Critique des critiques

Une abonnée m’écrit : «   J’ai lu, il y a peu, dans Le Monde des Livres,
un article qui m’a donné envie d’acheter Nouvelles du New Yorker d’Ann Beattie, maître de la nouvelle…
Commandé chez Amazon, je l’ai trouvé deux jours après dans ma boîte à lettres.
J’en suis à la moitié, ces nouvelles ne sont pas renversantes, loin de là, et c’est écrit comme une rédaction, en primaire !
Je pense que le critique qui a écrit l’article n’a pas lu ce recueil. »

Suite à cet avis, j’ai lu ce recueil de nouvelles et je ne suis pas d’accord.
Le style paraît simple, mais en s’y attardant, on change vite d’avis.
Si le vocabulaire n’est pas très riche la tournure des phrases l’est souvent.
Tout est question de goût et d’attente, comme toujours.

Cela m’amène aux critiques littéraires.

Les lecteurs qui achètent Le Monde des Livres, imaginent lire des critiques
alors que la plupart des articles sont inspirés par des considérations autres que littéraires : copinage, renvoi d’ascenseur, promotion, prescription, acoquinement avec une maison d’édition, etc.

DSC_0001Comment traiter cette avalanche de papier imprimé ?
D’autant qu’il y a très peu de critiques salariés attachés à un journal.
La plupart des articles sont rédigés par des pigistes mal payés, croyez-vous qu’ils ont le temps et les moyens de lire tout ça ?

Tenez, j’ai acheté Antifragile de Nassim Nichola Taleb*,
après avoir lu une chronique de Pol Droit sur cet ouvrage de 600 pages…
A peine entré dans le prologue du livre, j’eus l’impression de lire une seconde fois la critique de ce remarquable journaliste. Une sorte de « copier-coller »

Ce que reproche cette abonnée au quotidien Le Monde est valable pour quasiment tous les médias.

Dans une « Lettre sur la littérature, le théâtre et les arts » Balzac, en son temps, souhaitait  « Un écrivain positivement instruit, ayant médité les moyens, qui connaisse les ressources de l’art et qui critique dans l’intention louable d’expliquer ».
Nous en sommes loin !

Ne vous faites pas d’illusion, la critique, la vraie, celle qui demande une bonne culture, une indépendance d’esprit et du talent a disparu dans la plupart des médias.
C’est n’est plus qu’une simple activité promotionnelle des biens produits par l’industrie culturelle.

Je sais « de quoi je râle », j’ai créé et animé pendant de nombreuses années un stage sur l’art de la critique au CFPJ, le Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes, à Paris.

Demandez autour de vous, comment vos amis ont découvert le « livre qu’il faut absolument lire »vous constaterez, neuf fois sur dix, que c’est par le bouche-à-oreille.

Vos amis ne songent nullement à promouvoir Beigbeder, Lévy, Sollers, Minc, le Goncourt et les autres, leur seule motivation, le plaisir de lire. C’est donc la meilleure source.

Reste aussi les clubs de lecture, ces clubs communiquent leur enthousiasme pour tel ou tel livre, sans esprit mercantile.

Méfiance tout de même, quelques requins de l’édition s’y cachent parfois.      

* Éditions Le Belles Lettres

3 Responses

  1. George Kassabgi dit :

    Autrement dit : au-delà d’une certaine quantité, la qualité risque de baisser.

    Si le nombre de livres ne cesse d’augmenter (surtout si on limite le recensement et l’analyse à un genre particulier, ainsi qu’à une langue seulement et non pas toutes), qui peut prouver que la qualité du produit ne risque pas d’en souffrir ? Et la valeur des critiques littéraires (que cela soit transmis dans les médias ou par le bouche-à-oreille… ces activités étant elles aussi de l’écriture quoique sans les contraintes que la production d’un livre implique)… comment éviterait-elle le même sort ?

    Pouvez-vous imaginer la situation que Pascal présente ci-dessus mais, mettons pour exemple, avec chaque adulte en France capable de produire un livre par semestre ? La critique littéraire deviendrait encore plus ce qui est dit ci-dessus c’est à dire nettement guidées par les considérations commerciales. Et le bouche-à-oreille serait équivalent à un bruit de fond que beaucoup chercheront à éliminer.

    Heureusement, on n’y est pas encore.

    GK

  2. Pascal Perrat dit :

    Assez d’accord sur ces remarques, en revanche, concernant les écrivains, certains « passent » très bien à la radio ou à la télé pour vendre un livre médiocre et inversement.
    Généralement, ils sont en promo, on les rencontrera bientôt dans les hypers d’ailleurs…

  3. durand dit :

    Malheureusement le bouche à oreille peut être d’aussi mauvais conseil que le

    critique « moyen », surtout quand il reprend la ronde des ragots du moment.

    Duras, une pocharde! Houellbecq, beurk caca!, Sollers, chiant!

    Non, moi je remercie tous ceux qui m’ont fait découvrir des livres, soit non les

    critiques et les lecteurs…mais les écrivains.

    C’est eux qu’il faut écouter en priorité….et s’ils vous parlent à vous tout

    seul…grand bien fasse au voisin ayant lu autre chose…qui lui a plu.

    Pas de dicktat du bon goût, du faut « absolument que tu le lises ». Le rapport

    entre l’écrivain et son lecteur est bien trop intime pour s’étaler ainsi dans un

    « faux partage ».

    Le seul intérêt d’une critique positive et/ou d’un prix pour le lecteur curieux mais

    pauvre, vieil étudiant ou jeune retraité serait plutôt de faire resurgir sur les

    brocantes, dans l’année, certains « pavés » passionnants mais coûteux.

    Ainsi en a t’il été pour moi (attention je n’ai pas d’accointance avec une certaine

    Blanche de collection) en m’offrant La Tâche de P Roth, Les Bienveillantes de J

    Little et L’art français de la guerre d’ A Jenni…entre 1 et 2€.

    Dans un monde où l’on évoque très souvent le rapport qualité/prix…j’en ai eu

    largement pour mes ronds de carottes. Les autres livres acquis à bas prix et ne

    m’ayant pas plu sont remis dans le circuit pour le plaisir de quelqu’un d’autre.

    De toute façon, quand tout le monde aime la même chose, c’est d’un triste!

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