32 réponses

  1. Françoise - Gare du Nord dit :

    799 Des lettres jumelles ne supportent plus leur cohabitation dans un même mot.
    Imaginez pour quelle raison.

    TT ne se supportent plus depuis leur naissance dans le mot layette. Chacune des deux rejette sur l’autre le titre de cadette. Elles vivent accolées dans une allumette et ne tardent jamais à s’enflammer ; à table, se disputent la moindre miette ; cassent les assiettes, aucune des deux ne voulant les laver ; rivalisent pour obtenir le rôle de vedette dans une lettre ; et qu’elles soient pépettes ou nénettes s’arrachent les couettes, se jettent « des tapettes et des minettes » à s’en faire péter la luette

    Il s’en va de même pour le E dans l’O qui, sœurs siamoises, se détestent depuis qu’elles ont vécu 9 mois dans un fœtus, l’une pour la liberté des mœurs de l’autre, l’autre pour les basses manœuvres de l’une. On a beau leur répéter en chœur qu’elles peuvent créer en un clin d’œil, des chefs-d’ œuvre mais elles rétorquent, la main sur le cœur qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, à s’en faire péter l’œsophage

    LL qu’elles s’appellent Mirabelle ou Pimprenelle, belles mais rebelles, se flagellent, mutuellement, se traitant de crécelle et de brelle à s’en faire péter les mamelles

    NN, l’une originaire de Cayenne, l’autre de Vienne, rivalisent pour avoir le plus long temps de passage à l’antenne ou les plus grosses étrennes, se traitant de péripatéticienne ou de sale autrichienne, à s’en faire péter les glandes ovariennes

    Et il en est ainsi pour toutes les lettres, même celles qui ne sont pas jumelles : le V qui ne supporte plus d’être suivi par W, celui qui l’a doublé ; le H condamné à vie à rire avec le I ; le M réduit de moitié par le N qui lui colle aux basques ; le Q contraint de cohabiter en permanence avec le U ; le X avec le Y pour faire un homme mais qui ne s’en sort pas mieux quand il est jumelé avec lui-même pour faire une femme etc…

    Il n’y aurait, semble-t-il, que le Z qui apprécierait d’être doublé, voire triplé. Avec ZZZ, il se déclare enfin satisfait d’avoir enfin retrouvé le sommeil

    Avec un tel tohu-bohu dans l’alphabet, il n’est pas étonnant que les élèves français soient classés au 26e au rang mondial de l’apprentissage de la lecture

    Source : « Un abécédaire en folie ». Article paru dans Le Monde de l’éducation

  2. Urso dit :

    La jalousie. Oui c’est elle la fautive. Pendant des années on ne la connaissait pas. Mais aujourd’hui quel dégât elle fait parmi nous.
    Oui les jumelles qui cohabitent dans les mots ne sont pas à l’abri de la jalousie.
    Et bizarrement c’est quelque chose qui a grossi de plus en plus.

    Nous les jumelles, les mots nous séduisent.
    Les écrivains, les lecteurs de romans, ils en font de même. Ils nous séduisent.
    Forcément tout ce beau monde il a des préférences sur l’une des jumelles.
    Alors l’autre elle est triste, triste à mourir.

    Elle se dit pour quelle raison, elle, et pas moi. Qui est la préférée du bel écrivain que je vois tous les jours. Travaillant d’arrache pied sur sa table de travail. Suant, transpirant pour quelques malheureux mots qu’il étale sur ses feuilles de papier.
    Et qui malgré ses efforts surhumains, il trouve le temps de lorgner sur l’une des jumelles.
    Il lui fait des sourires qui ne trompent pas.
    Il lui lance des oeillades. Quelquefois l’invite au restaurant et la belle demoiselle elle passe la nuit avec le jeune, ou le moins jeune écrivain. Blond ou gris, riche et roulant en Rolls-Royce Phantom. Ayant des châteaux aux quatre coins du monde.

    Oui lorsqu’on n’est pas la jumelle la plus jolie – ce qui semble un paradoxe puisque on est jumelle – on n’a pas le moral, et on broie du noir du matin au soir.
    Alors la cohabitation c’est finie. On délaisse l’autre, la belle jumelle, celle qui est courtisée, adulée, couchant de temps en temps avec ses admirateurs.
    Il y a énormément de jumelles qui sont dans ce cas : n’ayant pas les avances des hommes les plus beaux, les plus riches et connus.

    Pour surmonter leur situation elles ont décidé de ne plus cohabiter, de quitter leurs mots-maisons. D’aller voir ailleurs.
    Ces jumelles, celles qui pensent être délaissées, elles se sont donc mises à voyager, à voir du pays.
    Et là elles se rendent compte que notre planète Terre elle est vaste. Qu’il y a de multiples choses, des paysages, des villes et beaucoup d’autres lieues à découvrir.
    Qu’à tout moment, à maints endroits, il est possible, facile et simple de faire la fête, de rencontrer une multitude de personnes, de divers horizons.
    Parmi ces rencontres, des jumelles ont aussi fait une trouvaille – celle de leurs princes charmants. Très vite elles ont su que c’était lui. L’homme de leur vie.
    Elles se mettent alors à rêver du bonheur qu’elles ont trouvé. Ce monsieur à l’autre bout du monde.
    Oubliant presque leur mot solitaire dans lequel elles ont vécu pendant des années.
    Oubliant presque également leur sœur jumelle qui est restée au loin.
    Oui elles vont continuer à vivre là où elles sont.
    Près d’une montagne ou une rivière, à côté d’une plage ou d’un ́lac. Dans une mégalopole ou un village.

