Exercice inédit d’écriture créative 119

Je m’en souviens encore,
j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots,
quand il me sembla entendre…

Imaginez la suite

24 Responses

  1. Clémence dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots,
    quand il me sembla entendre…

    J’étais assise à même le plancher de ma terrasse, les pieds dans le vide. Mon front appuyé contre la balustrade, je regardais au loin, cherchant désespérément un peu d’inspiration pour la page blanche que je me devais de bleuir. Je n’étais pas encore bien loin dans la rédaction de mon nouveau roman…

    « Nombre de pages illimité », m’avait dit mon éditeur avec un sourire énigmatique.
    Alors, remplir pour remplir ou succinct ? Une petite voix me conseillait…Je la fis taire d’un tsitsitsi…

    Etait-ce le soleil de midi ? Je ne sais, mais il me sembla que la pelouse du parc se rétrécissait que l’orée de la forêt se rapprochait dangereusement.

    Je me levai et pris place dans mon fauteuil, l’ordinateur portable sur mes genoux. Comme d’habitude, j’écrivis, presque en écriture automatique, tous les mots que le sujet m’inspirait. Des plus obsolètes aux plus scientifiques. Les mots s’amoncelaient, tels les végétaux dans une forêt primaire. Un joyeux charivari  auquel vint s’ajouter un tintamarre bariolé.

    C’est alors qu’il me sembla reconnaître la musique de langue maternelle. Dans tout ce fatras de mots et de verdures, je distinguai des monologues, plus incongrus les uns que les autres.Personnages revanchards ou déchus, voulant prendre la place de héros dans quelque chapitre, peut-être….

    – Crénom, cela me fait une belle jambe d’avoir réveillé la Belle-au-Bois Dormant. Maintenant qu’elle est réveillée, elle ne cesse de me harceler… « Fais ci, fais ça ; je veux ceci, je veux cela… » Jamais contente, la Belle….

    – Va falloir faire gaffe à la parité homme-femmes. Voilà que celles-ci se liguent pour me faire la peau ! Et même s’en faire des manteaux ! Je m’en vais, de ce pas, contacter B.B., la SPA et la Ligue des droits des animaux.

    – J’aurais du me méfier, grommelait Cendrillon. Je me suis fait avoir ! Le poireau de Prince, tout beau et galant qu’il était, avait une maîtresse bien planquée. Il m’a vraiment prise pour une oie blanche….

    – Ah, Soeurette, qu’allons-nous devenir ? Quand je pense à tous ces trésors que nous avons enlevés à cette vieille sorcière qui voulait me croquer comme un petit poulet. C’était du vrai, du lourd ! Nous n’aurions pas dû écouter ces maudits traders. A ce jour, il ne nous reste que quelques radis pour survivre. Et encore, si le fisc ne nous confisque pas les dernières pièces d’or…

    – Ah, Pauvre de moi, la Botox&Co a été racheté par Blanche-Neige et ses sept actionnaires. Miroir, mon beau miroir, vite, au laboratoire , crée-moi immédiatement une nouvelle molécule « eterna gioventù » sinon, je te brise !

    Après ce chapelet de doléances auquel s’ajoutèrent celles des animaux, de végétaux et même des minéraux, la Terre se plaignit de ce que les hommes et les femmes lui faisait endurer, la sécheresse, la pollution, les déforestations intenses….

    C’est alors que surgit de cette forêt un air d’une beauté sublime. Un Petit Poucet à la douce clarinette se prenait pour Ludwig…

    Les notes chantaient le soleil et les doux zéphyrs, les ruisseaux et les oiseaux, la nature plus belle que jamais après l’orage…

    Il n’était pas encore trop tard pour agir. Je pris ma décision.

    J’allais enfin l’écrire ce roman. Ce serait mon best-seller mais aussi mon dernier roman.

    J’allais l’écrire dans ma tête, sur du papier neurone, à l’encre empathique.

