L’espoir d’être édité

J’entends souvent formuler ce souhait : « J’espère être édité » 

L’espoir est un bon sentiment quand on est souffrant, « J’espère guérir bientôt », ou, autre exemple,
quand on tombe en panne d’essence sur la route, « J’espère qu’il y a une station proche d’ici ! »

Là, d’accord, en pareil cas on a besoin d’espérance, puisque guérir ou trouver une station service ne tient pas à notre seule volonté.

Mais espérer ne sert à rien dans un tel projet, ce qu’il faut c’est la volonté et l’énergie d’écrire. Ces deux moteurs nous placent dans la réussite.

Espérer être édité, c’est comme rêver que des forces surnaturelles vont nous prêter mains fortes, rêver qu’une fée va se pencher sur notre projet.

Espérer n’est pas un sentiment motivant. Au contraire. Espérer, ce n’est qu’escompter la possibilité que peut-être… si ceci, si cela.

Ecrivez d’abord votre histoire en ne pensant qu’à elle, en ne respirant que pour elle. Ne pensez pas, dès les premières pages écrites,
aux manuscrits auxquels votre livre va être confronté plus tard, dans un éventuel comité de lecture.

Pour l’instant, votre seul challenger, c’est vous.

Ne comptez que sur votre capacité à mobiliser votre énergie pour aller jusqu’au dernier mot de votre roman.

Et même si votre livre n’est jamais publié, écrivez-le, ne serait-ce que pour savoir si vous en êtes capable.

Pour ne pas mourir un jour avec le regret de ne pas être allé jusqu’au bout de cette envie d’écrire qui vous hante peut-être depuis si longtemps.

« Faites quelques sacrifices pour votre art et vous serez payé en retour,
mais demandez à l’art de se sacrifier pour vous et vous ne connaîtrez qu’amère désillusion. »
  Oscar Wilde

Baguette magiqueMéditez cette parabole 

Un écrivain, fatigué par ses heures d’écriture décida d’aller se promener un moment en forêt.

Il emporta son manuscrit avec l’intention de le relire sous les ombrages.

Ayant marché une petite heure pour s’aérer l’esprit, il s’installa à l’ombre d’un grand et vieux chêne majestueux. C’était un Arbre à souhaits, mais il l’ignorait.
Tandis qu’il était allongé sur le sol, il pensa qu’il serait bien agréable de se retrouver dans une confortable chaise longue. Aussitôt, elle apparut à côté de lui.

Ravi, l’écrivain s’y installa en disant que le comble du bonheur serait qu’une jeune fille vint masser ses jambes percluses. La jeune fille apparut et le massa très agréablement.

« J’ai une petite faim, se dit-il, grignoter en ce moment serait bien agréable. » Une table surgit, chargée de mets et de fines bouteilles.

Il mangea et but à satiété.

Bientôt la tête lui tourna et ses paupières s’alourdirent.
Il posa son manuscrit à ses pieds et se laissa aller en pensant aux merveilleux événements de cette extraordinaire journée.

« Je vais somnoler un peu, se dit-il. J’espère qu’aucune bête ne viendra roder ici pendant mon sommeil. »

Une famille de mulots surgit aussitôt et festoya avec les pages de son manuscrit.

Nous avons tous, planté quelque part dans notre esprit, un bel arbre à souhaits…  

Je suis dyslexique. De facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau. Mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Peut-être avez-vous remarqué une faute. Merci de me la signaler : blog.entre2lettres(at)gmail.com

8 Responses

  1. Louis Martin du Gard dit :

    Excellent parallèle Pascal.
    Pour ma part, je compare souvent l’écriture avec la course à pied (Même si Murakami l’a fait beaucoup mieux que moi dans « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond »…).
    Pour ma part, j’ai couru quelques marathons ces dernières années, avec plus ou moins de succès ! Mais avant de parcourir les 42km195, j’ai beaucoup couru « pour rien », seul, sous la pluie, dans le vent, quand les autres s’amusaient à la plage, quand j’étais fatigué, etc, etc. Un jour, j’ai fait une course de 10km Pas pour gagner, non, pour participer à une fête populaire. Puis j’ai remis çà. J’ai tenté un semi marathon dont la ligne d’arrivée me paraissait être le bout du monde… puis un jour je me suis dit : « JE PEUX LE FAIRE ». Je me suis inscrit à un marathon, je me suis préparé pendant plusieurs mois en courant plusieurs fois par semaine. Je l’ai fini épuisé après 04h50 de course. Epuisé mais ivre de bonheur ! J’ai juré que plus jamais je ne recommencerai… j’ai récidivé par trois fois déjà ! Je n’améliore pas toujours mon temps mais je prend du bon temps en courant. Surtout, je vais au bout de moi-même.
    C’est ce que je dis souvent aux gens qui me découvre écrivain et s’étonne de ce qui leur semble être ma « facilité » à écrire alors qu’ils n’arrivent pas à sortir plus de quelques pages et abandonnent aussiitôt leur projet d’écriture. L’écriture, c’est comme la course à pied : on ne peut pas décréter qu’on va courir un marathon du jour au lendemain. C’est pareil pour l’écriture : on ne peut pas écrire un livre complet du jour au lendemain. Il faut beaucoup s’entrainer, écrire un peu tous les jours (l’idéal) ou au moins plusieurs fois par semaine avant de prétendre se lancer dans la rédaction d’un ouvrage complet avec la joie d’avoir créé, d’avoir engendré un livre.
    Il faut aussi se lire et se relire, accepter de supprimer, de revenir sur ce qu’on a fait, d’hésiter, de mettre de côté pour mieux revenir…
    Voilà ce que je voulais partager sur mon expérience de l’écriture.
    Désolé pour ce témoignage un peu long mais il aidera peut-être quelques uns à comprendre qu’il n’y a rien de facile dans l’écriture, que c’est une discipline de fer mais ce que l’on ressent à l’issue est d’une telle intensité qu’on s’y remet…

