caoutchouc censé amortir les vibrations dangereuses. Mise en quarantaine des blagues à double sens. Et création du Commissariat à la Gaîté Publique, chargé de surveiller les « rieurs en liberté ».
Le président conclut :
— Ce qui fut « le propre de l’homme », selon Rabelais, est devenu une arme de quatrième catégorie. Il en va de la survie de l’humanité.
La peur s’installa, d’abord discrète, puis poisseuse. Les cafés devinrent silencieux. Les serveurs posaient les tasses sans un mot. Les amoureux se regardaient à distance, craignant que leurs sourires ne s’entrechoquent. Dans les écoles, les enfants apprirent à se taire en riant intérieurement, un peu comme on retient un éternuement. Les villes s’assombrirent. Même les oiseaux semblaient plus prudents.
La justice, débordée, ne savait plus juger. Était-ce un crime, un accident ou un simple élan d’humanité ? On examinait les bandes sonores pour distinguer le rire franc du ricanement malveillant. Les accusés juraient qu’ils n’avaient pas voulu rire. Certains sanglotaient à l’audience, réclamant le droit à un sourire. Les juges détournaient les yeux, de peur d’esquisser une compassion coupable.
Mais la résistance s’organisa. Dans les caves, des hommes et des femmes se retrouvaient pour rire en secret. Ils avaient tapissé les murs de mousse acoustique, portaient des masques de feutre, et échangeaient des calembours à voix basse. Ils s’appelaient les Rieurs Libres. Dans leurs poches, ils gardaient des reliques : un vieux vinyle de Devos, un DVD de Coluche, une photo de clown. Parfois, ils riaient en silence, les yeux pleins d’eau, comme on prie.
Il y eut même un marché noir du rire. Des trafiquants faisaient circuler des échantillons sonores, de petits rires en fiole qu’on pouvait humer à la dérobée. Les autorités tentaient d’intercepter ces « armes de joie », sans jamais y parvenir complètement.
Puis, un matin d’hiver, tout bascula.
Dans une école de banlieue, une petite fille éclata de rire. Pas un rire discret, pas un chuintement muselé : un vrai rire rond, clair, libre. Elle venait de voir une craie qui ressemblait à une moustache. Son rire traversa la classe, puis le couloir, puis la cour, et finit par se propager dans toute la ville. Les vitres vibrèrent, les vitrines éclatèrent, les oiseaux se remirent à chanter.
Les passants s’arrêtèrent, stupéfaits. Certains sourirent, d’autres pleurèrent. Les policiers voulurent intervenir, mais le rire glissait entre leurs gants, s’infiltrait sous leurs casques, leur chatouillait les épaules. Alors, eux aussi finirent par rire.
Le lendemain, les journaux titrèrent :
« Grande panique sonore : le rire réapparaît dans le pays. »
Mais, sous les mots, on sentait une joie contenue, un espoir qu’aucune loi ne pourrait bâillonner. Car, dans les poches, les caves, ou les cœurs, chacun avait conservé un éclat de rire, minuscule, prêt à exploser.
Et il suffisait d’un courant d’air, d’un souvenir… pour que tout recommence.
Celui qui est capable de faire rire, détient un pouvoir immense. (Chaplin)
Trés bonne idée. Le bataclan qui tourne à un jei de massacre, mais pour de rire. 😆
Faudra-t-il les interdire ? Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire. Selon un témoin, présent sur les lieux, il pleuvait des cordes, des « cats and dogs » comme disent les Anglais. Novembre pointait son nez caché sous une écharpe de laine. Rien qui présageait un sourire encore moins un rire. Tous les passants se pressaient, les épaules rentrées, la bouche crispée. La mauvaise humeur avait envahi la ville grise. Les phares allumés, les essuie-glace à fond. Le témoin, soudain, a vu devant lui ou plutôt entendu un petit rire, un rire étouffé. Puis, le petit rire s’est transformé en éclat de rire. Comme une vitre brisée, il a jailli et blessé un vieux passant grognon. La jeune fille coupable de cette incongruité venait de s’acheter des jolies bottes rouges en caoutchouc et sautait joyeusement dans les flaques. Le vieux monsieur a été blessé par cette joie transparente comme du cristal. Le rire était cristallin et lui heurtait les tympans. Chaussée de ses bottes rouges, elle sautillait comme une petite fille de 5 ans qui pouvait rire de la pluie. Le vieux monsieur a reçu un éclat de rire en plein cœur. Il lui cria : « on ne rie pas sous la pluie un soir de novembre ! ». Elle se retourna vers lui et l’embrassa. Foudroyé, son cœur s’arrêta net.
