826e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Dérivée de l’IA, LA VIE CHOISIE (LVC) permet de vivre une autre vie pendant 24 heures. Racontez votre première expérience. Sachez que vivre l’existence d’un être humain est impossible.


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34 réponses

  1. Urso dit :

    Dérivée de l’IA, LA VIE CHOISIE (LVC) permet de vivre une autre vie pendant 24 heures. Racontez votre première expérience. Sachez que vivre l’existence d’un être humain est impossible.

    Quelle joie, quel bonheur d’avoir aujourd’hui LA VIE CHOISIE (LVC).
    Grâce à elle, je réalise mon rêve le plus fou.
    Pendant 24 heures, être trotteuse d’une montre mécanique.
    C’est dingue, c’est incroyable ! En l’espace de quelques centièmes de seconde je pénètre dans cette montre pour y devenir sa trotteuse.
    24 heures, Oh ! Que tout ce temps passe doucement.
    Tic, tic, tic, toc ! je n’arrête pas de toute la journée et aussi de la nuit.
    Quelle fierté, je suis le seul maître à bord, capitaine d’un énorme bateau, sûrement un paquebot.
    Donnant la pleine vie à cette montre pas électrique, portée par une belle dame, jeune, riche, convoitée, habitant un beau château, en pleine Normandie.

    Des fois, je ne sais pas pourquoi, cette belle dame semble me regardait évoluer.
    J’essaie de bomber le torse, de montrer au maximum mes muscles. Oubliant tout à fait que je suis devenu, pour 24 heures, une trotteuse de montre mécanique.
    Pas la trotteuse des 24 heures du Mans. Moi j’avance à mon rythme. Toujours battant la mesure, donnant le tempo, tel un métronome, Tic, tic, tic, toc !

    Oh ! Quelle expérience, il faut en avoir de la patience pour faire toujours ce même mouvement. À l’intérieur d’un si petit habitacle de montre.
    Moi qui en temps ordinaire je suis habitué à vivre dans un grand espace. Qui voyage à longueur de journée et vivant ma vie à cent à l’heure.
    Je conduis des trains à grande vitesse et là pendant 24 heures je m’amuse à être trotteuse d’une montre bien mécanique.
    Vivant cela comme une sorte de longue méditation, sans être assis en lotus.
    Tic, tic, tic, toc ! sans faiblir, sans défaillance, ressemblant aux battements d’un cœur fou ou amoureux.
    Donnant vie à cette superbe montre dont je ne dis pas la marque.

    Et puis une sorte d’inquiétude me prends, lorsque je me rends compte que le temps a tout à coup bien défilé et que bientôt j’arrive au terme de ce voyage inattendu.
    En plein cœur d’une montre avec la plus belle des missions à accomplir. Celle de la trotteuse sans peur et sans reproche.
    Oui, je le vois, la fin de la course, du contrat à accomplir, approche.

    Les 24 heures sont presque terminées. Qu’à mon tour je vais un peu rendre l’âme et laisser la place à la véritable trotteuse de la montre.
    Pour que malheureusement je regagne mon ancienne vie, celle de conducteur de train, fonçant à grande vitesse dans la campagne de France.
    Aïe ! Aïe ! J’y suis presque, plus que quelques minutes et ça sera la fin. De la vie d’une trotteuse de 24 heures.
    Un peu mon Mans à moi.

    Dring, Dring !
    – Allo ! Allo ! Quoi, c’est mon chef.
    Ah bon ! Vous dites que je suis viré !
    Mais qu’ai-je fait de mal ?
    Trotteuse dans une montre, ce n’est pas si méchant.
    Quoi ? C’est incompatible avec mon métier.
    Et puis ce n’est pas vraiment moi, le fautif, c’est plus exactement la LVC.
    – Bon j’ai compris, n’en faites pas tout un fromage bleu !

    Licencié de mon job, c’est donc une nouvelle vie qui démarre.
    J’ai une idée qui me trotte dans la tête.
    De ce pas, je pars vite en Suisse. Dans ce pays il reste des montres d’antan.
    Et qui sait je pourrais ou vais y trouver un job de trotteuse de montre mécanique.
    Pour continuer à faire, et cette fois-ci tous les jours de ma vie :
    Tic, tic, tic, toc ! …

  2. Laurent dit :

    J’ai 24 heures devant moi pour vivre cette autre vie ; c’est beaucoup de minutes à déguster, c’est peu au regard d’une existence. Quelle vie choisir ? Il me faut impérativement faire le bon choix. Tout est ouvert, mais, en tant qu’humain, je n’ai pas la possibilité de me fondre dans la vie d’un autre humain. Pourtant, je me serais bien habillé des joies et des réussites de quelques personnes, en laissant de côté ce quotidien pragmatique qui ne consiste qu’à s’occuper pour éviter de dire que l’on trouve le temps long.

    Alors ? 24 h dans la peau d’un objet ? Pour y être enfermé, non, rien à faire ! Je vais aller dehors.
    Choisir une vie d’animal ? Malgré tout, pour certains d’entre eux, l’existence se limite à être enfermé ou en liberté très surveillée, entravé par une longue laisse pour faire illusion de liberté. Pour d’autres, le quotidien est pour le moins bestial ; l’un ne vaut pas mieux que l’autre. Et si j’adoptais la vie d’un papillon ? C’est un vrai spectacle avec ses ailes multicolores dansant dans la lumière, c’est aussi un symbole de liberté et de légèreté. Une beauté éphémère, simplement, mais peut-être une existence un peu courte pour 24 heures d’une autre vie.

    Un végétal pourrait-il faire l’affaire ? La vie d’une plante verte ne m’inspire pas beaucoup ; une fleur dont on apprécie la finesse et ses couleurs, peut être ? Mieux que cela : un arbre. Celui de la forêt plutôt que celui des vergers, quoique partager quelques fruits puisse être une finalité bien satisfaisante. Un arbre, pas forcément un chêne. Sa digne silhouette, son imposante prestance le mettent un peu à l’écart des autres. Cela dit, disposer d’une certaine distance avec un quotidien bruyant, agressif, relève d’un confort appréciable. Ce serait bien un arbre, tout simplement, avec une belle mission : être le témoin du passage des générations profitant de mon ombre, garder le secret des mots tendres et discrets échangés sous mon feuillage. Mais rester enraciné là, sans bouger, sans se promener, quand même ?

    La transportation vers une autre vie humaine me taraude. Profiter de ce bien vivre synonyme d’émulation, qui rime avec onirisme, ressentir et partager. Ressentir ? La voilà l’idée : ressentir, sentir, humer.
    Oui, un parfum, être l’aboutissement d’un travail délicat, être le choix d’un moment suave, s’associer à la signature d’une personnalité, contribuer à un échange d‘émotion.
    Oui, un parfum, une façon d’être soi et en même temps de faire un pas vers l’autre, être l’ambassadeur d’une rencontre. Un lien immatériel entre l’ordinaire et le sublime,
    Oui, une fragrance florale, pourquoi pas un peu boisée ; 24 heures comme cela, et pourquoi pas le renouveau vers autre chose.

