Exercice inédit d’écriture créative 251

je-dorsJe ne sais jamais où je vais quand je m’endors
et cela ne m’a jamais tracassé.
Mais ce matin en m’éveillant,
il me manquait quelque chose,
j’en étais sûr…

Imaginez la suite

26 Responses

  1. delphine B dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais ennuyé. Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûre…
    C’est en m’allongeant sur le ventre que je sentis mon visage s’enfoncer comme du beurre dans l’oreiller. Plus rien ne le retenait. Plus rien ! Une sensation de vide m’étreint puis un vertige quand je compris que … je n’avais plus de nez !
    Mes mains se jetèrent sur mon visage pendant que je poussai un cri long et perçant.
    A la place de mon nez s’étalait un… morceau de chair lisse. Une sueur m’envahit, j’allumai la lampe puis l’éteignis aussitôt – je ne voulais pas voir ça, pas voir !
    Je respirais pourtant mais l’air semblait rentrer et sortir par tous les pores de ma peau, par mon corps entier.
    Je réunis mes esprits, me dis : c’est probablement un rêve, un faux réveil à l’intérieur d’un rêve. Un cauchemar tellement tangible que je crois vivre la réalité. Mais bientôt il se terminera, j’entendrai mon réveil sonner et mon nez trônera au milieu de ma figure comme tous les jours.
    A moins que…je préférai ne plus penser et décidai de dormir, dormir, plonger doucement à l’intérieur du rêve…

    C’est la voix de mon patron sur mon répondeur qui me réveilla vers huit heures.
     » Bonjour Bérangère, vous devez savoir que le client n’est pas venu hier soir, pas VENU ! Voulez-vous que je vous dise ? Vous n’avez pas de nez, voilà tout ! Un mauvais client se devine à des kilomètres ! A des kilomètres !  »
    Je me levais, hirsute, encore endormie et marchai mollement vers la cuisine. Un fin sourire pointait sur mes lèvres ; ce n’était pas un message désagréable et peu surprenant de sa part qui allait entamer ma bonne humeur. Des bribes d’un rêve incohérent firent surface puis s’effacèrent, je fredonnai la voix encore grave de sommeil « on ira tous au paradis, on ira…  »
    Dans le couloir, mon coeur fit un bond en apercevant mon reflet dans le miroir. Puis un cri terrifiant emplit tout l’appartement.

  2. Michel ROBERT dit :

    J’ai recommencé parce qu’il m’a vraiment manqué quelque chose…
    – 251-Bis :
    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûr…
    Etait-ce la mémoire ? Comment être sûr si la mémoire me manquait ? Il y avait un malaise, c’est la seule certitude où je pouvais m’appuyer. Je devais serpenter entre une certitude et un malaise. C’était scabreux, déroutant. D’un état d’insouciance, j’étais passé à cet état de mal être. Le manque se situait dans ce changement d’état. IL me fallait donc faire demi-tour pour retrouver cet état. Un souci surgit : je ne pouvais remonter le temps. Mais j’avais quand même une direction. Quand je dormais, rien ne me manquait. Voyons ! Si je me souviens bien ! Mais je ne peux me souvenir de tout quand je dormais. C’est juste en m’éveillant qu’il me manquait quelque chose. Ce quelque chose était-il matériel ?
    Sans doute pas puisque je n’avais rien emporté pour dormir ! Ce n’était pas la mémoire puisque je me souvenais. Je crois deviner ce qu’il me manquait ! Un mot qui commence par un B. Il me manquait un bisou !

  3. Michel ROBERT dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. Mais ce matin je me suis réveillé impassible et beau gosse devant le palais de Buckingham à monter la garde avec une drôle de touffe sur la tête et un costume bien taillé. J’avais appris dans la nuit, la perfection du geste et j’étais devenu le gardien de la reine.
    J’essayais de retrouver les étapes qui m’avaient conduit sur cet illustre trottoir. Mais c’était déjà l’heure de la relève et ma concentration devait être axée sur le rituel à exécuter au millimètre. J’entendis la musique habillant la cérémonie et je devais me tenir prêt. La langue anglaise m’était familière, je m’étonnais moi-même. J’étais devenu Anglais !…de souche ! Yes sir ! Et je considérais ces analphabètes de Français, de mangeurs d’escargots et de cuisses de grenouilles du haut de mon piédestal. Je pouvais les railler, faire rabattre leur caquet, j’étais tout puissant, j’avais Elisabeth derrière moi qui me stimulait. Au sabre, j’aurais pu les charger, si elle me l’avait demandé.
    Une jolie femme était incluse dans le protocole, c’était nouveau ! La reine avait voté ce surprenant alinéa le jour de son anniversaire, pour me faire plaisir mais je crois que c’était plutôt pour tester mon professionnalisme. Pourquoi la sublime créature devait-elle, selon le rite désormais officiel et synchronisé avec mes gestes hiératiques, accomplir un strip-tease ? Etait-ce une opération publicitaire devant les touristes ravis ? Le rêve était exclu puisque la reine l’avait voté. Etait-ce un conte imaginé par la reine ? Le spectacle devait paraître naturel et dans les règles pour ne pas choquer. A la fin de la relève, la demoiselle me passa le billet qui disait : « Et maintenant ! C’est à toi ! ». Je n’ai pas compris tout de suite, c’était écrit en Français. La belle me traduisit. Et je m’exécutais puisque la reine le voulait.

