Exercice inédit d’écriture créative 115

Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres
et le moindre relent lui donnait de l’élan.
Il ignorait encore qu’il venait de se réincarner en mouche.

Ecrivez une petite nouvelle en inventant la suite 

10 Responses

  1. Clémence dit :

    115. Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres et le moindre relent lui donnait de l’élan. Il ignorait encore qu’il venait de se réincarner en mouche.

    Flash back.

    Le commissaire de police Philibert Volare rentra chez lui, complètement abasourdi par la mission que sa hiérarchie venait de lui confier. A savoir, ouvrir toutes les « cold case » et travailler au finish.
    OK. Téresa Lisbon et Patrick Jane, Lilly Rush, Kate Beckett et Richard Castel résolvaient l’énigme en quarante deux minutes. Pas sûr que ce serait pareil sur le terrain !

    Le commissaire fut accueilli par son épouse Lila, une beauté vietnamienne, irrésistible. Après quelques minutes de bavardages, elle se rendit compte que la soirée serait surprenante, déconcertante, palpitante. Tout sourire, elle s’approcha de lui et susurra:
    – Devine qui vient dîner ce soir ?

    Quatre collègues de l’équipe de Philibert s’étaient invités. Les sujets qui seraient abordés étaient courus d’avance. Ils commençaient tous pas « Mais qui… mais où ?….. »
    Lila aimait écouter ces histoires, parfois drôles, parfois sordides…

    Une heure quinze du matin, les cadavres de bouteilles et de plats s’alignaient sur le plan de travail de la cuisine.
    Lila et Philibert remirent le nettoyage à plus tard.

    Lorsque Lila se réveilla le matin, le lit était vide. Elle n’avait rien entendu. Philibert aimait la laisser dormir tard et aimait tout autant arriver tôt au bureau. Il se plaisait à observer le réveil du commissariat.
    Elle fut cependant surprise de ne pas recevoir son traditionnel texto de treize heures vingt-cinq. Elle resta cependant sereine, misant cet oubli sur son nouveau travail d’investigation.

    Retour en direct :

    Ce que nul ne sut jamais, c’est que ce matin-là, Philibert se réveilla, réincarné en mouche. Il n’en fut pas trop surpris et se dit qu’il pourrait tirer profit de ce nouvel état. Discrétion assurée, deux yeux au mille facettes et un odorat exacerbé ! Rien que des qualités au service d’un fin limier.

    Il descendit au sous-sol du commissariat et s’infiltra …

    Carton 1 : « Qui a mangé / qui a bu ?… »
    Dossier 1. Qui a mangé la main du capitaine Crochet ?
    Flying Philibert renifla les relents de chair pourrie, observa au kaléidoscope les déchiquetages. Il fila en douce au labo, compara des ADN, aucun doute possible. Il bzibzita haut et fort : Eurêka….
    Le coupable-canibale est son homonyme le capitaine Lethrinus, alias Perche du Nil.
    Dossier 2. Qui a bu Boira ? Facile…la coupable est la Chicorée Pacha, ça sent l’ersatz de café à plein nez !
    Philibert s’extirpa du carton.

    Carton 2 : « Qui est… ? »
    Dossier 1. Qui est John Le Rouge ? Voyons-visionnons, sniffons-sentons, touchons-tactilons… pas d’erreur. Il est le jumeau du légendaire capitaine Haddock. Mêmes fibres textiles, même marque de whisky, même bribes de jurons explosifs…
    Dossier 2. Qui est l’homme au masque de Fer ? Flying Philibert prit la voie rapide: Orly-Heathrow. Taxi, 10, Downing Street…sous les lattes du parquet au grenier… Retour…
    – Mais bien sûr ! Comment personne n’avait fait le lien ? L’homme au masque de Fer ? Le mari de la dame de Fer ! Élémentaire, mon cher Watson !
    Dossier 3. Qui est la reine des Pommes ?… Ça sent divinement bon la cannelle et le sucre candi. Je me réserve ce dossier pour la fin .

    Flying Philibert travaillait à la vitesse de l’éclair. Cependant, les cartons restaient désespérément fermés sur les étagères du sous-sol. Comment ferait-il état de ses réussites ?