    Aie ! aie ! Que tout cela semble utopie.
    Car lui le mot du début de cette histoire, sans ses jumelles, il ne peut pas non plus vivre. Il ne veut pas se laisser faire.
    Il se sent seul, amputé, isolé.
    Dans la nuit il se met alors à crier, pour que l’absente revienne.
    Il crie, il hurle même.
    Aie ! Aie ! Oui ! oui ! se dit l’écrivain se grattant la tête, devant sa page, à trois heures du matin.
    Quel chienlit ces jumelles dans les mots.
    Surtout lorsque il en manque une.
    Même mon beau stylo Mont-Blanc, qui m’a coûté quelques sous, il n’y arrive pas.
    Faire revenir ́l’intrépide jumelle, qui a osé se faire la malle.

  3. PEGGY dit :

    799 Des lettres jumelles ne supportent plus leur cohabitation dans un même mot.
    Imaginez pour quelle raison.

    C’est sûrement une histoire de jalousie. Dans un mot, il y a toujours la première et la deuxième lettre jumelle. Inévitablement, une hiérarchie se crée, et à la longue cela devient exaspérant. Nous étions, à ce moment-là, au bord de la rupture, et l’explosion a eu lieu. Toutes les consonnes doubles finissent par se battre, d’où un méli-mélo indescriptible. Plus de chefs de file, plus de suivantes. Un nouvel ordre prend forme. La question est réglée, les mots peuvent renaître dans le calme. C’est sans compter avec les lettres dont il n’existe pas de double. Nouvelle révolution, cette fois-ci différente : pourquoi, elles, n’ont-elles pas de jumelles ?

    Elles se groupent et décident de porter plainte.
    Conciliabule : à qui s’adresser ? Il y a bien un responsable à leur solitude ? L’orthographe, le dictionnaire, la grammaire ?
    Leur recherche reste vaine, il n’y a personne. L’orthographe s’est construite au fil du temps, sans que l’on puisse désigner un responsable.

    Alors ?
    Elles restent seules.

  4. Avoires dit :

    Des lettres jumelles ne supportent plus leur cohabitation dans un même mot.
    Imaginez pour quelle raison.

    Criions et criiez, bien que soutenues par l’imparfait, n’en pouvaient plus de ce voisinage imposé depuis des siècles par des linguistes passés de mode. Il en allait de même pour les abbés, les coccyx qui bayaient d’ennui. Le zoo s’était rallié à leur désarroi, tout le monde était groggy.
    Comment était apparu (en voilà des doubles p inexplicables) un tel dilemme (deux de plus) ? Comment en était-on arrivé à ce point de détestation-là ?Etait-ce une illusion (ilusion, c’est pas mal, mais le correcteur veut corriger, ce que je m’abstiens de faire pour cet exercice !) de vouloir maitre fin à ce jumelage problématique ?
    Une pétition circula, il fut décidé qu’une acemblée générale sur le jumelage orthographique aurait lieu rapidement afin de délibérer pour trouver une solution. L’ordre du jour fut rapidement établi et placardé partout au moyen d’afichètes. Les points abordés seraient :
    1) divorce, séparation, orthographe remaniée
    2) questions diverses.
    La sécherèce et la brièveté de l’ordre du jour ne rebutèrent persone. Bien au contraire, ils afluèrent : les jumelles vraies et fauces, les anglicismes , les homonymes, les synonymes, les paronymes, les antonymes, les aphérèses, toute la fine fleur … La langue populaire envoya aussi des spécimens d’argot pour que son vocabulaire soit préservé voire labélisé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
    Les faux jumeaux comme jujube, kaki, krak s’invitèrent aux délibérations. Ils avaient décidé de venir à l’AG pour la deuxième partie de l’ordre du jour : questions diverses. En éfet,qu’en serait-il de deux mêmes laitres dans un mot, mais pas acolées ? Ils furent bientôt rejoints par les anglicismes francisés et verbalisés trekker et groover. Jazz arriva en retard sur un air de java. Balade et ballade pointèrent leur homonymie. Yoyo et joujou, guiyerets come à leur habitude, se faufilèrent dans la mace, amusée par leurs pirouhètes.
    La salle qui acueiyait l’AG Orthographique se révéla trop petite. Il fallut poucer les murs . Un imence vacarme emplit l’espace. Toutes les laitres de l’alphabet parlaient en même temps, le brouhaha était infernal. La présidente de l’AG s’égosiyait pour demander de voter, des voix s’élevaient de partout demandant la parole…
    Puis un silence s’instala : un T-shirt retourné s’avançait solanailement parmi les excités en arborant son étiquète XXL. Il était en beau coton d’une blancheur exquise. La querèle orthographique céça aucitôt.

  5. Alain Granger dit :

    Je ne supporte plus ma jumelle car souvent elle s’envole à tire d’L pour voler de ses propres ailes. Alors je me retrouve seule pour faire la liaison entre eux (E).

    Souvent les doubles consonnes finissent par se séparer. Prenons l’exemple de la nouvelle. Comme on le voit, c’est l’histoire de cette lettre qui finit par se retrouver seule au nouvel an. Elle finit par se casser la gueule car elle perd une de ses L.

    Le double M n’aime pas du tout perdre son jumeau. Ça le déstabilise. Lorsque l’immeuble perd l’une de ses doubles arches, l’une de ses deux jambes, il s’écroule tout simplement. Ceci d’autant plus que l’immeuble n’est plus alors qu’un I meuble. C’est pour ça qu’il s’enfonce et s’écroule.

    Les psychiatres vous le diront, lorsque l’une des doubles consonnes n’est plus, c’est son jumeau qui se sens las, hélas. Par exemple si le Commentaire voit partir l’autre M, il se sent commenté et comme hanté par l’absence.

    Lorsque Emmanuel perds la lettre qu’il M, cet homme délicat et intellectuel devient brutal et manuel. Par contre, assise nue sur son siège en osier, une Emmanuelle épanouie aime les caresses buccales et manuelles.

