Ces livres qui nous touchent des années plus tard

Albert CamusUn livre m’avait beaucoup marqué quand j’étais adolescent : L’étranger, d’Albert Camus.
Son incipit, surtout : « Aujourd’hui, ma mère est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas »
J’étais alors en conflit permanent avec ma mère, on ne se supportait plus.
La cause : ma nullité scolaire.
Les années passèrent, mes parents disparurent.

Dernièrement, j’ai voulu relire L’étranger je n’ai pas du tout accroché.
En revanche, je me souviens que du Côté de chez Swan m’était tombé des mains, alors qu’aujourd’hui j’apprécie le phrasé minitieux de Proust et les longues descriptions de ses semblables.

Certains livres nous touchent au coeur dès la première rencontre, d’autres ne nous touchent que lors d’une deuxième lecture. Voire une troisième.
Notre esprit a besoin de murir pour accéder à certains textes qui nous paraissaient obscurs à un moment donné, mais qui nous illuminent ensuite.

Cette maturation de l’esprit se retrouve également dans nos écrits.
Je sais, j’enfonce une porte ouverte en disant que l’on écrit différemment au fur et à mesure que les années s’écoulent,
mais il est bon s’en souvenir parfois.

Pourquoi j’insiste sur ce point ?  Parce que, comme vous le savez, on peut avoir 1 avis sur ses écrits sur ce blog.
Mais sur ses écrits actuels, bien entendu, pas sur ses rogatons.
Rien ne sert de demander l’avis des lecteurs sur un texte écrit bien des années plus tôt, alors que notre écriture n’était que bourgeonnante.
« Ce n’est pas parce que ce j’ai écrit ce texte il y a longtemps, qu’il est est sans intérêt », penseront certains.
Peut-être, mais alors, pourquoi est-il resté dans un tiroir ?

Quelques évidences chargées de bon sens et d’expérience, pour conclure * :

 » Ce qui guette l’écrivain, c’est la bedaine, les lieux communs de fin de repas et les adjectifs »  

« Ecrire, c’est moins accueillir des mots qu’en mettre à la porte. »

« Une phrase agace toujours quelque peu celle qui la précède. ».

« Le mot de trop exténue la phrase. »

« L’erreur commune est de croire qu’en additionnant deux monologues on peut en faire un dialogue. »

* Attribuées à François Nourissier et Robert Sabatier

Je suis dyslexique. De facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau. Mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Peut-être avez-vous remarqué une faute. Merci de me la signaler : blog.entre2lettres(at)gmail.com

10 Responses

  1. Lucille Cottin dit :

    Pour ma part, deux livres m’ont vraiment marquée. Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde, et l’écume des jours, de Boris Vian. Le premier, je ne cesse de le lire et de le relire, il me transforme toujours autant. C’est mon petit univers magique. Par contre, je n’ose pas ouvrir le roman de Vian. Peur d’être déçue ? Sans doute. Bien que je l’ai lu plusieurs fois il y a presque dix ans, aujourd’hui je redoute de voir l’artifice du roman et que la magie n’opère plus. Oserais-je franchir un jour le cap ? Très certainement. On verra à ce moment-là.

    Relire un livre est aussi un plaisir. On admire une écriture, on replonge dans un univers unique et familier. Je crois que les livres qui nous ont vraiment touchés resteront à jamais « magiques » 🙂

    (Au fait, je me permets de vous corriger… c’est Albert Camus, pas Marcel 😉 ).

  2. Fred Nache dit :

    On évalue un livre en fonction de connaissances et aptitudes qui évoluent

    Un livre m’avait beaucoup marqué quand j’étais adolescent : L’étranger, de Marcel Camus.
    Son incipit, surtout : « Aujourd’hui, ma mère est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas »
    J’étais alors en conflit permanent avec ma mère, on ne se supportait plus.
    La cause : ma nullité scolaire. Les années passèrent, mes parents disparurent et petit à petit, je pris la vie en main et les succès répondirent à mes espérances. J’appris que la chance sourit aux audacieux ou tout au moins, à ceux qui n’hésitent pas à lui courir après, qu’il suffit de choisir la direction qui vous correspond et de la suivre pour trouver la satisfaction et générer son propre bonheur.
    Dernièrement, j’ai voulu relire L’étranger, et j’y reconnus chez Meursault, le goût de la révolte, le désir de suivre ses envies et de satisfaire ses désirs, mais il demeure incapable de donner un sens à sa vie car il se laisse porter sans choisir sa direction.
    La seule phrase qui me ravit encore fut une partie de la conclusion :
    « Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. »
    Mais je trouvai que la suite :
    « Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine » supposait une dépendance : l’idée que plus la haine et dégoût des autres était énorme, plus sa vie avait de sens. Je pense plutôt comme Victor Hugo que « la haine est l’hiver du cœur ».

    Peut-être Meursault est il un adolescent qui ne veut devenir adulte alors que le Docteur Rieux (dans « La peste) est un adulte qui constate toute la difficulté d’être homme.

