Exercice inédit d’écriture créative 172

Tignassse
Un cheveu blanc vient de naître
au sein d’une tignasse noire.
Imaginez la réaction de ses congénères. 

15 Responses

  1. Clémence dit :

    Un cheveu blanc vient de naître au sein d’une tignasse noire. Imaginez la réaction de ses congénères. 

    Qui n’a lu le roman « Le lion » de Joseph Kessel ?… Si ce n’est pas le cas, sur la terrasse, en été, il peut s’avérer de bonne compagnie. Mais si je vous parle de ce roman, c’est parce que je vais vous narrer une anecdote que peu de lecteurs connaissent.

    Petit feed-back :
    « Non loin du Kilimandjaro, dans un parc royal, vivent Sybil , John Bullit et leur fille Patricia. Elle partage avec le lion King une amitié qui plonge Sybil dans un état d’anxiété constant . Il y a de quoi ! Imaginez ! Chaque jour, la fillette se rend au rendez-vous qu’elle et King se sont fixés la veille. »

    Leurs jeux sont incroyables : force et douceur s’entre-mêlent avec tendresse et complicité. Pat se permet tout avec King : elle grimpe sur son dos, taquine ses moustaches, vérifie sa dentition et ses griffes, le regarde droit dans les yeux et ose même s’en prendre à son appendice caudal qu’elle fait tourner comme une corde à sauter !
    Les jeux et la rencontre se terminent immuablement par ce rituel : Pat glisse quelques mots à l’oreille de King et il prend la posture du Sphinx. La fillette se glisse entre ses pattes de devant, dans la même posture. Ils vivent des instants magiques en osmose totale.

    Ce matin, Pat rejoint King, grimpe sur son dos et enfouit son nez dans la crinière du fauve. Stupéfaite, elle entend un tohu-bohu plus assourdissant que les sagaies des Masaïs frappant la latérite! Les poils noirs s’étripent, s’écharpent, s’insultent et se lamentent ! Quoi ! Un poil blanc perturbe cette parure royale ! Quelle honte, quel scandale… on n’avait jamais vu cela !
    La rixe prenait des allures de pugilat tant et si bien que King finit par montrer son courroux en hérissant sa crinière ! Pat tente de le calmer en lui murmurant : « On dirait que tu es passé trop près du groupe électrogène ! » Et elle éclate de rire …
    Cependant, cette bataille de milliers de poils noirs pour la présence d’un seul poil blanc demeure une énigme pour la fillette.
    Afin de mieux réfléchir, elle fredonne: « Jamais on n’a vu, jamais on ne verra un lion avec une crinière blanche » . Et pourtant, elle en avait vu des lions !

    Tout à coup, une idée ! A quatre pattes sur le dos de King, elle commence une inspection minutieuse de la crinière. Eurêka, elle le trouva cet intrus, ce poil blanc. Elle le prend doucement entre le pouce et l’index et tire un bon coup….
    Un cri sauvage en contre-ut: la savane tremble….
    Un rire cristallin en la majeur : la savane soupire….
    Un rugissement de feu en do majeur: la savane est en sécurité….

    Les premières notes de la « Symphonie pour un long cheveu blond » s’élancent vers le ciel !

    …..J’espère que Joseph Kessel ne se retournera pas dans sa tombe pour cette insolente « da coda »

  2. Delphine Burnod dit :

    Dès le réveil, Maitre crâne prend la parole :

    « Mes frères : aujourd’hui un évènement marque le début d’une nouvelle période : une ère pleines de surprises nous attend .
    Aujourd’hui le premier blanc a vu le jour. Et nous ne vivrons jamais plus comme avant .
    Dans quelque temps plusieurs d’entre nous se métamorphoseront. Et les choses se précipiteront. Il est probable alors que nous subissions le traitement chimique et son attente .
    Gardons en tête que la violence de l ’opération vaut toujours mieux que notre arrêt de mort sous la tondeuse. Ou qu’une vie à l’étouffée sous le postiche .
    Ainsi soyons vigoureux – comme toujours – et fiers de nos bulbes . »

    Le cheveu blanc qui fait semblant de dormir n’en mène pas large et se pose mille questions . Ses voisins, sonnés, le laissent tranquilles .Mais jusqu’à quand ?

