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Le thérapeute :
– Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
– Je comprends mieux maintenant…
– Vous pensez donc que mon enfance Passage Dutou explique tout ?
– Non pas tout
– Mes troubles alimentaires, mes crises de boulimie alternant avec l’anorexie, peut-être ?
– Non pas du tout
– Mes troubles du sommeil alors ? Insomnie, difficultés à m’endormir, réveils nocturnes?
– Non pas du tout
– Mes troubles sexuels ? La frigidité ou l’impossibilité d’atteindre l’orgasme ?
– Non pas du tout
– Mes troubles de l’humeur ? Cyclothymie, émotions non maîtrisées, troubles bipolaires ?
– Non pas du tout
– Mes addictions : le jeu, l’alcool, le tabac, les médicaments, les stupéfiants..
– Non pas du tout
L’entretien se poursuivit encore 35′.
Puis,elle déclara d’un ton sec « J’espère qu’avec une telle consultation vous allez me demander rien du tout » en lui tournant le dos pour qu’il lui remonte la fermeture éclair de sa robe
– Cela explique clairement toutes les traces que je vois à l’intérieur de votre tête.
Hi ! Hi ! Commença à faire le thérapeute.
Oui madame vous en faites partie vous aussi.
Je vous ai démasquée.
Ces traces que je vois vous ont piégée.
Je le sais maintenant, vous êtes membre de cette secte qui sévit actuellement dans le monde entier.
La femme en face de lui, toujours assise sur son siège, dans le cabinet de ce thérapeute, semblait de marbre.
Elle n’avait eu aucune émotion après les paroles de l’homme.
Comme si ces propos portés sur elle ne la concernaient pas.
– Allez ! lança subitement le thérapeute alors que la femme semblait suivre une mouche voler dans la pièce.
Allez ! Allez ! Levez-vous et suivez moi à la cave !
Je vais vous découper en morceaux, en fines rondelles de saucisson.
La femme devint hilare cette fois-ci.
Pour toute réponse elle plongea la main dans son sac à main, posé à même le sol, et en retira un énorme poignard.
Un poignard qui faisait frémir, avec une lame luisante, comme prête à vous arracher le cœur.
– Oh ! Oh ! fit le thérapeute en apercevant l’arme.
Alors qu’il avait projeté dans sa tête, voyant la femme immobile, de se jeter sur elle pour la saisir de force, et la contraindre à la suivre à la cave. En vue de commettre son horrible acte, de la réduire en une préparation de charcuterie.
– Calmos, calmos dit le praticien.
Je ne vous veux aucun mal.
Ce passage Dutou je le connais bien.
Paraît-il que pendant les guerres successives qui se sont déroulées sur le sol français, ce passage était un repère de brigands.
Et je lis dans vos pensées que vous même, votre personne, votre famille sont issues de la lignée de ces brigands.
– Vous êtes véritablement et vraiment dingo enchaina brusquement la femme.
Avec son malicieux et dangereux poignard qu’elle tenait fermement de sa main gauche, prête à s’en servir.
Vous vous trompez monsieur le thérapeute.
Ici, c’est vous le truand, le brigand, l’imposteur et le tortionnaire !
Moi je suis une détective privée.
Je viens pour vous arrêter !
Vous le criminel de guerre, avec des soldats en plomb, et en chocolat noir et blanc.
– Moi ma famille dans ce passage, qui est là depuis une éternité, est depuis quelques générations une grande famille de sportifs.
De très grands sportifs.
Des champions qui ont tous brillé dans ce passage Dutou !
Bien rempli de vélos, de beaucoup de vélos.
Un passage obligé pour les tours de France en vélo.
Un passage du Tou – Tour de France ! Hi ! Ha ! Ho ! Ho !
Un moment après, on entendit ce bruit caractéristique.
Clic ! Clic ! Clac !
C’était celui des menottes que la femme venait de lui mettre aux poignets.
L’homme bizarrement n’avait pas opposé de résistance.
Comme anesthésié par le pouvoir de cette dame, et par ce qu’il venait d’entendre à son sujet.
La détective avec un visage sévère et un léger sourire lui annonça :
– Allez monsieur le faux thérapeute.
C’est à vous de me suivre à présent !
798 Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
Je comprends mieux maintenant…
– En fait, il ne se passait rien dans ce passage Dutou et vous vous ennuyiez beaucoup.
– L’endroit était très beau au point de vue de l’architecture. Au XIXe, il ne désemplissait pas. Entre les différentes boutiques, les femmes faisaient la queue pour acheter les chapeaux de mon arrière-grand-mère modiste, pendant que les hommes choisissaient de magnifiques cannes dans le magasin de mon arrière-grand-père. Un libraire avait eu l’idée d’installer un salon de thé réputé pour ses délicieux gâteaux. Quant aux livres, je me souviens avoir entendu qu’il y en avait beaucoup de coquins.
– Mais qu’en est-il de vous ? questionne le thérapeute avec un léger sourire
– J’ai grandi surtout dans le souvenir de cette belle époque qui laissait peu de place pour « aujourd’hui ». Mes copains de classe, puis mes amis n’aimaient pas venir chez moi, ils trouvaient que c’était triste.
– Vous aussi ?
– Oui un peu. Le commerce de mes parents ne marchait pas bien, le passage avait perdu son aura, les clients se faisaient rares.
– Petit à petit, vous avez déprimé…
– Oui, mais grâce à vous j’ai compris que je n’habitais pas un passage…mais un souvenir. Je me suis senti mieux et j’espérais que quelque chose redonne vie à ce merveilleux endroit.
– Votre souhait a-t-il été exaucé ? demande le thérapeute intrigué
– Il y a de nouveau la queue…
– Comme autrefois ?
– Pas exactement comme je l’aurais souhaité. Autrement. La librairie s’est transformée en sandwicherie.
Il sourit.
– Ls gens font la queue pour des paninis.
Un silence :
– Mais ça vit !
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
Je comprends mieux maintenant…
…Passage Dutou, mes parents ne vendaient pas grand-chose, presque rien. Le magasin était sur le mauvais côté du passage, dans un recoin , mal éclairé, au numéro 13. Ils vendaient trois fois rien. Vous me direz que rien plus rien plus ça fait quand même trois fois rien, ce n’est pas rien. Notre vie n’a été qu’un long passage difficile, presque à vide… Vous comprenez docteur ?
Oui, oui, je comprends mieux maintenant
Ah, mieux quoi ?
Ben, la raison pour laquelle vous êtes venu me voir
Et ? …
C’est moi qui pose les questions
Euh… oui …Donc, où en étais-je ? Ah oui, je vous parlais du Passage Dutou. Ça a été un grand vide pour moi. Rien. Je n’avais rien, ni jouet à la maison, ni camarade à l’école, ni cadeau pour mon anniversaire.Rien vous dis-je, rien de rien. Absolument rien.
Si je peux me permettre, vous êtes passé du tout au rien
Vous vous croyez drôle, Docteur ?
