Exercice inédit d’écriture créative 49

Chaque soir, juste avant la dernière levée,
elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres
la plus proche de son domicile…

Imaginez une courte nouvelle commençant ainsi.

11 Responses

  1. Clémence dit :

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile…

    Avertissement :
    Ce fait divers, qui secoua un petit village par un bel d’été, est à replacer dans son contexte intégral. L’auteure vous invite à prendre connaissance de cet événement dans sa globalité.

    Dans son bureau, au premier étage du Château, le maire fulminait. Assis, les coudes plantés sur son sous-main, il mordillait avec rage les branches de ses lunettes.

    Devant lui, une pile de lettres manuscrites ou imprimées, petits et grands formats, feuilles de cahier ou feuilles A4, blanches ou de couleur. Mais toutes avaient un point commun : des plaintes, des doléances et des menaces de ses administrés.
    Il n’y comprenait plus rien. Il ne reconnaissait plus son petit village si paisible. Les habitants semblaient être pris de folie.

    Certes, au début, on aurait pu en rire. Des gamins en quête d’espiègleries en auraient fait tout autant.
    Mais aujourd’hui, cela prenait une tournure quelque peu inquiétante.

    Ce matin, dans son courrier, Monsieur le Maire trouva une lettre du Directeur Général de la Poste de son département. « …Un jeune facteur venait de sombrer dans une profonde dépression et menaçait de se suicider. Ses collègues n’avaient rien remarqué de particulier…. »

    Le maire appela ses adjoints et la policière municipale, fraîchement promue et arrivée tambour battant avec son cheval (Il leur parla sans témoins!).

    Il leur fit part des courriers  reçus: ceux des habitants et celui de la Poste.
    Parmi les « perles » :
    – les coussins des fauteuils de jardin collés sur les sièges,
    – l’eau des piscines colorée en rose,
    – le plombier réveillé en pleine nuit et invité à se rendre à une fausse adresse,
    – les sonnettes activées en pleine nuit, les noms intervertis sur les boîtes aux lettres, du chewing-gum dans les serrures..
    – une boîte de préservatifs glissée dans le sac à main d’une vieille dame, juste avant le passage à la caisse du supermarché …

    Le Maire s’arrêta quelques secondes, but un verre d’eau et reprit.

    Ce qui nous amène au fait suivant.
    – une biscotte dans la boîte à lettres.

    Le Maire fut interrompu par la Policière.
    – C’est une incivilité mineure, non ?
    – Vu sous cet angle, oui, mais attendez la suite et revenons-en à notre jeune facteur et à la lettre du Directeur de la Poste.

    Un coup frappé discrètement à la porte. La secrétaire de Monsieur le Maire lui apporta la copie d’un courriel arrivé à l’instant même. Le jeune facteur apportait des informations complémentaires.

    Le Maire lut silencieusement puis expliqua :
    « …. depuis plusieurs semaines, une biscotte était déposée dans la boîte à lettres. Le facteur n’y prit garde, mettant cela sur des blagues enfantines. Il trouva cela pénible lorsqu’il constata par la suite, que la biscotte était généreusement beurrée. Puis, qu’elles étaient beurrées et confiturées tout aussi généreusement. Il y eu le miel et la pâte chocolatée. Tout le courrier était poisseux, dégradé, barbouillé, cochonné…..
    Le facteur ne supportait plus de remettre le courrier en cet état au centre de tri… »

    Chacun prit la parole après le Maire. Chacun avança des hypothèses et des propositions de sanctions.

    La proposition du premier adjoint au Maire fut retenue.

    Avec l’assentiment du Directeur Général de La Poste, Monsieur le Maire obtient une rencontre avec le responsable local de la distribution du courrier.
    Ensemble, ils examinèrent le carnet de route du facteur, concernant les envois des derniers mois.
    Ils remarquèrent que nombre d’habitants avaient reçu un petit colis – aux format réglementaire – emballé dans un papier imprimé de signes cabalistiques.

    Parmi les habitants proches de la « Boîte à lettres aux biscottes », une vieille dame, une espèce de Tatie Danielle, avait aussi réceptionné ce type de colis.

    Des recherches furent menées quant à l’expéditeur et au contenu. Le résultat fut stupéfiant !*

    Monsieur le Maire fit placarder un « avis à la population » dans tous les quartiers du village. La teneur du message était simple :

    «  Un dispositif de surveillance indétectable… etc.… etc.……»

    Certains ne crurent pas à cet avertissement, dont « Tatie Danielle ». Elle glissa cette fois des toasts à l’effigie du pape !