  2. Sabine dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre enfin le message que me faisait passer mon éditeur à travers trois bibelots. Ha ! l’éditeur… Il me faisait rire celui-là. Il exigeait de moi un livre par an. Je lui en avais fourni quatre en cinq ans. Contrat presque rempli. Mais désormais je séchais. Par dizaines les feuilles allaient à la corbeille. Le livre tardant à venir, mon éditeur m’avait envoyé un petit cadeau accompagné d’une carte de visite où il avait pris la peine de me faire part de ses encouragements et de son impatience à lire mon prochain « grand succès ». Le paquet contenait trois petits singes. Tous trois assis dans des postures différentes. Idée saugrenue, des singes. Manque de tact, presque vexant. Je les abandonnais négligemment sur le bureau et je m’installais devant mon clavier. Je devais écrire, j’avais besoin d’argent. Le dernier livre ne s’était pas bien vendu.
    Rien. J’étais tarie. Je rêvassais les yeux posés sur les singes. C’est là que j’ai compris. Un des singes se cachait les yeux avec ses mains. Le deuxième avait les mains sur les oreilles, le troisième les avait sur la bouche.
    Comme moi, les singes ne voyaient plus rien, n’entendaient plus rien, ne disaient plus rien. J’avais compris le message. J’enfilais un pull et m’assis sur le banc du parc. Je regardais les gens, les écoutait parler. Je me suis même surprise à discuter avec une vieille dame qui avait perdu ses deux fils pendant la guerre.
    – On ne devrait pas mourir après ses enfants, me dit-elle.
    J’avais mon histoire.

  3. STEPHANIE CZAPCZYK dit :

    Quand il me sembla entendre cette voix,que j avais fait taire il y a 25 ans,que j avais etoufee de toute la force de mes mains .Cette voix,que j avais cru avoir tuer definitivement,celle dont j avais cru etre libere d elle car elle m aurait interdit de mener la vie que je voulais…
    Et puis elle est reapparue,sournoise,fourbe et conquerente dans la bouche de mon fils.
    Traitresse tu m attaques la ou ca fait mal!Par mon enfant,mon double et ma moitie,par celui que je n ai pas voulu elever dans l elite mais qui en a eu besoin malgre tout,par celui qui a pris un chemin que j avais refuse,par celui qui fait tout mieux que ce que je n ai fait moi meme,surtout mes erreurs.
    En plein doute sur lui meme et en guerre contre moi,trop rigide et moraliste,trop copine et dilletante,selon les jours il me lanca:
    -‘Je ne veux pas ta vie!Tu as fait des sacrifices…Pourquoi as tu arrete d ecrire?’
    Et bien que je lui promis alors que si j avais mille vies,je recommencerai mille fois la meme chose,tu savais a ce moment la,garce de voix,que la seule personne au monde qui pouvait me piquer au vif venait de prononcer des mots irremediables, et que tu allais pouvoir te reveiller,reprendre la place que j e t ai si longtemps refusee,et gagner ton combat.
    Je m’en souviens encore,
    j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots,
    quand il me sembla entendre…
    ton rire eclatant et triomphant envahir la chambre,se repandre dans mes veines comme un poison exquis,ravie de me voir abdiquer enfin au bout de 25 ans!
    Moi qui ne voulait plus que comme seul mot de mon dictionnaire celui de Maman.

  4. Nathalie dit :

    Il me sembla entendre un crissement. J’étais en pleine course sur la feuille de papier. Et crac. Ma mine de charbon se cassa. Nette. J’étais planté sur place. Impossible d’avancer. Désespoir : la forêt ne me livrerait jamais ses secrets si je ne parvenais pas à y entrer et y poser mes marques. Je voyais au loin les raies de lumière ; je regardais à mes pieds les rayures laissées sur le papier… J’imaginais la nature à l’œuvre dans ce bois, où j’aurai pu certainement y vivre toutes sortes d’aventures ! Les couleurs, les sons, les chants, les vers,….
    Puis un vent, venu du pays des encres et des ombres, soudain, souleva la page, la corna. Celle-ci me coucha sur le papier, m’envoya balader et gomma jusqu’à toutes traces de mon passage. Jamais je ne pus atteindre ce bois. Ma ligne d’horizon,moi le crayon de bois ou crayon de papier, c’est selon, se borna depuis ce jour au dessous du canapé. Dommage, de nombreuses histoires ont germées dans ma tête et j’en aurai des histoires à raconter !

  5. gepy dit :

