Exercice inédit d’écriture créative 137

Longtemps j’ai vécu dans une bouteille,
mais par n’importe laquelle,
c’était…

Imaginez la suite609-vin-blanc-bordeaux-sauvignon1_1

18 Responses

  1. Clémence dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille, mais par n’importe laquelle, c’était…

    Prenez une bouteille de verre
    Tout à fait ordinaire,
    Prenez des bouts de bois
    Ronds ou plats
    Prenez de la ficelle,
    Fine et bien tressée,
    Prenez des chutes de tissu
    Blanches ou beiges
    Pensez au petit pot de colle
    Faites-en un joli paquet
    Adressez-le au gardien de phare
    Qui souvent s’ennuie
    Tout seul en haut de l’amer
    Attendez longuement…

    C’est ainsi que mon histoire a commencé. Les mains et l’imagination du marin m’ont créé de toute pièce, avec patience et passion. Enfin, fier de mon trois mâts, j’avais trouvé mon océan.

    Longtemps, mon marin et moi demeurèrent dans notre tour d’y voir.
    Jusqu’à ce jour funeste où nous fûmes condamnés : mon marin, à prendre sa retraite, l’amer, à être démoli et moi, à errer de mains en mains car personne ne voulait de moi…
    « Trop ringard… »
    « Jure avec mon intérieur »
    « Ramasse poussière »
    Tels étaient les commentaires désobligeants que j’entendais dans la famille. Après moult tergiversations et à l’unanimité, mon sort fut scellé et jeté.

    Aux aurores, je fus installé, avec précautions tout de même, sur une grande toile à même le sol pour un vide grenier. Les badauds me regardaient, tantôt avec envie, tantôt avec mépris.
    Tout à coup, une voix enfantine émerveillée me sortit de ma torpeur et de ma tristesse :
    «  Qu’il est joli, ce trois mâts ! »

    Après un long voyage, j’accostai sur une étagère de bois flotté, dans un minuscule musée municipal, à mille kilomètres de tout rivage marin.L’acquisition fit grand bruit dans le village et l’instituteur organisa une visite. Au préalable, il informa ses élèves :
    «  Nous allons voir un objet extraordinaire, observez-le attentivement car ce sera à vous de trouver comment il a été fabriqué »

    En ma présence, les gamins ouvrirent tout grand leurs mirettes et leur bouche puis commencèrent à lever timidement la main….

    – Peut-être qu’on l’a mis tout petit dedans et qu’on a attendu qu’il grandisse…
    – On l’a mis petit dedans puis, au soleil…
    – On a mis une graine de bateau, puis, on l’a arrosée….
    – Il est en caoutchouc, on a soufflé avec une paille pour le gonfler …
    – On a pris une très grande bouteille pour que le bateau rentre dedans et puis on a cuit pour qu’elle rapetisse…
    – On a mis un petit bateau et on l’a très fort mouillé pour qu’il gonfle comme une éponge…
    – On a troué la bouteille pour le mettre dedans et on a recollé la bouteille…
    – Fastoche, avec une imprimante 3D

    L’instituteur accueillit toutes les réponses de ses élèves avec bienveillance puis il leur dit :
    « A mon tour de donner une explication. » Silence, les fronts se plissaient ….
    « C’est possible, comme ça ? Monsieur ! Il faut être très adroit ! »
    «  Oui, c’est possible et c’est bien là tout l’art du navibotelliste. Mais, approchez-vous et cherchez les indices qui confirmeront ….. ou non, ma version »

