Exercice inédit d’écriture créative 174

LueurDepuis quelques temps,
il se cognait constamment aux vitres

et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement.
C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il,
mais…

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17 Responses

  1. Clémence dit :

    Depuis quelques temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais…

    Mais d’abord….
    J’me présente, je m’appelle Léon, Papi Léon,
    Je suis pourvoyeur de contraventions ,
    Ma spécialité ès infractions de stationnements.
    J’vous raconte ma vie… enfin, un bout de ma vie !

    C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie de Français. J’ai cousiné avec toutes les marques de voitures, françaises ou étrangères, avec tous les modèles et leurs transformations au fil des années.
    J’en ai connu des événements ! Des joyeux, des tristes, des dévastateurs, des individuels, des collectifs.
    J’ai été sollicité sans relâche : jour férié ou non, vacances ou non, été comme hiver, jamais de répit, toujours sur le point d’être dégainé, plus vite que son ombre, comme Lucky Luke !

    Je me cognais régulièrement aux vitres des voitures, sans que je n’y sois pour rien. Il suffisait qu’une Pervenche ou qu’une Aubergine aux mains gantées de blanc soit mal lunée (allez deviner pourquoi, même si vous vous en doutez!) et vlan, me voilà plaqué d’une main rageuse sur le pare-brise, sans aucun air-bag, que du contraire. Parfois, un second coup bas était ponctué de quelque juron puisé dans le répertoire du capitaine Haddock !

    Non content d’être ainsi malmené par ma fournisseuse de contraventions, ma vie d’après n’était guère meilleure ! J’ai subi tant de vicissitudes et je suis las.
    Que n’ai-je pas entendu comme invectives lorsque le conducteur ou la conductrice rejoignait son véhicule !
    Que n’ai-je pas vu de visages tordus par la rage, la révolte ou l’incompréhension !
    Que n’ai-je pas subi de déchirements et de froissements de tout mon pauvre corps de papier !
    Que n’ai-je goûté de lèvres et de rouges à lèvres avant d’être jeté au fond de la boîte à gants !
    Que n’ai-je senti comme parfums et odeurs lorsque j’étais transformé en éventail les jours de canicule !
    Il est fini, le temps d’être balayé par le vent ou délavé par la pluie !
    Rarement rétribué, souvent oublié, voilà mon triste sort…

    Aujourd’hui, le carnet à souches touche enfin à son dernier exemplaire.. Les amendes se mettent à l’électronique. Invisibles, ….invisibles ou presque… Mon petit doigt m’a dit qu’un petit avis vert serait laissé sur le pare-brise, histoire de ne pas vous prendre au dépourvu. Lui adviendra-t-il, à ce petit Vert, des aventures pareilles aux miennes ? Au petit papier, oui sûrement, mais les conséquences, seront douloureuses et bien malin celui qui pourra y échapper . Cela ne me regarde plus. Cette fois, je passe définitivement mon tour !

    Avec délectation, je m’installe en retraite.
    Je ne m’appelle plus Papilléon, je suis devenu invisible .
    Ma nouvelle identité , sous le soleil des Tropiques, est : Léon, Pépèreléon ,
    Je suis pourvoyeur de bonheurs en tous genres.
    C’est un secret et je compte sur vous pour le révéler à Marie Pervenche … on ne sait jamais !

