Exercice inédit d’écriture créative 155

verre a moitie plein
Un verre à moitié plein
drague 
la goutte qui fait déborder le vase.

Inventez leur dialogue

8 Responses

  1. Colette dit :

    Verre-rie

    Souvent à moitié plein,
    J’ai le galbe assoiffé,
    Matelas cristallin
    D’un rouge- volupté.

    Petit blanc du bistrot
    Sur le zinc matinal,
    Compagnon d’un poivrot
    A lampées marginales.

    J’ai le regard cristal
    A iris opaline,
    Au look sacerdotal,
    A oraison divine.

    Et dans tous mes éclats
    Je trône en artifice
    Sur la nappe-diva
    A la trame métis.

    En mon air baccara
    A parements de roi,
    Un banquet -Nirvana
    A effluve d’Arbois.

    J’aime ce vin de glace
    Glissant à corps perlé,
    Par un frisson fugace,
    Je me sens envoûté.

    Pour un Saint- Emilion
    Je me ferais ripaille !
    Aux lèvres en pâmoison,
    Par mon bord je tressaille.

    Ô mélodie suave!
    Sur les flots d’un terroir,
    Pour une note Graves,
    Je serais abreuvoir!

    Chasseur de taste-vin
    A coupelle-Tantale,
    Mes espoirs-Chambertin
    Se marient au cristal.
    Je me fais pourvoyeur
    Des secrets d’une alcôve
    Nectar ensorceleur
    En ma coupe se love.

    Je me sens honoré
    Quand on me lève haut,
    J’ai le cintre gonflé
    D’ivresses à gogo !

    Parfois un’ décoction
    Parfumée au jasmin
    Me caresse le front
    Pour un meilleur matin.

    Je déborde d’amour
    A promesse câline,
    Quand le vin se fait jour
    Pour des nuits libertines.

    Or, quand je suis de trop,
    Que tout se rapetisse,
    On se prend pour Narcisse
    Ou bien Greta Garbo.

    Flute, coupe, ballon,
    Mes formes s’harmonisent
    Pour de précieux litrons
    Sur une île- marquise.

    Oui, j’ai mes préférés,
    Ceux aux lèvres gourmandes
    Qui m’caressent à doigté
    De papilles friandes.

    Buvez à satiété !
    Je suis là pour vous plaire !
    Un vin à volonté,
    Ou un vin de misère.

    Mais, si vous me cassiez
    A bris tranchants de noirs,
    La malchance glanée
    Entacherait l’espoir.

  2. Clémence dit :

    Un verre à moitié plein drague la goutte qui fait déborder le vase.

    « Je ne pouvais m’empêcher de repenser avec nostalgie aux fastes d’antan : les nappes et serviettes de lin blancs, l’argenterie, la porcelaine fine, les verres de cristal (dont je faisais partie) . Quel plaisir d’être pris délicatement par des mains soyeuses aux pierres éblouissantes, de voir des mains qui se frôlaient, des regards qui en disaient long! Quel plaisir de tendre l’oreille et d’entendre la musique des mots. Quel plaisir d’être comblé par un nectar à la robe grenat, aux arômes inoubliables…
    C’était la belle vie !

    Malheureusement, une main maladroite heurta mon col et me blessa méchamment. C’en était fini de ma présence à table, Même du fond de l’armoire où je croupissais, j’entendais la maîtresse de maison  s’inquiéter :
    – Charles-Edouard, pourvu que nous n’ayons jamais à être douze à table…

    Mais cela arriva. Des décisions graves furent prises. Le service entier fut emballé et quelques jours plus tard, étendu sur un drap à même le sol , à l’occasion d’un vide-grenier.
    Ma seule consolation fut de voir, à ma gauche, un joli vase de cristal aussi meurtri autant que moi. Nous fîmes discrètement connaissance, nous nous plûmes dans notre détresse. Nous espérions secrètement pouvoir faire un bout de chemin ensemble…

    Un dimanche matin, un homme fort en voix s’arrêta et marchanda longuement. Finalement, il nous emmena pour un prix dérisoire auprès de sa Belle. Nous débarquâmes ainsi dans une maison de village bien restaurée. Il ne fallut pas long temps pour que les autres verres fussent à leur tour ébréchés ou tout simplement cassés. »

    Le verre ébréché n’osa pas aller plus loin dans son récit car il n’avait pas de quoi être fier !