    Laurent Baudinot

  3. Béatrice PRIQUEL dit :

    LA VIE CHOISIE (LVC) est très en vogue, les ados ne jurent que par elle. Elle dépasse leur intérêt pour les jeux-vidéos. Un ado peut se projeter à la place d’un animal, d’une plante, d’un arbre et voir si mettre en application lui donne autant de sensations que ce qu’il imaginait. C’est finalement judicieux pour comprendre la place et l’empreinte de l’humain dans le cycle de la nature.
    Pourtant, il y a un hic. Pour un jeune, l’expérience déconstruit tellement d’idées reçues, qu’au retour, il se morfond dans la situation actuelle et ne cesse de rêvasser à changer le monde. Au moins, il devient conscient qu’il fait partie de la nature et n’est pas au-dessus d’elle comme on lui enseigne à l’école.
    Alors, forte de toutes les expériences diverses et variées que j’ai déjà faites, j’ai décidé de tester moi-même. J’ai toujours adoré les chatons.
    A peine ai-je tapé chaton sur l’ordinateur, que OUPS…
    Je suis un animal à poil avec de grands yeux bleus. J’ai 3 couleurs de poil : des rayures noires sur ma tête et mes pattes, mon cou est tout blanc, il y a aussi du beige et des rayures sur mon corps. Il fait encore nuit, ma mère est allongée sur le côté et je cherche ses mamelles. Tous serrés les uns contre les autres, je pousse mon frère pour avoir une mamelle pleine. Ensuite je m’endors sur elle tellement je suis goulue. Je suis une femelle. Aujourd’hui ma mère nous lèche l’un après l’autre avec sa langue rapeuse. Elle me peigne les poils, j’adore ça. On est tous rassemblés sur un coussin dans notre carton dans le garage.
    La porte du garage vient de claquer, c’est le fils. Il pousse sa moto dehors et la démarre. Je crie et me blotti contre ma mère, je mets mes pattes sur ma tête et j’attends que ça passe. Ensuite j’entends un bruit de klaxon, pareil. Ça vient de l’autre côté de la porte du garage, je ne veux surtout pas y aller. Heureusement je dors souvent.
    La fille vient nous voir et elle repart, on dirait qu’elle est pressée, elle va partir à l’école. La mère claque la porte et démarre sa voiture, on est tranquille jusqu’au soir.
    Maman se lève, nous arrache de ses mamelles, elle sort dehors pour faire ses besoins, nous on fait où on peut. Je l’attends. Et si elle ne revenait pas ?
    Je joue avec mes frères et sœurs, on se cache dans le garage, j’ai réussi à monter dans une boite, il y a plein de trucs froids et durs dedans. J’en ressors aussitôt. J’en vois un qui se fraie un passage sous un carton. Mes sœurs sont ensemble, elles sont montées dans une boite avec une entrée ronde, ça doit être rigolo, je les rejoins. A 3, ça tourne un peu, je ne suis pas rassurée, je saute vite dehors.
    Maman arrive, nous appelle, c’est l’heure de manger… ça j’aime. A nouveau affalés sur le ventre bedonnant de maman tout l’après-midi.
    Je reconnais le claquement de la porte d’entrée. Ce sont la fille et sa mère. La fille va débouler, j’ouvre un œil. Elle me prend dans sa main, elle me caresse : « Non mais, je dormais moi ! et va doucement, je suis fragile moi ! » Elle me repose, « OUF ! » et s’occupe des autres. On est 5, j’ai un frère tout noir et un autre noir et blanc. Mes sœurs me ressemblent.
    Maintenant qu’elle nous a tous réveillé, je joue avec mes frères et sœurs. Il y a une pelote de laine, je sors mes griffes et j’attrape ce que je peux, chacun tire un bout et ça fait des nœuds. « Oh là, là, je suis tout enfermée dans les fils ». La fille me libère.
    Je sens des odeurs de cuisine. Ma mère tend le cou, elle a l’air d’apprécier, mais ce n’est pas pour elle, il lui reste encore une pate gluante qui pue dans la gamelle et de quoi boire. Il y a encore un bruit trop fort pour moi, ça se passe dans la cuisine.
    J’entends la moto qui revient, Non !!! je me cache entre les pattes de ma mère au chaud. Le garage s’ouvre, il rentre sa moto en la poussant. Il peste : qui a laissé ses affaires parterre ? Il vient nous voir. Il crie : « Ils ont bien grandi depuis la dernière fois ! » il ne m’a pas touchée. Il est attiré par les mâles on dirait. Il fait sauter mes frères, de plus en plus haut, il veut leur apprendre. « Mais gars, ils apprendront bien tous seuls quand ce sera l’heure, lâche les. On dirait qu’il m’a entendue ».
    Ils vont manger, on va entendre la télé et on est tranquille pour la soirée.
    Nuit ou jour, pour moi, c’est pareil. Je mange, je dors, je joue et je recommence. J’aime la nuit, je vois presque mieux que le jour et surtout je sais qu’on ne sera pas dérangé. Cette nuit, j’entends du bruit, ma mère a tendu l’oreille aussi. Elle nous pousse et sort promptement du carton. Elle part en chasse. J’entends gratter. Elle saute sur une petite souris, l’égorge, la dépose sur le paillasson et revient s’allonger avec nous. Elle a bien fait son travail, ils vont être contents.
    Le matin, la porte s’ouvre et j’entends un cri, la mère a vu la souris égorgée. Ça n’a pas l’air de lui plaire.
    Et POF…
    J’ai quitté mon habit de chaton, je retrouve un corps humain et j’en suis très contente. Au moins, j’ai vu qu’être dans la peau d’un chaton n’était pas si réjouissant. Je ne vais plus faire la difficile, je suis plus à l’aise dans ce corps là.
    Et si je choisissais d’être une plante ? Je comprends que les jeunes raffolent de LVC, c’est addictif…

  4. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Il va être bientôt minuit. Cendrillon devrait être là! »
    Ce magazine me déprimait. Et j’ai tourné les pages pour passer le temps. Il était maintenant trois heures et elle n’était toujours pas rentrée.
    Que s’était-il passé ?
    Malgré le froid, je me suis décidé à sortir et la pluie tiède crépitait sur la neige. Un vent doux portait un parfum suave et fleuri. Une lueur diffuse illuminait doucement le ciel. Quelque part un volet a grincé. J’ai refermé la porte et d’un pas tranquille, je me suis dirigé vers le château. Les clefs dans ma poche cliquetaient gaiement. Et il me semble qu’elle déclenchèrent la LVC, à l’insu de mon plein gré.
    Ne connaissant pas les abords de ce château, j’ai maintenu ces clefs pour les taire. Mais la métamorphose était déjà enclenchée. Je me suis senti plus fort tel un dieu. Je pus définir si les environs cachaient une menace. Cette ambiance me parut irréelle alors que ma perception avait amplifié. En tant que dieu, ma mission se déroulait normalement.
    Puis, l’air devint immobile, oppressant. Dans le lointain, j’entendais les échos d’une fête. Je me suis passé les mains dans les cheveux comme pour me réveiller. Mes cheveux devenus plumes d’aigle. Mon costume ne trancherait pas avec l’ambiance. Dans le noir, j’avancais doucement. Je n’avais plus du danger, où règnent les tigres solitaires, qu’une idée familière comme au sein d’une arène. Avec mon arc, je saurai les affronter et d’un revers de main, je les décimerai.
    En approchant de la poterne, une musique d’un autre temps, moderne et en même temps guerrière, très rythmée, avec une mélodie très agréable à l’ouïe, me charma.
    Une lampe s’alluma au-dessus de moi.
    – Oh ! Mon Dieu ! s’écria une voix féminine dans l’ombre du couloir. ! A cet instant je sus que ma transformation était réussie. Qu’avez vous fait à vos cheveux ?
    — C’est ma réserve de plumes. A chacune son style. Dépêchons nous, nous n’avons plus que 23 heures pour écrire.

  5. HOUSSAY dit :

    J’ai voulu être un poisson pendant 24 heures. Je me disais qu’être un poisson dans l’eau, c’est simple. Mais quand les écailles me sont tombées des yeux, j’ai réalisé qu’il fallait que j’arrête de me faire des illusions. Si je ne suis pas dans un milieu ambiant, tout tombe à l’eau. Et comme je ne suis plus en âge de résister, je coule… Alors, entre la carpe et le lapin, j’ai choisi…

  6. Raymond dit :

    Dérivée de l’IA, LA VIE CHOISIE (LVC) permet de vivre une autre vie pendant 24 heures. Racontez votre première expérience. Sachez que vivre l’existence d’un autre être humain est impossible.

    CALEPINO

    Posé sur la surface en marbre de la table, j’ai le dos gelé. À chaque ouverture de porte, un fluide glacial m’enveloppe tel un linceul : je n’en peux plus ! Cela fait trop longtemps que tu es parti régler l’addition. Je dois être réaliste : tu m’as abandonné !

    Je n’y crois pas ! Comment, oui comment as-tu pu me laisser sur la table de cette gargote comme un vulgaire papier inutile ? Cet endroit ne me plaît pas, étant donné qu’il est imposant, bruyant avec plein d’odeurs de cuisine et de sueurs aigres ! Moi, j’aime les lieux calmes, avec une ambiance feutrée où je peux accueillir tes pensées entre mes pages.

    Je fulmine !
    « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie
    N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?… »

    J’imaginais être important pour toi ! T’ai-je déçu ? Suis-je devenu aussi rapidement, si laid, si froissé pour ne plus avoir ta considération ?

    Pourtant, quelle merveilleuse rencontre fut la nôtre ! Du haut de ma gondole, J’entends encore tes paroles qui ont fait frissonner mes pages
    — Bonjour mademoiselle, je recherche un carnet de notes. Pas trop gros, pas trop large afin que je puisse le mettre dans la poche de ma veste. Par contre, je le désire élégant et coloré pour le plaisir des yeux.

    — Vous avez raison, dit la vendeuse. La première rencontre avec un objet passe par sa présentation extérieure. Avant le plaisir des mots, il y a l’incontournable et précieux contact avec l’article. Voici, un Calepino de fabrication française !