  3. Halima BELGHITI dit :

    Un cheveu blanc vient de naître au sein d’une tignasse noire. Les réactions de l’entourage ne se font pas attendre :
    – Eh, Arthur ! Réveilles-toi ! Arthur réveille toi, j’te dis !
    – Mais que se passe-t-il mon petit Darius, pourquoi tant de bruit ?
    – Arthur mate-moi, ça !
    – Quoi ? Je ne vois rien !
    – Mais ça…Arthur…ça ! C’est un cheveu blanc !!
    – Un cheveu blanc, mais qu’est-ce que c’est que ce truc Darius ? D’où ça sort ?
    – Je n’en sais rien Arthur, c’est bien ce qui m’inquiète. Il faut prévenir les autres et les convoquer à une réunion au sommet du crâne.
    La nouvelle se répandit rapidement à travers la chevelure. Un cheveu blanc est apparu! Un cheveu blanc est apparu ! Partout sur la tête, cette phrase sonnait comme une litanie. Les voici tous réunis au sommet du crâne pour en parler.
    – Est-ce une épidémie ?
    – Est-ce contagieux ?
    – Comment a-t-il atterri là, ce cheveu blanc ?
    – Il va rester longtemps ?
    Des questions fusent de toutes parts et trahissent l’inquiétude de la tignasse.
    – Mes amis, mes amis, calmez-vous, dit Arthur. Ce cheveu blanc n’a pour l’instant manifesté aucun signe d’agressivité à notre égard. Il s’est peut-être égaré ou arrêté en chemin ? Nous ne disposons pas d’éléments suffisants pour agir pour le moment.
    – N’attendons- pas !
    – Qu’on le pende !
    – Dehors l’intrus !
    – Il n’a rien à faire ici !
    La foule de cheveux est déchainée. Le mécontentement s’amplifie. Il faut calmer la situation avant que des débordements aient lieu.
    – « Nous sommes bien d’accord, repris Arthur. Ce cheveu blanc n’a rien à faire chez nous. Mais est-ce à nous de nous en charger ? Pourquoi nous infliger cette pénible tâche, après tout blanc ou noir, ça n’en reste pas moins un cheveu…J’ai un plan pour nous sortir de ce pétrin. Faisons faire le sale job par quelqu’un d’autre. Gardons nos racines propres, inutile de se tremper les pointes dans de mesquines combines capillaires. Nous avons une chance inouïe, nous sommes une chevelure de femme ! Là est tout notre atout ! Suivez mes instructions et le cheveu blanc se volatilisera comme par magie ». Les cheveux fomentèrent jusque tard dans la nuit.
    Le lendemain matin, un lundi, branle-bas de combat ! Il faut se préparer à être coiffés – pas toujours avec grande douceur-, à être repris au séchoir, à se voir appliquer une mousse ou une laque selon l’envie du jour. La consigne d’Arthur était claire : mettre le plus en lumière possible le cheveu blanc. Que Cécile ne voit plus que lui dans ses cheveux sombres. Car,leur avait-il dit, vous n’ignorez pas ce que signifie pour une femme l’apparition d’un cheveu blanc, n’est-ce pas ? Aussi fallait-il pour eux que dans leur mouvement, dans leur façon de s’organiser sur la tête, le cheveu blanc soit toujours très apparent. La réaction ne fit pas attendre. Au troisième jour de cette stratégie, au matin, un cri retentit de la salle de bain. « Hiiiiiiiiiii….j’ai un cheveu blanc !!!! » Et Cécile de l’arracher d’un geste brusque mais précis. Elle bouge la tête de gauche à droite puis dans le sens inverse à l’affût d’un autre intrus. De leur côté, les cheveux s’auto congratulent et se félicitent que leur ruse ait réussie. Levant sa coupe de champagne, Arthur s’adresse aux siens : « Je vous l’avais bien dit, mes amis. La femme est notre meilleure alliée contre le cheveu blanc !  »
    Halima BELGHITI

  4. Bouquet dit :

    Un cheveu blanc vient de naître au sein d’une tignasse noire. Imaginer la réaction de ses congénères. « une canitie subite ! c’est encore le syndrome de Marie Antoinette ! » Pouvait-on entendre dans les boxes, ce lundi matin.
    Oui, cette légende qui raconte que la veille de passer sur l’échafaud, le 16 octobre 1793, les cheveux de Marie Antoinette, reine de France et épouse de Louis XVI, auraient blanchi durant la nuit. Certes, c’est bien une légende et les cheveux ne peuvent blanchir en une seule nuit. Par contre, et c’est un fait avéré, suite à un choc émotionnel chez certains sujets, le blanchissement très rapide de la chevelure peut arriver.