  4. Jérémie dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors
    et cela ne m’a jamais tracassé.
    Mais ce matin en m’éveillant,
    il me manquait quelque chose,
    j’en étais sûre… Ni une ni deux je fit un bond hors de mon lit. Une secousse glaciale me fit trembler de tout mon long. Les yeux a demi clos, je tatonnais autour de moi pour chercher l interrupteur. Je manquai trois fois de glisser sur mes vetements, heurtai 2 fois le mur et esquivai de peu le coin de mon bureau. Quand je parvins enfin à allumer la petite lampe situé a l exact opposé de mon lit, je ne pus m empecher de crouler le long du mur avec un profondsoulagemnent. Mes fesses furent comme posees sur une plaque de veglas-loin de ma couette douillette. Je n ai jamais vraiment été du matin, comme on dit. Les yeux flottant dans le vide je me retrouvais avec mes pensees-plus floues que jamais. Des flashs m arrivaient, comme des sensations imperceptibles que je ne parvenais pas a saisir. Mes reves? Il me fallait une concentration maximale pour faire remonter à ma memoire mes aventures nocturnes. Licorne rose. Tableau. Un feu de camps Jardin. Et lui! Encore. Je ne saurais trop comment expliquer le sentiment dans lequel je me trouvais, ce matin. Je savais qu il me manquait quelque chose. Ce sentiment d impuissance, d insatisfaction desinvolte. Pourtant je n ai jamais les idees claires. Je me bornais a essayer de savoir pourquoi. Qu’est-ce que je faisais cette nuit, autour d un feu de camps avec cette licorne dans le jardin de mémé avec lui en face de moi ? Il faut que je sache. Mais plus je me concentrais, plus je perdais le fil. Plus rien ne venait. J etais reduite au neant. L inepuisable microspie de l etre. De son esprit. L incroyable passivité de l ame face aux méandres de la vie. Je frissonnai de degout pour mon si faible esprit. J entrouvrais peu a peu les yeux, tachant de contempler ma chambre désordonnée. J apercevais mon tapis violet pale recouvert par feuilles et sous vetements qui jonchaient le parquet. Cette piece etait l antre meme de la confusion. Un second frisson fit trembler mon corps frêle-cette fois celui du mepris pour la decheance humaine due a un fleau inebranlable: la flemmardise. Je croisais mon regard dans le miroir situé face a moi, pres de la porte. Mes cheveux en bataille couvraient mon sourcil droit pour ne laisser apparaitre qu un trait violet creusé sous mon œil. Soudain un troisieme frisson me fit lever comme une flèche: j etais nue. Je regardais furtivement autour de moi. Ouf on ne m a pas vue. C est idiot quand on y pense. Vite, je cours a la salle de bain. 7h24. Je dois partir a 7h32 pour avoir le metro de 7h48. Un coup d eau sur mon visage pour me rafraichir. Qu est ce qui m a pris de vagabonder ainsi. Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. Si peu que je me suis endormi a la minute meme ou je me suis déshabillee. Ca me revient maintenant. J ai feté l anniversaire de Léa hier soir. Je suis rentrée toute guillerette avec 5euros en plus gagnés a un pari.
    Mais ce matin en m’éveillant,
    il me manquait quelque chose.
    J’en étais sûre…

  5. Beryl Dey Hemm dit :

    La chambre est blanche de lumière. Le soleil printanier entre de face par la large baie vitrée. Je suis dans mon lit, enseveli sous un drap blanc qui sent le propre. Mon corps groggy pèse de tout son poids sur le matelas ferme mais confortable, qui sculpte tous mes muscles, comme lors d’ une séance de relaxation. La pièce, aux murs pastels et aux boiseries blanches, est sobre dans son mobilier.
    Je me sens étrangement bien, l’esprit vide, goûtant seulement sur mon visage la douce caresse du soleil. Je suis en train de m’endormir. Cette nuit j’ai fait la fête, je ne suis revenu qu’au lever du soleil et, je le reconnais, un peu éméché. Mais à présent mon ébriété et le léger mal de crâne qui l’accompagnait semblent apaisés.
    Mes paupières se ferment. J’ai du mal à garder les yeux ouverts. Je voudrais prolonger ce doux moment de l’assoupissement. Je me sens si calme.
    Je ne sens rien. C’est très curieux, d’ailleurs.
    Je n’ai que des souvenirs vagues de ma virée de cette nuit. Je ne revois que ma moto, le clash, le feu d’artifice sous mon crâne, et puis … un blanc, … et puis ce lit.
    Il y a comme une petite musique dans ma tête. Un air qui revient, insistant, comme une berceuse sortie de la tendre enfance. Sommeil… tellement sommeil… Mes paupières sont si lourdes, l’oreiller si moelleux, l’engourdissement si apaisant.
    Un bip, par pulsions, sur un écran blanc, à côté de moi. Il me berce. Il rythme ma respiration. Il m’hypnotise. Mes paupières cèdent. Je vais lâcher prise. Encore un moment… juste un moment …
    « Il n’y en a plus pour bien longtemps… » C’est la blouse blanche à mon chevet qui vient de parler.
    Les sons s’estompent, ils s’endorment eux aussi. Je nage dans une mer de nuages. Je flotte… J’ai tellement sommeil.
    Je vais m’endormir. Je ne sais pas où je vais. D’habitude, cela ne me tracasse pas.
    D’habitude, oui.
    Mais aujourd’hui…

