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Grandissol et Raptissol connaissent un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles font grandir ou rapetisser selon la dose. Mais aussi quelques effets secondaires .
AVEC GRANDISSOL
Dans un premier temps, les adolescentes sont heureuses de constater que la profondeur des bonnets de leurs soutien-gorge atteint celle de Maman tandis que leurs homologues masculins se réjouissent de constater que leur menton, imberbe jusque là, avait besoin du rasoir de Papa
EFFETS SECONDAIRES
Le Grandissol s’avéra difficile à doser. Les jeunes filles à la protubérance mammaire se voyaient affubler du surnom de Lolo Ferrari tandis que leurs frères excessivement velus étaient surnommés Demis Roussos
Ils décidèrent, les unes comme les autres, d’arrêter le traitement. Mais la cessation ne fit aucun effet et ils optèrent pour un traitement inverse,celui du Raptissol
AVEC LE RAPTISSOL
Ce médicament, récemment mis sur le marché, eut des effets notables et satisfaisant.
La profondeur des bonnets des filles passa en quelques semaines du 115 E au 75A.tandis que le rasoir
Mais, comme le Grandissol, il se révéla difficile à doser et eu des
EFFETS SECONDAIRES
Les jeunes filles concernées par cette érosion et d’une platitude navrante se virent affubler du nom de Jane Bikini
Quant aux garçons, celui de Kojak ne put leur être épargné
Moins j’en prends de ces pastilles Grandissol et plus mon corps s’allonge et grandit.
C’est dingue !
Heureusement que ce n’est pas irréversible et qu’après quelques heures, je reviens à ma taille initiale, de 1,92 m, avec les bras baissés.
Hier soir j’ai pris quelques millimètres d’une pastille, pas plus. Et voilà qu’au cours de la nuit, avec des guiboles d’une longueur impensable, je me suis retrouvé à hauteur des étoiles de la galaxie.
Là en ce moment c’est encore la nuit, et je me repose, assis tant bien que mal sur une étoile, bien lumineuse. Les jambes repliées dans le vide.
J’attends, j’attends je ne sais quoi !
Je suis un peu angoissé. Normalement la grande taille obtenue avec Grandissol, comme je l’ai dit, cela ne dure pas une éternité.
Mais là je crois que quelque chose dans l’action de Grandissol s’est grippée car, lorsque je regarde ma montre Scotch, c’est depuis plusieurs heures que j’ai une taille démesurée.
De plus, mon téléphone apparemment ne fonctionne plus. Je ne peux donc joindre personne ni ma femme ni des amis terriens pour qu’ils viennent rapidement me chercher.
Certes avec mes longues jambes je pourrais essayer de m’accroupir et revenir ensuite en rampant dans ma belle maison de Bretagne, au bord de la mer.
Et puis pour quelle raison je ne rétrécis plus, vais-je pour l’éternité rester avec ma taille actuelle ? Que j’angoisse ! Quel chienlit !
Les amis comme c’est dur d’attendre assis sur cette satanée étoile du ciel, avec mon physique de basketteur de l’espace.
Souhaitons que l’inattendu survienne comme par miracle !
J’ai l’impression d’avoir parler trop vite.
Oh ! oh ! Que vois-je au loin !
Oui il s’agit d’une sorte de vaisseau interplanétaire qui s’approche de ma pomme, clignotant de partout. Qui ralentit.
C’est peut-être lui mon salut. Ce gigantesque tas de ferraille !
Quoi ! La monstrueuse machine s’arrête à mon niveau.
Oh ! Une belle porte coulissante qui s’ouvre et un monsieur habillé tout en blanc qui apparaît.
Il parle et je comprends sa langue.
– Eh monsieur on vient vous chercher !
Je suis le commandant en chef de ce vaisseau sauveteur des airs.
Votre femme sur Terre a donné l’alerte. On a pu vous repérer grâce à votre boîte de pastilles Grandissol.
Allez montez, on vous ramène gratuitement dans votre Bretagne natale.
– Youpi, merci répondit-je un peu désemparé par ce qu’il m’arrivait, et ce sauvetage qui me paraissait vraiment tombé du ciel.
Puis quelque chose dans ma pensée me fit frémir.
– Eh dis-je subitement et ma taille monsieur le commandant !
Vous la voyez. De je ne sais combien de kilomètres ! J’en fait quoi ?
Comment vais-je faire pour monter dans votre véhicule ?
L’homme, avec un léger sourire, me tendit une pastille verte clair de la taille d’une lentille.
Voici me dit-il, une ou deux secondes sous langue, et vous reprenez la dimension de votre carcasse habituelle.
Il avait raison.
Youpi, Youpi, dis-je après quelques instants, je suis de nouveau redevenu un humain « normal ».
Et depuis cette drôle de situation, je vous l’avoue, je n’ai plus pris de ce machin de pastilles Raptissol ou Grandissol, ni pour rapetisser, ni pour grandir !
Grandissol et Raptissol connaissent un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles font grandir ou rapetisser selon la dose. Mais aussi quelques effets secondaires… Ainsi, les nains de jardins deviennent de grands citadins et les petits ronds de grandes courges, avec tous les pépins que cela comporte. Les jeunes ados en herbe, se transforment, l’espace d’un instant en vieux barbon acariâtre et malodorants qui repoussent tous ceux qui les approchent. « Il n’y a plus de jeunesse, ma bonne dame… » Et quand les roseaux se muent en grande perche, il ne faut plus s’étonner du dérèglement écologique : même la nature y perd son latin… Il n’est pas trop d’un pompier pour éteindre l’incendie climatique et remettre tout à bonne échelle.
Grandissol et Raptissol connaissent un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles font grandir ou rapetisser selon la dose. Mais aussi quelques effets secondaires…
Dans son jardin, Achille se désespérait de voir sa haie ne pas prendre l’ampleur et la hauteur suffisante pour être à l’abri des sarcasmes incessants de son voisin détesté, l’innommable Hilarion.
Ayant eu connaissance de ces pastilles miraculeuses, Achille dans son atelier entreprend de broyer une bonne quantité de Grandissol puis répand la poudre aux pieds de la haie et arrose copieusement le tout sous l’œil suspicieux d’Hilarion.
Le troisième jour après l’épandage, Achille se félicitait d’avoir vu disparaître derrière la végétation touffue et grandissante de sa haie le visage rond, les énormes lunettes et la petite moustache en brosse de son irascible voisin dont il entendait les vociférations. Hilarion se plaignait que la haie d’Achille déborde largement des limites de sa propriété et qu’elle fasse de l’ombre à ses plants de tomates.
Une semaine après l’aspersion, Achille dut se rendre à l’évidence : ses troènes ne cessaient de prendre de l’importance, ayant presqu’atteint la hauteur d’un baobab. Hilarion, à bout de patience, le menaçait d’un procès s’il ne procédait pas à l’élagage.
Plutôt que d’élaguer, Achille fit confiance à Raptissol. Comme attendu, la haie rabougrissait à vue d’œil jusqu’à reprendre sa dimension initiale. L’imprévu fut la terre traitée qui se colora d’un violet suspect, déteignant sur les tomates de son voisin. Hilarion, au comble de la colère, menaçait de prévenir les autorités sanitaires pour pollution due à des fertilisants non autorisés.