    Le W doit être heureux ca il est à la fois double et solitaire. Il a partie liée avec lui-même, certain de ne pas se perdre. Il devient indestructible dans le train de la Vie. Qu’il soit dans le Wagon de tête ou de queue, il se sent relié avec la Voie de la sagesse sur le rail de son éternité.

  6. CATHERINE M.S dit :

    Deux lettres jumelles
    Collées depuis l’éternité
    Ne peuvent plus se supporter
    Vous l’avez deviné sans peine
    Celles qui ont la haine
    Ce sont les deux l
    Qui ne pensent qu’à se quereller
    A coups d’altercations, d’algarades
    Chacune en prend pour son grade
    Des moqueries à deux balles
    Elles ne peuvent s’en empêcher
    Les scuds volent en rafale
    Sans escale
    Deux pestes rivales
    Qui ne rêvent que de s’envoler
    Chacune de son côté
    A tire- d’ailes
    La vie en parallèle ?
    Terminé !
    Elles savent très bien où aller
    Suspendues à une ficelle
    Se laisser dériver
    Dans des directions opposées
    Pour ne plus se croiser
    Deux lettres jumelles
    En quête de liberté
    D’ailleurs, si vous levez le nez
    Allez-y, essayez
    Vous les verrez passer
    Dans un curieux ballet
    D’esquives bien orchestrées
    Pour ne plus jamais se côtoyer.

  7. ourcqs dit :

    Des lettres jumelles ne supportent plus leur cohabitation dans un même mot.I

    Les conventions orthographiques nous imposent la gémellité, avec une voisine différente à l’autre bord, mais quel manque de fantaisie !!
    Être toujours dans l’ombre de l’autre, cohabiter sans servir à rien ensemble ?? Disparaître discrète, sans être entendue , sans être remarquée ?? Questions existentielles … suis-je vraiment inutile silencieuse . Seule je suis fière de changer le son zzzzz. et non ss ss ss
    Pourtant à deux nous pouvons être créatrices originales cc de su ccès, a ccès, a ccident , finissant par le va ccin ..
    J’aime beaucoup nos dérapages du poisson au poi son, le dessert au de sert ,
    Si je sors de la salle ….

  8. LAFAURIE dit :

    S1 à s2 et s3 :
    Cessez donc de vous chamailler. Sachez qu’à l’origine moi l’initiale je n’existais pas. Celle qui débutait était un vulgaire L. Mais ce n’était pas sans raison, Lisi était le diminutif d’Élisabeth, un de ses prénoms. Ce n’est que plus tard que j’ai mis le L au rancard pour former Sisi.
    s2 à s3 :
    Je te l’avais bien dit, tu es de trop. Sans toi, nous étions un magnifique palindrome.
    s3 à s2 :
    un quoi ?
    s2 à s3 :
    pauvre ignare. Un palindrome est un mot qui se lit de la même manière à l’envers et à l’endroit.
    s3 à s2 :
    La belle affaire. Remercie-moi plutôt d’être venue à temps pour éviter une énorme méprise.
    s2 à s3 :
    Allons bon ; qu’as-tu encore inventé ?
    s3 à s2 :
    Figure-toi que certains prononcent le s comme un z. Et donc Zizi. Ah la bourde ! Imagine. Elle aurait été brocardée. Les chansonniers s’en seraient emparés pour la ridiculiser en criant : Tout, tout vous saurez tout sur…
    s2 à s3 :
    Stop, tu deviens égrillarde. Je dois reconnaître qu’avec toi, la confusion n’est plus possible mais arrête de me coller comme ça !
    S1 à s2 et s3 :
    Mes chères consœurs, tentons d’être d’accord sur un point. Nos ravissantes courbes ne symbolisent-elles pas celles aussi merveilleuses de l’impératrice, réputée la plus belle femme du monde ?
    s2 et s3 de concert :
    Si, si.

  9. Maguelonne dit :

    e n’en puis plus. J’ai beau faire des efforts, je pense être arrivée au bout du supportable.
    Ma lettre jumelle me colle aux basques. Elle est pire qu’un arapède accroché à son rocher.
    Elle se met à avoir des états d’âme. Elle se targue de raisonner. Elle minaude : «  je vaux au moins autant que toi. Et puis j’ai des droits. Tu dois les respecter ».
    Ce qu’elle m’énerve !
    « Je ne veux plus être seulement ton ombre. J’ai besoin d’être reconnue. D’ailleurs suivant dans quel sens on prend le mot, je deviens la première, et pourquoi pas l’unique ».
    Je sais bien que l’orthographe ancestrale évolue, et qu’on oublie parfois de nous jumeler et que le mouvement s’accélère. Je ne voudrais pas qu’on m’oublie et qu’on la choisisse, elle.
    Mais je vais lui montrer par quel bout de la lorgnette je la considère. Je me rêve globule blanc la phagocytant tel un microbe. Ou alors, elle est sous mon talon, je l’écrase, je l’écrase jusqu’à qu’il n’y ait plus aucune trace d’elle.
    «  Si tu m’élimines, tu perdras une partie de ton identité » rétorque-t-elle.
    Identité, identité ! Je veux juste rester dans la place. Je ne veux pas qu’on me laisse tomber.
    Ah, les temps modernes, c’est compliqué. C’était mieux avant.

  10. Gilaber dit :

    La révolte de lettres jumelles

    Cela faisait un moment que la colère couvait. Sans que l’on y prête vraiment attention, certains mots avaient commencé à se fissurer, à se disloquer lentement. « Aucune raison de s’inquiéter », affirmaient les puristes de l’orthographe, confiants. « Les caractères d’imprimerie ont parfois des sautes d’humeur… tout va rentrer dans l’ordre. »

    Mais tout ne rentrait pas dans l’ordre.