Juste un petit remplissage dans cet océan de rien. A ce propos, je remarque que vous employez beaucoup le mot .
Quel mot ?
Le mot rien
C’est l’ anagramme de nier
Et de rein aussi
Et alors, vous n’allez me faire une colique néphrétique maintenant, ici en !…Attendez, j’appelle les urgences, ne bougez pas…
La consultation s’arrêta net.
Le thérapeute :
– Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce
– Je comprends mieux maintenant…
– Qu’y a-t-il à comprendre ?
-Que vous évoque un passage ?
-Une transition, un accès,
-Oui et encore
-La naissance peut-être
-Oui, interessant… Qu’est-ce que vous entendez quand je dis « passage »
-Ah ! J’entends pas sage, en deux mots
-Oui, bravo et de plus passage Dutou
-Oh ! Pas … sage… du… tout. Pas du tout sage
-Vous vous reconnaissez dans cette expression ?
-Oh que oui. Je faisais les 400 coups. Et comme mes parents étaient accaparés par leur commerce, j’avais quartier libre.
-Quartier libre. Pourrait-on aller jusqu’à dire « électron libre » ?
-On peut le dire
-Qu’en pensaient vos parents ?
-Ils étaient désespérés et totalement impuissants. Ils se demandaient bien ce qu’ils allaient faire de moi
Et vous ? Comment le viviez-vous ?
-J’étais plutôt fier de mes trouvailles et j’espérais attirer l’attention de mes parents pour leur rappeler mon existence
-Et aujourd’hui que vous reste-t-il de cette formation buissonnière ?
-Comme je vous l’ai dit, je ne supporte pas l’autorité, les ordres, l’ordre en général. Je m’ennuie et quand je m’ennuie j’adopte des conduites subversives
-Bien, nous avons bien avancé. Nous poursuivrons jeudi prochain à la même heure.
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
Je comprends mieux maintenant votre agoraphobie. La foule qui se pressait dans ce passage devait vous sembler hostile. Mais de quel commerce s’agissait-il ?
– Des antiquités. Quand je descendais de l’appartement du premier étage dans la boutique j’avais l’impression que tous les regards extérieurs me dardaient alors que vraisemblablement ils se contentaient de faire du lèche vitrine et de reluquer un fauteuil ou une bergère.
– Mais dites-moi, vous avez quitté le domicile parental assez tôt.
– Dès que j’ai pu être indépendant vers 25 ans. Je n‘en pouvais plus de ce magasin du passage que mes parents mal inspirés avaient baptisé : On trouve de tout passage Dutou.
– Et maintenant habitez- vous dans un endroit moins fréquenté ?
– Tout à fait c’est une impasse sans aucun commerce : impasse Derien.
— LE THERAPEUTE —
— Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance n’est-ce-pas ?
— Oui, le passage Dutou. Mes parents y tenaient un commerce.
— Je comprends mieux maintenant.
— Vous comprenez quoi ? Expliquez-moi.
Le thérapeute un peu gêné.
— C’est ce que disent les journaux de l’époque.
— Les journaux, faut en prendre et en laisser, comme dirait Mamère.
— Votre mère, parlez-moi d’elle. Que faisait-elle ?
— Pardon ! Je parlais de Mamère le journaliste.
— Comme vous voulez. Pas grave.
— Elle tenait le magasin « DU TOUT VIEUX AU TOUT NEUF ».
— Ah ! Et ça consistait en quoi ?
— Les gens apportaient leurs vieux appareils, mon père les réparait, et on les revendait d’occasion.
— Et c’était rentable ?
— Je ne sais pas; je ne m’occupais pas des comptes. Et puis la question est hors sujet.
— Vous n’avez jamais eu de soucis avec la caisse ?
— Pas du tout, Que voulez-vous dire ?
— On est toujours tenté.
— Vous confondez avec les Rap’tout.
— Les Rap’tout, je ne connais pas.
— C’est peut-être ça la réputation du Passage.
— Peut-être !
— Qu’est-ce qui vous fait dire que le passage avait mauvaise réputation ?
— Enfin ! Ce n’était peut-être qu’une rumeur.
— Vous savez qu’une rumeur peut tuer !
— Justement, vous êtes là pour ça.
— Quoi !
— Il y a eu un cambriolage dans l’ancien magasin tenu par vos parents et un individu a été tué.
— Ah ! Et vous croyez que j’y suis pour quelque chose !
— On a relevé vos empreintes partout.
— Forcément puisque c’est moi qui répare maintenant.
— On va vous mettre en garde à vue.
— Et vous, en tant que thérapeute, est-ce que vous savez reconnaître un réparateur ?
Le thérapeute me demanda : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
Il me radiographia et murmura : je comprends mieux maintenant. Qui avait-il à comprendre ? J’avais trouvé toute seule que je souffrais d’agoraphobie. Ce que je voulais, c’est qu’il m’efface cet anxiogène pour que je puisse vivre normalement. Ça m’avait pris du jour au lendemain, sans rime ni raison. Je m’étais trituré la tête sans parvenir à changer la donne. J’avais besoin d’un décrypteur à méninges en vrac. Qu’est-ce que mon ancien lieu de résidence venait faire là ?
Son regard m’inquiétait et m’énervait. Il inspira. Ouf ! il va causer.
Je ne vais pas me lancer dans un psycho blablabla et vous bassiner avec une analyse subjective à vous faire bailler et regretter d’être venue. Je vous ai observée. Vous vous balancez. Vous ne savez pas sur quel pied danser. Vous êtes déterminée et indécise. Je pourrais disserter pendant des heures sur ce passage, transition entre votre enfance et l’âge adulte où vous vous situez en plein milieu, mais à quoi bon.
Vous avez les yeux d’une mouche. Oui, oui ! Vous regardez devant et derrière vous. Vous vous protégez. Derrière le Dutou réconfortant, devant le Toudu qui vous attire mais… quelle issue prendre ?
Il se tait, me fixe. J’en fais de même. C’est quoi ce thérapeute ? Je cherche la clé pour me sortir de mon blocus. C’est la première fois que je consulte. Je m’attendais à être allongée sur un divan répondant à des questions ambigües. Là j’écoute et me demande s’il a compris ce que je suis venue chercher. Il me fait plus penser à un profileur. C’est mal barré.
C’est vrai, j’aimais bien le passage, le magasin des parents. Je me sentais à l’abri, comme dans un cocon. Mais bon, cela fait quand même un p’tit paquet d’années que j’ai quitté le lieu et puis j’aime ce que je fais, je suis heureuse (enfin, je l’étais jusque-là).
Je fais quoi ? Je parle ou j’attends ? Si j’attends, ça risque de durer des plombes.
Donc, en résumé, je suis bloquée dans un passé révolu. Mais mon regard de mouche, que je croyais de biche, me joue des tours au point que les grands espaces m’oppressent. Bizarre, non ? Si je suis mouche, je devrais aimer. Dois-je consulter un ophtalmo ou me faire opérer ?