    Même si la situation n’est pas tout a fait la même, quoique finalement… on peut comprendre que le choc soit suffisamment important pour entraîner une telle réaction. En effet, pas facile à vivre pour lui. Non seulement vous venez de rater la course de votre vie, mais avec cette blessure, vous risquez de tout perdre, voir même d’y passer. Vous le savez. C’est le risque du métier…

    Il s’était pourtant très bien préparé, l’entraînement était intense mais sans plus. Tout allait bien. Les chronos étaient bons la veille. 2700 mètres, un peu plus d’un tour de piste, c’est une distance largement à sa portée. Et au pire, une photo-finish à l’arrivée. Bref, limite une formalité.

    Mais voilà, c’était sans compter un faux-départ. C’est toujours la hantise pour tout le monde. Surtout là, étant plus de neuf à s’êtres engagés, c’est pas l’autostart, mais bien un départ volté. Et ça, ça ne pardonne pas. Vous démarrez perpendiculairement à la piste, puis vous faites une volte vers la gauche pour vous élancer. La difficulté ensuite est de rester en ligne pour passer le faisceau laser qui matérialise la ligne de départ. Mais si on le passe en premier… Pas besoin de la photo, c’est « finish » direct.

    Et pour ce dernier dimanche de janvier, à Vincennes, même s’il faisait beau, le ciel est pourtant tombé sur sa tête. « Faux-départ pour le numéro 12… » Quand ça arrive, on trouve ça tellement injuste, qu’on peut vite s’emporter. Faire un geste de trop, un mauvais coup. Et cette fois, on ne sait trop comment, mais c’est la jambe qui a pris. Un très mauvais coup. Et avec une fracture ouverte, l’infection étant quasi inévitable, tout le monde connait la suite dans ces cas là, lui le premier.

    Alors devant ce public venu nombreux, on a certainement pas fier allure quand on doit passer tout en boitant. Finir de cette manière, ce que certain considère comme le championnat du monde du trot attelé, ce fameux prix d’Amérique, « grand prix » même depuis 2013, c’est forcément vécu comme un traumatisme.

    Alors rien d’étonnant que le lendemain, ses congénères découvrent ce premier cheveu blanc… même pour un cheval comme lui.

  5. Antonio dit :

    Ca décoiffe, Françoise… mots au vent d’une géniale inspiration ! 😉

  6. Françoise - Gare du nord dit :

    Un cheveu blanc vient de naître au sein d’une tignasse noire. Il ne manque pas de passer inaperçu et est rapidement considéré comme un intrus. Sa présence jugée incongrue, au même titre qu’un spermatozoïde dans un congrès de lesbiennes, suscite la curiosité et maints commentaires.

    Bientôt, un cheveu rebelle, décide de l’aborder, ignorant les risques de démêlés avec ses congénères, surtout les fourchus, de tous temps toujours les plus virulents.

    -« Qui es-tu » lui demande-t-il
    -« Je suis ton avenir. Vois-tu, toi aussi et tous tes camarades deviendrez comme moi. C’est inéluctable. Je possède la sagesse des anciens. Rejoins-moi, je t’apprendrai ce que je sais. Essaie de rallier tes amis, je vous ferai part de mon expérience et vous révèlerai à tout mon savoir

    Rapidement convaincu, le cheveu rebelle tente de convaincre ses semblables.
    -« Ce type qui débarque comme un cheveu sur la soupe, ça me défrise » clame le crépu
    – « Ze ne suis pas d’accord pour zanzer » rétorque celui qui zozote depuis qu’il a fait un séjour sur une langue
    – « Avant de nous décider il faut tout analyser. Nous ne devons omettre aucun détail, même le plus infime a on importance » pontifie celui qui est toujours coupé en quatre
    – « Non, pas question » assène d’un ton péremptoire le cheveu sec
    – « Oui » rétorque le cheveu gras, son éternel adversaire
    – « Oups ! Je.. Je crois que j’en tiens … tiens … une bonne » bafouille le cheveu passablement éméché
    -« Je suis d’accord pour tenter l’expérience. Au point où j’en suis » déclare le cheveu raide
    -« Heu! Heu! Je ne sais pas. Mon avis a-t-il de l’importance ? » avance timidement le cheveu terne
    -« Peut-être que si j’avais été blanc, elle ne serait pas partie » suggère le cheveu plaqué
    -«Je crois qu’il ne pas faut juger sans avoir essayé. Ecoutons-le. Il y a peut-être du bon » propose le cheveu souple
    -« Il n’en est pas question » assène le cheveu cassant

    Et c’est ainsi, que deux groupes se créent : le clan des irréductibles cheveux noirs et celui des néo-anciens cheveux blancs
    Bientôt, les forces en présence sont à égalité et apparaît ainsi la première chevelure poivre et sel de l’humanité.