  2. Béryl Dupuis-Méreau dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille,
    Mais par n’importe laquelle,
    C’était… une bouteille cubique, avec un gros goulot, fermé à l’origine par un bouchon adapté, mais qui depuis longtemps s’était égaré. Et tout mon contenu s’était ainsi déversé, sans retenue, coulant à flots. Quand je dis: « à flots », je n’exagère pas, car c’était incroyable tout ce que cette bouteille pouvait contenir, un vrai tonneau des Danaïdes, elle n’en finissait pas de se déverser! J’avais été jetée à la mer, il y a très très longtemps, et depuis je me promenais, au gré des courants, d’escales imprévisibles sur des rivages connus ou pas. En fait, c’était une mer bordée de rivages, et je savais que fatalement, au gré des tempêtes et des marées, j’aborderai quelque part, dans un ailleurs sans fin toujours changeant, et toujours renouvelé, où ma bouteille déverserait ses flots une fois encore. Il y a très longtemps de cela un poète avait chanté la mer où je voyageais, la mer qu’il devinait violette bien que ses yeux morts ne perçoivent plus l’apparence des choses. Mais son regard intérieur voyait l’invisible pour le commun des mortels.
    Qui je suis? Vous n’avez donc pas encore deviné?
    Je suis une bouteille d’encre, bien sûr, une bouteille d’encre violette (Eh oui! Homère avait deviné juste!)qui voyage d’un rivage à l’autre de la mer, Notre Mer, la Méditerranée, et qui depuis des siècles et des siècles y déverse l’encre de toutes les histoires inventées par des générations de merveilleux conteurs, au cours de toutes les civilisations qui se sont croisées et heurtées sur ses rivages, dans un temps sans fin ni commencement.

  3. Béryl Dupuis-Méreau dit :

    Longtemps j’ai vecu dans une bouteille,
    mais par n’importe laquelle,
    c’etait…une bouteille a la mer!
    Ah!!! J’en ai fait des voyages!!! La destination importait peu, l’essentiel etait
    de bouger. Qui sait? Peut-^etre ne suis-je pas alle loin, peut-^etre ai-je tourne
    en rond, peut-^etre l’ocean immense que j’imaginais parcourir en tous sens n’etait
    qu’une mer fermee, mais cette sensation des vagues immenses, qui la decrira? Un
    manege magni que, des montagnes a franchir en se laissant simplement porter,
    et puis, arrivee au sommet, l’e et toboggan, vertigineux, brutal et jouissif, dans
    les eclaboussures de l’ecume!!! Et les courants marins turbulents et capricieux, les
    e ets de siphon qui vous entra^nent vers les profondeurs au spectacle magni que {
    autre monde| avant de vous recracher vers la surface, un vol plane et puis plouf!!
    dans une gerbe d’eau vous revoila
    ottant… Et les temp^etes alors!!!! Nuit noire,
    eclair, nuit noire, le boucan, le fracas du tonnerre, les paquets d’eau qui s’abattent,
    vous vous dites: je vais craquer!, mais non! vous revoila a la surface, vous ne savez
    pas comment!Puis ca recommence! Et d’autres fois au contraire, ou le ciel est si
    clair que la lumiere devient incandescente, et vous br^ule, le bercement des vagues si
    doux que vous vous endormez… Et soudain, un oiseau dans le ciel, un bruit rythme
    et lent de vague qui s’apaise et meurt, une sensation de douce caresse, puis une
    peau rugueuse qui vous retient, c’est chaud, c’est moelleux, dore et granuleux. Le
    sac et le ressac au loin. Vous ^etes sur le rivage. Terra incognita. Et c’est avec
    impatience que vous allez attendre la prochaine maree pour reprendre le large.
    1

