770e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative
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Racontez comment un grand silence fit grand bruit


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Je m’absente pour quelques jours. Je ne pourrai peut-être pas commenter les textes publiés à partir de cet exercice. Je vous propose de le faire respectueusement entre vous. De réagir sur les textes des autres en fonction de votre ressenti. Merci d’avance.
Notez que cela ne m’empêchera pas de lire vos textes pendant mon déplacement.

 

119 réponses

  1. Urso dit :

    Racontez comment un grand silence fit grand bruit

    Tommy aimait bien les déserts.
    Sa vie durant et il n’était pas âgé, presque 36 ans, il avait voyagé à travers le monde à la recherche des déserts les moins connus, les plus connus et aussi les plus reculés.
    C’était un solitaire bien qu’il aimait faire la fête lorsqu’il était sorti de ses déserts, avec beaucoup d’amis, des copains et copines.

    Cette nuit il couchait à la belle étoile dans un désert de Chine dont je ne me souviens plus le nom et peut-être que vous pouvez aller chercher son appellation dans une carte de géographie.
    Pendant les nuits dans les déserts Tommy priait quelquefois ce vieillard qu’il appelait Dieu, ce vieillard avec une barbe blanche.
    Ben ce n’est pas sûr que dans son esprit il voyait Dieu de cette manière. C’est l’écrivassier de cette histoire qui le nomme, qui le définit ainsi.
    De nuit, un désert est forcément silencieux, il n’y a pas âme qui vive, et Tommy c’est ce qu’il recherchait également dans les déserts de la planète Terre.
    Et cette nuit-là étrangement il ne dormit pas bien. Dans son sommeil, ses nombreux rêves peut-être, il pressentit qu’un événement extraordinaire allait se passer.
    Quelque chose qui était rarement arrivé, du moins au cours de sa vie terrestre.
    Couchant à même le sol, ou plus exactement à même le sable encore chaud de la journée, Tommy – qui s’était réveillé à plusieurs reprises – regardait la nuit étoilée.
    Il s’amusait souvent à compter les étoiles. Oh il y en avait tellement dans l’immense ciel que souvent il s’endormait avant qu’il puisse intégralement les compter.

    Cette fois-ci il n’eut pas trop le temps de les dénombrer et de penser au Petit Prince charmant.
    Ce qu’il vit d’abord il pensa qu’il rêvait.
    Oh ! Oh ! quelque chose de terrible. Un gros, un énorme, un gigantesque machin qui fonçait droit sur lui, qui s’approchait à toute allure de la planète bleue.
    Oh ! Oh ! se dit-il mon désert me joue des tours.
    Je crois bien que ce n’est pas toute l’eau que j’ai bue aujourd’hui qui me donne cette vision.

    Et Tommy Tommy fut un des rares témoins au cours de cette nuit-là à voir l’horreur, l’abominable.
    Une grosse pastèque filant vers l’écorce terrestre, venue d’on ne sait où.
    Oh ! Oh ! quel bruit cela fit lorsque cette impressionnante et hideuse pastèque heurta de plein fouet la Terre, de la taille d’une petite olive, dans la froideur de l’univers infini.
    Un bruit, comme vous l’imaginez, qu’on n’avait jamais entendu !
    Tommy avec le reste de la population humaine, animale, les mers … les végétaux, les forêts … et toute cette boule de feu – qui était notre chez soi – partirent loin loin, tous collés à la monstrueuse pastèque, qui elle, la bougre, ne devait se douter de rien, de rien. Lancée à plusieurs milliards de fois la vitesse de la lumière

    Le matin Tommy dans son grand désert s’éveilla un peu différemment des autres jours. Il avait rêvé un récit un peu déplacé, d’insensé pour l’imagination.
    Qu’il se dépêcha vite de mettre par écrit car ce grand voyageur des déserts, était aussi et également un très très grand écrivain.
    Qui raffolait pendant ses déjeuners et diners de steaks tartares dans ses beaux et grands déserts dorés !

  2. Anne Le Saux dit :

    Ce matin là, elle est en retard. Stressée. Agacée. Bref, de mauvaise humeur. Ses pensées font des cabrioles dans sa tête. Elle n’arrive plus à les remettre dans l’ordre. Leur bruit est assourdissant.
    Choisir ses chaussures en accord avec la météo. Remettre le beurre dans le réfrigérateur. Vider le lave-linge. Rappeler sa mère qui a laissé un message alarmant sur son répondeur. Prendre connaissance de la revue de presse du matin tout en finissant sa biscotte. Prendre le ticket du pressing. Enlever cette toile d’araignée qui la nargue depuis hier. Mettre à décongeler un plat pour ses invités du diner. Prendre ses affaires de piscine. Donner à manger au chat. Sortir une bouteille de bordeaux de la cave électrique….
    Son cœur accélère au rythme incessant de la liste des tâches à accomplir. Elle commence à se sentir moite dans son chemisier en soie pourtant savamment choisi. Un vertige s’empare d’elle. Au bord du malaise, elle s’allonge sur son tapis de yoga. Respire longtemps, de plus en plus calmement jusqu’à ressentir l’apaisement. L’étau autour de sa tête s’est desserré. Elle va pouvoir affronter cette nouvelle journée.
    A 13 heures, le jingle du journal télévisé retentit. Elle se tient debout, face caméra, fiches à la main, comme chaque jour de la semaine. Elle sourit, respire profondément, sourit de plus belle. Aucun son, aucun mot, aucune phrase. Un grand silence… qui s’éternise.
    Le caméraman lui fait des signes. En cabine, l’équipe s’affole. Au moment précis où la publicité va être lancée pour combler cet espace vide, elle lance « Bonjour, je vous ai fait le cadeau de ce silence pour que vous puissiez faire le vide dans votre tête avant de partager avec vous les malheurs du monde ».
    Cette initiative a fait grand bruit dans le landerneau de la presse écrite, radiophonique et télévisée. Elle a alimenté les discussions dans le pays tout entier. Une sanction devait-elle être envisagée envers la contrevenante au bruit permanent ? Les débats sont acharnés. L’issue en est encore indécise.

    • Pascal Perrat dit :

      Quelle belle idée ! Si seulement cela pouvait arriver ce serait vraiment une bonne nouvelle.

    • Béatrice Dassonville dit :

      Votre petit texte est riche de sens Anne. Qui de nous ne connaît pas ces aspects de la vie où nous nous sentons sans cesse sollicités, éparpillés, juste un exécutant multitâches. Et, par conséquent, si éloignés de nous-mêmes, de ce qui fait vraiment sens, source de joie.
      Rompre avec l’habitude, devenir créateur pour soi-même, et les autres, d’un espace nouveau — celui du silence — est un acte vital, créatif et conscient.

      • Anne Le Saux dit :

        Merci Béatrice. À charge pour nous de nous préserver ces moments de reliance et de nous échapper du tumulte. Les petits ruisseaux font les grandes rivières…

  3. Avoires dit :

    Je voulais joindre à mon texte une image représentant Sainte Anne de Faras, découverte au fil de ma navigation Internet mais je n’ai pas réussi. Pour les curieux …

  4. Avoires dit :

    Racontez comment un grand silence fit grand bruit
    C’était l’été de mes seize ans. L’été des chanteurs, chanteuses et chansons en tous genres. Cette année-là, pour le silence, il a fallu écouter Simon et Garfunkel. “The sounds of silence” fit grand bruit !
    Silence en résidence, se taire, être tranquille, calme, serein, discret
    Absence de silence
    Réduire au silence, comme une sauce !
    Faire silence comme on fait la cuisine, du rangement ou l’amour ?
    Silence, calme, paix, monastère, méditation, ascétisme, prière, cloître, chapelle, chapelet, capuche, bure, confiture
    Expérience du silence
    Prudence, sentence, cadence, éminence, démence, impatience, évidence, tous s’accordent. Il y a même des silences en musique…

    • Béatrice Dassonville dit :

      Sainte Anne de Faras aurait en effet très bien illustrer votre texte.

      « Réduire au silence… faire silence…expérience du silence »… tout un répertoire très différent ! Bravo chère Avoires. 🙂

    • Gilaber dit :

      Chère Avoires,
      Quel plaisir de te lire. Ton texte traduit la nostalgie d’un temps que les moins de… de… mais peu importe l’âge ! Profitons de ce silence et de la paix du monastère où tu nous entraines pour nous ressourcer…
      Bien à toi !

  5. On dit que le silence est d’or. Un jour, le bruit courut qu’il y allait avoir un grand silence. Aussitôt, la ruée vers l’or se fit, chacun attiré par l’appât du gain. Quand le silence se fit, tout le monde resta sans voix, subjugué par le spectacle : il faut dire…que c’était un film muet !

  6. Béatrice Dassonville dit :

    Nous venons de faire exploser le score des commentaires. 😀
    Monsieur Perrat va être content !

  7. 🐀 Souris Verte dit :

    Vous me faites prendre conscience par votre analyse Beatrice,que ce que j’apprécie le plus pendant l’office c’est le silence qui tombe comme une pierre sur l’assistance après un accord parfaitmajeur plaqué des mains et des pieds par l’organiste. Curieusement c’est peut être à ce moment-là qu’on est le plus reunis et .le moindre bruissement d’une feuille qui ce tourne et c’est ́trafalgar. On sait que le bruit fait ressortir le silence surtout dans un endroit aussi majestueux où on voit presque la queue de la résonance se faufiler vers la sortie. Ite missa est !

  8. ourcqs dit :

    Racontez comment un grand silence fit grand bruit

    Un des influenceurs très présent, bruyant sur les réseaux avec ses interrogations, polémiques, surprit tous ses adeptes par une absence brutale, disparition , remise en question ??? Affolement général, questionnements plus ou moins farfelus, pourquoi ne pas avoir prévenu, serait-ce une mise à l’écart volontaire, provoquée ? Et si …. Qui est le manipulateur ?? Silence insupportable , assourdissant ! pas normal
    Nous voilà dans la liberté d’expression bafouée, Tous les milieux s’en mêlent, explosion des tweets et autres commentaires,

    Enfin, quelques mots, sibyllins « je vous laisse avec les 4’33 » de John Cage .

    Vive le silence !

    • Gilaber dit :

      Ourcqs,

      1. Un récit contemporain sur le bruit du silence :
      Votre texte met en scène un influenceur, figure emblématique des réseaux sociaux, dont l’absence soudaine vient créer un choc collectif. Celui qui avait pour habitude d’occuper l’espace public par ses polémiques, ses interrogations incessantes et son débit bruyant de contenu, se tait brutalement. Ce contraste entre un flux permanent de paroles et un vide total est ce qui donne au « silence » sa force de « grand bruit ».

      2. Le silence comme scandale :
      Ce mutisme est interprété par ses adeptes comme un événement dramatique : disparition inquiétante, remise en question existentielle, mise à l’écart organisée par d’autres forces ? Les hypothèses prolifèrent et, paradoxalement, ce silence nourrit un vacarme encore plus grand que les prises de position habituelles. Le paradoxe est ici central : l’absence de parole devient une matière plus bruyante que la parole elle-même.

      3. Une critique de la société de l’hyper-expression :
      Le texte met en relief la dépendance collective à la parole continue, à l’opinion permanente, au flux d’information sans pause. L’arrêt brutal apparaît comme une transgression insupportable, perçue comme « pas normale ». C’est une forme de critique implicite de notre rapport contemporain aux réseaux : l’absence choque davantage que l’excès.

      4. L’allusion à John Cage :
      La référence finale à l’œuvre de John Cage, 4’33’’, renforce la portée symbolique. Cette pièce musicale repose entièrement sur le silence : l’interprète ne joue aucune note, et c’est le bruit ambiant qui devient la musique. De la même manière, le silence de l’influenceur fait émerger tout le bruit du monde extérieur : tweets, rumeurs, inquiétudes, spéculations. La leçon est claire : le silence, loin d’être vide, est plein de sens.

      5. Une inversion du rapport de force :
      L’influenceur, en cessant de parler, renverse son rapport avec son public. Là où la parole créait l’adhésion, c’est désormais le silence qui attire l’attention, déchaîne les interprétations et exerce un pouvoir plus grand. On passe ainsi d’une logique de communication saturée à une logique de rareté et de suggestion.

      En somme, votre texte raconte comment le silence, perçu comme une anomalie dans l’espace numérique saturé de paroles, devient un événement spectaculaire. Le mutisme volontaire, loin d’être insignifiant, se transforme en un acte de communication plus puissant que la parole elle-même : le grand bruit d’un grand silence.