    Ce qui devait arriver arriva, elle fut épinglée !

    Pour sa défense, elle répondit candidement :
    –   Je ne suis pas une emmerdeuse, que du contraire ! C’est ce jeune facteur qui est un emmerdeur. Quand il a fait sa première tournée, je l’ai invité à prendre son petit déjeuner en ma compagnie et il a osé refuser ! Ça ne m’a pas plu, peuchère ! Alors, je me suis dit que…. Et…j’avais entendu parler d’un livre qui…. »

    – Oui, nous en avons pris connaissance aussi…

    – Ah, très intéressant, n’est-ce pas ? J’ai particulièrement apprécié le coup de la cabine d’essayage et le ….

    ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

    * 150 idées pour emmerder le monde. L Goulet.

  2. Sabine dit :

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile. Une biscotte couverte de miel. Le courrier était ravi. Tous les soirs, il se délectait du bon miel tout frais. Les timbres en faisaient des réserves, les enveloppes en léchaient jusqu’à la dernière goutte. Mais la biscotte restait.
    Le facteur, lui, était fort mécontent de trouver une biscotte chaque soir dans sa boîte. Il mena donc sa petite enquête et fit enfermer la coupable. Ouf ! Plus de biscotte dans la boîte.
    Mais le courrier se trouva fort mécontent : plus de miel à cause du facteur ! Alors il se mit en grève. Et tout le reste du courrier en fit autant par solidarité. Au journal de 20H00, Laurent Delahousse annonça une grève générale des postes. Le ministre des postes, fort mécontent d’une grève sans préavis, téléphona aux syndicats. Les syndicats, forts mécontents d’une grève sans eux, téléphonèrent aux facteurs. Les facteurs crièrent à l’injustice.
    Tout le monde s’insurgeait, personne n’était coupable !
    Alors le ministre fit mener une grande enquête, et Laurent Delahousse annonça :
    « -Le comte rendu de l’enquête des postes révèle que le courrier s’est mis en grève tout seul, après avoir été privé de biscottes au miel à la levée du soir. »
    Le ministre fut contraint de libérer la coupable. Les timbres et les enveloppes se délectèrent à nouveau de bon miel.
    Désormais glissé dans la boîte sans la biscotte !
    ©Margine

  3. Gwenaëlle dit :

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile…

    Imaginez une courte nouvelle commençant ainsi.

    Elle faisait ça Elisabeth, comme elle faisait plein d’autres petites choses incohérentes, insensées. Mais insensées pour qui ? Pour elle, ça avait du sens. Et ça lui faisait plaisir, cette biscotte, déposée par ses soins pour celui, qui, tous les jours, venait vider la  boite jaune. Il était beau. Au début, elle l’observait de sa chambre, tous les soirs, à la même heure, arrivé avec son vélo, ouvrir la boite et vider son contenu dans sa sacoche noire. Elle le regardait, il ne la voyait pas, il ne la connaissait pas. Elle s’est dit qu’elle aussi, elle voulait lui mettre quelque chose dans sa boîte. Mais là, dans cette maison, elle n’avait rien à elle, rien à lui donner. Alors elle a eu l’idée. Une biscotte, juste une petite biscotte qu’elle glissait discrètement dans sa poche au petit déjeuner, à l’insu de l’infirmier. Et en fin d’après-midi, juste après le goûter, elle avait le droit de sortir. Un petit tour, tout les jours, quinze minutes, pas plus ! Alors, elle sortait et tous les soirs, juste avant la levée de 17h, juste avant qu’il ne vienne, elle glissait discrètement son présent dans la boîte. Tous les soirs, invariablement, et ça la rendait heureuse. Elle remontait dans sa chambre et elle le regardait maintenant, vider le contenu, avec son don à elle, dans sa grande sacoche noire. Elle ne se doutait pas que tous les soirs, en secouant sa sacoche pleines de miettes, il pestait contre cette abrutie qui mettait tous les jours des biscottes dans les boîtes aux lettres. 
    Elisabeth, elle est un peu simplette, Elisabeth, elle n’a pas toute sa tête, elle fait les choses avec son coeur et ça lui donne un grand bonheur !