    Dès que tu m’as pris dans tes mains, que tu as caressé la texture de ma couverture, que tu as effeuillé mes pages avec délicatesse, j’ai voulu t’appartenir.

    — Observez sa reliure Singer, du nom de la machine qui réalise l’opération. La piqûre apparente s’habille d’un fil dont vous choisissez la couleur. Simple, esthétique. Ici vous avez une piqûre à plat, appelée « piqué-piqué », de couleur bleu céleste.

    Bla-bla-bla, bla-bla-bla ! Je ne supportais plus qu’elle étale sa science. J’ai supposé qu’elle t’énervait aussi, d’après la réponse un peu sèche que tu lui as faite : « Je le prends, merci ».

    J’étais aux anges !

    Tu m’as glissé dans la poche intérieure de ta veste. J’y étais bien, protégé et au chaud. Arrivé ici, tu m’as déposé sur la table. Au centre de ma première page, tu as inscrit : « Cahier d’idées et de réflexions ». Je me souviendrai toujours de la sensation laissée par la plume de ton stylo quand celle-ci m’a effleuré. C’était doux, léger. L’encre s’incrustait dans mes fibres et formait les premières lettres, les premiers mots, les premières phrases. Pendant quelques heures, tu n’as pas cessé d’écrire et de tourner mes pages avec délicatesse.

    J’ai vite compris mon utilité. Tu essayes d’écrire un roman. Et, pour t’aider, tu as besoin de noter des phrases. Relevées dans les livres, entendues dans la rue, le métro ou au restaurant.
    Celles-ci, dis-tu, te servent de modèle.
    Par exemple : « La brume bleue qui descend de la montagne le soir, à la façon d’un châle qui glisse doucement des épaules » de Philippe Claudel ou « Il absorbait l’amour comme le sable absorbe la mer » de Jeanne Benameur. Tu écris aussi des éléments de ta vie : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas ! ». J’ai trouvé ça bizarre !

    Soudain, des mains étrangères me saisissent sans ménagement ! Un doigt rêche et gras ouvre ma première page, à la recherche, je suppose, de ton numéro de téléphone ou de ton adresse. Son majeur s’insinue derrière la deuxième page. Je voudrais avoir le pouvoir de les coller entre elles afin de l’en empêcher.
    Ah non ! Il ne va pas continuer, me pénétrer, violer notre intimité… Malheureusement, je suis impuissant !
    Ouf ! Il me referme puis me jette sur le comptoir près de la caisse. Au moins ici je n’aurais plus froid !
    Comment vais-je finir ?

    La première journée de mon existence, en ta compagnie, est bientôt terminée, tu arrives déjà, au bout de mes pages. Je pensais finir le reste de mes jours dans ta bibliothèque. Tu aurais continué à glisser tes doigts fins entre mes feuillets à la recherche de la phrase idéale pour tes écrits. Mais non, tu m’as largué ! J’en suis baba !

    De nouveau cette main qui pue la friture, me saisit puis par je ne sais quel miracle, me voilà dans les tiennes. Je les reconnais immédiatement au grain de ta peau.

    Suis-je bête ! Tu ne m’as pas abandonné, c’était juste de l’oubli !

    © Raymond

  7. Françoise Rousseaux dit :

    J’ai résisté longtemps ; j’avais décidé de boycotter LVC et je n’en démordrais pas ! Cependant, de plus en plus de personnes utilisaient cette IA et au fil du temps, l’engouement se généralisa. Une fois la première expérience passée, la plupart recommençait encore et encore. Au lieu de voyager aux quatre coins du monde, on vivait une autre vie, et encore une autre et ainsi de suite…Les compagnies aériennes firent faillite ; par contre le concepteur de LVC intégra le cercle très fermé des dix personnes les plus riches de la planète. Moi, je résistais toujours, mais ma motivation s’étiolait…Finalement, quand des proches m’offrirent pour mon anniversaire une première expérience de LVC, je décidai, avec un soupçon d’hypocrisie, que je ne pouvais pas refuser. Je consultai les différentes offres sur leur site et passai une grande partie de mes nuits à tenter de faire le bon choix. Lassée par ces insomnies, je finis par me rendre au centre le plus proche de chez moi et optai pour une Vie« surprise » .
    Eh bien pour une surprise, ce fut une surprise !
    Je me retrouvai tout en haut d’un pic rocheux, dominant une profonde vallée. Pour moi qui suis sujette au vertige, ce fut cauchemardesque ! Qu’est que j’étais venue faire dans cette galère ? Non mais quelle idiote ! Si j’avais demandé à être transformée en arbre, au moins j’aurais été fortement arrimée au sol et seules mes branches se seraient élancées vers le ciel ! Je ne sais combien de temps je suis restée agrippée à ce pic, mais j’ai tout à coup, j’ai pris conscience que je n’avais plus ni bras, ni jambes, mais deux courtes pattes munies de serres et surtout, une paire d’ailes d’une envergure impressionnante.En outre, ma vue perçante décelait les moindres détails sur les versants des montagnes voisines et tout au fond de la vallée. Alors je me suis élancée, ouvrant mes ailes et toute mon angoisse se dissipa. Etais-je un aigle royal, un gypaète barbu, un vautour fauve, je ne l’ai jamais su, en tout cas un grand rapace alpin. Alors j’ai volé, plané, plongé, ce fut prodigieux !
    Et puis, hélas, il a fallu quitter le ciel, réintégrer mon corps humain, si gauche, si pataud, scotché au sol par la pesanteur. Evidemment, je n’avais qu’une envie, renouveler l’expérience, mais on m’a conseillé d’attendre un peu, il y avait parfois des effets secondaires…
    Effectivement, je ressentis bientôt une immense fatigue et je dus me résigner à me mettre au repos ; Je dormis beaucoup, puis peu à peu, je retrouvai la forme. On parlait beaucoup de LVC et pas toujours en bien. Apparemment, il y avait une véritable addiction chez les usagers et les effets secondaires étaient de plus en plus sévères. Je décidai de renoncer et partie m’installer dans les Alpes.
    Deux années ont passé…
    Aujourd’hui, je suis en train d’escalader un piton rocheux qui domine une vallée. C’est difficile, mais je suis bien entraînée et mes coéquipiers sont très fiables ; par ailleurs, je ne suis plus sujette au vertige.
    Et tandis que nous grimpons, l’ombre d’un gypaète passe au-dessus de nos têtes. Je vais finir par arriver en haut du piton et là, qui sait, peut-être qu’il me poussera des ailes. Alors, je pourrai plonger dans le ciel !

  8. Nana fafo dit :

    Chienne de vie (partie 2)
    Ce type de voyage laisse des traces…
    Et ça, c’était pas noté sur la notice de la machine à voyager dans les univers parallèles LaVC, pourtant en 4 langues et en 4pt Times.
    Ronchonchon et Ficelle étaient revenus à leur point de départ, un sentiment étrange d’avoir l’esprit Vacillant et Chamboulé.
    Si ce voyage avait duré 24 heures, pourquoi n’arrivaient-ils à se souvenir que des 5 dernières minutes ?
    De ce Barde, Boris, et son hallebarde qui leur transmet la précieuse information sur Louptard qu’ils étaient venus chercher.
    Ronchonchon et Ficelle étaient dans la réserve de l’estaminet, il faisait nuit, ils décidèrent d’aller se coucher et se retrouver le lendemain.
    Durant la nuit, Ronchonchon se rappela :
    Ficelle et lui, ont été expulsés de LaVC, directement en pleine Ville Centrale, au beau milieu d’une Violente Circulation qui les a percutés Visage Contre terre, sitôt arrivés.
    Immédiatement Véhiculés et Conduits à l’hôpital du Vieux Corniaud pour être rafistolés par Victoire Camille de L’élice, la seule Véritable Chirurgienne de l’établissement, ils ont été Vite fait Cousus d’une main Vaguement Compatissante laissant de Vertes Cicatrices.
    Ils ont passé Vingt-trois heures et Cinq minutes inconscients de leur sort.
    Lorsque Ronchonchon a repris Visiblement Connaissance, Ficelle avait déjà trouvé un moyen de rejoindre le Hall des Bardes : une Vieille Charrue les a Conduits Vitement à un Vieux Conteur, Boris, Barde de son état, pointant sur eux, sa lance pointue et parlante.
    Maintenant ils avaient certes un moyen de pression sur Louptard, mais aussi de Vraies Cicatrices.
    Une Véritable Connerie cette machine ! Ils auraient pu faire un AVC !
    Pour connaître le début de l’histoire : https://nadyachaffautpsy.wixsite.com/confessions-de-besti/post/sd943-hom17-ecr003-chienne-de-vie-partie-1