  4. Sylvie dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille, mais pas n’importe laquelle. C’était un flacon ambré, bosselé, au corps rond et plat et au cou allongé, fabriqué par Jayan, le souffleur de verre de l’île d’Elgoï. Depuis des années, je décantais dans cette carafe où le grand mage d’Elgoï m’avait créée. J’étais née de savoirs distillés dans un berceau d’essences macérées. J’étais un nectar précieux que mon maître avait concocté une nuit où les étoiles lui avaient donné un mauvais présage : l’engloutissement de l’île et de ses mystères. Il s’était alors précipité au fond de la grotte sacrée et, dans le flacon ambré de Jayan, il avait versé une partie du contenu des fioles essentielles. Mais les jours et les années passèrent, sans catastrophe, ni engloutissement, ni destruction. Les étoiles sont parfois tête en l’air… Au début, le mage m’observait souvent, surveillait ma croissance, penchait le flacon d’un côté et de l’autre, mais sans jamais l’ouvrir. Moi, à l’intérieur, je me fortifiais, je me nourrissais de mes composants les plus purs et m’embellissais. Quand j’atteignis une fluidité parfaite et une belle robe noire, le mage me relégua tout en haut de la fiolothèque, aux côtés des vieilles décoctions démodées que personne ne consultait plus. Le temps passait, et peu à peu, je sentais mes molécules se décomposer une à une et me quitter pour aller se coller sur les parois du flacon. Je me figeais, je me desséchais. Pendant ce temps, le grand mage, Elgoï et ses habitants coulaient des jours paisibles, jusqu’à cette nuit où une vague géante déferla sur l’île. Le courant enragé s’engouffra partout, dans les moindres recoins de l’île. La population fut emportée, l’eau se faufila dans les grottes et les galeries souterraines. La fiolothèque fut soudainement transformée en une mare de verre brisé et de liquides glauques et visqueux. Et moi ? Moi, le nectar précieux ? Le trou noir. Je repris mes esprits dans un filet de corde en plein soleil, sur le pont d’un bateau. Une grosse main rouge me saisit. J’eus très chaud, tout à coup. La main me posa maladroitement sur une table mal rangée. Mais je ne pouvais pas tenir debout. Mon flacon roula, roula, heurta violemment le mur au bout de la table et se brisa. Doucement, je me sentis couler, glisser hors de ma carapace, je ne pouvais pas m’arrêter, je glissais, glissais, c’était doux et rugueux à la fois. J’étais l’encre qui avait rencontré le papier. Je me faisais prisonnière de fibres finement tressées, j’avais rencontré mon élément et, tel un ruisseau, je creusais mon lit dans le papier. Mais je ne pouvais pas aller où bon me semblait. Je suivais, malgré moi, un chemin tout tracé de pleins et de déliés, qui commençait ainsi : « Il était une fois sur l’île d’Elgoï, au large de…
    ©Sylvie Wojcik

  5. Delphine dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille,

    mais pas n’importe laquelle,

    C’était une vieille bouteille de parfum pour hommes : « Ambre sans fin «.

    Je végétais là depuis un bout de temps, souvent ivre. Le matin, la tête en bas pendant quelques secondes, j’ essayais bien de sortir mais rien n’y faisait , le goulot était trop mince.

    Alors petit à petit, la bouteille se vidant et l’esprit plus clair, je me mis à l’exercice : série de bâillements toniques, étirements, planche, oscillation de tout le corps . . . il fallait que je fonde.

    L’après midi je nettoyais les parois, le soir il m’arrivait d’apercevoir la télé et le weekend je sifflais un peu – même s’il fallait frotter fort ensuite à cause de la buée. Ma vie devenait potable.

    Un jour j’eus pied et je fêtai ça par quelques bonds. Par la suite je me mis à la gymnastique, mon plaisir grandit, ma taille s’affina : encore quelques efforts et la sortie devenait possible !
    Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu.

    Un lundi matin , au lieu d’être énergiquement renversé, je fus – à ma grande frayeur- saisi et emporté.

    J’avais compris que mon propriétaire était sur le point de se remarier et du coup j’ imaginai le pire.
    Pourquoi nous garder la bouteille et moi ? Nous étions le cadeau passé d’une femme qu’il avait réussi à oublier et . . . nous jeter aurait pu marquer le début de sa nouvelle vie.

    Mais non, il nous déposa délicatement sur sa table de toilette .La pièce baignait dans la lumière , sa femme aussi et quand j’ai vu qu’elle me souriait … j’ai changé de plan.

    Au bout d’une semaine agréable un évènement chamboula tout .La veille du 14 juillet, un cambrioleur se déchaina dans la maison vide .Je fus jeté à terre sans ménagement. Fracas de vaisselles, meubles poussées, armoires renversées, au milieu des éclats je courus vers un flacon par chance resté intact et je m’y réfugiai.

    Aujourd’hui j’ y vis encore. Je baigne tranquillement dans son shampoing à la mangue. Mais pour combien de temps ?
    La maison a retrouvé sa tranquillité, le flacon diminue à vue de nez et . . . je ne sais pas comment je réagirai à la ma plongée dans sa chevelure. Non, je ne sais vraiment pas .

