Exercice inédit d’écriture créative 68

Il se sentait mal.
Le docteur ordonna une prise de sang.
Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute.
Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes…

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9 Responses

  1. Clémence dit :

    68. Il se sentait mal. Le docteur ordonna une prise de sang. Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute. Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes…

    La journée d’Hubert avait été épouvantable.
    Son réveil n’avait pas sonné. Se précipitant à la salle de bain, il râla une seconde fois… plus de dentifrice et encore moins de mousse à raser. L’eau était glaciale.
    Il avala un café bien serré, prit ses clés de voiture. Celle-ci refusa de démarrer.
    Il se résigna à prendre les transports en commun. Il arriva bien sûr en retard au bureau, il eut certes droit à une remarque acide distillée par son chef.
    Rien ne se passa normalement, tout allait de travers.
    Il donna un dernier coup de téléphone. Un sourire discret remplaça sa moue pour quelques secondes.

    Les nerfs à vif, il vitupérait de tout son soûl…
    «  A quoi donc cela sert-il que je me donne à fond tous les jours ouvrables pour que le seul où j’ai un pépin, le boss me tombe dessus… »

    Il rentra tard chez lui, le temps de déposer son ordinateur. Il se rendit à pied chez sa psy.

    Elle l’accueillit et l’invita à prendre place.
    Il lui fallut plus d’un quart d’heure avant de desserrer les dents. Mais quand il prit la parole, il ne s’arrêta plus.

    Rien n’était épargné, tout était évoqué, expliqué, commenté….
    Sa femme, jalouse et jamais contente.
    Ses ados, déjantés et exigeant toujours plus.
    Sa mère qui ne cessait de se plaindre.
    Sa belle-mère qui avait toujours son grain de sel à jeter dans les engrenages de la famille.
    – Et dire que je me saigne aux quatre veines pour aller au devant de leurs envies et plaisirs….

    – Nous en resterons là pour aujourd’hui, voulez-vous ?

    Hubert rentra chez lui. La techno lui fracassa les tympans. Il lut un billet griffonné à la hâte. Sa femme ne rentrerait pas ce soir. Il alla se coucher, l’humeur noire.

    La journée du lendemain se ressembla en rien à la précédente, mais elle fut tout aussi désagréable à vivre. Il se cassa une dent et renversa son café. Il faillit oublier son ordinateur. Une différence de taille : le réveil avait sonné à la bonne heure et la voiture avait bien voulu démarrer. En revanche, les embouteillages s’étaient succédé. Mieux, ils ne s’étaient pas interrompus !

    La journée de travail fut classée orange. Mieux que la veille, classée noire !

    Il avait hâte de retourner chez sa psy. Au cours des séances qui suivirent, il en déballa des affaires !

    Tout ce qu’il avait sur le cœur, le trop plein qui lui cassait le dos, l’os qui lui restait dans la gorge, les propos qu’il ne digérait pas , les contraintes qui l’étranglaient, les soucis qui l’épuisaient, les sangsues qui le pompaient, le vidaient de son sang et de son énergie. Sans parler de l’ingratitude. Tout était devenu un dû. Il en blêmissait de colère et de désespoir.

    Il engrena une longue litanie  dont chacune des stances commençait par : il faut, je dois, c’est impératif, jamais, toujours…

    Après plusieurs séance de « vide-sac », sa psy lui dit :
    – Je vous ai bien entendu, néanmoins, je vous pose une question. Je ne vous demande pas de me répondre, mais de chercher une réponse.
    – Heu…. Oui ?
    – Qui donc vous a demandé de vous saigner ainsi ? Qui vous a fixé ces impératifs ?
    – Mmmmm, mais quand nous reverrons-nous ?
    – Dès que vous fait la prise de sang que je vous prescris. Nous recevrons simultanément les résultats. Vous me téléphonerez, nous fixerons un nouveau rendez-vous.

    Hubert paya, remercia et sortit. Il fit une longue promenade, le cœur et l’esprit taraudés par ces deux questions d’apparence anodine…

    Il fit faire la prise de sang. Les résultats étaient stupéfiants ! Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes.Affolé, il prit rendez-vous avec sa psy.