    Carton 3 : « Qui a tué ?… »
    Dossier 1 : Qui a tué Virginia Wolf ? Mmm, millzieutons…. copies de lettres, attestations médicales, note manuscrite…
    Flying Phili s’envola vers la bibliothèque municipale. Classification décimale de Dewey 800 …. 840… j’approche…
    – Mais bien sûr ! Virginia s’est noyée en … mais c’est certain ! Encore un coup du Petit Poucet !
    Dossiers 2 et 3
    Qui a tué Harry ? Fastoche, son grand frère, le futur roi …
    Qui a tué Laura Palmer ? Direction cinémathèque ….Pamela Rose, sûr et certain !

    Flying Philibert se régalait, agitait en grand désordre ses quatre paires de pattes et d’ailes, désarticulait sa tête, tournicotait ses yeux et claquetait des mandibules… tout ce tsoui-tsouin se termina d’un atchoum tonitruant. Phili tenait une forme éblouissante, pas mal pour une mouche bleue débutante!

    Carton 4 : « Où est passé… ? »
    Mirza ? Pilier de comptoir au bistrot de Nino.
    Ma Bohème ? A convolé en juste noces avec le beau Julio.
    Ornicar ? Sur une étagère précisément . Au domicile de Sieur Maurice à Rulles- Belgique. Maurice de son prénom ; Grevisse de son nom…
    La septième Compagnie ? Elle s’est fait la malle avec son amoureux. Cousu de fil rouge, cette idylle. Les tourtereaux ne resteront pas groupirt longtemps !

    Dernière affaire à classer, Flying Philibert se l’était gardée pour la fin : une cerise sur le gâteau, une poire pour la soif…

    Flying-jet : carton 2, troisième dossier.
    Du gâteau….du velours….

    Un relent de Madeleine titilla l’odorat de Philibert.
    Lila en grignottait une en regardant distraitement le programme télévisuel de ce soir : « Nimitz, retour vers l’enfer. »
    Lila chantait avec Barbara :
    «  Dis, quand reviendras-tu ? »
    Coup de tonnerre ou coup de raquette électrique, le choc fut rude…

    Philibert Volare atterrit sur la terrasse de son immeuble. Il secoua quelques miettes de chitine et s’ébroua.
    La journée avait été fructueuse. La rédaction des rapports serait du travail d’orfèvre !
    Mais, au fait….

    Mais qui est la Reine des Pommes ?

    Ben moi, l’auteure de cette histoire so stupid !
    Of course !

  2. isabelle hosten dit :

    Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres et le moindre relent lui donnait de l’élan. Il ignorait encore qu’il venait de se réincarner en mouche. Le suspense ne dura pas longtemps, quand il réalisa la vision à trois cent soixante degré de ses yeux multi facettes et le bruissement latéral de ses deux élytres. Sacré nom de nom, c’était le pompon. Les voisins homophobes du palier d’en face allaient bien s’en payer une tranche s’ils l’apprenaient. « La précieuse » réincarnée en mouche, le comble de la tapette…Il évalua la situation. Il s’agissait bien de son salon métamorphosé en royaume de Gulliver. De quoi tourner chèvre…Non, ça suffisait comme ça. Il pensa à Kafka, songea qu’il avait oublié si sa métamorphose relevait du cloporte ou du hanneton. Enfin, un truc de sa condition. Il voleta vers la cuisine. En fait, considérant le problème sous un angle d’optimisme, voler était la classe. Il ne s’était jamais senti aussi léger, fin des régimes hérétiques, à lui la grande bouffe. A ce propos, il ignorait la chaine alimentaire de cet insecte nuisible, en dehors de l’expression bien triviale et populaire de mouche à …Il opta pour une version raffinée de sa lignée et remercia Darwin d’avoir suggéré une théorie de l’évolution. Il se demanda dans le fil de sa réflexion si les mouches étaient hermaphrodites et l’idée qu’il allait devoir pondre lui donna une envie irrépressible de rire. Malgré les bonnes résolutions, il se sentit indéniablement attiré vers la poubelle, et se faufila dans l’interstice du couvercle. La caverne d’Ali Baba. Il se posa avec frénésie sur l’os du gigot braisé de la veille et attaqua le festin. Le jabot plein lui chatouilla le pylore. Il se demanda si les mouches rotaient, ce qui finirait de l’asseoir dans la fange. Mais tout bien considéré, il allait pouvoir faire fi des bonnes manières et des salamalecs. La perspective de cette nouvelle vie orgiaque, libérée des tabous sociétaux, fleurait bon la transgression. Et cerise sur le gâteau, arroser les vitres du voisin de chiures serait un festival de réjouissance.