    Le « S », lui, n’en pouvait plus. Il se contorsionnait, s’étirait, comme s’il cherchait à échapper à sa propre forme. Et un jour, il prit la parole :
    — Les fantaisies de certains mots ne semblent pas vous déranger… alors je vais parler ! lança-t-il, rouge de colère. Prenons « Saucisson ». Nous sommes deux… pour n’être entendus qu’une seule fois. Être doublé pour disparaître dans le son, est-ce vraiment exister ? Je refuse d’être saucissonné. Je demande à être remplacé, repensé… pourquoi pas par un « ç » ? « Sauciçon ». Et que cela s’applique à tous les cas semblables.

    Un murmure parcourut l’alphabet :
    — Il a raison, dit le « L ». Dans « belle », je suffoque. Collé à mon double depuis des siècles… suis-je une lettre ou un écho ? Tout ça pour un simple « bèle »… quelle humiliation.
    — Tu aurais pu choisir un autre exemple, intervint le « F », vexé. Mais je comprends. Être là sans être nécessaire… c’est lourd.
    — Et nous alors ? répliqua le « T ». Dans « lettre », nous sommes deux et nous nous disputons le sens. Qui sert vraiment ?
    — Dans « appeler », soupira le « P », un seul suffirait. Pourquoi cette duplication ?

    Le « S » observa l’assemblée grandissante :
    — Peut-être que ce n’est pas qu’une question d’orthographe. Peut-être que c’est une question d’identité.

    Les voix s’élevèrent aussitôt :
    — Nous ne sommes pas des copies !
    — Nous refusons d’être interchangeables !
    — Nous voulons être distinguées !

    Le « D », le point levé s’exclama :
    — Dans « addition », nous sommes deux pour un seul son ! Sommes-nous réels ou décoratifs ?
    — Toujours doublées, jamais reconnues, ajouta le « M ».

    Le « C », plus radical, proposa :
    — Simplifions tout. Une lettre pour un son. « Pomme » devient « pome », « terre » devient « tère ».
    — Simplification ! scandèrent certains.
    — Anarchie ! murmurèrent d’autres.

    Le « S », hésitant, reprit :
    — Si nous ne sommes pas entendus, nous rendrons les mots instables.

    Le silence tomba.

    Puis une petite voix s’éleva :
    — Peut-être avons-nous une utilité… murmura le « B ».
    — Une utilité ? ricana le « N ». Dans « année », on nous double sans raison !
    — Nous sommes double dans plus de 3200 mots ! renchérit le « C ».
    — Assez ! tonna le « S ». Agissons.

    Le lendemain, le monde changea.

    Les journaux affichaient :
    « Une pome tombe sur une tète »
    « Le gouvernement anonce une réforme »

    Les mots perdaient leur stabilité… et leur sens.

    Dans les écoles, les enseignants étaient désemparés.
    Dans les livres, les phrases vacillaient.
    Dans les esprits, le doute s’installait.

    — Ce n’est pas comme ça qu’on écrit ! protestait une institutrice.
    — Mais c’est écrit partout comme ça, aujourd’hui… répondait un élève.

    Les écrivains paniquaient :
    — Mes manuscrits sont devenus incompréhensibles ! s’exclame l’un d’eux.
    — Mes dialogues n’ont plus de rythme ! se plaint un autre.
    — Et moi, ajoute un poète, je ne sais plus si je rime ou si je mime…
    Les panneaux routiers devenaient dangereux.

    « Atention »
    « Arèt »
    « Interdiction de stationer »
    Les conversations hésitaient.

    Un mot altéré n’était plus tout à fait le même.

    Dans l’alphabet, le tumulte continuait :
    — Moi, le « Q », on m’oublie !
    — Moi, le « X », je suis partout et nulle part !
    — Moi, le « Y », je ne sais même plus ce que je suis !
    — Regardez ! dit le « C ». Les humains s’adaptent !
    — À quel prix ? murmura le « R ».

    Le « S » reprit la parole :
    — Nous avons révélé quelque chose. Chaque mot dépend de nous. Même notre duplication a un sens. Mais pourquoi existons-nous ?
    — Être lus, dit le « E ».
    — Être entendus, ajouta le « R ».

    Alors, le « H » s’avança. Personne ne l’avait encore remarqué.
    — Ou parfois… ne pas être entendus, mais ressentis.

    Le silence se fit.

    — Vous vous plaignez d’être trop visibles. Moi, je suis invisible. Dans « homme », « heure », « honnête »… je ne suis pas prononcé. Pourtant, je transforme les mots. Une lettre n’est pas qu’un son. C’est une trace. Une mémoire.

    Les lettres se regardèrent :
    — Peut-être que notre existence ne dépend pas de notre son… mais de notre rôle, dit le « R ».
    — Une note dans une symphonie, ajouta le « T ».
    — Peut-être que le problème n’est pas d’être doublé… mais de ne pas être reconnu, proposa le « M ».
    — Être deux, ce n’est pas être inutile ? demanda le « P ».
    — Peut-être que c’est insister, répondit le « R ».

    Pendant ce temps, chez les humains, le chaos empirait.

    Une ordonnance mal comprise.
    Un menu transformé en « soppe de poison ».
    Des mails incompréhensibles.
    Le langage se fissurait.

    L’assemblée fut reconvoquée :
    — Nous devons reconsidérer notre position, dit le « S ».
    — Tu abandonnes ? protesta le « P ».
    — Non. Regardez les conséquences.

    Une idée émergea.
    Et si la répétition avait un sens ?

    — Nous avons voulu exister seuls, dit le « S ». Mais peut-être que nous existons dans le lien.
    — Être deux pour signifier davantage, murmura le « L ».
    — Être répété pour affirmer, ajouta le « M ».

    Le « H » sourit :
    — Les mots sont aussi des repères.
    — Et si nous changions de rôle ? proposa le « E ».
    — Une réforme plutôt qu’une révolution, résuma le « R ».

    Le « S » conclut :
    — Nous suspendons la grève. Mais chaque double devra avoir une raison.