    Il avait à peine stoppé l’appel que des images de son enfance envahirent ses pensées. Il revoyait son grand-père Augustin, dit, le Sage, homme tranquille et silencieux. Mais lorsqu’il parlait, c’était des paroles emplies de sagesse et de bienveillance. Et sa grand-mère Yvonne, malicieuse mais d’une humeur agréable constante, même si ses rhumatismes ou un chagrin la taraudaient…

    Hubert se dit qu’à doses homéopathiques, il arriverait à….à ….. à faire le grand saut. Mais la peur s’était sournoisement invitée.

    Il consulta sa psy. Ils convinrent que c’était la dernière fois.

    Le soir, la psy rentra chez elle, enleva son tailleur, passa une robe légère et noua ses cheveux. Elle se passa la langue avec gourmandise sur les lèvres. Elle enfila une paire de gants roses et empoigna une chiffonnette. Elle s’appliqua, avec un plaisir incontestable à épousseter tous les meubles.

    Dès le lendemain, l’épouse d’Hubert ainsi les enfants s’étonnèrent, s’émerveillèrent, puis, finalement, se réjouirent !

    Leur vie semblait tout à coup si belle, si joyeuse et si simple!

    Aux proches, qui s’étonnaient de cette métamorphose, Hubert répondait sentencieusement. Le rouge aux joues souligné d’un franc sourire il concluait :

    – Ah, mes amis, le bonheur c’est de désirer ce que l’on a déjà….

  2. Sabine dit :

    Il se sentait mal. Le docteur ordonna une prise de sang. Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute. Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes…
    Le pauvre poulet déprimait, il n’y avait pas de doute. Comment faire autrement ? Vivre dans un hangar parmi des milliers de congénères, sans une plume sur le dos, ne picorant que du maïs trafiqué, ne buvant que de l’eau additionnée d’antibiotiques. Jamais vu un carré d’herbe, un rayon de soleil.
    « Autant rester un œuf, dit-il au docteur. Un œuf au cœur bien jaune, qui finira en omelette baveuse. Ou qui entrera dans un gâteau au chocolat qui fait saliver dès la sortie du four… »
    Le docteur eut pitié. Il emporta le poulet et le laissa vivre dans son jardin. Pour le poulet, le petit carré d’herbe paraissait un immense parc garni de vers de terre. Il ouvrait ses ailes au soleil du matin au soir. Le jardin d’Eden, en somme.
    Jusqu’au jour où l’épouse du docteur jugea que le poulet avait assez engraissé pour être servi à table dimanche prochain…

    ©Margine

  3. Soize dit :

    Il se sentait mal. Le docteur ordonna une prise de sang. Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute. Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes…
    Bouleversé, mais ne pouvant en verser aucune, son système lacrymal étant tourneboulé pour une raison qui lui demeurait inconnue, il pleura intérieurement, poussant de longs sanglots muets. Ses pleurs, confinés dans ses artères, ne se percevaient guère.
    Pour pleurer, il eût fallu qu’il se saignât aux quatre veines. C’était pas de chance, il n’avait rien d’un suicidaire.
    Alarmé, mais pas désarmé, il se ressaisit et prit sa carte au Bureau des pleurs. Là, il apprit qu’il appartenait au groupe O. Ô surprise ! Il devint donneur universel de larmes.
    Quelle belle façon de donner de sa personne !
    Il n’était pas peu fier d’imaginer qu’il suscitait tant d’affliction chez ses contemporains, que grâce à lui, des pleureuses professionnelles retrouvaient une raison de se lamenter, que le chagrin accablait des jeunes filles en pleurs, que des sales gosses geignaient à qui mieux mieux en recevant leur fessée.
    Il sua sang et eau pour restaurer le goût des larmes chez ses semblables, tant et si bien qu’il s’oublia lui-même dans la distribution.
    Dégoutté, il s’étiola et finit par s’évaporer un beau jour de juillet, en pleine canicule.
    Sans doute plane-t-il aujourd’hui dans les nues au dessus de cette vallée de larmes.