    © Gwenaëlle Joly

  4. Mickaël dit :

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile..
    Dans le monde onirique de Mlle Abigaëlle, ancienne institutrice et depuis quelques années à la retraite, les choses de la vie sont perçues différemment et les actes aussi. Elle vous dira que tout est une question de point de vue mais pour beaucoup la dame à la blouse grise, signe ostentatoire d’autorité par le passé, semble au fil du temps perdre la tête dans les méandres de son rituel quotidien..
    Effectivement quand les premières lueurs du jour apparaissent, Mlle Abi, pour les initiés, sort sur le perron de sa maison, dispose sur le trottoir un grand tableau noir, prend une craie blanche afin d’écrire la date du jour en haut à gauche et se retourne pour observer la fraicheur de jour. Ensuite elle repart dans sa véranda semble vérifier sa partition, en mimant des gestes de sermon, puis revient avec une chaise en paille, un vieux livre, poussiéreux, un thermos bouillant de thé et surtout deux biscottes à la date de péremption non communiquée.
    Elle s’assoit, met ses lunettes sur le bout de son nez, recoiffe son vieux chignon , prend une longue respiration et se lance dans une lecture effrénée et passionnée. Et là quel spectacle fabuleux, la dame aux allures usées par les turpitudes d’une vie soumisse à l’éducation, apparaît tel un phénix qui renait de ses cendres et devient majestueuse. Elle transforme les mots, les travestit même, leur donne un costume qui accroche la moindre personne qui s’attarde sur la lecture d’Abi. Comme si par les gestes associés à son monologue, elle mystifiait les détails pompeux de son livre pour éclairer le spectateur pantois de sa voix sémillante et envoutante.
    Les quelques pauses qu’elle s’autorise sont consacrées à une tasse de thé et un morceau de biscotte qu’elle émiette afin de nourrir les pigeons qui restent, malgré tout, les êtres les plus attentifs aux contes de Mlle Abi. La journée s’écoule donc dans l’indifférence générale, et quand les derniers rayons célestes disparaissent pour laisser place à la folie nocturne, Abi se lève subitement, ce qui provoque l’envol de toute la colonie de Columbidae puis ôte ses lunettes, se retourne, efface la date sur le tableau, range son attirail et revient sur le trottoir. Debout, à peine éclairée par la lumière artificielle du lampadaire, elle tient une biscotte à la main. D’un pas décidée et sans faillir elle dépose solennellement la biscotte dans la bouche de l’élève à la capuche jaune, symbole de récompense pour son plus fidèle spectateur ensuite un soupir s’envole dans le silence puis elle rentre chez elle satisfaite de son œuvre.
    De mémoire, un voisin , vous dira que rien ni personne n’empêchera Abi de reproduire son scénario farfelu. Il vous avouera, un peu gêné, qu’il ne manquerait sous aucun prétexte « la lecture d’Abi » malgré la cocasserie ambiante. En fait l’acte de cette dame profite à beaucoup pour oublier le marasme d’une société en crise, elle vous transporte loin de l’ostracisme libéral et elle vous raconte la vie « entre2lettres »..
    Mickaël D

  5. Antonio dit :

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile. Elle en mettait toujours une tartine histoire que mamie ne soit pas déçue. Pourvu qu’elle la reçoive à temps demain pour son petit déjeuner, se disait-elle à chaque fois !

    Hier, elle lui racontait sur sa biscotte l’histoire de Prune, une fille en sucre qui a fini en bouillie, après s’être prise pour la reine Claude. Ce soir c’était celle d’un cognassier dont la famille, sujette à de fortes glycémies, est restée gelée après s’être baignée par un grand froid dans un lac sirupeux.

    Certes, ses histoires n’étaient pas très drôles, voire macabres, mais ça lui plaisait à elle et sa grand-mère qui adorait les lui raconter chaque matin, par tartines entières, à la campagne, pendant les vacances scolaires. Elle se souvient encore de la toute première où la crème de lait, La Motta, s’était faite battre à plate couture avant de s’étaler de tout son long dans un combat un peu salé et au couteau.

    Seulement voilà, cela faisait trois jours que les vacances étaient finies, alors chaque soir elle écrivait à sa grand-mère une histoire sur sa biscotte qu’elle postait soigneusement la veille, juste avant la dernière levée, de telle sorte que la biscotte soit au dessus du courrier bien en évidence pour que le facteur ne l’écrase pas.

    Et puis chaque lendemain, elle appelait sa mamie. « Alors ? ». Alors, rien, elle ne recevait jamais rien. Ce soir, sa biscotte à la main, elle attend le facteur.

    « Pourquoi vous ne la postez pas ma biscotte, chez ma mamie ? » lance-t-elle énervée en lui tendant sa biscotte.