  3. Françoise -Gare du Nord dit :

    Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres et le moindre relent lui donnait de l’élan.

    Il ignorait encore qu’il venait de se réincarner en mouche. La veille au soir, il avait assisté à une rediffusion d’un film américain de science-fiction dans lequel le héros se transformait en cet insecte volant. Son sommeil avait été agité, empli de cauchemars.

    La transformation physique était édifiante. Mais davantage encore sa transfiguration mentale. Il était léger, si léger. D’humeur taquine et vagabonde. Il se sentait, c’est le cas de le dire, pousser des ailes qu’il considérait « destinées à la littérature » (sic).

    Et c’est ainsi qu’il se précipita, mû par une inspiration dont nul ne saurait expliquer l’origine, au Théâtre de l’Athénée pour jouer, comme simple figurant, dans la générale de la pièce éponyme de Sartre. Mais on jugea sa présence sur scène importune et il fut éconduit comme un malpropre.

    Vexé mais nullement découragé pour autant, il tenta alors sa chance chez La Fontaine en voulant prêter, par maints conseils qu’il estimait judicieux, son assistance dans une montée où une voiture était en difficulté. Mais tous, cocher, chevaux et passagers, jugeant sa présence inutile et encombrante, se liguèrent pour le chasser.

    Il s’égara un temps chez Musset pour se poser sur l’épaule blanche et douce de la Marquise de Pompadour mais importunée par cette présence qu’elle estimait agaçante l’évacua d’un geste dédaigneux de sa main potelée.

    Il trouva enfin refuge au 23 Quai de Conti, dans l’antre d’une vénérable institution, où il connut l’immortalité en se faisant sodomiser par 40 curieux bonhommes vêtus de vert.

  4. Nathalie dit :

    Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres et le moindre relent lui donnait de l’élan. Il ignorait qu’il venait de se réincarner en mouche.

    Pauvre maître, je devais trouver une solution pour l’aider. Mais… Atchiiiiiiii !!!! J’étais encore très enrhumé moi. Depuis des semaines, mon maître râlait après moi. Je le comprenais : c’était la période pour la récolte et il avait tellement travaillé, tant de temps et d’efforts fournis pour préparer son champ.
    Ce jour-là était le jour idéal : après le fort gel de cette nuit, le soleil réchauffait doucement la campagne. Enfin le temps parfait pour repérer les truffes, ces précieux champignons qui distillent une fine odeur à la surface de la terre…. Et moi, j’pouvais pas, car j’étais encore enrhubé….Je n’étais plus qu’un vulgaire chien comme les autres. D’ailleurs, mon maître avait explosé la veille : il avait hurlé, il avait menacé de me vendre (moi le roi de la truffe ! N’importe quoi ! Il avait perdu la raison!!). Il avait juré trouver les truffes par lui même. Eh bien, il l’avait tellement voulu, qu’il l’avaut eu. Le voilà transformé en mouche…. Ces bestioles aussi savent renifler les gaz émis les champignons parvenus à maturité.
    Enfin, tout de même… Une vulgaire mouche…. même pas dressée.
    Moi, j’ai travaillé durant des années pour parvenir au top, une préparation de haut niveau : des années à se gaver de truffes, à repérer tous les sentiers, à courir d’arbres en arbres et y gratter le sol sans abîmer le précieux champignon.. Vulgaire mouche….
    Tout de même, j’ai eu pitié : je l’ai emmené à son champ. Il n’attendait que ça.. Tout seul, il se serait perdu.
    J’ai pris une boîte pour le transporter. Il faut avouer qu’il faisait moins le malin tout de même ! Et finis les réprimandes….
    J’ai attrapé doucement, du bout de mes doigts, le bout les ailes de cette mouche. Elle bougeait tout le temps ! Mais j’ai réussi. Pas si maligne cette mouche…
    Puis j’enfilais un gros manteau car le temps était froid et je n’avais plus mes poils. Je parlais aussi… Drôle de nuit.. Au moins, je pouvais soigner plus efficacement mon rhume avec des médicaments. La mouche, la boîte, je les ai emmenées……… Puis…. En avais-je encore vraiment besoin ?