  2. Halima BELGHITI dit :

    Depuis quelques temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, je ne suis plus qu’un vieux bourdon qui aspire à une retraite paisible. J’ai beaucoup bourlingué, j’ai visité nombre de contrées, j’ai usé mes petites pattes sur les chemins de campagne. J’ai longtemps vécu en ville aussi, je partageais le sous-sol d’une boulangerie avec mes amies les fourmis. J’aimais bien l’agitation de la cité, même si je passais beaucoup de temps à éviter les passants. J’ai eu une belle vie de bourdon, et pleins de petits-enfants, ma descendance est assurée pour plusieurs générations. Ma vue baisse inexorablement, je ne distingue plus bien la lumière, mes ailes ne me portent plus, j’en ai marre de me cogner partout. C’est dit, il est temps que je m’arrête. Je n’ai plus l’énergie de mes 20 ans. Le moment est venu pour moi de prendre du bon temps. Avec les points de ma retraite, je vais pouvoir m’assurer une belle vie sous les tropiques. Là-bas, c’est le paradis, il parait. J’ai de la famille éloignée qui y vit, de vieilles cousines à ma mère. Une vaste colonie de moustiques qui y fait la fête toute l’année. Je rêve de m’installer sur un transat et d’écouter le bruit des vagues en me dorant au soleil. Je siroterais un cocktail exotique et je profiterais des longues soirées d’été pour chanter des sérénades de ma voix rauque et grave. Pour ne pas finir en Hermite, je m’encanaillerais avec une sauterelle qui prendra soin de mes vieux jours… Et lorsqu’à la fin de ma vie, j’irais au paradis des insectes, je pourrais claironner avec fierté : je n’ai aucun regret !
    Halima BELGµHITI

  3. Laetitia dit :

    Depuis quelques temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais là, c’est quoi au juste ce qui se passe? Quarante ans que ça dure!!! Ras le bol!!! Pas moyen d’avoir une vraie lumière… Comme si… oui comme si …un filtre qui obscurcit tout s’était installé en contrat à durée indéterminée devant moi et tous mes collègues. Ha non! c’est pas un philtre d’amour. C’est plutôt une carapace!!! Une poisse cette angoisse!!! Je reconnais, c’est vrai, les jours de grand soleil, c’est confort mais sinon, hein, pouf… on choisit pas, hein, mais c’est quand même pas cool d’être l’un des cil de Polnareff!!!!

  4. Bouquet dit :

    Depuis quelques temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement.
    « C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais maintenant tout ça est bien fini. Et pour cause… »

    Certainement qu’il avait du mal avec cette nouvelle vie. Quand on a connu la liberté, pas facile de se retrouver enfermé.
    « Avant, j’étais capable d’attendre toute la journée sans bouger pour sortir que la nuit, se disait-il, mais avec cette pénombre constante, je fini par bouger sans raison. »

    Pourtant cette installation était faite pour sa sécurité. Avec tous les animaux qui passent chaque jour devant lui, il ne survivrait pas très longtemps sans cette protection.
    « Faut reconnaître le bon côté des choses, je n’ai plus à faire mes petits sauts pour attraper des insectes, pensait-il, en plus avec ma vitesse, j’aurai vite fait de me retrouver de l’autre côté… »

    Visiblement, Il avait aussi arrêté de chercher s’il y en avait d’autres avec lui.
    « Je suis seul, c’est peut être pas si mal, Madame étant ovipare, elle n’aurait pas supporté de vivre dans ces conditions, se disais-il, exposer ses œuf à tout le monde serait très dure à vivre pour elle. »

    Il faudrait certainement passer au modèle 200 litres pour y ajouter d’autres spécimens avec lui.
    « Les journées vont être bien longues si je ne peux pas faire grand chose, se lamentait-il, mais j’ai l’impression qu’il faudra bien s’y faire. »

    Pourtant toutes les conditions étaient réunies, une température située entre 25 °C et 30 °C, la filtration sur de la tourbe pour acidifier le milieu, des plantes flottantes à larges feuilles, bref, toutes les recommandations étaient suivis.
    « Avant, j’étais rapide comme l’éclair, se disait-il fièrement, même si je ne volais pas très longtemps, ces petits sauts était bien agréables. Mais avec 20cm de profondeur je n’ai même plus la place de prendre mon élan. Et avec ce toit sur la tête de toute façon c’est impossible de sortir de l’eau. »

    Ce Pantodon, n’est peut être pas le bon spécimen à installer dans l’aquarium de cette salle d’attente. Faut reconnaître qu’enfermer ce poisson-papillon pour une clinique vétérinaire, n’est pas du meilleur goût.
    « Finalement, je suis au bon endroit pour consulter, se rassurait-il, sauf que je risque de passer éternellement mon tour… »

