Les  » Moi-si… « 

Je les surnomme les « Moi-Si ».
Diverses personnes comme vous et moi : entrepreneurs, artisans, commerçants, salariés, fonctionnaires, retraités, etc.

Dès lors qu’on évoque leur ville ou leur village, la machine à solutions s’emballe.
Pendant les élections municipales, notamment, c’est un festival : « Moi, si j’étais le maire, je referais la rue Untel, je remettrais de l’ordre dans la circulation, et des caméras de surveillance, je relancerais les commerces dans la rue piétonne, regardez, toutes ces boutiques fermées, mais personne ne fait rien… »
Dans une proche bourgade, un artisan me détaille, pendant de longues minutes, pourquoi le tunnel routier construit sous la voie ferrée est mal placé, trop cher, mal pensé, et comment, selon lui, on aurait pu faire mieux, moins coûteux et plus logique, de même que les marches de la mairie, évidemment ratées, qu’il aurait, lui, réalisées en métal. Etc., etc.
Bref, nous avons des idées à foison pour refaire notre petit monde.

Alors je m’amuse, un peu taquin, je l’avoue, je les laisse parler. Ils vident leur sac d’experts universels.
Puis, je glisse hypocritement : « Au fait, comment va ton activité ? »
Là, presque toujours, le discours change. Trop d’impôts, trop de charges, la crise, moins de clients, trop de problèmes administratifs, le manque de transports, l’Europe…, etc.
Je demande : « T’as toujours plein d’idées pour les autres, tu pourrais peut-être penser à toi ? Changer d’orientation ? » Silence.

Puis viennent d’autres si…

Si l’occasion se présentait, je changerais bien de boîte.
Si mes enfants n’étaient pas scolarisés, je partirais au Canada.
S’il n’y avait pas tant d’incertitudes, je m’installerais à mon compte.
Si mes parents me filaient un coup de main, je monterais bien une affaire.
Si je le pouvais, je reprendrais mes études.
S’il n’y avait pas la distance, j’irais bien vivre à la campagne.

Parce qu’au fond, nous sommes tous plus ou moins comme ça.
Des maires potentiels, des maîtres du « on pourrait simplement agir de telle ou telle manière » quand il est question des autres, mais devenant soudainement discrets lorsqu’il est question d’eux-mêmes.
Car c’est une autre paire de manches, ou peut-être une autre paire de pioches ?

Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

Tous les livres de Pascal Perrat, ici.

6 réponses

  1. RENATA dit :

    Moi je préfère les moisis des caves de Roquefort…………..

  2. camomille dit :

    La frilosité conduit à l’assistanat qui conduit à la frustration qui conduit à l’aigreur qui conduit à l’agressivité.
    Et si nous ne comptions que sur nous-mêmes?
    Effectivement, ce serait une autre paire de pioches !

  3. Michel-Denis ROBERT dit :

    Si les « moi si » savaient mieux imposer leurs désirs aux « moi je », les travailleurs se poseraient moins la question : « Comment je vais finir ce mois-ci ! »
    Bonne journée !

  4. 🐁 Sourisverte dit :

    Ils sont ‘créatifs’ dans leur pensée… mais de toute façon tout est tellement difficile de ‘bouger’. Des permissions par-ci, des contraintes par-là c’est décourageant déja pour une personne lambda… alors pour une mairie !… et c’et a tous les niveaux… les profs.. les artistes… quand on écrit un bouquin… au siècle dernier on disait : j’voudrais ben mais j’peux point ! Ça n’a pas changé. ‘Je ferais au mieux’ serait un résumé des possibles dans le cadre de la bonne volonté ! Belle journée les penseurs 🤗🐭

  5. Entre l’idée et l’action, il y a un pas exigeant : celui qui demande de quitter le confort des « si » pour affronter le réel, avec ses incertitudes et ses risques.

    Et au fond, rien de nouveau : il est plus aisé de voir la paille dans l’œil de l’autre que la poutre dans le sien.

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