    ©SoizeD

  4. jolly dit :

    Il se sentait mal.
    Le docteur ordonna une prise de sang. Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute.
    Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes…

    Evidemment que c’était des larmes ! Si cette infirmière avait décalé son aiguille de quelques millimètres, elle aurait prélevé dans un vaisseau et pas dans mon sac lacrymal.
    J’allais désormais être la proie du corps médical !
    Jusqu’à aujourd’hui, j’avais appris à connaître et à accepter mon corps et ses excentricités dans le secret le plus total.
    C’est vrai qu’il est surprenant d’avoir son hémisphère cérébral droit dans la jambe droite, grimpant tel le lierre, le long du tibia-péroné ; l’hémisphère cérébral gauche s’est installé, lui aussi, dans la jambe gauche. C’est une des raisons pour laquelle je ne peux pas courir. Cela me provoque des maux de tête ou de pied ( je ne sais comment le traduire ! )
    Ma boîte crânienne contient quasiment toute ma réserve de sang vital, comme un ballon de baudruche rempli d’eau, et se distribue avec parcimonie à mon organisme. Le désavantage, c’est que lorsque je suis excité, je vire au rouge très écarlate. Et lorsque je suis amoureux, mes yeux sont injectés de sang, comme certain regard dans les films d’épouvante. Inutile de vous préciser l’effet produit sur ma dulcinée ! Echec total !
    Voilà un petit résumé pour la partie pensante de mon corps.

    Allons examiner plus bas :
    Mon abdomen est inversé avec mon thorax. Je m’explique : mon cœur est à la place de la vessie et vice et versa et mes poumons sont à la place de mes intestins et vice et versa.
    Il en résulte des kilomètres de « tuyaux ». En exemple, l’urètre courte de quelques centimètres chez tout individu fait des centimètres chez moi. Parce que si la position de mes organes est fantaisiste, mes orifices naturels, eux, n’ont pas bougé.
    Je ne peux pas me mettre en maillot de bain. Ma cage thoracique est divisé en deux. La partie supérieure, les six premières côtes, protège ma vessie et mes intestins dans le thorax et la partie inférieure, les six dernières côtes, est fixée sur mon bassin pour jouer son rôle de protecteur sur le cœur et les poumons. C’est inesthétique au possible ! Non seulement je suis loin d’être taillé en V mais mes abdo sont inexistants et on ne voit que les rebondissements costaux ! ( malgré tout, je fais de la plongée, la combinaison cache bien ces imperfections ! )

    Mes glandes sudoripares me posent aussi un problème. Elles sont dans le pli de l’aine. Ce qui fait qu’au moindre effort physique, je me retrouve inondé au niveau du pantalon. Voyez le genre !
    Mes glandes endocrines sont un peu dispersées dans les membres supérieurs et inférieurs , mais ce n’est pas gênant du tout !

    En fait, le seul organe fixé à l’identique de tout humain c’est l’estomac.

    Ma grande question :
    – Suis-je un vestige du passé ?
    – Suis-je le reflet du futur ?
    – Suis-je génétiquement orphelin ?
    – Suis-je d’un autre monde ? Un extra-terrestre ?
    Je n’ai aucune réponse. Mais je penche tout de même sur la dernière proposition car mes sens sont anormalement développés. Style je ressens les moindres vibrations venant du sol, tel le reptile, je perçois un tremblement de terre bien avant que les secousses ne soient enregistrées.
    Je ne pense pas être le seul de ma « race », j’en ai « senti » quelques uns sans jamais oser ( malheureusement ) les aborder, toujours par les vibrations du sol mais aussi leurs odeurs très particulières, comme venues d’ailleurs.
    Y a-t’il un code secret de déclenchement d’un plan X qui va nous unir ? Ce serait « trop bien », ça me fatigue la solitude !

    Mais revenons à la réalité : comment expliquer aux autorités légales que je n’ai pas d’acte de naissance ? Comment me sortir de cette « dissection » médicale ? Si vous saviez comme ça me stresse, je suis rouge écarlate !

    Mes « pieds cérébraux » pourraient s’étaler longtemps sur ma position d’E.T. au point d’en faire un roman car j’aurais pris plaisir à vous donner plus de détails sur mon anatomie et la physiologie qui en découle, mais je suis obligé de couper court : on me sort du tunnel de l’IRM et j’aperçois déjà un « troupeau » de blouses blanches accourir vers les clichés. Et là, je n’ose imaginer la suite, à moins que vous, vous en ayez une idée…

