Exercice inédit d’écriture créative 211

lapin-aliceLe végétarisme avait triomphé,
l’homme ruminant dominait.

Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages.
Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp,
Alice voulait emporter son lapin…

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21 Responses

  1. geraldine dit :

    Le végétarisme avait triomphé, l’homme ruminant dominait.
    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages.
    Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp, Alice voulait emporter son lapin et Alex ne tarissait pas d’arguments pour l’en dissuader : « Tu ne te rends pas compte du boulot qu’il va nous donner, lui préparer son terrier, planter de quoi lui donner à manger et ramasser ses besoins… Laisses tomber je te dis, tu verras nous n’en serons que mieux, et il a bien droit à la liberté lui aussi ! ».
    Nous sommes en 2100, et l’homme abêtit par son laxisme, l’électronique et le besoin de déléguer en était réduit, pour les plus pauvres à brouter du gazon !
    Les plus aisés, appelés les fléxitariens, ne pratiquaient jamais la migration car ils trouvaient encore un intérêt au travail, aux besoins quotidiens de servir leur « patrie » afin d’être eux aussi récompensés, par ces denrées qui devenaient de plus en plus rare, mais la péche et la chasse faisaient partie intégrante de leurs week end.
    Comme vous vous en doutez, les plus forts étaient devenus les « rois », eux n’étaient fatalement pas des élus du peuple mais tout simplement des molosses carnassiers, voire cannibale prêts à tuer père et mère pour assouvir cette faim de chair. Bien entendu, personne n’essayait de lutter contre ces forces de la nature qui n’avaient pas muter… à ce demander comment ils avaient pu échapper à cette transformation ?

    Alice en avait assez de devoir bouger tous les six mois, elle ne trouvait pas d’utilité à ce déménagement car elle était frugivore. Elle était décidée à rester avec Monsieur Lapin, quitte à ce que son mari se fâche! Cette fois, il irait paître seul ras le bol !!
    « – Moi aussi j’ai le droit d’être libre ! Je n’ai pas ton estomac, et même si je me fous bien de ce qui se passe autour de nous, il est hors de question que je déménage une dizième fois !
    Mais que t’arrive-t-il donc ? Tout ça pour ton satané lapin ?
    Non pas pour mon lapin, je ne supporte plus cet état végétatif que nous cultivons ! J’aspire à autre chose, nous aussi nous pourrions nous en sortir dans la vie si tu te bougeais un peu.
    Mais que veux-tu que je fasse, nous n’avons rien !
    Parce que tu t’en fous !
    Je resterai si je le pouvais… mais il faut bien que je mange !
    Et pourquoi manger ? Pour dormir ! Tu n’as donc aucun but ?
    Je ne vois pas ce que tu veux, expliques toi donc ? Tu as trouvé un autre homme a aimer ?
    Ne sois pas idiot ! Chaque jour que Dieu fait, tu vivotes, ne cessant de te lamenter… pourquoi ne pas faire en sorte que nous puissions vivre ici quotidiennement jusqu’à notre trépas et montrer à nos enfants comment vivre de nos récoltes ?
    Nos enfants ! Mais je te rappelle ma chérie, que nous n’en avons pas… et de quel rendement ?
    Nous pourrions faire pousser du blé, des vignes, des arbres fruitiers, et peut être même des poules… quand à nos enfants, tu es tellement « j’en foutre »que tu n’as pas remarqué que ta femme avait fait autre chose que de gober une pomme avec un ventre pareil !
    Quoi tu es… tu es…
    La horde s’impatientait dehors, et Mickaël décida de faire partir tout le monde. Ces deux là étaient tout simplement en train de les mettre en retard, et même s’il n’y avait pas urgence, il fallait partir. De toute façon, ils pourraient les rejoindre plus tard.

