824e exercice d’écriture très créative, créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Vous vous êtes rendu dans un magasin où l’on trouve toute la gamme des émotions. Certaines étaient soldées, avez-vous craqué ou pas ? Racontez.


Sans la générosité de ses membres bienfaiteurs, ce blog serait déjà mort. Soutenez l’association Entre2lettres.

18 réponses

  1. Françoise Rousseaux dit :

    Des émotions bradées ! Il ne manquait plus que ça !
    Pourquoi ai-je accepté de les accompagner ? Si pour une fois, j’avais su dire non !
    Quand elles ont commencé à parler des soldes, j’ai joué la distraite, je regardais ailleurs, mais ça n’a pas suffit pour les dissuader de m’inviter à les accompagner. Bien sûr, j’aurais dû décliner , mais je ne sais pas dire non !
    Et voilà pourquoi, cet après-midi, je les ai retrouvées sur un parking bondé, point de départ de nos déambulations consuméristes. Par où commencer ? Les avis sont partagés, on parlemente, quand soudain Soline nous propose de découvrir un magasin … extraordinaire !
    – Ce serait génial de commencer par là !
    – Mais qu’est-ce qu’ils y vendent ?
    – Vous verrez, je ne peux pas vous expliquer, mais c’est vraiment extraordinaire !
    – Ils soldent, au moins ?
    – Oui, oui, tout est soldé. Venez, vous ne serez pas déçues !
    Bon, nous la suivons, un brin méfiantes. Soline a parfois des enthousiasmes un peu…excessifs.
    Nous pénétrons dans la vieille ville et marchons un moment à travers un lacis de ruelles pittoresques. J’aurais volontiers prolongé la balade, mais nous voici arrivées devant la vitrine sombre d’un petit magasin.
    – C’est ici, murmure Soline visiblement émue.
    Nous entrons avec circonspection. Un lieu étrange, que je ne saurais décrire.Il nous a fallu un moment pour comprendre ce qu’on vend ici. En fait, ce magasin propose des …émotions, ça paraît bizarre, mais c’est exactement ça, et en solde de surcroît. Pour une fois Soline n’a pas exagéré !
    Tandis que les filles commencent à fouiner un peu partout, je reste dans mon coin, plutôt dubitative. C’est alors qu’un vendeur s’approche
    – Puis-je vous aider ?
    – Heu non, en fait, ça ne m’intéresse pas .
    – Voyons Madame, profitez de l’occasion…Pour une fois, vous avez le droit de craquer !
    – Mais je n’ai pas envie de craquer ! Je n’en veux pas de vos émotions, même à bas prix ! Je suis déjà submergée par les miennes, alors pas question d’en ajouter d’autres ! JE N’EN VEUX PAS !
    Le vendeur stupéfait , ne dit plus rien.
    Je sors du magasin les mains vides , mais la tête haute. Enfin, j’y suis arrivée. J’ai dit Non !