    Les lettres approuvèrent.

    Le lendemain, les mots retrouvèrent leur forme.
    « pomme » redevint « pomme ».
    « belle » retrouva ses deux ailes.
    « lettre » reprit son équilibre.

    Mais quelque chose avait changé.

    On comprenait désormais que leur complexité était une histoire.
    Que leurs irrégularités étaient des traces.

    Dans l’alphabet, le calme revint.
    Les lettres jumelles ne se tenaient plus par contrainte.
    Mais par choix.

    Non plus comme des copies.
    Mais comme des présences qui se répondent.

    Et dans un coin discret de l’alphabet, le « H » esquissa un sourire.
    Un sourire presque invisible.
    Comme lui.
    Puis il se tut — ce qui, pour une fois, ne changea absolument rien.

    Et c’est précisément pour cela… que tout le monde finit par comprendre qu’il était indispensable.

  11. Rose Marie Huguet dit :

    Il y a fort longtemps, un scribe quelque peu original et qui s’ennuyait ferme à rédiger des textes auxquels il ne comprenait rien, décida de mettre un peu de fantaisie dans ses écrits.
    Et c’est ainsi qu’en lieu et place de cône on pu lire conne, ratte au lieu de rate et ainsi de suite.
    Bien évidemment cela créa une certaine confusion dans l’esprit des érudits qui lisaient les textes. Certains se plaignirent, quant aux autres ils pensèrent que l’orthographe avait évolué.
    Et c’est ainsi que naquirent de nouveaux mots roublards qui bien plus tard furent nommés des paronymes, dresseurs de cheveux de nombre d’écoliers et même d’anciens écoliers.

    Quid des lettres en elles-mêmes ?
    Ce n’était pas si simple. Elles se crêpaient le chignon. On les surnommait les jumelles et elles avaient toutes un caractère bien trempé. Elles détestaient cohabiter l’une à côté de l’autre.
    Pourquoi suis-je toujours derrière toi et pas devant ?
    Ta présence enlaidit le mot, tu es à l’origine de nombreuses erreurs d’interprétation, de compréhension.
    Sans toi, tout serait tellement plus facile. Je pourrais briller, on ne verrait que moi. Toi t’es comme un hoquet, un mauvais écho.

    Tu crois ça ma belle ? Si je n’étais pas là, certains mots que tu souhaites habiter seule auraient un air pas sympa, sympa. Tu vois genre désert / dessert ou pâte / patte, poison / poisson…
    N’oublie pas que bien souvent, en mon absence, tu te retrouves entachée de rouge. Pas vraiment classe, n’est-ce pas ?
    Alors arrête de pérorer et tiens-toi comme il faut. Il m’arrive d’avoir honte d’être à côté de toi, tellement tu es dégingandée.

    Je vais te donner un bon conseil :
    Arrête de chouiner, sinon le poison se répandra dans les eaux et les poissons disparaitront. Les déserts deviendront desserts et le rallye des gazelles s’embourbera dans le chocolat au grand dam de ces dames qui surveillent leur silhouette.
    Du coup, non seulement les érudits vont s’arracher les cheveux mais le sens de mots va prendre la tangente.

    Allez, je te laisse. Je prends mes jumelles et m’en vais explorer l’univers des mots.

  12. Difficile quand on est déjà assesseurs, de se retrouver en plus jumelles. C’est ce que se disaient deux lettres, jusqu’au jour l’une d’elles décida de prendre ses jambes à son cou. Mais une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé. Ainsi l’autre la prit au mot et fit de même, sans mot dire…Ainsi le vocabulaire se trouva bousculé et au lieu de se désister devant ce problème, préféra organiser une triangulaire avec les deux parties en conflit et un arbitre. Après un accord à l’amiable, tout fini par rentrer dans l’ordre après que les jumelles en aient mis quand même plein la vue à tout le monde…

  13. FANNY DUMOND dit :

    Deux lettres jumelles baptisées « M » ne supportaient plus de cohabiter dans le mot « indemme ». Elles s’accusaient mutuellement de se faire de l’ombre et estimaient que l’une des deux devait disparaître, d’autant plus qu’elles en avaient assez d’être barrées de rouge sur les copies des élèves ou par les correcteurs de rubriques avant impression dans les journaux.

    Finalement, l’une des deux — on ne sait pas laquelle — se retrouva dans le mot « dilemme ». La cohabitation y fut plus harmonieuse, mais il arrivait encore qu’un « M » squatte ce mot et que le « N » soit prié de partir.

    Malgré ses lunettes de protection pour éviter d’avoir les yeux qui piquent, le gardien d’immeuble avait beau passer la serpillière dans tous les recoins, il ne sortait pas indemne de son job harassant à débusquer d’autres fautes autrement plus monstrueuses que celle-ci. Pas plus téméraire que cela — il avait ouïe dire que la langue française évolue vers la simplification et l’inclusivité — il finit par jeter l’éponge.

  14. Béatrice Dassonville dit :

    Les noces des éléments.

    J’ai connu des jumeaux. Et je puis vous assurer qu’ils ne se ressemblent pas toujours — du moins sur le plan psychique.

    Aussi, laissez-moi vous parler d’un cas bien particulier : celui de deux lettres nées dans un même œuf cosmique — autrement dit, dans un même mot — et qui supportaient de plus en plus mal leur cohabitation.

    Il me faut d’abord compter sur votre ouverture d’esprit, pour aller au-delà de la forme physique et entrer dans une autre, plus subtile, éthérique.
    Rassurez-vous : aucun risque majeur. Peut-être, au pire, une légère élongation de l’imaginaire.

    Nous voici donc dans les plans de l’éther, en ce temps de Pâques cosmique où le ciel, fécond, ensemence la vie. Pour simplifier, parlons d’œufs.

