Exercice inédit d’écriture créative 193

steack-hacheRacontez les vacances d’une mouche
chez un steak haché

16 Responses

  1. Clémence dit :

    193 : Vacances d’une mouche chez un steak haché.

    Mademoiselle FLY Lilliputia,
    Nous avons l’immense plaisir de vous informer que vous êtes la lauréate de notre grand concours. Le premier prix vous est attribué : deux semaines, tous frais compris, chez « Stèkache et Vacances » Côte d’Azur.
    Votre code d’accès est : TORO 109

    @flymama
    B’jour, m’man, j’suis toute excitée ! Devine ce qui m’arrive ! Je viens d’gagner 2 semaines sur la Côte ! Géniaaaal !!!Bzzzz

    @flylilli
    Félicitions, ma chérie, je suis heureuse pour toi ! Cela te fait un beau cadeau d’anniversaire supplémentaire pour tes 17 ans ! Quand pars-tu ? Comment voyages-tu ? Pense à me donner des nouvelles…Bzzzz

    @flymama
    Je pars dans 2 jours ; j’ai déjà mon billet de TGV et ma valise est ready ! Cool, te donnerai des nouvelles au fur et à mesure . Bzzzzz

    Paris, Toulon en TGV , la classe ! et un taxi jusqu’à cette charmante localité balnéaire, réputée tant pour son vin rouge prestigieux que pour son micro-climat d’une douceur remarquable… on ne s’est pas moqué de moi, se répétait FlyLilly jusqu’à l’embarquement.

    Un voyage extraordinaire, FlyLilli était excitée comme une puce : elle ne s’était jamais déplacée aussi vite. C’était tout simplement grisant !
    Elle se risqua même à voler dans le même sens que le train, pour augmenter encore un peu sa vitesse… voyons… 300km/ + 40km/h ! Elle en perdait la tête… presque… en heurtant violemment une vitre quasi invisible. Un peu groggy, Flylilli alla sagement reprendre sa place dans une jolie tignasse blonde….

    RV à l’OT selon les consignes, elle y reçut les dernières directives, un carnet rempli de bons d’achats. Elle n’en crut pas ses antennes lorsque l’hôtesse lui annonça ce qu’était   « Stèkache et Vacances », Côte d’Azur.

    @flymama
    M’an, bien arrivée, c’est grandiose, les paysages sont superbes, ça sent bon, il y a du soleil et un ciel bleu, on se croirait dans un tableau de Van Gogh! Et tu sais, c’est pas juste un hamac chez la famille Steak- Haché, non, c’est immense, la ville entière, je suis comme Tonton Gulliver à Brobdingnag ! Bizz

    @flylilli
    Bravo, ma Puce, mais soit tout de même prudente, mes copines te rappellent que tu dois te méfier des BBQ, des UV et des ventilos…à toi de voir ! Bzzzzzz

    @flymama, @flyzouzou,@ flyzoe, @flyzinzin
    Hello ! J’me suis refait gratis une garde-robe  : mini robe bustier rayures moustik-tigre, Rayb sporty aux verres miroirs et tropéziennes pour les papattes le jour et semelles compensées et lunettes rétro écailles pour le soir… c’est tendance ! + un borsalino à poser un peu de travers sur mes antennes ! Bzzzz géants

    @flylilly
    Veinarde….. veinarde, veinarde… devrait y avoir une place pour nous si c’est si grand…?

    @flymama, @flyzouzou,@ flyzoe, @flyzinzin
    La classe, chez Stèk’, j’peux aller manger partout, dans les plus beaux restos , fruits de mers en abondance mais aussi des steak hachés, des tartares, des carpaccios…. divin! J’vous raconte pas les soirées, la honte ! Chez Eric, on se gave de cocktails grandioses à tomber raide givrée !
    Le temps passe trop vite, je dois commencer à penser au retour, envie de rester mais vous m’manquez… Bizzzz
    Un petit bémol, c’est fou ce que les gens gesticulent ! Les mains dansent tout le temps…des claques, des coups de chapeau…Ça m’escagasse un peu…

    @flymama, @flyzouzou,@ flyzoe, @flyzinzin
    Mon passe temps favori après un bon steak haché, la sieste sur tarte au citron meringué ou sur tarte tropézienne… ou, le nec plus ultra, sur une jolie nana couverte d’Ambre Solaire !