Du tout ! Tout vous est encore du. Mais vous devez sortir la pioche pour détruire ce que vous avez bâti. Tout est là. C’est un dû que vous devez au passage. Vous avez inséré une page blanche, mais celle-ci est toujours reliée au livre commencé dans le passage. Une page blanche qui n’attend qu’une chose : que vous la noircissiez. Que l’histoire continue à l’extérieur du passage. Il n’est pas votre ennemi, il est votre compagnon qui ne demande qu’à s’ouvrir lui aussi vers de grands horizons.
Il n’a pas tort. C’est exact, j’avais confiné le passage, lui avais tourné le dos alors qu’il a toujours fait partie de mes bons souvenirs. Je sens mon cœur palpiter plus fort. Je souris.
Merci ! Vous m’avez ouvert la voie. Maintenant, je vais raccrocher tous mes wagons et parcourir la vie en n’oubliant rien sur mon chemin.
Je quitte le cabinet légère sans me presser savourant les rayons du soleil.
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
Je comprends mieux maintenant…
-Ah oui vraiment ?
-Je pense oui…Le passage Dutou était très connu pour sa grande exigence et ses commerçants qui se tuaient à la tâche pour faire vivre ce lieu emblématique, pour que les gens ne fassent pas l’impasse et passent dans les artères qui encadraient ce passage. Vous avez dû souffrir d’abandon peut-être ?
-Non pas vraiment. Quand je me sentais seul, j’errais de boutiques en boutiques dans le passage et j’aimais savoir compter sur beaucoup de monde. Les commerçants chinois qui s’étaient installés là en souvenir de leur ville d’origine elle aussi nommée Dutou, m’accueillaient toujours les bras ouverts et il y avait toujours un couvert pour moi. Je filais souvent à l’anglaise dans la magnifique librairie qui m’offraient tellement de passages vers l’imaginaire que j’avais parfois du mal à savoir l’espace d’un instant où j’habitais vraiment. Je tentais même parfois des expériences loufoques, m’enrouler dans les tapis du numéro 9, me cacher derrière le comptoir de la pharmacie, chiper des chocolats chez le confiseur…Je me disais qu’après tout, je n’avais rien à perdre alors je tentais le tout pour le tout, ou plutôt du tout au tout ! Aucune expérience ne me faisait peur, la seule limite était celle de la fin du passage. J’avais l’interdiction absolue d’en sortir.
-vous êtes donc resté bloqué dans ce passage. Et vous y êtes encore, en quête de retrouver celui que vous étiez. Mais aujourd’hui certains commerces ont fermé, des voisins sont partis et vous n’avez aucune chance de reprendre la boutique de vos parents à la retraite.
-Mais ce passage n’est pas une prison dutou, si c’est ce que vous insinuez.
-Je ne dis pas ça dutou. Je pense juste que l’heure est enfin venue, de quelque manière que ce soit, de sortir enfin du passage Dutou et de vous ouvrir à tous les possibles en dehors. Non ce ne sera pas facile mais d’autres passages, plus loin, différents vous attendent. Je vous conseille de commencer par le passage des Panoramas pour une exploration en douceur qui vous rappellera le vôtre. Le passage des Princes vous ramènera à votre enfance chérie et celle des jeux que vous affectionnez tant. Vous qui aimez régaler vos papilles, filez ensuite au passage Brady, vous voyagerez loin sans effort. Vous voyez, vous allez y arriver. D’autres passages existent, d’autres passages sont possibles. Vous allez emprunter celui des adultes après tous ceux que j’ai nommés. Je vous assure qu’il n’est pas dutou ennuyeux et vous promet quelques belles découvertes. Faites vous confiance et quand vous serez prêt, sortez un bref moment de tout ces passages pour admirer pleinement le bleu du ciel, les allées des parcs et des forêts. Ce sont aussi des passages à leur manière. Chacun vous élève et vous fait sentir vivant.
Le thérapeute :
– Je comprends mieux maintenant .
– Non , vous ne pouvez-pas comprendre ce que c’est d’habiter Passage Dutou . Je vais vous l’expliquer.
Le commerce de mes parents vend de l’incroyable à des clients en vadrouille . Dans notre bazar se croisent :
le fakir cherchant des passages cloutés
le grand timide espérant repartir avec un passage à l’acte
les accros à la nicotine suppliant pour obtenir un passage à tabac
les politiciens voulant acheter tout notre stock de passages en force et essayant en plus de se faire offrir des passe-droits en tant que fidèles clients !
Le clou du magasin , et le plus onéreux , est le passage avide . Il vous vide de l’intérieur , vous permettant ainsi de repartir plus léger et prêt à entamer une nouvelle vie , laissant le passé dans notre consigne .
En franchissant notre porte ils ne savaient pas ce que cela impliquait .
En franchissant notre porte ils passaient du tout ou rien et changeaient du tout au tout .
Alors ! Docteur , aviez-vous compris cela ?
– euh ! Pouvez-vous me montrer le chemin , afin que je franchisse moi aussi votre porte ?
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance n’est-ce-pas ?
Oui passage Dutou. Mes parents tenaient commerce.
Je comprends mieux maintenant.
Non non, vous ne comprenez rien. Le passage Dutou, du tout au tout, du tout ou rien, on s’en fout.. J’étais bloquée, j’étouffais là-bas. Je ne sortais que pour l’école qui était juste à côté et qui pour moi était la grande barbe . Il y avait aussi le dimanche où on m’envoyait à la messe. Ça ne peut pas te faire de mal, disait mes parents. Pourtant ce n’était vraiment pas le lieu pour m’échapper. Les curés auraient plutôt rajouté un couvercle sur la marmite.
Mes parents me couvaient. Je ne connaissais rien en dehors de ce foutu passage Dutou. Et j’avais bien trop les chocottes pour sortir seule. Pourtant l’envie ne manquait pas.
J’attendais un débloqueur qui sur sa mobylette bleue, moustache conquérante déposerait un baiser viril sur mes lèvres assoiffées. Il me chargerait sur son porte-bagage. Je m’accrocherais à ses poignées d’amour et il me sortirait de ce fichu trou. Cheveux au vent nous chevaucherions dans la verdoyante campagne. Nous vivrions d’amour et d’eau fraîche. Ah ! liberté quand tu nous tiens.
Mais le chevalier servant, devrait un peu se bouger les fesses. Voila bientôt un siècle que je l’attends. Je commence à décourager et la décrépitude me guette.
Alors voilà docteur : j’ai eu enfin le courage de m’échapper car je me sens au fond du trou. Je voudrais une pilule, remboursée par la Sécurité Sociale, la pilule du bonheur, la pilule qui m’apporterait sur un plateau mon débloqueur.
Je vous fais remarquer que vous êtes hors de votre passage Dutou. Vous êtes venue seule. C’est un grand pas vers le débloquage. Et il était plus que temps. Car maintenant c’est à vous de vous « bouger les fesses » avant d’être trop décatie.