    Ce qui est triste dans cette histoire, c’est que peu à peu, « le » verre ainsi que les autres devinrent le reflet des habitants de cette maison. Après de joyeuses entrées, de belles tablées ornées de fleurs dans le vase de cristal, l’ambiance se mettait imperceptiblement à changer. Les bouteilles s’alignaient sur la table, les cendriers débordaient, les voix augmentaient en volume, les premiers éclats fusaient, les gestes se faisaient moins précis. Les heures s’enchaînaient, les couverts choquaient les assiettes et les verres tout autant que les propos choquaient les oreilles de la Belle.
    Le verre fut plus souvent à moitié plein qu’à moitié vide et, à chaque fois qu’il était à moitié vide, son taux d’alcoolémie grimpait dangereusement.
    Belle se leva et revint avec quelques fleurs à tiges hautes qu’elle ajouta dans le vase pour ne plus voir en face d’elle les visages congestionnés et les yeux rougis.

    C’est alors que le verre ébréché et éméché commença à draguer la goutte d’eau qui perlait sur le bord du vase.
    Oh, il commença discrètement sa cour, l’air de ne pas y toucher. La goutte d’eau y fut d’abord sensible.
    Cependant, elle fut vite agacée, gênée et même incommodée car les propos s’alourdirent, virèrent à la grivoiserie pour se terminer en goujaterie.

    La goutte d’eau, qui avait d’abord fait preuve d’une patience exemplaire, eut un accès de colère et de détresse.
    Sans crier gare, les joues en feu, elle prit la poudre d’escampette.

  3. Smoreau dit :

    Il est à moitié vide, il le sait. Mais depuis ce matin, il se sent vide. Vidé… Il voudrait trouver sa moitié. Il a besoin de faire le plein, le plein d’amour. Trop seul sur le guéridon. On l’a oublié un soir de fête. Ce soir-là, il s’était amusé. Les verres s’entrechoquaient, la musique flottait, les gens riaient. Il avait repéré une flute bien roulée. Gracieuse, sur un plateau, elle virevoltait dans la pièce. Ses bulles étaient des paillettes d’or. Brusquement, une femme la posa tout près de moi. La coupe était dangereusement remplie à ras bord et la femme de haine. Elle chuchotait méchamment à son ami : « C’est trop ! Cela suffit ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » et d’un geste vif elle renversa la jolie coupe qui se brisa. Mes espoirs de séduction à terre. Une petite goutte de champagne que je n’aurais pas.

  4. Antonio dit :

    – Vous êtes absolument incroyable !
    – Pardon ?
    – Si je peux me permettre j’adore votre culot ! … Vous en imposez, dîtes-moi ! … Quelle prestance ! … Vous leur tombez dessus et ils sautent tous pour vous laisser la place…
    – Mon culot ? Parlez pour vous, c’est vous qui me tombez dessus sans même vous présenter.
    – Oh, excusez mon indélicatesse. Je m’appelle Achampagne. J’ai été invité au dernier moment. Normalement ils n’auraient du être que deux.
    – Je sais.
    – Ah ! … Et vous êtes ?
    – Je suis venu avec l’incruste.
    – Ah ! … Et vous êtes ?
    – Sa belle mère. C’est elle qui a amené les fleurs d’ailleurs, le jour de leur anniversaire de mariage. Vous imaginez Corinne quand elle l’a su ? … Elle, dans sa petite robe échancrée, un décolleté à donner le vertige au premier regard amoureux… et sa belle-mère qui débarque ? …
    – Le vertige, oh, comme vous dîtes juste… J’en ai la tête qui tourne. Dès que je vous ai vue…
    – Vous avez bu ?
    – Oh, je suis à moitié plein, mais ce n’est rien à côté de l’effet que vous m’avez fait quand je vous ai vue tomber à mon pied.
    – Comme vous dîtes. Et il n’y a pas que moi qui suis tombée de haut !
    – Mais quel éclat dans vos yeux…
    – Ca, pour éclater, ça a éclaté, c’est le moins qu’on puisse dire. J’ai été poussée, je ne me suis même pas vu glisser. Et là, tout a débordé !
    – Vous êtes si belle…
    – La belle mère sur le canapé, la vaisselle par terre, le vase par la fenêtre, les fleurs avec…
    – Si seulement…
    – Si seulement quoi ?
    – Si seulement vous acceptiez, juste un instant de vous la couler douce dans mes bras…
    – C’est clair, vous avez bu !
    – Oh, à peine. Juste un baiser…
    – Mais flûte à la fin, vous vous prenez pour qui ?
    – … suffirait à combler ce vide en moi, à raviver le pétillant évaporé… oh, si seulement…
    – Monsieur Achampagne vous vous montez la tête, je ne suis pas celle que vous croyez.
    – Mais qui êtes-vous alors pour faire preuve d’autant de dédain envers mes sentiments ?
    – Je ne suis pas larme facile qui se couche à la moindre émotion, qu’on tire dans un coin de l’œil, encore moins la chaudasse qui mouille au premier verre avant de se faire sécher ou écraser une fois l’affaire faite.
    – Mais…
    – Non, je suis de celle qu’on retient, Monsieur Achampagne, celle qu’on arrache avec le cœur, qu’on refoule aussi parce qu’on la craint, je suis la goutte qui fait déborder le vase d’amour comme de tristesse, d’amertume comme de rires… de ce même éclat qui vous éblouit et qui vous fait dire n’importe quoi…
    – Comme vous êtes…
    – Au lieu de regarder le vide à combler, vous feriez mieux de vous occupez de ce que vous avez avant que vos bulles changent d’air. Bonsoir !