    Je m’en souviens encore,
    j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots,
    quand il me sembla entendre…
    Le bruit d’une envolée de feuilles. Je baissai les yeux et fus surpris par un galop de fautes.
    Elles étaient nombreuses et allaient m’encercler de ratures. Me cacher vite. Sous… le buvard. Non, ça n’existe plus. Le tapis de souris. Oui, ça c’est…
    Non, il me fallait rester digne : j’étais sur un blog. Il y avait des témoins.
    Donc, je décidais d’affronter la charge. Je ne brandis point mon stylo, dans un premier temps, mais plutôt l’effaceur. A l’abordage.
    L’encre giclait de partout. Les fautes fuyaient en laissant des traces blanchâtres derrière elles. Il traînait des empreintes indélébiles de ce combat. C’était loin d’être propre et blanc. Oh non ! il gisait des morceaux de lettres partout, épouvantés, isolés devant lesquels on ne pouvait traduire que de l’incompréhension. Il régnait une atmosphère d’illisibilité malgré la victoire. L’odeur de l’effaceur dominait le territoire du bureau. C’était d’une tristesse. Une victoire contre les fautes étaient loin d’être un beau spectacle d’écriture littéraire.
    J’eus soudain l’idée, non plus de me défendre, mais d’envahir la page. Je m ‘enfonçais donc dans cette forêt de mots, sans sourciller, mes lunettes fraîchement nettoyées pour une plus grande visibilité, le stylo à la main, chargé à bloc.
    Dans un premier temps, je suivis une rivière de chiffre. Je n’étais pas du tout dans mon élément. Il me fallait la traverser rapidement avant qu’elle n ‘aboutisse à la fin de son calcul. Elle pourrait m’entraîner vers le bas de la page et me noyer dans l’oubli de créer mon histoire.
    Comment m’y prendre ? Appuyer sur «suppr» ? Non, trop simple. Et il me servirait à quoi mon stylo, chargé à bloc ? Réfléchissons …
    C’est à ce moment que la règle est tombée brutalement sur la page pour tirer le trait du compte final. Hourra ! J’avais traversé la rivière avec panache, abandonnant les chiffres sans total. Je continuais au verso de la page.
    Vous êtes certainement en train de vous demander comment j’ai tourné cette page alors que le recto n’avait pas fini son œuvre ?
    Facile ! J’ai fait appel à mon cerveau. Et mon index, humidifié de salive, a exécuté.
    Ça vous laisse bouche bée, n’est-il pas ?
    Moi de même.
    Bref, revenons à la forêt de mots.
    En fait, sans que cela n’y paraisse, j’ai déjà consommé pas mal d’encre et vaillamment affronté un certain nombre d’événement. Alors, je pense que nous allons nous arrêter là, maintenant, mon stylo et moi.
    Car demain sera une rude journée. Nous lutterons dans le désert de la page blanche. Il y est prévu une tempête de phrases.

  6. Antonio dit :

    Bonjour Jean de Marque,
    Merci pour ton avis que je prends avec intérêt et debout 🙂

    Je t’accorde tout a fait que la pirouette de fin est aussi absurde qu’inutile. Mais c’est sorti comme ça … fada jusqu’au bout !
    Amicalement.

  7. Jean de Marque dit :

    Bonjour Antonio!

    J’ai bien aimé, ton texte…fada….comme souvent..mais aujourd’hui, le dérapage me semble bien contrôlé. Pour moi, les trois dernières phrases sont en trop…du rajout. Tu as toute liberté de t’asseoir sur mon avis, il n’est pas si inconfortable que cela!

    Cordialement!

    Jean de Marque

  8. Antonio dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre ululer une chouette :

    « A table ! »

    Le cri pouvait paraître effrayant au premier abord mais j’en avais entendu bien d’autres dans ma vie de traqueur d’histoires. Cet animal est inoffensif.
    Je poursuivais mon chemin taillant les branches des premières phrases qui tombaient des arbres de mon imagination encore touffue.

    « A table ! »

    Le cri de la chouette se faisait plus aigue, strident. Je n’avais pas peur mais il n’augurait rien de bon. J’avançais, m’ouvrant la voie à une quelconque clairière sur mes idées où se trouverait sans aucun doute une proie. Plus j’avançais plus il faisait sombre et plus la voix de la chouette se rapprochait.

    « A table ! »

    Au loin je vis enfin de la lumière, j’accourus, mes doigts à toute vitesse sur le clavier. Je me postai derrière une première intuition avant de me coller plutôt à la suivante et de m’y cacher. Je savais qu’elle viendrait. Avec de la patience elle finit toujours par venir. J’eus raison. Je la tenais dans mon viseur, une belle intrigue, l’œil brillant et surtout bien en chair. Je saisis les bons mots, je mis le doigt sur la gâchette d’une première accroche quand un hurlement me fit tressaillir.

    « TU CROIS QUE JE VAIS LE REPETER COMBIEN DE FOIS ? »

    Un ours mal léché la gueule ouverte et le poil hérissé gronda de plus belle avant de se jeter sur l’ordinateur et d’un coup de patte lourd arracher le câble d’alimentation.

    « A TAAAAABLE ! »

    Je tombai à la renverse, l’intrigue en profita pour s’enfuir, l’ours s’acharna sur moi et déchiqueta tous mes arguments. Je suffoquais, je n’avais pas sauvegardé. Je voulus me débattre mais je fus mangé de l’intérieur.

    Mon âme d’écrivain est morte ce jour-là.