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ? – Oui, le passage Dutou, mes parents s’appelaient RIEN.
– Mais ce n’est pas le nom que vous m’avez donné ?
– Non, j’en ai changé dès que j’ai gagné ma vie.
– C’est assez rare de changer de nom
– Effectivement, mais dès mon premier jour d’école je me suis fait harceler..
– Dites m’en davantage ?
– Tout le monde m’appelait Riendutou, j’étais la risée de mes camarades…
– Et vos parents ?
– Mes parents, ne se préoccupaient pas vraiment de moi.
– Mais vous êtes fils unique
– Oui, mais je les ai tellement déçus par mes résultats scolaires, mon comportement, qu’ils ont baissé les bras
– Mais vous avez plutôt bien réussi ?
– Vous savez quand on part de rien du tout on ne peut que réussir.
– Effectivement.
– Vous pensez que les moqueries que vous avez subies pourraient être la cause de vos difficultés à rencontrer d’autres personnes ?
– J’ai toujours été solitaire, je me suis toujours senti très seul. Vous comprenez ?
– Parlez-moi de vos rêves ?
– Oh mes rêves, ce n’est pas compliqué ce sont toujours les mêmes, je suis en classe, on me vole mes affaires, on me dénonce alors que je n’ai rien fait, on me bouscule en sortant de la classe et ensuite je suis seul dans la cour et je ne retrouve pas la porte de la classe….
– Je crois que la séance est terminée, nous reviendrons sur vos rêves la prochaine fois.
– Merci Docteur
– De rien du tout…
La porte claqua, le patient descendit les marches en hurlant…
Oh oh, se dit le médecin, je crois j’ai dit une bêtise… heureusement qu’il n’est pas violent… mais ça m’étonne que je le revoie !
Chez le thérapeute
Devant la porte cochère, je restai un instant immobile. La plaque de cuivre vissée au mur brillait sous la lumière pâle du matin :
Docteur André Lemaire – Psychothérapeute.
Mon reflet tremblait dans le métal. J’ajustai machinalement mon manteau, comme si ma tenue pouvait décider de ce qui allait suivre. Et presque aussitôt, un souvenir surgit : le rire aigu d’un camarade dans la cour, répétant mon nom. Même après toutes ces années, ce rire revenait, un écho qui me collait à la peau.
Je poussai la porte.
L’escalier sentait la cire et le bois ancien. Au deuxième étage, une plaque simple : Cabinet. Je frappai.
La secrétaire déclina mon identité et mon adresse avec une neutralité étrange :
— Monsieur Juste Lebon. Passage Dutou, boulevard Montmartre ? Toujours bon ?
J’acquiesçai, et du coin de l’œil, je perçus le sourire échangé par deux personnes près de la porte.
Dans la salle d’attente, aux murs tapissés de livres et de gravures, trois personnes feuilletaient distraitement des magazines trop anciens pour intéresser qui que ce soit. Silence parfait. Chacun semblait garder ses douleurs pliées, invisibles, comme des secrets.
Je m’assis près de la fenêtre. Dans un coin, un jeune garçon, seul avec sa mère, balançait ses jambes dans le vide. Son regard croisa le mien. Et dans ce bref échange, je crus entendre un rire moqueur, presque un souffle, presque rien… et pourtant si familier.
Je me rappelai : un nom. Toujours le même. Certains passages ne se quittent jamais.
Lorsque la porte du cabinet s’ouvrit, la secrétaire prononça mon nom :
— Monsieur Lebon ?
Je me levai. Ce nom, banal pour l’état civil, résonna soudain comme un objet tombé sur le sol.
Le médecin me tendit la main. Sa poigne était ferme, chaleureuse. Un large sourire illuminait un visage poupin, ses yeux noirs brillaient derrière de fines lunettes cerclées :
— Entrez, je vous en prie.
Sa voix, calme et légèrement grave, posait chaque mot :
— Installez-vous.
Il désigna un large fauteuil de cuir. J’imaginai un piège, trop moelleux, où je m’enfoncerais sans pouvoir bouger. Mais il épousa parfaitement mon dos. J’étais installé comme si j’y avais toujours eu ma place.
Le médecin ajusta ses lunettes et consulta quelques feuillets, faisant tourner un stylo entre ses doigts :
— Vous avez rempli la fiche que mon secrétariat vous a adressée. Cela nous sera utile.
Après un moment, il leva la tête :
— Durant votre enfance, vous habitiez dans un passage parisien… assez connu.
— Oui, répondis-je. Le passage Dutou. Mes parents y tenaient une petite boutique de livres anciens. Mon père restaurait parfois des ouvrages de grande valeur.
Le stylo cessa de tourner :
— Je comprends mieux…
— Vraiment ? demandai-je. Y a-t-il quelque chose à comprendre ?
— Parfois, un détail insignifiant suffit à faire basculer une enfance. Dans votre cas, j’imagine que le nom du passage a joué un rôle. Les enfants transforment les mots en armes, dit-il doucement.
Je sentis mes épaules se raidir.
— Le nom de ce passage a-t-il été… comment dire… commenté à l’école ?
Je lâchai un soupir :
— Commenté ? C’est un mot élégant.
— Les enfants sont inventifs. Cruels aussi, sans toujours s’en rendre compte.
Je laissai échapper un rire amer :
— Inventifs… c’est le mot. À l’école, j’avais droit à toute la collection :
« Lebon, pas sage ! »
« Lebon, pas sage du tout ! »
« Lebon pas sage doit être puni ! »
Les gestes, les rires, les attroupements… tout revenait, net, précis, cruel.
Je regardai la fenêtre derrière lui, comme si la cour existait encore :
— Je me souviens très précisément du premier jour.
Le médecin écoutait.
— C’était au printemps. J’étais en CE2. Dans la cour, un grand marronnier. Les élèves faisaient la queue pour la cantine.
Je fermai les yeux :
— Un garçon nommé Durbec s’est retourné vers moi. Il lançait toujours les blagues. Il plissa les yeux comme s’il venait de découvrir quelque chose d’extraordinaire :
— Eh Lebon ! Comment tu as dit que ça s’appelait, chez toi ?
— Et vous avez répondu ?
— Bien sûr. Pourquoi aurais-je menti ?
— J’ai dit : passage Dutou.
Il resta silencieux, puis son sourire s’étira et il cria :
— Madame ! Lebon pas sage du tout doit être privé de cantine !
Les autres éclatèrent de rire. Même ceux qui ne comprenaient pas. Ce rire m’avait suivi jusque dans la classe, jusque dans mes cauchemars, jusque dans le silence de mon appartement.
Je revivais la scène comme si elle se déroulait devant moi.
Le thérapeute ne m’interrompait pas. Il m’observait.
Je haussai les épaules :
— Après ça, c’est devenu mon nom. Plus personne ne m’appelait autrement. Dans la cour, dans les couloirs… parfois même en classe.
Il hocha la tête :
— Aujourd’hui, nous appelons cela du harcèlement scolaire. À l’époque, les adultes parlaient de simples chamailleries.