  5. Barat Véronique dit :

    Depuis quelque temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement.
    – C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, et depuis ma naissance, je n’ai pas cessé de passer d’un maître à l’autre. Le destin m’a successivement conduit chez un parrain de la drogue, puis chez un patron de casino, ensuite ce fut une vieille cocotte à la retraite, puis son gigolo et encore après… Attendez, j’ai un trou de mémoire… Ha oui, une petite serveuse d’un bar louche de Marseille, suivie d’un toubib pas très net, d’un jockey ripoux, d’une call-girl siliconée et les derniers, c’étaient un joueur de foot et à nouveau un parrain de la drogue, concurrent du premier !
    – La boucle est bouclée, se dit-il, il est temps de quitter le monde de la lumière.
    Il considéra avec intérêt sa nouvelle demeure. Sombre, humide et froide. Mais en compagnie d’une centaine de ses semblables, il se sentait malgré tout richement logé ! Sa vie de paillettes et de luxe ne lui manquerait pas. Il était satisfait d’accompagner le vendeur de drogue dans sa dernière demeure. Ce brave salopard était parti discrètement sans avoir découvert son secret ; dire qu’aucun de ses autres propriétaires n’avaient non plus remarqué à quel point il était faux !
    Quelle ironie, il se retrouvait à présent pour l’éternité avec un bon paquet d’originaux et, au milieu de ce pactole, il était le seul billet de 500 euros n’ayant aucune valeur… Il faut dire que son créateur avait du talent, un vrai talent de faussaire !

  6. Sabine dit :

    Depuis quelques temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement.

    « C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais quoi de plus normal pour un papillon ? Il faut bien que je butine de fleur en fleur pour me nourrir. Ne te réjouis-tu pas de me voir voleter ainsi au printemps? Je vois bien le sourire des enfants quand leur maman s’écrie :
    – Ho ! Regarde le joli papillon… Non ! Ne le touche pas, il pourrait mourir.
    Alors, petite fille, pourquoi m’as-tu enfermé dans ce bocal en verre ? Crois-tu que je me nourrisse de quelques brins d’herbe ? N’as-tu pas de maman ? »

    Non, la petite fille n’a pas eu de maman pour lui apprendre à toucher avec les yeux. Elle a vu un joli papillon, s’est précipitée dans la poubelle de la cuisine pour récupérer le bocal de haricots vide. Elle l’a lavé soigneusement et a déposé dans le fond une grosse quantité d’herbe pour ne pas que le papillon meurt de faim. Elle a même pensé à faire des petits trous dans le couvercle pour qu’il respire. Zut ! Le papillon n’est plus dans le jardin. Ouf ! En voilà un autre. Il est même plus beau que l’autre : il a au moins trois couleurs et ses yeux sont sur ses ailes. Elle a attrapé délicatement le papillon pour ne pas lui faire de mal, pour ne pas lui crever les yeux.
    Ce soir, le bocal est posé sur la table de nuit. Et la petite fille, dans le silence de sa chambre, entend enfin les plaintes du papillon. C’est une petite fille gentille qui aime les animaux, alors elle enlève le couvercle pour libérer l’insecte.

    Le papillon a fui vers la lumière de la lampe de chevet. Il s’est brûlé les yeux.

    © Margine

    En écrivant cette petite histoire, je pense à une petite fille qui a installé dans sa chambre, »en cachette », une souris dans un carton. Je ne sais par quel miracle elle avait pu l’attraper. Dans la boîte à chaussures elle avait mis une petite coupelle d’eau et un bout de tissu pour que la souris se fasse une couveture. Et bien sûr, un gros trou dans le couvercle pour qu’elle respire. J’ai découvert le topo quand j’ai entendu le raffut du chat…qui s’est bien régalé!