  5. ourcqs dit :

    Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres …….
    Il activait ses ailes, fines,délicates, transparentes, et d’un battement, pouvait survoler toute la pièce .Intéressantes découvertes, et quelles folles sensations de liberté, décrivant de grandes arabesques , se posant ici ou là , sur des matières ,surprenantes .la douce fourrure du siamois était très accueillante . Il insista , revint m^me se poser sur les oreille, la truffe , et là le gros chat réagit, car vraiment agacé, sauta, lança des coups de patte, et notre mutant esquivant tous les coups, prît conscience de son Pouvoir …………..sur les grands !!!!!

  6. Antonio dit :

    Depuis sa naissance, il se savait non désiré puis mal aimé, détesté même. Personne n’avait d’attention pour lui. Tout ce qui pouvait sortir de sa bouche était aussitôt critiqué. On avait beau lui passer de la pommade pour qu’il ne fasse pas trop de vague, il voyait bien que sa présence dérangeait.

    Mais ce matin-là, tout avait changé. Il était devenu mouche, sans qu’il s’en rende vraiment compte. Il a fallu la dixième vitre du même miroir de la chambre de Samantha pour qu’il comprenne enfin.
    Pan ! … un vrai choc à chaque fois.
    Elle trouvait qu’il avait fière allure, qu’elle se sentait aussi pousser des ailes depuis sa transformation. Il avait du mal à le croire. Et pourtant, elle le bichonnait comme jamais, elle lui souriait, elle faisait sa Marylin, juste pour lui.
    Poupoupidou Hou !

    De sa vie de bouton, il n’avait jamais ressenti ça… On le disait laid, purulent. Et le voilà, après une séance de maquillage, devenu star, devenu cette mouche sur le visage de sa dulcinée.

  7. gepy dit :

    Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres
    et le moindre relent lui donnait de l’élan.
    Il ignorait encore qu’il venait de se réincarner en mouche.

    Il contrôlait mal son vol.
    Il était sensé prendre une douche ce matin.
    Il sentit l’odeur de l’évier et se dit qu’il pouvait s’y baigner dans une goutte d’eau.
    Il n’appréciait pas l’odeur d’encens qui régnait dans cette cuisine.
    Une autre mouche s’approcha de lui.

    – «Bonjour papa, bien dormi? »
    – «Comment ça, papa ? Et j’ai dormi où exactement ? Je me sens tellement bizarre. C’est pas vraiment des courbatures. Je suis comme… étriqué dans un costume. J’ai une vision étrange. Tu es sûr de toi :je suis ton père ?»
    – « Bien sûr, tu as les yeux bleus comme moi »
    – « Une mouche aux yeux bleus, ce n’est pas très commun. Il faut que tu m’aides, mon fils. »
    – « A faire quoi ? »
    – « A faire quoi ? C’est bien une réflexion d’ado ! Tu trouves cela normal d’avoir une mouche comme père peut-être et d’en être une toi-même ? Bon, récapitulons. Je me couche homme et je me réveille mouche. T’as une idée ? »
    – « Tu as joué à quel jeu hier soir ? »
    – « je ne vois pas le rapport ! »
    – «  T’as raison, y’en a pas ! Chut ! voilà maman, faut rien dire. »
    – « Au contraire, je n’ai pas envie de terminer ma courte vie sous une tapette.»
    – « Bonjour chéri, tu n’es pas parti travailler ce matin ? Les vaches t’attendent, tu sais, »dit sa femme en frottant ses propres ailes contre les siennes.
    Il se sentit excité à l’idée de se poser sur le derrière d’une vache.
    – « C’est un cauchemar. Ma femme est aussi une mouche ! Je n’y comprends rien. » En fait, intérieurement, il paniquait. En plus, il allait manquer une réunion décisive pour l’avenir de sa société mais il était très attiré par l’idée de voler jusqu’à l’écurie.
    – « Comme tu es drôle ce matin ! Allez, va à l’étable. Je te rejoindrai pour le déjeuner, comme d’habitude.»
    Il partit donc, au hasard, se cognant encore une fois à la vitre. Sa femme pouffa de rire :
    -« Il ne changera jamais !Toujours aussi distrait. Ce que j’aime chez lui, c’est que chaque matin est un nouveau départ.
    Bon, demain, on se réincarne en quoi ? »