    Cet équilibre parfait aurait pu et dû générer une paix durable.
    Hélas ! Les belligérants, qui avaient pris racine près d’un cerveau humain, de toutes les créations du monde l’endroit le plus sombre et le plus violent, décident d’engager le combat.

    Les deux camps, séparés par une raie, les premiers formés en épis, les seconds hérissés, s’emmêlent, se crêpent, s’arrachent.

    Cette lutte fratricide fut une hécatombe et tous les cheveux en bataille finissent par tomber.
    C’est ainsi qu’est née la première calvitie de l’histoire de l’humanité

  7. danielle 78 dit :

    Un cheveux blanc vient de naître au sein d’une tignasse noire..Imaginez la réaction de ses congénères.
    Le groupe était réuni, au petit matin, sous les feuillages et chacun profitait de ce moment convivial pour vérifier que la troupe était au complet, sourire à ceux qui avaient sa préférence, s’éloigner des agressifs levés du mauvais pied, s’amuser avec les petits. La journée commençait bien jusqu’à ce que sa compagne, mère de ses enfants, s’approche pour le cajoler comme elle en avait la délicieuse habitude. Ses caresses lui procuraient mille frissons et il lui était reconnaissant du soin qu’elle prenait à extirper les hôtes indésirables qui avaient eu des velléités à s’installer. Elle poussa un cri, étonnement et effroi à la fois, qui le surprit et brandit devant l’assemblée un de ses poils. En un éclair tout s’arrêta et il découvrit que ce poil était blanc. Le verdict d’exclusion allait tomber, la tribu avait des principes : aucun membre ne devait se différencier. Ce n’est pas bien grave pensez-vous, ce ne sont que des singes mais à y réfléchir de plus près ils sont nos lointains cousins et nous reproduisons peut-être des comportements archaïques…
    Danielle 78

  8. laurence noyer dit :

    L’autre matin elle peignait ses cheveux, elle a dû en oublier un!

  9. laurence noyer dit :

    C’est une date à marquer d’une pierre blanche. ( Je sais c’est un peu tiré par les cheveux.)

  10. Sabine dit :

    Un cheveu blanc vient de naître au sein d’une tignasse noire.
    Ni une ni deux, sa propriétaire l’arrache à grands cris. Tous les autres cheveux tremblèrent tellement de peur qu’ils devinrent tous blancs sur le champ.

    Bien fait. Il faut savoir vieillir.

    ©La méchante Margine

  11. patricia dit :

    C’est l’histoire de Poil de Neige qui arrive au sommet d’une montagne de cheveux tous ébouriffés. Trés vite il est entouré par la tribu des Cheveux Gras.
    Les poils noirs avec leurs enfants agglutinés derriére eux scrutent l’intrus. Quel étrange petite bonhomme blanc.
    Intrigués par sa propreté et sa bonne odeur, ils viennent même le sentir de prés.
    « J’ai un bon gel moussant à vous proposer qui vous rendra tous brillants.
    Les chefs de laTignasse Noire ,aprés délibération, donnent leur accord .
    Poil de Neige est tout content de rendre à ses congénéres leur liberté et ceux ci ,tous fiers de leur propreté, s’inclinent devant lui avec respect.
    Vous allez me dire que c’est une histoire un peu tirèe par les cheveux.

  12. ourcqs dit :

    Un cheveu blanc vient de naître au sein d’une tignasse noire.Imaginez la réaction de ses congénères.
    Ruban blanc sur une robe noire,
    jonc d’argent sur peau d’ébène,
    filament de lumière dans un ciel d’orage,
    lueur malicieuse dans un regard sombre,
    trait lumineux sur un tableau de Soulages,
    éclat de flash sur une photo argentique,
    C’est toujours lui, que l’on remarque
    Chic ou Choc ??