  6. Emmanuelle M dit :

    Longtemps j’ai habité une bouteille, mais pas n’importe laquelle… Soupir… Ce sujet est embarrassant, non que je ne veuille faire de confidence, au contraire, je souhaiterais animer ce blog par un récit pétillant, aigre, parfumé, vitriolé, un récit avec une couleur précise. Justement, me vient le vert du sirop de menthe – tropical–, le rouge carmin de la grenadine, le pourpre des jus vieillis… Et comme la lumière passe à travers du verre, c’est beau ! Déposant parfois sur la nappe des arcs lumineux et concentriques autour d’un point blanc aveuglant.
    Moi où j’étais, c’était noir, c’était comme avant le big-bang. Pourtant on dit souvent « j’ai fait ceci, j’ai fait cela – de super – j’ai pris un grand bol d’air ». Mais vivre dans une bouteille d’oxygène, c’est tout le contraire. C’est vivre dans le secret. C’est les yeux clos, le sommeil. Là, seule l’imagination apporte la plénitude, celle des grand fonds, d’un bleu marine, très marine.
    Un jour, un ange est passé, et pchiiiii…

  7. Sabine dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille. Mais pas n’importe laquelle. C’était une bouteille de vulgaire vin rouge dont le bouchon pleurait, pleurait…
    Cet idiot de bouchon pleurait sans cesse, et toutes ses larmes coulaient dans ma bouteille. Il allait gâter le vin ! Alors un jour, excédé, je me suis écrié :
    « – Hep, là-haut…Oui, toi, le bouchon. Arrête de pleurer, tu vas gâter le vin dans lequel je vis.
    – Qui es-tu ?
    – Je suis l’esprit du vin.
    – Laisse-moi tranquille.
    – Sûrement pas ! Pourquoi pleures-tu ? Tu m’agaces, à la fin.
    – Ca ne te regarde pas.
    – Ne dis rien si tu veux, mais cesse de pleurer.
    – J’ai perdu ma p’tite bouchonne.
    – Ta p’tite bouchonne ? Quelle p’tite bouchonne ?
    – Celle que j’aime. Ma p’tite bouchonne de vin blanc.
    – De vin blanc ? Mais tu ne vas pas épouser une bouchonne de vin blanc, vous aurez des enfants tout roses !
    – Tais-toi, et mêle-toi de tes affaires pour commencer.
    – Tu as tort de me faire taire. Tu dois bien savoir que l’esprit du vin réalise les vœux.
    – Foutaise.
    – Quel ronchon tu fais. Décidément, tu me fatigues. Essayes toujours, tu verras bien. »

    Pendant plusieurs jours, mon bouchon s’est tu. Puis les larmes sont revenues. Il commençait vraiment à m’exaspérer celui-là ! Mais un samedi matin j’ai entendu :
    « -Tout ce que je veux, c’est retrouver ma p’tite bouchonne.
    – Ha ! Enfin ! Je t’explique : nous allons nous glisser dans cette caisse de vin qui part pour un bouchon lyonnais, et ton vœu se réalisera. »

    Le lendemain, un serveur a ouvert notre bouteille et mon bouchon a retrouvé sa p’tite bouchonne. Grand bien leur fasse ! Qu’ils les fassent, leurs bébés tout roses ! Beurk. Mais au fond, je m’en moque. Moi, tout ce que je voulais, c’est que mon bouchon s’en aille, que je puisse m’envoler dans une bouteille de champagne.

    Prestigieuse, celle-là, au moins.

    ©Margine

  8. isabelle hosten dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille mais pas n’importe laquelle. C’était une bouteille standardisée. Un verre blanc, format classique, tirée en série a des milliers d’exemplaires. Mais c’était la mienne. Alors j’ai choisis de la personnaliser, d’y ajouter une charmante étiquette, chatoyante, aux couleurs de mes rêves. Tapissée d’un contenu velouté, souple au palais, des arômes d’herbes vertes, quelque minéralité, pour bouches délicates et à la fois sans grande typicité. Au fil du temps, j’ai gagné en structure, en complexité. Mais la vinification primitive a révélé ses défaillances. Je perdais en saveur, une lente dégradation. Alors j’ai agi…
    Depuis quelques jours, un changement radical s’opère. Je vis dans une autre bouteille. Une « bouteille à l’amour ». Pas de celles qui poussiérent au fond de caves prestigieuses. Une bouteille sans amarre, sans oenologue pertinent, lumineuse, qui se suffit. Avec elle je flotte vers d’autres rivages, lointains et désirés, qui ne ressemblent à aucune contrée mais que je reconnais. Sous la brillance de son verre délicat, j’ai revêtu ma plus belle robe, simple et sans artifice. Et il me semble tenir là, un cru…exceptionnel.