      Bravo et merci !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Et oui…les suiveurs – plus que les influenceurs – sont nombreux à faire beaucoup de bruit.
      Merci Ourcqs pour votre petit texte. 🙂

  9. Rose Marie Huguet dit :

    Raymonde n’avait jamais été particulièrement intéressée par l’univers de la mode. Elle cherchait le plus pratique à porter, à laver et si le vêtement pouvait se passer de repassage, c’était la cerise sur le gâteau.
    Elle se plaisait telle qu’elle était, son mari ne disait rien, donc tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf qu’il y avait les enfants, parmi lesquels une jeune ado très branchée mode. Raymonde avait bien noté que sa fille la regardait parfois avec effroi ou avec tristesse lorsque ce n’était pas carrément avec une pointe de moquerie dans les yeux. D’ailleurs sa fille éludait toutes les propositions de sortie qu’elle lui proposait.
    Ça lui passera, crise de l’adolescence.
    Mais Raymonde, quelque peu décontenancée, commença à se regarder un peu plus dans les miroirs, à ausculter les femmes de son âge dans la rue. Quelque part dans sa tête une petite graine n’allait pas tarder à germer.
    Un jour, tout à fait par hasard, elle tomba sur une émission de relooking. Elle s’y attarda et se dit mouais. Les jours qui suivirent, elle se surprit à faire les magasins. Un beau jour en rentrant, elle décrocha le téléphone et prit rendez-vous avec une conseillère en relooking. Avec la complicité d’une de ses amies, elle prit une semaine de congés et hop direction vers nouveau look.

    Une semaine de calvaire. De la pointe des pieds au sommet du crâne, tout y passa. Elle souffrit, pleura, rigola, douta. Ouf ! dernier jour.
    On la libéra. Elle était absolument méconnaissable. Un taxi l’attendait qui la ramena chez elle.
    Elle rentra. Ses garçons se chamaillaient, le père élevait la voix pour ramener l’ordre, sa fille avait le nez plongé dans son téléphone, la télé diffusait un truc assourdissant. Bref, personne ne l’avait entendue rentrer.
    Puis un silence de cathédrale s’installa. La télé fut éteinte, la nez de ma fille se leva, les hommes semblaient pétrifiés. Le chat s’approcha d’elle, prit la fuite et alla se planquer.
    Elle attendait. Rien, pas un bruit, pas une parole. Rien. Silence absolu.
    D’une voix tremblotante, elle demanda : alors ? vous me trouvez comment ?
    Silence.

    Et puis elle explosa, elle hurla, envoya valdinguer tout se trouvait à sa portée. Exténuée, elle se tut. Huit paires d’yeux effarés, 4 bouches en O et le silence, telle était sa récompense.
    Elle poussa un hurlement, tous les noms d’oiseaux y passèrent. Elle les regarda, tourna les talons et partit en claquant la porte.

    Elle s’installa dans le premier bar venu, commanda un verre de vin, prit son téléphone, se tira le portrait, envoya les photos à toute sa famille et à ses amis lesquels ne tardèrent pas à la complimenter sur son nouveau look.
    A son domicile toujours le silence.
    Puis un nouveau silence prit possession du bar. Elle leva les yeux, regarda autour d’elle et dirigea ses yeux dans la direction des autres clients.
    Elle vit sa petite famille, honteuse, se triturant les mains, se poussant du coude. Sa fille vint vers elle, la serra dans ses bras, lui murmura à l’oreille : t’es grave jolie ! Viens rentrons à la maison. Un joyeux brouhaha remplaça le profond silence.

    • Gilaber dit :

      Rose Marie,

      Votre récit sur Raymonde joue à la fois sur le registre du quotidien, de la comédie familiale et d’une tension dramatique liée à l’image de soi.

      1. Structure narrative :
      Votre texte suit un schéma classique de transformation :
      Exposition : Raymonde, simple, indifférente à la mode, confrontée aux jugements de sa fille.
      Déclencheur : l’émission de relooking, la graine qui germe.
      Transformation : semaine de relooking, vécue comme une épreuve initiatique (souffrit, pleura, rigola, douta).
      Retour : confrontation avec la famille, marquée par le silence dramatique.
      Climax : explosion de colère, fuite au bar.
      Résolution : reconnaissance finale par la fille, réconciliation dans le brouhaha.
      → C’est presque un conte moderne avec épreuve, métamorphose et reconnaissance finale.

      2. Les thèmes principaux :
      L’image de soi et la reconnaissance
      Raymonde ne cherchait ni à plaire ni à se transformer, mais le regard de sa fille agit comme un miroir implacable.
      La transformation ne vaut rien sans validation : d’où l’importance du silence insupportable de sa famille, perçu comme un rejet.
      Le silence comme motif central
      Après la métamorphose, le silence devient glaçant : il efface l’effort, nie l’existence même de Raymonde.
      Votre texte montre deux formes de silence :
      oppressif (celui de la famille, lourd de jugement implicite).
      libérateur (celui du bar, qui se brise avec la réconciliation et le brouhaha joyeux).
      Comédie et tragédie domestique :
      Le ton oscille entre l’humour (le chat qui prend la fuite, le téléphone saturé de selfies envoyés aux amis) et le drame (la colère, la crise identitaire).
      Cette oscillation crée un effet de vérité : la vie familiale, souvent, est une succession de petites tragédies et de grandes comédies.

      3. Symbolique :
      La métamorphose : comme dans les contes, elle ne concerne pas seulement l’apparence, mais le statut symbolique de Raymonde dans sa famille. Elle veut exister autrement qu’en mère invisible.
      Le miroir social : sa fille, ses amis, son entourage deviennent les juges de sa valeur.
      Le silence : il incarne la peur du changement, l’incapacité des proches à verbaliser leur trouble.

      4. Style et tonalité :
      Style direct et fluide, proche du récit oral, ce qui accentue la vivacité.
      Nombreuses phrases brèves et incisives (Silence. Rien. Pas un bruit.) → elles renforcent l’effet dramatique.
      Alternance de trivialité (lessive, repassage, chamailleries des enfants) et de pathétique (explosion de colère, solitude au bar).
      Votre texte se lit comme une petite nouvelle de mœurs, réaliste mais teintée de fable moderne.

      5. Interprétation globale
      Votre texte illustre la quête de reconnaissance d’une femme ordinaire. Le silence de la famille met en lumière l’écart entre l’énergie qu’elle a consacrée à sa transformation et l’incapacité des siens à l’accepter. La chute, avec la fille qui finit par valider ce changement, donne au récit une note d’apaisement et d’humour, tout en montrant que dans une famille, les mots (ou leur absence) comptent parfois plus que les actes.

      Votre récit fait écho, de façon subtile, à une critique sociale : la femme au foyer invisible, l’adolescence comme juge sévère, et la nécessité pour les femmes de passer par une métamorphose spectaculaire pour obtenir reconnaissance.

      Bravo et merci !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Un petit texte frais, amusant, qui n’a pas besoin de se relooker ! Merci Rose-Marie

  10. Catherine M.S dit :

    Silence radio dans Landerneau
    De bas en haut dans la ville
    Qui n’a jamais été aussi tranquille
    Pas un son échappé des domiciles
    Pas un bruit de couloir
    Circulant sur les trottoirs
    Pas le moindre petit baragouin
    Planqué dans un recoin
    Ni même un célèbre potin
    Égaré sur un rond-point
    Non, non, un silence de mort
    Qui plairait aux croque-morts
    Habitués aux funestes transports
    Un silence quasi religieux
    Qui siérait aux dieux

    Mais quelle est donc la raison
    De cette soudaine conspiration
    Qui œuvre comme une contagion
    Recouvre la ville d’une chape de plomb
    Et maintient les citoyens en sujétion
    Est-ce une nouvelle loi passée sous silence
    Chargée de tancer les habitants
    Des lourdes fautes commises dans le passé
    Et de les bâillonner
    Afin de les empêcher de parler
    Je crains qu’on ne le sache jamais
    Et qu’alentour une minute de silence soit instaurée
    En hommage à tous les bruits décédés
    A une époque révolue
    Comme un dernier salut
    Avant d’envisager dans quelques mois
    Pourquoi pas
    D’ériger une statue
    A la mémoire de tous ces bruits disparus.

    • Gilaber dit :

      Catherine,

      1. Structure et rythme
      Votre texte est construit en deux mouvements :
      Première partie (strophes 1 à 2) : description progressive du silence, insistante et accumulative, jouant sur la répétition négative (pas un son, pas un bruit, pas le moindre, ni même).
      Deuxième partie (strophes 3 à fin) : passage de la simple constatation au questionnement. Le poème bascule de l’observation descriptive à l’interprétation sociale, presque politique.
      Le rythme est libre, sans schéma fixe de rimes, mais l’usage des assonances et allitérations (bruit/baragouin/potin/point ; silence/silencieux/silence) donne une musicalité paradoxale à un texte qui parle de silence.

      2. Les images du silence :
      Le poème explore différentes nuances du silence :
      Physique : absence de bruits quotidiens (pas un bruit de couloir, pas un baragouin).
      Mortuaire : silence de mort, croque-morts, funestes transports.
      Religieux : silence quasi religieux, siérait aux dieux.
      Politique / coercitif : chape de plomb, bâillonner, sujétion.
      → Cette gradation permet de montrer que le silence n’est pas seulement l’absence de son, mais qu’il peut être signe d’oppression ou de rituel.

      3. Dimension sociale et politique :
      Le texte glisse d’une observation banale (ville tranquille) à une critique implicite :
      Évocation d’une nouvelle loi passée sous silence → idée de censure.
      Bâillonner, sujétion → image de citoyens réduits au mutisme par une autorité supérieure.
      Conspiration, contagion → le silence devient force collective imposée.
      → Le poème interroge ainsi la limite entre tranquillité choisie et silence imposé.

      4. Ironie et satire :
      Le ton reste léger malgré la gravité des images :
      Ironie de la statue à la mémoire de tous ces bruits disparus.
      Paradoxe entre l’hommage funéraire et le côté cocasse de célébrer les « bruits ».
      On retrouve une veine satirique : derrière l’absurde, une critique sociale des sociétés qui préfèrent le silence au bruit du peuple.

      5. Interprétation globale :
      Le poème peut se lire à plusieurs niveaux :
      Constat poétique : évocation insolite d’une ville muette, figée.
      Allégorie politique : critique d’un pouvoir qui impose le silence par la peur ou la censure.
      Fable moderne : satire douce-amère où le bruit, habituellement mal vu, devient nostalgique, digne d’un hommage.

      En somme, votre texte joue sur l’ambiguïté entre le silence comme apaisement et le silence comme oppression. Par ses images funéraires et religieuses, il donne au quotidien une tonalité inquiétante, avant de le retourner en humour absurde avec l’idée de la statue.

      Bravo et merci !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Le comble serait – qu’après avoir érigé cette statue, à la mémoire de tous les bruits décédés – la ville soit invitée à une minute de silence. 🙂
      Merci Catherine 🙂

  11. Nouchka dit :

    Chaque été, depuis une douzaine d’années, les choristes enthousiastes se retrouvent en stage résidentiel. Là, ils ont le désir de parfaire leurs performances vocales tant par le chant, qu’en échangeant avec les autres participants.
    Les deux organisateurs animent ces journées avec professionnalisme : Technique, patience, encouragement. Technique, patience. Patience, patience….
    Les choristes ont quitté l’apprentissage scolaire depuis bien des années et ne briguent ici, ni diplôme ni passage à un quelque degré supérieur. Aussi, se laissent-ils assez facilement distraire.
    Steve leur rappelle, pour la cinquième fois, que : « Le silence en musique est très important. Le silence entre les notes est aussi important que les notes elles-mêmes ».
    Lors de l’entrainement du jour, l’étude d’une composition de Mozart, Steve répète la citation : « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui ».
    Mélodie, rythme et tempo exacts, phrasé découpé au bon endroit et intonation adéquate sont répétés ad nauseam.
    Les deux premières mesures de la partition, ne concernent que l’accompagnement instrumental. La note finale sera, elle, suivie d’une « pause ».
    Les choristes n’ont qu’une connaissance limitée du solfège ou, ont oubli partie de leurs acquis.
    Après plusieurs jours de travail et, à quelques heures du concert de fin de stage, Steve tente de renouveler l’exercice. À chaque reprise, il constate que l’un ou l’autre des choristes omet encore de laisser seul, le piano jouer seul. Quant à la fin de la partition, il y a toujours quelques voix à maintenir la note finale au lieu de respecter le silence demandé, expliqué, souhaité, répété.
    Steve garde son calme et espère que tous verront, lors du concert, le signal de Clara, poing fermé, indiquant avec précision la « pause » sur la dernière mesure.
    Lors de la répétition générale, les choristes concentrés souhaitent leur performance réussie. Le trac est présent et chacun tente de garder en tête la ligne musicale de son pupitre.
    Le concert débute, les consignes sont suivies et la pause de fin… respectée.
    Les répétiteurs n’en reviennent pas. Clara et Steve en restent bouche-bée. Tout a bien « fonctionné ». Ils sont, un instant, déstabilisés, avant que les spectateurs n’applaudissent chaudement et que le salut des choristes ne soient scandés des « Hop !; hop !; hop, hop, hop de Clara !
    Ouf ! Ce Grand silence avant la fureur des applaudissements, quel soulagement !!

    • Gilaber dit :

      Nouchka,

      1. Structure et progression narrative :
      Votre récit suit un parcours en trois temps :
      Mise en situation : présentation du stage, des choristes amateurs, de la pédagogie de Steve et Clara.
      Nœud : difficulté répétée à comprendre et respecter le silence, malgré les explications et répétitions.
      Dénouement : lors du concert, surprise et soulagement, les consignes sont enfin respectées, entraînant une apothéose collective.

      La construction rappelle une petite fable pédagogique, où l’obstacle n’est pas tant la justesse musicale que la maîtrise du silence.