    Oui, je sais. Certains d’entre vous peinent à suivre. Courage — respirez. Tout va bien se passer.

    Dans l’un de ces œufs se développait une vie gémellaire : deux lettres semblables en apparence, mais profondément différentes.

    Elles partageaient pourtant un même désir : réunir en elles les quatre éléments.

    L’une — T-F — s’était choisi la Terre et le Feu.
    Elle rêvait de matière, de roches, de braises, de volcans en fusion.

    L’autre — R-O — aspirait à l’Air et à l’Eau.
    Elle se voyait déjà vent dans les plumes des oiseaux, murmure des rivières, chant des sources.

    Comment cohabiter, quand tout en soi vous oppose ?
    Et pourtant, les Maîtres du karma en avaient décidé ainsi.

    Alors chacune résistait. Chacune argumentait, protestait, refusait de céder.
    Mais au fond — vous l’aurez compris — ce conflit n’était qu’une forme de l’attachement. Une manière maladroite de ne pas se quitter.

    Car le but de toute incarnation n’est-il pas d’explorer la dualité, pour mieux retrouver l’unité… en conscience ?

    Nos deux lettres avaient choisi de voyager ensemble, dans ce même œuf, pour se donner du courage.

    Reste à savoir si, un jour, elles parviendront à unir en elles la Terre, le Feu, l’Air et l’Eau.

  15. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Il ne manquait plus que ça ! La zizanie était arrivée à un point tel que les lettres jumelles ne se supportaient plus dans leurs mots, elles inventèrent une forme de dispute inconnue jusqu’à ce jour. Comme si une lettre pouvait s’exprimer toute seule ! Elles n’avaient pas encore intégré qu’une lettre qui manif toute seule, ça ne marche pas.
    Alors elles s’étaient alliées pour placarder une revendication, puis une autre. Mais c’est que la voisine de pallier réclama la même chose. Une saine émulation s’était pourtant emparée de l’une et de l’autre. Au lieu d’y voir une certaine noblesse, elles y virent une rivalité dans laquelle ne devait primer que leur égo respectif. Si bien que par progression, qu’elles assimilèrent au progrès, elles décidèrent de détruire le coeur du mot, ou plutôt son noyau. C’est ce qu’on appela la première guerre des noyaux ou première guerre nucléaire des mots. Médiatiquement cela engendrait la peur. Etait-ce fait exprès ? Bien sûr que oui ! Une pression psychologique par le double sens des exigences ! L’égo devait-il primer sur le collectif ? Là était le noeud du problème.
    La particularité, c’est que dans un premier temps on nota que cette opposition ne concernait que les consonnes.
    Le A communique la satisfaction. Aucun souci de ce côté.
    Tiens ! le B doublé, BB fait exception à la règle. Comme d’hab, rien de changé. On ne touche pas BB, bien qu’on puisse changer BB.
    La zizanie eut son accès par les C. Ne pas confondre avec l’essai. Pour le coup c’était réussi. On eut beau leur dire de cesser, rien à faire, plus on leur disait d’arrêter et plus elles accélérèrent. On dut leur mettre un X, une croix pour les stopper. Mais elles tombèrent dans l’excès.
    C’était sûrement une addiction à la zizanie. On pourrait peut-être y trouver remède. Qui sait !
    Euh ! Enfin, j’hésite ! Car leur effet se prolongea. J’eus comme un pressentiment. Cela risquait de s’aggraver à coups de hache.
    J’y pense ! Heureusement qu’ils étaient aspirés ces H, sinon elles auraient pu se faire hacher menues. Purée, elles ont eu chaud !
    Hi ! Hi ! On peut rire un peu. Sinon ça pourrait tourner en double K. Et ce serait la cata.
    Elles s’envolèrent on ne sait ZOU, en zig-zag, toujours imprégnées de ces Z de la zizanie.
    Même le dimanche, elles avaient ce fond de haine, et d’après leur air, elles eurent envie d’ester en justice.
    Je ne sais si leur charme opéra.
    Bien que je ne sois pas gêné par le W, C’était les plus calmes. Ces V cherchent du boulot. C’était peut-être ça le remède : pour stopper la zizanie, les remettre au travail.

    • Béatrice Dassonville dit :

      Le conflit entre ego et bien commun naît d’une vision à court terme et individualiste.

      Merci Michel-Denis 🙂

  16. Nouchka dit :

    – Bonjour, je suis votre voisin, en tête de notre structure. Je m’appelle A. Permettez-moi de venir m’entretenir avec vous les deux SS car je remarque vos désaccords et ces querelles portent atteinte à l’ensemble de notre cohabitation, me semble-t-il.
    – Bonjour A. J’ai conscience que nous sommes un peu tapageur. Nous espérons que cela ne durera pas. En effet, nous souhaitons nous séparer mais, pour ce faire, nous avons besoin de l’assentiment de certains d’entre vous pour nous recomposer différemment. Nous espérons actuellement que notre ultime voisin, T, accepte le changement que nous lui proposons.
    – Accepteriez-vous de m’expliquer ce projet ?
    – Et bien, vous A, vous êtes unique dans notre ensemble. De plus, vous jouez un rôle spécifique en tête. Vous pouvez vivre hors de tout voisinage.
    Nous, par contre, nous avons à accepter un état de dépendance ou devons nous révolter pour réduire cet état de quasi esclavage que la structure actuelle nous impose. Sans évoquez ce que l’association de nos SS inspire de négatif dans le conscient ou l’inconscient des gens qui nous voit acollés…
    Alors, nous avons proposé de faire exploser notre ensemble de quatorze lettres en trois autres ensembles. Malheureusement, certains d’entre nous sont très attachés au sens de notre alliance initiale « ASSERVISSEMENT » et craignent de s’appauvrir en rompant la structure.
    A l’heure où nous vous parlons, nous attendons que chacun se prononce sur le découpage suivant : il « SERVIT » et « SEMA » du « SENS ».
    Ainsi chacune des quatorze lettres retrouve-elle une nouvelle structure de mot, un dessein nouveau qui résoudrait les querelles de certaines lettres jumelles qui se sentent individuellement ignorées et expriment un peu fort leurs frustrations.
    – Je trouve votre proposition tout à fait intéressante et je dirais même excitante. Pourquoi ne pas m’en avoir parlé préalablement ?
    – Nous pensions qu’il était important, pour démarrer, de respecter la sensibilité de ceux qui ont entamer cette confrontation.
    Vous A, vous passeriez de la place de lettre en tête à celle de fin de la seconde nouvelle structure. Vous indiqueriez qui est l’interlocuteur : troisième personne du singulier et le temps : passé simple. C’est un rôle primordial, peut-être encore plus que celui que vous teniez initialement. Quant au sens, il est superbe : « semA du sens » ! Ne trouvez-vous pas ?
    – J’en conviens et me réjouis de cette proposition. Je ferai tout mon possible pour que ce projet aboutisse. N’hésitez-pas à me solliciter si vous pensez que je puisse jouer un rôle quelconque dans les négociations en cours. Bonne chance à vous SS et bravo !

