Ne crachez pas sur le clavier

Heureux les tapeurs sur clavier, leur cerveau peut se reposer
On nous explique que l’écriture manuscrite active davantage de zones du cerveau que le clavier. Fort bien. Mais faut-il s’en réjouir ?

Lorsque je conduisais un camion sans direction assistée, mes bras travaillaient davantage. Pourtant, je ne regrette pas l’arrivée de la direction assistée. Elle m’a permis de consacrer mon énergie à la route plutôt qu’à la lutte contre le volant.

Le clavier joue le même rôle.
Pourquoi mobiliser 100 milliards de neurones pour dessiner chaque lettre quand 10 doigts suffisent à faire apparaître les mots ?
Pendant que les partisans du stylo entraînent leurs circuits cérébraux à former des boucles et des jambages, l’utilisateur d’un clavier peut consacrer son attention aux idées. Et à son imagination.


L’écriture manuscrite fait peut-être tourner le cerveau à plein régime.
Le clavier, quant à lui, lui évite de tourner à vide.

Pour les dyslexiques de mon espèce, les maladroits, les personnes âgées ou celles dont Champolion aurait eu bien du mal à déchiffrer l’écriture, le clavier est une bénédiction. Il corrige, réorganise, déplace, propose et efface sans ratures.

Il transforme le brouillon permanent en terrain de jeu.
On prétend que l’encre sur les doigts nous relie au monde.
Peut-être. Mais les ampoules, les crampes et les cahiers illisibles nous y relient aussi.
Personnellement, je préfère laisser mes doigts propres et mon cerveau disponible.
Après tout, personne ne reproche à l’ascenseur d’économiser nos jambes ni à la calculatrice de ménager nos neurones arithmétiques.
Pourquoi reprocher au clavier de permettre au cerveau de se reposer un peu ?
Le progrès n’est pas toujours là pour nous faire bosser davantage.
Parfois, il nous permet de penser à autre chose.
Je ne conteste pas les études scientifiques, mais j’inverse leur conclusion : davantage d’activité cérébrale n’est pas forcément un avantage si l’objectif est de libérer l’esprit pour la créativité, la réflexion ou l’imagination.

Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

8 réponses

  1. Françoise DURET dit :

    Bonjour,
    Je découvre votre publication, cher Pascal (tellement de mails en retard !) et elle m’évoque deux choses :
    – j’écris énormément avec un clavier, par obligation professionnelle. Plus librement sans doute : comme vous, le clavier permet à mon esprit de vagabonder et de sauter sur l’idée suivante pendant que je suis en train de taper la précédente. Mais j’aime toujours me confronter à l’écriture manuscrite. C’est le cas en atelier. L’écriture est en effet différente mais n’en est pas moins intéressante. D’ailleurs la plupart du temps, sur papier, j’écris très vite, avec beaucoup de ratures et de renvois vers les paragraphes précédents ou suivants. L’ensemble est souvent difficile à relire, signe sans doute que j’écris de façon manuscrite de la même manière que je le fais au clavier : en étant déjà sur l’idée qui suit, tout en laissant traîner un bout de mon cerveau sur la précédente !
    – en animation d’atelier d’écriture, j’ai fini par interdire l’ordinateur. Oui, j’avoue… moi qui pense toujours, comme quand j’avais 15 ans, qu’il est interdit d’interdire. Une participante avait demandé à venir avec son ordinateur, je n’avais pas d’avis là-dessus… au début ! Dès la 1ère séance avec elle – et ça s’est confirmé lors des suivantes – elle ne parvenait pas à finir aucun texte et finissait par se trouver en situation d’échec, frustrée à juste titre de ne pas avoir eu le temps suffisant pour aller au bout de ses intentions. L’usage de l’ordinateur, au lieu de la libérer comme elle le pensait, la bloquait, lui faisait perdre la fluidité de sa pensée, tant elle était accaparée par l’usage du clavier. Elle en avait pourtant l’habitude pour le travail, disait-elle. Mais son travail ne consistait pas à taper des textes personnels, où l’on doit pouvoir s’affranchir de contraintes externes pour se connecter à soi et à son imaginaire. Voilà comment je me suis fait violence et ai interdit l’ordinateur !
    Excellente journée !

  2. camomille dit :

    Il m’est beaucoup plus agréable d’écrire mes histoires sur le clavier.
    Mon esprit est libéré et dès que l’idée surgit…hop! Je la bloque.
    Tandis qu’en écrivant, manuellement, c’est beaucoup plus lent et je perds ma spontanéité.