    Moralité de cette macabre histoire improvisée :

    « Quand la chouette ulule, pense à sauvegarder ! »

  9. Marcel Bartleby dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre…
    Un souffle, très léger, qui faisait à peine vibrer le bout des feuilles… Tout là-bas, à travers la canopée, je devinai la lueur faible de ma lampe… J’avançais encore de quelques mots, quand me parvint le craquement lugubre d’une formule maladroite, la phrase craqua presque aussitôt et son bout, d’ailleurs mal orthographié manqua de me tomber dessus… je me relevai avec douleur, mais sans grosse blessure, je repris mon avancée. Très vite je me trouvai bloqué, un manque d’inspiration trop profonde et nul gué en vue, je rebroussai chemin, contournai quelques mauvaises idées, gravis un monticule de clichés éculés (un de plus ici que je n’ai su éviter) et abouti à une clairière immense : une nouvelle page blanche. Je traçai une première ligne qui me guida jusqu’au bout d’un sentier sinueux, des péripéties trop compliquées m’égarèrent davantage, au bout de plusieurs ratures, déchirements d’âme et de papiers, j’abouti à une forêt de pins sombres, où nulle lumière ne parvenait à traverser l’embrouillamini de subordonnées enchevêtrées qui me barrait le passage… Je songeai aux conseils avisés reçus lors de mon dernier atelier : des phrases courtes et droites, faciles à brûler dans l’âtre, pas de des rameaux biscornus qui encombrent la largeur du feuillet et ne rentre pas dans l’esprit du lecteur refroidi… Mon écriture ne m’avait menait à rien, une nuit d’encre tomba sur mon style trop lourd pour que je puisse le porter plus loin… Je creusai un trou, y fourra sans aucune cérémonie mon style de bûcheron, y déposa en vrac mes erreurs de syntaxe, mes illusions, mes clichés, mes rêves de gloire, mes pattes de mouche, ma grammaire incertaine, mes souvenirs trafiqués d’adolescents éconduits… Et reboucha le tout… Quand je relevai la tête, je la trouva plus légère, mes poches étaient vides aussi, mon dos ne me faisait plus mal, mes yeux non plus… J’étais bien, comme un insomniaque qui retrouve le sommeil… Il me fallut sortir de la forêt de mots, en cherchant mon chemin, je trouvai un arbre où une main d’enfant malhabile avait gravé « fin », je su alors que j’étais arrivé.

  10. Miel dit :

    A Sylvie,
    Jolie histoire avec si je puis me permettre, un léger abus d’adjectifs (à mon goût) mais la branche de l’inspiration était bien là… en fait, je remercie tous les auteurs de cette page qui chacun à leur manière m’ont fait passer un bien agréable dimanche alors que je suis grippée au fond de mon lit… (Miel liquide)

  11. Gémis Isabelle dit :

    Je m’en souviens encore,
    j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots,
    quand il me sembla entendre…

    Le tonnerre gronder… je jetai un œil par la fenêtre –
    Ciel bleu dégagé…
    Pourtant – quelque chose avait remué, tremblé, éternué…
    Quoi… Dieu éternue et le ciel gronde ou bien…
    Ce tonnerre est-il en moi ? mon ventre ventriloque aurait usé d’un stratagème
    Pour m’avertir que…
    Ça y est…
    Bientôt j’allais accoucher enfin des mots qui restaient quelque part en suspens ?
    J’enfourchais alors mon stylo, forte de ce signe sonore et…
    En effet il se mit à glisser autonome sur la feuille et j’entrais excitée dans la fôret !