  2. Pascal Perrat dit :

    Il arrive qu’un chanteur produise un tube. Une chanson qui va faire le tour du monde. Mais ce chanteur ne s’est pas dit un jour : « Aujourd’hui, je vais me lancer dans la musique et être en tête du hit parade demain matin ! »

    En réalité, cet artiste chante probablement depuis de nombreuses années. Depuis l’enfance peut-être. Il a composé des tas de chansons qui n’ont jamais marché. Il a donné des dizaines de petits concerts dans des bistrots plus ou moins bien famés. Devant des gens qui se fichaient complètement de son répertoire. Devant des soiffards qui somnolaient sur son fond musical.

    Ce chanteur a connu des bides des années durant. Et plus d’un fois il faillit laisser tout tomber.

    Mais malgré tout il a continué à y croire. Il a persévérer à chanter et composer. Inlassablement. Même si la plupart des gens s’en foutaient. Jusqu’au jour où sa patience a été récompensée.

  3. George Kassabgi dit :

    à la naissance, notre vue sur ce qui nous entoure est sur un champ tout ouvert
    à quelque temps de là, l’air sent toujours en plein la liberté

    on apprend à lire, à parler, à discuter
    on nous raconte un tas d’histoires

    les expériences de vie nous forment la mémoire, l’esprit et autres
    les opinions s’implantent souvent en profondeur

    puis on veut écrire
    puis on veut publier

    “Si vous ferez quelques sacrifices pour votre art, vous serez payé en retour.”
    “Si vous demandez à l’art de se sacrifier pour vous, vous connaîtrez amère disillusion.”
    —Oscar Wilde

    Qui vit en espérant, c’est celui
    Qui veut mourir en chantant
    —proverbe italien

    oui, on a tous une bonne dose de creativité (plus ou moins intacte)
    oui, le travail à terminer avant de publier est ce qui compte

    mais ne faudrait-il pas tenir compte de ce que nous avons vécu ?
    mais en sommes-nous toujours capables ?

    une impulsion de créer par l’écriture
    une impulsion d’aider autrui est tout aussi créative

    aussi, il ne suffit pas de savoir faire
    aussi, il faut aussi faire savoir… à soi-même surtout

    le temps ne passe ni vite ni lentement
    le moi, le nous… c’est eux qui passent inlassablement

    George Kassabgi
    4 Juillet 2013

  4. isabelle hosten dit :

    La charrue avant les boeufs:
    Avant l’espoir il y a désir. Désir d’écrire, une impériosité qui dépasse tout le reste. Se pose alors la question de l' »écrire pour qui », du destinataire. Accepter qu’un jour ce petit monde intérieur né de votre imagination ne vous appartienne plus est l’étape suivante, celle qui doit venir après l’écriture. Cet aiguillon est pourtant si prompt à nous tarauder et nous plonger dans les affres du doute et du manque de confiance en soi. N’écoutez pas les sirènes, foncez, soyez vrai avec vos mots, parce que c’est encore le meilleur moyen d’être vrai face à votre futur public. Comme beaucoup de choses dans la vie, écrire c’est 95% de labeur et de déception pour 5% de jouissance. L’édition est une jolie cerise sur le gâteau que vous avez confectionné. Après c’est une nouvelle aventure qui n’a plus aucun rapport avec celle d’écrire. Alors AUTORISEZ VOUS avant toute autre chose…Bon vent

  5. Daniel Mathieu dit :

    Réaliser son rêve de voir « son » livre publié n’est plus si difficile ni coûteux aujourd’hui grace à l’auto-édition sur internet; et c’est vrai que d’avoir en main son livre joliment imprimé et relié, prêt à diffuser et offrir, est une joie incomparable.
    Le plus dur est ce qui précède : écrire le livre !

  6. Sloty dit :

    Ça ne va peut-être pas faire plaisir à tout le monde mais c’est très juste.
    Pour écrire un livre il faut beaucoup de persévérance et on est pas sûr du résultat

  7. Louis Martin du Gard dit :

    Très belle chronique, très juste : il faut se donner les moyens d’accéder à ses rêves… C’est pour çà que je continue d’écrire même si le succès n’est pas au rendez-vous (pas encore !). Parce que j’aime çà et que j’en ai besoin.
    Si le succès vient un jour, tant mieux.
    Sinon, j’aurai exprimé tout ce que j’avais sur le coeur, dans mon âme et exploré des contrées merveilleuses, la plume à la main…

  8. Alfred dit :

    « Méfie-toi de ce dieu qui exauce ! »
    proverbe soufi
    🙂

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