  8. Smoreau dit :

    Depuis qu’il s’était réveillé il se cognait à toutes les vitres
    et le moindre relent lui donnait de l’élan.
    Il ignorait encore qu’il venait de se réincarner en mouche.
    « Je suis une mouche, posée sur ta bouche… la la la » Quand je sifflotais cette chanson avec Polnareff, je ne savais pas que je deviendrais un jour, ce volatile plutôt abject. Personne ne l’aime contrairement aux coccinelles. Tout le monde la chasse. On la croit sale. On ne la supporte pas sur la nourriture. Chacun grimace de dégoût.
    Je n’arrive pas encore à réaliser que je suis cet insecte. Que je suis noire, moche et parait-il bête. A vérifier. Pour l’instant cela commence mal. Je ne différencie pas la vitre transparente au vide. J’ai déjà deux ou trois bosses. J’ai du mal à supporter ce regard que les humains, désormais mes ennemis, posent sur moi. Ils ajoutent à ces yeux de haine, des paroles méchantes. Certaines appellent leurs maris à la rescousse : » Chéri, viens vite une mouche dans la chambre du petit ! » Comme si j’étais un fauve ou un dinosaure à abattre le plus vite possible. Je ne vais rien lui faire à ce marmot. J’étais juste attiré par la bonne odeur de sa couche souillée. Tout est changé dans ma vie, les mauvaises odeurs sont devenues bonnes. Cela me perturbe. Plus de références. Par exemple, j’adore le caca de chien. Je m’enivre. Délectable.
    Chaque déjection a son parfum. Bon ! Et si j’essayais la chanson de Polnareff. Elle dort alanguie sur le sofa. Sa bouche est pulpeuse. Je virevolte au-dessus d’elle pour préparer mon atterrissage. Elle soupire. Dans ses rêves, elle m’attend, je le sens. Je me pose en douceur. Replie mes ailes silencieusement. « Je suis une mouche posée sur ta bouche, elle était nue, on aurait cru le paradis… » la la

  9. Christine Macé dit :

    Bordel, où est-ce que j’ai mis la tapette ?!… Pourvu que le gugusse qui habite ici (et qui était moi il y a encore quelques heures) ne la dégote pas sinon je vais finir en décalcomanie sur le papier peint. S’il existe un Bon Dieu pour les mouches, je promets de lui confesser toutes mes fautes, mes infidélités, mes soirées de beuveries avec des toquards comme moi, juste bons à se bibiner devant un match de foot. Plus jamais de ma vie je ne tuerai une mouche, je le jure sur ce que j’ai de plus cher, c’est-à-dire ma misérable vie, à laquelle je tiens plus que tout à cet instant. Moi, déguisé en mouche : même les soirs de grande tempête intérieure, j’aurais jamais cru ça possible !
    Irrémédiablement, je prends conscience de mon état : les ailes qui bourdonnent, les yeux à facettes qui explosent en caléidoscope, la tête qui vacille comme si elle allait se détacher de ce nouveau corps aussi laid qu’un sac à patates. Et la queue ! Imaginez, moi qui étais si fier de la mienne, je me vois déjà copuler avec un autre insecte femelle : beurk ! L’énorme matou fait semblant de dormir mais je vois bien qu’il me reluque en douce avec son air de dire qu’il y a pas le feu, rira bien qui rira le dernier et tutti quanti !Au secours, qu’est-ce qui m’arrive ? Je vais me réveiller, c’est sûr… respire… respire…
    Pour fuir l’affreux félin et souffler un peu, je me colle au plafond, la tête à l’envers. Jusqu’à ce que quelque chose en moi déclenche le signal d’alarme : une araignée noire, velue, hideuse, impassible, et comme qui dirait prête à bondir, me barre l’horizon. Instinctivement j’actionne mes ailes et je taille la route sans faire de politesse à la demoiselle. Réfugié au plus haut de l’armoire, suant de peur, je tiens à peine sur mes pattes (de mouche), des guibolles si maigres qu’on dirait les cannes de mon grand-père. Merde, le vieux crouton ! J’ai dû oublier de lui donner sa soupe hier soir et il aura copiné avec les nains de son jardinet de banlieue pour me jeter un sort ! Blanche-Neige, aide-moi ! Promis, je te ferai un petit coin de paradis où on filera des jours heureux, loin des bouquins poussiéreux dans lesquels tu moisis. Je serai ton chevalier et on aura tous les châteaux en Espagne que tu voudras. Je t’en prie, rapplique avec les fées (les bonnes, de préférence), y’a urgence !
    Soudain, j’ai la nausée, submergé par une odeur nauséabonde qui envahit mon atmosphère et m’entraîne derechef hors de cette chambre, échappant du même coup (d’ailes) au chat, à l’araignée et à l’armoire à glace de grand-mère, aussi branlantes l’une que l’autre.
    Me voilà rendu dans la cuisine. C’est le vrai foutoir là-dedans : t’as encore laissé traîner la vaisselle, Jeannot (éternel refrain de ma mère quand elle passe me voir, une fois par mois, vu qu’elle commence toujours par visiter cette pièce-là, comme s’il lui fallait encore une preuve de ma paresse congénitale). Oubliant la vaisselle qui pue, je me laisse guider – ou plutôt voler – jusqu’au fumet pestilentiel : bon sang, mais c’est bien sûr (comme dirait mon toton qui a été élevé au Commissaire Bourrel comme d’autres au lait de chèvre)… le camembert ! Déjà bien entamé par une colonie d’asticots qui en font leur réveillon, il continue de dégouliner gentiment sur la table de la cuisine. D’aucuns – des êtres dits sensés – auraient pris soin de le ranger au frigidaire : mais le mien étant en état de dégivrage permanent, cette précaution se serait avérée inutile, voire nuisible aux déchets qui le garnissent déjà et dont l’odeur putride me fait vrombir : tiens, si on y faisait une petite visite, au garde-manger…
    Le coup de tapette s’abat brutalement sur moi qui me raidis sans même le temps d’un dernier soupir. Mon pauvre corps rabougri sous le choc gît sur le carrelage tandis que s’agitent balayette et ramasse-poussières. J’aurais vécu ce que vivent les mouches, l’espace de quelques effluves malsaines…