    Tu es enceinte, et tu ne m’as rien dit ! Mais depuis quand ?
    Ca fait déjà, plus de trois mois, tu n’as vraiment pas discerné cette rondeur ? Elle me gêne pour me baisser et je dors beaucoup plus qu’avant !
    Non tu as raison, au lieu de ruminer ma position, il faut que je me ressaisisse, il ne faut surtout pas que notre garçon soit un « végét », nous en ferons un gaillard !
    Notre garçon ? Mais nous n’en savons rien…
    Je le sens… ce sera un garçon et il sera né avant que la horde ne revienne, il faut que je me mette vite au travail, faire pousser toutes ces choses que tu m’as dites car à leur retour, nous leur ferons découvrir ces bonnes choses que tu te feras un plaisir de nous préparer…

    à suivre…

  2. Clémence dit :

    Ce matin de fin d’été, Alice étudiait. Sur ses genoux, son lapin Zerlina, sur son bureau, le théorème de Pythagore….dans ses oreilles, « Dal tuo stellato soglio » la prière du Moïse de Rossini.

    Elle ferait bien aussi sa prière, comme Moïse, pour comprendre ce fameux théorème, appelé aussi Pont aux ânes par les potaches!
    Pont en dos d’âne que des hordes de végétariens, quittant les pâturages amaigris, s’apprêtaient à franchir dès demain pour accéder aux alpages plus généreux…

    Pour Alice, ce changement de régime alimentaire, appelé végétarisme , était également un Pont aux ânes (en latin pons asinorum) . Elle refusait, en effet, de se rendre à l’évidence : l’homo ruminatus dominait dorénavant l’homo omnivorus!
    Ce choix, refusé par une poignée de récalcitrants dont Alice, se doublait d’une totale incompréhension !
    Quittant la géométrie pour la diététique, Alice saisit son crayon et son bloc notes (et non pas son ordinateur), car elle aimait le bruit de la mine charbonneuse sur le grain du papier ! Elle se mit à rédiger tout ce que ces drôles de ruminants perdraient au change ! Ah, ils allient voir ce qu’ils allaient voir, ces drôles !
    Plus de chocolat chaud au petit déjeuner, plus de croissants aux confitures du jardin, plus de frites, plus de petits farcis, plus de moelleux au chocolat, plus de charlotte aux abricots, plus de frangipane, plus de chouquettes et encore moins de profiteroles, plus d’île flottante ni de crème brûlée, plus de roudoudous ni de carambars ….plus de fromages aux saveurs gourmandes… c’est pas une vie, ça !
    Plus de blanquette de veau façon grand-mère, ni de veau Maringo…
    Plus de daube de sanglier ni de fondue bourguignonne…
    Plus rien venant de la basse-cour… plus de magret de canard, plus de cassoulet, plus de poule au pot…
    …plus de civet de lapin aux herbes de Provence….
    Civet …. CIVET DE LAPIN…. oh, non, plutôt mourir….

    Alice Giovanni se mit à chanter à tue-tête…. « Viens, mon lapin, mon lapin adoré…   Là ci darem la mano ! » 
     Je crois que je suis prête à tout pour toi, Zerlina, même à me convertir au régime de Pythagore !

    PS: pour ajouter un peu de piment à ce régime des légumistes, vous pouvez l’agrémenter de ces deux airs sublimes…cités ci-dessus …

  3. Françoise -Gare du Nord dit :

    Suite aux élections européennes de 2054 qui avaient vu la victoire éclatante des partis écologistes, le végétarisme avait triomphé, l’homme ruminant dominait.

    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages, d’alpages en herbages, de fourrages en labourages.
    Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp vers un nouveau bocage pour une transhumance « All inclusive », Alice voulut emporter son lapin curieusement épargné alors que l’espère animale avait disparu de la surface du continent, décimée pour ne plus être chassée ou pêchée afin de nous offrir notre ration quotidienne de protéines ; traitée pour maintenir notre capital osseux ; tondue ou pelée pour nous vêtir ; harnachée pour nous transporter ; disséquée pour guérir notre cancer …

    Alice avait gardé secrètement ce lapin – en réalité une lapine grosse d’une exceptionnelle portée de 18 petits – dans l’espoir peut-être insensé de faire réapparaître le règne animal et sauver ainsi le genre humain voué à revenir à l’époque primitive.