  5. isabelle hosten dit :

    Un verre a moitié plein drague la goutte qui fait déborder le vase.

    Il lorgna la trace de rouge à lèvre sur son col, laissée par la bouche suave de la parisienne qui avait consommé toute la soirée sans modération il faut l’avouer, avec une délicatesse ampoulée. Pas trop appuyé le rouge, juste un coquelicot hors de prix qui n’était pas censé laisser d’empreinte, ni sur les verres, ni sur les lèvres de son amant. Il s’était bien marré comme souvent. La maîtresse de maison avait le chic des diners culs pincés interminables. Elle notait tout cette obsessionnelle, histoire de ne pas répéter les mêmes convives, les mêmes recettes, les mêmes accords mets et vin. Une véritable industrie de la fausse convivialité. Le maître d’hôtel avait débarrassé. Il se retrouvait seul à côté de l’évier, près du vase contenant le bouquet livré plus tôt dans l’âpres-midi. Un truc immonde crachant ses couleurs. D’ailleurs elle avait horreur de ça. Elle disait qu’elle était allergique aux plantes et que les invités manquaient cruellement d’imagination. Offrir des fleurs c’était vulgaire et rétrograde. Il nota que le vase était prêt a déborder. Une goutte bien gironde, bombait le torse sur le bord, prompte à glisser sur le cristal.
    – Oh la belle? Tu hésites? tentant la glissade non?
    La goutte frémit et hésita en s’adressant au verre:
    – Je vous trouve bien aise de m’apostropher de la sorte…
    Il se dit qu’elle était aussi coincée que la bourgeoise qui avait eu le bon goût d’envoyer le bouquet.
    – Et bien après tout, il n’ y a pas foule par ici; c’était histoire d’alimenter la conversation. Si tu prenais un peu d’élan on pourrait faire connaissance…
    Elle n’était pas du genre soupe au lait mais tout de même, il se prenait pour qui celui là.
    Malgré tout, elle se sentit flattée, séduite par ses formes et une finesse incontestable sous ses abords cavaliers. Elle s’imagina dévaler son col jusqu’au fonds et sentit nettement sa tension de surface augmenter. Elle vacilla.
    – Vous êtes bien loin cher voisin, je ne vois pas comment vous rejoindre…
    Le verre considéra l’angle d’attaque, sa position vingt bons centimètres dessous. Il n’était pas expert en viscosité ni en mécanique des fluides mais l’expérience se tentait. Au pire la goutte irait s’écraser lamentablement sur le marbre.
    – Allez la belle, lance-toi, lâche prise. Il me reste un fond de Cheval Blanc. Te promets, vu le millésime, si je t’attrape, tu vas rosir de plaisir…
    La goutte se tortilla quelques instants avant de faire le grand saut. Elle vit les coroles s’éloigner, prit de la vitesse. Elle sentit l’arête du cristal sur ses reins et très vite, les tanins, les fruits fondus, des arômes de cuir et de musc, le vertige des vapeurs d’éthanol…Divine idylle…