  6. Françoise - Gare du Nord dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. Je me couche chaque jour à une heure différente et il en était de même chaque matin au moment du lever. Une vraie vie de patachon

    Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûr… Comme si je n’avais pas eu mon comptant de sommeil. Et ce sentiment étrange et désagréable de privation a persisté : la sensation frustrante de n’avoir pas assez mangé, l’impression frustrante d’avoir manqué d’affection, et puis surtout la rage de ne pas avoir eu le temps de faire tout ce que j’avais prévu.

    Ce soir, au moment du coucher, j’ai tout compris. Je me suis compté : il y en n’avait que 23.

    Ce n’est pas vrai, ils ne vont pas recommencer ! Déjà, il y a six mois ils m’en ont ajouté une et je me suis senti, comment dire, flottant dans mon nouveau costume Taille 25. Mais finalement, je n’y ai vu que des avantages : m’accorder une grasse matinée, m’autoriser à rêvasser, prendre le temps de flâner, prendre un bain de soleil… Quel bonheur de vivre sans compter !

    Je m’étais habitué à cette nouvelle situation qui me procurait tant de plaisirs, mais voilà qu’il va me falloir renoncer à certains ou être condamné à vivre dans un costume trop étroit. Cette double perspective me fait horreur ! Sans compter que la froidure s’annonce !

    Quelle tristesse d’être un Jour à l’heure d’hiver !

  7. Antonio dit :

    Oh, bon sang ! Il fallait que j’y retourne, et vite.

    C’est dingue, comme au réveil il est difficile de replonger dans les profondeurs du sommeil. Telle une embarcation qui venait de s’échouer sur la plage (horaire) du petit matin, je galérais à reprendre le large, les vagues de ma respiration à marée haute me rejetant systématiquement sur des yeux grands ouverts.

    Enfin, au bout de dix minutes, sur une expiration profonde je parvins à redémarrer le moteur, dans un raffut qui créa une houle à bâbord du lit conjugal, sans conséquences. Ouf !

    Me voilà reparti, me laissant transporter par les premières vagues de somnolence. L’horizon de mon rêve apparut très vite au loin. J’avançais à une bonne dizaine de nœuds au cerveau qui refaisaient le chemin à l’envers jusqu’à elle. Cette drôle de sirène.

    Incroyable ! J’avais le vague souvenir d’une Penelope Cruz et là, elle ressemblait plutôt à une Adèle Exarchopoulos. C’était plus grave que je ne pensais.

    Sans bouteille d’oxygène, je plongeai aussitôt en apnée. Oh !

    Son visage. son rire. Ah ! Leurs éclats ! Han ! Sa peau ! Hum ! Comme je me sens léger. Comme je me sens fort. Comme je ne m’essouffle même pas. Han !

    Là ! … Là ! … Elles étaient là ! … Ce n’était pas 20 mais 40 années que j’avais abandonnées, là. Si seulement Martha m’avait retrouvé sans elles, elle aurait eu des soupçons, c’était sûr.

    Elles étaient lourdes à remonter, à bout de rêve. Je laissais Adèle repartir avec les autres sirènes de mes nuits. Quand…

    Aaaaarrrgh !

    Une force extraordinaire sortit ma tête manu-militari de mon songe, dans un râle au bord de l’asphyxie.

    « Tu as encore fait une apnée du sommeil, mon chéri… Un peu plus et je te perdais. Il faut absolument que tu consultes. »

    Assis sur mon lit, j’expirais mon âge, fatigué, usé, mais rassuré.

  8. Miclaire dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassée. Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûr…
    Les autres fois, je m’étais éveillée en sueur, le cœur gros, au bord des larmes, tant ce voyage au fond de moi était difficile. Il est vrai que les séances d’hypnose peuvent parfois être très éprouvantes, mais ce matin, je me sentais bien. J’avais l’impression d’avoir déposé une pierre au fond de l’eau, qu’une charge immense m’avait enfin quittée. Toute la rancœur que j’avais cultivée envers ma mère depuis mon adolescence et qui me rongeait depuis toutes ces années m’avait quittée. J’étais enfin libre d’aller de l’avant, je lui pardonnais… Mais au fond, qu’avais-je à lui pardonner ?