Une pétition sur les réseaux sociaux fut ouverte pour interdire les éclats de rire les soirs de novembre quand il pleut.
Oh j’espère que cela n’arrivera jamais en novembre, ni dans les autres mois. Une journée sans rire, sourire est une journée de vie perdue je crois. Un éclat de rire peut rallumer la flamme de notre coeur endurci par la morosité ambiante non? Qu’en pensez-vous?
L’hôpital arrive à saturation
Une vraie contagion
Les médecins sont débordés
Les infirmières excédées
Les patients occupent tous les pavillons
Il faut agir sur tous les fronts
Il y a du sang partout
Vous avez rendez-vous ?
Non ? Alors rentrez chez vous
Mais je ne peux pas
Je suis grièvement blessé
SVP occupez-vous de moi
La situation devient critique
Personne ne comprend
C’est ça le hic
Tous ces patients dans les couloirs
Qui racontent tous la même histoire
Un vrai cauchemar
Ils ont reçu moult éclats
Ah bon ! Mais de quoi ?
De rire, figurez-vous
En pagaille, en rafale
Un véritable arsenal
Ils craignent même pour leur peau
Ce serait trop ballot
Mourir de rire !
Mourir en martyre
Quel délire !
Alors que faire ? Que dire ?
Faut-il définitivement les interdire
Les éclats de rire ?
Voilà une bonne intrigue pour une nouvelle plus longue, ou une réflexion lors d’un atelier philosophique. En tout cas bien vue, la situation de crise aux service des Urgences médicales.
Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire. Selon un témoin, présent sur les lieux, l’éclat venait de la fenêtre ouverte du grand immeuble qui domine le square. Même les plantations avaient tremblé. Une bourrasque s’était soudain levée, à donner des frissons dans le dos. Peut-être que la terre avait vibré aussi. Mais rien n’avait été enregistré par les sismographes. Une ambiance de catastrophe s’installa telle une chape de plomb. Une sorte de confusion s’était manifestée chez certaines personnes qui s’étaient penchées par leur balcon. « Que se passait-il dans ce quartier réputé pacifique ? » Elles se répondirent de fenêtre en fenêtre, se faisant écho. La surprise bouleversa tout le monde.
Qui avait prévenu la police ? Personne ne le sut. Une cellule psychologique avait été improvisée. « Allez hop ! Tout ce monde en cellule. Certains refusèrent d’entrer dans le panier à salade. Ils devinrent suspects.
Pour comprendre l’histoire, revenons au début du début.
Monsieur R. habitant le quatrième, depuis qu’il avait gagné au loto, avait racheté tous les appartements de son étage. Il logeait ainsi toute une troupe de théâtre. Pour la première, ils étaient venus répéter leur opérette au titre cependant réconfortant.
« Ah ! Si j’étais riche ! »
Un sac de flyers s’était malencontreusement envolé. Le problème c’est que ces pubs représentant des billets de banque avaient été retrouvées jalonnant les parterres de fleurs en bas de l’immeuble. La question s’était posée d’elle-même. Comment ce sac s’était-il envolé ? Avait-il été subtilisé par un des acteurs ? Etait-il inclus dans le scénario de la représentation? Mystère !
Toujours est-il que l’opération en avait enrichi plus d’un qui, brandissant leur trophée s’écriait : « Je suis riche ! » Peut-être que cette bande de comédiens dissimulait un hold-up ! La police commença à avoir des soupçons sur ce Monsieur R. Ils allèrent le trouver dans son appart au quatrième.
« Bonjour Monsieur ! »
C’est alors qu’à la surprise générale, des cris montèrent depuis le jardin.