  3. George Kassabgi dit :

    Il me semble que la question que Pascal pose dans son introduction est triple comme suit : quelle est pour chacun l’expérience de lecture du livre que l’on a immédiatement aimé et que l’on aime toujours, de celui que l’on a aimé seulement après relecture bien plus tard, et de celui que l’on a d’abord aimé mais plus tard jugé sans valeur. En particulier, Pascal se demande s’il y a « maturation » de l’esprit avec l’accumulation d’expériences. Enfin, il suggère que cette transformation dans le temps est aussi au travail pour nos écrits.
    Ai-je bien saisi l’introduction de Pascal ?
    En ce qui me concerne, je peux nommer des livres pour chacune des trois questions. Et j’ajoute que ce ce n’est pas seulement la maturation de l’esprit qui cause des changements de réaction vers un livre mais tout autant, si ce n’est pas plus, les circonstances de vie à l’instant de chaque jugement ou réaction.
    Autrement dit, la ou les réponses ne seront pas de simples histoires dans la plupart des cas.
    J’aime résumer cela en disant que l’esprit n’est jamais seul dans l’aventure.
    Pour l’écriture… cela n’est pas simple du tout.
    Bienvenu au débat sur « L’étranger » que Janine Père lance. C’est un livre que j’ai lu et relu il y a longtemps de cela. J’ai récemment relu « La peste » et mon intérêt n’a pas été écorché. En fait, c’est une oeuvre que j’ai relu plusieurs fois tout en recherchant de connaitre un tant soit peu la vie personnelle de l’auteur et peut-être tout cela m’assure une certaine stabilité de la réaction.
    À la prochaine.
    GK

  4. Françoise - Gare du Nord dit :

    Comme Valérie c’est « Belle de seigneur » qui a été pour moi une révélation et . mais je préfère rester sur une première impression et je ne l’ai jamais relu. Peut-être pour garder intacte l’émotion de la première lecture. Le commentaire de Valérie m’incite à penser que j’ai eu raison mais je pense qu’un jour j’en reprendrai la lecture

  5. Pascal Perrat dit :

    Commentaire de Monique Zinet :

    Je ne pourrais pas apporter de l’eau à votre débat sur l’étranger de Camus.

    J’aimerais prolonger ce que disait Pascal sur les livres que l’on a lu avant et que l’on relit plus tard.

    « J’avais 13 ans quand ma mère m’a apporté un livre d’occasion de plus de 700 pages (truffé de fautes d’orthographe mais…).
    C’était Rocambole de Ponson du Terrail.
    J’ai eu mon premier coup de foudre littéraire.
    Je me souviens de le lire perchée sur la fenêtre de ma chambre au mois de juillet.

    Tout autour de moi devenait lointain, les rires de mes frêres dans la cour en dessous, l’odeur du gresil quand ma mère nettoyait le poullailler.
    Moi, j’étais dans les ruelles de Paris en 1850, et je voulais absolument que le bien triomphe du mal et que le héros soit vainqueur. J’étais une aventurière.
    J’ai lu ce livre en 3 jours, je n’arrivais pas à m’arrêter. Je lisais à perdre haleine.

    30 ans plus tard, j’ai retrouvé cet ouvrage. J’ai voulu le relire. Je me demandais pourquoi à 13 ans je l’avais tant aimé.
    C’est de la littérature populaire, son auteur était décrié en son temps. L’histoire est fort improbable et racontée sous forme de feuilleton dans les journaux de l’époque.

    Et pourtant, j’y ai retrouvé toute la magie qui m’avait séduite. Le rythme, l’aventure, les personnages, le romantisme ! C’était rocambolesque.
    En le finissant, j’ai songé « je l’ai relu non pas pour l’intrigue, je connaissais la fin. Je l’ai relu parce que, quand je l’ai lu la première fois j’étais heureuse. C’était l’été. A cet âge tout était possible ».
    Je crois que c’est un peu ma madeleine. »

    Monique Zinet

  6. « Certains livres nous touchent au coeur dès la première rencontre, d’autres ne nous touchent que lors d’une deuxième lecture. Voire une troisième. »
    Il en est de même pour certains artistes. Un jour, j’ai découvert Annette Messager… après avoir croisé ses oeuvres des dizaines de fois sans même lever la tête ! Il en est de même pour les personnes que nous croisons. Une oeuvre littéraire, artistique ou humaine nous parle quand elle parle de nous, nous en réveille ou révèle une partie.

  7. Jean de Marque dit :

    Je resterai avec le bon souvenir de ma lecture de l’Etranger.

  8. Janine Père dit :

    Je fais partie d’un cercle de lecture et nous choisissons quelquefois de relire un classique de la littérature. Ce fut le cas pour « L’étranger » que nous avons sélectionné récemment. Nous avons tous été très étonnés du succès qu’a connu ce livre. Il parait pourtant qu’il est lu – encore aujourd’hui – dans le monde entier. Comment l’expliquer ? je lance le débat….

  9. Valérie Bosc dit :

    C’est tellement vrai Pascal…
    Pour moi, il s’agit de Belle du Seigneur, d’Albert Cohen. J’ai absolument dévoré ce livre à 20 ans, il m’a bouleversée…20 ans plus tard, je n’ai pas réussi à rentrer dans cette histoire d’amour qui m’avait pourtant happé de plein fouet !
    Les relectures apportent très souvent une émotion très différente. Comme la vie qui passe en somme !
    Merci pour tes billets, ce sont des plaisirs à renouveler sans modération !

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