    @flylilli
    On t’attend avec impatience , on en envie d’en savoir plus… et puis, des photos, des photos !!!

    @flymama, @flyzouzou,@ flyzoe, @flyzinzin
    DansTGV – pour rentrer un peu moins vite – je vole dans l’autre sens marche train -… on sait jam….CLONCK..

    .@flylilly
    Tout va bien ?

    @flymama, @flyzouzou,@ flyzoe, @flyzinzin
    Atterri au resto, sur assiette tartare de bœuf… j’suis Tonton Gulliver chez les Lilliputiens, viande Xtra  ! Hachée au couteau, persil, échalotes, câpres, filet d’huile olive et sublime Crémeux de Jaunedoeuf…

    @flymama, @flyzouzou,@ flyzoe, @flyzinzin
    J’viens de m’faire jeter par le cuistot en gare de Valence / me crapahute du train pour gagner un 4X4 / parents BabaCool, deux ados… nourriture assurée, repos aussi !

    Gîte et couvert assurés, mouais…. mais c’était sans compter sur une drôle de fumée, la clim’ poussée à fond… puis le chauffage et le MP3 …..Prochaine aire de repos, je me taille….
    « Je n’ m’enfuis pas je vole
    Comprenez bien je vole
    Sans fumée sans alcool
    Je vole je vole…. »

  2. Françoise -Gare du Nord dit :

    Lundi 7 juillet : Je suis enfin arrivée chez le steak haché où j’avais réservé une location à Macreuse près de Châteaubriand, sur la côte normande.

    Première déception : la location rêvée, réglée rubis sur l’onglet, s’est avérée n’être qu’un misérable gîte à la noix.

    Mardi 8 juillet. Je fis enfin sa connaissance. Deuxième déception : celui que j’imaginais comme un ardent et fougueux Tartare m’est apparu complètement décarcassé.

    Mercredi 9 juillet. Troisième déception : son inépuisable abattage. Il me tenait sans cesse la patte pour me tailler la bavette, me raconter sa vie et narrer tous les os et les abats qui avaient jalonné son existence. Né sous le signe du taureau, il avait dû renoncer à ses attributs. Une véritable boucherie ! Puis ce furent la perte de son jumeau, le vol de son collier, et puis ce tournedos malheureux avec un bœuf bourguignon qui l’empêcha de marcher pendant 8 jours. A l’écouter j’en avais pourtant le cœur saignant

    Jeudi 10 juillet. Quatrième déception : un incurable gaffeur débitant boulette sur boulette. J’avais les foies qu’il commette un impair devant mes sœurs

    Vendredi 11 juillet. Cinquième déception J’avais prévu de m’autoriser durant ce séjour à me brûler gentiment les ailes. Mais ce goujat me fit comprendre, avec son langage cru, qu’il préférait les tendons persillés et les filets mignons aux vieilles carnes un peu pot-au-feu. J’étais comme sur un gril !

    Samedi 12 juillet. Sixième déception. Pourri jusqu’à la moelle, dégageant une odeur de faisandé signalant qu’il n’était pas de la première fraîcheur, il a néanmoins attiré la nuée de mes sœurs à qui, je l’appris trop tard, il avait fait du plat.

    Trop nerveux, pas assez tendre à mon goût, volage et avarié, il s’est révélé un faux-derche, un faux-jeton, un faux-cul. Enfin, bref, un authentique faux-filet ! Ces vacances ? Que de la daube !

    Mais finalement peut-être ne méritais-je pas mieux. Moi qui ai toujours été affligée du surnom peu glorieux de « mouche à merde ».

  3. laurence noyer dit :

    antonio
    trop drôle j’applaudis des deux mains

  4. laurence noyer dit :

    Mes vacances chez un steak haché, c’est une balade au pays de la séduction et de la préciosité, je me déplace sur lui comme sur un visage féminin. Une promenade au gré de mes humeurs…

    Majestueuse, je me place sur son front
    Près de l’œil si je me passionne
    Sur la lèvre, je deviens friponne,
    Et enjouée sur le menton
    Effrontée je m’installe sur son nez
    Galante sur une joue
    Indécise, sur l’autre joue
    Coquette et discrète
    Je viens me placer
    Autour de sa bouche
    Tandis que je me fixe
    Sur la poitrine si je suis généreuse
    Sur un bouton si je suis receleuse …

    PS: Demain, je rencontre un ver parti en vacances chez une salade.