Cette nuit là, Achille se mit à rêver de verser dans le pastis d’Hilarion du Raptissol. Ce dernier serait réduit à la taille d’un brin d’herbe et Achille se ferait un plaisir de le piétiner comme un vulgaire insecte.
Cet épisode conforta la brouille désormais légendaire entre Achille Talon et Hilarion Lefuneste.
La belle Solange, assise en tailleur dans le grand fauteuil hérité de son oncle, lit avec détachement une revue que sa mère a déposée pour elle.
Grandissol et Raptissol connaissent un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles font grandir ou rapetisser selon la dose. Mais aussi quelques effets secondaires…
Sa pensée surfe sur l’article : « Tiens, tiens, j’en connais un qui aimerait bien que l’un de ses membres en particulier soit un peu plus grand. Si ce qu’ils écrivent est vrai, le monde va devenir fou. »
Elle ne s’appesantit pas sur l’article en question et préfère s’enquérir des diverses recettes de cuisine de lactofermentations illustrées par de belles photos émotionnelles. Elle a déjà goûté, trouve le résultat pas salé du tout, fantastique, avec un petit goût entre pain et fromage, naturellement, comme tout produit fermenté. Elle, qui a arrêté le lait et le fromage, y trouve de quoi nourrir ses papilles avec joie.
Son ami Pierrot vient partager le repas avec elle. Il s’assied quelques instants avec une boisson et tombe nez à nez avec l’article du jour. Il le parcourt, intéressé, mais n’en dit rien et rejoint aider sa belle qui s’affaire en cuisine. Le jour suivant, l’article a fait son bonhomme de chemin dans son mental en action, Pierrot s’arrête pour acheter du Grandissol à la pharmacie du coin. Étonné, il constate qu’il y en a même en devanture. Sans trainer, il commence le traitement sans en parler à quiconque : » elle va être surprise ».
En fin de semaine, il constate que ses mains, ses pieds, son onzième doigt, ont grandi. Au clair de la lune, Pierrot, fasciné par ce qu’il voit, ne remarque pas que par ailleurs un petit duvet de plumes a fait irruption dans son dos.
Il rejoint sa belle pour le week-end. Il enfourche sa moto, sa passagère bien accrochée à lui pour un week-end sur la cote bretonne. À leur arrivée à Erquy, après avoir longé des pins, la plage de sable, ils sont enchantés. Solange le tire par la main à la crêperie qu’elle connait, ils se régalent, rient ensemble de bon cœur aux blagues que Pierrot a récolté récemment.
En sortant, Solange le met au défi de se baigner, l’eau est froide mais il n’y a pas de vent. Pierrot sort le grand jeu, tombe le tee-shirt, roule des mécaniques pour la faire rire.
Mais, dès qu’il se retourne vers la mer, elle le voit de dos et estomaquée, crie
– Pierrot, ton dos ?
– Quoi ?
– Tu es plein de plumes, qu’est-ce qui se passe ?
– Comment ça ?
Elle lui en arrache une pour lui montrer : Aïe ! ça fait mal !
Il constate que cette plume provient de son dos, la regarde avec de grands yeux : je ne sais pas. J’ai… heu… j’ai pris du Grandissol, tu sais le produit qui fait grand bruit en ce moment.
Elle connait son homme et lui répond pas tout à fait étonnée : bon, on va y aller doucement. Viens, on va voir la chambre qui nous est réservée.
Et là, elle constate qu’il n’est pas tout à fait le même mais le reconnait pourtant. Les phéromones font leur travail, ils savourent une très belle nuit en corps à corps humide.
Au réveil, elle regrette le Pierrot d’avant, celui plus simple, moins sûr de lui, plus délicat, plus émouvant, plus troublant et le lui partage.
Pierrot se sent soulagé, ce n’était pas facile pour lui de vivre au-dessus de ses moyens habituels, il ne se reconnaissait plus, son ego prenait le dessus.
– Solange, je vais arrêter d’en prendre. Je vois bien que tu m’acceptes comme je suis. Et moi, je me sens à côté de mes pompes avec ce nouveau corps, je me préfère comme j’étais. C’est bon ! c’était une expérience ! J’espère juste que les plumes vont s’en aller.
– Et même si ! Je te donnerai mon adresse pour te faire épiler, t’inquiètes pas, c’est une copine, elle gardera le secret.
Le week-end continua joyeusement, le bruit des vagues et du vent emportant l’expérience au-delà de l’océan.
Avec ses 1,62 mètres, Hervé n’avait guère de succès avec les femmes. Certaines qui le trouvaient mignon avouèrent qu’elles ne se sentaient pas protégées par sa stature. Et dans le quartier HLM où vivait l’adolescent, il valait mieux en imposer. Aussi Hervé se laissa tenter par la publicité faite au « Grandissol » pour gagner de la taille. Au début il suivit la posologie à la lettre mais sa taille ne progressant que d’un centimètre par semaine. Son impatience lui dicta d’en augmenter la quantité. Il passa à 4 comprimés par jour. Les effets furent pratiquement immédiats. Une semaine plus tard, Hervé mesurait 1,72 mètres. Il se sentait beaucoup mieux. Regardant la vie de plus haut. Les gens devaient le craindre car ils s’écartaient sur son passage. Lorsqu’il eut atteint la belle taille de 1,82 mètres, il décida de passer à l’attaque et de se mettre à draguer les filles. Mais plusieurs le repoussèrent en se pinçant le nez. L’une d’elle finit par lui avouer :
– Tu pues. On dirait que tu suintes le Maroilles.
Une fois arrivé chez lui sa mère lui confirma ses dires :
– Mon fils, tes phéromones mâles sont plus qu’odorantes. Pourtant j’aère ta chambre trois fois par jour. Au point où tu en est, va falloir aller chez le toubib.
Désespéré, Hervé consulta la notice médicale du « Grandissol ». Il lut bientôt : « Attention, en cas de surdosage, risque de création d’odeurs nauséabondes. Hervé pleura un bon coup puis décida de se sevrer en s’enfermant chez lui durant le temps nécessaire.
De son côté Gérard, 2,20 mètres, se trouvait beaucoup trop grand. Difficile d’aller au cinéma avec les copains et les copines. Il était contraint de plier ses genoux sur son torse pour caser ses longues jambes. Alors pas question d’aller voir le dernier opus d’Avatar. 3h15 en position de parachutiste, impossible à tenir. Aussi décida-il de prendre des cachets de « Raptissol ». Impatient comme Hervé, il accéléra les doses. Tout d’abords satisfait de sa perte de taille, il déchanta très vite. Des poils longs et envahissants recouvrirent la majeure partie de son corps. Un matin, sa mère hurla en le voyant dans la cuisine. Elle attrapa le balai et faillit le lui fracasser sur la tête. Lorsqu’il cria son prénom, elle finit par lui dire :
– Désolée, mon chéri. J’ai cru que le Yéti était entré chez nous… Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ?
– Maman, je crois que ça vient de « Raptissol ». J’en ai peut-être trop pris.
Sa mère se précipita sur la notice. Elle lut : « En cas de surdosage, penser à vous raser et à vous épiler chaque matin. Risque très important de développement d’une pilosité abondante ».
– Avec ce genre de produit, s’épile ou face, plaisant sa mère.
