Exercice inédit d’écriture créative 223

emotionsLe pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes.
Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser
toute sorte d’émotion.
Or, hier matin, quand j’ai voulu peser…

 

22 Responses

  1. Delphine dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes.
Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser 
toute sorte d’émotion.


    Or, hier matin, quand j’ai voulu peser l’émotion du moment , il est resté muet.

    Pourtant quels sentiments me traversaient ! Jamais je n’avais aimé comme j’aimais : j’avais des ailes .

    Je suis restée patiente .

    Au bout d’une demi heure , il s’est mis à couiner légèrement ; j’ai avalé ma salive et suis allée faire un tour . J’ai bien fait ! En rentrant il était aussi frais qu’à la livraison .

    J’ai recommencé mon manège mais . . . à nouveau la panne .

    J’ ai insisté le soir même , le lendemain , le surlendemain sans aucun résultat .

    Le jour suivant j’ai voulu lire la notice : bizarrement les pages étaient totalement blanches et je suis retournée au lit , déçue.

    Et c’est là que le gazouillis de la machine est apparu , un ruisseau clair et vibrant ! Mon coeur s’est mis à battre.
    J’ai souri à l’arbre du voisin par la fenêtre et suis vite allée peser l’émotion . Vacillant , un chiffre est apparu puis . . . s’est effacé aussitôt . Rrrrrhhh . . . Impossible à lire .

    Mais j’arrive au fait Monsieur .

    Ce soir , bercée par la voix de Lou Reed , je dégustais mes corn flakes en pensant à celui que j’aime .
    Eh bien , vous me croirez ou non, je me suis retrouvée en apesanteur .
    Je veux dire réellement en apesanteur. Quelque chose d’inouï .

    Après un temps qui m’a paru une éternité , j’ai retrouvé la terre ferme et suis montée sur la machine, légèrement sonnée . Or absolument RIEN ne s’est passé . Vous comprendrez mon désarroi !

    Voici ma conclusion :

    Votre machine , Monsieur , est muette devant le bonheur et l’ on ne mesure jamais assez sa chance d’être heureux.
    Alors , mettez vous au travail s’il vous plait . ET QUE CA SAUTE ! Mais oui ! Secouez vous les méninges , inventez autre chose , soyez fou !

    Oh . . Je vous remercierai du mieux que je pourrai . .

    Mes salutations,

    Thèrèse .

    PS : Excusez ma familiarité mais peut-être ne le savez vous pas : le bonheur n’attend pas .

  2. Kacyne B. dit :

    De: Kacyne B.
    A : Mr. Pèse-émotion.

    C’est avec un vif plaisir que j’ai réceptionné ce pèse-émotion.
    Après une lecture rapide de la notice, le « bracelet élégant » au poignet, j’ai appuyé avec une impatience joyeuse sur la touche OK.
    A mon grand étonnement, le vert d’un cœur se mit à clignoter.

    « Tu as vu l’heure ? Et le déjeuner n’est pas encore prêt ! » ronchonne le mari affamé.
    Zut ! Le temps a passé incognito. Me voilà contrariée ! Je regarde mon poignet : envolé le cœur ! Des larmes coulent.

    Super ! Cela confirme le bon fonctionnement !
    Vous vous demandez pourquoi ce message ?

    Après le repas, je consulte attentivement la notice « conseils et astuces ».
    Malheureusement, je n’ai que la version en japonais.
    Frustrée, j’appuie sur le bouton situé en haut à gauche.
    Depuis, une ronde folle d’émoticônes défile sur l’écran, sans rapport avec mes émotions !

    Ai-je fait une mauvaise manipulation ?
    Dans l’attente….

    De : Mr.je vous dépanne
    A : Kacyne B.

    Au contraire, vous avez activé le bouton magique, celui qui transmet les émotions des personnes de votre entourage.
    Testez !
    Cordialement.

    « Chérie, j’ai oublié de te dire, tu es très jolie dans cette nouvelle robe.. »
    (Coup d’œil à l’écran : un smiley avec le nez de Pinocchio)

    « Maman, c’est vrai, tu es très belle »
    (Un autre coup d’œil : cinq bisous de cœur)

    « Bon, chérie, je file ! Je vais rentrer tard ! Une urgence au bureau ! »
    (Coup d’œil : une silhouette de femme nue)

    Le bracelet a explosé.
    Le couple broyé sous le rouleau compresseur de la vie.

  3. Truffier Gaëlle dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes. Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser toute sorte d’émotion. Or hier matin, quand j’ai voulu peser cette petite olive, il la détectait à peine. Et pourtant…

    À peine entamée
    Déjà elle se faisait remarquer
    Qu’avais-je donc ramené,
    En cette fin de matinée,
    Une olive tout droit venue du marché.

    Le premier goût perçu et tout est revenu.
    Les caddies, les odeurs,
    Les cris des vendeurs,
    Tous ces bruits du marché
    Qui nous étaient si familiers.

    Le jeudi, le dimanche,
    Toujours à la même heure,
    On pouvait l’y trouver.
    Courageuse et volontaire
    Pour rien elle n’aurait annulé.

    Jamais je n’aurais imaginé
    Qu’en une seule bouchée
    Tant de souvenirs surgiraient
    Et qu’une petite olive parfumée
    Pourrait tant me bouleverser.

  4. waryam dit :

    Votre laitier a raté sa vocation de calme-colère. Je vous donne mon adresse pour qu’il passe de temps en temps devant chez moi. Je vous félicite. Vous avez de l’imagination à en revendre. Bravo.