    • Pascal Perrat dit :

      Demain, je me réincarne en steak breton
      et j’attends la chalande…;-)

      PS : votre adresse courriel est HS (message
      pensez à gmail, ça fonctionne toujours et partout.
      Technical details of permanent failure:
      Google tried to deliver your message, but it was rejected by the server for the recipient domain orange.fr by smtp-in.orange.fr. [193.252.22.65].

      The error that the other server returned was:
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  5. françoise maddens dit :

    Elle voulait voir le monde en solitaire et décida de partir en vacances sans s’encombrer de bagages, vu qu’elle était toujours en tenue d’Eve. Elle avait repéré un veau et se dit que çà pourrait être un premier moyen de locomotion ! ensuite, elle verrait…
    Elle grimpa sur son dos mais fut vite déçue : il allait et venait mais ne quittait pas le champ où sa mère broutait paisiblement. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage pensa-t-elle. Et puis, un matin, à sa grande surprise, le veau fut emmené dans une bétaillère. La petite fourmi écarquilla les yeux; enfin elle voyageait, elle allait voir du pays. Soudain, le véhicule s’arrêta, on fit descendre le veau pour le mener dans un hangar clos où il se retrouva avec d’autres congénères, elle eut l’ impression de se retrouver dans une fourmilière. Tous beuglaient. Soudain, atteint d’un coup de feu, le veau se coucha (heureusement elle était du bon côté). Après moultes péripéties qu’elle ne pouvait s’expliquer, elle était sur un steack. Une odeur de viande lui chatouillait les narines; elle était affamée et se régala pensant prendre des forces pour continuer son voyage. Hélàs, un objet contondant la transperça. Elle mourut sur le coup.
    Son voyage si bien commencé se terminait tragiquement.