    Gepy

  5. Mickaël dit :

    Paris Avril 1940, en pleine deuxième guerre mondiale la colère gronde dans chaque coin de rue. Dans toutes les consciences un déchirement manifeste se trame et sur toutes les lèvres l’accroche épineuse d’une suspicion se dévoile.
    Dans la rue Mouffetard, non loin de l’école normale supérieure, se trouve le cabinet du Docteur Mirambaud, généraliste de son état, il reçoit sans rendez-vous les gens qui trouvent dans son côté paternaliste une source de réconfort dans cette époque effroyable entre dénonciation calomnieuse et sincérité ténue.
    Un matin alors qu’il vient d’ouvrir les portes de son cabinet, il trouve un homme au regard triste devant la plaque qui mentionne le titre de Mr Mirambaud. Tout en épaulant celui-ci, il invite à pénétrer dans ses murs afin de connaître les origines de cette hâve de peau qui le rend fragile en apparence.
    Très vite l’homme enchaîne les mots dans un langage abscons mais riche, après les premiers examens d’usage et devant cet être décharné il décida de lui faire une prise de sang. Quelle ne fut pas sa surprise quand dans la seringue un liquide d’aspect hyalin se présenta et sans aucun rapport avec du sang.
    Afin de ne pas effrayer l’homme qui se trouvait face à lui, le Docteur quelque peu désorienté se recula sur son fauteuil et chercha les mots appropriés pour annoncer une explication, que lui-même ignorait.
    « Je peux dire que la journée va être constructive.. » glissa le Docteur avec un râle dans la voix.
    « Je vous prie de m’excuser mais je ne comprends pas le sens de votre phrase » livra l’homme installé sur un lit avec le bras tendu suite au prélèvement sanguin effectué précédemment.
    « Que faites-vous dans la vie.. ? » interrogea Mr Mirambaud.
    « Je ne puis vous répondre » glissa l’homme tout en se redressant de son inconfortable position.
    « Mais si vous voulez que je vous vienne en aide il va falloir vous livrer un tantinet.. » insista le médecin.
    « Je le conçois très bien mais par les temps qui court l’aveu n’est pas vraiment source de soulagement.. » confia l’homme qui posa les yeux sur le contenu de la seringue sans que cela ne soulève aucune émotion particulière.
    « Pardon.. ?? » rétorqua le docteur quelque peu sceptique.
    « De plus je suis soumis à une forme de secret professionnel.. » ajouta l’homme sans attendre la fin de la phrase du docteur.
    « En plus.. ?? Mais je suis face à vous en tant que médecin et si je me souviens bien je vous ai trouvé devant mon cabinet dans un piteux état, et de ce fait mon devoir m’engage à vous apporter une aide qui demande une sorte de collaboration si je puis exercer ce mot sans éveiller les soupçons par les temps qui courent. » Exclama le docteur dans un haussement de voix à la limite de la correction.
    « Bien entendu, je vous rejoins dans votre approche, par conséquent je vais vous dévoiler quelque détail de manière à sustenter votre ire et vous éveiller sur le mal qui me ronge depuis quelque lune déjà.. » souffla l’homme qui se leva en s’asseyant dans un fauteuil plus commode. Il demanda au docteur de l’écouter sans l’interrompre quelque soit la nature de son objection, réel, symbolique ou imaginaire. Ceci étant dit il se positionna de profil à Mr Mirambaud , totalement pétrifié par la tournure des évènements et se lança dans son explication.
    « Tout commença il y a quelque temps quand j’ai reçu un homme dans mes murs, à peine était-il installé qu’il commença à me raconter son histoire sans aucune pudeur ni retenue. Il se voyait le défenseur de l’opprimé et l’exécuteur de l’opprimant. Comme un lige à son seigneur, il s’était promis de ne reculer devant rien dans son combat quotidien. Il déblatérait une somme considérable de détails et surtout collectionnait, tel un chasseur ses hures, les trophées de sa quête.
    Après quelques nausées à peine camouflées, je me suis mis à le questionner sur l’origine de son rapport avec la violence, quelle image avait-il stockée dans son esprit pour accomplir des actes aussi barbares et qui ne soulevait au premier constat aucun remord. Mais très vite je pris conscience que l’homme face à moi n’était pas là pour trouver une solution mais juste pour observer son image dans le regard d’un autre. De ce fait et pour ne pas m’éloigner de ma fonction, je me suis recentrer sur le déclencheur émotionnel plus que sur l’acte final. Tout en cherchant à le pousser afin d’ouvrir sa boîte de pandore, je me suis écorché la main en retournant la feuille de papier sur laquelle je prenais mes notes, et là qu’elle ne fut pas ma surprise quant à la place du sang un liquide transparent coula de mon doigt. Aussitôt je portais celui-ci à ma bouche et un gout salé éveilla mes papilles. Cet événement m‘écarta de mon sujet et je décidais par conséquent d’écourter la séance.
    Quelques jours après j’accueillais une jeune femme à la silhouette replète et flanquée d’un bonnet en laine. Elle se positionna face à moi sans enlever son couvre chef et quand elle me raconta son calvaire et les années de souffrance à subir les actes pervers d’une sœur jalouse de sa beauté, je compris une nouvelle fois que la tristesse serait au centre du débat. Après une heure de récit elle m’avoua que son image d’aujourd’hui était l’incidence de l’ignominie de sa sœur. C’est ainsi que durant des années d’alimentation exacerbée elle s’était transformé en un être très loin des codes de beauté et que son bonnet caché le point final de sa mutation de jeune femme sémillante en une âme androgyne sans repère. Et à cet instant précis elle souleva son bonnet et je découvris, avec effroi, que son cuir chevelu était chauve et envoyait un message clair de la souffrance d’une femme face à son bourreau. Elle remit son bonnet, se leva et pris un nouveau rendez-vous. L’instant qui suivit cet aveu sibyllin je me mis à saigner du nez, je pris un mouchoir et quelle ne fut pas mon désarroi quand je m’aperçus que le mouchoir était humide mais cristallin.