    • Christine dit :

      Merci beaucoup, je me sens très flattée!
      Ce laitier-là a sans aucun doute de l’effet au printemps! J’aimerais aussi qu’il passe devant chez moi de temps en temps!!
      Je me demande s’il pourrait être aussi efficace en hiver!

  5. Christine dit :

    – Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes.
    Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser toute sorte d’émotion.
    Or, hier matin, quand j’ai voulu peser ma colère, il indiquait zéro et n’a jamais décollé!
    – Bien Madame, nous allons vérifier ensemble quelques détails. Permettez! J’accède à votre dossier… Voilà! Alors, selon nos enregistrements, vous avez commandé le modèle standard. C’est bien cela?
    – Oui, c’est ça! Mais il ne fonctionne pas!
    – Il ne fonctionne pas, dites-vous? Était-il bien branché lorsque vous avez voulu l’utiliser?
    – Bien branché! Vous me prenez pour qui? Évidemment qu’il était branché!
    – Aviez-vous mis l’instrument en marche?
    – Là, mon garçon, vous exagérez! J’ai suivi toutes les instructions à la lettre!
    – Ne vous énervez pas, Madame, ce ne sont que quelques vérifications d’usage. Vous savez, il arrive fréquemment que les questions techniques rapportées à notre centre d’appel ne soient que des oublis de la part des utilisateurs. La lumière verte était-elle allumée?
    – Oui! La lumière verte était allumée! (Soupir.)
    – Bien! Nous venons d’écarter certaines causes possibles de votre problème. Nous sommes sur la bonne voie, vous voyez! Continuons! Pouvez-vous me décrire votre état émotionnel au moment de la mesure?
    – Oui, je vais le faire! Mais avant, je voudrais vous faire remarquer que si j’ai commandé un pèse émotion, c’est parce qu’il m’est difficile de mesurer par moi-même mes émotions et par le fait-même, de les contrôler! Avez-vous bien compris?
    – Message reçu cinq sur cinq, Madame!
    – Bon! Pour hier matin, c’est facile! C’est certain que j’étais en colère! Très en colère, même! Vous savez, il ne m’en faut pas beaucoup! J’ai la mèche courte, comme on dit!
    – Je confirme!
    – Franchement, j’avais toutes les raisons d’être en colère! Imaginez! Je suis à peine réveillée. J’ai dans une main une bonne tasse de café, dans l’autre une tartine beurrée à la confiture de mûres. J’adore les confitures de mûres! Je me régale déjà de ce déjeuner qui va bien commencer ma journée et, tout à coup, alors que j’allais mordre à belles dents dans mon pain, mon mari éternue! Il éternue, que dis-je, il barrit! Forcément, je sursaute! En sursautant, j’échappe ma tartine. J’essaie de la rattraper, mais dans mon geste, je renverse mon café sur moi! Je me brûle et je tâche ma robe de chambre en soie rose préférée. Le pain tombe, évidemment côté confiture, sur mes pantoufles en cuir retourné… Voyez-vous un peu dans quel état je me trouve à ce moment là?
    – Oui Madame, je vois très bien!
    – Je me dis : « c’est le moment d’essayer le pèse émotion que je viens de recevoir! »
    – En effet ! Bon réflexe!
    – Je le branche et je le mets en marche, notez bien ! J’attends. Rien!
    – Rien ?
    – Non, rien ! L’aiguille ne bouge pas ! Comme si mon état émotionnel était au neutre! Vous croyez ça, vous ?
    – Bien ! Voyons ! Au moment précis de la mesure, pouvez-vous me décrire votre environnement ?
    – Heu…
    – Que se passait-il? Que voyiez-vous à cet instant? Qu’entendiez-vous à cet instant?… Essayez de vous souvenir de ce moment, de ce que vos sens ont capté!
    – Bon ! Euh… Je me tenais devant la fenêtre de la cuisine. Elle était entre-ouverte. J’attendais que le pèse émotion me donne la mesure de ma colère. J’écoutais la radio. C’était l’émission du matin que j’écoute chaque jour et que j’aime bien. Je regardais dehors. Le soleil n’était pas encore très haut, mais on devinait que la journée serait belle. Le ciel était bleu. Les oiseaux gazouillaient dans les arbres en avant de la maison. Je sentais l’odeur du pain grillé et en même temps celle des jacinthes. Et, j’ai vu le laitier, dans son uniforme bleu, avec sa petite casquette rouge. Il venait de déposer nos bouteilles sur le perron. Il repartait dans son camion. C’est tout!
    – C’est déjà pas mal! Madame, je crois que nous tenons notre solution!
    – Vous croyez?
    – J’en suis certain!
    – Vous allez me remplacer mon pèse émotion?
    – Ce sera à vous de décider!
    – Ah bon? Mais comment ça?
    – Madame, vous n’êtes pas sans savoir que notre modèle standard, que vous avez commandé, ne pèse qu’une émotion à la fois.
    – Oui. Justement, c’est essentiellement ma colère que j’ai besoin de mesurer. C’est elle que je veux comprendre et maîtriser. C’est elle qui me rend la vie impossible!
    – J’entends bien! Seulement, Madame, la palette des émotions humaines étant si large et si variée, il n’est pas rare que nous en éprouvions plusieurs en même temps, parfois contradictoires! Si, au moment de la mesure, vous éprouvez deux émotions contraires d’égale intensité, le pèse émotion standard n’enregistrera aucune mesure, les émotions s’annulant l’une, l’autre! Comprenez-vous?
    – Que voulez-vous dire? Que le gazouillis des oiseaux, le ciel bleu et l’odeur des jacinthes ont pu effacer toute trace de ma colère? Je n’en crois rien! J’étais ivre de rage! M’entendez-vous? Ivre de rage!
    – Les sympathiques manifestations du printemps n’auraient peut-être pas à elles-seules suffit à calmer votre ire, en effet! Mais la vue du laitier n’aurait-elle pas aidé?
    – La vue du laitier? Mais qu’insinuez-vous donc? Je suis une honnête femme! Voir le laitier devant ma porte, selon vous, aurait suffit à m’apaiser? Comme ça, d’un coup?
    – Ne vous méprenez-pas!… Je voulais dire que peut-être à cet instant, l’idée d’un bon verre de lait frais aurait pu calmer votre humeur! Hum…
    – Ah! Le lait? Peut-être? Enfin, cela reste à voir! Votre solution?
    – Elle est toute trouvée! Pour vous, Madame, je recommande notre dernier modèle, le e-motion 3000! Une merveille technologique! Le e-motion 3000 mesure toute la gamme des émotions humaines, instantanément, sans limitation de nombre ni de puissance. Entièrement numérique, l’appareil est connecté au « nuage ». Solution en ligne, elle ne requiert qu’une connexion internet et vous fournit le type et la force de chaque émotion ressentie au moment de la mesure, l’enregistrement sonore et vidéo sur 360 degrés et l’historique de toutes vos pesées. Outil de prédilection pour le développement personnel, le e-motion 3000 vous aidera, Madame, à mieux comprendre et à maîtriser votre colère, quelques soient les émotions interférentes. Vous en serez enchantée! Pour seulement 139.95$, nous vous reprenons votre ancien pèse émotion et nous vous expédions votre nouveau e-motion-3000. Des frais de transports s’appliqueront. Êtes-vous prête à commander?
    – Minute papillon! C’est magnifique! Vous venez de résoudre mon problème!
    – Vous voyez, Madame, la solution était très simple!
    – Mon pèse émotion fonctionne! Il affiche 425 sur une échelle de 500!! Pas besoin d’aller dans les nuages!
    – Ah?
    – Mais, c’est parfait! En fait, je vais vous le renvoyer votre instrument! Et vous allez me le rembourser, je vous le garantie! Je n’en veux plus!
    – Mais, Madame, n’avez-vous pas besoin de mesurer votre colère pour apprendre à la gérer?
    – …
    – Heu… Vous vous contrôlez, là, n’est-ce-pas?
    – Oui! Je vais très bien! Je viens de voir passer le laitier! Et tiens, ça vient de retomber à 150! Il va quand-même falloir que je me penche sur ce mystère!
    – Bon, alors, finalement, puisqu’il fonctionne, vous le gardez votre pèse émotion?