  6. Christine Macé dit :

    Ça se passait il y a longtemps…
    Ma grand-mère commençait toujours ses récits par ces mots, une façon de nous mettre l’eau à la mouche… pardon ! à la bouche. Une fois passées à la douche, mes sœurs et moi nous calions au fond du bateau-mouche, et sagement couchées, nous l’écoutions bouche bée. Il faut dire que ma grand-mère n’était pas une sainte-nitouche : veuve d’un oiseau-mouche qui en était tombé éperdument amoureux, elle avait fait plusieurs fois le tour de la terre. Il ne lui en était resté qu’une paire de babouches rapiécées et une vieille cartouche de fusil. Un jour funeste, particulièrement orageux, elle succomba à un attrape-mouche dont elle n’avait pas mesuré le côté sombre et louche…
    Invariablement, je pleurais en racontant cette histoire à mes enfants, les exhortant à s’en souvenir pour la transmettre à leur progéniture lorsque j’aurai cessé de pouvoir le faire moi-même. Notre vie est éphémère et rien n’en garantit la pérennité, hormis la chance ou la débrouillardise. Ce dont ma mère était grandement pourvue, sans nul doute, car elle eut une espérance de vie bien au-delà de la moyenne communément admise dans notre famille Mouche Domestique. Ce qui lui valut de faire, non pas le tour de la terre comme son exploratrice de mère, mais celui de son quartier : un bel arrondissement de la capitale, avec un parc ombragé, arrosé par la Seine et fréquenté par la Haute. Elle avait rencontré mon père au bal du 14 juillet et ils avaient dansé toute la nuit sous les lampions colorés avant de s’enlacer pour faire ce que vous savez. Sous l’œil attendrissant de nos géniteurs, nous vivions donc, mes sœurs et moi, dans la soie et l’opulence des hôtels particuliers suffisamment poussiéreux pour nous abriter ad vitam aeternam. Un luxe dont ma mère finit par se lasser, et avant de devenir complètement tsé-tsé, elle décida qu’il fallait nous offrir une petite virée. Depuis quelques temps déjà, elle tournait autour du pot, feignant la neurasthénie, puis une agitation soudaine, au point que mon père, n’y tenant plus, céda à son caprice. Lors ma mère se mit à l’ouvrage, volant du matin au soir et du soir au matin pour dégoter ce lieu paradisiaque. Lorsqu’elle rentrait, exténuée, nous espérions l’annonce de la destination élue. Mais le temps passait, rien ne la satisfaisait et mon père se désolait en la voyant repartir à l’aube, inlassablement. Un soir enfin, radieuse, elle nous annonça tout de go la bonne nouvelle : ce sera une surprise, nous dit-elle ; et nous fûmes priées d’aller nous coucher car on se lèverait tôt. Les parents s’occuperaient des bagages avant de confier l’appartement à des voisines à qui il fallait encore faire visiter le garde-manger. Le sommeil tarda à nous gagner cette nuit-là, nous faisions le gué à tour de rôle, tentant de capter de la chambre des parents quelques bribes d’informations, en vain.
    Le réveil sonna aux aurores et chacune fut prête en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. La petite troupe décolla, mon père comptant et recomptant ses ouailles comme une poule ses poussins. Suivez-moi ! nous intima ma mère avant de s’élancer en tête du cortège.
    Moins d’une heure plus tard, nous atterrissions au marché de St-Ouen : tout ça pour ça ! Mon père, décomposé, tentait de nous calmer : nous pleurions que nous voulions rentrer à la maison, qu’ici c’était trop bruyant, trop grand, trop tout ! On ne s’entendait même plus vrombir, un vrai capharnaüm ! Sans compter qu’on n’était ni les seules, ni les premières ! Arrêtez de vous plaindre, nous sermonnait ma mère, on va passer des vacances formidaaaables ! Regardez toute cette belle viande fraîche, ici pas de frigidaires glacials, rien que des étals au grand air : respirez, sentez, ça vous donne pas une petite faim ? Et ni une, ni deux, elle sautillait comme une diablesse entre les quartiers de boeuf, humant l’odeur du sang à s’en faire péter le caisson, avant de s’envoler en arabesque pour atterrir élégamment sur le comptoir du boucher. Après les premières hésitations, et puisqu’on était là et qu’il n’y avait rien de mieux à faire, nous lui emboîtâmes le pas (ou plutôt les ailes) et nous mîmes nous aussi à danser la gigue au nez de la bouchère qui tentait de maintenir sa gracieuseté de façade, tout en essayant discrètement de nous envoyer pirouetter ailleurs. Le pire, ce fut lorsque son mari mit en route la machine à hacher le steak : mon père, qui avait flairé l’affaire, nous fit rappliquer illico et la famille au grand complet fonça sur le bif dégoulinant de l’engin. Là, ce fut l’apothéose : le client fit un scandale dans le magasin, refusant cette viande prétendue avariée, pendant que la bouchère s’évertuait à nous faire changer de crémerie et que son mari, dont le visage avait viré au pourpre, menaçait de fermer boutique ! En un rien de temps, nos consœurs avaient pris le relai et du marché s’élevèrent bientôt les cris d’épouvante de la populace affolée par cet envahissement d’insectes volants. Seules les sirènes des pompiers arrivés en renfort nous obligèrent à plier bagage sans délai, mais jamais nous n’oubliâmes ces quelques heures mémorables sur la côte de bœuf, un endroit que je vous souhaite de connaître un jour, quand vous serez grandes…

    Bonne journée, Christine

  7. Catherine M.S dit :

    Rêve d’été

    « Les vacances d’une mouche chez un steak haché »
    Certes, cela aurait pu être mon histoire,
    Mais, au risque de vous décevoir, j’ai bien d’autres projets
    Je laisse ça aux copines pansues et goulues
    Qui ne pensent qu’à se goberger.
    Avec la Tsé-tsé on évolue dans d’autres territoires
    Où la vie est douce et où il fait si bon se reposer !
    On se prend même pour des abeilles et on adore butiner
    Trois petits tours au soleil pour se faire dorer
    Et pour se désaltérer, quelle merveille,
    La peau des bébés quand ils commencent à transpirer.
    La Tsé-tsé, c’est vrai, est souvent fatiguée
    Alors je la laisse au sommet d’une ombrelle
    Ou à l’ombre d’une tonnelle pour une sieste improvisée
    Et je file, à tire-d’aile, vers d’autres destinées
    Car j’ai un rêve à réaliser
    Chut ! C’est un secret, vous ne devez rien révéler
    Je rêve de me poser au coin d’une lèvre délicatement ourlée
    De me fondre dans une peau douce et satinée
    Et qu’un amant émerveillé ne cesse de s’exclamer :
    « Oh, le joli grain de beauté ! »