    Car une nouvelle race d’hommes était apparue et venait de prendre le pouvoir, une classe riche et oisive qui ne prenait même plus la peine de mâcher, la nourriture leur étant délivrée déjà mastiquée par une classe laborieuse réduite en esclavage.

    Ces hommes-là n’avaient ni tripes, ni estomac, de véritables ventres mous, un peu comme ces patriciens de la Rome décadente ou ces Rois Fainéants. Mais ils déployaient une énergie peu commune à tondre, raser, épiler les gens. Le résultat paradoxal : tout le monde s’est retrouvé à poil

    On les appelait « les Sans Dents »

    ALICE : Association pour la Libération des Instincts Carnassiers en Europe

  4. Françoise dit :

    Le végétarisme avait triomphé,
    l’homme ruminant dominait.
    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages.
    Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp,
    Alice voulait emporter son lapin…mais celui-ci, panpan le bien nommé, ne l’entendait pas ainsi de ses grandes oreilles. C’était un lapin qu’Alice avait habitué à un certain standing : par exemple il passait beaucoup de temps devant la télévision avec elle où il regardait beaucoup de dessins animés – Alice en était friande – lui avait ses héros (tels les lapins crétins auxquels il s’efforçait de ressembler mais en vain lui semblait-il). Son rêve était de passer un casting pour jouer l’acteur dans un dessin animé ou une pub. Il avait entendu plusieurs fois Alice en parler et dans ces moments-là il frétillait de la queue.
    Faisant fi de ses rêves de gloire et ayant analysé la situation en toute lucidité, il sauta des bras d’Alice et s’enfuit à toutes pattes, sans se retourner, choisissant transhumance pour transhumance , de la faire en solitaire. Ayant parcouru une grande distance il s’arrêta dans une clairière.Quelle ne fut pas sa surprise d’y retrouver des semblables ou presque : ce devait être des lièvres. Une femelle s »approcha de lui, il lui fit pan pan et des liens semblèrent se nouer entre eux. Les jours passèrent, heureux, panpan ivre de liberté. Et puis sa compagne lapine mit au monde des petits lapins métissés qui furent bien accueillis – aucun racisme ne semblait avoir cours dans la forêt. Beaucoup de petis métissés naquirent au fil des mois sans poser de problèmes.
    Et puis ce fut l’ouverture de la chasse et l’on vit les lièvres détaler dès qu’ils entendaient des chiens ou des bruits de bottes. Mais panpan qui n’était pas au courant se retrouva vite dans une besace puis dans une casserole.
    Personne n’échappe à son destin.

  5. Colette Bonnet-Seigue dit :

    J’aime beaucoup ce parcours et sa fin. un petit pied de nez aux végétaliens!

  6. Antonio dit :

    – Tu nous les broutes, Alice ! Ton lapin bouffe comme quatre, à cause de lui on est obligé de se serrer la pâture, ça suffit maintenant !
    – Mais il va se faire dévorer par les loups si on l’abandonne ici !
    – Si tu l’emmènes, un de nous lui tordra le cou et l’échangera contre une feuille de salade ou deux chez les carnivores de la vallée où il finira en civet. Tout le monde est à cran, tu vois bien !

    Alice dut se résoudre à abandonner son compagnon qui se rongeait déjà les sangs à voir la troupe s’apprêter sans lui.
    Très vite, la colère le gagna, la moutarde lui monta au nez. Ce qui lui donna une idée.
    Il n’en resterait pas là. Quitte à mourir, il allait leur faire regretter ce geste.

    Il but un grand verre de vin blanc cul sec suivi d’une cuiller à café de cognac pour se donner du courage. Puis, au diable sa pudeur, il ôta sa fourrure, accompagné de quelques herbes qu’il cueillit ça et là, laurier et thym, il sauta complètement nu dans le chaudron sur le feu encore allumé.
    Le cri de sirène qui s’en suivit intrigua à peine la horde qui s’affairait au départ.
    – Il doit s’agir d’un de ces rapaces, encore !

