Ils misent sur Mars, nous sur un livret à 1,5 %

Je vais peut-être me faire quelques ennemis, mais tant pis. À mon âge, on peut prendre un petit risque, au moins avec les idées, puisque, visiblement, chez nous, on n’aime pas trop ça.

Voyez Elon Musk. Il a levé des milliards pour fabriquer des fusées qui reviennent sur Terre comme des pigeons voyageurs et envisage de semer des humains sur Mars et même plus loin…

Vu de France, soyons honnêtes, la première réaction, est souvent : « Il est fou, ce mec ! »

Il faut reconnaître qu’on peut s’interroger.

Des milliards investis pour des projets qui ressemblent parfois à des délires de gosse passionné de science-fiction. Chez nous, quelqu’un annoncerait ça, on lui conseillerait gentiment d’arrêter les excitants.

Pourtant…

Énormément de gens mettent de l’argent dans ces projets. Des Américains bien sûr, mais pas seulement. Des gens du monde entier qui se disent : « C’est peut-être fou… mais si ça marche ? »

C’est fascinant

Parce qu’en France, notre rapport à l’argent ressemble parfois à celui qu’on entretient avec un vieux service en porcelaine hérité de sa grand-mère, surtout ne pas le casser.

Si bien qu’on place son argent bien au chaud. À la caisse d’épargne. Au livret tranquille. Au petit rendement sécurisant de : 1,5 % . Pas de vague, de frisson, pas de pétoche. On dort bien.

Et je comprends.

Quand on a travaillé toute sa vie, économisé peu à peu, ou souvent terminé le mois dans le rouge, on n’a pas envie de jouer les cow-boys financiers.

Mais un truc me chiffonne.

Comment voulez-vous qu’un pays avance s’il a peur du risque comme un chien devant un escalier à claire-voie ?

L’innovation, ce n’est jamais confortable. Au départ, ça ressemble presque toujours à une idiotie.

Imaginez un peu, celui qui a dit : « Un jour, des engins fabriqueront de la neige artificielle.» a dû être regardé bizarrement

Quant au premier qui a imaginé qu’on parlerait à quelqu’un à l’autre bout du monde avec un smartphone. Là aussi, on aurait pu dire : « Mon pauvre ami, repose-toi un peu. »

Mais heureusement, il y a toujours eu des gens assez visionnaires pour croire à des trucs improbables. Et des gens moins frileux pour mettre de l’argent dessus.

Chez nous, j’ai l’impression qu’on admire davantage celui qui a évité de perdre que celui qui a osé essayer.

On aime bien la sécurité. Le principe de précaution, la garantie par l’État, le job à vie. Le tampon officiel. On voudrait presque des innovations avec mode d’emploi, une garantie à vie, le zéro risque et le remboursement possible si l’avenir ne correspond pas au descriptif.

Bien sûr, je caricature un peu.

Heureusement qu’il existe en France des entrepreneurs, des créateurs, des gens qui tentent des choses, souvent dans l’ombre, parfois au prix de gros sacrifices. Mais culturellement, nous sommes un peuple très prudent.

Parfois trop. À force de vouloir ne jamais perdre, on finit peut-être aussi par ne plus beaucoup gagner. Je ne parle pas seulement d’argent. Je parle d’élan. D’audace. De risque. D’imagination.

Parce qu’au fond, toutes les grandes avancées ont commencé par une phrase qui faisait rire les autres. «  Et si on essayait ? » 

Posez-vous cette question.

Si demain, quelqu’un venait vous voir avec un projet complètement fou. Fabriquer des nuages sur mesure. Créer une garderie destinée aux enfants-robots, ou une machine qui traduirait les pensées ou je ne sais quelle idée à dormir debout, vous lui ririez au nez ?

Ou bien vous garderiez, quelque part au fond de vous, cette petite phrase magique : «  Bon… c’est peut-être complètement idiot… mais si jamais ça marchait ? »

Vous aimez me lire ? Être un peu bousculé ? Offrez-vous, pour moins de 10 €, SURVIVRE EN MILIEU HUMAIN il asticote…

Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

7 réponses

  1. jean-pierre jouandet dit :

    Merci Pascal de nous avoir proposé « survivre en milieu humain » au format papier. Quel plaisir de le feuilleter et de le picorer au gré du hasard et des envies ! Sa lecture émoustille les neurones en ne laissant aucune trace numérique… À 87 ans, ça fait du bien !

  2. Christophe Cousin dit :

    Coloniser mars n’est pas un rêve fascinant, c’est une connerie qui n’aura pas lieu. Quiconque a un minimum de culture scientifique le sait, ce « projet » est stupide.
    – gravité insuffisante pour garder une athmosphère
    – Absence de magnetosphère protectrice contre les radiations solaires
    – absence d’eau
    – temperatures invivables
    La terre après un hiver nucléaire est plus hospitalière et infiniment moins coûteuse à recoloniser.

    Tous les rêves n’ont pas le progrès comme fialité.
    Cette idée est juste un story-telling pour laisser croire aux climatosceptiques qu’il y a un plan B, et continuer à pourrir la seule planète viable sans état d’âme. C’est le rejeton de l’idée très amercaine de nouvelle frontière, dont le story telling a permis de bâtir cette grande nation sur les cadavres des autochtones avec les bras des esclaves.

  3. Nicolas Thébault dit :

    La différence entre les américains et nous, en matiére d’innovation : 🤣
    Mais oui !
    Oui, mais ?

  4. Pour nous qui inventons des univers fous, complètement fantasques, où la fiction tord le cou à toutes les lois universelles, se pourrait-il que nous menions une vie parallèle fondée sur la sécurité, des marges de manœuvre étroites, des chemins où s’invitent juste le prévisible et le connu ?

    J’ai peine à imaginer l’écriture autrement que comme un acte profondément créatif, une mise à feu nous propulsant vers des territoires inexplorés. Y compris dans nos zones d’ombre où s’explore émotionnellement quelque chose de précieux, sans garantie de retour.

    Mais, ce risque reste symbolique et non pas financier.

    Peut-être que la véritable différence ne réside pas dans notre capacité à rêver, mais dans notre disposition à miser sur nos rêves. Certains acceptent l’incertitude comme le prix de l’aventure ; d’autres préfèrent la sécurité comme garantie de la sérénité. Ni les uns ni les autres n’ont entièrement tort : ils répondent simplement à des histoires, des besoins et des peurs différentes.

  5. camomille dit :

    Bien vu Pascal!
    Commentaire digne de l’auteur « survivre en milieu humain » !!!
    Lu et approuvé 😉

  6. 🐁Souris verte dit :

    Il est plus ‘confortable ‘ de s’allonger sur un lit d’or que sur des ressorts qui vous catapultent vers un univers inconnu. Et puis on se pose moins de question… quiétude marche avec tension artérielle normale et ça compte ça ! Et rien que d’y réfléchir, je sens que ça chauffe…
    Il est papier ton livre Pascal ?

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