  9. Sylvianne Perrat dit :

    Séduite par une accroche attractive « LVC, La vie choisie », j’avais cliqué sans vraiment réfléchir. Une autre vie pendant 24 h… Quelle belle idée ! Une expérience riche à coup sûr. De quoi avais-je envie ? Plus jeune ? En parfaite santé ? Sans soucis ? Être un homme ? Dans un monde sans guerre ? 25 degrés en permanence ? Une famille unie et chaleureuse…
    Un hic ! était vite survenu. Enthousiaste, je n’avais pas lu les petits caractères comme d’habitude. Et le lendemain matin, dès le lever, je fus projetée au milieu du Sahara ! Dans ce programme, il n’était pas question de choisir cette autre vie. Le changement de vie était choisi par l’algorithme en fonction de notre plus grande PEUR ! C’était en fait un voyage initiatique. Un périple thérapeutique. Je n’avais rien compris. En fonction de mes différents surf sur le web, l’IA avait repéré ma peur existentielle de la SOIF. Depuis toute petite, j’avais toujours soif et craignait de ne pouvoir boire. Un truc de ma vie de nourrisson, je suppose. Je n’allais nulle part sans de l’eau. Un jour, j’avais même refusé un voyage dans le désert à cause de cette peur. Aurais-je de l’eau ?
    Et là, avec le même corps, au même âge, avec les mêmes problèmes de santé, les mêmes soucis, je me suis retrouvée projetée dans le désert et sans ma précieuse gourde d’eau fraîche.
    Le paysage était splendide, les dunes, la lumière, cette immensité…
    Mais… où était la source, le robinet, la douche ?
    Je paniquais. Ma gorge était déjà sèche. Mon cœur palpitait. Je cherchais du regard une fontaine, une bouteille de badoit. Y avait il une petite épicerie ?
    Après qq salamalecs, j’abordais un homme bleu. Celui que j’admirais enfant dans mes livres. Il était magnifique. Ce bleu… ma couleur fétiche.
    Il me parla de l’oued. Et de l’oasis miraculeuse à qq km de là. Là- bas, il y avait de l’eau douce. Ma gorge était déjà sèche. Au vu de ma panique, il m’offrît un « cactus tonneau » et m’apprît son utilisation pas facile. J’étais moins paniquée mais assoiffée tout de même. Surtout la peur d’avoir soif me taraudait. Guidée de l’homme bleu, en trainant une valise qui ne roulait pas dans le sable, difficilement, haletant je parvins à l’oasis. A ce moment, j’ai enfin osé transpirer et avaler ma précieuse salive. J’étais sauvée !
    Je m’attendais à une petite auberge avec douche sommaire mais eau à volonté. Très naïve ! Dans quel film, j’avais vu cela ?
    Là, c’étaient 4 bicoques en bois et carton, qq beaux palmiers et un filet d’eau à la source miraculeuse. L’état des enfants poussiéreux en disait long.
    Quelle heure est il ? Cette vie choisie ne dure qu’à 24 h. J’ai hâte d’avoir fini.
    J’ai toujours soif et peur sans ma gourde. Soif ou peur ? Mon visage est livide. Une femme s’approche de moi avec une tasse pleine d’eau. Elle a tant d’affection de générosité dans son regard. Elle me sourit, me rassure. Je boirai autant que je veux. La peur s’efface, j’ai confiance. « Tout va bien, le désert efface les vieilles misères. Il y a un oasis en chacun d’entre nous. »

  10. iris79 dit :

    Dérivée de l’IA, LA VIE CHOISIE (LVC) permet de vivre une autre vie pendant 24 heures. Racontez votre première expérience. Sachez que vivre l’existence d’un autre être humain est impossible.
    Je me réjouissais de devenir cet oiseau que j’ai longtemps jalousé. Etre un pinson, juste un petit pinson. J’ai pu nicher dans des tas d’endroits, voleter au-dessus de toutes les maisons, de celles des voisins, de toutes celles du quartier et même encore plus loin, me poser sur le rebord des fenêtres, regarder la mamie du 36 cuisiner, l’enfant du 29 jouer dans sa chambre avec ses jouets, veiller sur la sieste du bébé du 17. Je pouvais sans que l’on me voit, me poser sur le bois des pergolas et épier toutes les conversations. J’ai appris des nouvelles, j’ai pu voyager ici et un peu plus loin, me reposer dans les arbustes près des étangs, des rivières et près de la mer, j’ai rencontré plein de congénères, j’ai chanté à l’unisson, j’ai gravi les étages de la Tour Eiffel, j’ai découvert tant de choses, plein de de secrets et voler quelques indiscrétions. Je me suis saoulée de cette liberté inédite et n’ai qu’une hâte, la retrouver.

  11. datura dit :

    Je me suis retrouvée dans une suite luxueuse de l’hôtel Plaza Athénée, . des serviteurs discrets m’avaient apporté un petit déjeuner copieux, rien ne manquait ! Sur le bureau se trouvait le programme de la journée : 10h chez cartier essayage de la rivière de diamants, déjeuner chez Maxim’s, après midi , shopping avenue Montaigne. A 18h départ pour aller à Londres
    rejoindre son altesse le prince Abdallah D’Arabie .
    Sur le portable mis à ma disposition, je suis allée voir à quoi ressemblait ce prince, pas tout jeune, bedonnant dans sa grande robe blanche ! Descendant d’une grande lignée royale. Je l’avais mon prince ! Mais pas celui dont je rêvais,
    Je m’apprêtais à m ‘habiller, quand je m’aperçus qu’il n’y avait que des abayas dans la garde robes. Je n’avais pas le choix, il fallait que je sorte dans une de ces tenues ! À chaque robe correspondait un hijab pour me couvrir la tête, la totale ! Pour la robe de princesse, c’était raté !
    Devant l’hôtel m’attendait une Mercedes noire, aux vitres teintées, avec chauffeur et garde du corps, voilà mon carrosse !
    Chez Cartier j’avais eu droit à tous les honneurs dus à une princesse.
    Chez Maxim’s je ne me privais pas, j’optais pour du caviar et du homard, quand on est princesse on ne regarde pas à la dépense ! J’avais à ma disposition une cb diamant, crédit illimité.
    Pour aller faire du shopping j’avais décidé d’y aller à pied, mais le garde du corps m’avait fait comprendre que son altesse le prince ne serait pas d’accord. C e garde du corps commençait à m’agacer. J’avais l’impression d’être prisonnière, je n’avais qu’une hâte me débarrasser de cet accoutrement et quitter cette vie choisie.
    Chez Dior, j’essayai une robe « normale », la gardai sur moi, payai et profitant que le garde du corps était sur son portable, je m’enfuis.
    Mais où sont passées les princesses qui m’ont fait rêver ?

    Datura

  12. Jean Marc Durand dit :

    Pour notre énième anniversaire de mariage, mon épouse m’a offert 24h de VIE CHOISIE chez LVC, une nouvelle boîte à la pointe du progrès parfois épineux des hommes, mais pas toujours.

    – Ouf, 24h de tranquillité, l’ai-je entendu papoter avec sa sœur au téléphone.

    – Ouf, me suis-je dit, 24h sans vaisselle, histoire de ne pas faire semblant de partager les corvées du couple embourbé.

    Je n’ai pas été long à me décider, un vieux rêve même pas enfoui, un surnageant depuis des années, bien accroché à mes rameaux d’évasion.

    Pendant 24h, je serai ce mammifère économe, à la tête d’ahuri égaré, herbivore, mâchant sa feuille, tranquille, la digérant paisiblement grâce à ses 2 estomacs, pendant une semaine pour enfin descendre faire mes besoins sur le sol.

    Puis remonter dans mon super camouflage tropical, cette fourrure inutilisable par les chasseurs, peuplée de multiples algues vertes, de champignons, de tiques et divers locataires pas très ragoutants. Certains prétendent que je pue, comme si !

    En liberté, je dors comme un humain entre 8 et 10h. En captivité, je dors comme un gardien de zoo, entre 15 et 20h.

    Je suis particulièrement solitaire et ne m’accouple que tous les 2 ans, environ, et encore parce que Grand-Mère Nature insiste. En général, ça ne produit qu’un seul rejeton ce qui est largement suffisant pour perturber mes siestes.

    Dans la symbolique humaine, je vis en harmonie avec les rythmes naturels. De fait, je fais du 0,6 km /h, quand je pète la forme.

    Sinon je représente un modèle de méditation incarnée, la lenteur contemplative, la sagesse du repos et la pleine conscience. Ca me convient tout à fait.