  6. waryam dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes.
    Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser n’importe quelle émotion.
    Or, hier matin, je l’avais testé à maintes reprises et de façon on ne peut plus méthodique et rigoureuse, sans pour autant pouvoir peser quoi que ce soit.
    J’avais pris mon calepin, je l’ai ouvert à la lettre A et j’y ai marqué : Poids de l’Amour.
    J’étais allée chercher La Photo. Elle montrait nos deux visages jeunes et beaux comme des dieux. Ils arboraient un sourire qui ne cachait pas combien nous nous aimions. Nos doigts s’entrelaçaient en un mouvement dont aucun peintre n’aurait pu reproduire la sensualité. Je m’étais bien imprégnée de tout l’Amour qui se dégageait de nos yeux qui brillaient de plein de petites étoiles. J’ai vécu les beaux souvenirs de cette belle époque, jusqu’à en avoir les larmes aux yeux, puis je suis montée sur le pèse émotion. Rien ! Pas même un milligramme en plus de mon poids habituel. Ce n’est pas possible ! Pourtant de l’amour il y en avait sur cette photo. Ce n’est pas votre pèse émotion qui va me convaincre du contraire.
    Passons à la lettre B. B comme Bonheur.
    Instinctivement, j’avais regardé le cadre en trèfle porte bonheur sur mon bureau. J’y avais glissé les photos de mes trois enfants. Comme ils sont beaux et comme je suis fière d’eux ! Il ne se passait pas un moment sans que je savoure toutes les joies qu’ils ne cessaient de m’apporter. Chacun avait son tempérament propre et sa méthode bien personnelle pour me rendre heureuse. Ils sont la source intarissable de mon bonheur. J’étais montée, cette fois ci très confiante, sur le pèse émotion, mais qu’elle a été ma déception quand l’aiguille ne s’était déplacée d’aucune graduation ! C’était insensé.
    Monsieur, je veux bien vous croire si vous me dites que l’Amour que j’avais voulu peser était trop vieux, fatigué et amaigri par le poids des années. Mais, je ne suis même pas prête à vous écouter si vous voulez tenter de me convaincre que le bonheur que m’apporte la chair de ma chair n’est que le fruit de mon imagination. Je ne veux pas non plus croire que votre appareil voudrait tout simplement me faire comprendre que je suis une personne insensible et dépourvue d’émotion.
    Je vous rends donc, Monsieur, cet instrument pour lequel je n’ai pas de nom et je vous conseille de lui apporter les modifications nécessaires à l’amélioration de ses performances.
    Cordialement
    NB : Si votre appareil était performant et si je montais dessus maintenant, je saurais combien pèse la déception.