  7. Sabine dit :

    Bonjour Laurence

    J’aime beaucoup « Et l’oiseau se cogne au ciel »…

    Les oiseaux se cognaient souvent chez moi à la baie vitrée. J’ai mis un rideau, pour ne plus que les oiseaux se fracassent le cou contre le ciel…

  8. laurence noyer dit :

    Mais l’oiseau qui se cogne aux vitres ne voit pas une vitre mais le ciel dans la vitre, le reflet du ciel. Un cadre de fenêtre contient le ciel tout entier; avec ses nuages, ses arc en ciel, son soleil, sa pluie, son éternité.

    Et l’oiseau se cogne au ciel.

  9. Sylvie dit :

    Depuis quelque temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais j’ai toujours su que j’étais éphémère, qu’un jour viendrait où la lumière se détournerait de moi. J’ai eu la chance de mener une brillante carrière, d’illuminer des salles entières, juste par ma voix, et de recueillir des étincelles d’applaudissements. J’ai butiné les plus belles fleurs, tournoyé autour des plus grandes divas, au risque de m’y brûler les ailes, mais rien ne m’arrêtait. Pour Madame Butterfly ou la reine de la nuit, je virevoltais de scène en scène, de la Scala de Milan au Berliner Oper, sans jamais me poser, sans respirer un instant. Aujourd’hui le rideau est tombé, ma gloire s’est éteinte et j’erre dans la nuit. Mais il me reste une lueur d’espoir : demain, quand pointera le crépuscule des dieux, je m’offrirai une dernière envolée lyrique.

    ©Sylvie Wojcik

  10. ourcqs dit :

    J’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais tous ces mots butinés ricochent sur ces rideaux de verre. Mystère de l’ombre ou désir de lumière ?Comment vivre en passeur de rêves ? rêves de traverser la vitre, de ne pas rester le nez collé contre, de la faire voler en éclats,
    de batifoler hors cadre, arpenter des nuages de mots doux, d’esprit….

  11. regis dit :

    Pourtant, je suis une créature du soir. Je n’ai jamais aimé que la pénombre, le jour finissant dans la musique orangée de l’été, les soirs d’hiver où la nuit me tombe dessus en un souffle et les soirs d’automne sous la pluie où les réverbères ajoutent encore au grisâtre du crépuscule. Peu me plait le plein soleil brulant des journées d’été ou la lumière froide et aveuglante des journées d’hiver qui vous glacent jusqu’au tréfonds des os. La nuit n’est cependant pas mon royaume. Même en l’évitant, il m’a toujours fallu sentir une proximité de la brulure de la lumière du jour. Peut-être est ce pour moi la seule façon dont je peux prouver que j’existe…
    C’est mon domaine, celui de la tristesse qui vous prend irrépressible car on a encore la joie du jour sous les yeux. Et je me suis toujours repu de cet état qui vous laisse tout en tremblement, en angoisse et en souffrance. Je me disais toujours qu’elle était moi et que je pourrais comme cela donner des leçons de pleurs à tout un chacun. En effet nous avons tous besoin de pleurer mais tous besoin de le cacher et de le montrer et quoi de mieux qu’un coin sombre en pleine lumière ?
    J’ai ainsi eu maintes aventures dans les ruelles les plus ténébreuses que vous puissiez concevoir et pourtant depuis quelques soirs, je ne peux plus me satisfaire de ces dissimulations. Il m’a suffit d’apercevoir cette fille à la jupe rouge, un soir d’été avec sa courte chevelure rousse brulante de soleil, de lui voler le sourire éclatant de ses lèvres pour la suivre partout.
    Depuis, chaque fois qu’elle passe dans cette rue, je prends mon élan pour lui parler et dans mon rêve la charmer pour l’emmener au soleil couchant du bord de l’océan. Mais à chaque fois, je me cogne à la vitre de mes peurs mais je me refrappe encore, car je sens bien qu’enfin, la vitre fondera comme mes peurs et mes prétentions et qu’avec elle je ne pourrai plus certes être le roi des soirs du monde mais simplement le compagnon de ses jours et de ses nuits.