  9. Sylvie dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassée. Mais hier matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûre. C’était comme si on m’avait dérobé quelque chose pendant mon sommeil, je me sentais dépossédée d’une partie de moi. Encore endormie, je tends le bras vers la table de chevet. La première chose que je fais avant même de me lever, c’est…Mais… où est-il ? D’habitude je le sens, je le devine… Ce matin je tâtonne, je balaye d’un geste fébrile le carré de bois. Il n’est pas là. La lampe de chevet se renverse, la bouteille d’eau roule sur le parquet, les livres empilés dégringolent. Je me lève, paniquée, cours pieds nus jusqu’au salon, ouvre le secrétaire, traverse le bureau. Je cherche partout. Non, il n’est pas là. Comment vais-je faire ? Il me le faut, tout de suite. Tant pis, je recopierai. Vite une feuille, un crayon. Non, attends, ne pars pas, je te tiens, je ne te lâcherai pas. Plus je me concentre, plus les images deviennent floues, s’éloignent, emportées par un ruisseau qui délaverait les couleurs. La mosaïque se désagrège, tout s’effrite, tombe en poussière, s’envole. Trou noir. Trop tard. Mais où est donc passé le cahier de mes rêves ?
    Toute la journée, je pense à cette histoire perdue, je tente de retrouver en vain l’aventure de la nuit. Et mon cahier qui a disparu. Le cahier où j’écris tout, tout ce qui me réjouit, m’attriste, me surprend, m’émeut. Ce cahier qui est ma vie et où j’aurais voulu écrire ce rêve… ce rêve aux contours de plus en plus flous, ce rêve dont je ne sais plus rien finalement, seulement qu’il était… il était… je ne sais même plus comment il était.
    Toute la journée, j’erre à la recherche de ce rêve perdu. Je suis ailleurs. Les gens m’accusent à tour de rôle d’être dans la lune, de ne pas voir la réalité en face, d’être sur mon petit nuage. Je m’en moque. Je dois retrouver ce rêve et mon cahier. La nuit venue, tout s’efface et je m’endors sans penser à rien.
    Ce matin, au réveil, quand je tends la main vers la table de chevet, je sens la couverture de velours usée de mon carnet. Instinctivement, je m’en saisis, je l’ouvre. Je prends le stylo qui y est accroché. Et alors que j’allais griffonner quelque chose comme tous les matins, je lis en date d’hier : « Le rêve ne peut s’écrire, il se vit, passe, s’efface, puis un autre prend sa place. » A peine suis-je arrivée à la fin de la ligne que l’encre du début pâlit, englouti peu à peu par la trame du papier.

    ©Sylvie Wojcik

  10. Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors
    et cela ne m’a jamais tracassé. Il me suffit de vérifier ma check-list :

     SAVON, pour laver les affronts
     OMBRELLE quand je dors au soleil
     SPARADRAP pour panser les cauchemars
     FEUILLE BLANCHE pour idées noires
     MIEL pour adoucir les rêves
     BOUSSOLE pour revenir au sol
     GANT DE SOIE si je t’aperçois
     CAMERA qui témoignera
     VEILLEUSE pour nuits blanches

    Mais ce matin en m’éveillant,
    il me manquait quelque chose,
    j’en étais sûr…
    Etait-ce un ZZZZZZZZZZZZZZ ?
    Etait-ce un mouton ?
    Non !
    On m’avait enlevé l’heure d’été

    J’en suis tombée de … sommeil.

  11. ourcqs dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors
    et cela ne m’a jamais tracassé. Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûre…

    pourtant matériellement tout était là, à sa place. J’avais une impression bizarre d’inachevé, d’avoir laissé passer une occasion, de ne pas avoir vu le détail important, qui aurait pu tout changer, mais quoi ?? et si j’avais trouvé d’autres arguments la situation aurait sans doute évolué, si j’avais été plus attentive j’aurais compris immédiatement, mais je ne savais pas à quel propos, simplement un vide, comme si j’avais perdu le fil. Je déteste ce flottement, la journée continue normalement, mais reste toujours ce malaise, j’attends le déclic , la solution qui va surgir avec un mot, une rencontre, un parfum ou une image …

  12. Clémence dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé.
    Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûr…

    Il lui avait dit :
    « Prépare un mini bagage, on fait une petite virée »
    Elle, pétillante, avait entassé maillot, robe habillée, trousse de maquillage, papiers et téléphone.
    Il lui avait dit :
    « Rendez-vous sur le quai à 11heures 30. »
    Il l’attendait avec son hors-bord, elle arriva à l’heure.

    Virée en mer. De sportifs ronds dans l’eau, histoire de dompter la machine. Lignes droites, sillages turquoises et écume éclaboussante, histoire de s’éclater.

    Septembre, ils étaient presque seuls en mer. Lui, à la barre, elle, sur le pont.

    Après avoir hurlé au milieu de nulle part, le hors-bord revint en dansant vers le petit port. Ils déjeunèrent dans un restaurant en bord de mer. Table superbe et fleurs… Un an déjà.