    Pris par mes travaux et mes recherches, je décidais de ne pas m’inquiéter d’une telle situation. Mais lors d’une séance un peu houleuse avec un homme qui pérorait comme s’il n’avait d’égal sur terre. La tournure des choses entraina une confrontation physique quand je lui demandais de quitter les lieux sans sommation. Il se leva, se jeta sur moi et me mit à terre en m’assénant une succession de coups qui me fit perdre connaissance. Quelques instants plus tard je repris mes esprits. Mon bureau ressemblait à une scène de lutte et j’avais un mal de tête effroyable. Dans la pièce se trouvait un miroir et je pris conscience d’une chose, l’homme devait faire de la boxe car j’avais les stigmates d’un combat en plusieurs rounds. Bref passé le choc je vis que mon arcade sourcilière droite était ouverte et que ma lèvre était entaillée sur plusieurs centimètres mais toujours pas de rouge sur mon corps qui semblait dénué de sang. Devant un tel scénario, je fus pris d’une angoisse terrible et je me suis mis à errer dans les rues comme un fantôme. Et ce matin je me suis effondré devant votre porte. »
    Devant cet homme qui ne semblait pas être pris de folie le docteur estourbit par le récit de son patient tenta d’instaurer une attitude différente que sa spécialité lui imposait. Il posa ses lunettes sur le bout de son nez, releva la tête et de façon méticuleuse questionna de nouveau son patient :
    « Que faites-vous dans la vie Monsieur.. ?? » demanda le docteur.
    « Je suis psychiatre.. » répondit à bout de force l’homme.
    « Psychiatre, je comprends mieux vos névroses et votre état ambiguë désormais.. Un trop plein de souffrance peut nuire à la santé cher Monsieur..»
    « Epargnez moi vos constat à la façon d’un limier et donnez moi un remède à mon symptôme, vous êtes médecin non ? »
    « Un remède.. ?? je ne suis pas expert en la matière mais je crois que vous somatisez Monsieur.. Vous vous accaparez la tristesse, la violence, la méchanceté des Hommes et vous la transformait en larmes.. »
    « C’est un peu cavalier comme analyse. Mais maintenant que vous le dites le gout de mon sang ressemble à celui d’une larme.. Mais quel solution peut-il exister pour un tel symptôme.. ?? »
    « Je ne sais pas moi, essayer de prendre de la distance, le travail d’un certain Sigmund Freud, sous entend l’existence d’un transfert entre patient et thérapeute, sans doute que vous en subissez les conséquences collatérales. C’est un peu arbitraire je l’admets mais mettez une barrière entre la représentation des propos de vos patients et la réalité de leurs actes. Trouver une solution pour organiser les images que vous renvoient les gens qui fréquentent votre cabinet, et utilisez-les pour vos recherches. Essayer d’organiser celles–ci dans vos travaux de manière à ne plus subir les conséquences somatiques de votre profession et d’alimenter un échange plus serein.» Etaya le médecin sans vraiment croire au résultat de son discours. Mais une lueur rutilante éclaira le regard de son patient mal en point et celui-ci répondit :
    « Mais si je vous suis bien il faudrait que j’observe mes patients en différents stades d’analyse et de représentation. Comme si je leur mettais un miroir devant le nez pour décrire la réalité de leur aveu face à un être réel et non imaginaire dicté par leur récit.. » rétorqua le patient en pleine excitation désormais..
    « Attention je ne suis pas du tout spécialiste et cela dépasse mon champ de compétence mais sans doute qu’un Homme grandit au fil du temps dans un monde où l’image qu’il a de lui peut subir des incidences sur sa construction psychique et qu’au final il soit dans une forme d’inconscience face à ses actes réel. Dicté par une image non réel de soi en quelque sorte. » Balbutia le Docteur totalement égaré dans son échange avec son patient qui l’amène à se questionner sur le sens de sa présence face à lui.
    « Je vois » répondit l’homme de nouveau alerte et conquérant..
    « Je vais désormais essayer d’appliquer vos recommandations à la lettre.. Encore merci pour votre aide.. » Il se leva posa un billet de 50 francs sur la table et se retourna en se dirigeant vers la porte du cabinet.
    « Attendez Monsieur, mais pour mon registre il me faut au moins votre nom et prénom afin de conserver une trace de votre passage et déterminer un cadre médical en vue d’une amélioration de vos symptômes.. » interpella le docteur à son patient qui prenait la fuite.
    «Je comprends, Jacques Lacan monsieur.. » glissa l’homme avant de disparaître.
    Le docteur pris sa plume et écrivit sur la feuille cartonnée le nom de Jacques Lacan et dans la case observation inscrivit :
    « Monsieur Lacan présente les symptômes freudiens d’un transfert avec ses patients, une forme de mésalliance face à son statut peut induire des effets indésirables sur son corps et son esprit. Sans doute que la résilience est un remède à son état.. Enfin il faut que j’y travaille.. »

