Ah que ça pue !

Quand j’étais à la petite école, on ne m’appelait pas Pascal.
On m’appelait Cacal.
Pourquoi ?
Parce que les enfants ont ce génie cruel et spontané de détourner les prénoms.
Ils entendent une faille sonore, ils s’y engouffrent.
Plus tard, mon nom de famille y est passé aussi.
Perrat est devenu, je vous laisse deviner… une formule nettement moins élégante. Très prout-prout…
Depuis, je me méfie des noms.
Un jour, alors que j’animais un stage de formation. Dans le groupe de participants, il y avait plusieurs personnes travaillant dans une compagnie d’assurances venant tout juste de changer de nom.
Je leur demande :
— Alors, votre entreprise a changé de nom ?
— Oui, maintenant, ça s’appelle AXA.
Comme l’ambiance semblait un peu tendue dans l’entreprise, quelqu’un a aussitôt lâché :
— AXA pue !
Voilà. Quelques secondes avaient suffi.
Un nom, ce n’est pas seulement un nom. C’est une matière sonore.
Une pâte à modeler.
Un jouet pour les enfants, les collègues, les concurrents, les clients mécontents et les mauvais plaisants de tout poil.
C’est pourquoi il faut être très prudent quand on choisit le prénom d’un enfant, le nom d’une entreprise, d’un produit, d’un blogue, d’une marque ou même d’un domaine internet.
Avant de l’adopter, il faut le triturer.
Le mâcher. Le tordre dans tous les sens.
L’écouter à voix haute. Le prononcer vite. Le répéter plusieurs fois.
Le faire entendre à d’autres. Leur demander de jouer avec.
Un bon nom doit résister un peu aux détournements.
Pas totalement, bien sûr. Aucun nom n’est blindé. L’imagination moqueuse est trop puissante.
Mais si,après quelques secondes, tout le monde trouve une blague douteuse, mieux vaut peut-être chercher encore.
Pareil pour le titre d’un futur ou prochain livre.
Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com


J’ignore pour quelle association phonétique où par la méchante imagination des enfants, mais durant mon enfance, notre patronyme avait été transformé en organe génital d’un âne… j’ai du faire intervenir ma mère auprès des professeurs pour qu’il soit mis un terme au qualificatif injurieux et irrespectueux qui envahissait la cour de récréation…
il y a parfois des prénoms associés à des patronymes (je pense à Mégane Renault) qui gâchent la vie des personnes qui les portent, il y a aussi les noms qui vont bien :par exemple ceux des chorégraphes Marius Petipa, Benjamin Millepied, du footballeur Marius Trésor.
Ces noms qui vont bien sont des aptonymes, mot inventé par les Québécois (j’ai découvert cela en lisant le délicieux livre de Muriel Gilbert « Un bonbon sur la langue » qui malheureusement date de 218).
Je pense au Premier ministre Sébastien Lecornu…
Mon patronyme est Achille. J’ai entendu xxxxxxxxx fois « Achille Zavatta » (je suis de cette époque). S’attaquer à l’identité fait partie de ces réflexes « ordinaire » comme le racisme. Zavatta, ce n’était pas grave, mais la démarche était au minimum moqueuse.
Ceci dit, à partir de l’exemple d’AXA, le plaisantin savait-il de quoi il parlait? Peut-être, quand on voit quelques activités économiques financées par AXA…
Eh oui, un nom propre se salit vite dans le crachat des autres…
Comme surnom, à l’école, on m’avait donné Robert, le roi des gangsters. Du coup c’était pratique pour jouer aux gendarmes et aux voleurs.
Plus tard, je me suis pris pour Al Capone, et je suis entré dans un gang ! — Non, je plaisante, mais ça pourrait être le début d’une histoire.
Bonne journée !
Durandal a survécu et a conservé ce nom de hasard, finalement! Durand, c’était pratique à la douane, on nous prenait pour des bons français ??, philosophie de douanier.
C’est bien la raison pour laquelle de nombreux artistes changent de nom en enlevant juste une consonne par exemple Baveux devient Bayeux ce qui est plus élégant pour un instrumentiste à vent par exemple.
Rassurez-vous, cela ne m’a pas traumatisé. Je me suis servi de cette anecdote simplement pour vous dire réfléchissez bien avant d’employer un titre. Amicalement. Pascal
Je comprends, Pascal, que ce genre de moqueries vous ait profondément marqué, surtout à une période de l’enfance où la construction de soi est encore fragile. C’est aussi un âge où le regard des autres prend une place considérable.
Personnellement, j’ai donné à mes enfants plusieurs prénoms, afin qu’ils puissent, s’ils le souhaitent, en choisir un autre que celui inscrit à l’état civil.
Quant à moi, j’ai résolument gardé mon nom de jeune fille, même mariée, la loi nous l’autorisant.
Les enfants peuvent être cruels, mais les adultes ne le sont pas toujours moins. On peut devenir un souffre-douleur pour de multiples raisons : un prénom, un nom, un physique jugé ingrat, une attitude perçue comme maladroite…
Parfois, ces expériences laissent des traces durables. Parfois aussi, avec le temps, elles peuvent nous amener à nous construire autrement, à développer une forme de force intérieure — mais ce chemin est propre à chacun.
Peu à peu, on peut en venir à comprendre que nous sommes bien plus qu’un nom, qu’une apparence, qu’un statut social ou qu’une histoire personnelle. Et qu’à partir de là, il ne s’agit plus seulement de “survivre en milieu humain », mais de trouver sa place, avec ce que l’on est.