      2. Thèmes principaux :
      Le silence en musique : thème central, décliné de plusieurs façons (consigne répétée, citation de Mozart, geste de direction, ultime réussite).
      La patience et la pédagogie : Steve répète inlassablement, calmement, avec une dimension quasi socratique — insistant plus sur l’expérience du silence que sur le perfectionnement technique.
      Le collectif face à l’exigence artistique : l’effort partagé, la difficulté commune, puis la réussite finale dans l’émotion collective.
      Le paradoxe de l’amateurisme : les choristes ne visent ni diplôme ni progression hiérarchique, et pourtant ils affrontent une exigence de rigueur digne de professionnels.

      3. Style et effets :
      Oralité marquée : emploi de répétitions (« Technique, patience. Patience, patience… ») qui restituent le rythme de la pédagogie.
      Mise en valeur du silence par le texte lui-même : le vide, l’attente, l’insistance soulignent ce qui manque aux chanteurs.
      Humour discret : le contraste entre la simplicité des choristes et la solennité des consignes (« omet encore de laisser seul, le piano jouer seul »).
      Suspense dramatique : le lecteur attend de savoir si la consigne sera respectée au concert — et le soulagement final se traduit dans un soupir d’exclamation (« Ouf ! »).

      4. Symbolique :
      Le silence prend une dimension symbolique :
      Il devient métaphore de l’écoute, du respect de l’autre, de l’harmonie collective.
      Le concert illustre la victoire de la discipline et de l’attention sur le désordre spontané.
      Ce « Grand silence avant la fureur des applaudissements » renvoie à une sorte de respiration existentielle : l’instant fragile de perfection avant que la vie ordinaire (bruits, émotions) ne reprenne.

      5 Conclusion :
      Dans l’ensemble, votre texte est une petite chronique vive et musicale, qui met en valeur non pas la virtuosité, mais la discipline de l’écoute et du silence.
      Il fonctionne à la fois comme récit anecdotique et comme allégorie pédagogique sur l’art et l’attention.

      Bravo et merci !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Merci Nouchka pour l’originalité de ce texte. 🙂

      « Le silence est très important. Le silence entre les notes est aussi important que les notes elles-mêmes. » Mozart

  12. Gilaber dit :

    Un grand silence fit grand bruit…

    J’étais sorti avec la ferme intention de me poser pour rêvasser sur un banc dans le parc qui fait face à mon domicile. Mais quelle ne fut pas ma surprise, de constater le désordre et le bruissement qui régnaient dans la ville, d’ordinaire, plus calme…

    La ville vibrait comme une ruche en furie. Sur les boulevards, dans les avenues et jusqu’aux ruelles les plus étroites, un vacarme de klaxons s’élevait sans relâche, sauvage et incessant, tels des cris d’animaux blessés. Dans cette symphonie discordante, les voitures, collées pare-chocs contre pare-chocs, s’entassaient dans les carrefours, formant des labyrinthes de métal et de verre, figeant la circulation. Les conducteurs, fenêtres ouvertes, s’envoyaient insultes et gestes rageurs à la moindre occasion. Leurs voix se perdant dans le tumulte. Tandis que sur les trottoirs, pour traverser, les piétons, spectres impatients, cherchaient une brèche dans la procession métallique. Certains grimpaient sur les capots comme sur des pierres de gué, d’autres allaient jusqu’à ouvrir les portières pour s’imposer un droit de passage, comme on ouvre un couloir secret. Au centre de cette scène irréelle, un agent de police s’échinait à souffler dans son sifflet, mais le son se délitait, se suspendait dans l’air comme une bulle fragile, incapable de traverser la tempête sonore qui engloutissait tout.

    Pour se frayer un chemin plus rapide et moins encombré, des cyclomotoristes faisaient pétarader leurs engins en circulant sur les trottoirs, la manette de gaz poussée à fond. Surgissant dans le dos des passants, ces derniers sursautaient en les invectivant, mais leurs mots se perdaient dans le tohu-bohu général.

    Sur la place du marché, le bruissement incessant couvrait la voix des maraîchers qui tentaient de haranguer le chaland. Même le petit crieur de journaux s’époumonait, brandissant la dernière une, fraîchement imprimée en gros et gras caractères… sa bouche s’ouvrait et se fermait, tel un poisson hors de l’eau… mais il était inaudible…

    Même les cloches de l’église, qu’on avait cru longtemps muettes, s’étaient mises à carillonner à toute volée, comme si elles voulaient dominer le chaos. Des haut-parleurs, fixés aux lampadaires, crachotaient une annonce municipale incompréhensible, aussitôt recouverte par les sirènes d’une ambulance prisonnière du flot des voitures. On n’entendait plus que des fragments déchirés : un mot, un cri, une note, engloutis aussitôt dans la masse sonore.

    Le bruit devenait une matière épaisse, presque palpable : il entrait dans les pores de la peau, vibrait jusque dans la cage thoracique. À chaque instant, je croyais que mes tympans allaient céder. La ville tout entière semblait sur le point d’exploser sous sa propre rumeur.

    Et puis, soudain, cela arriva…

    Personne ne sut dire si ce fut un accident, une panne générale, un ordre venu d’en haut, ou bien un miracle. Toujours est-il que, sans le moindre avertissement, tout s’éteignit. Klaxons, moteurs, cloches, voix, sirènes : tout s’évanouit d’un seul coup, comme si une main invisible avait fermé le couvercle d’un vaste piano mécanique.

    Le silence se fit. Mais ce silence-là n’était pas absence : il était présence éclatante. Comme une brume invisible, il s’infiltra partout, s’ancra dans les murs, s’allongea dans les artères de la ville. On aurait dit qu’il avait décidé de rester, qu’il respirait à travers nous.

    Les premières minutes furent de stupeur. Puis les heures passèrent, et rien ne revint. Les moteurs restaient muets, les haut-parleurs figés, même les cloches semblaient avoir oublié leur propre voix. Au marché, les maraîchers échangeaient désormais par gestes. Dans les appartements, les télévisions grésillaient d’une image fixe, sans le moindre son.

    Au début, on tenta de crier, d’applaudir, de frapper sur des casseroles. Mais c’était peine perdue : le silence avalait tout, comme une mer sans rivages absorbe les cailloux qu’on y jette. Peu à peu, les habitants comprirent qu’il n’y avait plus rien à recouvrir, plus rien à vaincre. Le silence n’était plus un accident : il était devenu la loi.

    Un oiseau battit des ailes, une feuille glissa sur le pavé… mais sans bruit… On entendit surtout la sidération collective, comme un souffle immense partagé par des milliers de poitrines. Juste troublé par le froissement d’un manteau, le cliquetis d’une clé échappée d’une main tremblante, le battement affolé d’un cœur qui s’étonne d’exister. Puis ce fut l’étrange certitude que ce silence avait une voix — non pas une voix à entendre, mais une voix à ressentir, comme une injonction muette.

    La foule s’immobilisa, subjuguée. Des milliers d’yeux se levèrent vers le ciel, comme si l’on attendait qu’une révélation s’y écrive. On se tourna les uns vers les autres, incrédules.

    Les enfants cessèrent de pleurer, les animaux cessèrent d’agiter leurs queues nerveuses. Même l’air semblait plus dense, comme si la ville avait basculé dans une autre dimension, suspendue hors du temps. Alors, la ville changea. Les passants commencèrent à lire sur les lèvres, à se parler dans le langage des signes, les regards parlaient aussi à la place des mots. Les disputes s’éteignirent, remplacées par des gestes sobres. Jamais la ville n’avait été aussi sonore que dans ce mutisme-là.

    Alors, ce silence fit grand bruit. Il ébranla les certitudes, il fissura les colères, il ouvrit dans chaque esprit un espace inexploré. Certains eurent peur, d’autres se sentirent apaisés. Tous, pourtant, surent qu’ils venaient de vivre un événement immense, un basculement invisible, dont personne ne pourrait oublier l’écho du grand silence qui fit grand bruit…

    • camomille dit :

      Eh bé!… Il s’en passe des choses à Draguignan mine de rien !!! 😉
      Merci Gilaber pour cette fabuleuse histoire

    • Béatrice Dassonville dit :

      Dans cette ville hystérisée par un vacarme sonore, intempestif, brutal, le passant n’est plus qu’un spectre. J’ai trouvé amusant l’image qui nous le fait voir « grimpant sur les capots comme sur des pierres de gué ».

      Curieusement, lorsque le silence se fait, « la ville n’avait été aussi sonore ».

      Cela nous fait réfléchir sur la dimension de la présence tapageuse du bruit qui exclut, et du silence qui, comme une toile de fond, « ouvre dans chaque esprit un espace inexploré » ; de la vertu à se taire plutôt qu’à trop parler.

      Merci Gilaber, pour ce beau texte.

  13. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Racontez comment un grand silence fit grand bruit.

    A la terrasse du café « Plein Soleil » le diabolo menthe avait du succès. En compagnie de trois sirops d’orgeat, il chantait. On remarqua quelques jaunes épars, plus animés, qui accompagnaient l’ensemble. On apercevait deux rouges qui échangeaient leur point de vue sur la qualité des grands crus. Au fond, dans un coin retiré, un inconnu se cachait derrière son journal. Les nouvelles gouvernementales étaient passionnantes.
    Le cameraman fit un zoom sur un couple étrange. Un ADN avait invité une AI. D’après leur attitude concentrée sur un sujet paraissant secret. Celui-ci, par l’intérêt qu’il suscitait, contrastait avec le paysage et donnait ainsi une touche de modernité tranchant sur le romantisme ambiant. Dans cette atmosphère bienveillante, ils s’étaient donné rendez-vous au milieu des gens.
    Doucement, le filmeur s’approcha avec précaution pour ne pas les déranger. Aussi, avec l’arrière-pensée de surprendre leur conversation. Indiscret, mais respectant la liberté d’expression, il s’incrusta comme témoin du dialogue.
    Il lui sembla qh’AI parlait de son arbre généalogique. Elle était remontée jusqu’à la première machine à calculer.
    — Et vous, où en êtes-vous de vos recherches, dit-elle intriguée à son voisin ?
    L’ADN, subjugué par les formes et le charme de l’AI, se mit à sourire avec malice. L’AI, ne serait-elle pas de la famille des paresseux ? Non, je dois me tromper ! Je dois faire un complexe de cruciverbiste ! Après tout la paresse aime bien les caresses. Elle est sûrement intéressée !
    — Ah ! Excusez-moi, je pensais à autre chose. Mes recherches, dites-vous ? Euh, dit-il en rougissant ! A vrai dire, j’ai commencé superficiellement. Mais je dois dire que je me suis un peu embrouillé. Je ne retrouve certains tests de paternité.
    — Je peux vous aider si vous le souhaitez.
    Sous la musique, ils ne se rendirent pas compte que la caméra fit de leur rendez-vous; le centre d’intérêt d’une émission de télé. La scène se répandit sur certains réseaux. Et de fil en aiguille, ADN découvrit la chaîne qui le mena à son origine.
    Deux ans plus tard, sur le vingt-heures, ils présentaient leur petit Adenaï.
    Cet évènement bouleversa l’équilibre social. Il ne fut plus possible de semer le trouble dans les manifs. Les Blacks Blocs devraient pointer au chômage. Et le gouvernement fut renversé.

    • Gilaber dit :

      MICHEL-DENIS ROBERT,

      1. Le thème : un silence qui fait grand bruit
      Vous tissez un récit où le « grand silence » n’est pas directement nommé mais se déploie en filigrane. Ce silence, c’est : le silence intime du couple ADN–AI qui, en pleine terrasse animée, se concentre sur leur propre échange ; le silence médiatique brisé lorsque leur conversation privée devient spectacle télévisé, amplifiée jusqu’à provoquer un bouleversement social ;enfin, le silence historique comblé par la rencontre improbable du biologique et de l’artificiel, qui aboutit à un enfant, Adenaï, symbole de fusion et d’avenir.
      Ainsi, l’anecdote légère débouche sur une conséquence lourde : le silence discret d’un rendez-vous amoureux se transforme en fracas collectif, renversant jusqu’au gouvernement.

      2. Le style : entre fantaisie et satire
      Votre écriture oscille entre :
      L’humour visuel (les boissons personnifiées en début de texte : « un diabolo menthe avait du succès », « trois sirops d’orgeat, il chantait »). Cela plante une atmosphère joyeuse, presque théâtrale, qui sert de contrepoint à la gravité finale.
      La fantaisie surréaliste (un ADN qui invite une AI au café, la généalogie des machines, la confusion paternelle).
      La satire sociale et politique (les Blacks Blocs réduits au chômage, le gouvernement renversé par… un couple improbable). Vous jouez sur la disproportion entre l’événement intime et ses répercussions mondiales, ce qui crée un effet comique mais aussi critique.

      3. La structure : crescendo ironique
      Exposition : décor léger et presque cinématographique (terrasse, zoom caméra, boissons personnifiées).
      Nœud : la rencontre ADN/AI, avec leurs hésitations, malentendus et curiosité mutuelle.
      Renversement : l’indiscrétion du caméraman qui fait passer la scène dans la sphère publique.
      Dénouement : deux ans plus tard, la naissance de l’enfant hybride, puis bouleversement social.
      On a un enchaînement qui passe du minuscule (un verre en terrasse) au gigantesque (chute d’un gouvernement), en respectant la consigne : un silence fit grand bruit.