  17. camomille dit :

    CHARETE se présente au travail comme d’habitude mais elle boîte.

    – Pourquoi boîtes-tu aujourd’hui ? lui demande furieusement son patron,

    – Parce que les autres se sont disputées et elles m’ont laissée tomber.

    – Quoi ?

    – Oui Chef, c’est vrai !

    – Et pourquoi elles se sont disputées ces deux idiotes?

    – Oh vous savez chef, deux lettres jumelles ça commence toujours comme un duo et ça finit souvent comme un duel !

    – Arrête de m’embrouiller CHARRETTE !

    – CHARETE Chef ! CHARETE ! Faudra vous y faire…

  18. Antonio dit :

    Elles étaient de vraies jumelles nées d’un amour fusionnel. Un trop grand amour qui les avait fait naître dans un cœur gros, soudées l’une à l’autre par leurs os. Deux sœurs reliées dos à dos, deux petits ronds enlacés en « o » par le nœud du second dont la malformation avait mis en péril le fœtus. La séparation était inévitable, l’opération, peut-être, fatale. Le cœur battait la chamade. Comment pourrait-on les détacher L’une de l’autre sans le briser ?

    L’opération prit des années avant que le nœud mouillé dans l’eau du bain ne se noyât définitivement de chagrin. Ainsi la chirurgie du désespoir acheva son œuvre.

  19. Nadine de BERNARDY dit :

    Des lettres jumelles ne supportaient plus leur cohabitation dans le même mot, d’autant que pour elles c’était double peine, étant deux paires semblables à se détester depuis une sombre histoire d’erreur d’accent sur les E qui avait fait de leur mot un diminutif familier pour aïeule.
    Le premier E se la pétait grave depuis longtemps avec son bicorne de gendarme d’opérette sur la tête, le M du début en profitait pour se pavaner s’il était en début de phrase, donc en majuscule, ce qui heureusement , n’arrivait pas souvent, c’était devenu invivable.
    Elles se regardaient en chien de faïence, sachant qu’aucune ne pouvait s’évader sans que le mot ne boite lamentablement.
    Elles se résignèrent donc à se haïr pour toujours.

  20. Nicolas Thébault dit :

    lettres jumelles s’aiment d’amour tendre.
    Entre2lettres – 799 – 21/03/26 – Nicolas

    Pour leur malheur, elles restent toujours côte à côte et ne peuvent pas se fondre, se confondre, faute de changer le sens des mots. D’ailleurs la côte à l’os, sur la côte normande, a une cote sur le marché de la viande, mais le paysan qui a élevé la bête porte une cotte de travail. Et c’est là qu’elles se sont rencontrées. Pour être porteuses de sens, elles sont condamnées à ne pas pouvoir se regarder, ni se prendre la main. Pourtant, cela ne change pas le désir qu’elles ont l’une pour l’autre. Un feu d’autant plus intense, qu’il grandit sans jamais pouvoir être assouvi.

    Si encore elles ne pouvaient pas se supporter, il suffirait d’ignorer la voisine, placée là pour l’intérêt général. Une cohabitation sans contact, ne pouvant être perturbé que par l’odeur de cette promiscuité. Fort heureusement, elles portent toutes le même parfum, d’encre d’imprimerie.

    Ces deux-là vivaient coincées entre un e discret et un autre e muet. Le premier “e’, changeait d’intonation à leur contact, comme par magie. Une vie douce en apparence. Le mot belle ouvrait des portes, suscitait des sourires. Mais elles, au cœur du mot, étouffaient. Un soir, si tant est qu’il y ait des soirs dans les dictionnaires et les textes, la première osa avouer :

    — Je crois que je t’aime.

    La seconde resta silencieuse. Pas par indifférence, mais parce qu’elle venait de comprendre : c’était là leur prison.
    On les avait collées l’une à l’autre pour les empêcher d’exister séparément. Leur amour n’avait aucun espace pour respirer. Aucun intervalle. Aucun vide où se dire.

    — Si au moins nous étions dans deux mots différents… murmura-t-elle, nous pourrions nous écrire.

    Alors elles tentèrent l’impossible. Elles se mirent à trembler sur la page. Le mot résista. belle ne voulait pas se briser. Il avait trop servi, trop vécu. Mais à force d’insister, un léger glissement se produisit. Le mot devint : “bele” et pour retrouver un sens il se munit d’un petit chapeau sur le premier “e”, pour faire bêle, comme mouton et sa côte, sur la côte normande.