« Regardez ! »
D’un ascenseur installé sur le toit de l’immeuble, une fleur danseuse semant les flyers descendit lentement jusqu’au niveau du rez-de-chaussée, apportant une touche de grâce.
– D’après moi, Il se l’est bien cherché ! (rapporte le témoin)
– Mais qu’avez-vous vu précisément ?
– J’ai vu ’homme qui avançait lentement sur le chemin. Accablé, tête baissée, le visage crispé. Un pur représentant de la tristesse humaine. Une provocation quoi !
– Ah ?
– Ben Oui ! On n’a pas idée de se promener en public dans cet état.
Encore une façon de faire des adeptes de la tristesse et de provoquer les joyeux.
– Bon, ensuite ?
– Ensuite j’ai vu arriver derrière lui, un groupe représentant de la joie humaine.
Ils étaient une bonne dizaine. Leurs visages étaient réjouis. Ils parlaient fort, ils riaient fort, et ils marchaient vite.
Arrivés à la hauteur de l’homme représentant de la tristesse, leurs rires se transformèrent en éclat de rire et ils le doublèrent allègrement.
Les éclats jaillissaient ! C’était très beau à voir d’ailleurs…
– Bon, après ?
Après, moi je pense que ça a du bien secouer l’homme en question, car il s’est mit à hurler en se bouchant les oreilles: « Aïe ! Aïe ! Cessez ! Vous me faites trop mal ! »
Puis, il s’est replié en boule sur le milieu du chemin tout en continuant de crier : « J’ai reçu un éclat ! Au secours ! Ça me fait trop mal ! »
Et c’est là que j’ai jugé utile d’appeler les pompiers n’est-ce pas ?
Voilà : je vous ai raconté tout ce que j’avais vu.
Vous voulez que je vous dise ce que je pense de cette histoire ?
– Non merci Monsieur. Ça ira comme ça !
J’ai vu l’homme…
J’aime beaucoup cette histoire. Adieu la sinistrose ambiante, vive la suprématie du rire, et tant pis pour ceux qui sont adeptes du rictus de travers et amer à figer les foules dans la crainte.
Jean était différent, blanc avec des traits négroïdes, des yeux clairs et un sourire optimiste. Ses parents lui avaient donné beaucoup d’amour et une éducation tournée vers les autres. Aussi, lorsqu’il recevait en pleine figure les éclats de rire d’un groupe d’adolescent, il était blessé au plus profond de son cœur. Au collège, les bancs le traitaient de nègre et les noirs méprisaient sa peau blanche. Son déficit du métabolisme de la mélanine lui apportait plus que de la gêne, c’était son malheur. Parfois, il préférerait une hostilité bien franche plutôt que ces rires couvés qu’il percevait sur son passage. Non, les jeunes étaient loin d’être sages. L’appartenance à un groupe justifiait toute les railleries. Pourtant, à chaque nouvelle rencontre, Jean se livrait sans réserve, sans retenu. Il espérait toujours un regard bienveillant. Mais souvent il était déçu lorsque le garçon aimable qu’il avait invité un jour chez lui, ajoutait son like à une vidéo sur les réseau sociaux où Jean était la cible. Les mots cœurs se faisaient plus rares lorsque Jean avait l’audace de montrer l’un de ses savoirs faire sur ce même réseau social.
Et Pourtant, Jean était un formidable musicien, un poète à l’âme sensible qui se préoccupait des autres plus que de sa personne. Pour lui, pas le temps de s’apitoyer ; d’autres étaient tellement plus malheureux que lui : les Gazaouis dont l’estomac ne gazouillait plus, les émigrés qui se noyaient en Méditerranée ou dans la Manche, ceux qui mouraient sur un banc après avoir fait la manche, les femmes qu’un frère tuait au nom du respect. Alors, plus solitaire qu’il l’aurait voulu, il composait avec éclats des chansons qui leur rendaient hommage, rendant aux mages le pouvoir du merveilleux, le pouvoir de dire non aux éclats de rire pour redonner le sourire à ceux qui se moquaient de la mort.