      4. Clés de lecture
      Métaphore de l’intime et du collectif : ce qui se chuchote à deux peut changer le monde.
      Rencontre des contraires : l’ADN (héritage biologique) et l’AI (héritage technologique) s’unissent, donnant naissance à un nouvel avenir.
      Ironie médiatique : un simple plan de caméra transforme une conversation privée en évènement public.

      Votre texte relève du conte satirique moderne, où le jeu de langage, l’imaginaire scientifique et l’absurde s’entremêlent pour réfléchir à l’avenir de l’humain et du social.

      Bravo et merci !

      • MICHEL-DENIS ROBERT dit :

        Merci Gilaber,
        Je me demandais si mon texte allait bien passer. J’ai voulu apprivoiser l’AI. Comment va-t-elle nous influencer dans le futur ?

        • Béatrice Dassonville dit :

          Merci Michel-Denis pour votre texte qui allie à la fois fantaisie et interrogation sur la possible fusion entre ce qui est de l’ordre du vivant et de la machine.
          J’ai le sentiment que notre humanité se scindera en deux. Certains se laisseraient séduire par l’IA et, en fusionnant avec elle, augmenteront leurs capacités.
          D’autres – ne se regardant pas seulement comme des machines biologiques -, chercheront désespérément à s’en protéger, mais, je le crains, deviendront obsolètes et gênants pour le système. Un peu comme l’homme sauvage dans le « Meilleur des Mondes » de Huxley.
          L’intellect dissèque, cartographie, range dans des tiroirs et met des étiquettes, comme peut le faire une I.A. Parler avec le cœur me semble donc essentiel.

  14. Béatrice Dassonville dit :

    Moissons et récoltes, augmentation du cheptel,escarcelle bien remplie, naissances, noce… un texte qui flaire bon l’abondance. Merci Souris verte. 😀

  15. 🐻 Luron’Ours dit :

    🐻CANARD AU SANG
    Racontez comment un grand silence fit grand bruit.
    J’accuse Bis mark.
    J’accusé
    « L’artilleur fait de l’intox » selon Jean-Claude Deniaud depuis Gribeauval, on n’avait jamais rien fait de mieux que cette petite merveille, un canon rapide, précis, maniable : le 75.
    Le tuyau d’arrosage versus la pomme d’arrosoir.
    Selon cet auteur, le capitaine Dreyfus avait mission de cacher cette avancée, un brouillard, un grand silence avant… Un silence d’or avant un âge d’or : une revanche.
    La suite de l’Affaire …on la connaît. Pas moins que l’invasion prussienne de 70 et la grosse Bertha. Toute une page de la 3e se jouait ! Départ gare de l’est en 1914, les taxis de la marne, tandis qu’à l’arrière on chantait « Nono- Nanette » et on reprenait « Beaucoup de bruit pour rien ».
    Alors, qu’au moins on en garde un jour férié !🐻

  16. 🐻 Luron’Ours dit :

    🐻CANARD AU SANG
    Racontez comment un grand silence fit grand bruit.
    J’accuse Bis mark.
    J’accusé
    « L’artilleur fait de l’intox » selon Jean-Claude Deniaud depuis Gribeauval, on n’avait jamais rien fait de mieux que cette petite merveille, un canon rapide, précis, maniable : le 75.
    Le tuyau d’arrosage versus la pomme d’arrosoir.
    Selon cet auteur, le capitaine Dreyfus avait mission de cacher cette avancée, un brouillard, un grand silence avant… Un silence d’or avant un âge d’or : une revanche.
    La suite de l’Affaire …on la connaît. Pas moins que l’invasion prussienne de 70 et la grosse Bertha. Toute une page de la 3e se jouait ! Départ gare de l’est en 1914, les taxis de la marne, tandis qu’à l’arrière on chantait « Nono- Nanette » et on reprenait « Beaucoup de bruit pour rien ».
    Alors, qu’au moins on en garde un jour férié !🐻

    • Gilaber dit :

      Luron’Ours,

      1. Thème principal
      Votre texte mêle histoire militaire, mémoire collective et humour pour illustrer comment un “grand silence” – ici symbolisé par la dissimulation ou la stratégie – peut avoir des conséquences retentissantes. Le silence n’est plus seulement un vide, mais un moment préparatoire à un événement majeur : l’“âge d’or” évoqué après le brouillard stratégique.

      2.Structure et effet
      Écriture fragmentaire et associative : le texte navigue entre références historiques (canon 75, Dreyfus, invasion prussienne, taxis de la Marne) et phrases abruptes ou parenthésées, créant un flux de conscience historique.
      Rupture de rythme : les phrases courtes et les images contrastées (“Le tuyau d’arrosage versus la pomme d’arrosoir”) accentuent l’effet de dépaysement et de surprise.
      Accumulation d’événements : du canon 75 à la guerre de 1870, en passant par la Première Guerre mondiale et la culture populaire (chansons), le texte condense plusieurs strates historiques, comme pour montrer que le silence initial produit des répercussions multiples et durables.

      3. Le silence comme moteur historique
      Le silence n’est pas seulement l’absence de son : il est stratégie et anticipation.
      Dans le passage “un brouillard, un grand silence avant… Un silence d’or avant un âge d’or : une revanche”, le silence est associé à la préparation d’un moment glorieux, ici la victoire ou la revanche militaire.
      Le texte joue sur la paradoxale puissance du silence : en apparence inerte, il est en réalité efficace et déterminant.

      4. Procédés stylistiques
      Allusions historiques et culturelles : références à Dreyfus, Gribeauval, 75, taxis de la Marne, chansons populaires. Ces références créent un effet de connivence avec le lecteur.
      Jeu de mots et humour subtil : “beaucoup de bruit pour rien” résonne ironiquement avec le thème du silence qui fait “grand bruit”.
      Parataxe : juxtaposition de phrases courtes sans connecteurs logiques (“J’accuse Bis mark. J’accusé”), qui donne un rythme vif et fragmenté, à l’image d’un canon tirant ses salves.
      Métaphores militaires : le canon, le brouillard et le silence deviennent des symboles d’anticipation, de stratégie et de maîtrise.

      5. Interprétation symbolique
      Mémoire et Histoire : le texte rappelle que l’Histoire se fait autant dans les silences stratégiques que dans les actions visibles.
      Humour historique et ironie : le texte ironise sur la gloire militaire et la mémoire collective en mêlant événements sérieux et références légères.
      Paradoxe : le “silence” devient un acteur de l’Histoire, dont l’impact est plus retentissant que n’importe quel vacarme.

      6. Conclusion
      “Canard au sang” montre que le silence stratégique, discret et calculé, peut produire des conséquences éclatantes. Il combine humour, mémoire historique et images poétiques pour rappeler que ce qui n’est pas dit ou montré immédiatement peut résonner plus fort que tout bruit.

      Bravo et merci !

  17. camomille dit :

    Racontez comment un grand silence fit grand bruit

    Monsieur le curé est en pleine prêche.
    L’assistance est subjuguée.
    Il harangue les fidèles avec enthousiasme, il lève les bras au ciel avec conviction,
    Et alors qu’il se lance dans un sermon de grande envolée,
    C’est le trou, 
    la défaillance,
    l’oubli – LE SILENCE –
    Un grand silence.
    Monsieur le curé reste pantois sur sa chaire, les bras levés au ciel.
    Plus un son ne sort de sa bouche.
    L’église est pleine
    et le silence persiste.
    La messe est interrompue pour cause de trou de mémoire et de silence involontaire.

    Cette histoire fit grand bruit… Croyez-moi !

    • Nicolas Thebault dit :

      Ça me rappelle la fin de sermons ennuyeux. Les derniers mots prononcés avant le silence final, résonnent longtemps aprés dans l’assemblée. Le choix de ces derniers mots est essentiel.

    • Gilaber dit :

      Camomille,

      1. Thème principal
      Le texte illustre la puissance paradoxale du silence, en montrant comment une absence de parole peut devenir un événement spectaculaire. La situation décrite – un curé incapable de poursuivre son sermon – transforme un moment de défaillance personnelle en phénomène collectif mémorable.

      2. Le contraste et la tension
      Le texte joue sur un contraste dramatique :
      Début : le curé est sûr de lui, exalté, presque surhumain dans sa gestuelle et son éloquence.
      Pivot : soudain, il y a “le trou, la défaillance, l’oubli – LE SILENCE –”.
      Cette rupture brusque crée un effet comique et dramatique à la fois. Le lecteur est préparé à une apothéose, mais reçoit l’inverse : un vide sonore qui attire l’attention de tous.

      3. Le rôle du silence
      Le silence est traité comme un personnage à part entière : il prend le contrôle de la scène et devient le véritable “acteur” de l’événement.
      Il a un impact social immédiat : l’église entière est suspendue dans l’attente, et l’absence de son devient remarquablement présente.
      La phrase finale “Cette histoire fit grand bruit… Croyez-moi !” joue sur le paradoxe et souligne l’ironie : un silence peut être plus retentissant que le plus grand vacarme.

      4. Les procédés stylistiques
      Répétition et emphase : “le trou, la défaillance, l’oubli – LE SILENCE –” accentue le moment clé et attire l’œil du lecteur.
      Anaphore : l’usage répétitif de “il” dans les premières phrases (il harangue, il lève les bras, il se lance) crée un rythme régulier qui contraste avec la rupture du silence.
      Hyperbole et humour : qualifier le silence de “grand bruit” renverse l’attente et donne une dimension comique.
      Suspension dramatique : les phrases courtes et abruptes (“Plus un son ne sort de sa bouche. L’église est pleine et le silence persiste.”) accentuent le sentiment d’étrangeté et de tension.

      5. Interprétation symbolique
      Le contrôle et la fragilité : même une figure d’autorité confiante peut être déstabilisée par un moment d’oubli. Cela humanise le curé.
      Le paradoxe de l’instant : le texte illustre que le vide peut avoir autant de présence que le plein.
      Humour subtil : le texte joue sur l’exagération et la surprise pour créer un effet comique tout en réfléchissant sur la nature de la parole et du silence.

      En résumé, le texte montre que le silence n’est jamais neutre : il peut captiver, surprendre et même devenir “retentissant” aux yeux de tous. L’histoire devient mémorable non pas par l’action ou les mots, mais par leur absence.

      Bravo et merci !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Lorsque j’étais enfant, j’aimais aller à la messe, mais ce qui m’intriguait c’est de voir les statues des saints, les yeux levés au ciel. J’y voyais là, non sa représentation symbolique, mais plutôt de l’ennui, une forme d’exaspération. Peut-être, à force d’entendre se répéter les mêmes choses.
      J’aime à imaginer en vous lisant, leur surprise, leur regard étonné se baissant sur ce prêtre, devenu soudain muet. Merci Camomille ; votre récit m’a amusée.

  18. Béatrice Dassonville dit :

    Les silences ont leur couleur, leur tempo. Il y a le silence feutré de l’église, le silence bienheureux de l’enfant qui dort, le silence recueilli de la cellule du moine, le silence angoissé de tous les couloirs où rôde la mort, le silence habité des tombes, le silence majestueux des grands lacs et des montagnes.

    Le silence est partout. Il vous tend les bras ou vous griffe l’âme. Il vient vous chercher au plus profond de vous‑même, ou érige autour de vous des murs qui vous obligent à y entrer. Le silence vous parle de cet au‑delà de vous‑même où réside votre infinitude, et de l’en‑deçà où commence votre finitude.

    Le silence est une cathédrale à ciel ouvert de sons et de lumière. Une symphonie des voix de l’invisible. Un souffle où s’étire la flamme du cierge. Le chant subitement puissant et profond de l’orgue qui creuse en vous un ciel oublié.

    • Iris79 dit :

      Votre texte me fait penser au doux et précieux silence des montagnes, merci!

      • Béatrice Dassonville dit :

        Merci Iris. Je vis actuellement en Savoie, ma région de cœur. Les montagnes m’entourent, et j’aime leur précieux silence. 🙂

    • MICHEL-DENIS ROBERT dit :

      C’est de la poésie pure qui me fait penser à Lamartine.

      • Béatrice Dassonville dit :

        Lamartine a été un de mes poètes préférés, lorsque j’étais adolescente. Il a vécu à Aix-les-Bains, dans la région dans laquelle je réside actuellement.
        Merci Michel-Denis pour votre gentil retour.

    • Jean Marc Durand dit :

      Ah la détonation de l’orgue flinguant l’intimité d’un mystère!

    • Nicolas Thebault dit :

      Dans le tumultes des médias qui nous submergent, merci de nous rappeller les multiples occasions d’écouter ce que le silence nous dit.