Je souris amèrement :
— Pour eux, c’était un jeu. Pour moi, chaque matin était une embuscade.
Le silence pesa quelques secondes.
— Au début, j’essayais d’ignorer. Ensuite, j’ai commencé à répondre. Puis à frapper.
— C’est ce que vos parents décrivent. Un enfant impulsif… violent… difficile à maîtriser.
— C’était la seule façon d’exister autrement que comme une blague.
— Vous n’en avez jamais parlé ?
— Non. Ni à mes parents. Ni aux professeurs. Ni à personne.
— Pourquoi ?
— Parce que j’avais honte.
C’était la première fois que quelqu’un attendait que je termine mon histoire.
— Les enfants harcelés vivent dans un état d’alerte permanent. Ils se sentent isolés, rejetés, en colère… parfois coupables. Les blessures ne disparaissent pas toujours avec l’enfance.
— J’ai toujours pensé que c’était de ma faute.
Le thérapeute resta silencieux quelques secondes. Je l’entendis presque, ce rire du passé, tapi dans un coin. Puis il dit doucement :
— Aucun enfant ne mérite d’être humilié pour son nom, son corps ou l’endroit où il habite.
Je sentis ma gorge se serrer.
— Et aujourd’hui, qu’espérez-vous trouver ici ?
— Comprendre pourquoi tout cela me poursuit encore.
— C’est un bon début. Nous allons travailler ensemble pour que ce passage cesse enfin de vous hanter.
Je hochai la tête.
— Nous allons essayer de réparer un peu cela, ajouta-t-il.
La séance touchait à sa fin. Je me levai, légèrement étourdi, comme si j’avais laissé quelque chose derrière moi.
Au moment de sortir, le médecin me raccompagna. Il posa une main rassurante sur mon épaule et prononça lentement :
— Monsieur Lebon, on se revoit la semaine prochaine.
Je descendis les escaliers. Dans la rue, les bruits de la ville montaient comme une rumeur familière. Les passants marchaient sans prêter attention à moi.
Je fis quelques pas, puis m’arrêtai. Soudain, je compris quelque chose que je n’avais jamais vraiment admis. Pendant toute mon enfance, les autres enfants se moquaient de moi.
Aujourd’hui, pour la première fois, quelqu’un venait de le prononcer sans rire.
Mais le pire… c’est que, depuis tout ce temps, chaque fois que je dis mon nom, c’est encore leur rire que j’entends.
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
Je comprends mieux maintenant…
-Qu’est-ce que vous comprenez ?
Vous étiez livré à vous-même.
-Oui, j’avais le choix entre rester au chaud dans le bureau de tabac, régulièrement gêner le passage et avoir des remontrances, ou décamper dans le passage. C’était tout.
Que faisiez-vous alors dehors ?
-J’observais les passants. Certains me posaient des questions : qu’est-ce que tu fais là ? vu ton âge, tu devrais être avec un parent. J’acquiesçais bêtement et je reprenais mon jeu imaginaire, des cailloux, un bout de lacet, une capsule, un mégot… Certains venaient avec un enfant, celui-ci demeurait collé par la main à l’un de ses parents et me dévisageait. Ceux qui étaient libres, je leur faisais un signe. Rares étaient ceux qui avaient assez de liberté pour jouer longtemps. Que de passage, hein ? Et ceux qui manifestement ne pourraient pas jouer avec moi, je leur faisais des grimaces. Évidemment, ça remontait parfois jusqu’au comptoir où ma mère s’activait. On avait fini par me mettre l’étiquette pas sage sur le dos.
Qu’est-ce qui vous dérangeait le plus, l’étiquette ou le fait d’être seul ?
-Le fait d’être seul dans le passage. Le passage était mon Tout, mon trésor, comme ma chambre, et pourtant plein d’inconnus y déboulaient. Je m’étais créé un univers à l’intérieur, tous ceux qui passaient étaient les monstres qu’il fallait que j’évite à tout prix. Je jouais à Oui-Oui, oui dehors, non dedans. Le passage était mon espace de jeux et je m’y sentais en sécurité si je faisais abstraction des autres en quelque sorte.
Je vois. Et que s’est-il passé ensuite ? vous avez grandi, vous êtes allé à l’école…
-Oui, j’ai joué avec d’autres à l’école, mais mes jeux ne les intéressaient pas beaucoup, alors j’ai continué à jouer seul. Dans le passage, j’étais comme en laisse, j’étais à quelques mètres de mes parents, ça les rassurait alors que l’horizon y était plutôt fermé. Je me sentais à l’étroit et pourtant ma peur m’empêchait d’explorer plus loin.
Bon, vous avez bien dû explorer plus loin un jour où l’autre quand même ?
-Oui, il y a eu du changement, j’ai eu une petite sœur que j’ai protégée des monstres. Elle aussi faisait partie de mon Tout. C’était un Tout petit vous savez ? pas large, mais long, très long. Elle avait toujours envie de partir, je lui courrais après, vraiment fatigante. Elle riait beaucoup et je ne comprenais pas pourquoi. Elle occupait Tout mon temps dans mon Tout.
Mais vous sortiez bien un peu de votre Tout ?
-Oui, je quittais mon Tout quand nous allions dans une famille nombreuse. La mère, dont tous les enfants étaient grands et partis, nous gardait et nous faisait à manger. Elle avait peur que nous fassions des bêtises, alors on devait attendre dans le couloir pendant qu’elle préparait le repas. Ça aussi, c’était un autre genre de passage plus sombre.
Et un jour j’ai Tout quitté ! mon passage, mon Tout, mes parents, ma sœur. Et je suis rentré dans l’armée de mer !
Après quelques années passées en formation, j’ai atterri à Brest et j’ai embarqué comme mécanicien dans un sous-marin. Un nouveau passage, j’y ai retrouvé mon Tout, plein de Tout, des passages partout, pour accéder aux machines. Peu de lumière, mes yeux étaient habitués.
Et si je viens vous voir docteur, c’est que je suis au plus mal quand je quitte mes Tout. Je suis agoraphobe.
Le thérapeute :
– vous demeuriez dans un passage durant votre enfance ,n’est ce pas ?
– oui, passage Dutou, mes parents y tenaient commerce
– je comprends mieux maintenant pourquoi vous avez postulé pour la fonction de garde barrière au passage à niveau de Brie Comte Robert ,malgré la nuisance de six passages quotidiens de michelines sur le trajet Mont Saint Esprit – Saint Aubin les Elbeuf et vice versa, avec arrêt à la Tour d’Auvergbe et Brie sur Marne
– heu non docteur, Brie Comte Robert, puis Saint Paul le Jeune, la Garenne Colombe, Saint Etienne du Rouvray, Petit et Grand Quevilly, Saint Cirque…
– oui, oui monsieur Chaix ,j’ai compris, je pense que vous avez besoin de tout contrôler, vérifier, d’être rassuré dans votre vie par la ponctualité sans faille de la SNCF, n’est ce pas ?