    Deux heures plus tard, il reprit la barre, elle, s’allongea sur le dos.

    Les rayons du soleil et les délices de la table se muèrent en une douce torpeur. Elle se noya une dernière fois dans le bleu du ciel puis ferma les yeux.
    «  Jamais je n’aurais imaginé que .. » pensait-elle.
    «  A quoi penses-tu ? » lui demanda-t-il ?

    Elle murmura :
    « Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. »
    Il l’appela, elle ne répondit pas. Elle dormait.

    Elle ouvrit les yeux. Le soleil était déjà haut. Le silence était absolu.
    Il manquait quelque chose. Ou plutôt quelqu’un.
    Elle était seule sur le yacht. Absolument seule.
    Elle se dirigea vers la cabine. Absolument vide.
    Ni bagage, ni nourriture.

    La panique la fit trembler. Assise dans un recoin, elle enroula ses bras autour de ses jambes repliées et vit un point rouge au creux de son coude.Elle tenta de réfléchir.
    Difficile : elle avait faim, elle avait froid, elle ne comprenait rien.
    Elle remonta le fil du temps : le dernier jour, la dernière semaine, le dernier mois, espérant y glaner quelques indices.
    Rien. Ou presque rien… quelques mouvements d’humeur, quelques absences aux prétextes vagues, un regard détourné, un téléphone discret…
    Ses idées se fondirent en un magma ahurissant de débilités en même temps que sa conscience se délita.
    « Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé…. »

    Jour ou nuit ? Elle était incapable de le dire. Elle se sentit empoignée, soulevée. Des cris autour d’elle. Une langue qu’elle n’identifiait pas….
    Des mains caleuses, des rires gras, des piétinements…
    Elle tenta d’ouvrir les yeux, mais ses paupières étaient enflées…
    Elle tenta de bouger, mais ses bras et ses jambes étaient ankylosés.
    Elle tenta de parler, mais ses lèvres brûlées ne filtrèrent aucun son…
    Elle abandonna, anéantie.

    Elle se réveilla. A ses côtés, un broc d’eau, un peu de nourriture, du linge propre.

    Combien de temps s’était écoulé ? Elle ne le savait pas et ne le saurait jamais.
    Où était-il ? Elle ne le savait pas et ne le saurait jamais.
    Pourquoi tout cela ? Elle ne le savait pas et ne le saurait jamais.

    Elle s’assit. Elle ne souffrait pas mais avait mal partout.
    Une femme, voilée de blanc apparut à ses côtés. Elle l’assista et la réconforta.

    Elle ne savait plus qui elle était. Elle ne sut jamais où elle était .

    Un matin, elle poussa la toile et vit le ciel bleu, le soleil et le désert, à perte de vue.

    « Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé ».

    Mais ce matin en s’éveillant, elle vit qu’il manquait quelque chose. L’effervescence du monde.

    Elle fit ses premiers pas. Ailleurs….

  13. Nadine de Bernardy dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors,cela ne m’a jamais tracassé.
    Mais ce matin, en m’éveillant,il me manquait quelque chose,j’en étais sûre.
    En effet, d’habitude, mes réveils sont vivants,encore habités du contenu de mes rêves.
    Que j’ai vécu des histoires dramatiques,loufoques,voluptueuses ou très banales,il m’en reste des images donnant à la journée sa couleur particulière.
    Je garde en tête les personnages que j’ai incarné et rencontré.
    Qu’il s’agisse de gouverner le monde,d’être poursuivie par des individus malveillants ou d’être une personne ordinaire,mon univers onirique me transporte hors du quotidien, nuit après nuit,m’offrant des surprises différentes à chaque fois.
    Pas de tabou,aucune frontière ni de borne,les situations défilent,évoluent au gré de leur fantaisie débridée.
    Ne connaissant pas la censure, aucune incohérence ne les arrêtent.Ca fuse.Leur déroulement ne respecte pas la chronologie,la décence,le savoir vivre.
    Je me réveille sereine,amusée et même angoissée parfois en repensant à ce qui a failli m’arriver, mais toujours ce petit quelque chose pour nourrir le jour qui naît.

    Mais ce matin là,un mardi froid de décembre,rien.
    Pas une réminiscence,pas un souvenir,aussi ténu soit-il.
    Mon inconscient m’abandonne malgré mes sollicitations.
    Le vide total, le manque absolu.
    Un grand désarroi m’envahit ,les questions fusent.
    Et si ma vie nocturne disparaissait, entraînant le déclin de ma vie diurne,si mes journées allaient devenir ternes, banales.
    Allais-je devoir être une vieille dame sans fantaisie,incapable de fantasmer? Quelle triste perspective.
    Me voilà partie dans un scénario aussi insensé que cette absence incompréhensible.
    Et tout cela à cause d’une nuit ne me laissant aucun matériel à explorer.Il devait y avoir une erreur,un oubli à un quelconque moment.
    Mais quoi faire?
    Ressaisissons-nous, me dis je.Après tout, il me reste du temps pour analyser ce phénomène.
    Demain matin l’on verra bien.