  12. Sylvie dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre un bruissement de feuilles. Puis un gémissement lugubre de troncs qui s’entrechoquaient attira mon attention. Des lettres enchevêtrées s’écartèrent sur mon passage. Je me frayai facilement un chemin parmi elles, mais l’atmosphère devint rapidement brumeuse, sombre et humide. Je marchais sur un sol meuble, je sentais que je m’engageais sur un terrain glissant, dans un style inhospitalier et une ambiance glauque qui n’étaient pas mon genre. Je n’avais pas de fil conducteur, je ne voyais pas le bout de mon histoire, j’étais dans une impasse, je m’enfonçais dans un marais de mots que je ne maîtrisais pas. J’étais embourbée dans une de ces histoires bêtes et méchantes qui collent à la peau et dont on ne peut pas se dépêtrer. Je cherchais désespérément un personnage, un renversement de situation, un rebondissement, un happy end qui viendrait me tirer de là, quand un tronc plia et une branche me tendit une perche où était enroulée une belle feuille blanche. Je la saisis et fut aussitôt propulsée par-dessus l’immonde marécage. J’atterris avec fracas au milieu d’une clairière jonchée de jeunes pousses de mots. La feuille blanche se déroula lentement au sol. Une ribambelle de noms, d’adjectifs, de verbes, d’interjections les plus colorés et les plus harmonieux se précipitèrent sur moi, chacun jouant des coudes pour avoir sa place. Puis une liane de ponctuation se mit à enfiler les mots les uns après les autres, au fur et à mesure qu’ils surgissaient des bosquets environnants. C’est ainsi que se tissa mon histoire. Sur la feuille blanche s’écrivit peu à peu une nouvelle verdoyante et lumineuse, à l’étoffe romanesque, mais nervurée d’optimisme qui commençait à virer à la naïveté. J’entendis alors, derrière moi, le même bruissement de feuilles que j’avais entendu au début de mon texte. Je sursautai, terrifiée à l’idée de me retrouver dans le bourbier de mots d’où j’étais sorti de justesse. Je sentis un souffle sur mon épaule et un murmure à mon oreille : « Ne crains rien », entendis-je, « je suis la branche de l’inspiration, celle qui t’a tirée d’une mauvaise passe tout à l’heure. Enfin, tout cela est un peu de ma faute, je n’ai pas su te retenir à l’orée de la forêt et tu as été prise au piège des fourrés inextricables de l’écriture. Chère romancière en herbe, ton petit texte est bien joli, mais la vie n’est pas un doux tapis de mousse. Parsème donc ton histoire de morceaux de bois mort récalcitrants et de quelques ronces en embuscade ici et là, elle n’en sera que plus craquante. » Et la branche s’éloigna.
    J’ai suivi son conseil. C’est ainsi que j’écrivis mon premier roman. Depuis, quand je suis à l’orée d’un texte, un peu perdue devant une forêt de mots, je tends l’oreille et dès que je perçois un bruissement de feuilles, je sais qu’elle arrive, elle est là, la branche de l’inspiration, et je m’accroche à elle pour y puiser la sève de l’écriture.

  13. Anélias.B dit :

    J’adore : « la forêt de mots »,
    comme un monde étrange et familier où il faut s’aventurer pour se découvrir.
    Belle proposition !

    Les lettres sont là, innombrables et cependant ordonnées, avec leurs petites pattes d’insectes, prêts à résister à tout, même aux bombes atomiques. Il faut attendre l’impulsion, l’envie de se tailler un chemin dans la masse du langage.

    Je reviendrai vous voir…à bientôt

  14. Christine dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre le chant d’un bien curieux oiseau. Je levai la tête et découvris alors une jolie virgule qui sifflotait gaiement. Surprise et curieuse, je m’avançai sur un petit chemin, guidée par un doux soleil qui me faisait de l’œil entre les branches des grands arbres-mots. Ça sentait le jeune printemps et la terre se couvrait par-ci-par-là des nouvelles pousses de fougères aux crosses en points d’interrogation. Plus loin, je découvris une cascade où rebondissaient de fines phrases transparentes sur des galets luisants en points de suspension. L’eau jaillissant faisait naître un arc-en-ciel en méli-mélo de palindromes et contrepèteries bigarrés. Des chants d’oiseaux-parenthèses emplissaient l’atmosphère, repris aussitôt par ceux des guillemets qui leur donnaient la réplique ; à intervalles réguliers, un astérisque se mêlait à cette mélodie sylvestre. Je m’assis sur un carré d’herbe minuscule et me laissai aller à cette luxuriante nature linguistique jusqu’à ce que, grisée par un doux philtre d’inspiration parfumé, je m’endorme en rêvant que j’écrivais mon premier roman.

    Bon dimanche à tous,

  15. Hazem dit :

    « Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre… 
    – Imaginez la suite…
    Heu …
    …courir. Je me penchais entre les buissons afin de mieux distinguer quand un grand cri me fit sursauter : “FUYYYYYYEEEEEZZZZ !
    C’était une unité de voyelle qui sortait des bois à toute allure quand un vrombissement énorme surgit du ciel. Des rafales de M pourchassaient un escadron de A en mauvaise posture, trois fumaient et s’écrasèrent à cent ou deux cent mètres de nous. Des débris de trois petits points roulèrent jusqu’à mes pieds. J’étais paralysé ! Un I me prit le bras, ‘Arrête de rêvasser et mets-toi à couvert !’. Il me tira en arrière vers la tranchée que ses camarades creusaient avec des points d’interrogation, il me tendit un sac plein de points-virgules : ‘Dégoupille la virgule et lance le point dès que tu vois les ennemis !’, je balbultiais, ‘Mais… ? Quoi ? Qui….?’ C’est alors que des lettres capitales sortirent de la forêt avec ‘o’ mutilés en guise de casque et des parenthèses comme bouclier avec des L d’assault chargé à bloc de cartouche noire. Le ‘C’ apitaine fit signe aux ‘S’ oldats de se dispersés : ‘On perd le territoire, replis général ! On gagnera ces mots une autre fois ! Go ! Go ! Go !’ C’est alors qu’une immense explosion s’éleva derrière lui, un ‘B’ ombardier venait de larguer une bombe ‘H’ en plein dans la forêt, de la lumière, beaucoup de lumière et plus rien.”
    – C’est donc à ça que ressemble l’écriture pour vous ?
    – Oui Professeur Writerman… parfois !”

