Est-ce que j’avais encore le savoir-faire ?
J’ai toujours eu un faible pour la nouveauté.

Le répondeur téléphonique ? J’ai été parmi les premiers à utiliser ce mastodonte.

Le premier ordinateur Apple ? Acheté avec l’enthousiasme d’un gamin découvrant un nouveau jouet.

J’ai possédé un Bib-Bop, un téléphone urbain utilisable qu’à Paris, Lille et Strasbourg. (le génie français…)
Puis le premier iPhone, l’appareil photo numérique, Internet, un premier site, un blog, etc.
Les nouveautés promettent beaucoup et déçoivent parfois, mais elles ouvrent toujours une porte. Je les aime même quand elles me jouent des tours.
Il y a quarante ans environ, quand les voitures automatiques ont commencé à apparaître en France, j’en ai voulu une. Évidemment, les gardiens du levier de vitesse ont levé les yeux au ciel.
— Moi, il faut que je sente les vitesses.
— Une vraie voiture, ça se conduit à l’oreille.
— Il faut entendre la boîte, savoir si elle craque ou pas.
Bref, j’étais déjà suspect de modernité.
Depuis des décennies, je conduis des voitures automatiques. Sans pédale d’embrayage, sans levier à manier.
Or, l’autre jour, ma voiture électrique étant absente, il me fallait absolument que je me rendre chez l’ophtalmologiste. Un ami m’a prêté une vieille Citroën, boîte mécanique, odeur de gasoil et souvenirs compris.
J‘ai pris le volant avec une petite inquiétude. Est-ce que j’avais encore le savoir-faire ?
Trois cents mètres plus loin, mon corps avait retrouvé la leçon. Débrayer, passer la vitesse, écouter le moteur, rouler cool. Tout était revenu. Pas dans ma tête, mais dans mes gestes.
J’ai fait mes quarante kilomètres comme si je n’avais jamais cessé.
On entend partout que les enfants n’écrivent plus à la main, qu’ils tapent sur des claviers, qu’ils glissent leurs doigts sur des écrans. C’est vrai.
Nous écrivons presque tout ainsi. Le stylo ne sort plus que pour signer un chèque, un papier officiel ou griffonner trois mots illisibles sur une liste de courses à effectuer.
Et c’est là que j’ai pensé à l’écriture manuscrite.
Je le vois bien, plus j’écris au clavier, plus ma main écrit mal. Elle proteste, elle tremble un peu, elle n’a plus son aisance.
Mais je ne crois pas que tout soit perdu.
Il faut apprendre aux enfants à tenir un crayon. À former des lettres. À écrire quelques lignes. À sentir le papier résister sous la pointe. Pas pour en faire des copistes à vie. Simplement pour que le corps enregistre ce savoir.
Comme pour pédaler à bicyclette.
Comme pour skier ou nager.
Ou, manier un levier de vitesses qu’on croyait oublié.
Ce que nous avons vraiment appris ne disparaît pas. Cela dort quelque part en nous, dans un tiroir discret du cerveau, entre deux souvenirs d’enfance et une vieille odeur de cahier neuf.
Un jour, il suffit d’une Citroën diesel, d’un rendez-vous chez l’ophtalmo, ou d’un stylo posé sur une table, pour que tout revienne.
Ma main n’avait pas oublié. Elle attendait qu’on lui redonne le volant.
Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com


Le progrès est une force de la nature.
Depuis la première cellule vivante, tout ce qui vit cherche à s’améliorer, à être plus efficace, à se multiplier.
La sélection naturelle n’est rien d’autre qu’une course au progrès.
C’est inscrit dans le code génétique humain d’essayer de s’élever, d’innover, de faire mieux que la génération précédente.
On ne peut donc pas en vouloir aux humains d’en vouloir toujours plus.
L’intelligence artificielle, par exemple, n’est qu’une suite logique de ce mouvement.
Elle apprend, elle améliore, elle optimise, comme nous.
Elle peut détruire des emplois, oui. Mais elle peut aussi multiplier tes capacités créatives et te permettre de toucher plus de monde, plus vite.
C’est une vague. Elle arrive. Tu ne peux pas l’arrêter. Tu peux la subir ou nager avec.
Comme vous, Pascal, je pense que ce qui est véritablement acquis ne se perd pas. Les savoirs d’hier, les expériences vécues, les chemins déjà parcourus demeurent en nous. Je ne suis pas nostalgique.
Pour beaucoup, aller vers le nouveau suscite de l’inquiétude. Chaque grande innovation a provoqué son lot de questionnements et parfois de profondes peurs.
Pour ma part, je m’intéresse davantage à ce que l’humanité peut accomplir lorsque la Science et la Conscience avancent de concert. L’exploration spatiale, la possibilité de découvrir d’autres formes de vie, les avancées médicales ou encore les connaissances qui restent à révéler me remplissent de curiosité.
Je choisis de regarder l’avenir avec vigilance, mais aussi avec confiance. Je demande à voir, à comprendre, et surtout à m’émerveiller.
Juste le temps de vous lire ce matin, cher Pascal ! Mais, je répondrai à votre réflexion du jour, en soirée.
Bonne journée à vous et à tous ! 🙂