  12. de Bernardy Nadine dit :

    Depuis quelques temps
    il se cognait constamment aux vitres
    et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement.
    c’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie
    songeait-il

    Mais voilà qu’une claire nuit de septembre
    Un petit halo bleu, voluptueux et tendre
    Sans aucune vergogne une oeillade m’osa faire
    Depuis, énamouré, en son aura me perds

  13. Christine Macé dit :

    Depuis quelques temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il…

    Mais fi que tout ça, les regrets n’ont qu’à aller se faire pendre ailleurs : mon hiver a assez duré et il est temps d’arpenter les chemins. Ceux de la gloire ou ceux de traverse, qu’importe ! J’ai bien vu que le soleil me fait de l’œil un peu plus matinalement chaque jour : aujourd’hui, ce sont les oiseaux qui m’ont réveillé, signe indéniable du printemps à venir. Je me suis étiré sous la couette, j’ai laissé glisser jusqu’à moi ce rai de lumière insistant sous les rideaux et allumé une à une mes petites cellules toutes engourdies de rêves. Je leur ai crié « on y va ! » sans savoir où – ce qu’elles ne m’ont pas demandé. J’ai senti leur frémissement, paresseux, puis de plus en plus fébrile. La pendule a sonné 8 heures avec un air de joyeuse carillonnade et la cafetière s’est mise à siffler comme une vieille loco en distillant une bonne odeur de petits matins avec du pain grillé. J’ai fermé les yeux un instant, juste pour laisser naître en moi ce jour comme une promesse d’avenir toute neuve. J’ai ouvert grand la fenêtre et c’est là que je me suis envolé…

    Bon dimanche, Christine

  14. durand dit :

    A la larme !

    Depuis quelques temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement.

    C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais pourquoi une telle sanction ? Pourquoi ?

    Qu’ai-je donc osé de si différent des autres ? De quoi ai-je abusé ?

    On me l’a offert, je l’ai utilisé. J’ai embrassé du regard le globe terrestre, les vastes plantations humaines et leurs débordements. J’ai tout enlacé.C’était plutôt encourageant cette féerie. Parfois inquiétant, la force des hommes à vouloir tout dompter de la planète. Leur architecture. Un immense plongeoir de béton au bord d’une piscine stérilisée.

    Néanmoins, j’ai toujours laissé cristalliser en moi ce qui se devait d’être beau, ce qui ne pouvait qu’être bon. Les ruisseaux ont envahi ma pupille. Les fleuves ont charrié des étincelles jusqu’au fin fond de ma rétine.

    Il n’existait aucune justification à ne pas profiter des paysages offerts. Les arbres s’enroulaient autour des nuages. Les oiseaux semaient des chants. Les enfants ramassaient des noix. Leur estomac et leur tête naviguaient sur des coquilles. Les horizons produisaient de nouvelles beautés.

    Fouler un continent vierge, c’était souvent le piétiner. On tolérait les innocents. On encageait les sauvages. Et les hommes avaient enterré tout ce qui pouvait naître en eux, n’être qu’en nœud, serré autour de tout, une seule culture de l’étouffement.

    A force de regarder le soleil, ne l’ai-je pas usé ? N’ y aurait il plus de rayons pour moi au magasin des lumières. Les siècles entassaient ils les erreurs dans de vastes barges, stockées dans le fondu des glaces ?

    Là… je ne sais plus. Les clartés chancelantes sont elles les derniers échos d’un monde qui va s’éteindre pour moi, ou pour tous ? L’aveuglement serait l’évolution inéluctable d’un être dont les replis du ventre cacheraient l’empreinte ?

    Ou bien ce petit carreau illuminé serait l’ultime fenêtre d’une science sauvant mon droit et mon plaisir à contempler les sillons d’espoir vers la Lune ?

    Je ne vois toujours pas pourquoi je serai condamnée, moi, au terreux, au voilé ténébreux.

    Mais que faire de l’obscurantisme des regards détournés, de l’inattention, de toutes ces humeurs vitrées, opaques et sourdes ?