    Le facteur, sans être étonné ou en colère de voir son courrier quelque peu tâché par cette lettre hors norme, lui répond très calmement :

    « Ah, c’est toi, la biscotte ? »

    Hochement de tête de la petite, le facteur saisit l’objet du litige et le retourne.

    « Figure-toi que tu as oublié d’inscrire l’adresse dessus, elle ne risque pas d’arriver !
    – Mais alors vous en faites quoi de mes biscottes, vous les lisez chez vous ?
    – Ah, mais pas du tout, je suis un professionnel, moi … je les composte ! »

  6. Hazem dit :

    Très bon Alain 🙂 j’ai bien rit.

  7. Alain dit :

    Boîte à biscottes

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus
    proche de son domicile.
    Le postier excédé de devoir quotidiennement passer au tamis son courrier pour éliminer les miettes installa une discrète caméra de surveillance sur la boîte à biscotte.
    De cette manière, il piégea une aïeule haute en couleur et dure d’oreille alors qu’elle s’apprêtait à délivrer son obole de la journée.
    – Vous me faites mal, dit-elle, en voulant se libérer de la main ferme qui enserrait son poignet. D’ailleurs je ne fais rien de mal, je donne à manger aux pigeons.
    – Mais, ma petite dame, la boîte c’est pour le courrier!
    – Qu’est-ce que vous dites, il faut payer. Payer pour donner à manger aux pigeons, ça alors!
    – Mais non, dit le postier en haussant la voix, la boîte c’est pour le courrier, pour les lettres. On ne donne pas à manger aux lettres!
    – Comment! On ne donne pas manger aux bêtes! Mais, si vous ne les alimentez pas, comment voulez-vous que ces pigeons deviennent voyageurs?
    – Bon, ça suffit maintenant, cette boîte est exclusivement réservée à la poste, à la poste!
    – Biscotte, c’est bien ce que je disais, il faut leur donner des biscottes. C’est la seule nourriture qui leur permet de voyager léger.

    Bougon de ne pas s’être fait entendre, le postier s’en fut en dévorant la biscotte qu’il lui avait confisquée et en ruminant sa vengeance.

    Alain Lafaurie

  8. Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettre la plus proche de son domicile. La première fois que le facteur trouva une biscotte au milieu du courrier qu’il était venu ramasser, il prit la biscotte la lançant d’un geste rageur dans un buisson proche, ronchonnant intérieurement contre les éventuels gamins qui auraient pu faire cette farce.
    Ce n’était vraiment pas le moment de lui faire des farces, sa femme venait de partir avec son meilleur ami, le laissant complètement anéanti.
    Le lendemain en soulevant la pile de courrier il entendit un craquement, et
    se mit à pester à haute voix: « mais c’est pas vrai, encore une biscotte… »
    Saisissant la biscotte, il la jeta à terre et marcha rageusement dessus. Les jours suivants, même découverte au milieu du courrier. Une chose le rassurait au moins le courrier n’était pas sali.
    Et les biscottes subissaient chaque jour le même sort, jetées puis écrasées par la grosse chaussure du facteur!
    Cet après-midi d’automne il faisait froid, les feuilles volaient de toute part.
    En sortant de sa voiture il remarqua trois mésanges qui semblaient chercher quelques miettes à picorer près de la boîte aux lettres.
    « tiens » se dis le facteur, « que je suis bête… »
    Ce jour là il n’écrasa pas rageusement la biscotte, une fois installé dans sa voiture il la plaça sur le siège de droite.
    En rentrant chez lui, il ouvrit la fenêtre de la cuisine, mis en miette soigneusement la biscotte et la rependit sur le rebord de la dite fenêtre. Un moment plus tard timidement un rouge-gorge vint se poser, il picora une miette et d’un battement d’ailes s’enfuit. Puis un deuxième vint se régaler un peu plus longtemps. Le facteur s’était installé devant la fenêtre, subjugué par les va et vient organisés par les oiseaux. En réalité il n’avait jamais fait attention aux oiseaux, en dehors des hirondelles et des moineaux ils ne savait pas vraiment les reconnaître. Un long moment passa, captivé par le manège des oiseaux, le facteur se mit à sourire à son insu, il se sentit apaisé, le spectacle des oiseaux avait balayé les idées noires qui l’habitaient .
    Depuis ce jour le facteur passa chaque après midi de longs moments à regarder les rouges-gorges venant picorer les miettes sur le rebord de la fenêtre. Souvent il ajoutait une poignée de graines de tournesols afin de prolonger leurs ballets.
    Depuis ce jour le facteur se sentit mieux et reprit lentement goût à la vie!
    Geneviève Tavernier octobre2011. http:/mondoubsjardin.blogspot.com