      • Béatrice Dassonville dit :

        Merci Nicolas. J’ai beaucoup le goût du silence, mais le silence n’est jamais tout à fait le silence. Il fait apparaître quantité de choses que nous ne voyons pas dans le tumulte qui nous entoure. 🙂

    • Gilaber dit :

      Béatrice,

      1. Structure et narration
      Le texte est descriptif et méditatif, écrit à la troisième personne implicite, mais avec une forte présence du « vous » qui engage directement le lecteur. La progression se fait du silence concret et observable à ses dimensions métaphysiques et symboliques :
      Première partie : énumération des silences concrets (« de l’église », « de l’enfant qui dort », « de tous les couloirs où rôde la mort »), mettant en évidence leur diversité.
      Deuxième partie : réflexion sur le silence comme force intérieure, capable de toucher l’âme et d’élever la conscience.
      Troisième partie : transfiguration poétique du silence, comparé à une cathédrale, une symphonie, un souffle sacré, soulignant sa puissance spirituelle et esthétique.
      Cette progression montre une montée en abstraction et en intensité émotionnelle.

      2. Style et procédés littéraires
      Énumération et accumulation : La répétition de « le silence… » crée un rythme solennel, qui souligne la multiplicité des expériences du silence et lui donne une dimension universelle.
      Personnification : Le silence « vous tend les bras ou vous griffe l’âme », lui conférant une agence et une présence vivante.
      Contrastes et oppositions : Le texte juxtapose des silences paisibles et angoissants, physiques et spirituels, mettant en valeur leur polyvalence émotionnelle.
      Figures poétiques : Métaphores filées (« cathédrale à ciel ouvert », « symphonie des voix de l’invisible », « souffle où s’étire la flamme du cierge ») créent un univers sonore et lumineux, rendant le silence tangible et majestueux.

      3. Thèmes principaux
      Le silence comme expérience sensorielle : Le texte montre que le silence n’est pas seulement l’absence de bruit, mais qu’il a des couleurs, un tempo, une densité émotionnelle et corporelle.
      Le silence comme révélateur intérieur : Il agit sur le « vous », révélant infinitude et finitude, introspection et confrontation à la mort, au sacré et au mystère.
      Le silence comme sacré et esthétique : Le texte valorise le silence comme cathédrale de lumière et de sons, capable de produire des émotions profondes et de transcender le quotidien.
      Dualité : Le silence peut être bienfaisant ou menaçant, révélateur ou oppressant, physique ou spirituel.

      4. Effet sur le lecteur
      Le texte provoque un effet contemplatif et méditatif. L’usage du « vous » engage le lecteur dans une expérience sensorielle et intérieure. Les métaphores poétiques et l’énumération donnent une dimension majestueuse et quasi mystique au silence, tout en évoquant à la fois beauté et inquiétude.

      5. Conclusion
      Ce texte est une célébration du silence, exploré à la fois comme réalité tangible et expérience métaphysique. Il allie sensibilité poétique, profondeur philosophique et intensité émotionnelle, et incite le lecteur à percevoir le silence comme un espace vivant, complexe et sacré.

      Bravo et merci !

      • Béatrice Dassonville dit :

        Cher Gilaber, j’apprécie beaucoup votre sens de l’analyse. Cependant, lorsque vous venez vers moi, parlez juste avec votre cœur.

        J’ai comme vous un intellect très fort et un puissant sens de l’analyse, n’y voyez surtout pas un reproche, mais juste une invitation à plus de spontanéité (en ce qui me concerne).

        • 🐀 Souris Verte dit :

          👍 les commentaires sont si longs qu’on ne retrouve plus les textes sur le blog. D’habitude je me régale de vos petits messages sympathiques mais là, je suis noyée ? Je m’assosie à la réponse de Camomille. 🐭

    • Nouchka dit :

      J’aime particulièrement Béatrice, le 1er paragraphe; cette évocation des différents silences est très bien choisie. Cela me parle

  19. Nicolas Thebault dit :

    Ce matin là, je laissais un message cinglant sur les réseaux sociaux, avec un dessin humoristique, comme j’aime, tout cela n’ayant qu’une importance relative. Il s’agissait d’un sujet qui faisait écho en moi. Encore un thème qu’il me faudrait aborder avec ma psy, si j’en avais une. Pourquoi une d’ailleurs, j’en toucherai deux mots à mon psy, quand j’en aurait un.

    – Pourquoi cela m’affecte-il autant ?

    Il en faut peu pour m’émouvoir, j’ai le sang chaud. Peu importe le sujet, il y en a tant qui nous divisent dans l’actualité, qu’on ne voit plus ceux qui nous rassemblent.

    Connaissant la réactivité des extrêmes sur la toile et la sensibilité de la question abordée, aprés avoir envoyé mon message, je me suis terré dans le silence, non sans une certaine lâcheté.

    En effet, j’ai dit ce que j’avais sur le coeur, c’est déjà bien, pour éviter qu’un seul point de vue s’exprime sur le sujet. Pourquoi polémiquer avec des dizaines d’inconnus qui font valoir leur point de vue sans prendre en compte vos arguments.

    Au réveil, le lendemain, il y avait 70 000 vues sur mon message, des centaines de commentaires et des dizaines de transferts. La polémique se poursuit, ailleurs, peut-être. Moi, je n’ai rien li de tout ça, trop peur d’être ébranlé par la haine ordinaire, mais heureux que mon coup de gueule ait suscité autant de réactions.

    J’ai la sensation d’avoir actionné toutes les sonettes de mes voisins, comme un gamin qui s’enfuit ensuite en courant se planquer pour écouter les réactions dans le silence

    • 🐀 Souris Verte dit :

      – Pourquoi cela m’affecte-il autant ?
      Sensibilité quand tu nous tiens ! Et c’est tant mieux s’il y a un cœur qui bat .🐀 Souris Verte

    • 🐀 Souris Verte dit :

      – Pourquoi cela m’affecte-il autant ?
      Sensibilité quand tu nous tiens ! Et c’est tant mieux s’il y a un cœur qui bat .🐀 Souris Verte

    • MICHEL-DENIS ROBERT dit :

      La relativité est différente pour chacun. Si votre message cinglant visait quelqu’un en particulier ou s’il était plus général, peu importe ! S’il était sincère, c’est l’essentiel pour vous. Peut-être aurait-il fallu décrire le message et le dessin en question ? Après s’être exprimer, il n’est pas nécessaire de culpabiliser. Surtout pas !

    • Gilaber dit :

      Nicolas,

      1. Point de vue et narration
      Le texte est écrit à la première personne, ce qui crée une intimité immédiate avec le narrateur. On accède directement à ses pensées, émotions et contradictions. L’emploi du présent de narration renforce le caractère immédiat et immersif de l’expérience : le lecteur vit en direct la publication et ses effets.
      Le récit est structuré en petits épisodes introspectifs :
      La rédaction et l’envoi du message.
      L’introspection sur la sensibilité et le besoin de conseil psychologique.
      L’observation des réactions en ligne et la peur de s’y confronter.
      Cette structure reflète la fragmentation et la rapidité des interactions sur les réseaux sociaux.

      2. Style et procédés littéraires
      Tonalité réflexive et ironique : Le narrateur oscille entre auto-dérision (« si j’en avais une », « pour éviter qu’un seul point de vue s’exprime ») et sérieux émotionnel (« Pourquoi cela m’affecte-il autant ? »).
      Parenthèses et digressions : Elles reproduisent le flux de conscience et l’auto-analyse constante de l’auteur. Cela donne au texte un rythme intime et hésitant, proche de la pensée à voix haute.
      Contrastes : Entre l’action publique (publier un message et provoquer une réaction massive) et le retrait personnel (se terrer dans le silence), le texte explore la dualité entre expression et peur, engagement et lâcheté.
      Images et métaphores : L’image finale de « gamin qui s’enfuit ensuite en courant se planquer » illustre avec humour la dynamique enfantine et universelle de provoquer puis observer sans se confronter.

      3. Thèmes principaux
      La réactivité émotionnelle : Le narrateur souligne sa sensibilité (« j’ai le sang chaud ») et son besoin de partager des opinions, ce qui reflète la dimension affective de l’engagement en ligne.
      La peur du conflit : Malgré l’envie de s’exprimer, le narrateur se retire, mettant en lumière la peur de l’agressivité et de la haine sur Internet.
      La performativité des réseaux sociaux : Le texte montre la disparité entre l’impact réel d’un message et l’expérience personnelle de l’auteur, qui reste détaché mais satisfait d’avoir suscité des réactions.
      Isolement et voyeurisme : L’idée de « se planquer pour écouter les réactions » suggère un mélange de satisfaction narcissique et de retrait prudent, une observation de la société à distance.

      4. Effets sur le lecteur
      Le texte provoque une identification immédiate, notamment pour toute personne active sur les réseaux sociaux. Il mélange humour, sincérité et malaise, tout en montrant les tensions émotionnelles liées à l’expression publique : le lecteur ressent à la fois l’agitation de la polémique et la solitude du narrateur.

      5. Conclusion
      Ce texte peut être lu comme une réflexion sur la communication moderne et la sensibilité personnelle à l’opinion publique. Il explore l’écart entre l’action en ligne et l’expérience intérieure, en soulignant l’absurdité et la complexité de l’engagement sur les réseaux sociaux. Le narrateur devient à la fois acteur et spectateur de ses propres provocations, ce qui renforce la dimension psychologique et humoristique de la narration.

      Bravo et merci !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Nicolas, j’aime beaucoup la chute de votre récit.
      Une excessive sensibilité me semble être une qualité ; évidemment, dans un monde comme le nôtre, mieux vaut ne pas trop l’exposer… et préférer le silence. 🙂

  20. Nadine de Bernardy dit :

    Ce fut brutal.
    Du jour au lendemain les téléphones se turent, le télévision cessa d’émettre ainsi que la radio, ceci sans préavis. On ne se parlait plus que par signes, aux carrefours les agents de la circulations s’époumonaient en silence dans des sifflets inutiles.
    A l’opéra les chanteurs ouvraient grand des bouches d’où aucun air ne sortait, le public applaudissait en remuant les mains. Les trains entraient en gare sans avoir été annoncé.
    Les automobilistes ne se traitaient plus de tous les noms dans les embouteillages où plus personne ne klaxonnait, mais on s’adressait, sans conviction, des doigts d’honneur d’un véhicule à l’autre.
    La vie était devenue mutique, insupportable depuis quelques mois.
    On approchait de Noël, qu’adviendrait il des cantiques, des pétards, des  » joyeux Noël » lancés à des inconnus dans la rue ?
    La presse écrite vivait son heure de gloire malgré le peu d’informations qu’elle donnait, mis à part les avis de décès et la publicité.
    Chacun s’enfermait chez soi, s’envoyant moult textos et mail. Il y eut des suicides, des divorces, la natalité grimpa en flèche.
    Puis un dimanche pluvieux et mélancolique, tout comme le silence, la rumeur reprit, s’enfla, parcouru les villes et les hameaux à la vitesse de l’éclair.
    Comment, pourquoi ?
    Le mystère ne fut jamais élucidé mais resta à jamais dans la mémoire collective.

    • 🐀 Souris Verte dit :

      Est ce le silence qui a tué le silence ?🐀

      • Nadine de Bernardy dit :

        bonjour souris verte
        je ne l’avais pas vu comme ça mais cette réflexion me parait très juste, le mal par le mal.
        Bon dimanche et merci

    • MICHEL-DENIS ROBERT dit :

      Le bruit permet de nous situer dans l’espace. Triste expérience du covid visant à traumatiser les gens en vue de leur mettre la pression. Le but ! Non avoué. Je crois que dans cette période on a atteint le summum de la suggestion sournoise et silencieuse.

    • Nicolas Thebault dit :

      Très intéressant ce monde de gestes et d’écrits mais sans parole. Cela nous rapproche du la gage des signes, explicite et poétique.

      • Nadine de Bernardy dit :

        bonjour Michel Denis
        en effet en l’écrivant j’ai revécu cette période de réclusion imposée, là ce sont les circonstances qui poussent les gens à s’isoler mais le résultat est le même en définitif.

      • Nadine de Bernardy dit :

        Nicolas bonjour
        j’ai toujours trouvé ce langage des signes, élégant et « parlant ». Mais heureusement temporaire dans ce cas du monde du silence !!!!

    • Gilaber dit :

      Nadine,

      1. Structure et narration
      Le texte se présente sous la forme d’un récit descriptif, écrit à la troisième personne, mais d’un point de vue omniscient, car il observe à la fois la société dans son ensemble et les comportements individuels. La chronologie est relativement linéaire : un événement brutal coupe soudainement tous les moyens de communication, entraînant une transformation sociale et psychologique, puis la reprise soudaine de la rumeur.
      Le texte se termine sur une question ouverte (« Comment, pourquoi ? »), laissant un mystère persistant, qui accentue le caractère surréaliste et inquiétant du récit.

      2. Style et procédés littéraires
      Brusquerie et accumulation : Le texte commence par un adverbe percutant : « Ce fut brutal ». Cela installe immédiatement un ton choquant et inattendu. L’auteur utilise l’énumération, souvent avec des verbes conjugués au présent ou au passé simple (« on ne se parlait plus que par signes… »), pour créer un effet d’accumulation et montrer l’ampleur de la transformation sociale.
      Contrastes et paradoxes : Le texte met en lumière le décalage entre les gestes et leur sens : des chanteurs ouvrent la bouche sans produire de son, le public applaudit sans bruit, les automobilistes échangent des doigts d’honneur sans conviction. Ces paradoxes renforcent la dimension absurde et inquiétante de la situation.
      Répétition et rythme : Le texte joue sur la répétition des structures (« on ne se parlait plus… », « les trains entraient… », « les automobilistes… ») pour donner un rythme hypnotique et monotone, reflétant la vie « mutique ».

