L’argot change, j’arrive plus à suivre !
Moi, j’suis née en 40. En plein dedans, tu vois ? L’Occupation, les tickets de rationnement, les bombardements et l’argot pour jacter. Mon prof d’argot, c’était mon grand-père. Un lascar à moustaches qui tenait un rade à Paname, pas loin de la Bastoche. Entre deux canons de rouge ou de blanc, servis sans faux col pour par énerver l’arsouille, il m’apprenait le vrai parler parigot.

Chez nous, quand les fridolins occupaient la France, l’argot c’était pas pour faire le mariole, c’était une langue naturliche. Une manière de jacter sans que les chleuhs qui nous avez calcé, y pigent que dalle. Tu pouvais rencarder un pote sous le blaire d’un feldgendarme, il t’en demandait même pas la traduction. On causait fastoche et le boche restait comme deux ronds de flan.
L’argot, c’était notre zone franche, notre gouaille résistante.
Mais, le temps s’est fait la malle, depuis, les pavés de Paname sont sous le bitume, et l’argot a pris un coup de jeune… ou plutôt un coup de banlieue. Aujourd’hui, j’entends les jeunes parler, et c’est moi qui pige plus rien. Un mix d’arabe, d’anglais, de verlan, et quelques miettes d’argot de mon époque qu’on a secouées dans le mixer du temps. C’est plus du parigot, c’est du patchwork linguistique.
Tu me diras : l’argot, ça a toujours été ça. Une langue vivante, un caméléon.

Alors j’écoute, je tends mes esgourdes j’essaie de décoder. Mais bon, parfois, je suis vite largué. J’ai l’impression d’être un vinyle, pas un 33 tours, un 78…
Pourtant, j’peux pas m’empêcher d’en pincer pour ça. Parce que derrière les mots qui changent, le besoin reste le même : s’inventer un langage à soi, une identité dans les marges, un refuge contre les dominants, quels qu’ils soient. Pour moi c’était les chleuhs, pour eux c’est les keufs, les galères du quartier.
Alors j’me dis que c’est ça, la beauté de l’argot : une langue qui échappe toujours, une langue qui se tire en loucedé quand on essaie de la fixer dans un dico. Un truc vivant, insaisissable, un éclat de voix dans un bistrot.
Et moi, vioque mad in France, j’vais continuer de jacter. Peut-être que je pige plus tout, mais j’garde la musique. Et parfois, quand un jeune me dit que j’ai « le flow d’une daronne validée », je comprends pas tout… mais j’me marre, et j’me dis que l’argot, il est pas mort. Il s’est juste sapé autrement.
Bonnes vacances !