  13. Antonio dit :

    « Quoi ? »
    Le nouveau-né cesse ses babils devant la noirceur des airs qui l’entourent.
    « Chut ! lui murmure un cheveu plus gras que les autres, cache-toi derrière moi !
    – Pourquoi ? s’étonne le néo blanc-bec au caractère déjà fort.
    – Fais ce qu’il te dit, reprend un cheveu en épi, écrasé contre une taie d’oreiller. Quand le jour va se lever, tu ne passeras pas le test du miroir.
    – Hein ? Quel test ? Quel miroir ?
    Le cheveu blanc s’étire, bien décidé à découvrir ce nouveau monde.
    – Quelle étendue, c’est magnifique ! Comme vous êtes beaux ! j’ai hâte de grandir parmi vous..
    – Aucune chance, l’interrompt le poil gras, tais-toi plutôt et viens te cacher où tu vas te faire expulser manu militari.
    – Mais laissez-le, intervient un cheveu hérissé, il n’échappera pas à son sort. On ne peut pas accueillir toute la misère de l’âge. Vous en cachez déjà bien assez.
    – ???
    – Oh, mais je le sais, ne faites pas vos pointes fourchues, vous êtes tous de mèches ! Mais un jour, ne vous inquiétez pas, il n’y aura qu’une seule couleur parmi nous, pure et soyeuse.
    Il jubile quand tous les cheveux prennent peur devant une telle horreur.
    – Il n’a pas tort. C’est à cause de vous, lâche un cheveux sec, pointant du doigt le nouvel émigré, que l’on va se faire décolorer !
    – Oui, clament d’autres congénères en choeur.
    Le lynchage n’est pas loin. Quand le jour se fait et le miroir comme un grand soleil apparaît.
    – Chut ! viens et cache-toi, bon sang !

    Le cheveu blanc, trop rebelle pour écouter le chic tif et émerveillé par ce premier jour qui le met en lumière, se dresse et lui sourit.

    « Bonjour ! »

    Le verdict du miroir sera sans appel.

    chic tif

  14. durand dit :

    Nourriture céleste !

    Autochtone n°1 : (type obscur et béat)

    « Salut à toi, oh grand maître de la sagesse ! Qui que tu sois, d’où que tu viennes, je te reconnais.

    Depuis le temps que je t’attendais, les pieds dans la Terre, la tête dans la Lune, les mains dans le cambouis.

    Je suis humblement honoré que tu visites mon garage, que tu oses poser ton regard géant sur mes pauvres motos…mes créatures à moi.

    Sans ma foi en toi, je n’aurai jamais trouvé l’exact montage permettant au bon mélange d’exploser.

    Ma foi, sans toi, je n’aurai jamais pu déplacer les montagnes adipeuses de ma belle mère…de sa bicoque jusqu’au puits… du puits jusqu’au parc à chèvres…du parc à chèvres…jusqu’au au caillou, sous le baobab.

    Ma foi en toi nous transporte tous. »

    Autochtone n° 2 : (type boucané par l’expérience historique)

    « Ouh la la, ça sent le réchauffé, cet air de blanc bec ! Moi mon père y s’en ait déjà pris plein le colon »

    Autochtone n° 3 : (type pragmadémocratofamélique)

    « Moi, j’vote pour le bouffer tout de suite ! »

  15. Jean Louis Maître dit :

    Le Prophète.

    « Mauvaise nuit !
    Très mauvaise nuit… »

    Dans la tignasse ébouriffée, un cheveu, sacrément fourché, peine à se réveiller.

    « Mauvaise nuit !
    Très mauvaise nuit… »

    Autour de lui, c’est l’étonnement, et même, un brin, l’affolement !

    « Ah ! les poteaux ! Ah ! les frangins ! Je n’aurais pas dû reprendre du hachis Parmentier, hier soir ! »

    Autour de lui, consternation ! Tous ces regards dubit…à…tifs ? médit…à…tifs, voire interrog…à…tifs sont fixés sur le cheveu blanc !

    « La trouille, les gars ! Le cauchemar Parmentier ! Un avenir trou…blant, voilà ce qui nous attend ! J’ai enfin compris comment ça fonctionne, là-dessous, et surtout, surtout… »

    Il peine à achever ses phrases.