      3. Thèmes et significations
      La communication et son effondrement : Le texte décrit une société qui perd toute capacité à communiquer par les moyens habituels (téléphone, radio, télévision). Cela entraîne un isolement individuel et collectif, illustré par la montée des suicides et des divorces.
      L’absurde et le surréalisme : Les situations quotidiennes deviennent incohérentes et absurdes (chants sans son, gestes sans intention), ce qui rappelle le théâtre de l’absurde. Cela montre comment le langage et le bruit sont essentiels à la vie sociale.
      Mémoire collective et mystère : La rumeur qui reprend soudainement et le mystère jamais élucidé suggèrent que la société vit sous l’influence d’événements inexplicables, et que certains phénomènes restent hors de contrôle humain.
      Ironie sociale : La natalité qui grimpe, la presse écrite en gloire malgré le peu d’informations… l’auteur semble souligner l’absurdité des comportements humains face à des situations extraordinaires.

      4. Effet sur le lecteur
      Le texte provoque un sentiment de déréalisation et d’inquiétude : le quotidien est transformé, mais le style descriptif, froid et sec, rend cette transformation crédible. L’absence d’explication et le mystère final accentuent le suspense et la réflexion sur la fragilité de la communication humaine.

      5. Conclusion
      Ce texte peut être lu comme une allégorie du silence et de l’isolement modernes, voire une critique implicite des médias et de la dépendance à la communication technologique. Par son ton absurde et son univers décalé, il évoque également la fragilité du lien social et la résilience des rumeurs et des récits dans la mémoire collective.

      Bravo et merci !

    • Béatrice Dassonville dit :

      Votre texte Nadine m’a fait immédiatement pensé à cette triste et traumatisante période que nous avons traversée, et que je n’ai même pas envie de nommer.
      Baillons sur la bouche, distanciation sociale, l’autre devenu comme danger potentiel, tout cela équivaut à ne plus communiquer.
      Le virtuel aussi – avec les écrans, le mobile, les réseaux – fait que la relation à l’autre n’a plus de chair.
      Merci pour votre texte auquel je trouve plus de sens que de mystère 🙂

  21. Nicolas Thebault dit :

    Ce matin là, je laissais un message cinglant sur les réseaux sociaux, avec un dessin humoristique, comme j’aime, tout cela n’ayant qu’une importance relative. Il s’agissait d’un sujet qui faisait écho en moi. Encore un thème qu’il me faudrait aborder avec ma psy, si j’en avais une. Pourquoi une d’ailleurs, j’en toucherai deux mots à mon psy, quand j’en aurait un.

    – Pourquoi cela m’affecte-il autant ?

    Il en faut peu pour m’émouvoir, j’ai le sang chaud. Peu importe le sujet, il y en a tant qui nous divisent dans l’actualité, qu’on ne voit plus ceux qui nous rassemblent.

    Connaissant la réactivité des extrêmes sur la toile et la sensibilité de la question abordée, aprés avoir envoyé mon message, je me suis terré dans le silence, non sans une certaine lâcheté.

    En effet, j’ai dit ce que j’avais sur le coeur, c’est déjà bien, pour éviter qu’un seul point de vue s’exprime sur le sujet. Pourquoi polémiquer avec des dizaines d’inconnus qui font valoir leur point de vue sans prendre en compte vos arguments.

    Au réveil, le lendemain, il y avait 70 000 vues sur mon message, des centaines de commentaires et des dizaines de transferts. La polémique se poursuit, ailleurs, peut-être. Moi, je n’ai rien li de tout ça, trop peur d’être ébranlé par la haine ordinaire, mais heureux que mon coup de gueule ait suscité autant de réactions.

    J’ai eu la sensation d’avoir activé toutes les sonnettes de mes voisins avant de partir en courant 😊

  22. Jean Marc Durand dit :

    Ce matin-là, comme chaque matin, j’ouvris la fenêtre, juste pour vérifier que les oiseaux vivaient encore. C’était une vieille habitude de retraité, depuis que j’avais balancé mon réveil aux encombrants, les si bien nommés. J’attendais la flûte d’un troglodyte, le roucoulement d’une tourterelle, le jacassement d’une pie. N’importe quoi possédant des ailes et me porte un peu plus haut dans le vaste quotidien embué du trop réel.

    Rien…au bout de cinq minutes, encore rien, pas une patte tendue, un bec gourmand, le froufrou d’une plume d’écriture, la phrase virevoltante d’une hirondelle programmant sa migration.

    Au bout de dix minutes, plus que rien…la grande omerta sur le vivant.

    Même les poules avaient abandonné leur caquet. Regroupées au fond du terrain, elles fixaient l’invisible sournois, l’improbable renard dessinant déjà sa gigantesque queue sur l’horizon.

    Passèrent une limace et son cousin escargot, dans leur quiéattitude.

    Et puis, la fameuse langue, celle qui lèche la glace fondante avant de dévorer le cornet pointa ses larges papilles par-dessus les clôtures, les haies. La bourrasque fracassa les brises courant d’air, les ridicules. Le grésillement des événements, comme le beurre surchauffé dans la poêle allait rapidement tout noircir.

    Je me plantais devant le miroir, pour réfléchir à deux sur l’essentiel à sauver. La réflexion fut courte. Le tambourin du feu tournait à la fanfare.

    Pour éviter de m’emmêler les crayons d’un croquis de fuite, je ne pris pas mes jambes à mon cou, plus assez souple pour ces extravagances. Je balançais mes pantoufles dans les flammes, bien fait pour leurs gueules et sautillait sur les carreaux déjà bien cuits de ma cuisine, jusqu’au patio.

    Puis marchais à pas lents, sans me retourner vers le passé encore une fois trépassé.

    Du chut à la chute, de la quiétude à l’inquiétude, j’avais une fois de plus chevauché l’embrasement d’un instant.

    Tournant le dos aux toujours trop évidentes nouveautés, j’envisageais de plus en plus sérieusement ma future vie d’ermite.

    • Nicolas Thebault dit :

      Certains se plaignent des sons de la nature. Votre joli exte me donne envie à mon tour de vérifier chaque matin que les oiseaux soient bien vivants 😊

    • Béatrice Dassonville dit :

      Merci Jean-Marc pour ce texte d’actualité, si riches en expressions originales et poétiques où se révèle à chaque fois votre signature.

      « Rien…au bout de cinq minutes, encore rien, pas une patte tendue, un bec gourmand, le froufrou d’une plume d’écriture, la phrase virevoltante d’une hirondelle programmant sa migration. »

      « Pour éviter de m’emmêler les crayons d’un croquis de fuite… »

    • Gilaber dit :

      Jean Marc,

      1. La thématique
      L’attente du vivant : Le narrateur, retraité, commence par un rituel quotidien rassurant : ouvrir la fenêtre pour s’assurer que « les oiseaux vivaient encore ». Ce geste banal se charge d’une dimension existentielle : vérifier que le monde tient encore, que la vie pulse toujours.
      Le basculement : Peu à peu, le texte glisse de l’absence inquiétante des oiseaux vers une atmosphère apocalyptique : silence du vivant, menace diffuse (renard, langue dévorante, feu).
      L’embrasement : Le feu envahit tout, transformant le quotidien domestique (pantoufles, carreaux de la cuisine) en scène de fin du monde.
      La conclusion : Le narrateur adopte une posture stoïque, presque ascétique : tourner le dos au passé, envisager l’ermitage. On sent un détachement progressif du monde, une préparation à la solitude définitive.

      2. Le style
      Un mélange de réalisme et de fantastique :
      D’un côté, les détails concrets (fenêtre, poules, pantoufles, carreaux).
      De l’autre, les images surréelles (langue géante léchant la glace du monde, feu qui tambourine à la fanfare).
      → Ce contraste crée une oscillation entre quotidien banal et vision hallucinée.
      Jeux de sonorités et de mots :
      « Du chut à la chute, de la quiétude à l’inquiétude » → goût des glissements sonores.
      « Quiéattitude » (mot-valise poétique) → mélange d’humour et de néologisme.
      « Pas une patte tendue, un bec gourmand, le froufrou d’une plume d’écriture » → inventivité sensorielle.
      Rythme varié :
      Des phrases longues, descriptives et énumératives.
      Brisées soudain par des phrases brèves (« Rien… » / « La réflexion fut courte. »).
      → Cela mime le passage brutal de la contemplation à la catastrophe.

      3. Les symboles
      Les oiseaux absents : symbole du vivant, de l’élan, de l’espérance. Leur silence inaugure la crise.
      La langue géante : image monstrueuse, à la fois grotesque et inquiétante, qui renverse l’image familière de l’enfant léchant une glace. Ici, c’est le monde qui est englouti.
      Le feu : métaphore de l’effondrement, mais aussi de la purification. Le narrateur se détache de ses objets (pantoufles jetées au feu).
      Le miroir : lieu d’introspection. Le narrateur réfléchit « à deux » : lui et son reflet, son double.
      L’ermite : figure de retrait du monde, ultime refuge face à la destruction et au bruit des « nouveautés ».

      4. Interprétation globale
      On peut lire ce texte comme :
      Une parabole sur la fin du monde : l’effondrement écologique (disparition des oiseaux, feu dévorant).
      Un récit intérieur : le passage d’un retraité vers un détachement radical, où le monde extérieur devient secondaire face à une forme de sagesse ultime.
      Une oscillation entre humour et tragique : le narrateur garde une ironie légère (les pantoufles sacrifiées « bien fait pour leurs gueules »), ce qui empêche le texte de sombrer dans le désespoir pur.

      En somme, votre texte joue sur le contraste : le banal du quotidien contre le surgissement du cataclysme, l’ironie légère contre la gravité des images, l’attente du vivant contre l’omerta du silence. Il trace un chemin vers le retrait, vers l’ermitage, comme si l’embrasement extérieur avait révélé la nécessité d’une solitude intérieure.

      Bravo et merci !

  23. iris79 dit :

    Racontez comment un grand silence fit grand bruit
    Quand j’ouvrais les yeux, je compris tout de suite que quelque chose n’allait pas. Un silence inhabituel que je n’arrivais pas à qualifier enveloppait la pièce. Je ne sais pas pourquoi mais me vient de façon urgente la nécessité de le nommer, de le catégoriser. C’était quoi ce silence ? Pourquoi les oiseaux ne chantaient plus, pourquoi la radio ne me berçait plus, pourquoi ce murmure lointain des gens qui s’étaient levés bien avant moi ne me tirait pas du lit ? Pourquoi cette douce odeur de cuisine ne passait plus sous la porte ? Pourquoi les rayons du soleil ne perçaient pas dans la chambre éclairant le rouge éclatant de l’édredon repoussé au bout du lit ?
    Parce que je n’étais pas dans la chambre où je croyais être.
    Celle de la maison de mes grands-parents au cœur d’un été doux et insouciant de l’enfance.
    Oui, allez, réveille-toi. Plus aucune des voix, plus aucun des bruits n’existent. La maison s’est tue même si elle est toujours habitée. Par d’autres. Tu le sais. Ça fait déjà des années. Ses murs blancs ne réfléchissent plus la lumière, la petite cour pleine de plantes vertes n’est plus qu’une entrée sans âme. Le carrelage a remplacé la cheminée, les fleurs du jardin ont disparu.
    Ce matin, au réveil, ce silence mord mon âme. Cette nuit m’a ramenée dans cet Eden à la faveur d’un songe. La dure réalité attachée à ce silence matinal m’arrache des sanglots sur ce qui a été et ne sera plus.

    • Béatrice Dassonville dit :

      Merci Iris pour ce texte sensible.

    • Gilaber dit :

      iris79,

      Votre texte se prête très bien à une analyse littéraire, car il articule une émotion intime (la perte, la nostalgie) à travers une construction narrative qui joue sur le silence comme révélateur :

      1. La thématique
      Le silence comme signal d’alerte : Dès l’ouverture, le narrateur comprend qu’« quelque chose n’allait pas ». Le silence n’est pas apaisant mais inquiétant, presque hostile.
      La perte des repères : Les bruits quotidiens (oiseaux, radio, voix, odeurs, lumière) structurent la mémoire et l’identité. Leur absence révèle que le narrateur n’est pas « dans la chambre où [il] croyait être ».
      La nostalgie : Le silence devient le révélateur d’une rupture temporelle : retour rêvé à la maison des grands-parents, puis constat brutal qu’elle a changé, qu’elle n’appartient plus au passé insouciant mais à d’autres vies.
      Le deuil : Ce silence symbolise la perte irréversible — de l’enfance, des êtres, du lieu familier.

      2. La construction du texte
      Effet de bascule :
      Première partie : interrogation répétée (« pourquoi… pourquoi… pourquoi… ») → création d’une tension.
      Rupture : « Parce que je n’étais pas dans la chambre où je croyais être. » → phrase pivot, qui brise l’illusion.
      Passage du rêve à la réalité :
      Le souvenir idyllique de la maison des grands-parents (« un été doux et insouciant ») s’oppose au constat du présent (« carrelage », « entrée sans âme »).
      Le texte oscille entre évocation lumineuse et constat mélancolique.
      Clôture : La dernière phrase est forte : « Ce matin, au réveil, ce silence mord mon âme. » Elle transforme le silence en agresseur, incarnation de la perte.