  3. Béatrice PRIQUEL dit :

    Pour ma part, techniquement, je n’ai pas d’ordinateur portable et je me vois obligée d’écrire à la main dans des ateliers hors de chez moi. Après l’atelier, je retape ce qui s’est révélé, sur mon ordinateur.
    J’ai choisi, il y a quelques années d’écrire chaque matin dans mon lit une fois réveillée, donc c’était une écriture manuelle. Ce qu’on appelle journaling. Ce qui me permettait de reconnaitre la gratitude que je ressentais pour la journée passée ou présente, de me vider la tête des idées stressantes ou contraignantes qui m’assaillaient dès le lever, ou d’écrire tout ce qui me passait par la tête. J’ai expérimenté que la main peut être un pont entre la tête et le cœur.
    J’ai fait l’exercice pendant plus de 9 mois. Bien m’en pris. Cet entrainement m’a permis d’être confiante, lorsque je me suis inscrite à un premier atelier d’écriture. Rapidement j’ai pris le virus et je joue avec vous de temps en temps de chez moi sur mon clavier.
    Nous avons toujours le choix.

  4. Avoires dit :

    Je n’ai pas l’impression que mon cerveau est au repos lorsque je tape un texte. Autant l’écriture est un geste quasi naturel, autant le clavier est source pour moi d’erreurs qui me font perdre du temps dans ma pensée puisque je suis obligée de faire des corrections , dons de laisser ma pensée en suspens.
    A vrai dire, j’ai horreur de taper sur un clavier mais je ne fais que cela puisque l’on n’écrit plus à la main. Maintenant, nous allons sur les sites pour avoir des renseignements, poser des questions et recevoir explications et réponses.

    • Gilaber dit :

      Chère Avoires,
      Tout comme toi, j’ai depuis longtemps abandonné le stylo et que ce soit sur l’ordinateur ou mon Smartphone, je tape sur un clavier.
      Il est vrai que de travailler depuis un ordinateur, il est plus facile de surfer sur le net pour effectuer des recherches pour documenter un récit…

      Mais ce n’est pas pour autant que mon cerveau est au repos. Peu importe le support d’écriture, cela demande de la réflexion. Et même si je suis freiné par quelques corrections, mon imagination n’est pas davantage perturbée…

      À chacun son style, nos individuelles participations aux exercices de Pascal démontrent que nous ne sommes pas en manque d’idées…

  5. Personnellement, j’ai longtemps accordé une grande importance à l’écriture manuscrite. Non pas pour noircir des cahiers de notes, mais à travers des lettres personnelles, rédigées avec soin. J’aimais les décorer, y glisser quelques pétales de fleurs et imaginer leur voyage dans la sacoche du facteur jusqu’à leur destinataire.

    À l’époque, je ne me demandais pas si cette pratique mobilisait cent milliards de neurones. Et maintenant que je l’apprends, je ne m’accrocherais pas davantage à cet argument. Développer et entretenir son cerveau passe par une multitude d’autres chemins : la lecture, la réflexion, l’observation du monde, ou encore une curiosité intellectuelle constamment nourrie.

    Nous vivons dans une époque où l’information circule à une vitesse inédite et où les moyens de communication se sont multipliés au point de nous donner parfois l’impression que le temps lui-même s’est accéléré. La dématérialisation a permis de réduire considérablement l’usage du papier, notamment dans nos démarches administratives, mais aussi dans nos échanges quotidiens par écrans interposés.

    Cette évolution a-t-elle pour autant appauvri la qualité de nos communications ? La question est complexe et je ne peux y répondre qu’à travers mon expérience personnelle. Pour ma part, le désir d’apporter de l’attention, du soin et une part de créativité à mes échanges est resté intact. Hier, cela prenait la forme de lettres décorées ; aujourd’hui, mes courriels s’agrémentent d’images, de photographies ou de quelques gifs choisis avec la même intention.

    La différence est peut-être ailleurs. Autrefois, une simple rature pouvait me conduire à recommencer toute une lettre. Aujourd’hui, quelques corrections suffisent. Le support a changé, mais l’élan qui me pousse à communiquer avec authenticité demeure le même.

    À mes yeux, les avancées technologiques ne nous éloignent pas nécessairement de l’essentiel. Elles nous invitent plutôt à développer notre capacité d’adaptation et à rechercher un équilibre entre les possibilités nouvelles qu’elles offrent et la qualité de présence que nous souhaitons conserver dans nos relations humaines.

  6. 🐁Souris verte dit :

    Bof ! C’est une autre forme on passe de concentration à surveillance puis rectification. Avec l’écriture intuitive il écrit un tas d’âneries au point qu’un jour j’ai embrassé le notaire… au lieu de je vous envoie … il a rien dit mais ne m’a pas remerciée non plus ! Tu en sais qq chose Pascal puisque tu es notre ‘rectificateur’qui remet les textes au bon endroit. Pour la conduite je suis d’accord ! Surtout pour se garer 🐭

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