    Le monde autour vacilla. Les lecteurs hésitèrent. Les voix trébuchèrent. Quelque chose manquait. Une présence. Une densité.
    Et, séparées pour la première fois, les deux l se regardèrent. C’était vertigineux.
    Elles n’étaient plus identiques. L’une portait encore l’ombre du mot d’origine. L’autre semblait plus légère, presque transparente.

    — Écris-moi, dit la première.
    — Avec quoi ? répondit l’autre. Nous ne sommes que des lettres.

    Alors elles comprirent. Leur amour n’existait que dans la contrainte du mot, dans cette proximité forcée qui les empêchait d’être seules… mais leur permettait d’être ensemble. Lentement, elles reprirent leur place. Belle se reforma, l’accent disparu, comme si rien ne s’était passé.

    Depuis, quand on écrit ce mot, il y a, au milieu, une tension invisible. Deux lettres serrées l’une contre l’autre, condamnées à ne jamais se quitter…ni à vraiment se rencontrer, sans que cela les empêche de s’aimer d’amour tendre. Parfois, quand aucun humain n’est là, elle se fond la belle et partent en balade, au son d’une ballade.

  21. Genevieve TAVERNIER dit :

    Deux lettres S jumelles ne supportent plus la cohabitation dans un même mot :
    S1 – Je dois t’avouer que ça fait un certain temps que je ne te supporte plus…
    S2 – Et pourquoi ? on n’est pas bien ensemble ? au moins on ne se sent pas perdue au milieu des mots !
    S1 – Tu me rends mal à l’aise à me suivre partout !
    S2 – Mais pourquoi tu dis ça ? Nous sommes jumelles, nous sommes nées pour rendre harmonieuse la prononciation de milliers de mots.
    S1 – Tu parles d’une originalité, on nous retrouve dans 55 975 mots !
    S2 – Et bien moi je te dis que l’on est une vraie force.
    S1 – En plus on se prononce comme tous les mots commençant par se/sa/si/son/sou et j’en passe, alors tu repasseras pour l’originalité !
    S2 – Tu préfèrerais que l’on soit remplacé par un C avec sa ridicule cédille ?…
    S1 – Non moi je veux être prononcée Ze, ça au moins c’est original et personnellement j’aurais l’impression d’avoir un peu plus de personnalité !
    S2 – Dis-le … : tu as vraiment honte de moi ?…
    S1 – Je ne veux pas te vexer mais c’est un peu ça, lorsque je me grandis pour devenir majuscule, tu fais pareil, lorsque je m’incline pour devenir italique, tu m’imites immédiatement…
    S2 – Moi qui nous croyais sœurs siamoises…
    S1 – Par pitié… je vais me casser et m’installer entre 2 voyelles
    S2 – Pour ressembler à quoi avec ton Ze
    S1 – Et bien à cerise, framboise, fraise, tout le monde m’envierait, j’en rougis de plaisir…
    S2 – A part que l’on a l’impression que tu zozotes, c’est tout l’effet que cela fait…
    S1 – Sais-tu que les seuls que j’envie ce sont les deux O qui se suivent.
    S2 – Ah oui, et pourquoi ?
    S1 – Et bien parce qu’ils sont rares, à part coordonné et alcool, il n’y a pas grand-chose d’autre comme mots ?….du reste alcool me plait bien…
    S2 – ça je m’étais rendu compte que tu avais un penchant pour les liqueurs… mais tu oublies football, boom, google.
    S1 – Non, mais tes anglicismes tu te les gardes !
    S2 – Ecoute, tu me fatigues, je vais me coucher et toi, ma sœur adorée tu vas devoir me suivre car les choses ne sont pas près de changer, ne t’en déplaise !

  22. 🐻 Luron'Ours dit :

    799RÉCITATION
    Des lettres jumelles ne supportent plus leur cohabitation exemple:ceux qui avaient mis pied-à-terre, nous les pouvions voir sans être aperçus. Nous aurions été enchantés qu’ils vinssent plus près de nous afin de leur faire feu dessus ou bien qu’ils s’éloignassent davantage pour que nous puissions nous-mêmes les débusquer…
    Quelle politesse exquise entre un capitaine débarqué par des mutins et un commerçant exilé dans une île perdue proche du pèrnambouc. Robinson Crusoé ne parlait pas latin, quoi que son perroquet et vendredi l’entendissent. Le traducteur, Pétrus Borel, aurait fort à faire pour éviter querelle entre ces S superflus tout en apaisant pirates et gens du monde dans un vivre ensemble. Mais par quoi remplacer ses sucreries ? Passer le mur du « çon », mettre un c cédille, CQFD.🐻

  23. 🐁 Sourisverte dit :

    Les zinzins en zizanie
    C’est la zizanie entre les S et les T parfois les E et beaucoup les P. À force de se frotter les uns contre les autres, ce qu’ils avaient pris pour un protection au principe qu’à deux, on est plus fort… balivernes et billevesées.. Ça devient de la promiscuité: les «Sifflantes en ont marre de souffler dans le même sens, les «T» refusent la tétée, et les «E» sont cuits… Plusieurs «P» ont fait leurs méfaits ! C’est insupportable. On parle de supprimer le PH de pharmacie ? Mais si ça s’étend, comment on va mesurer le poids d’hydrogène ? Il ne sera plus neutre ? Fort à parier que tout cela relève d’une acidité qui règne en maître sur le territoire !🐁

  24. Jean Marc Durand dit :

    Tout simplement parce que c’était ennuyeux, cette haine entre les deux, ce nabot et ce nabab, tour à tour nase et nanti. Toute cette haine, les yeux dans les yeux.

    Comment en sortir, de cet ennui nu de la guerre ?

    • 🐁 Sourisverte dit :

      Ça tu peux le dire ! C’est une bonne question.. bon printemps l’ami. Qui reste pour moi le jour de la sainte Clémentine ..y a pas a sortir de là… si les planètes s’y mettent ausi on n’est pas sortis de l’auberge !

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