Avec un air malicieux elle ajouta :
– Ton père avait fait pareil, il y a quelque temps. Alors je l’ai emmené au zoo avant de partir à son incus. Comme je m’y attendais, les gardiens n’ont pas voulu le laisser sortir.
– T’es vache, maman.
– Le salaud me faisait cocu et ne voulait pas divorcer. Alors j’ai utilisé ce moyen pour m’en débarrasser.
– Ha ! Ha ! Ha ! Tu plaisantes ?
– Va savoir…
Grandissol et Raptissol connaissent un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles font grandir ou rapetisser selon la dose. Mais aussi quelques effets secondaires…
C’est ainsi que les fervents consommateurs de Grandissol signalèrent un problème de taille ; la leur. En effet si la notice faisait mention d’une prise de 10 à 20 cm, la réalité mettait en avant plusieurs cas de croissance fulgurante portant à 30 voire 40 cm de plus pour certains sujets qui réagissaient anormalement à cette pastille. Les usagers n’avaient pas envisagé qu’ainsi devenus démesurément grands, ils se heurteraient à de nouvelles problématiques et pas des moindres. A commencer par les inconforts du quotidien (passer les portes, s’habiller, utiliser la voiture,) mais aussi des points plus confidentiels comme continuer à regarder sa moitié dans les yeux, se faufiler dans la tente des enfants, trouver une place sans gêner dans les salles de spectacles. Grandir d’accord mais pas exagérément.
Quant aux consommateurs de raptissol, si certains, dans un premier temps se réjouirent de pouvoir se glisser dans les trous de souris et autres endroits discrets pour observer, mater, espionner leurs congénères, ce petit jeu n’en devint plus un et cessa rapidement d’être amusant. En effet, ils voulaient rapetisser certes, mais pas à ce point ! En effet, les quidams ayant succombé à ce dessein se retrouvaient la proie de plus grands qu’eux et s’enlisaient très souvent dans des situations délicates voire dangereuses. De nombreux témoignages firent état de menace de la part de chiens, de chats, de chaussures, de roues en tout genre…
Bien sûr aucun des usagers n’avait pris soin de vérifier que l’antidote à leur problème n’était pas le produit opposé. Ainsi le raptissol ne venait pas au secours du grandissol et l’inverse non plus. Non, le procédé n’était pas réversible et seul un protocole couteux et compliqué permettait de retrouver son état initial et encore, au prix de fréquents effets secondaires.
On vit ainsi fleurir des cliniques privées astronomiquement cher où les résidents s’astreignaient à se confronter aux miroirs, au regard qu’ils portaient dorénavant sur eux et à l’acceptation de soi. Les breuvages et autres nouveaux médicaments issus de plantes sans ajouts quelconque étaient donnés à titre expérimental mais ce qui sembla le mieux fonctionner fut les séances où petits et grands réunis en groupe de paroles, apprirent à vivre ensemble en acceptant leurs nouveaux statuts, les uns proposant de devenir les protecteurs des autres et pas forcément dans le sens que l’on croit. Il n’y avait pas d’autres choix que de croire en ce nouveau chemin si ce n’était de condamner et annuler la vente de ces pilules dont la seule promesse ne fut pas celle promise.
Elle avait disposé son miroir plus pour évaluer son passé que pour se mirer.
Son épaule appuyé contre le mur, je voyais son visage et elle m’observait.
Sa posture était, disait-elle, ainsi, plus propice au rêve.
Je ne m’aperçus pas tout de suite qu’elle prenait ce genre de pose quand on la prenait en photo.
Elle savait d’instinct que je garderais cette image.
C’est ainsi qu’elle transmettait les souvenirs et qu’elle me parla de ce personnage.
Je n’ai jamais su si c’était son père ou un inconnu.
Pour elle, il était si présent quelle en oubliait de vivre pour elle.
Dans une salle où nous nous étions retirés, des murmures et des bruits de verres qu’on entrechoque pour trinquer nous parvenaient comme feutrés.
Puis nous sommes passés de l’autre côté.
Au bar, les ombres suggéraient plus un retour à la nature que des décorations de Noël.
Pourquoi avaient-ils éteint les enluminures ?
Dans le noir, je fus comme frappé d’une amnésie éphémère.
Soudain, elle m’apparut quand je regardais dans la cheminée les braises incandescentes.
Elle tenait à la main une grande boîte d’allumettes rouges. elle me les montra comme ces prestidigitateurs qui tirent un oeuf du nez de son voisin.
C’est alors qu’elle me parla de cette homme qui revenait au milieu de ses nuits.
Elle le voyait parcourant un chemin de campagne caillouteux et la nostalgie lui faisait oublier le bâton dont il s’aidait pour marcher.
Je n’ai jamais su si c’était son père ou un inconnu.
C’est quand nous fûmes installés sur la banquette arrière du taxi qu’elle me montra la notice des pastilles bleues et des pastilles rouges.
A la rubrique des « Effets secondaires », elle avait souligné.
Ne jamais prendre les pastilles bleues et les pastilles rouges ensemble, vous risquez de vivre vos propres réminiscences comme réellement présentes.
Sans aucun danger pour la santé.
Le laboratoire avait réussi son coup. Il avait créé Grandissol et Rapetissol. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles faisaient grandir ou rapetisser selon la dose.
Dans cette époque où bien peu s’acceptaient tel qu’ils étaient, le succès fut fulgurant, phénoménal.
Pressés de recouvrer leur investissement, les dirigeants du labo précipitènt la mise sur le marché, avec une énorme communication qui gonfla encore le budget. Les effets secondaires n’avaient pas été étudiés. « Oh, une peccadille » se disaient-ils.
Mais les séquelles néfastes existaient bel et bien.
Les consommateurs de Raptissol, jour après jour perdaient leurs centimètres. Ils se ratatinaient, mais sans pouvoir stopper le processus. Et tout ce qui était à l’intérieur du corps ne suivait pas. Seule la peau, bien extensible s’adaptait au changement de taille ( sauf chez les vieux : là, c’était visuellement catastrophique) et s’élargissait pour loger toutes ces matières qui nous constituent…
Résultat : ils ressemblaient à de grosses patates.
Les preneurs de Grandissol s’étiraient vers le haut, toujours plus haut. Mais le squelette, rétif à la pastille, refusait de suivre le mouvement. Aussi les clients de Grandissol courbaient l’échine, bien malgré eux, et chaque jour un peu plus.
Résultat : on aurait dit de grandes asperges bien mollasses.
Ce fut comme une pandémie. Le monde fut rempli de « Laurel et Hardy » déconfits, sans allure, sans panache et sans humour.
Comme on le sait, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les PDG du laboratoire qui avaient senti venir les vents contraires, s’étaient empiffrés d’euros et de dollars qu’ils gardaient bien au chaud dans des comptes offshore. Et, les orteils en éventail, ils se faisaient dorer la pilule aux Marquises.
Grandissol et Raptissol connaissent un succès phénoménal.
Délivrées sans ordonnance ces pastilles font grandir ou rapetisser selon la dose.
Mais aussi quelques effets secondaires.
Bien malin qui pourrait dire quand et comment l’affaire avait commencé.
L’affaire, la déferlante « Grandissol-Raptissol » qui submergea la société.
Tout le monde en parlait mais curieuse et inexpliquée était la discordance entre le succès commercial inégalé jusque là et le nombre restreint de personnes qui avouaient en acheter ou en consommer.