  9. Delphine Charles dit :

    Longtemps j’ai habité une bouteille mais pas n’importe laquelle… C’était une bouteille à moitié pleine, bouteille à moitié vide, je ne sais. Bouteille qui a de la bouteille en tout cas. Des parois rigides mais une rondeur intérieure. Goulot inaccessible mais au culot massif et protecteur. Un verre épais et déformant mais perméable à une luminosité chaleureuse. Un air raréfié mais aux effluves puissantes. Une envie évidente de faire sauter le bouchon !

    Merci encore Sylvianne et Pascal pour ce merveilleux atelier…

  10. Peggy dit :

    Longtemps, j’ai vécu dans une bouteille, mais pas n’importe laquelle. C’était une vulgaire bouteille d’eau en plastique bon marché, celles dont on a toujours l’impression qu’elles vont se fendre et nous glisser des mains tant le polymachin est mince. Bref un truc dans lequel personne ne rêverait de vivre. Moi non plus d’ailleurs ! Mon rêve à moi aurait été de traverser l’océan dans une bouteille d’Aqvavit*, d’abord elle est en verre ce qui a quand même plus de classe, ensuite étant peu connu j’aurais fait partie des « happy few ».
    L’alcool m’aurait tenu chaud aux moments les plus froids de mon voyage, et lorsque le temps ce serait étiré vers l’ennui, il m’aurait suffit de goûter mes souvenirs de petits verres bien remplis, accompagnés de toasts aux œufs de saumon pour me redonner du courage. Dans le plus fort de la tempête, ivre de ma boisson préférée, je n’aurais pas craint les vagues qui m’auraient propulsée à des hauteurs vertigineuses pour me jeter à des vitesses dantesques dans des creux abyssaux comme sur le plus effrayant des manèges.

    Mais tout cela n’est pas arrivé ! Enfermé malencontreusement j’ai vécu longtemps dans une bouteille de mauvaise qualité, j’ai flotté au gré du vent dans un ru, croisant de temps en temps des passants avec une mine dégoutée pour tout-ce-plastique-qui-pollue notre-planète, jusqu’à qu’un garde forestier ne me prenne quasiment avec des pincettes et ne me jette dans une poubelle.

    * Eau-de-vie consommée dans les pays scandinaves

  11. ourcqs dit :

    Toi, dive bouteille
    Tu m’as protégée des intempéries, guêpes, oiseaux et autres parasites,
    Tu m’as fait découvrir un jardin magique grâce à ton verre floutant
    Tu m’as immergée dans une eau de nouvelle vie
    Tu bonifies tous les arômes, tu exaltes les fragances cachées
    Tu m’entraînes vers de voluptueux instants,
    moi, poire williamine, ta compagne d’une saison

  12. Caillaud dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille, mais pas n’importe laquelle :
    une bouteille noire /
    une bouteille opaque /
    une bouteille dans laquelle il fait toujours nuit /
    une bouteille vide /
    une bouteille dans laquelle je suis la seule à briller /
    une bouteille et sa luciole //

    Stéphanie

  13. Nancy dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille, mais pas n’importe laquelle, c’était une bouteille de sirop de fraises préparé par ma grand-mère. La dernière avant qu’elle ne s’en aille. Je l’avais gardée pour une occasion spéciale. Elle m’attendait, gentiment, sagement, dans le buffet de la cuisine. Un jour où j’étais particulièrement triste et seule, les yeux dans le vide, le cœur et le corps anesthésiés, je l’entendis m’appeler depuis sa cachette. Voyant mon étonnement, elle projeta vers moi un petit nuage d’effluves sucrées et bonbonesques. Je fermai les yeux, je sentais chaque cellule de mon corps se réveiller progressivement, dans une douce tiédeur de plaisir. Je fus soulevée de ma chaise par une force invisible qui me tirait par les deux narines, et avant que je puisse réaliser ce qui m’arrivait, je nageai dans des vaguelettes vermillon, aromatisées à ces fruits rouges, que depuis toute petite, je dévorais sous toutes ses formes. Je flottais, légère et libre, au milieu d’un océan parfumé à l’enfance, et je bavais d’aise, les yeux mi-clos. « Qu’est-ce qu’on est bien… », me disais-je. Parfois, je piquais une tête pour aller chercher des morceaux de baies au fond, et je remontais à la surface pour les déguster. Le nectar glissait dans ma gorge et m’emplissait toute entière, j’étais fraise moi-même. Le paradis ne pouvait être plus succulent et j’avais le privilège d’en être. Je tournoyai et virevoltai dans mon liquide béni, quand soudain ma tête heurta violemment une surface rigide. J’entendis distinctement un « bûnk ! » sur le sommet de mon crâne. Le chat hurlait famine et mon café avait refroidi depuis longtemps.