– oui docteur, vous m’avez fort bien cerné, d’ailleurs je vais devoir vous demander de me libérer car je dois prendre le 26 pour être à Saint Lazare à 15h afin d’attraper le 15h12 pour Vierzon avec changement à Petit Quevilly et l’omnibus direct jusqu’à Brie Comte Robert
– très bien , ça fera 32 euros 76; le tarif d’un aller et retour
– parfaitement, et rendez vous le 27 à 11h 42
– oui monsieur Chaix, sauf en cas de grève
– ne parlez pas de malheur docteur, à la semaine prochaine
– au revoir,bon retour à Brie Comte Robert.
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
– Je comprends mieux maintenant…
– Enfin, pour être plus précis il faut dire « Toul du », qui signifie trou noir en breton. En langue bretonne, la couleur noire est même présente sur le drapeau régional « Gwenn ha du » qui se traduit par blanc et noir.
Les mois les plus courts et les plus sombres : novembre et décembre sont appelés les mois noirs, « ar mizioù du ». Vous voyez, le réalisme l’emporte sur l’optimisme !
Quant au passage : « Toul », il s’explique par la position du commerce situé à l’arrière de l’enclos paroissial ; c’était une ruelle en impasse, un trou ! Mes parents y vendaient de l’épicerie, des produits laitiers et quelque articles de ménage.
Je prenais beaucoup de plaisir à enfouir les mains dans les coffres où étaient stockés les grains : y plonger les bras jusqu’aux coudes me procurait la sensation d’être caressé par la matière qui, par ailleurs sentait fort bon.
Il me semble que je n’ai que de bons souvenirs de ce commerce. Les clients y venaient et racontaient les évènements qui s’étaient produits hors du bourg : comme des naissances, aussi bien de bébé que de vêlage dans les fermes alentours.
Ma mère barattait le beurre et le mettait dans des moules de hêtre festonnés et incrustés de fleurs qui ressortaient en relief sur les mottes. Des friandises étaient également dans de grands bocaux de verre à l’ouverture inclinée et fermée d’un couvercle métallique. L’un d’eux contenait de petits biscuits ronds de la taille d’une pièce de monnaie surmonté d’une loquette de sucre glace. Nous les utilisions comme pions pour certains jeux de société. Il y avait aussi des souris de caramel dur enrobées de chocolat. C’était délicieux et ces friandises mettaient beaucoup de temps à fondre sur la langue…
– Revenons à votre présence ici Monsieur Le Freillec, si vous le voulez bien. Vous avez eu l’occasion de me dire que vous ne vous sentiez pas reconnu et que les taquineries que vous subissiez enfant se retrouvent dans vos cauchemars de manière récurrente.
– Effectivement, je rêve que tous les enfants, et même les adultes rient sur mon passage et m’insultent sans raison. Il n’y a aucun fondement à cette acrimonie. Mes parents étaient des gens honnêtes et moi, j’ai toujours cherché à leur rendre hommage par mon travail scolaire puis ma vie professionnelle. Je n’ai pas trouvé de compagne avec qui fonder un foyer mais je ne suis pas le seul homme célibataire en ce monde !
– Comment vous décririez-vous physiquement ?
– Je suis un homme mince, voire fluet. Je perds mes cheveux et porte des verres correcteurs. Voilà en deux mots à quoi je ressemble. Il est vrai que je n’ai jamais aimé la bagarre ni les joutes oratoires des piliers de bistrot.
– Diriez-vous que votre nom est en conformité avec le portrait que vous venez de faire de vous ?
– A vrai dire, je ne me souviens plus de la signification de mon nom. Il est exact qu’en breton, comme en français d’ailleurs, le nom rappelle le métier d’origine ou un trait en lien avec le physique.
– Dans votre cas, Monsieur Le Freillec, les bretonnants de votre village, pas toujours bien intentionnés se sont sans doute amusés de certaines similitudes. En effet, rappelez-vous, votre nom signifie à peu près « homme mince et fluet ou homme qui marche en se dandinant ». Ne m’avez-vous pas dit précédemment que vous aimiez énormément danser ?
– Ah, je vois. Vous avez sans doute raison. Les villageois m’ont assigné le rôle de l’homosexuel local. Ce qui n’est pas facile à assumer dans ces lieux où la force et la virilité sont les valeurs recherchées pour travailler la terre ou avoir un métier manuel. Votre éclairage mérite que je me penche sur certains évènements à la lueur de cette définition.
Merci infiniment de votre franchise. Je vais chercher à gommer ou enrichir mon apparence. Cela tombe bien ; j’envisageais de me laisser pousser barbe et moustache.
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
— Oui, passage « Dutou ». Mes parents y tenaient commerce de cordonnerie et le travail ne manquait pas. Du haut de mes cinq ans, je me demandais comment leurs clients pouvaient autant user leurs souliers, alors que j’en changeais parce que mes pieds grandissaient. Maman tenait la caisse et m’envoyait me balader dans cette galerie foisonnante de clients ou de promeneurs venant se mettre à l’abri de quelque intempérie extérieure. Je retrouvais mes copains pour d’endiablées parties de billes sur une portion de terre battue où s’étiolaient quelques rhododendrons. Lili était le fils du boucher, monsieur Brun, qui arborait un tablier maculé de sang. Je l’imaginais en ogre découpant les enfants en mille morceaux et j’étais rassuré de revoir Lili chaque matin. Ma mère ne comprenait pas pourquoi je n’aimais pas la viande et me forçait avaler les boulettes que je faisais. Ange était le fils de la mercière Angèle, qui tricotait sur le seuil de sa boutique. Elle aurait pu être un bon indic pour la police parce qu’elle savait tout sur tout le monde. Aimable était le fils du boulanger qui se prénommait Innocent. Il secouait son calot couvert de farine avant d’aller se désaltérer chez Marius, le cafetier. Sa femme, la mégère Honorine, l’apostrophait pour lui commander d’aller dormir. Ça me fendait le cœur de voir qu’il lui obéissait comme son petit caniche qui le suivait à la trace.
Et puis, un jour, maman m’a pris par la main, car je devais apprendre à lire et à calculer. Alors là, pour la première fois de ma vie, j’ai vu le ciel bleu, parsemé de choux à la crème, des arbres, et j’ai entendu chanter des oiseaux. J’avais peur, j’ai reculé et je voulais rentrer dans mon cocon familier. Ma douce Augustine m’a pris dans ses bras et m’a laissé dans un endroit où il y avait beaucoup d’enfants qui jouaient dans une cour, et une dame qui s’appelait « maîtresse ». C’était pas mal : j’avais plein de camarades, je respirais, mais malgré tout je me languissais de rentrer chez moi, à l’abri.
— Je comprends mieux maintenant. Vous étiez coincé comme dans un tunnel et le monde extérieur vous était étranger. Le passage à la réalité fut une épreuve pour vous et, bien que dorénavant vous ayez une vie sociale épanouie, vous traînez le syndrome de la coquille d’escargot. Je suis quand même étonné que vous ne vous souveniez pas de sorties à l’extérieur avec vos parents avant d’être scolarisé.