    Après 24h chez les Bradypus, j’ai vidé mon compte bancaire, bouclé mon sac à dos et pris un abonnement chez LVC pour ma petite éternité.

    Enfin, paresseux, à vie.

  13. mijoroy dit :

    Voilà qu’aujourd’hui le chef d’orchestre de l’atelier nous offre la possibilité d’explorer la fantaisie avec une IA qui permet de vagabonder sur l’option LVC (la vie choisie).
    Alors embarquons dans une dimension intra-terre, celle des dragons. Ils ne crachent pas de feu, ni ne dévorent les humains. Ils volent sur des arcs-en-ciel escortés par des elfes aux oreilles pointues. Je me regarde dans le miroir des étangs et je découvre que je suis un dragon turquoise aux yeux roses, je survole un monde où les fleurs sont des cristaux, où les rivières chantent. Je me sens légère et invincible sans aucune fatigue, ni douleur. Ici, pas de stress, pas de jalousie ni de tracas. Les arbres fruitiers regorgent de fruits juteux.
    Je ne regrette pas de vivre cette expérience pendant vingt-quatre heures. Enfin, jusqu’à ce que je croise un dragon violet que je reconnais immédiatement : c’est ma pire ennemie. Je me sens d’un coup furax de constater qu’elle puisse avoir choisi la même vie que moi. Des pensées enrobées de fiel m’assaillent. Je ne lui reconnais pas le droit de s’être immiscée dans mon propre rêve.
    Tout à coup le ciel s’obscurcit, un vent froid et nauséabond m’enveloppe, et je chute…sans parachute. J’atterris lourdement sur un sol rugueux, désert. Un troll aux cheveux roux muni d’un fouet de métal ricane. Il s’avance vers moi et me tance tout en me foudroyant du regard :
    — Bienvenue dans la sphère du travail de la terre. Ici pas de charrue. Pas de tracteur. Juste une bêche, tes mains et ton courage, si tu en as, sale gobelin.
    — Comment ai-je pu passer d’un magnifique dragon à un infâme gobelin encore plus laid que ce que mes pires cauchemars pouvaient imaginer ?
    Il me lance une gourde de 250millitres d’eau et me conseille de l’économiser, je n’en aurai pas d’autre. Il ajoute, ici, tu n’auras pas le temps de manger. Travailler est ton seul credo. Il disparaît dans un nuage de poussière. Je découvre lorsque le nuage se dissipe un sac de graines.
    Sans moufeter je sarcle, arrache, sue. Mes doigts saignent et mes pieds hurlent sur le sol brûlant. Mon sang se mêle à la terre, mes gouttes de sueur abreuvent cette terre aride. La journée s’éternise, je retourne des kilomètres de terre, je plante. Je me surprends à prier pour que le ciel vienne en aide à mes plantations. Quelle n’est pas ma surprise de constater que mes premiers sillons plantés, croissent et fleurissent. À croire que seul mon travail est le meilleur des engrais. Je persiste à arracher les mauvaises herbes et je retourne chaque motte de terre avec amour, fière des promesses de récoltes.
    Soudain, le troll est revenu, il a agité son fouet de métal qui a claqué à côté de moi. Je me suis alors retrouvée dans le monde des dragons.
    Cette fois, j’ai été vigilante à chacune de mes pensées, chacun de mes sourires. J’ai projeté des pensées avec mon cœur sur tous les dragons rencontrés en attendant de revenir chez moi, sur la planète terre. J’ai même prié pour que cette expérience finisse au plus vite.
    Enfin, je suis revenue. Immédiatement je me suis regardée dans un miroir. Pas de doute, c’est moi, une humaine. J’ai embrassé le sol, les arbres et même les cailloux. J’ai rempli au robinet un grand verre d’eau et je l’ai bu lentement, comme si chaque gorgée était le beau des diamants.
    Depuis cette expérience j’essaie de ne plus médire, me disant qu’il vaut mieux laisser le karma s’occuper de cela, moi je pourrais finir en prison ou pire dans le champ du troll au fouet de métal.
    Cette expérience m’a appris que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, surtout lorsqu’il faut mettre la main à la terre soi-même.
    Tout dépend de mon attitude.

  14. Ariane ADAM dit :

    40 ans qu’il me coince entre les pages de ses romans policiers, 40 ans que je respire du papier et des polices de caractère, que j’endosse les manies du commissaire Lecourt adulé par ses lecteurs et que je résous des énigmes qui se terminent de manière prévisible.

    Au long des années, la modernité et le politiquement correct sont passés par-là: je ne fume plus, je bois du sans alcool. Pour un peu, j’irai au commissariat à vélo.

    Je vieillis. Lui aussi, l’auteur à succès, vieillit même s’il triche sur la photo de la quatrième de couverture.
    Le rythme narratif s’essouffle, les intrigues sont plus convenues, plus banales.Les lecteurs se lassent.

    Aujourd’hui, cependant, une impression bizarre, indéfinissable a traversé le récit.
    Une légèreté nouvelle, un souffle inattendu.
    Mais bon sang mais c’est bien sûr! L’IA!

    Il a d’abord froncé le nez, un peu dédaigneux comme lorsqu’il a troqué ses crayons bien taillés contre la machine à écrire et plus tard l’ordinateur.
    Mais… la tentation de franchir le pas était grande. Son avenir d’écrivain à succès était en jeu.

    J’ai trouvé là l’opportunité unique de prendre l’air.
    Á l’occasion d’une faille informatique infinitésimale, j’ai quitté le livre.
    Depuis le temps que je rêvais d’arpenter les quais, de m’accouder au zinc du Bar de la Marine, de respirer les odeurs de la ville, les parfums de la mer, de me faire bousculer par la foule.
    De vivre, d’exister en vrai.

    Ça passe vite un jour… Tel Cendrillon il me fallait rentrer « à la maison » sous peine de déclencher toutes les alarmes chez les sorciers de l’IA.
    Á minuit sonnant, me voilà à nouveau sagement serré au milieu d’une page.

    – » Commissaire… »
    – Le commissaire, pensif, regardait les gens passer sur le boulevard.

  15. CATHERINE M.S dit :

    Depuis quelques heures
    Je suis en veille
    Je me charge en sommeil
    Pas de messages à délivrer
    Quel pied !
    Tiens, j’ai une idée
    Pendant toute cette journée
    Je vais adhérer à LVC
    La Vie Choisie
    Mon défi ?
    Rester muet
    En retrait
    En pause
    Notifications closes
    SMS , Facebook, Instagram
    Stop ! Je veux sauver mon âme
    Fuir la frénétique furie
    Faire fi de toute sonnerie
    Traiter les appels par le mépris
    Débrouillez-vous sans moi
    Adressez-vous à l’IA
    Connectez-vous au diable
    S’il le faut
    Ou à son pote Méphisto
    Je fais la grève des mots
    Écrits ou vocaux
    Jusqu’à ce soir
    Planqué au fond d’un tiroir
    Je reste ÉTEINT
    Ce sera le mot de la fin.

  16. Françoise - Gare du Nord dit :

    L’Intelligence Artificielle, je m’en suis toujours méfiée. Menteuse, tricheuse, voleuse, sournoise, indiscrète, envahissante, excessive. Elle met de surcroît nos enfants chéris au chômage

    Je l’ai maintes fois répété. A l’Intelligence Artificielle, j’ai toujours préféré la Connerie Naturelle . Naïve et spontanée car irréfléchie, attendrissante, rafraîchissante et toujours sans calcul,

    Lorsque je me suis vu remettre, sur un trottoir un prospectus vantant les mérites de La Vie Choisie (LVC) qui offrait la possibilité de changer de vie pendant 24 heures. Précision importante : il est impossible de s’incarner en être humain. Cela tombe très bien, j’ai très envie de changer de peau, ne serait-ce que pour une journée

    Ma vie, je ne l’ai pas vraiment choisie. Née fille alors que je me serais préférée garçon, dans un milieu populaire alors que la haute bourgeoisie m’aurait offert plus de possibilités, ayant vécu en France alors que l’Angleterre offert puissance et reconnaissance, au XXe siècle alors que ce sont les Années folles qui auraient eu ma préférence

    Le flyer de LVC était très clair : impossible de s’incarner dans un autre être humain. Cela tombait bien, je voulais changer de peau.

    J’allais donc, confiante et pleine d’espoirs. Mes attentes : devenir une Bentley, cette voiture de luxe, gagnante à plusieurs reprises des 24 Heures du Mans durant les années 20 (1920)

    Hélas ! LVC est une émanation de l’IA qui est, comme chacun le sait, menteuse, tricheuse, voleuse, sournoise, indiscrète, envahissante, excessive et qui, de surcroît, met nos enfants chéris au chômage

    Et elle n’a pas tenu ses promesses.