  10. Jean de Marque dit :

    Depuis qu’il s’était réveillé, il se cognait à toutes les vitres et le moindre relent lui donnait de l’élan. Il ignorait encore qu’il venait de se réincarner en mouche.

    Alors qu’il se dirigeait vers la cuisine pour s’y préparer un café, il se retrouva dans le bac du chat. Perché sur un bel étron, il admirait les reflets bleus de ses ailes sur les cristaux blanchâtres de la litière en silice.

    L’ambiance y était chaude et avenante.Malgré tout, il sentait qu’il se devait de mieux connaître son environnement.

    Une porte ouverte lui permit de flairer ce qui avait tout d’une ferme. Un doux bouquet de bouses lui chatouillait l’odorat. Il y distingua de la vache, évidemment, mais aussi du cheval,un peu d’âne, une trace de mouton et quelques effluves banals de canidés.

    Les fientes de canards n’étaient pas à négliger mais il se disait posséder toute une nouvelle vie pour découvrir ces trésors négligés.

    Un animal paraissait manquer au tableau. Dans son ancienne vie, il avait souvent côtoyé un bétail au corps trapu, à jambes courtes, à museau terminé par un boutoir tronqué, propre à fouiller la terre. Goret, truie, verrat, cette merveilleuse famille des suidés, propre à engendrer la plus goûteuse des fanges.

    Il aurait aimé s’en barbouiller la trompe.

    Faute de cochon proche, il se rabattit sur un vieil humain, stocké dans un fauteuil, attendant la bascule. Une longue traînée de morve s’écoulait de sa narine gauche. Il y plongea, détecta une petite plaie, y pondit quelques oeufs.

    Il se souvint de son père, mouche des boeufs à la belle tête blanche, harcelant les yeux, les blessures au cul des bovins. C’était la grande vie!

    Un truc répugnant pendait à une solive. Ca sentait drôle,pas vraiment naturel, mais attirant. Ca tournait un peu sur soi même, au gré des courants d’air. Ca aurait pu être un tortillement de queue de cochon.

    Il s’ y posa…une seule fois…sans se poser la bonne question: »comment redécoller? »

    Il se débattit inutilement. Ses pattes, ses antennes puis son thorax, son abdomen, tout se collait à la matière fétide et traîtresse. Inévitablement, il s’englua dans la mort.

    Depuis qu’elle s’était réveillée, elle avait des difficultés à se déplacer sur ses deux pattes. Ses palpes avaient pris la forme de mains.

    Celles ci saisissaient un joli ruban marron agrémenté d’élégantes traces noires.

    Elles le jetaient avec les pelures de patates, les croûtes de fromage,le pain moisi, la peau du saucisson, un reste de soupe …dans la poubelle aux cochons.

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