  8. Antonio dit :

    Déjà quand il lui a ouvert la porte, il faisait une tête pas possible, ridée de partout, cheveux sel et poivre, on aurait dit qu’il sortait de trente ans de prison.

    – Excuse-moi, je ne suis pas très présentable, je viens de faire deux jours de frigo, lui avoue le steak HS, j’ai même pas eu le temps d’enfiler une huile.
    – Baon zaong, voz es zeco como um Zauzizaon rétorque la mouche qui vient tout droit de son brésil natal. Qu’est-ze qui voz arrivou ?
    – Une garde en vue de me cuisiner. Je les connais les loustics. On nous coffre toutes les semaines ici. Ma famille y est déjà passé, vient mon tour. Et toi qu’est-ce qui t’amène dans ce plat ?
    – Ferias ! .. Vacanzas comme vous diz’ ! La mouche s’en bat les ailes d’excitation. Z’ai fazer um échange avec um amiga mouche franceza qué esta dans ma feijoada.
    – Ah ! s’étonne le steak pas vraiment dans son assiette.

    La mouche qui ne tient pas en place dansant samba sur samba autour de la tranche de viande fatiguée s’arrête sur le manche du couteau posé à côté.

    – Tou n’a pas la frite por um steak, ze zouis dézou. L’amiga franceza m’a raconte des salados.
    – Je ne sais pas ce qu’elle t’a raconté, s’agace le bœuf, mais là je dois me préparer, tu vas finir par me mettre tartare, j’ai horreur de ça. J’ai juste un bain d’huile à prendre en aller-retour dans cette poêle et je suis à toi.

    La tranche de bœuf s’exécute sous les yeux de la mouche saisie d’une belle frousse quand une fumée surgit de la casserole dans sa direction.

    – Je suis prêt.

    La métamorphose est impressionnante. Le steak sent bon et ses rides ont disparues. Une armada de frites l’accompagne. Il est plus qu’appétissant.

    – Merde alors, s’écrie la mouche, sur le cul.

    C’est exactement comme on lui a décrit. La star va faire son entrée sur la table. La mouche telle une caméra aérienne filme chaque instant, tournoyant autour des fans qui attendent depuis trop longtemps à leur goût et se mettent à hurler en apercevant l’assiette qui le transporte.

    « Aaaaaah !!! … Moi, moi !!! »

    Le steak est tendu, il sait que ça va saigner au premier coup de fourchette. Il aime ça le combat une fois dans le ring. Et c’est parti, la moutarde lui monte déjà au nez, la mouche brésilienne n’en perd pas les miettes tout en dansant autour dans une capoeira improvisée qui accompagne chaque bouchée de son hôte.

    A table on applaudit le spectacle des deux mains, quand :

    – Je l’ai eue, maman !

  9. durand dit :

    Juju doutait. A ce prix là, elle s’était déjà fait refiler des vacances plus que

    douteuses.

    Une fois, un séjour au bord d’un steak desséché de ragondin, une autre fois un

    we complet, dans un hardiscount, bloquée à contempler au travers une armoire

    réfrigérée un paquet de dix steaks congelés.

    Elle pensait avoir suffisamment donné, des mois de luttes syndicales pour avoir

    droit aux vacances promises à une travailleuse méritoire.

    Elle fut donc très surprise de l’accueil réservé dans ce petit gîte ouvrier paumé

    au fond d’une impasse entre le 103 et le 106.

    Pourtant de l’extérieur ça ne payait pas de mine. Une couche grasse de résidus

    de charbon recouvrait la façade et obscurcissait presque totalement ce qui

    aurait pu être une vitre.