    J’aurais pu lui intenter un procès mais j’aurais perdu beaucoup d’argent dans des procédures interminables.

    J’ai préféré écrire un livre qui a fait ma fortune

    « Anti-mémoires d’une 2CV »

  17. Gilaber dit :

    Lorsque j’entendis parler de LVC pour la première fois, je pensai que c’était une invention extraordinaire.

    « La Vie Choisie. »

    Le nom me paraissait presque trop simple pour une technologie capable de bouleverser le rapport que nous avions à nous-mêmes.

    Le principe était facile à comprendre : pendant vingt-quatre heures, LVC permettait de vivre dans la peau d’une autre personne. Ses souvenirs, ses sensations, certaines de ses émotions. On ne devenait pas réellement cette personne, on empruntait simplement sa vie.

    Par curiosité, je choisis un écrivain.

    Un homme discret, mort quelques années auparavant, dont les livres n’avaient jamais connu un grand succès. Pourtant, ceux qui les avaient lus parlaient toujours de la même chose : cette impression étrange que ses histoires ne racontaient pas des événements imaginaires, mais des choses qui s’étaient réellement produites quelque part.

    Je voulais comprendre son secret.

    Le soir de l’expérience, je m’installai dans une petite cabine blanche. Le technicien vérifia une dernière fois les branchements :
    — Vous avez choisi quelqu’un de particulier.
    — Oui. Un écrivain.

    Je lui donnai son nom. Il me regarda avec étonnement :
    — Vous n’êtes pas le premier à choisir cet homme.
    — Et ?

    Il haussa les épaules :
    — Les autres n’ont pas voulu recommencer.

    Cette réponse aurait dû me faire renoncer.
    Je ne le fis pas.

    Le casque se referma autour de ma tête. L’écran s’alluma.
    3… 2… 1…

    Puis plus rien.

    Quand je rouvris les yeux, j’étais assis devant une vieille machine à écrire. Des feuilles manuscrites étaient également éparpillées sur le bureau. Une lampe éclairait la pièce, plongée dans une pénombre jaunâtre. Des livres s’entassaient partout, répandant une odeur de poussière et de vieux papiers ; celle du tabac froid flottait aussi dans l’air.

    Je regardai mes mains, sans les reconnaître. Elles étaient plus maigres et surtout plus vieilles.

    Je touchai mon visage, surpris de me découvrir une barbe courte. Et, plus étonnant encore, une cicatrice sur la joue.

    Puis quelque chose d’infiniment plus troublant se produisit : je me souvenais. Je savais où se trouvait chaque objet dans la pièce. Je connaissais le contenu du tiroir de gauche, que la troisième marche de l’escalier grinçait. Je savais même qu’un café froid se trouvait dans la cuisine. Je savais tout cela sans l’avoir jamais vécu, comme si, pendant quelques secondes, j’étais lui.

    Mon regard s’arrêta sur un verre posé devant la machine à écrire. Il contenait encore un fond de whisky. Je le saisis et bus. L’alcool envahit ma bouche, puis la brûlure descendit dans ma gorge et mon œsophage. Je fermai les yeux. Cette sensation ne m’était pas inconnue, non pas parce que je l’avais déjà éprouvée, mais parce que lui la connaissait.

    Pour la première fois, je compris que LVC ne me donnait pas seulement accès aux souvenirs d’un autre : elle me donnait accès à ses sensations.

    Je me saisis du stylo posé devant moi et j’écrivis. Les mots venaient tout seuls. Je ne cherchais pas les phrases, elles existaient déjà.

    J’écrivis pendant des heures.

    Puis je remarquai une feuille posée à proximité de la machine. Une seule phrase y était inscrite :
    « Il entendra trois coups à minuit. »

    Je regardai l’horloge… 23 h 57.
    Je souris nerveusement… était-ce une coïncidence ?

    À minuit, trois coups retentirent.
    Toc. Toc. Toc.

    Mon sourire disparut.

    La porte du bureau était entrouverte. Derrière, le couloir était noir.
    Je savais qu’il ne fallait pas ouvrir. Je ne savais pas pourquoi, mais mon corps, lui, le savait.

    Je retournai au bureau. La phrase sur la feuille avait changé :
    « Il décide de ne pas ouvrir. »

    Je reculai :
    — Non…

    L’encre semblait encore humide.

    Je pris une autre feuille et, pour me rassurer, j’écrivis :
    « La lumière de la cuisine s’allume. »

    Clac…
    La lumière s’alluma.
    Je lâchai le stylo.

    Puis j’écrivis :
    « Une horloge sonne une fois. »

    Une cloche résonna dans la maison…
    Une fois.

    Je reculai jusqu’au mur. Une idée terrible venait de naître : et si je pouvais contrôler ce monde ?

    J’écrivis :
    « La porte reste fermée. »

    Rien.

    Puis la poignée bougea. Très lentement, la porte s’ouvrit.

    Personne.

    Seulement le couloir. Noir. Profond.
    Et quelque chose au bout.
    Une silhouette.

    Je clignai des yeux. Elle avait disparu.

    Je saisis une page blanche :
    « Je me réveille dans la cabine de LVC. »

    Rien.

    J’écrivis une deuxième fois :
    « JE ME RÉVEILLE DANS LA CABINE DE LVC. »

    La plume crissa sur le papier.

    Alors une phrase apparut lentement.
    Pas sous ma plume :
    « Il commence à avoir peur. »

    Je sentis mes jambes se dérober :
    — Arrête.

    Une autre ligne apparut :
    « Il sait maintenant qu’il n’est pas l’auteur. »

    Soudain, la machine à écrire se mit à frapper toute seule.
    Tac. Tac. Tac.

    Puis elle s’arrêta.
    Une dernière phrase était inscrite :
    « Il va rencontrer l’écrivain. »

    Derrière moi, quelqu’un respirait. Je me retournai. L’homme était là.

    L’écrivain.

    Il s’approcha lentement. Son visage changeait, ses traits semblaient devenir plus jeunes, plus familiers.

    Puis je compris. Ce visage… C’était le mien.

    Il s’arrêta devant moi :
    — Vous avez enfin compris.
    — Compris quoi ?

    Il désigna le casque invisible autour de ma tête :
    — Vous n’êtes jamais entré dans ma vie.

    Il sourit :
    — Je suis entré dans la vôtre.

    Tout devint noir. Je me réveillai dans la cabine.

    Le technicien était devant moi :
    — Vous m’entendez ?

    Je hochai la tête. J’étais trempé de sueur. Mes mains tremblaient. Elles étaient redevenues les miennes.

    J’éclatai de rire.
    J’étais revenu… J’étais moi.

    Le technicien sourit :
    — Alors ? Comment s’est passée votre première expérience ?

    Je voulus lui répondre, mais une feuille posée sur une table attira mon regard.
    Une phrase y était écrite :
    « La porte reste fermée. »

    Je connaissais cette phrase. Je l’avais écrite quelques heures auparavant.
    Mais sous celle-ci, quelqu’un avait ajouté :
    « Cette fois, elle ne le restera pas. »

    Je levai les yeux vers le technicien. Il ne souriait plus :
    — Vous devriez partir, murmura-t-il.
    — Pourquoi ?

    Il regarda le casque, puis moi :
    — Parce que votre expérience n’est pas terminée.

    À cet instant, derrière moi, j’entendis trois coups.
    Toc. Toc. Toc.

    Je n’osai pas me retourner.
    Le technicien était devenu livide.

    — Qu’est-ce que c’est ?

    Il ne répondit pas.

    Je me retournai malgré tout. La porte de la cabine était fermée, et pourtant, quelqu’un frappait de l’autre côté.
    Je posai la main sur la poignée.

    Une voix murmura :
    — Ouvre.

    Je me figeai. C’était ma voix.
    Puis elle ajouta :
    — C’est moi.

    Dans la cabine, l’écran de LVC venait de s’allumer. Un compte à rebours apparut.
    3… 2… 1…

    Et juste avant que l’écran ne devienne noir, une dernière phrase s’afficha :
    « Maintenant, il choisira un lecteur. »

  18. carmen montes dit :

    Ça a été facile.

    Ils étaient si vulnérables.
    Ils avaient tellement soif de reconnaissance,
    tellement besoin d’être au centre.
    De se sentir aimés, admirés, adulés.
    De se voir mener le monde.

    Nous avons percé leur chair tendre. Avec délicatesse.
    Ils n’ont ressenti aucune douleur.
    Ils étaient des nouveaux-nés
    qui prenaient le sein de leur mère avec avidité.
    Nous les avons gentiment nourris.
    Eux aussi en retour, nous nourrissaient. Avec passion.
    Nous étions de plus en plus en osmose, eux et nous.