    Nancy

  14. Cécile dit :

    Longtemps j’ai habité une bouteille… Mais pas n’importe laquelle !
    Ma vie était réglée comme sur du papier à musique.
    Chaque matin la lumière se levait, chaque matin ma bouteille prenait vie au rythme des milles et unes particules dansantes autour de chaque rayon de soleil. Assis, adossé au verre, j’étais au spectacle.
    Chaque soir, je m’allongeais au grand calme. La vie se retirait seconde après seconde, le soleil se couchait.
    Pourquoi j’étais là, seul, inconnu, si petit dans cet univers tout de verre ? Pourquoi chaque jour était si semblable ? Sans me le figurer, quelque chose me poussait, me poussait… Mais où et surtout pourquoi ?
    Un matin, j’observais avec une intensité toute particulière, ces petites particules dansantes au soleil… D’où venaient-elles ? Elles s’évadaient ces veinardes, en avaient-elles consciences ? Où allaient-elles ?
    Et si je les suivais…
    Une affirmation soudaine, violente et forte s’impose à moi ! Fuir, partir…Suivre toutes ces particules…
    Tout mon corps tendait vers le tout haut du goulot. Chaque muscle tendu. Une tension extrême, muée par une folle volonté, me happait… Je volais !
    Nul ne m’avait encore dit que j’avais des ailes !

    Merci pour cette belle journée !

  15. dumouchel dit :

    C’était une bouteille de wisky ! Chaque fois que l’on buvait dedans, je lançais quelques idées, bien souvent coquines… pour débrider mes « soiffards ». Elle était bien souvent destinée aux femmes d’une quarantaine d’années, qui ne se connaissait pas parfaitement. Leurs hommes non plus du fait, et quelle joie de trouver sa femme dans un état d’excitation aussi intense. Les demandes de ses dames étaient toutes plus ou moins farfelues et la bouteille ne cessait de tourner… dès qu’elle arrivait à mis chemin du vide, par un heureux hasard, elle se remplissait….
    Cette merveille avait été crée par une fée qui avait entendu tous ses hommes se plaindre de leurs douces qui jouaient les mijaurées, les saintes ni-touches mais sous leurs airs… ces dernières étaient aussi cochonnes que les hommes voire même plus car certains hommes restaient sans voix….
    La bouteille fut cassée un jour, par un homme de foi… qui ne compris pas le manège, et n’appréciait pas ces délires…. La fée n’est jamais revenu….
    Nos hommes continuent de se plaindre… et Nous…. Nous cachons bien notre jeu !!!