  14. Stephanie dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé.
    Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûr…

    J’étais encore dans les brumes de Morphée, totalement assommée.
    Allez bouges-toi !
    Je tendis mon bras droit.
    Le matelas ! Vide !
    Demi tour droite! (Je dors du côté gauche du lit)
    Ah? Mon homme n’est pas là. Bizarre…
    Je me suis pourtant endormie dans ses bras l’instant d’avant. Bon ok, je ne l’emmène pas avec moi dans mon sommeil, mais quand même j’aime bien le retrouver là, à côté de moi quand je me réveille.
    Bon, rassembles tes esprits ! Quelle heure est-il ?
    9h ! Naaaaannnnn !
    9 h ? C’est bien sur ?
    Vu que je suis bigleuse sans mes lunettes, je pose ma main sur mon œil gauche, pour tenter de deviner l’heure de l’œil droit.
    Bon Oui, il est 9h! Oh putain ! J’y suis en retard! Mais pourquoi il ne m’a pas réveillé l’idiot ? Je saute d’un bond, et file à la salle de bains, croise ma tête hirsute dans le miroir.
    Ah m…. C’est vrai, je n’ai plus de boulot. Je peux me recoucher et continuer à rêver.
    On n’est jamais sûr de rien dans la vie!

  15. Smoreau dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors
    et cela ne m’a jamais tracassé.
    Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose,
    j’en étais sûr… Je m’étais endormie avec. Comme je l’ai fait depuis chaque soir depuis ma naissance. Je le tenais de ma mère. C’était quasi génétique, il se passait de mère en fille. Ma première question fut : « Qui me l’a piqué ? ». Mais tout de suite, vint la réponse « personne ». Je vis seule.
    Dans la soirée, j’avais regardé une émission sur les voyages intersidéraux. Les gens sortent de leur corps et voyagent. Plus ou moins loin, selon leur degré d’initiation. Cela m’avait passionné et me souvenait qu’enfant j’avais eu l’impression de flotter au-dessus de mon corps endormi. Etait-ce possible ? Ces gens-là fabulaient-ils ? Ou avaient-ils accès à un pouvoir ?
    En m’endormant, j’avais essayé de me projeter au plafond. En respirant. Me relaxant. Me visualisant. Et je m’étais endormi, légère.
    Etais-je partie ? Envolée ? Et emporté mon doudou ? L’aurais-je perdu en cours de route entre deux étoiles ?
    Perplexe, je me levais et passais ma journée dans les nuages. A la tombée de la nuit, la lune me fit un clin d’oeil. Je la regardai et… je vis Doudou assis au bord du croissant. Il pleurait.
    Ce soir, j’y retourne !

  16. Fanny dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. Quand je dors, je dors et je ne suis pas Freud pour analyser mes rêves. Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose.

    Je ne trouvais plus mon phone que je pose tous les soirs sur ma table de nuit. Fébrile, je fouillais tous les recoins, retournais le matelas, dénichais des moutons sous le lit, inspectais mes poches, brassais mon tas de fringues, ouvrais tous les tiroirs remplis de trucs hétéroclites. Ma chambre était sens dessus dessous. Je passais toute la matinée à fouiller discrètement l’appartement.

    Je crus devenir fou. J’aurais pu demander à ma mère de le faire sonner mais je craignais de me faire engueuler. Comprenez-moi, j’avais tant tanné mes parents pour qu’ils m’offrent un portable pour mes quatorze ans. Tous les arguments positifs y étaient passés. Bien sûr, mon père ne voyait que les négatifs et c’est ma petite maman qui avait flanché la première. Elle pourrait me suivre à la trace et, croyez-moi, elle ne s’en privait pas. Mais bon, ça c’était une autre histoire. Pour le moment, j’étais vénère. J’avais dû recevoir une multitude de textos et mes potes devaient se demander si je n’étais pas mort. Toutes mes photos et vidéos disparues à jamais ! La loose, la loose ! J’avais perdu tous mes contacts ; c’était la cata. La veille, Louanne, la plus belle fille de la classe qui me snobait depuis la rentrée, m’avait enfin donné son numéro. Ma vie était foutue. Je pensais à me jeter du troisième étage.

    À midi, pas dans mon assiette, je boudais le gratin de macaronis que ma mère avait préparé avec amour comme elle aime à le répéter.

    – Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ? me demanda-t-elle en posant sa main sur mon front.

    – J’n’ai pas faim, dis-je en repoussant mon assiette.

    – Tu dois couver la grippe, je vais prendre un rendez-vous chez Deltheil. D’ailleurs, il y a longtemps qu’il ne t’a pas ausculté. Il te fera tes rappels de vaccins.

    – J’suis pas malade, répondis-je en me levant de table.

    Franchement, après la disparition de mon téléphone elle voulait m’achever avec ses piqures ! J’étais au bord de la dépression nerveuse.

    – Alors quelque chose te tracasse ? dit-elle en fouillant dans la poche de son tablier. C’est pas ça que tu cherches depuis ce matin, dit-elle hilare en brandissant mon portable.