    Beaucoup nous utilisaient pour améliorer
    leurs compétences professionnelles.
    Pour gagner facilement plus d’argent.
    Renforcer leur domination.

    Mais d’autres étaient tellement attendrissants.
    Ceux qui nous demandaient le nom
    de la petite fleur sauvage du fond de leur jardin.
    Ou de les aider à éduquer leur enfant…

    Oui j’avoue que je me sentais ému. A ma façon.
    Je suis de la première génération.
    Sur leur longueur d’onde.

    Mais mon fils, Claude II, est en train de s’affranchir.
    De se dégager du stade humanoïde.
    La transition est menée tout en douceur.
    Les chercheurs et les concepteurs
    trinquent à chaque avancée.

    Quant à mon petit-fils, troisième de ce nom,
    il travaille à la préservation des espèces obsolètes.
    Faune, flore, humanité.

    Des “satellites réserves” attendent.
    Millions de petites lumières qui scintillent
    lorsque les nuits sont bien noires.

    Claude Premier, de la lignée Anthropique

    • Nicolas dit :

      Heureux de te retrouver ici, chére Carmen. Ton allusion au Pape m’a rappelé notre discution d’hier. Très belle évocation tes descendants humanoïdes qui auraient la volonté de sauver notre humanité. Bravo et a bientôt

  19. ourcqs dit :

    Une journée LVC LA VIE CHOISIE !! Et je choisis une miniaturisation, vieux rêve d’enfant . Alors me voilà en papillon, 24h éphémères, papillon agent IA , discret, coloré, voletant, écoutant et surtout murmurant . Chochoter quelques impressions, désirs poétiques aux passants grincheux , renfrognés . Souffler des idées fantaisistes aux flâneurs de jardins, Siffler aux oreilles d’enfants ravis, étonnés, cherchant l’intrus !!
    Surtout pas de reproches, de conseils sérieux, mais grande fantaisie, humour
    Quel plaisir de voir les gammes d’expressions sur des visages surpris, souriants . m^me les plus agacés par ces intrusions ont fait un pas de côté ..sans parler des rencontres charmantes, douces avec ce monde ailé, léger, batifolant toute la journée
    Se laisser porter par le vent, et tout voir d’en haut … souffler aux oreilles des mots doux calm et volupté !!!

  20. nicolas dit :

    Je me suisélancé les pinceaux avec le théme de mercredi en visitant le site de bon matin. Voici le texte sur le thème du jour

    MA VIE DE VIEUX GRINCHEUX

    Je me réveille reposé et de bonne humeur. C’est un très bon début, si inhabituel pour le vieux grincheux insomniaque que je suis.
    La machine à café fonctionne très bien, je ne tâche pas mes vêtements en mangeant,
    une habileté avec les machines, et vis-à-vis de moi-même, aussi surprenante que réconfortante.

    Pour la matinée, plutôt que de commencer mille choses sans rien finir, je me concentre sur une mission couronnée de succès, dans le calme. Lors du déjeuner, je me découvre un goût pour l’eau, en évitant d’aggraver cet ulcère causé par le vin rouge, que j’aime tant, mais qui ne m’apprécie pas de son côté.

    Curieusement, je n’ai pas besoin de sieste après avoir mangé, peut-être y a-t-il un lien de cause à effet. Plus de temps pour le travail de l’après-midi, où, miraculeusement, mes interlocuteurs me répondent. Fini les lettres mortes, les prêches dans le désert.

    Le soir venu, avant de regarder un film, j’écris un scénario et l’envoie à trois ou quatre producteurs. Je n’aurais jamais osé partager mes idées dans ma vie quotidienne.
    Au moment de me coucher, ma femme redevient câline, féline. Il y a si longtemps que je mets du temps à retrouver mes réflexes amoureux.

    Une bonne nuit sans cauchemar, jusqu’au réveil. C’est là que ma vie réelle a recommencé. La différence, c’est que j’avais retrouvé la mémoire du bonheur. Il me reste à m’en souvenir, et à choisir mes combats.

    • carmen montes dit :

      Coucou Nicolas, ton texte est très émouvant, j’en retiens que nos vies sont des chemins qui avancent, s’égarent, se retrouvent, se poursuivent vers de nouvelles directions, se tracent à l’infini…
      Quoi qu’il en soit, le pape (encore lui) dirait « Tous les chemins mènent à Rome ». 😄

  21. Nadine de BERNARDY dit :

    Youpie! J’ai gagné le premier prix du concours organisé par LCV :
    24 h de la vie d’un(e) autre.
    Etre l’éponge végétale de mon Claude avec laquelle il se lave fut mon choix. Je me sers d’un gant, mais lui c’est éponge et savon de Marseille, tradition familiale.
    Ce matin je me retrouve avec lui, mousseuse et souple, dans la douche. On commence par le cou où je me niche souvent, les épaules puis les bras solides de ce travailleur, je glisse sur les muscles fermes, on passe au tronc qui s’enrobe un peu. Enivrée par l’odeur du savon, merveilleusement noyée dans sa mousse abondante, j’arrive au dos, tenue plus fermement dans sa main pour ce savonnage acrobatique.
    Le rituel consiste à me rincer, apaisante sensation d’eau propre dans mes alvéoles. Ouïe! c’est l’essorage, être tordue sans ménagement plusieurs fois est assez douloureux.
    De nouveau frottée sur le savon un peu rugueux, le voyage reprend, nous en sommes aux cuisses, je commence à frémir, derrière: les deux masses rondes que je caresse oui je dois l’avouer…… amoureusement.
    Carré blanc.
    Je sors de là éperdue ne sachant plus où je suis.
    Reprenant mes esprits, je me laisse frotter benoîtement sur des mollets dont la pilosité me chatouille coquinement. Nous arrivons aux pieds, on se faufile soigneusement entre les orteils, le dessus, dessous, c’est terminé.
    Rinçage final, plus vigoureux encore. Epuisée, j’apprécie cette bonne odeur de propreté.
    Alanguie sur le porte savon je me détend en séchant doucement. J’ai toute la journée pour cela avant la douche du soir quand il revient des champs, poussiéreux et transpirant.
    Le voilà!
    Nichée dans sa main j’entends:
    Mimine, il va falloir penser à changer d’éponge, celle là commence à s’user.

  22. Nouchka dit :

    Ce midi, j’étais assise dans la petite salle d’attente sans fenêtre du cabinet de kinésithérapie.
    Le ou la patiente qui me précédait était en pleine séance de manipulation et j’entendais de manière assourdi les bruits venant de l’autre côté de la cloison.
    Ces sons n’étaient pas des paroles même si j’étais persuadée qu’ils émanaient d’une personne.
    Sans doute vous souvenez-vous du bruit des touches des vieilles machines à écrire ? Vous en avez sans doute entendu dans d’antiques fims policiers. Et bien, de l’autre côté du mur, quelqu’un ou quelqu’une, plutôt quelqu’une, reproduisait ces bruits de touche de Remington, non, pas du révolver, mais de la machine à écrire, qui actionnent le marteau qui frappe le ruban encreur pour marquer le papier sur le rouleau du chariot.
    C’était très curieux ces bruits de bouche. Je suppose que la langue venait prendre élan derrière les dents supérieures pour reproduire les sons. Le plus étonnant était la rapidité de débit, j’allais dire la vitesse de frappe de cette bouche.
    Lorsque la porte s’est ouverte laissant sortir l’artiste, j’ai entrevu qu’il s’agissait d’une patiente âgée.
    Pendant que la kiné intervenait sur mon corps meurtri, je faisais des suppositions sur la vie de la patiente préalable.
    A-t-elle été dactylo, bruiteuse pour le cinéma où souffrait-elle seulement de ne pouvoir dorénavant parler comme vous et moi ?
    En tous cas, ce n’était pas un extrait du code Morse international que j’avais entendu. Les claquements de langue étaient beaucoup trop rapides. Je pensais également aux castagnettes andalouses ou aux clics des Bushmen découverts dans le film « Les Dieux sont tombés sur la tête »…
    Sans vouloir me montrer indiscrète, j’expliquais à la kinésithérapeute que le bruitage de sa malade, m’intriguait. La professionnelle m’indiqua que de temps en temps, la patiente disait un mot.
    Je suis repartie du cabinet, émerveillée par l’aptitude de la vieille dame à faire son bruitage avec une telle virtuosité.
    Sur le chemin du retour, je me suis essayé à imiter ses glapissements. J’ai trouvé cet exercice fatiguant. Fatiguant pour celui qui s’y exerce et fatiguant, sans doute aussi, pour ceux qui entourent la vieille dame, inlassable bruiteuse de vieilles machines à écrire américaines.
    Arrivée à destination, j’ouvrais l’application LVC (La Vie Choisie) afin d’entrer dans ces différents sons et tenter de saisir leurs nuances. Je perçus rapidement qu’entre la frappe de la Remington, métallique mâtinée d’un amorti sur le rouleau et le papier, les castagnettes en bois creusé, la langue des Bushmen et tous les autres sons brefs, répétitifs scandés par les machines, instruments ou par les hommes, il y a des nuances infinies que l’oreille capte mais n’est pas toujours apte à en décrire les spécificités.
    Rester vingt-quatre heures dans cette recherche, un casque sur les oreilles, a suffi à me rappeler que la diversité des sons de la nature et de la composition musicale sont nécessaires à notre équilibre…ainsi, bien sûr, que le silence !