Les influenceurs, maîtres à penser et autres gourous médiatiques se faisaient les chantres inconditionnels
de ces pilules qui faisaient fureur.
Conditionnées en vrac dans un emballage bio-éco-100% recyclable très discret voire anonyme pouvaient s’acquérir sur le net, en livraison à domicile sous prétexte de pizzas ou de sushis parfois sous le manteau, au marché noir suite à des ruptures de stock habilement orchestrées.
Après quelques jours de traitement, Monsieur Lecourt, un mètre cinquante huit semelles compensées incluses, torse bombé et voix tonitruante pour en imposer abandonna son attitude de Chantecler triomphant.
Madame Lahaut qui tentait vainement de tasser son mètre quatre vingt neuf les yeux rivés sur la pointe de ses chaussures, s’autorisa à lever la tête et croisa le regard de son voisin qui lui sourit.
Le système fonctionnait, les ventes tournaient, certains encaissaient…Jusqu’au jour où survint le drame.
Lorsque Séraphin Delataille entra dans son bureau, il prit conscience immédiatement de la gravité de la situation: la porte de l’armoire qui protégeait sa précieuse réserve de Grandissol et Raptissol ( pourquoi les deux ? Demandez à Séraphin) était grande ouverte, les boîtes mâchouillées, les comprimés éparpillés à côté de son chien qui manifestement en avait croqué à satiété.
De toute urgence, il transporta son chien chez le vétérinaire à qui, toute honte bue il exposa les faits.
Angoissé, torturé de culpabilité, de reproches et de repentance il attendit fébrilement le diagnostic;
Celui-ci tomba, implacable. Les analyses de laboratoire étaient formelles: composition des comprimés: glucose 10 mg!
Séraphin était partagé entre le soulagement et la stupeur.
L!information se propagea à la vitesse des réseaux sociaux, le succès des pilules miracles retomba plus vite qu’il n’avait enflé et plus personne ne fit mine d’en parler.
Mais Monsieur Lecourt et Madame Lahaut ? On m’explique?
Il fallait peut-être y croire!
La foi soulève des montagnes paraît-il…
Eh bien, une fois de plus, je salue l’imaginaire débordant de tous les participants, y compris le vôtre, Ariane !
La foi, oui ! Il fallait que Pascal ait une solide « foi » en nous pour proposer un thème aussi exigeant… et, visiblement, nous avons « soulevé des montagnes. » 😀
C’est vrai que l’imagination et la créativité ne semblent pas avoir de limites quand on lit tous ces textes!
Pff ! Encore de nouvelles pilules miracle ! Après celles qui font maigrir, qui rajeunissent, qui gomment les imperfections, voici les pastilles qui nous font gagner ou perdre des centimètres à l’envie.
Le bonheur des influenceurs qui se sont accaparés du sujet.
Parmi eux, il y a Tom Petiot au nom de famille prédestiné car de petite taille. Bien qu’affirmant n’être pas du tout complexé, il n’a pas pu résister à l’envie de suçoter les pastilles Grandissol. Et qui l’eut cru, il devait se baisser pour passer les portes de son appartement haussmannien.
Illico toutes celles et ceux qui jugeaient leur taille insuffisante se gavèrent de Grandissol. A tel point que l’on avait l’impression de ne croiser que des échassiers landais dans les rues.
Le hic, c’est que toutes ces braves personnes ne trouvaient absolument plus rien pour s’habiller, se chausser. Leurs lits trop petits ne pouvaient plus les accueillir, la douche, on n’en parle même pas.
Tout était bas de plafond, cerveau inclus.
Qu’à cela ne tienne. Il y avait l’antidote : Raptissol.
Cette pastille testée et approuvée par ceux incommodés par leur haute stature, allait remettre les choses en place.
Tom Petiot en ingurgita quelques unes et le résultat a été quelque peu inattendu. Certes, il perdit quelques centimètres mais pas de façon homogène. Ses jambes devinrent toutes petites, le tronc et les bras conservèrent la longueur Grandissol. Il n’a pas été un cas isolé. Pour d’autres, les jambes ne changèrent pas, mais le tronc fut réduit au maximum. Il y a même eu des cas où seule la partie droite ou gauche avait rapetissé.
Que faire ? Une demie Grandissol et une Raptissol entière. Résultats encore plus étranges. Poussait une jambe ou un bras et l’autre membre se ratatinait.
Qu’à cela ne tienne. Nouveaux essayages. Deux comme ci, une comme ça. Une fois par jour, une fois par heure, un jour Raptissol, le lendemain Grandissol.
Des centaines de combinaisons furent tentées. Loupés sur loupés.
De ce temps, les fabricants se frottaient les mains. Les ventes étaient dopées chez les founisseurs de Grandissol et Raptissol. Les pépettes garnissaient les comptes.
Ils assuraient les consommateurs particulièrement en colère, qu’ils travaillaient à une nouvelle formulation pour contrer tous les effets secondaires et que sous peu, une nouvelle pastille serait mise sur le marché sous le nom de Réparassol.
Entre-temps, d’autres en ont profité pour grandir : fabricants de vêtements façon puzzle, de mobilier, etc.
Et toujours pas de solutions. Nul autre choix pour les influencés que de s’adapter en y laissant des plumes. Ils étaient devenus des attractions genre animaux de cirque.
Et puis, brutalement, retour à la normale.
Que diable s’était-il passé ?
Un truc de Ouf ! Un déchet spatial avait déréglé l’alignement des astres projetant les humains dans un nouveau monde fantaisiste et anxiogène.
Un aspirateur fut programmé pour aspirer l’indésirable et le monde se remit à tourner comme si de rien n’était, jusqu’au prochain grain de sable.
Réparassol, j’adore ! Entre effets secondaires ou indésirables et réactions en chaîne, la mise en garde est réaliste et amusante par rapport à tous les bonimenteurs. Dieu sait s’ils sont nombreux 😜
C’est vrai ! Qui croire ? 🤔
Belle journée !
Quelle belle source d’inspiration, Marie-Rose ! Avec beaucoup d’humour, elle met en lumière les effets secondaires de cette pilule, tout en pointant la désinvolture du lobby pharmaceutique, la crédulité des consommateurs et le rôle des influenceurs.
Puis, le récit bascule avec brio dans l’imaginaire, offrant une chute aussi inattendue qu’amusante : un aspirateur cosmique — peut-être un trou noir ? — qui « aspire l’indésirable », ou la folie des hommes.
Merci Béatrice. Un sujet qui a beaucoup plu. Les écrits sont très imaginatifs. 👍👏
L’histoire commence en sol — ni majeur ni mineur, comme souvent quand on ne lit pas la notice.
Grandissol et Raptissol connaissaient un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles faisaient grandir ou rapetisser selon la dose. Il y avait bien quelques effets secondaires. Un seul, en réalité, mais de taille : l’ombre, elle, ne changeait pas.
Cela posait des problèmes d’ordre pratique. Les grands devaient la traîner derrière eux comme un mensonge encombrant. Les petits, eux, vivaient écrasés sous une ombre d’avant, trop grande .