    Au bout d’un quart d’heure, le fumet qui se dégageait de la marmite stoppa net les hommes et les femmes prêts à lever le camp. L’un d’entre eux pleurait, le souvenir de son enfance venait de lui claquer en pleines narines.
    « Mamie ! »

    Tous s’approchèrent, les ventres grognaient, les papilles s’éveillaient, les bouches salivaient, chacun déglutissait un lointain festin du dimanche, banni par le nouveau régime. Certains découvraient même ce parfum exquis, cet appétit nouveau. Tous savaient ce qu’ils risquaient à replonger dans la marmite.
    « Arrière ! » ordonna le chef de camp.

    A peine eut-il le temps de finir son ordre que les premiers lui passèrent dessus. L’un prit la grande spatule en bois et se mit à touiller.
    – Ajoutez un peu plus de vin, ça colle au fond ! cria un autre.
    – Des herbes, encore un peu plus d’herbes ! suggéra son voisin.
    – Oui, tu as raison, le sacrilège sera moins grand avec plus de verdure ! » ajouta un sage qui poussait derrière.
    – Moi j’en veux ! hurla un vieil homme qui se frayait un chemin jusqu’au chaudron.
    – Il n’y en aura pas pour tout le monde, on fera ce qu’on peut, prévint le premier.
    – Encore dix minutes et ce devrait être bon, poursuivit-il, la spatule en action.
    – C’est quoi ? demanda un passant.
    – On dirait un… lièvre, non ? … s’avança son voisin.
    – Un lapin, je suis formel, affirma l’ancien.

    Alice surgit alors en pleurs : « Lapinouuu !! »

    La fin de l’histoire est que le lapin gagna son pari. Il accompagna finalement la horde dans l’estomac de chacun, ou presque. Et surtout il fut l’initiateur d’une révolution contre le régime.

    Le végétarisme avait perdu. L’homme dominant ruminait sa défaite.

  7. Tissier mireille dit :

    Le végétarisme avait triomphé,
    l’homme ruminant dominait.
    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages.
    Ce matin là, alors que la horde était prête à lever le camp, Alice voulait emporter son lapin.
    Les brebis étaient prêtes à reprendre le chemin e la vallée. La brebis dominante qui portait la cloche autour de son cou ouvrirait la marche.
    Alice s’impatientait, son lapin noir et blanc de race Hollandaise dans ses bras. Le petit animal se tortillait comme un beau diable, lui ne voulait pas descendre avec le troupeau. L’herbe si verte de la montagne l’enivrait. Pourquoi cette petite fille refusait de lui rendre sa liberté?
    Son père s’en aperçut et en fit la remarque à Alice
    – Laisse le partir, ton lapin. Il n’en sera que plus heureux.
    Alice le regarda un instant dépité :
    – Non, il est à moi !
    – Et crois-tu qu’il sera plus heureux dans un clapier toute la journée? Je suis sûr qu’il t’attendra et que tu le reverra à la prochaine transhumance.
    Les larmes coulaient le long des joues de la petite fille. Elle baissa les yeux, le petit animal respirait très vite, en proie à une détresse sans nom. Alice pouvait sentir son cœur battre à travers ses doigts.
    – Prend vite une décision intima son père, nous avons beaucoup de chemin à faire et les brebis s’impatientent.
    Alors Alice prit sa décision et la bonne; elle posa dans l’herbe son lapin. Celui-ci après un moment d’hésitation, partit en sautillant vers son destin qui pour lui s’appelait : LIBERTE.

  8. Perrat Pascal dit :

    De bons textes cette semaine, comme souvent, mais pourquoi se cantonner au Lapin d’Alice aux pays des merveilles ?

  9. ourcqs dit :

    Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp, Alice voulait emporter son lapin… qui philosophait dans les champs.La méthanisation des pets bovins était-elle responsable de cette mutation?Pourquoi ces nouveaux troupeaux de suivistes ?Changement climatique, il allait faire arti chaut, arti chaut ??? Pas un seul individu ne roulait en citrouille , au moins jusqu’à minuit , pour retrouver de moelleux broco lits , dans une aubergine de charme ?? de vrais moutons de Panurge. Alice, salsifis, salsifis, prenons l’oseille et allons voir ailleurs ….