    « On est foutus ! reprend-il en déglutissant.
    Tout ce bazar, déjà, pour que ça marche,
    Qu’elle fonctionne, cette machine,
    Avec ses tuyaux,
    Ses ouvertures,
    Ses échappements,
    Ses fissures,
    Ses plis, replis, méplats,
    Ses recoins,
    Ses fentes,
    Ses zones obscures,
    Ses matières grises ou molles ou dures,
    Sa dure-mère,
    Ses embouchures
    Ses emmanchures,
    Tous ces efforts pour que ça dure,
    Qu’elle se soude, la fontanelle,
    Qu’elles s’équilibrent, les humeurs, les mixtures,
    Qu’elle se calme, la machine à proliférer les cellules,
    Avant qu’un jour, elles métastasent
    Ou s’adonnent à la cellulite,
    Qu’ils sortent enfin de dessous les aisselles, ces poils qu’ensuite on traque,
    Qu’on éradique,
    Curieux diktat !
    Du look, la dictature, et ses oukases, la fashion attitude… »

    Les cheveux noirs qui entourent l’ancien en restent bouche bée !

    « Car en plus, dans cet immense merdier,
    Cette alchimie des corps,
    On formate,
    On acclimate,
    On clone,
    On bidonne,
    On bidouille,
    On merdouille le design,
    On taille
    Retaille,
    Détaille,
    On améliore,
    On édulcore,
    On détériore,
    On rafistole,
    On rabiboche, on tranche allègre dans la bidoche, on silicone, on PIP, on injecte du collagène, on traficote les ADN, au Botox, on intoxique, on insuffle du musclor à grands coups d’anabolisants, on lisse, rabote, rajoute ou ratiboise, on retranche tout ce qui fait tache, on détache le surplus des hanches, on débranche, déride, dégomme, on dénature, en quelque sorte, on pygmalione, tant qu’on y est, on frankensteine, à qui mieux mieux, on marie-rose… »

    L’épouvante se lit sur tous ces tifs dressés sur la tête en procès !

    « C’est la fin, mes lapins ! C’est la fin ! »

    Le cheveu blanc, haletant, se reprend :

    « Car, là-dedans, il se retrouve où, l’humain ? Hein ! Il se retrouve où ? Et à la résurrection de la chair et des corps retournés en poussière, si au dernier jour, les morts sortent de terre, que leurs cendres se régénèrent, si les noyés quittent leur mer pour un jugement dernier, tout ce qu’on aura retranché ou rabouté, greffé, gommé ou injecté aux corps d’accord pour le martyre, on en fait quoi ? On le rembourse ? On le rechape, le ratatine ?
    A qui est-ce qu’on le refourgue ? »

    Les cheveux restent cois ! Personne ne répond ! De fait, ces questions n’appellent pas de réponse ! Le temps semble suspendu. Encore tremblant à l’évocation de cette apocalypse, il se lance alors dans sa péroraison :

    « Dans ce dernier et ultime alignement des corps réincarnés, Neandertal, il se marrera, à reluquer sa voisine, Cro-Magnon se bidonnera tout à côté de Marilyn. Elle s’esclaffera, Lucy, devant le profil de Grace Jones, Néfertiti piquera une crise de jalousie quand elle apercevra les babines de Béart, Cléopâtre enverra paître son lait d’ânesse, et signera pour l’Oréal, elle le vaut bien ! Esaü regrettera son droit d’aînesse et s’épilera à la cire chaude, Hélène de Troie s’inscrira au fitness ou au spa, Héraclès cherchera à se chausser en Air Ness, Androclès s’habillera en Prada, et Attila bricolera avec Hermès, ce qui fera grimper le mercure ! Ambroise Paré en restera tout désemparé, Averroès la jouera mauvaise et perdra toutes ses facultés, quant à Flemming, c’est son flegme qui le quittera ! Afin de finir en beauté, Mademoiselle Coco Chanel se décorsètera, se fera lacer.
    Et puis tant pis ! C’est tout ce qu’on aura gagné, sûr !
    C’est tout ce qu’on aura gagné. »

    L’oreiller tremble encore sous les dernières visions de cette apocalypse. Le cheveu blanc a à peine terminé qu’une main commandée par la tête d’à côté de la sienne actionnent deux doigts qui enserrent le pauvre prophète chenu et l’arrachent dans un cri de victoire !

    « Aie !, crie la tête en dessous du cheveu blanc à présent éradiqué. »

    « Chéri ! Ton premier cheveu blanc ! » l’embrasse la tête d’à côté.

    Sous la peau de son crane, deux nouveaux cheveux blancs se terrent, attendant demain matin pour remplacer le prophète défunt.

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