  16. Christine Macé dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille, mais pas n’importe laquelle, c’était…
    une bouteille à la mer. La mer de Chine plus précisément. Nous nagions, la bouteille et moi, bienheureux, au large des pays du soleil levant. Et quand le vent nous poussait au large, nous abordions avec délice la mer Jaune.
    Jusqu’au jour où je les vis, pirates campés sur leurs jonques, fermement décidés à harponner tout navire potentiellement porteur de richesses. La mer devint rouge sang et ils débarquèrent sur la côte. L’empereur lui-même ne fut pas épargné : peu à peu, le pays s’enflamma, des armées furent levées, les paysans enrôlés, aucun village n’échappa à l’horreur.
    Plus d’une fois, je crus ma dernière heure venue : pourtant, au moment où je crus entrevoir les portes de la mort, le vent se leva et je me retrouvai au creux d’une anse protectrice.
    Là, je pleurai, détestant la vie et les hommes qui révélaient leur noirceur assassine. Le ciel qui n’était pas en reste se chargea de nuages, déversant de la voûte céleste des déluges comme des crises de larmes inconsolables.
    Un matin, après une nouvelle nuit de tempête qu’il m’avait encore fallu subir sans pouvoir fermer l’œil, je pris une décision qui, je l’espérais, changerait peut-être enfin le cours de mon existence. Le Pacifique – dont le nom me parut salvateur – s’ouvrait devant moi. J’avais entendu dire que la terre était ronde, sans avoir jamais pu le vérifier, mon petit univers s’avérant jusque-là suffisant. Désormais, je devais me résigner à y mourir ou à le fuir. Le courage me manquait encore ; mais une salve tirée par les pillards à portée de ma maison de verre le força. Je partis donc, question de survie.
    Tantôt je me laissai dériver, tantôt je ramai comme un malade, accroché à mon bouchon-bouée, histoire de faire un peu d’exercice et d’oublier que j’étais devenu un fuyard, un apatride, un paumé. L’immensité de l’océan me fichait parfois tellement la trouille que j’en perdais le nord, et aussi le sud. Les nuits étaient encore plus éprouvantes ; seules les étoiles – quand le ciel se dégageait pour me les faire entrevoir – parvenaient à m’apaiser. Au petit matin, je finissais par m’endormir en rêvant de plages blondes où j’irais enfin m’échouer, bercé par une écume mousseuse.
    Le temps passa : j’avais cessé d’égrainer les jours, puis les mois, les années peut-être, et je doutais souvent d’être encore tout à fait vivant. Quelle importance d’ailleurs ! Je devais commencer à perdre la boule et ce n’était pas si désagréable au fond. Bien calé au cul de ma bouteille, j’avais tout lâché : bientôt, je quitterais cet enfer liquide pour rejoindre la Terre d’Extrême Félicité.
    Quand je le sentis glisser sur moi, il était déjà trop tard : j’étais irrémédiablement pris dans ses mailles et toute résistance me condamnait par avance. Autour de moi mollusques et poissons, piégés eux aussi, tentaient un dernier sursaut. C’en était fait de mes rêves de dérive, le filet-prison nous traînait vers un ailleurs funeste.
    Le voyage ne fut pas très long jusqu’à ce port où nous fûmes débarqués avant de rejoindre un hangar puant. Mes voisins d’infortune continuaient d’agoniser avant d’être balancés, de droite et de gauche, dans de vulgaires cageots. N’ayant rien de comestible, je me faisais tout petit dans ma bouteille, tremblant d’envisager la suite. Le pire serait de finir dans un container à poubelles. Je me mis à prier les ancêtres pour qu’on me rejetât simplement à l’eau, fusse celle glaciale et nauséabonde de ce port.
    La main qui s’empara de ma bouteille appartenait à un curieux petit bonhomme tout ébloui par sa trouvaille. Il roulait des yeux comme des billes, inspectant l’objet sous toutes les coutures. J’en avais mal au cœur d’être bringuebalé de la sorte. Mais il continuait à nous secouer, espérant probablement en extraire un trésor ou quelque génie bénéfique dont j’étais loin d’avoir l’étoffe après cet éprouvant voyage : l’homme risquait d’en être pour ses frais et moi de me retrouver à la baille pour de bon, sans mon flacon cette fois.
    Je rassemblai mes dernières forces et poussai un tel cri que le gnome tomba à la renverse et lâcha ma bouteille qui se mit à rouler sur le quai. Je cavalai à l’intérieur comme un hamster dans sa roue, suant et riant à la fois, et nous plongeâmes dans le port, entre les chalutiers. Malgré le verre protecteur, je sentais le froid de l’eau et les relents de pétrole mais ce n’était pas le moment de faire la fine bouche, il fallait quitter l’endroit au plus vite.
    La marée descendante fut notre salut, le départ des bateaux pour une nouvelle pêche fit le reste : nous dépassâmes finalement la jetée et reprîmes le large.
    L’aventure m’avait redonné le goût de vivre et je me risquai à quitter mon abri. Perché sur le goulot de ma bouteille, je bricolai une voile avec ce qui me restait de chemise et c’est ainsi que nous revînmes au Pays du milieu où la guerre avait heureusement cessé et l’océan retrouvé ses couleurs azurées.
    Ami, si un jour tu pêches un de ces vieux carafon, ne le jette ni ne le garde, mais renvoie-le à la mer qui saura toujours le mener là où il doit être et demeurer.