Alain, j’aime bien votre personnage pour sa profondeur et sa générosité. 🙂
c’est tellement proche de la réalité qu’on n’a pas besoin d’une interdiction de rire ! C’est rudement bien écrit… on y est indiscutablement cher Alain 🐀
Je me suis reconnu dans ton portrait en noir et blanc. L’entre deux qui prête à rire 😊
Selon un témoin, présent sur les lieux, il ne fait aucun doute.
— C’est encore un de ces drôles qui polluent l’atmosphère tranquille de notre village, affirme Michel. Je l’ai vu tourner autour de la terrasse du café avec ses envolées sarcastiques sur le curé de la paroisse. Personne ne se doutait qu’il était armé. Une première pique a provoqué un petit éclat de rire, comme un avertissement, sans blesser vraiment personne. Mais ensuite, il s’est mis à mitrailler en rafales. Et là ! Le pauvre Émile qui revenait de la messe, a pris un éclat en pleine poire. Il s’est senti visé. Pourquoi lui ?
La Monique a bien sa petite idée.
— Pauvre Émile, c’était une cible facile. Trop sensible. Tout l’émeut, même le meuglement de mes vaches quand il passe devant l’étable, à l’heure de la traite. Alors, forcément, le persiflage de drôles dans l’air ambiant de l’apéro du dimanche, chez le père Marcel, a de quoi terroriser tout idiot du village, la tête dans les nuages. C’est encore un coup des rustres ! S’ils croient nous impressionner avec leurs provocations à deux balles.
Le Jean-Jean maugrée après le maire et ses gendarmes.
— Je ne sais pas pourquoi ils ne les interceptent pas. Qu’est-ce qu’ils attendent pour rabattre leur caquet, à coups de répliques bien senties, du tac-au-tac.
— Tout de suite l’escalade, l’interrompt, Raymond, le bistrotier. C’est une bagarre générale que vous voulez ? Les rustres sont rentrés chez eux, Émile a repris ses esprits et les vaches de Monique paissent en paix. Allez, c’est la tournée du patron. À la tienne, mon Jean-Jean ! Santé, Michel ! Oh ! boudiou ! Tu ne peux pas y aller mollo ? Il ne manquerait plus que tu blesses quelqu’un avec un éclat de verre.
Un éclat de rire venait de déchirer la toile du silence. Il le reçut avec une violence inouïe. En plein cœur, comme la lame acérée d’un couteau, fissurant ses certitudes. Le sang de la vie le quittait et, sans force, il s’affaissa sur un banc, le plus proche, à quelques mètres de lui.
Il n’était plus qu’une pauvre carcasse, et, sous ses fesses, il pouvait sentir la morsure glacée de l’hiver.
Seul, sans but, il promenait son errance comme on promène son chien, dans ce parc silencieux, quand, comme une détonation, cet éclat de rire, dépassant de loin le mur du son, était venu fragmenté son espace, cet ailleurs, où il implorait le ciel.
Et cet éclat de rire l’avait plaqué au sol. Il n’était plus qu’un arbre foudroyé, les racines à l’air. De nouveau, son âme ressentait les écorces du temps.
Quand vous perdez un être aimé, ou tout ce qui fait sens pour vous, cet éclat de rire a quelque chose de déplacé, d’indécent, d’assassin.
Faudrait-il pour autant l’arrêter ? Ou espérer le retrouver ? Car si parfois, il peut nous paraitre cruel, il peut aussi être drôle, communicatif, et faire du bien.
Bravo Béatrice. J’aime beaucoup le décalage entre un éclat de rire extérieur et l’état de la victime que cela foudroie.
Des mots qui déclenchent des images poétiques, tourmentées…
…était venu fragment(er)
Comme toutes les années paires, la petite ville de Soigai sur Ridonc organisait son concours de rire.
Il était très intéressant de se promener dans les rues quelque heures avant l’évènement, les candidats s’entraînant un peu partout dans le bourg.
Monsieur Mortemare à qui le rire était quasiment étranger, était profondément ulcéré par ces manifestations ostentatoires et impudiques de gens qui montraient une hilarité forcée dans tous les coins.
Il rasait les murs, pressant le pas pour se rendre, ses bouchons protecteurs aux oreilles, à l’office notariale où il exerçait.