    Hazem

  16. Plume dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre …
    … le souffle discret d’une bonne idée. Elles se faisaient rares ces derniers temps, les bonnes idées. Depuis des semaines le syndrome de la page blanche alourdissait mon humeur. Désagréable avec ma femme, mon chien, mon voisin et ma boulangère, il ne faisait pas bon me fréquenter. L’irritabilité qui me caractérisait pendant cette période aurait explosé le mercure du thermomètre de la vie en société. J’étais à l’affût de l’inspiration. Et mon imagination était comme sous le choc de ne pouvoir se dérouler sur le papier, comme si un arbre bloquait la route de nerfs allant de mon cœur à ma plume.
    Puis un jour que j’allais chercher une miche de pain, j’ai assisté à une scène qui m’offrit une idée. Dans la rue, à quelques mètres de moi, une petite fille de quatre ou cinq ans demanda à un mendiant pourquoi il était assis dehors. Ce dernier lui répondit que la vie n’était pas facile pour lui et qu’il demandait aux passants une pièce ou deux pour voir le lendemain. Les yeux de l’enfant se mirent à briller. Une gravité précoce se dessina sur son visage et d’une main légère elle sortit de la poche de son manteau un petit porte monnaie rose. Elle le retourna dans le creux de sa paume et y vida les pièces qu’il contenait. J’étais figé sur place. La sensation de découvrir ce qu’il y a de meilleur en nous s’empara de moi. Elle déposa ses économies dans le chapeau du vieil homme et s’enfuit en courant pour rejoindre sa mère.
    A ce moment précis, j’avais trouvé ma nouvelle héroïne.

  17. Sylvianne dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre une @ crier. Il hurlait de douleurs. Il était malmené, harcelé. Arobas par là, @ par ici. On le tapait des milliers de fois par jour sur les claviers. On le griffonnait, le griffait sur un coin de table.
    J’entamais mon roman et devait traverser cette forêt de mots qui me faisaient peur comme un petit chaperon rouge. Tout comme elle, j’avais peur du loup, peur d’être mangée par mes personnages, ne pas pouvoir en sortir, d’être croquée par cette utopie. Tandis que je tremblais, l’@ pleurait. Première décision, je n’emploierai aucune arobas dans mon texte. Je ne participerai pas à cette boucherie.
    Si je le rencontre, je le sauve, je l’emmène loin d’internet, je le panse et le console.
    Non, non il ne veut pas de console. Il rêve d’un vieux dictionnaire de papier.
    ET moi ? Que fais-je ? Excuse moi, j’arrête là , je quitte ce monde de « touches », je vais reprendre ma vieille plume pour terminer cette histoire. Je vous donne rendez vous un jour dans une librairie avec des livres comme avant.

  18. Jean de Marque dit :

    Cher Miel…( de quelle texture ?)

    Merci pour le petit mot laissé dans un coin de blog, déposé, au hasard d’un courant d’air de rien, un qui entretient le moral d’écrivant…et pas dans le vide!

    Encore merci!

    PS: Toutes observations sur mes textes sont les bienvenues. Au delà de mes propres impressions, je suis à l’écoute de tout ce qui peut, éventuellement, m’aider à écrire encore plus « authentique ».

    Jean de Marque!

  19. ourcqs dit :

    ……quand il me sembla entendre une rumeur sourde, comme un vent de rébellion,

    dans le vocabulaire, la grammaire, à bas le réglementaire !