  2. Béatrice Priquel dit :

    Solange est toute joyeuse, elle aime magasiner. Aujourd’hui c’est le bon moment, celui des soldes. Il est possible d’acquérir plus, ou de plus haute qualité pendant cette période. Elle a beau savoir que « l’avidité est une vilain défaut » comme disait sa grand-mère, elle veut encore s’y confronter.
    Elle arrive devant le petit nouveau dont tout le monde parle en ce moment, sa devanture dans la rue des fleurs jouxte le parc Mimosa. Elle se souvient que ses copines ont parlé d’une pub très alléchante mardi à l’après-midi couture.
    Elle entre, hésitante. « Si ce qu’on dit est vrai, je gagne à y aller avec prudence ». Habituée des gammes sur son piano, elle est surprise en entendant les multiples musiques simultanées dont sort un brouillard cacophonique. Elle réagit : « Oh…mes oreilles ! Est-ce que j’ai vraiment envie de continuer ? Tous les faire jouer ensemble, c’est dissonant ».
    De nature plutôt curieuse et décidée, elle stoppe net, sort des boules Quies de son sac à main et les positionne confortablement dans ses oreilles. « Là, c’est mieux. Maintenant, ce que j’entends aura du mal à me faire hurler ». Elle dépasse, confiante, tous les instruments qui jouent en boucle, certains étiquetés en gros « SOLDE ». Elle aime la musique mais cette dissonance la dérange.
    Le magasin est sombre, « étonnant pour une enseigne dernier cri ». Justement, elle entend, bien filtrés, de sombres hurlements qui déchirent l’espace, mais comme elle est blottie dans son intérieur, elle ne se sent pas impactée. Et elle avance.
    Sur les murs, des cases présentent divers objets de convoitise, habituels. Des jeux vidéo qui se battent pour l’attirer, plus lumineux les uns que les autres, ça bouge dans tous les sens. Pas de chance, ce n’est pas son truc. « Je préfère le vivant ». À peine, a-t-elle émis cette pensée, qu’elle progresse devant des petites cages où sont blotties de jeunes créatures dodues bien vivantes. Elle est tout attendrie et séduite par leur frimousse. Elle a envie de leur parler, de les caresser, de les ramener chez elle. Chacune est mise en valeur avec un fond presque vivant représentant son environnement préféré, un coin d’herbes pour le lapin nain, un gros coussin avec une pelote de laine pour le chaton, un grand jardin pour le chiot. Mais elle doit bien se rendre à l’évidence, aucun ne serai heureux dans son 60 m2. Sa raison a repris le dessus, l’émotion s’étiole. Elle se retrouve avec un fond de tristesse, elle est désolée de les savoir enfermés là. « Tout ça pour amener à une émotion ? »
    Elle s’imagine comme eux dans une cage, à côté des cages de ses copines, à attendre le mec qui viendra choisir sa préférée parmi un assortiment de femme, plus attirantes les unes que les autres. « Stop ! mais quel délire ! ». Et tout à coup, un écran s’allume, une bande de jeunes hommes marchent sortant d’une faculté, elle y reconnait ses potes de fac. « On dirait vraiment que quelqu’un écoute ce qui se passe dans mon esprit, une IA ? ». Une colère sourde monte en elle : « comment est-ce possible ? d’où viennent ces images ? est-ce que j’ai encore la possibilité d’être maitre de mes pensées ? Où est ma souveraineté ? Elle se sent dépossédée d’elle-même, c’est comme si l’extérieur lui montrait ce qu’elle pense. Mais alors d’où viennent mes pensées ? un processus chimique ?
    Tout à coup, une odeur entre par ses narines et la nargue. C’est l’odeur d’orange douce à laquelle elle se sait sensible. « Alors là, c’en est trop ! Ils ont tout gardé, à chaque fois que je vais sur internet, je nourris mon CV énergétique, mes goûts, mes préférences, les odeurs qui me font craquer. STOPPPPPPPP ! »
    Elle se retourne et veut partir. La porte d’entrée n’est plus là. Peur ! « Qu’est-ce que je fais ? Vas-y Solange, respire, fait le vide, ils ne peuvent rien contre le vide ». Concentrée, elle a trouvé un pouf pour s’asseoir et les mains sur ses genoux, les yeux fermés, oreilles presque bouchées, elle retourne dans son monde intérieur. Sa respiration ralentit, elle bouge un peu les pieds, elle est là présente.
    Un moment plus tard, elle rouvre les yeux. Tout a changé, les murs sont devenus clairs avec de nombreuses vitres donnant sur l’extérieur, elle se dirige vers l’extérieur tranquillement et naturellement la porte automatique s’ouvre. Elle est dehors, elle respire l’air frais de l’automne, sourire heureux aux lèvres.
    « J’ai compris comment trouver la sortie ! mes copines ne vont pas me croire !».
    Elle pianote sur son portable, Cindy répond : « Non mais tu l’as fait ? ça se voit que tu n’avais pas vu la pub, nous on avait trop peur, alors raconte…»
    Solange : « Ben c’est pire qu’un train fantôme, tu rentres et ta vie des profondeurs s’active devant tes yeux à partir de tes pensées ».
    Cindy : « Mais ma petite chérie, tu ne crois pas que c’est déjà le cas dans ta vie ? »

  3. Anne Le Saux dit :

    J’étais en manque. Il me fallait urgemment aller acheter un grand sac de joie. De la joie à profusion, pour les jours sombres, pour tordre le cou aux mauvaises nouvelles et me protéger des prédicateurs de catastrophes. De la joie pour l’automne et aussi pour l’hiver. Peut-être même deux grands sacs si le prix me le permet pour conjurer tout risque de pénurie.
    Le magasin est accueillant et la vendeuse avenante. Je suis au bon endroit. Lentement, j’arpente les rayons. Des joies en confettis, inintéressant ! Des joies un peu pâlottes qui n’ont pas assez côtoyé le soleil… très peu pour moi. Au final, rien qui ne me réjouisse.
    Un peu dépitée, alors que je m’apprête à sortir, j’aperçois le coin des bonnes affaires. Je fouille, déplace une bonbonne de colère, soulève une boite de jalousie (qui peut bien acheter ça ?) et découvre, tapie, toute timide, un brin de tristesse planté dans un joli pot en céramique. Je l’extirpe et la sauve d’un risque d’étouffement, d’assèchement et d’oubli. C’est juste un brin me dis-je, elle ne va pas m’envahir, me contaminer. Je l’achète, à petit prix.
    Je décide d’en prendre soin. Je la transplante dans un pot plus grand, lui apporte un arrosage régulier, de l’engrais et une attention soutenue. Je la place sous les rayons du soleil levant. Je la félicite, l’encourage, la valorise. Ainsi cajolée, regardée, elle s’épanouit, se transforme, rayonne et devient une sublime plante qui m’apporte une joie immense.