    Une humaine la reçut et l’installa à côté d’un poêle où chauffait une bière.

    Elle posa une assiette blanche sur la nappe à fleurs fanées.

    En plein milieu, elle y déposa un joli mamelon de viande. Du bœuf français haché

    dont on distinguait l’ exacte proportion de gras et de maigre souhaitable.

    La dame tapota du dos de la petite cuillère le sommet du steak, y dessina un

    aimable cratère auvergnat. Elle y versa un œuf entier, repartit dans ce qui lui

    servait de cuisine, en revint avec moultes bocaux et coupelles.

    Juju crut reconnaître des câpres, des petits cornichons, quelques lamelles

    d’échalote, des grains de sel et de poivre mais sa science culinaire s’arrêtait là.

    Elle renifla pour la première fois les effluves de Tabasco et l’arôme de la sauce

    Worcestershire.

    La vieille femme se mit à mélanger le tout, y rajouta un filet d’huile d’olive et une

    mince cuillerée de moutarde.

    Juju était ébahie. La tête lui tournait un peu. Un petit filet gourmand de salive

    lui coulait sur le menton.

    Pour la première fois, elle craignait que les vacances soient trop courtes.

    Mais, ce qui était sûr, c’est qu’elle ne regretterait jamais cette première

    excursion en Tartarie.

  10. ourcqs dit :

    Bzzzzz, Bzzz, c’est l’été ! mes super-antennes m’entraînent vers les fenêtres ouvertes de la cuisine de vacanciers négligents, des relents de viande à l’air libre et chaud chatouillent mes détecteurs. Quelques vibrations d’ailes et je pose mes pattes crochues sur un terrain doux, moelleux, je m’enfonce, m’agrippe dans les sillons du steak haché. Quel fumet, quelques heures en plus auraient sans doute amélioré le petit côté faisandé. Ma trompe aspire avec délices, quel régal! C’est le petit nid douillet idéal pour mes oeufs que je disperse généreusement. A bientôt les petits asticots…… Bzzz Bzzzz je m’en lèche les pattes

  11. gepy dit :

    « Salut, la mouche ! Alors, ces vacances, c’était bien ? »

    « Trop bien ! J’ai trouvé un petit coin sympa où poser mes pattes. C’était top, je le conseille.

    C’est juste à côté, en passant la porte de la cuisine. Dire qu’il y en a qui font des bornes pour chercher on ne sait quoi ! Là, un coup d’aile, et hop, on est arrivé. Pas de fatigue, pas de frais de transport, pas de surprise sur le trajet …

    On a eu un temps superbe. Un peu trop chaud par moment en fonction de l’heure de la journée. A midi, souvent, fallait se déplacer ; ça brulait les pattes à cause de la cuisson. Alors, on changeait de parcelle d’haché. Et là, on se rafraichissait à nouveau.
    On a pique-niqué tous les jours. Encore une fois, pas de perte de temps, tout était sur place.
    Par contre, la nuit, frigo obligatoire. C’est plus prudent pour la santé, d’après ce qui se dit. Ces coups de fraicheur nocturne m’ont fait perdre un peu de vitalité. On se blotissait dans les emballages graisseux pour se préserver de ce petit froid piquant.
    C’est le seul bémol que je poserai à ce séjour paradisiaque.

    Et est arrivé ce qui devait arriver dans cette situation ; avec mon conjoint, on a fait des bébés. Je vous l’annonce peut-être un peu tôt : je vais être maman. Je suis heureuse.
    L’ambiance était vraiment propice à la reproduction. Un terrain agréable, confortable, pas grand, en strie pour protéger mes œufs . J’en ai étalé un peu partout, je l’avoue. En plus, peu de monde ; c’en était d’ailleurs surprenant. D’un calme !