    • Fanny dit :

      Tout d’abord un grand merci pour votre commentaire qui m’a procuré une belle émotion. Je viens de découvrir ce site et je pense que je ne vais pas tarder à y être accro.
      Votre texte plein de sensibilité fait écho à mon vécu. Éternelle mère poule (pas possessive, rassurez-vous), mariée depuis 40 ans et toujours amoureuse, maman de deux adorables grands garçons, complice de mes deux belles-filles, grand-mère de mes deux poupées d’Amour, je me retrouve dans ce texte fort et attachant. Pas besoin de ce fichu gadget pour connaître la profondeur de l’Amour que nous porte notre tribu et que nous lui rendons au centuple, n’est-ce pas ? Peut-être à bientôt pour un prochain exercice. Amicalement. Fanny

  7. Fanny dit :

    Messieurs,

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes, loin s’en faut !

    Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser toute sorte d’émotions mais, attendez la suite.

    Hier matin, quand j’ai voulu peser mes émotions après la réception de votre colis que j’attendais depuis plus d’un mois, il m’est arrivé une histoire incroyable.

    Je vous explique :

    Fébrile, je tente d’ouvrir le paquet. Mes doigts s’escriment à déchirer le film transparent qui l’entoure. Après m’être cassé un ongle, je pars en expédition à la recherche d’un cutter caché au fin fond d’un tiroir. Elle était bien emballée cette nouvelle technologie qui devait me conforter dans mes intimes convictions.

    Eh oui ! Vous ne savez pas : je suis sensible, patiente, affectueuse, douce, à l’écoute, attendrissante, poète, artiste… et, cerise sur le gâteau, je suis dotée d’un QI phénoménal qui dépasse haut la main celui d’ Einstein. Comment je sais tout ça, me direz-vous ? Et bien, c’est que je suis une accro des tests de personnalité qui m’apprennent que je suis la femme la plus géniale de la terre. La perle rare pour être brève.

    Bon, revenons à mon histoire car je ne voudrais pas vous embêter trop longtemps avec mes petits soucis :

    Un amas de cartons, de films plastique, de publicités se retrouve dans ma poubelle de recyclage.

    « Réduisons nos déchets, comme le dit si bien la pub ».

    Enfin, mon lecteur d’émotion se tient, là, dans ma paume. Je me demande ce que c’est que ce truc minuscule et, surtout, comment il fonctionne. C’est pas possible, me dis-je. J’ai du jeter la notice dans la poubelle que je m’empresse de renverser sur le sol de ma cuisine. Journaux, boites de conserve, packs de lait et autres joyeusetés s’étalent comme une décharge à ciel ouvert. Enfin, le mode d’emploi émerge de ce fatras. Après l’avoir tourné en long, en large et en travers, je déniche le fameux F et quelle n’est pas ma stupéfaction de lire :

    « Enséré toi pils, puit apuié sur on, mode, set, start. »

    Entre nous, je vous dirais qu’avant de nous envahir, tous ces chinois, ils devraient quand même apprendre le français. Bon, je ne vais pas trop m’étendre là-dessus car j’en ferais tout un roman et je ne veux pas abuser de votre temps.

    Donc, pendant que je cherche des piles ne voilà-t-il pas que mon chat entreprend de se rouler dans le tas d’immondices que j’aurais ramassé plus tard. Il n’y avait quand même pas le feu au lac ! Exaspérée, je l’attrape par la peau du cou et l’envoie valdinguer dans le séjour en claquant la porte.

    J’en avais bien des piles mais, seul Dieu savait où elles se cachaient. Je farfouille dans tous les tiroirs de la maison lorsque mon fils arrive en pleurnichant. Énervée comme pas possible, je lui ordonne de monter dans sa chambre.

    Finalement, un blister de piles s’offre à ma vue. Après m’être cassé un autre ongle en l’ouvrant, je tente d’insérer les batteries dans mon merveilleux appareil qui va m’apprendre qui je suis. Mais, car il y un mais, ces sacrées piles refusent de rentrer dans leur logement.

    Je suis tout à ma mécanique lorsque mon mari pénètre dans la cuisine. Il est estomaqué à la vue du chantier. Il me demande ce que je fabrique. Je lui réponds que je chercher un papier super important que j’ai égaré.

    Je ne vais quand même pas lui avouer l’achat de ce gadget à 99.99 euros sans compter les frais de port !

    Il me fait remarquer que le repas n’est pas prêt. Que, lui, il travaille et qu’il se demande ce que je fabrique toute la journée.

    Alors, moi, je lui réponds en criant que, s’il n’est pas content, il n’a qu’à aller au restaurant.

    Vous ne devinerez jamais ce qu’il m’a répondu en hurlant. Je vous cite sa phrase exacte que je n’oublierai jamais :

    – Ça tombe bien. Je vais même prendre une chambre à l’hôtel depuis le temps que ça me démange !

    Donc, tout ça pour vous dire que je n’ai pas pu peser mes émotions car, je pense que, si ce truc fonctionne, il m’exploserait à la figure et que je ne veux pas tenter le diable. D’ailleurs, je vous le retourne ce jour conformément à l’essai d’un mois dont je bénéficie.

    En outre, je vous assigne au tribunal pour avoir détruit mon couple. Vous devrez me rembourser les frais de mon divorce, la nourrice de mon fils car, comme vous l’aurez compris, il me faut trouver un travail illico presto. Et, si je n’en trouve pas, je vous enverrais une injonction pour me permettre d’avoir de quoi vivre.

    Je vous prie d’agréer mes très sincères émotions.

    • waryam dit :

      Vous auriez dû brancher une caméra pour filmer la scène et la vendre à un producteur. Vous auriez gagné beaucoup d’argent.
      Bravo.