On s’y habitua. Certains apprirent à marcher pour que l’ombre tombe dans le caniveau. D’autres choisirent de ne sortir que la nuit, mais la nuit aussi a ses lumières, et les ombres, une mémoire obstinée
Certains, insatisfaits de leur taille provisoire, recommençaient. Une Grandissol le matin, une Raptissol le soir pour corriger. Puis l’inverse. Puis deux. L’ombre, imperturbable, assistait à ces aller-retours avec patience, renonçant à comprendre.
Le désordre vint tranquillement, comme il vient toujours — par accumulation de petites décisions.
Les corps hésitaient. Les silhouettes vacillaient en pleine rue, gagnant un centimètre, en perdant trois, cherchant leur taille comme on cherche ses clés. Seules les ombres restaient droites, nettes, fidèles à leur mesure , le sol aussi ..
On chercha une « sol-ution, » dans le fond des flacons , un « sol-uté « bien concentré ?? Poison, remède bien dosés ??
Superbe, merci
Peut-être que le « la » — ce point d’accord, cette note juste permettrait de réconcilier l’être et son double ?
Merci Ourcqs pour ce texte à la fois profond et poétique. 🙂
Merci, et avec des si …..
Merci, court, dense et efficace ! Bravo, j’ai beaucoup aimé votre texte.
L’homme qui voulait grandir, aux yeux des autres…
Grandissol et Raptissol connaissaient un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles promettaient de faire grandir ou rapetisser selon la dose. Mais elles apportaient aussi leur lot d’effets secondaires…
Il avait d’abord entendu le slogan accrocheur à la radio, puis découvert le spot publicitaire sur les chaînes de télévision. La presse spécialisée avait même publié un numéro hors-série dans lequel des médecins de renommée internationale signaient de nombreux articles qui ne tarissaient pas d’éloges sur le sujet.
Les pastilles Grandissol et Raptissol, mises sur le marché par le laboratoire Bio-Pharmassol, rencontraient un succès fulgurant. Elles représentaient un véritable espoir pour les personnes de petite taille, et, avec son mètre quarante, il se sentait particulièrement concerné.
La posologie était d’une simplicité presque insultante : une pastille de Grandissol le soir, au coucher, garantissait un centimètre de plus au réveil.
Il avait longtemps hésité avant de franchir la porte de la pharmacie.
Non pas à cause du prix — bien que ces pastilles, vendues sans ordonnance, fussent proposées à un tarif presque indécent pour ceux qu’elles prétendaient aider — mais parce qu’admettre qu’il en avait besoin revenait à reconnaître, une fois encore, que sa taille était devenue le centre de sa vie.
Depuis l’enfance, il vivait avec cette impression désagréable d’être regardé autrement.
On lui souriait avec une bienveillance excessive, comme à un enfant appliqué. Dans les réunions professionnelles, sa voix semblait toujours devoir fournir un effort supplémentaire pour atteindre les oreilles de ses interlocuteurs. On lui tapait parfois sur l’épaule avec cette familiarité condescendante qu’il détestait.
Quant aux histoires d’amour, elles avaient presque toutes commencé par la même phrase assassine, prononcée avec gêne ou cruauté :
— Tu es adorable, mais…
Ce « mais » avait fini par mesurer bien plus qu’un mètre quatre-vingts.
Alors, lorsqu’il aperçut l’affiche lumineuse de Grandissol dans la vitrine de la pharmacie du centre-ville, il resta immobile plusieurs secondes.
GRANDISSOL — Grandissez vers la vie que vous méritez.
Sous le slogan, un homme souriait, visiblement transformé, entouré d’amis admiratifs et d’une femme magnifique qui semblait n’attendre que lui depuis toujours.
C’était grotesque.
Ridicule.
Honteusement manipulateur.
Il entra tout de même.
La pharmacienne, une femme énergique au sourire professionnel, n’eut même pas l’air surprise:
— Grandissol ?
Il hocha la tête.
— Première prise ?
— Oui.
— Commencez doucement. Beaucoup de gens veulent aller trop vite. Le corps n’aime pas qu’on brusque ses habitudes
Elle posa la boîte sur le comptoir comme on dépose un objet précieux.
Petite, blanche, presque élégante, elle semblait contenir bien davantage que de simples comprimés : une promesse, peut-être. Ou un piège.
Le soir même, il resta longtemps assis sur le bord de son lit, la boîte ouverte entre les mains.
Une seule pastille.
Un centimètre.
Cela paraissait dérisoire.
Et pourtant, peut-être qu’une vie entière pouvait commencer avec un seul centimètre.
Il avala le comprimé avec un verre d’eau.
Puis il attendit.
Rien.
Évidemment.
Il se coucha en se sentant ridicule, presque honteux, persuadé d’avoir cédé à une absurdité moderne de plus.
Pourtant, au matin, quelque chose avait changé.
D’abord, une douleur sourde dans les jambes, comme après une longue marche. Puis cette sensation étrange dans les articulations, comme si son propre squelette avait travaillé sans lui pendant la nuit.
Il se dirigea vers le miroir de l’entrée, là où, depuis des années, il avait discrètement tracé un repère au crayon.
Il se plaça contre le mur.
Mesura.
Recommença.
Puis une troisième fois.
Un centimètre.
Exactement.
Son cœur accéléra.
Il sourit.
Pour la première fois depuis longtemps, il sourit vraiment.
Ce n’était qu’un centimètre.
Mais c’était peut-être le début de tout.
Pour garantir un traitement sans risques majeurs, la principale recommandation figurait en caractères gras sur la boîte :
« Ne pas dépasser la dose de cinq pastilles par jour. »
Une croissance morphologique trop rapide présentait de sérieux dangers pour la résistance osseuse. Un étirement brutal du squelette fragilisait les membres, qui pouvaient se briser comme du verre.
Il décida de continuer au rythme d’une pastille par jour.
Le traitement fonctionna parfaitement jusqu’au quinzième jour.
Chaque matin, il se mesurait.
Il notait ses progrès dans un carnet.
Il achetait des vêtements plus grands.
Il modifia sa posture, sa voix, sa façon de parler.
Il devint dépendant du regard des autres.
En vérité, il ne cherchait plus à grandir : il cherchait à être aimé.
Grisé par les résultats, il décida d’augmenter la prise quotidienne à deux pastilles…
Puis il sombra doucement dans une euphorie artificielle qui lui fit perdre toute notion rationnelle de la réalité.
Il passa à trois.
Malgré les douleurs osseuses atroces.
Malgré les vertiges.
Il continua.
Progressivement, il devint agressif, paranoïaque.
Il se méfiait de tout et de tous.
Le moindre geste, le moindre mot de trop, devenaient pour lui des preuves de malveillance.
Il pensa alors que pousser jusqu’à quatre pastilles — juste à la limite du raisonnable — lui permettrait de retrouver la maîtrise.
Mais les effets secondaires furent désastreux.
Cela commença par les déformations de son visage.
Un matin, il constata une croissance asymétrique de ses membres supérieurs : son bras droit dépassait le gauche de cinq centimètres.
Pris de panique, il interrompit immédiatement le traitement.
Mais il continua à grandir.
Et toujours d’une manière irrégulière.
Un autre matin, en posant les pieds au sol, il se sentit soudain en déséquilibre.
Il retomba sur le lit.
Étendit ses deux jambes.
Et poussa un cri de terreur.
Sa jambe gauche était plus longue que la droite.