    – C’est toi qui m’a piqué mon phone ! J’y crois pas ! hurlais-je en me précipitant sur sa main.

    – Tss, Tss, fit-elle en esquivant mon geste. Je te le rendrai quand tu m’auras promis de ranger ta chambre ; une truie n’y retrouverait pas ses petits. J’exige que tu mettes tous les soirs ton linge sale dans la panière, que tu ranges dans l’armoire les vêtements que je m’escrime à repasser, que tu donnes un coup de chiffon sur tes meubles, que tu passes l’aspirateur. Je me demande comment tu fais pour vivre dans cette écurie.

    – C’est du chantage ! balbutiais-je trop content quand même de récupérer ma vie.

    • Beautreillis dit :

      J’aime beaucoup ce texte, on croirait revivre sa jeunesse

      • Fanny dit :

        Un merci un peu tardif mais sincère pour votre commentaire. Pour moi ce sont plutôt mes souvenirs de maman de deux garçons pas trop copains avec le ménage de leurs chambres. J’aimerais tant pouvoir me fâcher encore… Cordialement. Fanny

  17. Christine Macé dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. J’aime rêver, m’abandonner à la nuit, voir où tout ça va me mener.
    Tiens, cette nuit… Curieux : rien que d’y penser, ça m’échappe. Je ferme les yeux et me concentre : en vain. Aucun souvenir. A peine le sentiment que c’était bien. Je cherche encore, plus profond. Parfois, il faut attendre patiemment que remontent en surface des petits bouts d’images, des sons, de fugaces sensations.
    Mes deux mémoires – celle du jour et celle du rêve – doivent coopérer ; mais celle-ci se rebiffe, peu encline à subir le diktat de la trop curieuse conscience, qui veut savoir, interpréter, comprendre.
    Le rêve craint le jour, comme une coquette le trop grand soleil, et je dois minauder, l’amadouer, faire semblant de dormir encore un peu pour qu’il m’accorde quelques images éparses avant de rejoindre le néant.
    Là, j’ai beau essayer, rien ne vient. Je reste désarmée, privée de cette compagnie secrète, un peu folle qui, dans le noir, m’entraîne sur des chemins occultes. Un vrai collectionneur de jeux de pistes, enchanteur ou tourmenteur à son gré.
    Lui seul connaît les recoins de mon âme et me parle dans une langue bizarre, ni tout à fait la mienne ni vraiment inconnue : un langage hermétique, intuitif, qu’une partie de moi comprend pourtant.
    Ce matin, en m’éveillant, il me manque quelque chose. Je me sens démunie, pire : délaissée. C’est que le rêve n’aime pas être dévoilé.
    Il appartient à la nuit seule et perd ses couleurs aux premières heures du jour.
    Mieux vaut n’en pas parler, lui laisser ses secrets.

    Bon week-end, Christine

  18. Jean Marc Durand dit :

    Je ne sais jamais où je vais quand je m’endors et cela ne m’a jamais tracassé. Mais ce matin en m’éveillant, il me manquait quelque chose, j’en étais sûr…

    Etant un homme d’action, je ne me suis pas tire-bouchonné la matière grise pour tenter de replonger dans les méandres du roupillon. L’inconscient est devenu un bien trop vaste garage et beaucoup n’y retrouvent pas leur véhicule, pourtant garé au 4ème niveau, ça ils en sont sûrs.La plupart ne se souviennent même pas être tombé de vélo.

    Bref, j’ai mis les pieds dans mes fidèles charentaises et là, premier constat. Mes pieds ne m’avaient pas fait faux bond.

    C’était déjà un bon point pour quelqu’un n’envisageant pas d’avancer dans la vie sans sa locomotion naturelle. D’où ma passion pour les chaussures que j’achète, collectionne, entasse, astique, bichonne…

    La glace de la salle de bain m’a renvoyé une image somme toute assez brillante.Peu de rides, un cou fin et musclé, des épaules solides, un torse ni trop velu, ni trop imberbe, la juste toison invitant la compagne à y tisser une aimable torsade, à s’en faire une moustache et à toujours en rire de concert.., connivence du coeur de l’amour, ce muscle sauteur!

    J’ai petit déjeuner d’un café serré par le temps, négligé quelques courriels publicitaires,tripoté du bout de la langue le trou dans ma dernière molaire, en bas à gauche (penser à prendre un rendez vous chez le dentiste entre celui de la réfection de chaudière et la révision des 120000 kms de la Peugeot!).

    Mon bureau rejoint vers 10h, j’ai expédié l’essentiel des dossiers en attente, bâclé un rendez vous avec des « pauvres » ne risquant pas de devenir, chez nous, de futurs clients fiables.

    Une pause à midi « chez Francette », la taverne du coin avec Bernard, faux ami et vrai collaborateur qui m’a encore saoulé avec ses projets de divorce.

    Au dessert, en regardant flotter mon profiterole dans sa mare de chocolat, j’ai fait une grimace.