  4. ourcqs dit :

    Au rayon des émotions, tout est soldé sauf l’ennui.
La colère, deux pour le prix d’une.
L’espoir, en fin de série, taille unique.
La honte, vendue sous le manteau,
La joie, en promotion flash, dépêchez-vous, elle ne dure jamais.
La folie, rayon fermé, « essayage non autorisé ».
La tristesse, increvable, jamais démodée, jamais vraiment soldée non plus.
Le ras-le-bol, en tête de gondole, le plus vendu du mois.
Le remords, on vous l’emballe, paquet cadeau.
    Les plus rares,
la tendresse d’un matin 
ce petit rien qui ressemble à du bonheur
mais qui n’a pas de code-barre.
    Errant entre les allées, soupesant, reposant, sans bien savoir pourquoi, elle en glisse une au fond de sa poche, —
pas la plus soldée, pas la plus rare, une sans étiquette, pas encore répertoriée …
.

  5. mijoroy dit :

    11 septembre, jour de deuil planétaire en soutien aux deux tours de Manhattan. Ce genre de slogan, inonde les réseaux, fait la une des journaux. Aristide Pincesanrire, patron d’une usine de moules de Bouchot, grommelle et grince des dents.
    — Encore un coup de marketing pour nous soutirer du fric au profit des familles des victimes.
    Aristide est plus Picsou que Robin des bois. Et pourtant, curieux de toute nouveautés, ce même 11 septembre, il pousse la porte d’un magasin de Pontorson, d’un genre inédit : un magasin d’émotions. Dès qu’il arrive sur le parking, il bougonne face à la profusion d’oriflammes, de kakémonos et voiles publicitaires colorées pour chacune des émotions proposées.
    — Quel pognon foutu en l’air ! maugrée-t-il.
    Dans les allées, les couleurs se succèdent. Le rose pour la douceur, le jaune pour la joie et l’émerveillement, le vert pour la sympathie et la bienveillance, le bleu pour la tolérance, le saumon pour la compassion accueillent les clients. Aristide, ignore ces produits. Il cherche la colère noire, la médisance marron, l’intransigeance vert olive, la méchanceté rouge. Ses yeux parcourent les rayons en vain. Vexé de s’être déplacé pour rien, surtout au prix du carburant, il s’apprête à partir, quand il les voit.
    Des formes d’étoiles et de cœurs annonçant 80% de remise sur les émotions sombres. Son visage s’illumine, son torse se gonfle. Il remplit son chariot. Lorsqu’il arrive à la caisse, tout heureux de ses achats, une pluie de confettis lui tombe dessus. Une voix annonce :
    — Bravo, au centième client de la caisse 3. Il vient de gagner notre week-end surprise, et gratuit.
    Fier comme Artaban, Pincesansrire se présente à l’adresse indiquée.
    Il est accueilli par une charmante hôtesse qui l’embrasse et lui témoigne sa sympathie. Elle lui explique qu’on lui propose une immersion dans les émotions humaines… positives !
    L’hôtesse ne lui laisse pas le temps de répondre, qu’une autre employée conduit l’harpagon vers un bain de douceur et la douche de compassion. S’ensuit le cocktail de sympathie et de bienvenue avec tous les curistes.
    Aristide panique lorsqu’il reçoit une avalanche de sourires, de bonjour respectueux. Il ventile même. Aussitôt, plusieurs « petites mains » du centre s’enquièrent de son état, le chouchoute, le dorlote et le rassure.
    C’en est trop pour ce mytiliculteur habitué à malmener et terroriser ses propres employés, qu’une météo capricieuse, une marée récalcitrante ou quatre minutes de retard pour cause de traversée de moutons, suffisent à le mettre hors de lui. Sans plus tarder, il cherche à fuir ce temple de la gentillesse.
    Mais la porte est gardée par trois employés souriants et affables, malgré des biscotos saillants.
    — Vous partez déjà ?
    — Oui !
    — Quel dommage… vous allez manquez la dernière activité. C’est le clou du séjour.
    Aristide blêmit.
    — Laquelle ?
    — Le don de soi.
    Et avant qu’il ait le temps de protester, six bras l’enlacent.
    Pour la première fois de sa vie, Aristide Pincesanrire ne sait plus quoi facturer.
    Moralité : certaines soldes coûtent des fortunes. Celles qui se paient en don de soi ne laissent jamais de monnaie à rendre.