Le boulanger, lui, écoutait avec bonheur, ces bruits joyeux qui animaient le centre ville par ailleurs assez morose.
Il vit tout à coup le clerc s’effondrer sur l’étal du poissonnier d’en face. Les deux commerçants se précipitèrent vers lui, monsieur Mortemare gisait, la tête dans un panier de harengs tout frais arrivés de Dieppe le matin même, le visage en sang.
On entendait de grands éclats de rire provenant de l’immeuble au dessus, un candidat se préparait avec entrain au quatrième étage. Il fut sommé de cesser, une ambulance emmena la victime à l’hôpital le plus proche.
Douze points de suture furent nécessaires ainsi que deux semaines d’incapacité à travailler.
Le pire fut qu’on lui attribua une chambre sur la place de la mairie où se tenait le concours, c’était l’été, les fenêtres restaient ouvertes.
Le personnel soignant lui ayant confisqué ses boules Quiès pour une meilleure compréhension entre eux, le malheureux subit toutes les prestations du festival couché aux premières loges.
Pauvre Monsieur Mortemare de la ville de Soigai sur Ridonc !
Merci Nadine pour ce récit dynamique et drôle ! 😀
Bien vu l’idée du concours de rire inco’tournable dans un village bien nommé
merci Béatrice pour ce commentaire, j’ai pris grand plaisir à utiliser la plaisanterie de mon père quand je boudais : soit gai ….
Belle semaine
bonjour Nicolas
c’est une charmante bourgade qui ,hélas, ne se marre qu’une fois par an !!!!
Bonne semaine
Nadine
Bien vu Nicolas, Traiter le sujet comme une agression, façon film policier. Avec des rires comme arme de destruction.
Ce matin, pour la première fois, un promeneur a été sérieusement blessé par un éclat de rire. Selon un témoin, présent sur les lieux, l’homme venait juste de replier son journal et de le ranger dans sa poche de manteau lorsqu’il a implosé de son propre fou rire.
Après avoir appelé les secours, apparemment déjà très débordés, le témoin a récupéré le journal tombé dans le caniveau. Il l’a secoué, déplié, et oh surprise, s’est penché sur le gros titre.
Une nouvelle loi venait d’être pondue par le 20ème gouvernement de l’année. Celle-ci interdisait à chaque citoyen et citoyenne de rire en public. Le témoin un peu choqué, esquissa un sourire : « Ah les, cons, qu’est-ce qu’ils ont encore inventé ? » puis se reprit rapidement pour endosser un masque neutre, une tristesse dissimulée, la même que celle présentée la semaine passée, lors de l’enterrement de sa belle-mère. Avec le recul, d’ailleurs, il la remercia, d’être parti si vite et au bon moment. « Chère belle mère ! »
N’empêche que ce pauvre homme, en pourtant bon français, ne souhaitait pas du tout chanter, tel le fameux coq national, les pattes dans la merde.
Il faut dire qu’il travaillait comme clown au cirque Grüss, dont les salutations risquaient fort de disparaître. En effet, soit il tentait de continuer son boulot, implosait lui même et se retrouvait au pire à l’hôpital, au mieux pas trop éloigné de sa belle mère.
Soit, il faisait exploser son public et se retrouvait en tôle, à l’autre fameux hôpital de la Santé.
Passant devant le centre hospitalier le plus proche, il constata la surcharge, la queue des ambulances et la gueule de déterré de tout le service.
Passant ensuite à côté de l’autre centrale très inhospitalière, il entama une superbe dépression atmosphérique. D’ailleurs, les premières gouttes de pluie se transformaient déjà en grêlons.
Plus moyen de rire avec les copains, de faire risette aux petits enfants, de dessiner des moustaches sur les affiches électorales.
Ecoeuré par la noirceur de son avenir, il s’approcha des quais, rejoignit le premier pont, patienta dans la queue, puis se balança par dessus bord.
Une bande de silures, en voyage touristique profita largement de la gastronomie française offerte.
Sous l’eau, eux pouvaient s’autoriser à rigoler
Depuis quelque temps déjà, le rire a pris ses distances avec notre époque. Et pourtant, celle-ci est plus que jamais grotesque et clownesque.
