Osez la phrase sans verbe
La phrase sans verbe est interdite à l’école, mais ensuite on est libre. Heureusement ! Car c’est en bravant les règles de grammaire que l’on trouve son propre style.
Osez parfois la phrase sans verbe, même si votre correcteur la souligne…
«Pas un souffle, pas un flot, pas un bruit. À perte de vue, la mer déserte. Aucune voile d’aucun côté ».
Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer


Bonjour. voilà le deuxième texte sans verbe que je vous avais promis de poster. bonne lecture.
Le fond des choses jusqu’à la réponse définitive telle une course de longue haleine et jusqu’au bout du souffle, jusqu’au bout du chemin par dessus le sommet des côtes, à travers les fonds boueux et glissants et par-devers la fourberie des concurrents malhonnêtes.
Les points de côté, les crampes, l’essoufflement : aucun obstacle infranchissable, pas de découragement admissible jusqu’au bout du parcours. Une clarté de conscience comparable à la fluidité du sang bien oxygéné et telle une sève bouillante dans le flux des artères tout au long d’une course de fond.
D’abord, derrière la ligne et puis départ canon. Coureur de fond, tel un coureur de jupons, comparaison cavalière, un peu tirée par la crinière, mais alors, au galop ! l’horizon toujours en vue et découverte d’horizon en horizon de tous les paysages de la Terre, de tous les contextes incontestables au fil des sinuosités, des creux et des bosses, des fourrés et des clairières, des bois et des landes, des plaines et des montagnes, des océans et des déserts – steppes venteuses et glacées et jungles humides, royaumes des fauves avides de chair fraîche et de gibier innocent, dunes brûlantes avec ses prédateurs venimeux, toutes images de nos fantasmes, de nos peurs, nos hésitations, notre couardise : notre voyage intérieur.
Derrière la ligne, des milliers de coureurs mais un seul vainqueur : soi-même contre soi-même et fi des autres concurrents, fi des lauriers, des médailles et des récompenses. Seules en vue notre satisfaction, notre progression et l’aboutissement de notre quête. Jambes de plomb mais moral en or. La constance, la volonté, la dévotion, seules clés de la réussite, de la conquête de sa quête sans abandon. L’amertume au placard et l’espérance comme étendard.
Coureur solitaire ou coureur de relais, un flambeau à la main comme témoin ainsi que comme étoile guide. Accomplissement personnel ou transmission du savoir, du souffle et de la vie objectivée avec la joie comme récompense.
L’objectif : le fond des choses, leur en soi ésotérique, leur vie propre découverte en méditation. Ni la vie en surface, ni la réponse à tout mais leur essence subtile en résonance avec les flux enjoués de notre âme et leurs réponses aux vibrations éthérées de la création divine soit-disant inaccessible aux mortels mais si motivante dans la recherche de l’absolu.
Du fond du puits étriqué, glauque et sombre et sans issu du matérialisme fondamentaliste et de l’égocentrisme, par la source de nos ressources, la montée vers le firmament infini, constellé de questions en constellations harmonieuses, guides artistiques de la voix intérieure mystérieuse vers des réponses nimbées de plénitude dans l’empathie dévoilée entre l’un et le tout, entre le microcosme et le macrocosme : ligne d’arrivée.
Le silence.
Le silence, comme chemin de l’inspiration, comme remède aux flux incessants des pensées sans contrôle, levées de bourrasques, entrelacs d’idées contraires, conciliantes ou vindicatives, pratiques ou oniriques.
Inconscience machinale de ces interférences et entre jeux de par leur similitude avec le circuit de nos veines et de nos artères, des pulsations régulières de notre cœur en coordination avec le souffle, en accord avec les saccades de nos mouvements, les sursauts de nos émotions, les illuminations ou les tourments de notre pensée.
Mais voilà justement l’intrusion d’une arythmie perturbatrice ou salvatrice de la pensée, en obstacle dans un cul de sac, en retour impromptu sur elle-même, en prise de conscience forcée mais dans un tourbillon sans sortie logique possible.