    Mickaël Dubord ©

  6. Jp Carabin dit :

    Il se sentait mal.
    Le docteur ordonna une prise de sang.
    Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute.
    Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines
    Mais des larmes.
    Ce n’était plus le sens qu’il donnait à sa peine
    Mais des armes.
    Le temps qui s’écoulait, pulsé dans sa poitrine
    Avait changé l’humeur en une humeur voisine.
    Les jours suivant les jours ajoutaient à sa haine
    Impuissant et meurtri, entravé en ses chaines…
    Le docteur ordonna une prise de sang.
    Et ce fût la révolte, le refus manifeste.
    De ce sang il devait en extraire la peste.
    Et déclarer la guerre. Et puis serrer les rangs.
    Les armes se sont tues. Ennemi trop puissant.
    Il n’a plus que ses larmes à la place du sang.

  7. Halima BELGHITI dit :

    Il se sentait mal.
    Le docteur ordonna une prise de sang.
    Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute.
    Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes…
    Il se doutait bien depuis quelque temps, que quelque part dans son corps, quelque chose ne fonctionnait pas bien. Il avait remarqué des anormalies: il gonflait comme une baudruche sans explications rationnelles. Comme s’il se remplissait d’eau soudainement. D’autres fois encore, il ressentait des borborismes dans son ventre, il lui semblait, alors, que de l’eau bouillait dans ses entrailles. Enfin, il avait vu sa peau se plisser et faire des vaguelettes, comme parcourue par de l’eau capricieuse. Lorsqu’il marchait pieds nus, ses pas laissaient des traces humides comme s’il venait de sortir de l’eau.

    C’est d’ailleurs là où il se sentait le mieux. Dès qu’il était en contact avec de l’eau son corps et son esprit s’apaisaient. Il retrouvait son équilibre et son harmonie. Il adorait prendre des douches. Il ressentait l’eau parcourir sa peau, il se laissait imbibé par elle, il l’accueillait si totalement qu’il finissait par ressentir qu’il ne ne faisait plus qu’un avec elle. Et lorsqu’il avait l’occasion de nager dans la mer, il était le plus heureux des hommes. Il évoluait parmi les poissons avec une grande aisance, il n’avait pas besoin de reprendre son souffle ni de respirer à la surface, il pouvait rester de longues heures sous l’eau. Il se sentait dans son milieu naturel, ce qui l’inquiétait…
    « Que m’arrive-t-il  » s’interrogeait-il. « Suis-je en train de me transformer en poisson ? Suis-je en train d’évoluer dans le sens inverse ? Darwin doit se remuer dans sa tombe. D’homme, je rétrocéderais à batracien ? « .