    Pourquoi les verbes sont-ils les seuls à se modifier, avec les conjugaisons ??

    nous aussi, les noms, pouvons nous activer, nous transformer, je te dièze, je te

    pizzicatti, tu me poète, tu m’étoile filante, ils se hiéroglyphent . Rimbaud avait des

    voyelles en couleur, I rouge, O bleu, pourquoi pas des saveurs pour les

    consonnes, C chaud, R amer, S salé, sucré, F froid, frisson … Et les lettres muettes,

    quelle injustice, elles rêvent de se faire entendre, surtout à la fin des mots pai x,

    lon g, les pauvres H aspirés voudraient bien être enfin articulés, pensez-donc à un

    nnnhaut-fontionnaire, un nnhérisson …. Pourquoi les accords sont-ils dominés par

    le masculin ?? cela dure depuis trop longtemps , alors que des petits e

    termineraient les mots moins sèchement, avec un air plus arrondi .

    Les abus de ponctuation peuvent entraîner de fameux contre-sens , les virgules

    détournées apportent quelques fantaisies .. Pourquoi les guillemets sont-ils

    réservés à certains ?? vraiment plus élégants que de se retrouver enfermés entre

    parenthèses . les points de suspension sont tellement suggestifs, laissant libre

    cours à l’imagination ..

    La révolution n’est pas terminée !! vive les transformations, les mutations !!!

    ourcqs

  20. isabelle hosten dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots,
    quand il me sembla entendre mon père. Je tendis l’oreille et identifia, clairement cette fois, la voix paternelle qui grondait dehors. « Poucet, Poucet ! Où es-tu ? ». Des nuages de colère s’amoncelaient déjà au dessus de ma pauvre tête, je déchirais la page, la fourrais dans ma poche et sortis à toutes jambes de la maison. « Je suis là, père ! ». Il m’empoigna sans autre forme de procès, me botta les fesses et tonna : »Avance, on va chercher du bois petit fainéant ! ». J’avais finis par m’habituer à ses sautes d’humeur, à sa conviction que ses enfants se réduisaient à des bouches à nourrir, au mieux des bras maigrelets inaptes aux corvées domestiques. Mon père était un géant bourru, illettré, au ventre indiscipliné qui s’échappait par dessus la ceinture. Il avait le coude leste quand il s’agissait de la bouteille et son penchant à la tendresse était comprimé au creux du poing. Par chance, la goute lui avait fabriqué des nodules aux articulations et sa souplesse ne pouvait rivaliser avec ses accès de fureur. Mes frères et moi étions alertes, aux aguets, champions de saut en longueur quand il s’agissait d’échapper à ses foudres. Il nous faisait le coup régulièrement, nous étions rompus à ses stratagèmes à deux sous pour tenter de nous perdre. La forêt avait bon dos. Il faut dire que j’avais un surnom prédestiné. Je le voyais venir de loin avec ses gros sabots et l’impératif de rapporter du bois qui avait depuis longtemps dépassé le toit de l’appentis. Au moins nous étions à l’abri de deux dangers dans cette cambrousse reculée : mourir de soif et de froid. Ainsi je me soumis de bon grès à cette nouvelle tentative qui me faisait l’effet d’un pétard mouillé et qui avait au moins l’avantage de me dégourdir les pattes. D’ailleurs, je ne l’attendais plus, le précédait souvent et me perdais tout seul comme un grand. Autant gagner du temps. Il n’avait jamais remarqué que notre maigre bibliothèque désemplissait et pour cause. J’avais toujours un livre à la main. Ils étaient mes usines à rêves, mes montgolfières au dessus de cette fichue forêt. Et j’avais compris très vite qu’ils assuraient aussi mon salut. Je connaissais à peu près les environs mais les arbres et le paysage changeaient au grès des saisons. A plusieurs reprises, l’entreprise de mon père avait bien failli réussir et j’avais erré longtemps avant de retrouver mon tendre foyer. Depuis, je m’assurais de posséder une page de livre constamment dans la poche. C’est ainsi que ce matin là, entre les châtaigniers et les sapins, je reprenais mon activité de docile Pénélope, émiettant mon histoire, qui s’échappait à intervalle régulier par un trou du pantalon.

  21. Miel dit :

    A Jean de Marque,
    je trouve ce texte tout simplement merveilleux.

  22. brigitte le guilcher dit :

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre le bruit des feuilles écrasées sous le pas d’un marcheur. Non, simplement mes idées se bousculant sur le talus de ma mémoire. Aussi fertiles qu’un composte, elles franchissaient le mur végétal de ma matière grise. Se répendaient sur le papier comme le ruisseau qui s’écoule au pied d’un chêne. Les mots se succédaient et ma plume tanguait comme la tige animée par la brise. Le terreau de mon imagination, je le devais non pas au milieu forestier, mais à celui dans lequel j’étais née. Ma mère, mon père, de solides racines sur lesquelles le bois de ma vie s’était épanoui. Ma ramure foisonnait des bourgeons de mon inspiration.

  23. Jean de Marque dit :

    A la lisière des livres.