La solution en soi-même dans le vide de la conscience, noire comme un ciel de nuit. Le ciel de l’infini et des étoiles porteuses d’images par le jeu de leurs constellations ordonnée dans l’harmonie cosmique. Prise de conscience du même ordonnancement en nous-même que dans le fil de la création. Étoiles, veilleuses du sommeil et de l’inconscient, peuple éveillé du vide, actrices dans l’émergence de notre attention vidée des images et des sensations du jour, des souvenirs et des projets unis dans l’imbrication de notre logique.
Juste l’instant présent éternel plein du vide créateur – déclinaison des étapes du chemin dans une suite d’images inconnues – contenu de notre inconscient ou de notre liaison avec le monde de l’au-delà. Sentiers exotiques et passionnants de la réalité idéelle. Conscience d’un en-nous inconnu.
Alors, silence, calme, intrusion autorisée dans ce monde interdit par le bon sens. Et là, le vrai bon sens – cascade libre et bruyante porteuse de mots magiques par notre extase devant la grande source inépuisable de l’imagination et de la parole.
Donc dans une lettre, on peut écrire
‘En main, votre lettre reçu le 11 juin 2022.
Pourquoi pas ? Prendre des libertés avec les règles de grammaire, c’est faire preuve de créativité. Un auteur doit se sentir libre.
Sans âme me voici nuit désinvolte
Mon épée contre ton glaive
Mon cœur ouvert à tes armes
Hordes de rêves pitié!
Soie et fourrure à la place d’immondices
Foi et sourire joie de la plus pure race
Au réveil une traînée d’euphorie
Un traité de paix sur nos nuits !
Bonjour.
J’ai besoin d’un coup de main :
Doit-on écrire :
« Difficile exercice que de réussir toujours. »
ou
« Difficile exercice de réussir toujours. »
Je suis preneur de votre réponse à elduf@laposte.net
Merci
Bonjour, il suffit de prononcer à haute voix : « Difficile exercice que de réussir toujours. » pour se rendre compte « que le que de »
est malvenu. Cordialement.
Pff… rien de spécial.
Cheval magique, destrier rapide,
tes pattes fébriles, ton souffle subtil,
tes yeux soyeux, tes muscles saillants,
Esprit du vent, esprit du temps présent !!!!!!!
Tunisie…Rêve bleu, pour un souvenir de mon séjour comme une bouteille à la mer : un va et vient agréable.
Tunisie… Un au-revoir, pas un adieu. Comme un mirage, cette promesse d’un nouveau fleuve de sable. Et puis le rêve : pour demain… un autre voyage, peut-être !
Rêveries sur la dune, ton dernier regard dans mes yeux, ta main dans mes cheveux, ton parfum sur mon pull, la sensation de toi, douce nostalgie dans mon cœur.
Là ! La neigeronette blanche dans le rayon de soleil, flocon parmi les flocons, minuscule petite boule de plume avec son bec orange givrée !
Du beurre dans les épinards,
De l’eau dans son vin,
Tel père, tel fils,
Clair comme de l’eau de roche,
Après la pluie le beau temps,
Entre chien et loup,
Mi figue mi raisin,
Motus et bouche cousue,
Un froid de canard,
La peur au ventre,
Des larmes dans la voix,
Du rire aux larmes,
Des larmes de crocodile,
Goutte d’eau dans l’océan.
Petites ritournelles de ma vieille France.
C’est vrai qu’à bien y regarder les verbes règnent en maître sur les phrases.
Ils se conjuguent sous toutes les formes derrière des sujets qui se soumettent sans rien dire à leurs actions directes ou indirectes selon le cours de la phrase, en lettres capitales.
Noms communs, Adjectifs et Adverbes, mes amis,
Articles définis ou non,
Pronoms, délégués du personnel ou non, camarades,
Prépositions, mes frères,
Conjonctions de coordination, mes collègues,
Interjections et Onomatopées, les oubliés,
Tous au carrefour des ponctuations pour une manifestation de la place de la Majuscule jusqu’au rond point final… contre le verbe !
Antonio, Un travailleur d’Entre2lettres