Pour corriger ces déformations morphologiques qui le rendaient bien plus laid qu’autrefois, il décida de prendre des pastilles de Raptissol
N’ayant aucune référence sur le protocole thérapeutique, il alterna les deux traitements.
Son choix se transforma en catastrophe biologique.
Il rapetissait le jour.
Il grandissait la nuit.
Son corps n’obéissait plus à rien.
Ses souvenirs eux-mêmes semblaient changer avec sa taille.
Petit à petit, il comprit qu’il n’avait jamais vraiment été malheureux à cause de sa taille, mais à cause du regard que les autres portaient sur lui.
Et désormais, Grandissol et Raptissol ne faisaient que reproduire ce même mal.
Cette révélation provoqua un effondrement profond de son équilibre psychique.
Sa paranoïa muta lentement en schizophrénie.
Avec la dégradation de son état, l’internement psychiatrique devint inévitable.
Il fallut encore enregistrer de nombreux cas comme le sien pour que soit enfin interdite la vente des pastilles Grandissol et Raptissol.
De nombreuses associations se constituèrent pour défendre les victimes de ce cataclysme sanitaire et social.
Elles dénonçaient le culte de l’apparence, les normes physiques absurdes, la dépendance au regard des autres, entretenus par des influenceuses qui s’étaient emparées du phénomène.
Une absurdité collective.
Une folie moderne.
Le besoin de se transformer pour mériter d’être accepté.
Mais au fond, ils n’avaient jamais vraiment voulu changer de taille.
Ils voulaient seulement changer le regard des autres.
Et aucun comprimé ne soigne cela.
Tandis que les boîtes de Grandissol et de Raptissol disparaissaient enfin des vitrines, d’autres promesses prenaient déjà leur place, sous d’autres noms, avec d’autres slogans.
Car le véritable poison n’avait jamais été contenu dans les pastilles, mais dans cette idée tenace qu’il fallait devenir quelqu’un d’autre pour mériter d’être aimé.
Excellente analyse, cher Gilaber, du pouvoir de la pub et des effets destructeurs de l’addiction. Tout ça pour se rendre compte qu’avant, c’étiat mieux 😜
Ce qui nous rend unique existe en effet potentiellement à l’intérieur de nous.
Merci Gilaber pour cette belle analyse ! 🙂
Luc et Lucie
Sont jumeaux dans la vie
Fusionnels depuis le berceau
Sacré duo
Complicité à fleur de peau
Un lundi maudit
Seuls au logis
Ils ont investi la pharmacie
Pour tromper un cruel ennui
Bien leur en a pris
Ils ont trouvé leur bonheur
Des pastilles de toutes les couleurs
A la bonne heure !
Ils les ont sucées, ingérées
On peut le dire, dégustées
Malheur !
Luc et Lucie trop petits
N’ont pas compris ce qui était écrit
Grandissol et Raptissol
Drôles de pilules ma parole
Lucie a vu ses mains rapetisser
Jusqu’à ne plus rien pouvoir attraper
Pas même les mains de son frère
Quelle galère !
Quant à Luc ses mains ont grandi
Grandi
Jusqu’à pouvoir atteindre le ciel
Et décrocher ainsi
Pour sa sœur chérie
Sa douce jumelle
Des étoiles en kyrielles
Afin de faire, à nouveau, briller ses yeux
Et aussi, pari audacieux
Leur permettre à tous les deux
D’exaucer leurs vœux
Vous devinez lesquels …
Grandissol et Reptissol connaissaient un succès fou. Délivrés sans ordonnance, ces pastilles faisaient grandir ou rapetisser selon la dose. Mais quelques effets secondaires, et non des moindres, avaient été rapportés.
Les hommes qui s’assommaient et se faisaient des cornes au front en passant sous les portes étaient transformés en lilliputiens, tandis que des jeunes femmes, trop petites pour prétendre au titre de Miss France, étaient devenues des Brobdingnagiennes. On ne comptait plus les cas étranges de transformations spectaculaires dès la première prise de cette panacée universelle. Certains, qui ne savaient pas lire, dépassaient allègrement la posologie et ignoraient que la pastille bleue faisait grandir et la rose rétrécir. Si bien qu’il aurait fallu une loupe pour les retrouver dans la pelouse, et qu’il ne restait plus qu’à se sauver lorsqu’on voyait dans la rue un type qui aurait pu laver les carreaux — sans nacelle — de la tour de Babel.
Le pire était ces inquiétantes disparitions de gamins qui s’étaient servis dans la boîte à pharmacie familiale. Ils se retrouvaient à dépasser leurs profs — en taille, pas en savoir — et d’autres devenaient si minuscules qu’ils disparaissaient dans la bonde des douches.
Alertée, l’OMS interpella Willy Wonka, affairé dans sa fabrique, et les Oompas-Loompas entonnèrent une chanson qui disait :
« Si vous êtes sages, notez c’que je dis
Pour vivre heureux, restez vous-mêmes »
Trop drôle : les pilules bleues qui font grandir … Bon d’accord, je sors 😜
Bien vu Béatrice! Je n’aurai pas dit mieux. En plus , ça va m’éviter de me fatiguer le poignet, fragilisé par trop de « jardinage ». Sinon, comme dit le philosophe: » La bonne taille, c’est quand les pieds touchent par terre ». Bon soleil à tout le monde!
🙂
Après avoir reçu moultes messages publicitaires sur sa page de réseau social, Pierre décide de tenter l’expérience « Grandissol et Raptissol, ces pastilles qui font grandir ou rapetisser selon la dose », est-il indiqué sur l’annonce.
Disponibles sans ordonnance, Pierre se procure un lot de Grandissol dans un conditionnement avantageux.
Le projet est d’utiliser les dites pastilles dissoutes dans l’eau d’arrosage de son mini potager. Dès les premiers rayons de soleil printanier, il arrose les jeunes plants assoiffés de la solution.
Pierre rêve de s’inscrire au concours des plus beaux fruits et légumes de la ville. Pour le moment, il attend de voir si la potion magique réussit à ses cent mètres carrés de culture.
Rapidement, il constate que les légumes poussent plus rapidement que les années passées et ce, en dépit du climat. Ainsi, la carotte primeur, riche en eau, en fibres tendres et en bêtacarotène arrive sans tarder à la taille d’une betterave. La distance entre les légumes commence à poser problème. Ils sont si imbriqués que leur forme devient disgracieuse.
La pomme de terre nouvelle que Pierre apprécie habituellement pour sa taille réduite, sa peau fine et ce goût délicatement sucré qui accompagnent ses recettes printanières, devient en peu de temps de la taille de la Spunta. Il en a trois pour un kilo !
Et ainsi, tous les légumes grossissent monstrueusement : les oignons nouveaux, les asperges et les petits pois voient leurs raies de plantation si denses et si hautes que Pierre a l’impression d’avoir transformer son potager en jungle.
Les melons, habituellement très sensibles à l’ensoleillement, trouvent ce printemps le goût de grossir de la taille d’énormes citrouilles. Quant aux concombres, ils font peur à voir ! Leur peau est si épaisse et leurs pépins si nombreux qu’il est difficile de les préparer à salade. Tous ces légumes nécessitent de s’équiper de couteaux, de scies et même de hache pour réussir à les entamer sans évoquer la taille des marmites…
Pierre envisage un instant de s’inscrire au Concours National des Légumes Géants qui aura lieu cette année à La Roche sur Yon mais réalise que déplacer ses plus beaux spécimens est inenvisageable.