    Plus le temps passait, plus il se sentait étranger parmi les humains. Gauche en société, maladroit dans ses relations humaines; il était peu concerné par les affaires de la cité. Cela avait toujours été le cas. Il ne s’était jamais interessé à ses semblables et vouait une totale indifférence à son prochain. Il ressentait rarement de l’émotion. Rien ne l’atteignait. Il était dans une indolence parfaite. Mais depuis que son malaise persistait, ses penchants s’étaient accentués.

    Il ressentait de plus en plus l’appel du large. L’eau à l’intérieur de lui appelait l’eau à l’extérieur. Et lorsqu’il rentrait chez lui, il appréciait mettre les pieds dans un sceau d’eau comme d’autres mettraient des pantoufles. Il décida de déménager et de s’installer en bordure de mer. Il pourrait ainsi en profiter à loisir et tirer cette affaire au clair.

    Son médecin prenait régulièrement de ses nouvelles. Le cas de ce patient le passionnait. C’était le cas de sa carrière. s’il arrivait à comprendre le pourquoi du comment, et à le guérir de son malaise, alors sa renommée serait faite.  » Son cas est absolument unique pensait-il. Que son sang se transforme en larmes ! C’est incroyable !  »
    Leurs conversations se déroulait toujours de la même façon:
    – Bonjour Boris, le Docteur Swartz à l’appareil. Comment allez-vous aujourd’hui ? Avez-vous saigné ?
    – Non Docteur, toujours pas
    – Courage, Boris ! ça va s’arranger ! Le sang va revenir, c’est sûr ! C’est juste une question de petits globules…
    – Oui Docteur
    – Je vous rappelle la semaine prochaine. Aurevoir Boris
    – Aurevoir Docteur

    Boris se demandait comment faire revenir les globules manquants dans son organisme afin qu’ils reprennent leur place. Il se piquait régulièrement le bout des doigts avec une petite aiguille pour en faire jaillir du sang, mais il n’en coulait que des larmes. « Si mon sang peut se transformait en larmes, ça doit aussi marcher dans l’autre sens, pensait-il. Mais comment faire ? Vivement que ça s’arrange. Et que tout rentre dans l’ordre »

    Il s’était installé dans une petite maison près de la mer. Loin des grandes villes et de leur effervescence. Bien sûr, il avait des voisins, mais suffisamment éloignés pour ne pas être dérangé. La première maison à la ronde était occuppée par une femme et son fils. Celle-ci avait pris l’habitude de le saluer lorsqu’elle croisait son nouveau voisin. Elle était invariablement accompagnée par son fils âgé de 5 ans, un petit roux aux yeux vifs et espiègles et le visage piqué de tâches de rousseur.

    Un jour qu’il se promenait sur la plage, Boris fut attiré par des cris de femme. Sa voisine, affolée, avançait vers lui, en pleurant :  » Vincent, se noit ! Mon fils a été emporté par une vague. lui dit-elle en pointant du doigt une direction. Aidez-moi, je vous en supplie, je ne sais pas nager ».
    Sans prendre le temps de réfléchir, Boris, se jeta à l’eau, à la recherche de Vincent. Il nagea sous l’eau jusqu’à apercevoir le jeune garçon évanoui et qui s’enfonçait doucement dans la mer. Il le prit, le ramena vers la plage. Il sortit de l’eau, l’enfant dans ses bras, et le tendit à sa mère.
    – Oh, merci, merci beaucoup, lui dit-elle en prenant son enfant. Je ne vous remercierais jamais assez d’avoir sauvé mon enfant. Je vous suis très reconnaissante. Mais vous saignez aux genoux ! Vous avez dû vous blesser dans les récifs. Venez à la maison, je vais vous soigner ça »
    Boris regarda ses genoux d’un air ahuri… de ses écorchures, coulait du sang…

  8. Antonio dit :

    Il se sentait mal.
    Le docteur ordonna une prise de sang.
    Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute.
    Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes.