  10. Nathalie dit :

    Le pouce collé au fond du palais, Alice prit son air renfrogné. Et sa mère comprit : inutile de parlementer avec cette gamine lorsqu’elle avait pris une décision. Dans le sac à dos, il fallait dorénavant y ajouter le lapin.
    « Mais pourquoi l’avons-nous acheté celui-là ? » se lamentait la mère. « Encore un caprice qui va nous encombrer. Un hôte de plus à trimbaler durant la transhumance…. J’aime voyager léger !».
    Mais Alice avait toujours le dernier mot : le lapin trônera fièrement parmi l’éléphant, l’hippopotame, le perroquet, l’alligator et la girafe, ses doudous préférés qui l’accompagnent partout dans le monde des rêves.

  11. Kacyne B. dit :

    Le végétalisme avait triomphé, l’homme dominant ruminait.
    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages.

    Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp, Alice voulait emporter son lapin.

    Elle le réveilla avec douceur, le pria de se vêtir.
    « -Oui, oui, Jeannot, mets ta veste en djin, et n’oublie pas ta montre ordinatophone; ce sera parfait! »

    Alice, femme volontaire et organisée, avait déjà préparé le bagage d’indispensables, mille fois rien.

    Soixante nanosecondes plus tard, excités comme des puces, ils se faufilaient en catimini sur le bitume de la route désertée.

    Lewis, l’ami d’ Alice, les attendait impatiemment, appuyé à la portière du véhicule métallico-zinco aux éclats flamboyants.

    Jeannot, bondissant, s’installa aux commandes du bolide supersonique et demanda à Alice et Lewis de bien crocheter la sécurité de leur ceinture.

    Départ immédiat!

    Ils aperçurent une dernière fois les grands yeux noirs abêtis de ceux qui broutaient.

    Alors, Jeannot actionna les rétrofusées.

    En avant vers la terre de leurs rêves.

    Adieu, Pays des Merveilles.

    Bienvenue, Planète Vermeille.

  12. Le végétarisme avait triomphé,
    l’homme ruminant dominait.
    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages.

    Alice était impatiente de passer à table. Un pique-nique géant se dévoilait devant elle: de la nourriture à perte de vue, un cocktail de luzerne et de légumes…

    Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp,
    Alice voulut emporter son lapin pour qu’il en profite.

    Quand il vit le troupeau humain se jeter sur le foin, il se rappela que les vaches se nourrissaient de farines animales
    Les crevettes ingurgitaient du poisson.

    Alors il se précipita sur Alice et la bouffa.

  13. Christine Macé dit :

    Le végétarisme avait triomphé, l’homme ruminant dominait.
    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturages en pacages. Ce matin-là, alors que la horde était prête à lever le camp, Alice voulait emporter son lapin…

    La reine, qui avait perdu 25 kilos en un rien de temps, s’impatientait :

    – Cette petite, toujours aussi têtue et indisciplinée !

    Elle envoya son valet de cœur quérir l’enfant qui persistait à refuser de monter dans le convoi sans son animal fétiche. Le valet de pique tenta bien à son tour une percée mais sans plus de succès : Alice n’en démordait pas, ce serait avec son lapin ou sans elle ! Après tout, qu’est-ce qu’on en connaissait de ce pays des merveilles où il fallait émigrer ? Les contes, ça n’était plus de son âge – qu’elle avait « de raison » : ce qu’elle entendait bien faire savoir, fût-ce au prix de la mauvaise humeur de la reine.