et bien Pascal me voici jumelée avec vous !! née en 40 à Paris , souvenir souvenir … chez moi c’était drôle ma mère très marquée par sa jeunesse et éducation Juive , et mon père venu des Balkans catholiques Zagreb quand avec ma soeur on laissaient échapper un mot pas homologué par le Larousse on se faisaient « houspiller » fermement on se ringardaient et on riaient sous cape! ce sont des oncles qui nous éduquaient à cette langue populaire , et là mes parents n’osaient rien dire! quelle époque ! pas très joyeuses sous les bombardements , les descentes à la cave en pleine nuit et la peur collée au ventre, des souvenirs de terreurs inoubliables mais heureusement quelques fous rire quand mon père avec son accent essayait de parler avec un oncle plombier on se regardaient et on pouvait rire enfin comme des enfants heureux , merci Pascal pour ces souvenirs
L’argot sur le Vieux-Port de Marseille.
C’est bien connu qu’un Marseillais ne « craint dégun », parce que sous le regard bienveillant de la bonne mère, il n’a peur de rien et de personne.
Lorsque j’étais « minot », mes parents me disaient souvent que j’étais un petit « chapacan ». Peu dégourdi et d’une maladresse insupportable, tous les objets qui passaient entre mes mains avaient peu de chance de survivre bien longtemps.
Je jouais souvent avec un camarade, dont les parents qui étaient ferrailleurs couraient toujours derrière quelques pièces pour faire manger leurs enfants. À l’école, certains se moquaient de lui en l’appelant « cague-braille », à cause des pantalons trop grands pour lui, à tel point qu’il aurait eu la place d’y faire ses besoins dedans… Des gens disaient que c’était à cause de sa mère, pour son côté « rapiat », signifiant qu’elle était très proche de ses sous, jusqu’au point d’être radin.
Mais j’étais déjà un petit rêveur et si je restais trop statique dans une béate contemplation, mes parents me faisaient revenir sur terre en me disant : « Aller, boulègue-là », ce qui revenait à me dire « fait vite » ou « magne-toi »…
Parfois, mes comportements me faisaient passer pour un « fada »… mais j’étais simplement déjà différent des autres… et je m’en suis bien sorti !
Certains mots de l’argotisme méridional, je les ai glissés dans le 730e exercice, auquel j’ai donné le titre de : « Lulu le kéké marseillais »…
Merci, Pascal, pour ce merveilleux petit rappel !
Il est bien fatigué pour dire qu’il est mort ! Estranciner la salade ! Escagasser… Et le meilleur pour la fin : baiser Fanny à la pétanque ! Ces marseillais sont impayables
🤣🤣🤣🤣
Moi aussi j’adore l’argot. C’est souvent assez imagé, voir poétique comme: s’arracher (partir), avoir le ballon(être enceinte), bijoux de famille (testicules), bombe (sexy), cadavres (bouteilles vides), fayot( lèche-botte), manche( maladroit, idiot), merlan (coiffeur), nougat (orteil), oignon (anus), oseille( argent), etc.
Frédéric Dard en était le plus illustre représentant tout comme Auguste Le Breton. Ils l’utilisaient abondamment dans leurs bouquins.
Toute ma famille paternelle vit dans la Somme, et du côté maternel dans le Sud-Ouest. Lorsque j’ai voulu rencontrer mon père, j’avais 19 ans. Je me souviens avec quel étonnement, puis ravissement, j’écoutais un de mes oncles notamment, nous lire, au coin du feu, le « Courrier picard » en patois. Les nouvelles perdaient leur caractère parfois dramatique pour se colorer de fantaisie (à mes oreilles surtout). Je m’adaptais assez vite et quand je tentais de le parler, avec mon accent du Sud-Ouest, je provoquais de gros éclats de rire.
« quand un jeune me dit que j’ai « le flow d’une daronne validée », je comprends pas tout… »
C’est joli!
et ça me fait penser à mes deux petits fils qui pourtant ont du vocabulaire… mais nous n’avons plus le même vocabulaire !!!
Merci Pascal
En fait, cas veut dire quoi ? Faut il te réjouir d’être une daronne validée ? Ça veut dire confirmée ? Les darons c’est une vieux mot. Quant au flow ?
Dans peu de temps ils vont nous envoyer dans le ‘cloud’ ! C’est du ‘weblangage ‘ mâtiné de vieilles expressions. Ça contribue quoi qu’il en soit à rendre la conversation difficile et creuse le fossé… Dommage non ? 😘
Tout à fait d’accord avec vous… c’est comme l’anglicisme dans toutes les phrases… ça devient fatiguant !
Moi j’aime bien… ça m’amuse!
Il y a une pub pour une grande surface en ce moment qui est savoureuse, un jeune employé s’occupe d’ une commande pour un client dans un argot en usage il y a deux générations puis vient la déposer dans le coffre de la voiture d’ un vieux type qui lui demande s’il n’a rien oublié car lui perd la cafetière . Et le jeune ouvre de grands yeux, il ne sait pas ce que veut dire « cafetière » dans le contexte.
Oui ! Trop bien ! Il yoyotte de la cafetière ! Pour le reste c’est une pub dont je ne comprends pas bien l’intérêt ! Sa carte postale !!??
Oui Pascal, l’argot, ça devait leur botter, contre celle des chleus. Oui, Souris Verte, le langage régional est riche et coloré, parfois quand même, trop excluant face à l’estranger de la région d’à côté. Chez nous le picard survit au travers de petites compagnies théâtrales. C’est pas du Shakespierre, ça rigole du quotidien du monde, ça plait toujours. Moi qui joue à l’ornithologue, je m’aperçois que le moindre piaf ne porte pas le même nom selon qu’il vole au Sud au Centre ou au Nord. Chez nous, une pie est une agache, c’est bien vu, non ? Les langages du pas de côté continuent à exister, c’est bien!
Oui, gardons l’authenticité. C’est aussi une façon de se préserver en parlant un français franchouillard !
En Provence, la pie c’est une agaSSe, elle bavasse aussi bien que les autres …
Ce qui me botte c’est le langage régional si t’es pas ‘d’ici’ tu n’y entraves que pouic ! Ce n’était pas vulgaire mais ça marquait le quidam. On gomme les accents, les paroles ne chantent plus . En un mot : il faut être comme tout le monde.. Le langage actuel est devenu vulgaire. Et celui-la curieusement même les enfants de bonne famille l’ont adopté sans que ça bulle ! Quand j’étais moufflette j’adorais voir ma grand-mère adoptive ( une châtelaine pourtant ) quand arrivait la fin du repas, dire d’un air docte en pliant sa serviette de table soigneusement : bon, j’ai assez rrri pour ce souér… J’men vas faire téter mes puces chez maît pluma, à la ferme de l’endormière !
Ça ne s’invente pas ! 🐭
Merci Pascal d’avoir réveillé ce souvenir.
😀