    Je ne comprends pas. J’ai beau essuyer mes larmes, je n’y vois goutte

    Qui puis je ?

    Au cas où tout serait déjà joué, qu’on me laisse, au moins le soin de coudre mes paupières !

  15. Antonio dit :

    C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il, mais à qui la faute ?

    Un éclat par-ci, une éclaircie par-là, l’idée est volage, elle ne sait rester en place, alors je la suis, je suis né comme ça, je butine dans ma tête, j’embrasse celle-ci, j’étreins celle-là, à peine le temps de toucher les étoiles, une autre m’appelle au lever d’un nouveau soleil, la fraîcheur du matin, l’air renouvelé que mes mots prennent en bouffées, je vais rester c’est sûr quand le ciel s’obscurcit, une pluie me chasse, je me cache, je me terre, je me tais, je renais au printemps prochain, un éclat par-ci, une éclaircie par-là, je te suis, je suis là, je reprend mon vol et son rythme effréné, comme la seule partition que je connais.

    (Le vol du brouillon)

  16. NATHALIE dit :

    depuis un certain temps, je reprends le cocooning.
    Oui, j’ai besoin de faire le vide,
    Oui, j’ai besoin de m’arrêter un instant,
    j’ai mal à la tête à force de coups
    le verre n’est plus ce qu’il devrait être :
    clair, transparent et apaisant.
    Aujourd’hui, j’ai mal, je souffre,
    j’ai beau me cogner dans ces putains de vitres
    cela ne change rien au soleil que j’ai perdu
    a cette lumière qui ne brille plus
    En tout cas, pour moi, le bourdon maudit
    le mal-aimé de tous.
    Ah, si j’avais pu être un papillon, tout aurait été différent
    J’aurais été aimé.

    Extrait de « Le bourdon en mal d’amour »

    NATHALIE

  17. Stephanie dit :

    Depuis quelques temps,
    il se cognait constamment aux vitres
    et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement.
    C’est vrai, j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il,
    mais Joe le poisson rouge eu soudain envie de changement, là, maintenant. Ce matin.
    Je dois me lancer. Ce bocal est trop petit. Je dois faire quelque chose.
    Il se souvint de son premier aquarium où il avait passé son enfance. Des tas de copains, ses oncles et tantes, ses cousins.
    C’était la fête tous les jours. Bien sûr, tout le monde nageait dans le même sens. Rares étaient les mouvements inverses. Une routine, un sens unique de circulation, mais cela n’avait aucune importance puisqu’il n’était pas seul. Il avait multiplié les rencontres, les conquêtes amoureuses, passé d’un clan à un autre. : des oranges 100%, aux dames noires, et ces princesses tachetées … Bien accompagné, entouré et choyé par ses amies, il avait oublié les vitres.
    C’était le bonheur. Ah ! Bien sûr, chaque jour l’un d’entre eux s’en allait. Mais ils étaient si nombreux, que les départs étaient rarement des déchirements.
    Et puis, Joe était parti lui aussi dans un sac plastique transparent. Seul ! Max et Sophie avaient eu une chance inouïe . Le même sac! Lui non. Il s’était retrouvé seul, désespérément seul.
    Allez ! lance-toi!  lui chuchotait sa petite voix intérieure. Saute!  saute!
    Il réfléchissait, calculait, se cognait, tournait, tournait et se souvenait des histoires héroïques de ses amis. Lui aussi allait tenter sa chance.
    Joe ouvrit grand ses ouïes, secoua sa nageoire gauche, puis la droite, se stoppa au fond du bocal.
    Yahoo ! Il remonta à la surface comme une fusée. Traversant l’air, il cru sa dernière heure arrivée, se concentra sur son objectif, mis toutes ses forces pour tenir ses ouïes fermées. Splash !
    Il fut réveillé par la chaleur sur ses écailles. Sonné, vaseux, il ouvrit les yeux. Il n’avait pas beaucoup d’espace autour de lui. Devant lui, une petite tortue le scrutait avec un joli sourire.

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