Il se contente de concourir à la journée du « Légume le plus mal fichu ». Au moins là aura-t-il ses chances : fraises hors calibre, concombres tordus, ses tomates biscornues ; qui dit mieux ?
En tout cas, les publicités du réseau social, c’est fini pour lui. Il ne se fera pas avoir une seconde fois.
Excellente transposition vers le monde végétal, pour les mêmes conclusions 🤣
802/ SIX-TRONCS PRESSÉS
Phénoménal, les pastilles Rapptissol connaissent un succès grandissant, suivant la dose ingérée, leurs effets secondaires sont incommensurables. La marque lance les pilules Grandissoles qui font grandir, c’est foudroyant. Naturellement, le traitement alterné des deux est déconseillé, même pour compenser l’un par l’autre. La «, jamais contente » est partie à cent à l’heure. Elle est branchée progrès.
2/La « De Dion-Bouton d’or» reste en carafe.
3/ Léon Bollée, on reprend une dose pour la route.
4/ Louis Renault, négocie mal son virage.
5/André Citroën rit jaune en croisière.
6/ Cadillac roule pour vous. Marque prestigieuse, quoique confidentielle. On la met en totem, elle passe à la fée électricité.
La perte de repère est un effet secondaire. On se raccroche aux recettes du passé. Buvard de collections, aéronef planant au-dessus de la plage avec sa traîne de toile flottant, slogan pour les pillules Courzidon, contre la constipation, Gomme à macher parfumée, pastille Valda qui se passe au vert quand c’est rouge, lotion qui fait du bien, quand ça fait mal.
En haut de la rue lepic, c’est un laché de boîtes à savon. Six hommes sandwichs, un fer à repasser dans chaque main, cascade jusqu’au bas de la butte. Une cible dans le dos. On avise, on vise. Soit Raptissole, soit Grandissole, tu touches au but, tu gagnes une boisson fraîche.
Au marché Saint-Pierre, à côté, on vent de la serge, on mesure le calicot, au mètre. J’en ai piqué un en bois, avant de prendre l’ascenseur. De mon temps, il y avait encore un groom, pas très grand. Je crois qu’il n’y est plus …
À l’époque, il n’y avait pas la pilule… 🐻
– Oh ! Oui ! GRANDIR ! Enfin GRANDIR ! Se réjouit Ernestine tout en avalant deux doses de GRANDISSOL.
– Gloups ! Gloups!
Et elle s’endormit, apaisée, en souriant aux anges.
Le lendemain matin, elle se réveilla la tête dans le cul.
Elle sauta de son lit (hé oui… elle était très très petite Ernestine, sinon elle n’aurait pas avalé deux doses d’un seul coup).
Donc, elle sauta de son lit mais elle s’embroncha dans la descente de lit :
– Paf !
Elle se fracassa la tête contre le sol et elle mourut sur le coup !
On organisa vite ses obsèques et c’est là que GRANDISSOL entra en scène.
Un petit comité de petites personnes entourait son cercueil.
On papotait, on pleurnichait, on reniflait, on soupirait… La routine quoi !
Puis tout à coup, on entendit un bruit de craquement.
– Holà ! s’écria le petit comité de petites personnes tout en reculant.
Oui, vous l’avez compris : les deux doses de GRANDISSOL faisaient leur effet à retardement.
Le cercueil explosa sous la pression et Ernestine grandit… grandit… grandit enfin… à titre posthume.
Ses amis ont fait une demande de canonisation auprès de l’évêque, mais va falloir attendre cinq ans pour savoir ?
Un récit tonique et très drôle.
Merci Camomille 😀
J’aime beaucoup votre style d’écriture, Camomille. Bravo pour ce texte très réussi !
Entre2lettres 804 – Issol – Nicolas – 25/04/26
Grandissol et Raptissol connaissent un succès phénoménal. Délivrées sans ordonnance, ces pastilles font grandir ou rapetisser selon la dose. Mais aussi quelques effets secondaires…
La société Issol nous donne l’occasion de mettre nos pas dans ceux de Gulliver. Un récit qui a marqué beaucoup de nos imaginaires, lorsque nous étions enfants. Une pilule de Grandissol pour se retrouver entouré de Lilliputiens. Une pastille de Raptissol pour un voyage chez les géants. De quoi satisfaire les amateurs d’émotions fortes.
En grandissant d’un coup, vous vous retrouvez tout puissant, tel le Bruce ou le Mask du cinéma. Tout est possible, vous ne craignez rien, ni la pluie, ni le vent, pas non plus le peuple des plus petits que vous. Attention quand même, leur ingéniosité est sans limite et leur nombre compense largement leur taille.
Si vous optez pour une réduction radicale de votre taille, alors vous devenez un espion, capable de passer inaperçu. Quand on sait qu’une souris peut tuer un éléphant … Il lui suffit d’utiliser sa trompe comme rampe d’accès à un festin de sa cervelle. Mais attention, vous ne serez jamais à l’abri qu’il vous écrase, par inadvertance.
Les clients enthousiastes au début de l’expérience, déchantent toutefois, après quelques semaines. Il leur faut avaler de plus en plus de pilules pour atteindre un résultat de moins en moins probant. Ils étaient pris dans un piège addictif, décevant et finalement très coûteux. L’alternance recherchée de grande et petite taille, comme un effet de montagnes russes, les rendent de surcroît prisonniers d’un syndrôme bipolaire. Une double peine.
Le laboratoire Issol a fini par déposer le bilan, faute de client. Les psys firent fortune, entre-temps, car le sevrage demande bien des séances. Assez pour se rendre compte que la taille idéale, c’est quand les pieds touchent par terre 🙂
J’aime beaucoup votre récit Nicolas. La chute est excellente et me semble très vraie. 🙂
Nicolas, Y a du Coluche là-dessous… ce qui n’est pas une mauvaise référence du tout, bien au contraire !
Les pieds par terre soit mais il faut garder la tête dans les étoiles non ? 🐁
Ouiii
Lui avait sans doute abusé du Grandissol, complexé par son 1m50, car à présent il plafonnait à 2m17 pour seulement 90 kilos, les pilules l’empêchant d’atteindre une IMC correcte.
Il était devenu phénomène de cirque, » admiré » de ville en ville depuis un certain temps.
Elle était inscrite au Guiness Book des records comme la femme la plus petite du monde : 1m03, 90 kilos, le Raptissol l’ayant rendue toute ronde.
Ils étaient faits pour se rencontrer, ce qui eut lieu au Salon Européen des Personnes les plus Phénoménales.
Elle le vit de loin, entièrement chauve, dépassant tous les autres. La foule s’écartât pour la laisser passer.
Renversant la tête, elle plongeât ses yeux bleu nuit dans ceux , bleu azur, du géant penché vers cette merveilleuse petite bonne femme.
Le mariage eut lieu trois mois plus tard.
Il se cognât le tête au linteau de l’église tandis que la future mariée, se prenant les pieds dans sa robe, arriva en roulant sur elle même au pied de l’autel.
Ils tentèrent d’échanger leur substance, le mari se gavât de Raptissol tandis que sa femme avalait ses trois cuillères à soupe de Grandissol par jour avant les repas.