Merci Jean-Marc pour ce texte qui, sous cape, me fait rire ! 😀
Oui, Béatrice, rigole discrètement….Big Brother te surveille! Bon week end!
Trés bonne idée que cette interdiction de rire en public sous peine d »implosion. Je me demande si les clowns sont autorisés dans un pays sous le régime de la charia 😱
Pour fréquenter des amis iraniens réfugiés de leur pays, je confirme, là bas, on ne rit pas tous les jours…et au vu de tous!
Curieux comme on est touché de près par cette proposition d’écriture. Il est malin notre Pascal ! Bien bien Jean Marc la presse explosive.🐁
Bon dimanche, Souris Verte!
PERI-PÂTÉ-TI CHIEN
Selon un témoin présent sur les lieux, il s’agissait d’un gros rire. Je n’ai pas fait gaffe tout d’abord racontait-il avec force détails accompagnant son épistémologie de gestes empathiques. On se donnait des coups de coude entre potes, quand c’est arrivé inopinément, sans prolégomènes. Je soutenais comme galilée que la science, loin de remplacer la métaphysique, devait chercher en elle son fondement… on se tapa sur les cuisses, illusions que tout cela jacta-t-il. Le naturel et le surnaturel ne font qu’un. Si j’ai mal au pied, c’est qu’on m’a marché dessus, ce n’est pas un réflexe conditionné à la vue d’un Dieu orthopopédiste ! Ça a un rôle d’avertisseur ! La prochaine fois, je donnerai d’abord un coup de pied au cul du galapia qui voudrait marcher sur mes plates-bandes, pas d’eschatologie là-dedans ! De trépigner ! Un chien avait laissé son offrande, marcherait-il dedans ? Pour ma part, je ruminai. Avant qu’autour on partît d’un franc éclat de rire. Blessé, il se fendit comme un vase en cristal sous la voix de Carouso dans une cascade herméneutique.🐻
Pas la peine d’interdire… Les dirigeants de la planète font tout pour que l’humanité n’ait plus le désir de rire.
Mais l’humain étant une merveille de complexité résiliente, nous continuerons à rire, et cela fera partie des gestes qui sauvent.
Justement il faut la jouer fine pour continuer de s’esbaudire ne serait-ce d’un petit rien qui court tout seul! On va s’amuser a lire les textes ! 🐀
Esbaudir…
Merci Alain !
J’attends se lire ta contribution 😊
Y’A PAS DE QUOI RIRE
Il se disait sous la pélerine que Jules avait enfreint le réglement et que c’était bien fait pour lui ce qui lui arrivait ! En effet depuis un quart de siècle tout était fait pour ne plus rire. Les instances supérieures avaient savamment mis en place des petites ‘mesures’ successives qui ne nous privaient pas, non ! Mais assurément nous ‘coupaient’ l’envie de rire. « Ils »avaient trouvé ça tout seuls et c’était bien huilé leur affaire ! On ne montrait plus les dents ! Au sens propre évidemment… enfin !!.. Oh ils avaient bien pensé enfermer chaque ‘travailleur’ dans des ‘cases’ individuelles pour ne pas être tenté, mais le coût dépassait les honoraires déjà exponentiels du dentiste ! alors tout simplement, ‘on’ les a laissés chez eux au milieu des mioches, des casseroles et des pots de chambre. Il faut bien dire que vu comme ça, il n’y avait pas de quoi rire non plus. C’était bien vu. Lorsque quelques voix sélevèrent pour s’insurger, on leur a répondu sur le ton du ‘ça suffit’ de quoi vous plaignez-vous ? Plus besoin de souliers et vous êtes chauffés ! C’est vrai ça ! C’est gonflant ces gens qui se plaignent tout le temps ! Aussi qu’est-ce qui lui a pris au Jules d’aller travailler je vous demande un peu ?et pire… au bureau ! Alors bien sûr, le concierge dérangé dans sa sieste à répétition lui a ri au nez et c’est ça qui l’a douloureusement blessé, cet éclat de rire qu’il a trouvée insolent… injustifié…
Incompris…on a appris que, depuis, Jules avait déserté le bureausaloncuisine loué dans son Hlm de banlieue et qu’il erre le long des quais de la Seine en chantant à voix basse pour ne pas risquer de déranger ah c’qu’il est blême mon HLM refrain bien connu de l’industrie Renaud.🐀
Jules aurait dû choisir le télétravail, bien que…
Car, au contraire de ce que la propagande lui vendait, il lui aurait fallu garder ses souliers — son appartement en temps de crise énergétique — n’étant pas si bien chauffé que ça.