    Autour de nous, parfois, ça s’agitait. Surtout le jour où est apparue une grosse guêpe. Elle s’est faite virer avec une force !
    Mais ça se comprend, elle s’est présentée telle une conquérante. Une sans-gêne, si vous voyez ce que je veux dire ! Je me sentais un peu comme une pauvre petite provinciale fragile à côté d’elle…
    En plus, j’avais peur qu’elle s’en prenne à ma future progéniture.
    Heureusement, elle est à l’abri, dans un sachet de conservation, lui-même déposé dans un grand truc vert, avec couvercle. Je parle de ma progéniture bien sûr. La guêpe, je ne sais pas ce qu’elle est devenue et je ne veux surtout pas savoir…

    Franchement, c’était des vacances inoubliables.
    Autant vous dire que je reprends le boulot zen. Et puis, j’ai mon congé mat qui ne va pas tarder.

    Trop contente !

    Et pour vous, alors, c’était comment ? »

    Bonnes vacances tout le monde.

    Gepy

  12. Janine dit :

    Vous l’avouerai-je Pascal, j’avais prévu de cuisiner des steacks hachés ce midi, mais quand j’ai lu votre sujet, ça m’a coupé l’appétit… et j’ai mangé du poisson !
    Bon appétit

  13. Halima BELGHITI dit :

    Bon Fanny, ma petit Fanny, je vais essayer de te raconter ça simplement, sans en rajouter, sans trop d’emphase. Je commencerais par dire que la nature est ce qu’elle est et que personne n’y peut rien changer. Je veux que tu t’en souviennes Fanny. Ne commets pas les mêmes erreurs que ton vieux père. Je connais Lydie depuis toute petit. Nous étions voisins. Sa famille, une viande noble de premier choix logeait sur l’étalage d’un boucher, superbement mise en valeur sur un lit de persil. Ma famille, une famille de mouches de la ville, logions pas très loin, douillettement installée près de la climatisation, nous nous régalions des odeurs de viande que l’air recyclé faisait parvenir jusqu’à nous. Petits, nous étions évidemment attirés par les petites boulettes de viande coincées dans la machine à hacher la viande. On adorait jouer avec elles, passer du temps ensemble, se raconter nos secrets, faire des bêtises. Ma défunte mère, Edmonde, ne cessait de nous prévenir : « Attention mes enfants, je ne veux pas que vous soyez déçus par la vie. Voyez-vous, la viande et nous nous faisons partie de deux mondes différents, mes petits. Nous sommes des mouches, nous nous nourrissons du sang de la viande et souvent nous y pondons nos œufs. Pour le moment vous êtes tout jeunes, vous ne vous rendez pas bien compte, mais la nature reprendra assurément ses droits ». Je ne comprenais pas trop ce que disait ma chère mère à l’époque. J’étais le plus jeune d’une fratrie de 579 individus alors je me débrouillais comme je pouvais. Aujourd’hui, c’est à mon tour de te prévenir mon enfant. La viande n’est pas des nôtres. Nous n’avons pas la même destinée. Mais il y avait Lydie. La plus belle boulette de viande que j’ai vu dans ma vie. Une adorable petite boulette de viande bien charnue, très sympathique et très joueuse. Elle adorait monter sur mon dos et découvrir le monde. J’adorais passer du temps avec Lydie. Nous survolions ainsi les environs et je l’entendais frémir de plaisir. Je savais, quelque part, qu’elle m’admirait et me jalousait en même temps, parce que je pouvais voler. Moi, j’étais secrètement amoureux d’elle. Elle sentait si bon ! J’adorais la texture de sa chair, sa couleur si rosée, la générosité de sa viande. Nous passions le plus clair de nos journées ensemble. Puis le temps passa. Lydie grandit, devint un magnifique steack haché, tendre et savoureux et s’en alla rejoindre les siens sur l’étalage du boucher. Il m’était plus difficile de l’approcher, nous étions traqués par le boucher, mais je m’y risquais tout de même. Je l’aimais tant, ma Lydie, même si au fond de moi, je savais bien que rien n’était possible entre nous. Mais l’amour, ma chère Fanny, rend aveugle dit-on. Un jour Lydie, partit s’installer dans le congélateur d’une dame et m’invita à venir passer quelques jours de vacances chez elle. Je crains un peu le froid, mais j’avais tellement envie de la revoir. En chemin, je rencontrais Solange, une mouche bleue qui devint ma compagne. Nous arrivions chez Lydie, Solange était lourde et pleine d’œufs. Quand j’aperçu Lydie mon cœur se mit à battre la chamade. Elle était tranquillement en train de finir de décongeler dans une jolie assiette en porcelaine blanche. Je me précipitais vers elle pour la saluer, son sang qui se répandait autour d’elle était si vivifiant ! Dès qu’elle l’aperçut, Solange, qui ignorait mes liens avec Lydie, fonça droit sur elle et y déposa ses œufs. « Non…hurlais-je. Non, Solange, pas Lydie ! ». Mais il était trop tard. Près d’un millier de larves s’étaient logés sur Lydie… Je m’approcha de Lydie pour constater les dégâts. J’avais beau lutter de toutes mes forces, j’étais moi-même irrémédiablement attiré par son odeur…Ce fut un véritable carnage ma petite Fanny. Je me posa sur elle et les filaments de sa chair fraîche s’offrir à moi sans résistances. Avant de sombrer définitivement dans la putréfaction, Lydie me regarda une dernière fois en souriant et me dit : Léon, on n’y peut rien…Ainsi va la nature…! Devenue impropre à la consommation, Lydie finit dans la benne à ordure, ainsi que Solange et moi et notre nombreuse famille. Tu connais la suite terrible ma petite Fanny…Lydie se décomposa et nous survécurent grâce à elle, mais mon cœur était brisé à jamais…Ma petite Fanny, toi qui commence ta vie, je voulais que tu saches, avant que je ne meurs, que j’avais sincèrement aimé Lydie…Pour moi, c’était bien plus qu’un joli morceau de viande… C’était mon amour de jeunesse ! Je l’aimais d’un amour tendre et désintéressé, mais que peut-on faire contre la nature?
    Halima BELGHITI