  9. Soize (avec la complicité d'Olivier) dit :

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile.
    Elle cheminait lentement, savourant chaque pas, de son petit appartement à la boîte, avalant avec précaution chaque goulée d’air pénétrant sa bouche et ses narines délicates, et jouissant de chaque molécule. Elle observait attentivement chaque fissure du trottoir, appréciait l’évolution des lézardes au fil des jours. Si elle admirait le paysage urbain, jamais elle ne musardait, consciente de l’importance de sa mission et entièrement vouée à son accomplissement, en fonctionnaire zélée. De plus en plus souvent, elle faisait une pause, la course lui déclenchant parfois une épouvantable sciatique qui la clouait au lit pour le restant de la soirée.
    Jamais elle ne manquait le rendez-vous. Au prise avec une voisine, elle la plantait là. En ligne avec un quelconque bonimenteur, elle raccrochait, laissant le blabla en suspens. Pendant la sieste, elle se levait. Souffrante, elle guérissait. Elle partait parfois en chaussons, sa biscotte à la main. Laissait l’appartement ouvert. Une fois elle avait fait le chemin dans sa chemise de nuit en pilou, salué gravement l’épicière qui la regardait, amusée, faire son petit manège.
    Tout au long de la journée, elle préparait sa biscotte dans un mélange de délicatesse et de minutie qui confinait à la perfection. Le cérémonial lui prenait plus d’une heure. D’abord sortir le beurre, le laisser s’attendrir lentement sur la table de la cuisine ; puis choisir le couteau, à bout rond, un peu large, pas trop court ni trop long, le manche un peu plat pour l’avoir bien en main ; saisir délicatement la biscotte et la tartiner longuement en prenant bien soin d’en placer une autre en dessous pour éviter de la briser ; en cas d’accident, ne pas s’impatienter, bravement recommencer ; couvrir d’une épaisse couche de confiture de citron amer non sucré, du fait maison, tout exprès pour ce rendez-vous régulier et pourtant si singulier.
    Aujourd’hui sa main tremblait plus qu’à l’aube de ses vingt ans, quand elle avait commencé son petit rituel insolite. Il lui était moins aisé de beurrer sa biscotte sans la pulvériser. Mais elle y prenait toujours autant de plaisir, solitaire, sans bruit, dans sa cuisine. L’excitation du début avait fait place à une sorte de vertige, une émotion confuse qui la troublait.
    Au bout du chemin, elle se plantait, bien campée sur ses deux jambes, devant la boîte à lettres, et avec une précision patiemment acquise au fil du temps, fourrait promptement la biscotte acide, amère et visqueuse dans la fente béante de sa vie en miettes.
    Tout ça pour cet imbécile de facteur, trop tarte pour avoir daigné lui glisser son biscuit, la nuit du bal des postiers. Ça faisait déjà quarante années.

  10. George Kassabgi dit :

    Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile… En fait, depuis près de deux ans il n’y avait plus personne qui l’utilisait car La Poste avait officiellement raccourci le parcours de distribution afin de diminuer les couts de gestion. Le fonctionnaire chargé de la modification mis bien en évidence l’emplacement de la nouvelle boîte postale, s’assura que tout les habitants du quartier avaient bien été informés, mais oublia de faire disparaitre la vieille boîte. Et les voisins l’oublièrent aussi d’autant plus que les années passent aussi pour les boïtes postales. Sauf une ancienne retraitée qui habitait pas loin de là. Elle remarqua une petite chouette qui s’y logeait après le coucher du soleil. Et ce fut ainsi que le grignotage de biscotte s’ajouta chaque soir aux autres notes s’élevant vers le ciel…

  11. Laurenced dit :

    Cette habitude avait commencé il y a un mois quand se sparents l’avaient laissé regarder les informations sur la télé du salon. Elle y avait vu des enfants très maigres, aux yeux brillants et aux ventres rebondis. Ils avaient de belles dents blanches et de beaux sourires. Léa avait entendu que ces enfants ne mangaient pas à leur faim. Alors Léa avait décidé de leur envoyer de la nourriture. Elle n’en n’avait parlé à personne et estimait qu’à 3 ans elle pouvait faire des choses par elle meme. Elle sortait sur le trottoir chaque soir et juchée sur une poubelle elle faisait un voeu en envoyant une biscotte aux enfants d’afrique.

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