Merci Souris verte pour la belle énergie que vous mettez chaque fois dans vos textes. 🙂
Tu ne souris plus verte mais jaune dans cette nouvelle d’un homme blessé dans sa dignité qui se révolte enfin et qui se sens méprisé par cet éclat de rire du concierge.
Bien vu cher Alain
Faudra-t-il les interdire ?
Un promeneur a encore été sérieusement blessé par un éclat de rire. Selon un témoin, présent…
Ils étaient même plusieurs, entassés dans un wagon du métro, entre deux promenades en plein air, quand c’est arrivé et ce fut un carnage.
Un homme est monté dans une rame, totalement étranger à son environnement. Il cachait bien son jeu en ne se distinguant en rien de l’indifférence générale. Il a continué à lire son journal comme si de rien n’était. Son sourire béat s’est transformé en arme automatique de sourire d’abord. Les dégâts étaient encore légers à ce stade. Quelques victimes levèrent les yeux vers lui, prêts à riposter, le regard lourd.
Il a commencé à tirer dans le tas, en arrosant les voyageurs de quelques rires contenus, sans même regarder ses cibles. Il continuait à lire cet article manifestement criminel de drôlerie.
Un ou deux passagers furent alors légèrement touchés. Ils se mirent à observer le terroriste, comme fasciné par son potentiel hypnotique. En retenant leurs rires enfouis, ils ont été trahis par leurs lèvres pincées et les soubresauts de leur respiration saccadée. Pire encore, comme une bombe à fragmentation, les premières personnes contaminées en ont infectées d’autres. C’est comme une pandémie qui progresse à grande vitesse. Les rires sont contagieux d’un voisin à l’autre. Question de vibrations communicatives. La plupart des traîtres qui ne rient pas encore, même dans leur barbes, imagine pactiser avec l’ennemi à mesure que ses adeptes se rallient à lui.
Le coup de grâce s’est produit quand le forcené et ses collabos se sont mis à rire ouvertement. Ceux qui résistaient encore se sont protégés comme ils pouvaient, se cachant derrière une écharpe, un chapeau, leur livre ouvert. Ces protections dérisoires n’ont plus suffi quand les éclats de rire à gorge déployée sont venus les attaquer de toutes parts. L’homme et son armée improvisée étaient immunisés, mais il y a eu au total une dizaine de victimes dont un grave. Ils ont tous baissé la tête en bouchant leurs oreilles avec les mains pour limiter la casse. Ils arrivèrent alors à la station terminus qui devait permettre aux promeneurs de poursuivre leur déambulation.
Il s’est alors produit un phénomène étrange. les neufs blessés légers sont sortis en courant les mains couvrant toujours leurs oreilles. Le blessé grave s’est roulé en boule sur le quai. On pouvait déjà entendre les sirènes des pompiers. Tous les autres passagers renoncèrent à leur promenade en restant dans le wagon pour faire le trajet sens inverse, ensemble et toujours en riant à gorge déployée, sans plus aucune retenue.
Bien vu Nicolas, Traiter le sujet comme une agression, façon film policier. Avec des rires comme arme de destruction.
Merci Alain 🙏
L’éclat de rire est souvent contagieux, hystérique, incontrôlable. Il vous libère de toutes les tensions et rencontre rapidement l’adhésion. Quelque chose d’insupportable et de dangereux pour un état autoritaire qui voudrait l’interdire. Merci Nicolas. 🙂
Mdr ! Il fallait y penser ! C’est beau le talent. Bravo monsieur Thebault.🐁
C’est gentil souris verte 😆