    Bon week-end,

  17. Magali dit :

    Longtemps j’ai vécu dans une bouteille, mais par n’importe laquelle.
    C’était une belle bouteille de champagne qui faisait le tour du monde.
    Elle cherchait une belle fête où laisser s’exprimer son bouchon.
    Elle avait largué les amarres à Marseille, juste en face du tout nouveau MuCEM et du bon vieux Pharo.
    Impossible pourtant maintenant de s’arrêter au Caire ou en Tunisie pour célébrer le Printemps arabe.
    Plus au sud de l’Afrique, en dépassant sa corne, difficile aussi – malgré l’ambiance de feu que quelques bulles auraient bien soulagée.
    Ma bouteille s’était arrêtée un peu sur quelques îles en Méditerranée. Là certaines îles sautent déjà beaucoup.
    Et dans l’Océan indien, où elle resta à flotter pour mon plus grand plaisir entre deux eaux parmi les raies-mantas, les dauphins et les grands requins. Elle aurait pu laisser échapper ici quelques pétillements, pour tous les nouveau-mariés en voyage de noce chic et relax. Mais non, mais non. Elle se réservait pour de meilleures occasions.

    À Madras, Saïgon et Shangaï et Kyôto, elle eut beaucoup de succès, même dans les temples les plus bouddhinés et zénifiés. On admirait la douceur de sa forme parfaite, la plénitude de ses petits ballons d’air cherchant à atteindre le ciel malgré le liège du bouchon. Mais non, mais non, pas question pour du champagne d’être trop spirituel.

    Elle se résolut donc à poursuivre son voyage au long court et traversa le Pacifique, direction les Amériques. Au Nord, pas la peine de s’arrêter. Les bouchons sautaient à tout moment sur les côtes californiennes. Trop de folle concurrence. Vers le Costa Rica ou Lima pourquoi pas ? Ou alors tout au bout de la Pampa ?
    Moi et ma bouteille, nous faillîmes bien nous noyer en passant le cap Horn. Un chalut qui partait vers la Terre d’Adélie nous repêcha dans ses filets, et il fallut toute la force de conviction du capitaine pour faire comprendre aux matelots que le climat antarctique était mauvais pour un breuvage aussi parfait. Finalement, il nous relâcha à la mer, moi et ma bouteille ¬ et quelques poissons aux yeux éberlués. Je me faisais toute petite, bien coincée derrière l’étiquette, attendant mon moment. Les courants nous remontèrent le long des côtes du Brésil, en faisant un détour obligé par les côtes de l’Angola. Petites pauses sur ses plages brésiliennes. Mais vite fuyons ! On risquerait de nous ouvrir pour fêter la prochaine coupe du monde de foot. Quel gaspillage !

    Le Gulf Stream nous remonta jusqu’à New York. Nous aurions pu fêter un nouveau krach boursier. Ou la remontée de je n sais quelle Bourse. Mais non mais non, laissons-nous encore un peu porter au gré du temps. Remontons au labrador, au Groenland, pour attraper quelques glaçons. Mais oui mais oui, pourquoi pas des glaçons dans le vin champenois ? Plus bas, l’anticyclone des Açores s’était étendu et nous bloquait là-haut au frais. À l’anticyclone succéda la grosse dépression de l’Atlantique Nord. Un vrai rabat-joie empêcheur de tourner en rond. Tempêtes, déferlantes, pluies battantes, il nous fallut résister à tout pour se glisser dans la Manche, passer le cap Ouessant et redescendre vers le golfe de Gascogne. Finalement, nous échouâmes au pied de la dune du Pilat, par un beau matin de printemps. Encore personne sur la plage.Une baïne nous offrit son abri, risqué mais toujours frais. Puis quand la marée nous remonta plus haut sur le sable, des promeneurs en famille virent à notre rencontre. Ils pensaient trouver dans cette bouteille rejetée par la mer un message important, essentiel. Mais rien de rien. Moi, je cuvais toujours derrière mon étiquette. Ça vous fait tourner la tête que partir en virée comme ça autour de la planète. On me ramena dans une belle maison landaise, sous les pins. Et j’acceptais enfin de me libérer. Je m’étais bien assez bonifiée. L’occasion était là : l’anniversaire du petit dernier qui fêtait sa majorité, en même temps que les cent ans de sa super-mémé. Le message était simple : joyeux anniversaire, et belle et longue vie.

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