    Je m’en souviens encore, j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots, quand il me sembla entendre une tronçonneuse.

    Qui pouvait donc se permettre de saccager ainsi ma promenade hebdomadaire ?
    Qui avait décidé d’attaquer l’écorce des lettres, d’entamer le coeur du verbe, d’abattre le manuscrit…mort né ??

    Je voyais déjà s’avancer toutes les excuses. L’exploitation forestière nécessitait un élagage régulier. On ne pouvait laisser s’étaler les mots grossiers, les buissons sauvages, les graines balancés à la va vite par des oiseaux toujours de passage.

    La place était réservée aux troncs majestueux, à ceux poussant droits vers la béatitude de leur gloire. Avec ceux là, on pourrait tailler les cercueils des écrivains reconnus, rédiger les discours d’intronisation, les académissives.

    Moi, je travaillais autour des mots du quotidien, les mots dits et si vite envolés. Je les attrapais, les stockais dans ma musette. Puis, consciencieusement, comme tout gamin jouant son enfance, je les collais à grands coups de petit bâton blanc.

    J’en faisais des fagots bizarres. Peu entraient dans la cheminée. Leur pouvoir calorifique ne s’épanouissait qu’autour d’un feu de camp, sous le ciel étoilé des amis.
    Chacun y lisait son poème préféré du moment…une citation…une incitation à plonger dans les eaux troubles d’une littérature parallèle.

    Nos lits étaient de grands manteaux sous lesquels on se baffrait de sandwichs, de pains exotiques, de tranches d’ailleurs et d’autrement. On s’endormait au milieu des miettes. Seules les découvertes nous démangeaient. L’envie était dans la place, l’ennui aux oubliettes…

    Quelqu’un tapait au carreau. J’ouvrais le battant. Tout sourire, mon, pote Christophe m’annonçait avoir coupé les planches à la taille souhaitée.
    Nous allions pouvoir visser, clouer, coller de savantes étagères, une multitude de « cubes », aptes à remplir chaque recoin de ma nouvelle maison.

    Des livres y trouveraient refuge. Evidemment tous ces alignements pouvaient faire songer à un mur de plaques de funérarium. Livres et humains avaient en commun la capacité de se consumer très correctement. On pouvait toujours craindre des hommes brûlant les livres et des livres incitant à brûler des hommes.

    Mais là, n’était pas, à ce jour, la question. Il s’agissait pour moi d’organiser un lieu d’accueil pour lecteurs curieux, indécis. Je tenterai de faciliter les rencontres, une sorte de « Meetic » pour solitaires égarés des mots.

    Chacun aurait droit à un fauteuil, à une pause, à un regard interne, en miroir de phrases perturbantes, remplissant ce que nous pensions n’être que le creux de nos vies.

    Chacun pourrait profiter du bosquet aménagé, mais pas trop.

    Souvent, j’y resterai seul, évitant de me prendre les pieds dans le tapis des gens.

  24. Miel dit :

    Je m’en souviens encore,
    j’étais à l’orée d’un texte, hésitant devant une forêt de mots,
    quand il me sembla entendre un grattement, imperceptible d’abord, plus prononcé ensuite lorsque je prêtai l’oreille… Je ne rêvais pas, ce chuchotement grinçant, ce gémissement de papier provenait de ma main… Les doigts bougeaient à peine, c’est en dessous que ça se passait : Elle écrivait toute seule !

    Comme tout un chacun, j’avais entendu parler de l’écriture automatique mais n’avais jamais porté crédit à cette pseudo science pour fanas d’occultisme en quête de frisson à l’instar du Oui-Ja ou des tables tournantes… Je devais pourtant me rendre à l’évidence, au moment pile où en panne d’écriture, j’allais me heurter au syndrome de la page blanche, un esprit autre que le mien avait pris ma main en otage…

    Au début, on aurait dit le gribouillage d’un enfant de cinq ans comme si l’esprit essayait mon stylo Dupont comme on pourrait le faire d’une Lamborghini ou d’un cheval de courses. Puis, des dessins informes et inintelligibles des premières minutes émergèrent des arabesques qui se mirent à ressembler à des lettres. Puis ces lettres tels des buissons hirsutes formèrent des mots, plantés sur ma feuille les uns à la suite des autres sans espace aucun…

    On n’écrit pas comme ça. C’est contraire aux règles de ponctuation de la langue française. La lecture n’en est pas facilitée… Je fis une tentative néanmoins pour tenter de déchiffrer cette incongrue farandole qui traversait ma feuille blanche de part en part.
    C’est alors que mes cheveux se sont dressés sur ma tête.

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