Ce qui eut pour effet de le faire grossir, tandis qu’elle maigrissait à vue d’oeil, au point de quasiment disparaître aux côté de son imposant mari.
Ils eurent malgré tout deux garçons, des jumeaux normalement constitués, aux beaux yeux bleu.
A l’âge de 12 ans, les frères trouvèrent au fond d’un placard le stock des substances périmées oublié par leurs parents.
Ils en firent un cocktail au résultat si extravagant que ceux ci les confièrent à un zoothérapeutique où ils coulent des jours heureux au milieu des girafes à tête bêche et des phacochères ayant l’estomac dans les talons.
L’angle proposé est très original. Les exemples de couples originaux ne manquent pas. La chute est irrésistible, Bravo !
j’ai bien aimé aussi votre texte qui se termine par un exemple de ce vieux bon sens populaire remettant les gens et les choses à leur juste » dimension «
Des gastéropodes ! C’est fait comment une girafe à tête bêche ? Elles ont la queue à la place du nez et lycée de Versailles ? Les pauvres !!😁😁😁🐁
difficile à décrire Souris Verte, il me faudrait faire un schéma mais je ne suis pas très douée dans ce domaine !!!!!!
Bonne semaine
Il était une fois un type nommé Cortisol qui menait la vie dure aux silhouettes, surtout après cinquante ans. Alors un autre gars, un certain professeur Tournesol a mijoté dans ses casseroles des pétioles et des corolles assaisonnés de sang de rossignol ou de campagnol selon les saison.
Le bémol ? La quantité d’alcool pour la fermentation dans ses fioles. Le gazole étant hors de prix pour sa bagnole, qu’il dû se rabattre par de l’alcool de riz coupé avec du formol. C’est alors qu’un scientifique soi-disant de renom, un vrai guignol, lui suggéra d’utiliser du méthanol.
C’est ainsi qu’après plusieurs essais de protocoles, naquirent Grandissol et Raptissol. Leur succès fut phénoménal. Le pactole vint grossir l’escarcelle du professeur Tournesol. Toute la planète en était folle et se les arrachait. Délivrées sans ordonnances, ces pastilles permettaient de grandir ou de rapetisser (comprendre s’élargir ou rétrécir) selon la dose, au niveau de la graisse du corps.
Hélas, la gloriole connu son revers de médaille. Les effets secondaires nuisirent au brave Tournesol. On le traita de branquignol et les torgnoles journalistiques tombèrent. « Ce mariole, avec ses fariboles nous a flanqué » la rougeole ! »
Eh oui, outre le retour de cette maladie, au bout de trois utilisations, les femmes héritaient de voix caverneuses et gutturales et les hommes minaudaient avec des voix de soprano. Les ombres des silhouettes refusèrent de s’adapter. Quelle que soit la taille, elles demeuraient difformes.
Dans le Cévenol, le pire fut constaté. Les tours de taille et jambes rétrécirent, mais les têtes grossirent démesurément. En revanche un phénomène porté comme un symbole par un porte-parole d’un pseudo gouvernement annonça une tendance planétaire : « Certains ont gonflé d’orgueil et d’autres ont rétréci, voire perdu leur bon sens. »
802/CHARLATAN DE HAUT VOL
Ça se vendait sous le manteau… enfin pour certains : des capes pour d’autres de véritables toiles de tentes. Mais le charlatan qui avait mis sa ‘recette’ au point s’était fait des calçons en or !
Au début on a passé sous silence les effets secondaires de ces remèdes miracles.. ça s’est remarqué pour les renouvellements des papiers officiels.. la taille déjà puis il fut remarqué que ceux qui avaient rapetissé souffrait d’une logorrhée haut perchée rythmée par des pets intempestifs. On ne s’entendait plus et on évitait de respirer. Les autres, les plus grands faisaient des pas de géants avec des jambes longues et maigres- car il n’y avait que les jambes qui grandissaient- des pieds si fins si pointus que leur équilibre devenait précaire. Ils partaient en danseuse sur les bords de trottoirs pour s’écrouler dans le caniveau.
Les ‘écoculos’ sont montés au créneau mettant le doigt, si j’ose dire, sur l’infestation, la pollution de l’air devenu irrespirable. Plusieurs solutions ont été évoquées notamment le pince nez, mais le coup du bouchon placé aux bons endroits fut refusé in peto !. Des tolés de protestations par les religieux de tout bord, au prétexte qu’on ne bouche pas un orifice que le ‘grand tout puissant’ nous a donné aussi bien pour le haut que pour le bas. L’entretien de la voirie, sommé de border les caniveaux de garde-fous pour retenir les grands nigauds, s’est mis en grève. Bref, on a encabané le faiseur de miracles puis, voyant qu’il continuait ses recherches, on l’a expédié dans sa famille chez ses cousins d’Amérique..
Et vous savez quoi, depuis que j’écris, je suis entrain de me demander si ce n’est pas lui qui a crée l’ARN messager qui a si souvent changé les individus de la planète… il avait un beau terrain de jeux pour ses expériences.
🐁Souris verte 83
Toute thérapeutique a ses effets secondaires. J’ai bien aimé ceux-là. Quand a la chute, elle est politiquement incorrecte,, mais drôle 😜
Ah bon, je croyais que c’étaient les émanations de nos bovins — pets et rots réunis — qui étaient source de haute pollution ! 😀
Merci Souris verte pour ce truculent récit sonore !
Chère Souris Verte, les flatulences ont le vent en poupe…
👍😁
Merci pour vos boutades amis de plume !trop rigolotes !🐁
La taille qu’on accepte.
Les effets secondaires des pastilles étaient bien connus. À forte dose, elles provoquaient une étrange ivresse : une hypertrophie de l’ego. Les consommateurs parlaient plus fort, coupaient la parole, regardaient les autres comme s’ils rétrécissaient à vue d’œil. Certains finissaient par se croire indispensables.
À l’inverse, ceux qui en prenaient peu — ou pas du tout — semblaient se tasser. Ils hésitaient, doutaient, renonçaient avant même d’essayer. Était-ce leur nature, ou simplement le manque de produit ?
Les médias, eux, ne doutaient de rien. Ils faisaient leurs gros titres du phénomène. Sur les plateaux, experts et commentateurs vantaient les mérites des pastilles, désormais cotées en bourse. Leur prix grimpait chaque jour, avec l’enthousiasme des investisseurs.
Très vite, une évidence s’imposa : seuls certains pouvaient suivre. Chez les grands consommateurs — les “Grandissol” — on retrouvait surtout des décideurs, des dirigeants, des profils sûrs d’eux. Quelques-uns restaient modestes, mais ils faisaient figure d’exception.
En face, les “Raptissol” observaient. Certains dénonçaient une injustice. D’autres haussaient les épaules. À quoi bon ? Peut-être n’avaient-ils jamais vraiment grandi. Peut-être n’en avaient-ils jamais eu les moyens.
Les réseaux s’enflammèrent. Les complots fleurirent. Les experts répondirent aux experts. Le débat prit toute la place.
Et pendant ce temps-là, on ne se demandait plus vraiment si ces pastilles faisaient grandir… ou si elles ne faisaient que révéler la taille qu’on acceptait d’avoir.
Délicieuse saturé sociale … Et tellement vraie 🙂
Satire
🙂
Bravo Béatrice, récit percutant et criant de vérité.
🙂