  8. Henriette Delascazes dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes. Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser toute sorte d’émotion.
    … Je décidais de le remballer soigneusement, et de le retourner sans autre forme de procès.
    Je ne pouvais tout de même pas risquer un pétage de plomb pour mesurer mon enthousiasme.
    J’avais pourtant pris toutes mes précautions, et figurez-vous qu’ils ont eu le culot de me retourner leur fameux appareil avec la mention « Nous ne pouvons reprendre votre pèse-émotions, car il a été déballé et vous l’avez utilisé. Il ne pourra évidemment pas être remboursé ! »
    Ce n’était pas mon jour, pourtant il faisait beau, nous n’avions exceptionnellement pas de vent, le soleil brillait, mes petits nuages blancs que j’affectionne particulièrement décoraient le bleu du ciel de petites touches cotonneuses et j’imaginais que ma journée allait être toute joyeuse.
    J’avais à peine déjeuné que le facteur sonnait pour me retourner ce paquet en recommandé avec une taxe postale à payer ! J’en étais toute retournée. Que pouvais-je faire, sinon m’en servir, ou plutôt essayer de l’utiliser.
    Une idée me vint ! Et si je testais la conscience professionnelle des fonctionnaires municipaux de mon village !
    Il faut vous préciser que cette idée m’est venue, car ils ont égaré mon dossier de demande de renouvellement de carte d’identité, ce qui fait que je suis « sans papier ». Sans papier, je conduis même en fraude, car pour renouveler mon permis de conduire j’ai besoin d’une carte d’identité ! Vous suivez, ce n’est pas très simple, car mes papiers qui étaient tous en, règle m’ont été dérobés à l’entrée de Barcelone lors d’un week-end que nous avions imaginé joyeux !
    Je tapais donc la phrase « conscience professionnelle des employées municipales de mon village »
    La machine fit un grand soupir (jusque là, elle avait été silencieuse) et apparut sur l’écran, la phrase « reformulez votre demande elle ne peut être comprise » ! J’essayais toute sorte de formules, après avoir au préalable enclenché la touche bleue, puis la touche rouge, puis, la rose, puis la verte… enfin toutes les couleurs disponibles.
    J’ai eu droit à « si vous voulez des renseignements sur la voirie tapez la touche 1, sur le service des eaux tapez sur la touche 2, si c’est pour déclarer un décès sur la touche…. » À la touche 35, je ne savais plus rien et je dus faire un reset.
    Je choisis de me calmer, car j’avais envie de prendre un marteau et de taper bien fort sur le maudit appareil, je bus un verre d’eau et recommençais une nouvelle formule.
    « Le service carte d’identité a-t-il une conscience ? » Et j’attendis longtemps, fort longtemps une réponse, quand me vinrent en tout petit caractère les mots « Ils ne connaissent pas ce mot, veuillez reformuler ».
    Là, j’ai abandonné. Cette machine réemballée finira ses jours au fond du grenier, et je pris la décision qu’après tout je ne serais pas la seule à vivre sans papier. Pourquoi me faudrait-il des papiers, après tout, moi, je sais qui je suis !
    Je ferais cadeau du pèse-émotion au premier qui m’en fera le reproche ou à la secrétaire lorsqu’elle aura enfin retrouvé mon dossier…!
    Henriette

  9. Clémence dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes. Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser toute sorte d’émotions.
    Or, hier matin, quand j’ai voulu peser…

    Voilà comment ce psychiatre de grande réputation entendait commencer sa lettre de réclamation à cette fabrique de non moins grande réputation en instruments de pesage.

    Il resta ainsi, la plume en l’air, ne sachant comment continuer sa lettre sans trahir ni ses pratiques ni sa patientèle. Mais au fait, pourquoi avait-il éprouvé ce besoin d’acquérir un pèse-émotions ?

    Il laissa son esprit vagabonder, en quête d’une réponse plausible. Il regarda son jardin, très accueillant : un heureux fouillis de fleurs et de plantes. Son regard passa son cabinet en revue : des objets aux doux souvenirs…
    Voilà mon antre… voilà ce que voient mes patients quand ils arrivent la première fois. Rien de déstabilisant!

    Mais pourquoi donc ce besoin de pèse-émotions ? Qu’est-ce qui est en jeu ? Mes émotions ou celles de mes patients ?

    Pourquoi donc ai-je ce besoin d’acquérir un pèse-émotions ?
    C’est alors qu’il se remémora ce détail…
    En rentrant chez lui, après une sortie en ville, certaines images lui revinrent en mémoire. Il se souvenait d’avoir croisé quelques uns de ses patients. Attablés ou agglutinés au coin d’une rue, ils riaient, en échangeant des anecdotes, en étalant leurs derniers achats, leurs derniers souvenirs de vacances. Leurs papotages étaient ponctués de « Ah » et de « Oh » de surprise non feinte…

    « J’ai l’impression que mes patients n’ont que des émotions négatives à déposer chez moi. Suis-je aigri ? Ou le monde a-t-il tant changé ? »… Le doute s’installa ….Il avait besoin de certitudes : qui ment à qui ?

    Il pensait avoir trouvé la parade. Ainsi, le soir même, il se mit à son bureau. Il sortit un compas, une équerre, une règle, un crayon, une gomme aussi. Les lunettes posées sur le bout de son nez, il alluma sa lampe d’architecte et se mit au travail….et dessina toute la nuit, sans relâche.
    Au petit matin, il avait entre les mains le plan détaillé de son pèse-émotions. Pour chacune des sept émotions, un étalon référence ferait office de notice.
    « – Pour la joie, le kilogramme ferait l’affaire ! Et aussi pour la surprise. Ce sont des émotions que l’on aime, pour soi, mais aussi pour le partage ! Avec ses proches, ses amis, mais aussi avec la foule dans un grand mouvement de liesse . Il faut donc bien un kilogramme étalon !
    – Pour la tristesse, s’il ne tenait qu’à moi, le milligramme ferait l’affaire ! Point trop n’en faut, mais un peut tout de même pour pouvoir prendre la dimension du bonheur !
    – Comment évaluer le dégoût ? Ça dégouline, tel du blanc d’œuf entre les doigts….il me faudrait alors chercher du côté des capacités… un millilitre, c’est même de trop ! Comme en homéopathie, plus la dilution est grande, plus le produit est réactif…une once de dégoût et tout votre repas en est gâché…
    – La peur, ne pas oublier la peur, cette force motrice et meurtrière… le bar, le micro bar !
    – Il faut encore que je dose le mépris et la colère et cela me met bien en colère….je ne trouve pas… quoique le mètre pourrait faire l’affaire…. »