— Moi aussi, docteur ! On n’avait pas de voiture, car on avait tout sur place et on passait les dimanches à la maison. Ma mère faisait le ménage, la lessive, et mon père faisait ses comptes. Le soir, ils bouquinaient, tandis que moi, je jouais avec mes petits soldats en mimant les histoires de guerre que mon père aimait me raconter avant de me border.
— En fait, vous avez vécu votre prime jeunesse passage Durien, dit le thérapeute perplexe. Il s’empressa de fixer une quinzaine de rendez-vous à son étrange patient.
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ? – Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce. Je comprends mieux maintenant…
– Habiter durant toute son enfance dans un passage, pas simple, de voir passer, pas d’ancrage, personne de stable,.
– le plus grave est que tous les passants m’appelaient « l’affreux pas sage du tout » qui fixait impertinent, tous les gens qui passaient, je suis vraiment traumatisé . J’étais un mot écrit sur une plaque, une locution répétée, assénée à longueur de journée, je n’étais pas un enfant .Encore aujourd’hui , je m’angoisse, on m’a proposé un appart rue « des Mauvais garçons » qu ‘en pensez-vous ?? que décider ??
– silence clinique …
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
– Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
– Je comprends mieux maintenant.
– Quoi ?
– L’impasse dans laquelle vous êtes aujourd’hui.
– Effectivement, j’habite l’impasse des Sans-soucis. Mais quel rapport ?
– Parfois, quand la voie est sans issue, il faut savoir revenir en arrière pour mieux les affronter.
– Affrontez quoi, docteur ? Je suis à la rue, vous m’avez complètement perdu.
– Vos bêtises ! Ce n’est pas en les fuyant que vous alliez pouvoir les effacer.
– Mais je n’ai rien voulu fuir. Mes bêtises s’en sont allées avec mon enfance. Je ne vois pas du tout le rapport avec mon état dépressif.
– Du tout, vous dites ? Voilà un passage intéressant. Racontez-moi ces bêtises, comment l’on vous grondait, enfant, l’averse de larmes qui s’ensuivait. La dépression n’arrive pas par hasard, elle est la conséquence d’une baisse de pression qui provoque des vents rotatifs dans un milieu fermé, à l’atmosphère lourde, propice aux orages.
– Mais je n’ai jamais rien fait de grave ! Des bêtises anodines, comme tous les enfants. J’ai volé quelques bonbons dans l’épicerie de mes vieux, quelques cigarettes plus tard, tout au plus. C’est sûr qu’une fois pris la main dans le sac, j’ai morflé. Mais bon, c’est du passé, cette période est aujourd’hui non avenue.
– Hé oui, une impasse, sans le moindre souci. Mais une impasse qui mène à un boulevard d’idées noires.
– Oui, c’est ça, boulevard Didier Lenoir. A Moins que ce ne soit Richard…
– Ça bouchonne dans votre cerveau, je vois. Vous risquez l’AVC à tout moment. Je vais vous prescrire un itinéraire pour la circulation. Vous en prendrez un le matin et un le soir. Soyez patient, vous finirez par retrouver la place de la Concorde.
– Je l’espère, docteur Waze.
Le thérapeute: vous demeuriez dans un passage durant votre enfance n’est-ce pas?
– Oui, passage Dutou, mes parents y tenaient commerce.
Je comprends mieux maintenant.
– C’était un passage compliqué.
Compliqué ou difficile?
– Je ne comprenais pas moi, justement. Je n’ai toujours pas compris d’ailleurs.
Une adresse ça ne se comprend pas, c’est là c’est simple. Où était le problème?
– Cette adresse, je me la coltinais partout, elle me collait, elle me pesait comme un sac à dos.
Une nouvelle école, des nouveaux amis, dès le premier jour j’étais catalogué: Machin passage Dutou.
C’était la faute de mes parents aussi. Qu’avaient-ils besoin d’appliquer mon adresse comme une
étiquette chaque fois qu’ils parlaient de moi? Comme s’ils avaient peur que j’oublie d’où je venais ou
qui j’étais?
Et les voisins?
– C’est ça le plus bizarre. eux aussi m’appelaient Machin-pas-sage-du-tout.
Et eux alors? ils habitaient le même passage! Pas l’endroit le plus étroit comme moi mais quand même.
Tenez: même mon frère. Il aurait dû logiquement s’appeler comme moi! Mais non!
Tant qu’à faire dans l’inexplicable j’aurais accepté d’être associé à un nom élégant, prestigieux, célèbre pourquoi pas?
Une avenue, une allée, un boulevard…
Un jour, j’ai déménagé. Pas trop loin. Dans une rue parallèle.
C’était mieux?
– Pas vraiment.
J’étais devenu, incolore, invisible. Quand on parlait de moi, je percevais une gêne, un évitement, voire
de la crainte.On baissait la voix, le regard mi- apitoyé, mi-réprobateur.
Où habitiez vous alors?
– Passage Avide.
Ça a duré longtemps?
– Jusqu’à la mort de mes parents. Je suis revenu pour retrouver le passage de ma jeunesse.
J’ai décidé de reprendre leur commerce. Une brocante de livres: « Au temps perdu ».
Je regrettais l’enfant pas sage du tout.
Mais ça n’a pas marché. il était trop tard. J’étais devenu trop sage.
Je comprends mieux maintenant…
Il serait temps ! (pensais-je)
– Ah ? (me hasardais-je)
– Oui ! (répondit-il)
Puis silence interminable…
Pendant ce temps, je pensais à ce qu’allait me coûter ces échanges terriblement passionnants !
Puis, brutalement il me provoqua :
– A quoi pensez-vous en cet instant précis ?
– Ben, honnêtement… A vous Docteur !
– Et encore ?
– Ben, à ce que j’allais vous payer pour être venue vous confier que pendant mon enfance je demeurais dans le passage Dutou où mes parents tenaient un commerce !
– Intéressant… Intéressant… Mais encore ?
– Et comme vous m’avez dit : « je comprends mieux » je me disais qu’il serait temps : voilà !
– Je vois, je vois… Vous souffrez du syndrome du SANS-FILTRE !
– Ah ? C’est grave docteur ?
– Ça dépend… Où habitez-vous maintenant ?
– A l’impasse du Non-Dit !
– Je comprends mieux votre cas…
– C’est grave Docteur ?
– Pas du tout : vous venez du passage Dutout, vous parlez sans filtre, et vous êtes arrivée dans une impasse…
– Et alors ?
– Il ne vous reste plus qu’à faire demi-tour.
Le thérapeute :
« Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
— Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
— Je comprends mieux maintenant… Et c’était un commerce de détail ?
— Non, ils vendaient de tout. Et leur enseigne était : Au tout !