  14. isabelle heliot hosten dit :

    La classe…La grande classe. La brochure du rayon boucherie ne vendait pas du rêve. Il promettait du bio, de la chaloraise déclinée sous toutes les teintes de magenta, avec un gras nacré irisé comme un arc-en-ciel…Le grand luxe à portée de patte…J’ai atterri vers les midi, à l’heure où la famille Tapaleuil, dodue et luisante d’envie, ouvrait le réfrigérateur dans un ballet incessant, orchestrant la mise en place culinaire d’un déjeuner sabbatique digne de Pantagruel. Les Tapaleuil dépensaient des sommes astronomiques en pièces bouchères chaque vendredi, j’étais tuyautée depuis des lustres. Leurs moutards affamés, en quête perpétuelle de combler un dernier trou gastrique, étaient des carnassiers de la pire espèce. Bref, la cuisine de cette famille offrait une villégiature all inclusive où j’avais jeté mon dévolu. La mère excellait dans la réalisation des hamburgers dont ses rejetons raffolaient. Satisfaisant son penchant obsessionnel, elle étala consciencieusement les steaks hachés dans un plat, se délectant d’un futur mille feuilles de mayonnaise, tomates, bacon croustillant et autres hérésies diététiques, dont la saveur n’égalait que les calories cumulées. Le repérage se révéla un jeu d’enfant. Je n’avais plus qu’à me vautrer dans les fondrières sanguinolentes taillées au couteau. Occupée à ses rondelles d’oignon, débitées en largeur égale, la mère Tapaleuil me tournait le dos. Je réalisais un splendide piqué en silence vers le festin. Les vacances promettaient une ripaille ad libitum, loin des poubelles low coast de mon quartier habituel. Je me trouvais un repli protidique, frémissante sur la bidoche, prête à pondre ma descendance, les hormones affolées par le label qualité. Je la surveillais du coin de mes facettes. Le danger persillait mon ardeur. Il s’écoula trois bonnes minutes. La panse pleine, l’esprit étourdis par le fumet du bacon grésillant dans la poêle, je risquais les ailes vers le deuxième steak. Soudain, un vrombissement inattendu perturba l’espace. Je perçus le déplacement de l’air puis un éclair déchirant et enfin le néant.
    -« Jacques ! hurla la mère Tapaleuil. Qu’est ce que c’est que ce cirque ? »
    -« Mais maman, regarde je l’ai eue !!! »
    Jacques, la bave aux lèvres, écrasait triomphant la raquette électrique sur les steaks alignés. Entre deux fils, gisait la vacancière carbonisée.

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