    L’introduction systématique de sucreries au bout du repas d’un homme, ça m’avait parfois interpellé.

    Mais je n’avais jamais poussé plus loin l’introspection de la chose. En soulevant tout problème, c’était comme pour un caillou en bord de mer, on risquait trop souvent de tomber sur un crabe.

    L’après midi a été souveraine. Une réunion de direction m’ayant permis de laisser les autres se focaliser sur mes réticences.

    Puis à 16h….tennis, sur le toit du bâtiment,avec Frédéric. Je l’ai laissé gagner, l’ai félicité pour son coup droit. A la prochaine promotion, il tâtera de mon revers.

    Quelques courses rapides, une ampoule à changer, un nouveau cirage à essayer. A 19h, j’étais à la maison.

    Apérroquet d’un beau vert lagunien! Noix fraîches du jardin…calme et volutes d’été!

    Pourquoi dit on pizza sur le pouce…ça ne nourrit pas son homme. Je me suis donc préparé une vaste flammekueche….en y rajoutant et des oignons et de la crème fraîche.

    Pas d’informations ce soir.Les frontières tiendront bon…sans moi.

    A 20h, j’étais au lit. J’ai décroché le câble me rattachant au port de la journée. Je me suis éloigné de l’abri de la marina.

    – Une espèce de Gulf Stream plutôt sucré m’a entraîné vers le large. Pour me coincer dans une sorte de parallélogramme des Bermudes. Là s’y agitaient une dizaine de crocodiliens mâtinés de squales.Je n’ eu pas trop le temps de m’émerveiller des capacités d’adaptation animale.Car ma propre survie tanguait.

    Une grosse femelle s’approchait de moi, gueule ouverte, ne présentant, elle aucune faiblesse de dentition.

    Je me saisis de mon coutelas, celui qui ne me quitte jamais lors de mes expéditions en Caucherêve.
    Mais la bête s’intéressait semble t’il à autre chose qu’à moi, enfin de l’entier de moi. Elle me saisit par le pied, me secoua violemment et repartit avec l’une de mes chaussures.

    Mécontent, je recrachais ma haine, bien salée, de tout l’océan du coin. Ah la salope!

    La vicieuse revint vite, trop vite. Elle en voulait à l’autre chaussure et ça je ne l’accepterai jamais.

    Je l’attendis donc de ma maigre force possible sur mon seul autre pied si peu ferme dans l’eau et lui plantai ma lame entre les deux yeux, là où tout être vivant porte sa perception guerrière des choses.

    La bête roula sur le côté, bavouilla un reste de sang, se raidit. Je l’empoignai des deux mains, la traînait jusqu’à l’île la plus proche.

    Là je fis un feu pour nous réchauffer. Je découpais la bête en de multiples morceaux. Les plus petits nourriraient les goélands.Les plus gros, je les brûlais, avec une application et un plaisir inhabituels pour moi.

    Et puis, je fis une sieste dans le sable croquant.

    La suite est floue. Un bateau, alerté par la fumée vint à ma rescousse. C’était un vendredi…je crois. On m’appelait Robinson.On photographiait ma tête de survivant. J’allais faire la une du journal
    télévisé –

    Puis l’écran s’est éteint!

    Je me suis réveillé. Penché sur la gauche. Je ne me suis pas attardé sur mon alignement de chaussures.

    Je savais!

    Ce qui manquait…c’était ma femme!

    • Fanny dit :

      Comment vous dire, Jean Marc ? Cette petite pépite m’a vraiment touchée.

      • Jean Marc Durand dit :

        Mais encore,….touchée mais pas coulée, j’espère
        ??

        Les encouragements de certains lecteurs et lectrices font toujours du bien et je ne vais pas m’en priver!

        Merci Fanny!

        • Fanny dit :

          Non rassurez-vous, je nage (presque) comme Laure.
          Avec un peu d’entraînement ça devrait le faire. Je vois que vous voulez me faire sortir de ma réserve malgré que, je pense, vous avez très bien compris, n’est-ce pas ? Alors, je plonge.Je pense que sous couvert d’humour vous faites passer beaucoup de sensibilité, de vous même. Votre chute est très, très forte et m’a émue (un gros tilt à ma sensibilité). Bravo et bonne continuation. Cordialement. Fanny

          • Jean Marc Durand dit :

            Heureusement, celui qui écrit a pas mal de liberté pour exprimer « à sa manière ». Et le lecteur en a encore plus à se permettre d’interpréter les dires, les silences.
            Et finalement, plus l’écrit propose de suggestions d' »interprétation », plus je le pense riche.

            Humour, sensibilité et chute réussie semblent dessiner une bonne partie de ma « marque de fabrique » (vraiment moche ce terme….j’ai l’impression de me marquer moi même au fer rouge….et vu que je n’ai pas l’intention de rentrer dans le troupeau…ça ne peut pas fonctionner!)

            Bref…tout ça pour vous signaler que votre lecture confirme la bonne direction de mes textes contre les flottements de l’incertitude!

            Cordialement!

            JMD

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