    Après une ultime réflexion, le psychiatre envoya son projet …Une semaine d’attente fébrile, et le colis fut livré. Il le posa discrètement sur la table basse.
    « Or, hier matin, quand j’ai voulu peser … » Le psychiatre cherchait encore les mots pour poursuivre ses doléances. Flash back….

    Premier patient :
    Un homme de corpulence forte s’assit timidement dans le fauteuil puis s’anima, parlant de la colère qu’il éprouvait pour son voisin avec lequel il avait un litige à propos d’arbres non élagués…
    Le pèse- émotion afficha  dix kilos de joies et de bonheur…
    Deuxième patient, une patiente.
    Une femme jeune et jolie triturait un mouchoir entre ses doigts. Elle se tut longuement, puis enfin, dans un soupir, parla du mépris que lui témoignait son mari depuis plusieurs mois…
    Le pèse-émotion afficha trois kilos cinq cents de surprise !
    Troisième patient.
    Un adolescent longiforme n’arrêtait pas de renifler et de se plaindre du harcèlement qu’il subissait : des propos d’une tristesse incommensurable….
    Le pèse-émotion afficha un kilomètre de surprises, de bonheurs et de joies …
    Quatrième patient, une patiente.
    La vieille dame ressemblait à la Mère-Grand de Chaperon Rouge. Si triste de voir les enfants du quartier la fuir en poussant des cris de frayeur….
    Le pèse-émotion afficha cent bars de délectation…
    Et toute la journée de consultations se déroula dans cet incompréhensif affichage de résultats. Le psychiatre n’obtenait aucune réponse à ses attentes.
    « Or, hier matin… » ….

    Brusquement, le psychiatre se leva, fit une boulette de sa missive, la lança dans la cheminée en s’écriant : « Mais bien, sûr, comment n’y avais-je pas pensé ? »

    ….le premier patient faisait les yeux doux à la femme de son voisin, la patiente avait un amant …..

    Le pèse-émotions qu’il avait entre les mains révélait les véritables émotions qui se cachaient derrière les mots….derrière les maux.

  10. Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes.
    Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser
    toute sorte d’émotion.
    Or, hier matin, j’ai voulu faire ma soupe d’émois. Je suis toujours la recette à la lettre :
    Choisissez 2 bons kilos d’émotions, selon saisons, et leur degré de maturité, cueillies à fleur de peau ou encore vertes. Préférez la rage à la contrariété par exemple, l’extase à la sérénité.
    Epluchez certaines d’entres elles afin d’en faire sortir tout le piment ; libérez par le chagrin, toutes les pépins de la tristesse.
    Laissez reposer la pâte de vos colères, pendant que vous irez cueillir quelques joies au potager de l’extase.
    Malaxez l’ennui pour en extraire l’essence de votre créativité.
    Déglacez vos terreurs avec de la liqueur de confiance.
    Saupoudrez de vigilance.
    Dégustez.
    Finalement, elle était bonne comme ça, elle laisse parfois un petit goût amer mais, c’est la soupe de ma vie.
    Jj’ai balancé mon pèse-émotion.

  11. Miel dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes.
Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser
toute sorte d’émotion.
Or, hier matin, quand j’ai voulu peser la mauvaise foi de mon mari, la balance a affiché erreur… pourtant elle était de poids !

  12. ourcqs dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes. Il est spécifié dans le mode d’emploi que l’on peut peser n’importe qu’elle émotion. Or, hier matin…
    je notais quelques imprécisions, il lestait , plombait, ma sérénité, ma profonde confiance en cette journée importante , et le soir il allégeait agressivité et chagrin. Étonnement. Alors j’ai vérifié la notice, lu entre les lignes, et découvert toute la subtilité de votre appareil. Bien au-delà de considérations matérielles basiques, densité plus importante que le poids réel, il a une pleine conscience des informations données, relativise, contextualise. Avec délicatesse, il nous entraîne vers la modération, l’attention aux détails qui peuvent faire basculer, déstabiliser.
    Espérant qu’il n’est pas encore connecté avec le monde entier, que mon intimité est encore protégée ……