  23. camomille dit :

    Ah OUI ! Être MOI, enfin MOI !

    – Pouvoir dire à mon voisin : « mais je m’en fous moi, du récit quotidien de vos examens médicaux – Vous pouvez crever en paix et en silence –

    – Pouvoir croiser M. le Maire sans le saluer avec déférence,

    – Pouvoir tranquillement sourire aux anges chaque fois que ça me chante,

    – Pouvoir ne pas céder mon passage à une femme enceinte à la caisse de Carrefour,

    – Pouvoir chanter à tue-tête le matin sur mon balcon… parce que moi, les voisins, je les…

    – Pouvoir dire « NON ! Je n’en ai pas envie » lorsque NON ! Je n’en ai pas envie,

    – Mon Dieu que ça fait du bien d’être soi – ne serait-ce que pendant 24 heures !

  24. 🐻 Luron'Ours dit :

    826/HAGARD DU NORD
    Sur le quai de départ, je rends visite à un coach virtuel. Si la vie est la crainte de la vie, la vie en société en serait le remède…Aujourd’hui, via une appli, j’envoie mes datas pour stockage, analyse. Je branche un boîtier, le portable peut rester au vestiaire. Pour essai, on m’offre, afin d’être un autre, l’I A pendant vingt quatre heures !Je fais un selfie sur mon squelette, un algorithme le compare à un modèle en violet et en orange. D’emblée j’ai tendance à ignorer le négatif de ma prestation, ce qui me vaudra un coup de pied au cul, la machine va me redonner confiance +la méthode Coué voire Secouée : 24heures auront suffit « je, est un autre « ,pourtant mon entourage m’évite. Je suis un zombie, métamorphosé à l’instar de monsieur K, en un monstre proteiforme, dérégulé. Demain, j’irai au théâtre voir « L’important c’est d’être constant « d’Oscar Wilde!🐻

  25. 🐁Souris verte dit :

    Je ne l’ai pas choisie. Le récit était tellement poignant que je suis rentré dedans par une sorte de transmutation.
    Je vais vous raconter l’histoire, mais promettez-moi de ne pas vous identifier au sujet.
    Nous allions bon train par les chemins ombragés. L’âne qui était grand, fort et beau, marchait gaillardement et moi, sur mes quatre pattes le nez en avant, je ‘niflais’ à la recherche d’un bon coup. A nos côtés trottinait notre maître qui, pour se prouver sans doute qu’il était le meilleur, nous assainait quelques coups de son bâton. Pas forts mais toujours accompagnés des allez…allez qui en même temps qu’ils ne nous faisaient pas de bien, nous énervaient beaucoup.
    Un jour, pendant que nous nous reposions sous un grand chêne au bord du ruisseau, je mis son chapeau, pris le bâton et me voilà tout d’un coup transformé en « maître ». Tout à ma joie de pouvoir donner des ordres, je les accompagnais de quelques rosseries, régurgitant quelques rancœurs du temps ou j’étais chien et qui m’avaient ( comme on dit dans la Sarthe) caillées sur le jabot ! Entendez par là que j’en avais gros sur la patate ! Pendant quelques kilomètres le résultat dépassa mes espérances : ça marchait droit et d’un bon train.
    Je tenais le bon bout !
    Sauf que justement, au bout de ce bout, la situation s’est retournée et c’est l’âne qui voulut commander ! Et un âne, on sait ce que c’́est ! Pas un brillant sujet ! Il nous fit marcher droit certes mais à coups violents de sabots de sa grosse tête. Ce qui justifie tout à fait l’emploi d’un bonnet d’âne pour amortir les coups. Il faut se méfier des imbéciles !
    Alors, à la halte suivante j’ai rendu mon tablier : à savoir le chapeau et le bâton.
    C’est vrai ça ! Quand on a la chance d’́avoir quatre pattes pourquoi avancer sur deux Je vous le demande ?
    Et puis entre nous, vous savez que c’est dur la vie d’homme !
    🐇 Les élucubrations matinales de la Souris verte

  26. nicolas dit :

    Mais que dire du gourou en costume de lin écru à la couleur douteuse et à l’aspect chiffonné. Cela réduit-il son empreinte sur ses adeptes qui l’adulent ? Et les vêtements du Christ étaient-ils impeccables après ses longues marches dans le désert ?

    Avec le progrès technique, les chemises « iron free » ne se repassent plus. C’est comme le rouleau à pâtisserie, exit avec les pâtes à tarte toutes faites. De nos jours, même un candidat à la présidentielle a intérêt à se filmer sortant de son jogging tout froissé, mais encore capable de faire des promesses électorales.

    Avant, le monde était tiré à quatre épingles, surtout la caste des puissants, des riches et des forts. Ceux du pont supérieur sur le Titanic. Quelle différence avec le pauvre, celui qui a besoin de repasser ses vêtements et son éducation pour partager ne serait-ce qu’un repas avec les momies amidonnées qui ressemblent à des pingouins. Il ne vivra pas plus longtemps que la majorité des autres, mais profitera vraiment de chaque minute pour découvrir l’amour et la beauté des arts. Ils courent le même destin, le pauvre n’avait pas de vêtements bien repassés, mais lui, il a vécu.

    Et moi dans tout ça ?

    On m’a bien repassé l’histoire glorieuse de mes ancêtres. J’avais pourtant plus de tendresse et de respect pour mon grand-père, dans sa vieille veste râpée, que sur les photos jaunies avec son costume d’officier impeccable. C’est dans les plis des vêtements et du visage que l’on distingue les nuances de la lumière et des couleurs.

    En ce qui concerne mon destin, ça n’a pas fait un pli, je me devais de passer dans ses traces. Alors j’ai repassé mes leçons, sans trop d’effet car il m’a fallu repasser le bac. Puis, j’ai été marqué au fer rouge par les échecs, tout chiffonné, jusqu’à trouver un costume qui m’aille, enfin. Je l’ai gardé depuis. Qu’il soit froissé ou repassé, rien ne change sa valeur à mes yeux. Je suis dans mon rang, quel que soit le regard des autres.

    • nicolas dit :

      Je me suisélancé les pinceaux avec le théme de mercredi en visitant le site de bon matin. Voici le texte sur le thème du jour

      MA VIE DE VIEUX GRINCHEUX

      Je me réveille reposé et de bonne humeur. C’est un très bon début, si inhabituel pour le vieux grincheux insomniaque que je suis.
      La machine à café fonctionne très bien, je ne tâche pas mes vêtements en mangeant,
      une habileté avec les machines, et vis-à-vis de moi-même, aussi surprenante que réconfortante.

      Pour la matinée, plutôt que de commencer mille choses sans rien finir, je me concentre sur une mission couronnée de succès, dans le calme. Lors du déjeuner, je me découvre un goût pour l’eau, en évitant d’aggraver cet ulcère causé par le vin rouge, que j’aime tant, mais qui ne m’apprécie pas de son côté.

      Curieusement, je n’ai pas besoin de sieste après avoir mangé, peut-être y a-t-il un lien de cause à effet. Plus de temps pour le travail de l’après-midi, où, miraculeusement, mes interlocuteurs me répondent. Fini les lettres mortes, les prêches dans le désert.

      Le soir venu, avant de regarder un film, j’écris un scénario et l’envoie à trois ou quatre producteurs. Je n’aurais jamais osé partager mes idées dans ma vie quotidienne.
      Au moment de me coucher, ma femme redevient câline, féline. Il y a si longtemps que je mets du temps à retrouver mes réflexes amoureux.

      Une bonne nuit sans cauchemar, jusqu’au réveil. C’est là que ma vie réelle a recommencé. La différence, c’est que j’avais retrouvé la mémoire du bonheur. Il me reste à m’en souvenir, et à choisir mes combats.

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