    « Monsieur, vous ne pleurez pas assez, l’avertit le docteur.
    – Pardon ?
    – Vos larmes ne sont pas suffisantes pour irriguer votre cerveau !
    – Que faire docteur ?
    – Dans un premier temps je vais vous prescrire du collyre en cachets effervescents, à prendre toutes les deux heures afin de fluidifier la circulation. Mais il va falloir faire des efforts pour chialer de bons coups !
    – Mais comment ?
    – Vous n’avez pas quelqu’un sur qui vous appuyer ? Quelqu’un que vous aimiez et qui serait mort récemment ?
    – Non.
    – Votre travail, votre femme, ça va ? Pas de coup de blues qui pourrait faire que vous vous laissiez aller ?
    – Non, on s’est marié l’année dernière et j’ai terminé un roman qui devrait être édité le mois prochain. On m’en dit beaucoup de bien. D’ailleurs Chouchou et moi, nous partons juste après aux Seychelles pour notre anniversaire de mariage, on voudrait un enf…
    – Bon, bon, ça va ! l’interrompit le toubib exaspéré. Vous ne comprenez pas que vous allez crever à être heureux de la sorte. Pleurer vous est vital, vous comprenez ? Vous êtes en manque de chagrins, monsieur. Quand est-ce la dernière fois que vous avez pleuré ?
    – Euh… quand on à regarder les tontons flingueurs l’autre soir. Je m’en serais pisser dessus tellement je pleurais de rire.
    – Non, je parle de vraies larmes. Le rire s’assèche trop vite. Non, il faut des gros sanglots, des larmes d’une tristesse profonde dans votre cas. Souvenez-vous, quand avez-vous pleuré pendant des heures.
    – Hou là, ça remonte à mon adolescence quand j’a eu le deuxième prix d’excellence au conservatoire. J’ai voulu me suicider… si !
    – Bon écoutez, conclut le docteur, je vous laisse avec les cachets pour l’instant. Si cela ne suffit pas nous vous hospitaliserons. »

    Le patient quitta le cabinet médical toujours aussi faible que quand il était rentré. Le docteur, dans les jours qui suivirent exposa la gravité de son cas à sa femme et à son éditeur qui comprirent qu’il n’y avait rien d’autre à faire que de suivre le plan du médecin.
    Son éditeur lui fit une lettre qui le scotcha trois jours au lit sans manger. Son roman était une daube pour série B comme il n’en avait jamais lu auparavant. Il valait mieux qu’il trouve un autre métier, l’écriture nécessitait créativité et style dont il n’avait pas l’once d’un quart.
    Sa femme le laissa dépérir dans sa chambre avant de lui annoncer qu’elle ne l’avait jamais aimé et que seul l’intéressait un éventuel succès et l’argent qui irait avec. Elle le trompait depuis le début de toute façon et ne comptait pas en rester là.
    Les sanglots abondèrent enfin et son lit fut aussi trempé que s’il avait uriné dedans. Quand il fit un malaise. Le docteur ordonna une nouvelle prise de sang. A son cabinet, le diagnostic était clair.

    « Calmez-vous, monsieur, vous nous faites de l’hypertension, là ! Vous allez y laisser votre peau, croyez-moi ! »

  9. Lafaurie dit :

    Eau et sang

    Il se sentait mal. Le docteur ordonna une prise de sang. Les résultats d’analyse ne laissèrent aucun doute. Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais des larmes.
    À la lecture du bilan, il se sentit profondément abattu et se mit à pleurer. Du sang gouttait de ses yeux. Un paquet de kleenex y passa. Comme le flot ne tarissait pas, il utilisa de la ouate. Sa poubelle fut vite remplie de cotons rougis.
    Il faut réagir, se dit-il, sinon je vais me vider de mon sang. Il se passa un DVD, le best-off des comiques français, espérant retrouver le moral. Les gags des troupiers eurent un effet désastreux, il en pleura de rire.
    Muni d’une réserve de coton hydrophile, il s’en fut consulter son médecin. Celui-ci l’ausculta longuement et lui déclara : «  Aucun souci, votre organisme s’est adapté à ce changement certes surprenant, mais sans conséquence sur votre état de santé. Votre coeur bat régulièrement mais en émettant un bruit bizarre. Je le comparerai au tic-tac des essuie-glace sur un pare-brise ».
    « Mais que me prescrivez-vous », lui demanda son patient.
    Le médecin se prit la tête entre les mains, se gratta le cuir chevelu et finit par lâcher:
    Une cure thermale sur l’île d’Ouessant.
    Ouessant?
    Oui, Ouessant, qui voit Ouessant voit son sang !

    Alain Lafaurie

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