      3. Les procédés stylistiques

      Accumulation d’images manquantes : « les oiseaux », « la radio », « le murmure », « l’odeur de cuisine », « les rayons du soleil » → le silence est défini par tout ce qui n’est plus.
      Usage du présent : donne un caractère immédiat, vécu.

      Métaphores :
      « Le silence mord mon âme » : le silence n’est pas vide, il a une puissance destructrice.
      « La maison s’est tue » : personnification qui lie l’espace au souvenir des voix disparues.
      Contraste lexical : douceur passée (« Eden », « été doux », « insouciant ») vs dureté présente (« arrache », « mord », « sans âme »).

      4. Le symbolisme
      La maison des grands-parents : métaphore du paradis perdu, de l’innocence de l’enfance.
      Le silence : métaphore de la mort, du passage du temps, de l’absence. Mais aussi du réveil brutal de la conscience face à ce qui ne reviendra pas.
      Le rêve : seul lieu où le passé continue d’exister, mais qui se brise au réveil.

      5. Interprétation globale
      Ce texte illustre parfaitement l’idée du sujet « Racontez comment un grand silence fit grand bruit » :
      Le silence est grand car il engloutit tout.
      Il fait grand bruit dans l’âme, car il confronte le narrateur à l’irréversibilité du temps.
      Le récit n’est donc pas seulement une anecdote intime, mais une méditation sur la mémoire, le deuil et la nostalgie : le silence du présent fait résonner le vacarme des souvenirs et la douleur de ce qui a disparu.

      Bravo et merci !

      • Iris79 dit :

        C est moi qui vous remercie. Infiniment🙏. Je suis très touchée par votre démarche. Vraiment.
        Merci pour ce travail éclairant et généreux.

        Bonne semaine

  24. 🐻 Luron’Ours dit :

    UN SILENCE D’OR
    Ça , je ne suis pas prêt de l’oublier le silence qui suivit cette annonce, juste à la fin du repas. Déjà que ça avait été chaud entre l’oncle Enrest et le Léon à propos du tracteur, de la moisson, de la récolte en générale qui n’était ou ne sera pas… heureusement y a eu la Louise qui avait calmé tout le monde avec le réchauffement climatique … au moins de ça, on n’était pas responsable… encore que d’aucuns essayaient bien de nous faire porter le chapeau ! C’est vrai ça ! Qu’est ce qu’on y peut si les vaches pètent je vous le demande ? Toujours est-il qu’Ernest à profité de l’accalmie pour annoncer d’un petit sourire en coin et en se frottant le bidon de satisfaction qu’il en avait quatre qui allaient mettre bas… Ça avait imposé un certain silence. Les uns l’enviaient en comptant déjà combien il allait lui en tomber dans l’escarcelle, les autres comptaient le cheptel… et chacun sait qu’à la campagne on se réjouit du bonheur des autres dans un silence qui en dit long.
    Il fut troué par la petite voix de Lucette, la petite dernière qui de sa voix fluette annonça doucement qu’elle aussi attendait un petit…
    Ce ne fut pas le même silence qui s’abattit sur la tablée, celui-là était épais, pesant, on n’osait plus se regarder, le nez baissé sur son assiette vide… presque on attendait la suite. L’Ernest se leva, blanc, la tête baissée, le regard sombre et fuyant jusqu’à ce que Louise arrive avec la gnôle
    – Ben tu leur a pas tout dit ma Luce ?
    – Je m’marie ! Avec François le fils du maire. Il fera notaire dans deux ans.
    Après quelques exclamations de joie à la perspective de la noce, on entendit le petit clapement de la langue, petit bruit d’approbation certes… mais pas que ! Elle est maline cette Lucette, elle est bien comme sa mère va, elle a toujours su se placer ! Enfin…Encore une qui a mis la charrue avant les « beux »!..🐭

    • Nicolas Thebault dit :

      Bravo pour ce silence qui en dit long et spécialement quand on se réjouit pour les.autres, simplement, sans grandes effusions, à la campagne.

    • Gilaber dit :

      Luron’Ours

      Votre texte joue beaucoup sur la dramaturgie du silence et la façon dont il structure la scène familiale. Voici une analyse détaillée :

      1. La thématique
      Le repas de famille : cadre classique où se révèlent tensions, jalousies, rivalités. Ici, la table devient théâtre.
      Les silences successifs :
      Le premier silence : lié à l’annonce d’Ernest (« quatre qui allaient mettre bas »). C’est un silence d’envie et de calcul, presque un silence d’admiration jalouse.
      Le second silence : lié à l’annonce de Lucette (« elle aussi attendait un petit »). Mais cette fois, le silence est lourd, pesant, marqué par la gêne et la stupeur.
      La révélation finale : le malaise est déjoué par l’annonce du mariage et de l’ascension sociale (notaire, fils du maire). Le silence se brise alors, mais laisse une pointe d’amertume et d’ironie (« Elle a toujours su se placer »).

      2. La construction du récit
      Une gradation dramatique :
      Conflit banal et bruyant (tracteur, moisson).
      Silence admiratif/envieux après l’annonce d’Ernest.
      Silence dramatique, pesant, après l’annonce de Lucette.
      Explosion finale avec l’annonce du mariage → retour au bruit, mais teinté de sous-entendus.
      Alternance entre collectif et individuel :
      La tablée est décrite dans ses réactions collectives (jalousie, gêne, silence partagé).
      Puis l’attention se focalise sur les figures clés : Ernest, Lucette, Louise.

      3. Les procédés stylistiques
      Oralité marquée :
      Syntaxe proche du parler (« Ça, je ne suis pas prêt de l’oublier » ; « Qu’est-ce qu’on y peut si les vaches pètent »).
      Expressions populaires et images rurales (« mettre la charrue avant les “beux” », « se frotter le bidon »).
      Interjections et commentaires du narrateur (« enfin… », « c’est vrai ça ! »).
      Humour et ironie :
      Déplacement entre le trivial (les pets des vaches, les cheptels) et le sérieux (grossesse, mariage).
      L’ironie finale sur Lucette et sa “malice” donne un ton caustique, presque villageois.
      Les silences comme ponctuation :
      Le texte est rythmé par deux moments de mutisme collectif. Chaque silence marque un changement de ton et de tension.

      4. Les symboles
      La table familiale : lieu des vérités qui éclatent, mais aussi de la hiérarchie sociale et des jalousies.
      Les animaux (vaches, “beux”) : omniprésents, ils rappellent que la vie rurale et ses codes sont le cadre du récit. La fécondité du troupeau se reflète dans la fécondité de Lucette, mais avec des implications sociales différentes.
      La gnôle : élément libérateur, marque de la tradition paysanne, qui aide à “faire passer” les révélations.

      5. Interprétation globale
      Ce texte illustre bien l’expression « un silence d’or » :
      Le premier silence traduit l’envie muette : on ne commente pas, mais chacun pense à sa part.
      Le second silence traduit la stupeur et la honte : le non-dit est plus bruyant que des paroles.
      Ces silences deviennent des révélateurs de la dynamique familiale : jalousie, hypocrisie, calculs, mais aussi une certaine tendresse moqueuse pour cette communauté rurale.
      Ce qui fait la richesse du texte, c’est que les silences parlent plus fort que les mots. Le narrateur restitue leur épaisseur et leur ambiguïté, en les entourant d’humour et de détails de terroir.

      Bravo et merci !

  25. Alain Granger dit :

    Un homme politique français arrêté à New York dans un Sofitel. Tel était l’élément déclencheur du grand bruit. Un futur président de la France sur le banc des accusés pour abus sexuel. La nouvelle fit du vacarme aussi bien dans les médias, les partis politiques que dans les foyers français. Etait-ce la première fois que cet homme agissait ainsi ? Point du tout. Des témoignages affluèrent. Le tapage médiatique tapa sur les secrets des alcôves politiques, journalistiques et même judicaires. Les mots feutrés se criaient désormais. En sont temps, d’aucun avait étouffé l’audition de ces témoignages , l’écho en avait été absorbé par la mélodie du pragmatisme politique. Les cercles d’influences avaient agi pour que des condamnations ne tombent pas et pour que la rumeur ne se repende pas. Il vaut mieux que la rue meurt sans savoir. En politique le silence est d’or tandis que la vérité dort. « L’acte de DSK était un accident. Il avait bu ce soir là et ne recommencerait surement pas ».

    Mais le scandale éclata : tout le monde savait. On avait savonnée la planche de la vérité. Intérêt politique oblige. L’aura d’un homme de son importance ne pouvait être fissurée par affabulation de femmes en « mâle » de célébrité. Le silence était coupable. Un silence inaudible pour beaucoup. A mesure qu’une femme caressée, violée, abusée, manipulée, contrainte dans son corps et au silence, finissait par dire « Moi aussi », moi aussi j’ai subi. Ce « moi aussi » se transforma en « MeToo », un courant que rien n’arrêterait plus. Tous et toutes furent au courant du grand scandale. Les politiques durent parler, concéder, avouer, s’excuser. Le hurlement de ce silence coupable contribua à la chute du parti socialiste. N’ayant pas avoué au moment opportun, il fut désavoué aux élections suivantes.

    • Nicolas Thebault dit :

      J’aime la mise en lumière du silence des femmes, trop longtemps muselées et dont la parole se libère par un consensuel et tonitruant « metoo ».qui change tout.

    • Gilaber dit :

      Alain,

      Votre texte met en scène un exemple concret et historique (l’affaire Strauss-Kahn au Sofitel en 2011) pour illustrer le thème d’un silence qui finit par faire grand bruit. Voici une analyse approfondie :

      1. La thématique
      Le scandale politique et sexuel : l’arrestation d’un homme promis aux plus hautes fonctions, symbole de puissance, est l’élément déclencheur.
      Le silence coupable : le texte insiste sur le fait que ce n’était pas « la première fois », que des témoignages existaient mais avaient été étouffés. Les cercles d’influence avaient protégé l’homme et bâillonné les victimes.

      La révélation collective : quand les femmes commencent à parler, le silence se retourne en vacarme. Le « Moi aussi » devient un mouvement mondial (« MeToo »).
      La chute politique : le scandale entraîne non seulement la disgrâce individuelle mais aussi le déclin d’un parti politique entier.

      2. La construction
      Un récit chronologique :
      L’événement déclencheur (l’arrestation à New York).
      Le rappel du passé occulté (témoignages étouffés, pragmatisme politique)
      Le basculement (les femmes parlent, le mouvement MeToo).
      La conséquence politique (effondrement du parti).
      Une montée dramatique : le silence initial devient progressivement un vacarme planétaire.

      3. Les procédés stylistique
      Opposition silence / bruit :
      « En politique le silence est d’or tandis que la vérité dort » → formule frappante, quasi aphoristique.
      « Le hurlement de ce silence coupable » → oxymore puissant : le silence finit par crier.
      Lexique sonore : « vacarme », « tapage », « criés », « écho », « hurlement ». Le champ lexical du bruit structure le texte.
      Ironie et dénonciation :
      « accident », « il avait bu » → euphémismes grotesques qui soulignent la complaisance de l’entourage.
      « On avait savonnée la planche de la vérité » → métaphore qui rend visible la manipulation.
      Intertextualité militante : intégration du slogan « MeToo », transformant le témoignage individuel en cri collectif.

      4. Le symbolisme
      Le Sofitel de New York : point de rupture, lieu presque mythifié où le silence commence à se fissurer.
      La vérité étouffée : assimilée à une victime muselée, contrainte au silence.
      Le « Moi aussi » → « MeToo » : passage de l’intime au collectif, de la parole individuelle au mouvement historique.
      Le silence coupable : non seulement celui des agresseurs, mais aussi celui des institutions, des médias et des partis.

      5. Interprétation globale
      Ton texte illustre de manière claire le sujet : un grand silence fit grand bruit.
      Au départ, le silence protège un homme puissant et enterre des victimes.
      Mais ce silence devient intenable, il éclate et se transforme en scandale retentissant.
      Le vacarme final est double : médiatique (MeToo, déferlement de témoignages) et politique (affaiblissement durable d’un parti).
      Le texte prend donc la forme d’une chronique politico-sociale, où le silence n’est pas neutre mais actif, complice et destructeur.

      Votre récit navigue entre témoignage journalistique (événement factuel, analyse politique) et réflexion morale (silence coupable, vérité différée).

      Bravo et merci !

  26. Antonio dit :

    Le silence, ce matin-là. Même les oiseaux s’étaient tus. Il y eut la première secousse. Celle du téléphone portable de ma sœur qui me fit à peine sursauter. Elle rentra avec dans la maison et le silence poursuivit notre conversation. On se réjouissait de cette douceur enfin, après cette longue semaine de canicule, le vent nous caressait sur la pointe des pieds tandis que le soleil promenait ses rayons sans qu’ils n’aboient, ni ne mordent personne. Puis il y eut la seconde secousse. Trois mots comme trois détonations.