  13. Sylvie dit :

    Le pèse-émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes. Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser toute sorte d’émotion. Or, hier matin, quand j’ai voulu peser ce que j’avais sur le cœur, votre balance s’est mise en erreur. Hier midi, quand j’ai voulu chiffrer ma mélancolie, elle a émis une suite de bips incompréhensibles. Hier après-midi, quand j’ai voulu mesurer ma dose d’enthousiasme, elle m’a dit que mon quota journalier était dépassé. Hier soir, quand j’ai voulu connaître mon taux de bien-être, elle m’a dit que j’étais hors limite. Enfin cette nuit, ma colère fut à son comble : quand j’ai voulu mesurer l’émerveillement que m’avait causé ma millième lecture du Petit Prince, votre outil m’a délivré un message vocal autoritaire comme quoi la masse imaginaire qui entourait le squelette de ma raison était excessive et qu’il fallait que j’adopte une alimentation plus équilibrée. Comment ai-je pu être aussi stupide pour croire vos boniments ? Pour ne pas voir que tout cela n’était que de la poudre aux yeux, que vous n’étiez qu’un charlatan ? Comment l’idée de peser mes émotions a-t-elle pu m’effleurer l’esprit ? Il fallait que je sois vraiment délestée de toutes mes facultés. Ce matin enfin, j’ai eu un flash de lucidité. Je me suis fait un petit plaisir à la mesure de votre escroquerie : j’ai balancé votre joujou par la fenêtre. Et ne comptez pas sur moi pour régler votre facture, quant à elle, bien chiffrée, car, libérée du poids de mes soucis et de toute charge matérielle, je viens de prendre le large, l’humeur vagabonde et le cœur léger, pour un pays qui vaut son pesant de rêve.

    ©Sylvie Wojcik

  14. Smoreau dit :

    Hors hier matin quand j ai voulu peser mon humeur legere, ll a marqué « incident ». Indiqué : dernier poids pesé « gros sur le coeur ». Ne correspond pas , erreur sur la personne. Ce logiciel est borné ! J insistai et posai sur la balance ma joie retrouvee legere comme une plume. Message : « anomalie ». Zut ! Il avait enregistre dans sa base mes lourdes peines, le poids des rancoeurs, les enormes peurs. Il ne voulait pas croire, ne voulait pas peser mon optimisme couleur arc en ciel, mes rires fluets.
    Alors j ai fait RESET et je me suis envolee.

  15. Catherine M.S dit :

    Tête de linotte

    Monsieur,

    Le pèse-émotions que vous m’avez livré
    Ne répond absolument pas à mes attentes
    Loin s’en faut ! Je suis même fort mécontente
    Il est spécifié, dans le mode d’emploi, qu’il permet de peser
    Toutes sortes d’émotions
    Ben voyons !
    Selon vos précieuses recommandations, dixit votre jargon,
    Et après avoir délicatement déballé le paquet
    Je les ai donc testées sans l’ombre d’une hésitation
    Et bien sûr, j’ai commencé par la joie …
    Sans obtenir aucun résultat.
    Déception.
    J’ai continué et j’ai attrapé ma tristesse
    Souvent lovée au fond du canapé,
    Je tenais absolument à l’évaluer,
    Diantre ! Aucun chiffre ne s’est affiché
    Essayons la mélancolie, me suis-je dit,
    Toujours rien, peut-être la nostalgie ?
    Mais ça n’a pas marché.
    Le mépris, l’ennui, la culpabilité
    La confiance, la fierté
    Il ne reconnaissait rien de négatif ni de positif dans ma personnalité
    Au secours, j’ai paniqué
    Serais-je devenue un robot sans m’en apercevoir ?
    Je me suis précipitée sur le miroir
    Mais j’y ai bien retrouvé quelques traces d’humanité.

    Ouf ! C’était l’appareil qui dysfonctionnait
    A moins que …
    Nom d’une pile, les pipes, je les ai oubliées
    A moins que ce ne soit l’inverse
    Je me suis dépêchée,
    J’ai bien failli tomber à la renverse,
    J’ai vite déchiré le courrier à peine ébauché
    Et très vite ravalé la colère qui commençait à peser.

    • waryam dit :

      Rien que de penser à communiquer ses idées avec de la poésie, est à mon avis la preuve infaillible qu’ on est bourré d’émotions.
      J’adore la poésie.

  16. Henriette Delascazes dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes. Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser toute sorte d’émotion. Or, hier matin, quand j’ai voulu peser… mon affolement, l’aiguille s’est bloquée sur 100 kg. J’étais, surprise, car ce jour-là je me trouvais exceptionnellement calme.
    J’ai vérifié plusieurs fois et je me suis aperçu que le compteur n’allait pas plus haut… mais 100 kg d’affolement il y avait de quoi s’étonner. Je ne dépasse généralement pas les 40 ou 45 kg, et encore, les mauvais jours.
    J’ai donc décidé pour vérifier de tester d’autres émotions :
    – colère : 72,500 Kg, désarroi : 86 kg, inquiétude : 92 kg
    Mes joues étaient rouges, mes mains moites, mes pieds poites, alors j’ai pensé à mon cœur qui semblait battre très fort, j’allais très certainement exploser.
    Comme l’affaire me paraissait grave, j’ai lu enfin la notice… pour une fois, en principe je me jette tête baissée sur tout nouvel appareil acheté.
    Pour commencer, il était indispensable de réfléchir au trouble concerné, ne pas s’égarer, être délicat et attentif. Je découvris à ce moment là qu’il y avait deux modes de pesée : celle qui correspond au bonheur et celle qui correspond au malheur. Il fallait ne pas se tromper de touches avant de déposer son émotion. J’avais donc fait n’importe quoi.
    Avant de réclamer, il faut être certain de son fait.
    Pour le cœur, c’était spécial, on était dans l’obligation de faire un réglage et tout dépendait des cas et des cœurs ! Doit-on soupeser son âme, son courage, son affection, son amour ou sa conscience ? Aucune erreur n’était possible, car je découvris une mention au bas de la notice écrit en tout petit caractère de couleur d’un bleu très pâle : « Attention pour le cœur et l’âme vous n’avez droit qu’à une pesée ! »
    C’était malin tout ça ! Qu’allais-je donc adopter comme choix, avec mes 86 kg de désarroi qui se mettaient à gonfler, je ne voulais pas faire exploser la machine. Était-elle garantie au moins ? J’aurais dû la prendre en location, ou penser à une assurance tout-risque. On ne sait vraiment pas à quoi l’on s’expose avec ces toutes nouvelles technologies.
    Je barbotais un carnet dans le tiroir de mon fils et commençais à faire une liste des choses prioritaires pour moi. A cet instant, je subis un blocage, car il fallait aussi que je fasse un tri par ordre d’importance. Heureusement, il y avait en annexe un catalogue de suggestions.
    Je pensais peser ma vanité (mais c’était là prendre un grand risque), je laissais tomber cette émotion-là. Je devais pourtant choisir entre « amour-propre, arrogance, autosatisfaction, crânerie, gloriole, outrecuidance et tant d’autres que l’aiguille de mon affolement s’agita et se mit à couiner.
    Je ne devais pas me mettre inutilement en danger et être déçue.
    Je me décidais par tester quelques émotions qui me paraissaient secondaires. J’appris ainsi que sans le savoir j’avais été manipulée par un être influent à qui dans une époque lointaine, lors d’un instant de folie et de jeunesse, j’avais accordé ma confiance. J’étais désenchantée. Sur l’écran de la pesée apparut un message clignotant, me réconfortant. « Vous avez réglé ce problème ancien, passez à autre chose, ne perdez pas votre temps !».
    Mon pouls se calma et je grelottais, il me fallait trancher. Je n’allais pas gaspiller mes économies devant une machine qui ne m’apprendrait rien sur mes émotions présentes.
    En fait que voulais-je connaître que je ne sache déjà. J’avais fait une erreur en commandant cet appareil stupide.
    Je décidais de le remballer soigneusement, et de le retourner sans autre forme de procès.
    Je ne pouvais tout de même pas risquer un pétage de plomb pour mesurer mon enthousiasme.