— Ah oui ! Dutou Au tout ! C’est pas rien. Et aujourd’hui, vous êtes toujours pas sage ?
— Du tout ! J’ai longtemps sur les dents avant d’acquérir la sagesse, ce qui m’a évité de péter les plombs en jouant à la roulette russe.
— Tout est dit : ça nous fera cent balles. Et ne m regardez pas en chien de fusil ! J’ai la gâchette facile. »
MANDINGUE
Je comprends mieux maintenant ! Surmonte sa peur, le patient dévide à côté du tailleur du jo ailleurs c’était leur boutique. Une ‘mère sœurie’ je crois, en êtes- vous sur ? N’est-ce pas une ‘ percerie ‘ ? Le patient se mure comme un coffre fort. Peine perdue s’interrompt le psy. Nous reprendrons demain pour un ult il me passage.
Je frappe au numéro 1 j’appelle ma m’zelle Angèle qui vend des boutons pour pantalons et des gilets de flanelle. Avec mon équipe de tournage je fais des reportages sur les passages. Rue de Vivienne, passage Pommeraye déjà illustré par je ne sais plus quel romancier. Tout est calme, à recommencer comme un livre oublié dont lisait avant de s’endormir, le même passage. Passage Dutout… ça ne vous rappelle rien?
Du tout ! Peut être bien Jacques Martin, j’aimerais le filmer.🐻
passage dutou – Entre2lettres – 14/03/26
Le thérapeute : Vous demeuriez dans un passage pendant votre enfance, n’est-ce pas ?
Oui, passage Dutou. Mes parents y tenaient commerce.
Le thérapeute prit quelques notes, lentement.
Je comprends mieux maintenant…
Je me redressai sur le divan.
Mieux quoi ?
Il hésita.
Vous parlez toujours des gens comme s’ils ne faisaient que passer. Vos amis, vos amours, vos métiers… Vous dites toujours : « quelqu’un est passé dans ma vie ». Jamais : il est resté.
Il referma son carnet.
Vous avez grandi dans un passage et vous y êtes resté. Nous y sommes en ce moment même. Pour vous, la vie est un lieu de transit, car tous ceux que vous avez croisé sont guéris. Ils sont partis.
Avez-vous vu ce qui est écrit à l’entrée du passage ? “Hôpital psychiatrique”. Vos parents l’ont fondé pour vous accueillir, lorsque vous étiez enfant.
Je souris.
— Et vous, docteur ?
— Moi ?
— Vous êtes le seul qui croit être installé.
Je me levai.
— Mais vous verrez… vous aussi, vous ne faites que passer.
Je sortis du cabinet.
Dans le couloir, la plaque avait déjà changé de nom.
Elle portait le titre de “marabout de sa vie”
798 N’A QU’UN ŒIL
Ça m’avait interloqué ça ! Mon psy s’était rapproché de moi et sur un ton confidentiel presque amical m’ avait susurré : j’imagine que vous habitiez dans le passage du GRAND TOUT? Ce passage qui relie la place de la Révolution et l’avenue de la Concorde ?
J’y suis effectivement né et commençais à me sentir mal à l’aise.
Il est vrai qu’on y trouvait de tout dans cet endroit : des habits de déguisement, des vieux livres souvent même pas écrits en français, une vitrine rien que de chapeaux rouges qui avaient dû faire ‘fureur‘ au moment de la révolution, des poupées en porcelaine démembrées ou qui ne clignaient plus que d’un œil l’air de dire : j’en ai plus qu’un, mais je te vois venir… moi j’aurais dit : je t’ai à l’œil. Tout est une question d’état d’esprit… d’évaluation du moment présent… des ours en peluche éventrés qu’aucun chirurgien, même un as n’aurait pu réparer. Oui c’est dans ce fratra que je suis arrivé effectivement. Qu’est-ce qui dans ma tenue pouvait amener mon thérapeute à déduire ça ? Je commençais à me méfier… il m’avait été conseillé par un collègue de bureau qui à la réflexion m’intriguait lui aussi..
Ce psy était-il un monsieur Irma ? Tiens..il est gaucher… et je n’avais pas remarqué, mais il a un tic… en l’analysant davantage, je décèle quelques tremblements de la paupière… du reste..il parait endormi tel un matou matois… lui aussi dormirait il que d’un œil… beaucoup de borgnes tout ça il faudra que j’en parle à…
Allons bon ! Si ça continue, on va renverser la vapeur ! c’est le malade qui va soigner le soignant ! C’est malin ça ! Et c’est qui qui va payer ! Hein ? C’est fort aussi, non ? Alors là, mon bon monsieur vous vous fourrer le doigt dans l’œil ! Ma méfiance avait pris le pas sur la raison de ma consultation… aussi le plus tranquillement possible, l’air de rien j’ai décroché ma veste et sur la pointe des pieds je suis parti sans me retourner.🐁
🐁Rectif : Ça m’avait interloqué ça ! MON psy ….
Petite rectification.
J’ai écrit : — Vous disiez que vos parents tenaient commerce dans ce « passage »…
Pour maintenir l’ambiguïté, j’aurais dû simplement dire :
— Vous disiez que vos parents y tenaient commerce… quels rapports aviez-vous avec eux à cette époque ?
Il est temps que j’aille dormir. 😀
Bon devoir à tous.
Le thérapeute hocha lentement la tête. Son client venait de prononcer — sans s’en rendre compte — une phrase clé.
— « Pas sage du tout ? » répéta-t-il doucement.
— Oui… Passage Dutou, répondit le client.
— Mais encore ?
— Que voulez-vous que je vous dise de plus ?
— Tout ce qui vous viendra.
Le client hésita quelques secondes.
— Je dirais qu’il était sombre… terriblement sombre. J’ai du mal à en parler.
— Votre « pas sage du tout », à votre âge d’alors, qu’avait-il de si sombre ?
— L’âge n’a rien à voir là-dedans. Aujourd’hui encore je dirais la même chose. Ce passage était comme un trou noir. Son ombre me colle toujours à la peau.
Le thérapeute esquissa un sourire.
— Cette ombre dont vous parlez me fait penser à l’Ombre au sens jungien : cette part de nous-mêmes qui demeure dans l’inconscient.
— Franchement, je ne vois pas le rapport avec mon passage Dutou.
— Peut-être qu’en y mettant un peu de lumière, nous finirons par le voir ensemble.
À ces mots, l’esprit du client sembla buguer un instant. Il lui fallut quelques secondes pour reformuler la question que le thérapeute venait de glisser, presque innocemment.
— Vous disiez que vos parents tenaient commerce dans ce passage… Quelle était la nature de vos échanges avec eux ?
— Mes parents étaient encadreurs. Ils passaient leurs journées à encadrer tableaux et gravures. Ils étaient très pris par leur activité.
Il marqua une pause, pensif.
— Trop.
Ce « trop » éveilla aussitôt la curiosité du thérapeute.
Et si ce « pas sage du tout » n’avait été, au fond, qu’une manière pour l’enfant de sortir du cadre ?