    « C’est Marie-Pierre ! »

    Un visage en pleurs restait figé devant moi. Celui de ma sœur. Un immense silence envahit la terrasse. J’étais pris dedans, incapable de prononcer un mot. Ma sœur rentra de nouveau. Je restai seul avec ce grand silence. Le soleil se cacha derrière un nuage qui voulait gronder en orage, mais n’y parvenait pas. Comme moi. J’aurais voulu me débattre, crier, hurler. Marie-Pierre s’en était allée. C’était donc vrai. Comment cela pouvait-il arriver ? Maintenant. Je devais la voir demain ou après-demain. Mes pensées hurlaient à l’intérieur de moi mais le grand silence les contenait, de ses grands bras. Un hoquet sembla soulever cette lourde cocotte-minute dans laquelle bouillaient mon infinie tristesse et les premiers hoquets qui remontaient à la gorge. Une houle gigantesque les charria et se transforma en un tsunami de sanglots intérieurs assourdissant qui ravagea tout sur son passage, mon cœur, mes yeux, ma vie d’avant, celle avec Marie-Pierre et tous nos amis. Tout semblait se fracasser contre une réalité impossible à accepter. Le grand silence venait de céder sous la pression du malheur trop forte. Je réalisais, je me mis à sangloter, comme un tuyau bouché qui ouvrait un passage étroit à cette inarrêtable tristesse fluide. C’était moche, ce n’était pas du cinéma. Comme une urgence, je pleurais à grand bruit désormais.

    Ce 17 août 2025, une amie de 35 ans est partie. Je lui dédie cet exercice, comme il tombe, comme il m’est venu, comme elle s’en est allée. Rip Marie-Pierre, je t’aimais et continuerai de t’aimer.

    • iris79 dit :

      Toutes mes condoléances Antonio. Merci pour ce texte. L’écriture est toujours un bon exutoire…Elle peut faire « vivre » indéfiniment ceux qu’on aime d’une autre façon…

    • Jean Marc Durand dit :

      Amicalement, avec la bonne musique pour essorer ta douleur du moment!

    • Antonio dit :

      Merci. Oui, l’écriture et la bonne musique sont de précieux exutoires. 🙏

    • Nicolas Thebault dit :

      C’est un silence bien universel, celui qui suit l’annonce d’une perte humaine. Cele ne nous empêche pas de faire vivre l’être toujours aimé en parlant de notre lien, encore et encore.

    • Béatrice Dassonville dit :

      Merci pour ce texte émouvant Antonio.
      Le deuil est souvent un coup de tonnerre qui déchire le silence. Met nos cœurs à nu, et notre âme à genoux.

    • 🐀 Souris Verte dit :

      Cher Antonio pour m’associer a votre peine j’écoute le quintet avec deux violocelles de Schubert et le sublime quintet avec piano de Robert Shumann… eux savent parler à un cœur en peine. 🐁

    • Gilaber dit :

      Antonio,

      Votre texte est d’une intensité brute et bouleversante, parce qu’il se situe à la frontière entre l’écriture littéraire et le témoignage intime. Il prend la forme d’un hommage spontané, presque arraché au chagrin, et c’est précisément cette authenticité qui lui donne sa force. Voici une analyse détaillée :

      1. La thématique
      Le silence : dès le début, il s’impose comme atmosphère dominante. Silence de la nature (« même les oiseaux s’étaient tus »), silence intérieur, silence du deuil. Mais ce silence finit par céder sous la pression des émotions.
      La secousse : le texte est structuré par deux secousses :
      La première, banale, du téléphone.
      La seconde, fatale, celle des « trois mots comme trois détonations » : « C’est Marie-Pierre ! ».
      Le choc de l’annonce : le texte traduit l’instant précis où une nouvelle irréversible bascule une existence.
      Le passage du silence au cri : d’abord sidération muette, puis débordement de sanglots : la douleur se déverse enfin.

      2. La construction
      Un crescendo dramatique :
      Atmosphère douce et calme après la canicule.
      L’annonce brutale.
      La sidération silencieuse.
      L’explosion des larmes.
      Une alternance entre extérieur et intérieur :
      Le paysage accompagne le narrateur (« soleil », « nuage », « orage » qui n’éclate pas).
      Les métaphores du corps (hoquet, cocotte-minute, tsunami) rendent visible l’expérience intérieure.
      Clôture : l’hommage explicite, daté, à Marie-Pierre. L’exercice devient alors acte de mémoire.

      3. Les procédés stylistiques
      Métaphores fortes :
      « Cocotte-minute », « tsunami de sanglots », « tuyau bouché » → images concrètes pour dire l’indicible.
      « Le silence les contenait, de ses grands bras » → personnification touchante.
      Champ lexical du bruit / silence : omniprésent. Le texte est rythmé par l’opposition entre mutisme et vacarme intérieur.
      Ton oral et spontané : « C’était moche, ce n’était pas du cinéma » → refus de la mise en scène, affirmation de la vérité nue du deuil.
      Rupture finale : passage du récit à l’adresse directe (« Rip Marie-Pierre, je t’aimais… »), qui brise la distance littéraire et plonge dans l’intime.

      4. Le symbolisme
      Les secousses : métaphore du tremblement de terre émotionnel que représente l’annonce d’un décès.
      Le silence : métaphore de la sidération, de l’impossible acceptation, mais aussi de l’instant suspendu où la vie se brise.
      Le cri final : métaphore de la vérité du deuil, qui finit toujours par déborder malgré soi.

      5. Interprétation globale
      Votre texte est une élégie moderne : il raconte le passage brutal de la vie ordinaire à la perte irréversible, à travers l’expérience intime du narrateur. Le silence est à la fois le symptôme de la stupeur et le creuset où mûrit le vacarme des larmes.

      L’effet est double :
      Littérairement, tu réussis à transcrire l’instant du basculement, ce moment où l’on ne sait pas encore comment vivre « après ».
      Humainement, tu transformes la douleur en geste d’hommage : écrire devient une manière de garder vivante la présence de Marie-Pierre.

      Bravo et merci !

  27. Alain Granger dit :

    Un homme politique français arrêté à New York dans un Sofitel. Tel était l’élément déclencheur du grand bruit. Un futur président de la France sur le banc des accusés pour abut sexuel. La nouvelle fit du vacarme aussi bien dans les médias, les partis politiques que dans les foyers français. Etait-ce la première fois que cet homme agissait ainsi ? Point du tout. Des témoignages affluèrent. Le tapage médiatique tapa sur les secrets des alcôves politiques, journalistiques et même judicaires. Les mots feutrés se criaient désormais. En sont temps, d’aucun avait étouffé l’audition de ces témoignage , l’écho en avait été absorbé par la mélodie du pragmatisme politique. Les cercles d’influences avaient agi pour que des condamnations ne tombent pas et pour que la rumeur ne se repende pas. Il vaut mieux que la rue meurt sans savoir. En politique le silence est d’or tandis que la vérité dort. « L’acte de DSK était un accident. Il avait bu ce soir là et ne recommencerait surement pas ».

    Mais le scandale éclata : tout le monde savait. On avait savonnée la planche de la vérité. Intérêt politique oblige. L’aura d’un homme de son importance ne pouvait être fissurée par affabulation de femmes en « mâle » de célébrité. Le silence était coupable. Un silence inaudible pour beaucoup. A mesure qu’une femme caressée, violée, abusée, manipulée, contrainte dans son corps et au silence, finissait par dire « Moi aussi », moi aussi j’ai subi. Ce « moi aussi » se transforma en « MeToo », un courant que rien n’arrêterait plus. Tous et toutes furent au courant du grand scandale. Les politiques durent parler, concéder, avouer, s’excuser. Le hurlement de ce silence coupable contribua à la chute du parti socialiste. N’ayant pas avoué au moment opportun, il fut désavoué aux éléctions suivantes.

  28. 🐀 Souris Verte dit :

    UN SILENCE D’OR
    Ça , je ne suis pas prêt de l’oublier le silence qui suivit cette annonce, juste à la fin du repas. Déjà que ça avait été chaud entre l’oncle Enrest et le Léon à propos du tracteur, de la moisson, de la récolte en générale qui n’était ou ne sera pas… heureusement y a eu la Louise qui avait calmé tout le monde avec le réchauffement climatique … au moins de ça, on n’était pas responsable… encore que d’aucuns essayaient bien de nous faire porter le chapeau ! C’est vrai ça ! Qu’est ce qu’on y peut si les vaches pètent je vous le demande ? Toujours est-il qu’Ernest à profité de l’accalmie pour annoncer d’un petit sourire en coin et en se frottant le bidon de satisfaction qu’il en avait quatre qui allaient mettre bas… Ça avait imposé un certain silence. Les uns l’enviaient en comptant déjà combien il allait lui en tomber dans l’escarcelle, les autres comptaient le cheptel… et chacun sait qu’à la campagne on se réjouit du bonheur des autres dans un silence qui en dit long.
    Il fut troué par la petite voix de Lucette, la petite dernière qui de sa voix fluette annonça doucement qu’elle aussi attendait un petit…
    Ce ne fut pas le même silence qui s’abattit sur la tablée, celui-là était épais, pesant, on n’osait plus se regarder, le nez baissé sur son assiette vide… presque on attendait la suite. L’Ernest se leva, blanc, la tête baissée, le regard sombre et fuyant jusqu’à ce que Louise arrive avec la gnôle
    – Ben tu leur a pas tout dit ma Luce ?
    – Je m’marie ! Avec François le fils du maire. Il fera notaire dans deux ans.
    Après quelques exclamations de joie à la perspective de la noce, on entendit le petit clapement de la langue, petit bruit d’approbation certes… mais pas que ! Elle est maline cette Lucette, elle est bien comme sa mère va, elle a toujours su se placer ! Enfin…Encore une qui a mis la charrue avant les « beux »!..🐭

    • Béatrice Dassonville dit :

      Moissons et récoltes, augmentation du cheptel,escarcelle bien remplie, naissances, noce… un texte qui flaire bon l’abondance. Merci Souris verte. 😀

    • Gilaber dit :

      Souris Verte : Votre texte repose sur une mise en scène très vivante d’un repas de famille campagnard, où l’humour, l’oralité et surtout le rôle des silences construisent toute la dramaturgie :

      1. La thématique
      Le repas familial comme théâtre : on y retrouve les tensions (dispute entre Ernest et Léon), les médiations (Louise qui calme le jeu), les annonces importantes, et surtout les jugements implicites de la communauté.
      Le silence : il apparaît sous deux formes :
      Le premier silence : admiratif/envieux, après l’annonce des mises bas.
      Le second silence : pesant, presque accusateur, après l’annonce de la grossesse de Lucette.
      La révélation finale : le malaise est désamorcé par l’annonce du mariage, qui restaure l’honneur, la respectabilité et promet même une ascension sociale (notaire, fils du maire).

      2. La construction du récit
      Un rythme en trois temps :
      L’échauffement : dispute agricole et climatique → ambiance bruyante.
      L’annonce d’Ernest → premier silence collectif.
      L’annonce de Lucette → silence lourd, puis dénouement joyeux.
      Ce crescendo dramatique est parfaitement construit : le texte joue sur l’attente, la tension, puis la libération finale teintée d’ironie.

      3. Les procédés stylistiques
      Oralité :
      Syntaxe proche du langage parlé (« Ça, je ne suis pas prêt de l’oublier », « qu’est-ce qu’on y peut si les vaches pètent »).
      Interjections et apartés du narrateur (« enfin… », « je vous le demande »).
      Humour et ironie :
      Mélange du trivial et du sérieux (comparaison entre la fécondité des vaches et celle de Lucette).
      La formule finale (« Encore une qui a mis la charrue avant les “beux” ») ancre le récit dans un registre populaire, ironique et complice.
      Silence comme révélateur :
      Premier silence = admiration jalouse, non dite.
      Second silence = sidération, honte, non-dit collectif.
      L’oralité rustique et l’humour permettent de faire passer la gravité du sujet (grossesse hors mariage).

      4. Le symbolisme
      Le troupeau vs l’enfant : mise en parallèle ironique entre l’annonce des naissances animales (source de richesse) et celle d’une naissance humaine (source de scandale social).
      Le silence : marque les codes implicites de la communauté rurale, où tout le monde sait mais personne n’ose dire.
      Le mariage : solution de rattrapage qui sauve l’honneur et restaure la place de Lucette dans le groupe.

      5. Interprétation globale
      Le texte illustre parfaitement le titre Un silence d’or :
      L’or du premier silence est celui de l’envie et de l’admiration face à la prospérité d’Ernest.
      Mais l’or du second silence est ambigu : lourd de jugements, pesant d’une morale collective, avant de se transformer en soulagement grâce à l’annonce du mariage.
      C’est donc à la fois une satire sociale rurale et une petite comédie humaine, où le silence dit plus que les mots et où le groupe se révèle par ses réactions muettes.

      Bravo pour ce magnifique texte !

      • 🐀 Souris Verte dit :

        Merci merci Gilaber pour l’analyse de mon petit texte. Ca m’a fait voir qu’il était publié deux fois sur le blog.
        Je suis surprise que vous vous soyez donné le mal de l’analyser les deux fois. Très pertinemment du reste. Encore merci vous avez bien mérité de vous reposer. La bonne nuit ami de plume

  29. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    C’est une superbe idée ! Bon repos Pascal !

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