    Bon week-end
    Henriette

  17. Christine Macé dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes. Il est spécifié dans le mode d’emploi que l’on peut peser n’importe quelle émotion…

    Or, hier matin, quand j’ai voulu peser mes ingrédients, j’ai constaté avec surprise que certains ne pesaient pas lourd, ou du moins pas le poids que j’imaginais. L’amitié, tenez par exemple, il m’a fallu en rajouter deux grosses poignées pour faire bon poids. Alors que quelques pincées de tristesse ont suffi pour faire osciller l’aiguille. J’en étais tout chamboulé : moi qui jubilais de me mettre en cuisine, ça partait mal ! J’avais pourtant dégotté une belle recette, avec photo à l’appui : inratable qu’ils disaient ! Sauf qu’au pesage des produits de la liste, soigneusement disposés sur la table, j’ai commencé à avoir de sérieux doutes. J’essayai encore une fois et là ce fut l’apothéose : l’amour n’a même pas fait trembler l’aiguille de mon pèse émotion. Il était pourtant bien précisé que le succès du plat en dépendait et qu’il ne fallait surtout pas l’oublier, faute d’en altérer sensiblement le goût. Qu’à défaut, on pouvait le remplacer par de la tendresse…
    J’ai filé illico à l’épicerie du coin en acheter une belle brassée toute fraîche que j’ai hachée menu, fulminant par avance, l’œil rivé sur ma pesette récalcitrante. Mais constatant que, comme la fois précédente, elle n’avait pas émis le moindre frémissement, j’ai blêmis avant d’attraper une gerbe de plaisir que j’ai balancé méchamment sur le plateau inflexible. Inutile de tenter l’expérience avec les tourments: ceux-là feraient sans nul doute pencher la balance !

    Le vendeur a refusé de me rembourser l’objet, prétextant que c’est moi qui ne sais pas m’en servir ! Depuis, je n’ai plus jamais ouvert un livre de cuisine : je me contente de plats tout faits, des trucs qui n’ont pas franchement de goût, sûrement pas bons pour la santé mais tellement moins compliqués à réaliser !

    Bon week-end, Christine

  18. Durand Jean Marc dit :

    Le pèse émotion que vous m’avez livré ne répond pas à mes attentes.

    Il est spécifié dans le mode d’emploi qu’il permet de peser n’importe quelle

    émotion.

    Or, hier matin, quand j’ai voulu peser ma fierté, l’aiguille n’a pas dépassé les 20

    grammes.

    Vu mes 80 kgs , mon mètre 82, mon élégance naturellement « travaillée » et la

    longueur de ma particule, je me permet d’émettre de sérieux doutes sur les

    capacités de votre engin. Votre bricolage n’ayant, entre

    parenthèses, obtenu qu’une médaille de bronze au concours Lépine ne peut

    satisfaire un client de ma qualité. De toute évidence votre « machin » confond la

    dignité des pauvres avec la vanité des nantis.

    Au prix exorbitant proposé, je pouvais espérer une plus juste mesure de mes

    émotions. J’espérais y arpenter la supériorité de mon amour pour mon épouse,

    maintenant que je l’ai casé, à mes frais, dans un 5 pièces en ville, suite à notre

    divorce.

    Je pensais pouvoir évaluer l’orgueil de mes enfants, leurs carrières reluisantes,

    le scintillement de leurs compte en banque.

    Là où je pensais acheter un magnifique trois mâts m’incitant à naviguer sur

    l’océan de mes réussites, je me retrouve avec une bête péniche, esclave

    d’horaires et de règles d’écluses.

    Très mécontent, je vous renvoie donc, comme le prévoit la loi votre appareil

    sous les 7 jours et attend un preste remboursement.

    Et ne vous inquiétez pas, je ne tenterai pas, d’ci là d’y mesurer mon dégoût,

    l’engin risquant de m’exploser au visage!

    Recevez, Monsieur…..etc….

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