  6. Pascal Perrat dit :

    Voilà une belle et nouvelle façon de parler du vin.
    Vos mots ont du corps.
    A lire à la bonne température…

  7. ourcqs dit :

    Un verre à moitié plein drague la goutte qui fait déborder le vase…
    Non mais, pour qui se prend-il ce gros plein de rouge ? bien sûr, quand on s’appelle
    Saint Amour du clos de Chamanton, on pense avoir tous les droits. Trop brillant pour être élégant, épanoui, certes, mais proche du ballon balourd, limite agressif. Moi, la petite goutte, j’apprécie, j’aime les préliminaires, délicats,épicés, pour faire monter la tension, le jeu, les enjeux, regards intenses, gouleyants, tout est dans le racé, peut-être un peu canaille, et si bulles, d’esprit, naturellement, alors j’explose, et tout peut déborder… jubilatoire !!!

  8. danielle 78 dit :

    Un verre à moitié plein drague la goutte qui fait déborder le vase.
    Inventez leur dialogue

    « Objets inanimés, avez-vous donc une âme » ?
    Alain et Brigitte Dulin reçoivent ce soir à dîner le nouveau patron d’Alain, accompagné de sa femme. Brigitte, convaincue que cette réception revêt un enjeu capital pour la carrière de son mari, s’affaire depuis de longues heures pour que tout soit parfait. La cuisine est sous contrôle, la table est joliment dressée. Il ne lui reste plus qu’à installer son bouquet de fleurs pour la touche finale.
    – Alain, as-tu sorti le vin ?
    – Oui, ma chérie, il est sur la table de la cuisine
    – Tu l’as goûté ?
    – Ben non, je le ferai à table
    – Quoiiii ! Tu n’y penses pas. Goûtes-le et mets le dans une carafe, tu sais celle en cristal que ta mère nous a offerte.
    Alain et Brigitte se retrouvent dans la cuisine encombrée. Elle arrange ses fleurs dans le joli vase qu’elle a acheté tout spécialement hier, Alain goûte le vin. Il a pris un des verres qu’ils utilisent au quotidien. Une petite gorgée le rassure ; il ne boit pas tout ce qu’il a versé et abandonne le verre dépositaire de la robe écarlate du délicieux breuvage. Brigitte peste : l’eau de son vase déborde un peu. Les invités sonnent à l’interphone, Alain et Brigitte quittent la cuisine, la soirée commence…
    Sur le plan de travail encombré se joue une autre histoire, le verre fixe le bouquet, il veut profiter de cette jolie compagnie qui le change de son ordinaire. Il aime le beau et cette soirée est un vrai cadeau, il abrite un liquide inhabituel de grande classe et il partage un moment inattendu avec le cristal étincelant du vase et les parfums délicats des fleurs colorées. Le verre est à tout à son plaisir. Celui de découvrir un monde qui n’est pas le sien. Il avise alors une ravissante goutte d’eau, irisée, toute rebondie, qui descend doucement le col du vase.
    – Bonsoir mademoiselle, vous venez pour la réception ?
    La goutte n’est pas surprise. Elle avait bien repéré dès le début de sa chute cette ombre garance. Surprise et intriguée par l’allure très ordinaire de l’écrin qui s’adressait maintenant à elle, elle répond :
    – Bonsoir monsieur, oui j’accompagnais le vase, mais il vient de me laisser tomber.
    – Je suis désolé de ce qui vous arrive. Je m’appelle Verre à moutarde. Voulez-vous vous arrêter quelques instants ? Nous pourrons parler.
    – Merci, je ne dis pas non. Je dois trouver un moyen de rentrer chez moi. Peut-être pourrez-vous m’aider ?
    – Je ne sais pas. Mais en attendant, asseyez-vous près de moi. Ca vous fera du bien.
    – Oui, merci, je crois que j’en ai besoin.
    – Voulez-vous boire quelque chose ? J’ai, par l’heureux hasard de cette réception, un délicieux bordeaux à vous proposer ou une eau fraîche pétillante.
    – Un peu d’eau pour commencer, merci. Moi, c’est Perle de cristal
    – Enchanté, c’est vraiment un joli nom.
    Perle de cristal se sent bien. Verre à moutarde est charmant, rien à voir avec ce vase guindé et égoïste. L’essentiel se cache peut-être au-delà des apparences, se dit-elle.
    Verre à moutarde est intimidé par cette apparition. Il peut commencer par l’aider se dit-il…

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