    Le lapin, lui, restait terré dans un coin : plus question de cavaler de droite et de gauche, montre en main, en braillant. D’ailleurs, s’il avait décidé de la boucler, c’est qu’il ne fallait à aucun prix, cette fois, être en retard ni louper le coche. Mais le prendrait-il si Alice ne parvenait pas à convaincre la reine qu’il devait être de la partie. Lui et lui seul, puisque tous ses congénères avaient finis noyés dans la Mare de larmes : adieu veaux, vaches, cochons… Disparus le chat du Cheshire, Bill le lézard, la Chenille, le Pigeon, le Lièvre de mars et le Loir (pourtant ami avec le Chapelier), le Griffon et même la Simili-Tortue. Un vrai carnage, que dis-je : un génocide ! Tout ça parce que la reine s’était toquée de végétarisme : un truc à la mode qu’elle avait lu sur Internet. À partir de maintenant, on ne mangerait plus que du végétal, cru, et sans assaisonnement.
    La cuisinière avait été limogée séance tenante et priée de disparaître, ainsi que son équipage de petits mitrons et ses marmites. Dans la vaste cuisine relookée en laboratoire aseptisé, il n’était plus question que de céréales, de tofu et de graines germées. À ce rythme-là, tout le monde avait fondu à vue d’œil et la tristesse s’était invitée aux les tables du « castle ».

    Le roi trouvait bien que sa rombière avait la mine un peu défaite et l’humeur encore plus chafouine que d’habitude, mais habitué à la boucler, il s’adonnait dès lors à sa passion pour le croquet ou faisait d’interminables parties de cartes avec le Deux, le Cinq et le Sept.

    De son côté, le chapelier fou, épris de sa théière, passait des heures à lui écrire des vers dégoulinants de pâtisseries à la crème au beurre, des ingrédients formellement interdits par les nouvelles lois culinaires, et dont sa mémoire gardait encore quelques rares saveurs.

    – Monsieur Lapin lui aussi est végétarien, et de la première heure, ses ancêtres avant lui l’ont toujours été, et ceux d’avant itou ! argumenta Alice. Il vous en remonterait en matière de carottes et ne fera jamais tâche à votre table, Altesse…

    La reine, piquée, se renfrogna : céder à cette péronnelle, quel déshonneur ! Mais, soit : s’il fallait en passer par là, elle consentait.

    Et c’est ainsi que le lapin blanc fut sauvé… enfin momentanément. Car la reine, qui n’avait pas dit son dernier mot, finit tout de même par avoir sa peau, qu’elle ne dédaigne pas de porter le soir en étole.

    Bon week-end, Christine

  14. Durand Jean Marc dit :

    Le végétarisme avait triomphé, l’homme ruminant dominait.

    Chaque saison, des millions d’individus transhumaient de pâturage en pacages.

    Ce matin là, alors que la horde était prête à lever le camp, Alice voulait emporter

    son lapin. Sa mère lui posa la main sur l’épaule.

     » Non chérie, tu sais bien que c’est impossible!

    La petite Alice regardait ses sandales en feuilles de choux

    – Mais pourquoi ?

    – Parce que ,c’est la loi.Oui, je sais, tu l’aimes. Comme tous les matins, tu l’as

    préparé avec tant d’amour…Il est magnifique!

    – Déjà hier, tu m’en a empêché!

    – Oui ma fille, et tant que tu ne comprendras pas, je te le répéterai. Ton ancien

    pays des Merveilles n’a rien à voir avec le nôtre.

    Alice feuilletait son livre. Il était tout corné mais c’était son livre.

     » Alors, je dois le laisser…là ?

    – Oui, tu veux que je m’en occupe?

    – Non laisse Maman, j’ai compris.

    Alice creusa un trou, y enterra son livre. Elle ôta du feu la marmite. Son contenu

    frémissait pourtant le bonheur. Alice bascula le faitout.

    Le lapin aux pruneaux sauta dans le trou. La sauce imbiba l’exemplaire

    centenaire de maître Bocuse. Alice balança deux pelletées de terre, une sur

    le feu, l’autre sur le trou.

    Elle pleurait.

    Ses larmes feraient pousser la prochaine salade de l’amertume.

    Dans ce nouveau pays des Merveilles, on mangeait vivant les pissenlits et leurs

    racines.

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