  6. Ariane ADAM dit :

    Au Bazar des Emotions, ils ont sorti le grand jeu.
    Dès la porte franchie, je suis submergée.
    Les émotions sont bien là, rangées, emballées, enrubannées.
    Il y en a pour tous les goûts, toutes les occasions, toutes les époques de la vie.
    Sépia, noir et blanc ou en couleur, grandes joies et petits bonheurs.
    Il y a les grandes, fracassantes, celles qui vous laissent sans voix, sans jambes ou qui font hurler, celles qui détruisent ou qui transportent.
    Elles sont classées par couleur: la rage noire, la colère écarlate, le vert de la jalousie, la peur bleue.
    Il y a les discrètes en filigrane, en nuances de pastel.
    La musique, le mot, le parfum, la saveur qui soulève le voile du souvenir, qui réveille une nostalgie sensible, qui raconte une joie ou un chagrin anciens.
    Au fond du magasin, je découvre le coin braderie.
    Prix sacrifiés, massacrés;
    Deux achetées-une gratuite, en lots, en packs, toutes à bas prix.
    Emotion grandiloquente, compassion de circonstance, tristesse sur mesure pour un mandat à conserver, une élection à gagner.
    Emotions suscitées made in Netflix, formatées, trompeuses, enjôleuses.
    Contrefaçon garantie, obsolescence programmée le temps d’une campagne électorale, d’une série télé, d’une fulgurance médiatique.
    J’ai le vertige, la nausée me guette.
    Je quitte le magasin.
    Sur le trottoir, une trottinette lancée à toute allure me frôle.
    Je crie d’effroi et de colère.
    Puis je souffle, soulagée: mes émotions sont toujours intactes.

    • mijoroy dit :

      J’adore. Sans avoir lu votre proposition les couleurs se sont faufilées dans nos propositions entre les émotions. Vous avez fort heureusement conservé intactes toutes vos émotions.

  7. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Ce jour-là les soldes ouvraient un vendredi 13. Je me souviens, il pleuvait. Même le temps se conjuguait à l’imparfait. C’est simple, un sentiment de morosité m’envahissait doucement. Et la braderie avait pris sa place comme une fête. Je n’y croyais pas, si tôt dans l’année. Et le spleen ne m’avait pas raté. Il se prenait pour qui ? J’arriverai à l’orienter avant d’entrer dans ce nouveau magasin.
    Mine de rien, c’est lui qui m’avait dirigé. Etait-ce le besoin de m’abriter ou le désir de me dépayser depuis cette atmosphère dont je ne détermonais pas si elle était porteuse d’action ou s’il fallait se laisser couler comme cette eau ruisselante. Par la main, il m’avait pris. Le macadam scintillait d’étoiles devant l’entrée. C’était une incitation à aller plus loin.
    En guise de réceptionniste , une tireuse de cartes cachée derrière sa boule de cristal était installée à sa table drapée de rouge. Elle me regarda avec un sourire engageant.
    — Voulez-vous profiter des soldes, dit-elle, d’un regard malicieux ?
    L’idée de faire une affaire est toujours gratifiant, me dis-je. Et je répondis à son sourire en forçant un peu dans le geste. Une promesse d’avenir radieux dans ses yeux.
    — Asseyez-vous, mettez-vous à l’aise ! Vous allez faire l’expérience de votre vie. Nous allons faire un test. Et donc, vous devez d’abord choisir entre votre avenir dit par l’IA et le tirage de cartes traditionnel.
    Comme j’avais envie de dépenser, je ne me fis pas prié. La simple présence de la dame suffit à me sentir en sécurité. En même temps, je me demandais comment on pouvait évaluer des émotions selon quel schéma déterminé !
    Ce magasin était franchement étonnant.
    Vous avez tiré le quatre. C’es de bonne augure, vous avez choisi la stabilité.
    En même temps, une musique vibration mélodique exprimant un éloge respectueux de la nature qui respire au rythme du coeur dans un espace qui réverbère le son. Soudain, je fus transporté, destiné à sorir la carte bleue.. — Laissez-vous aller, dit la dame, détendez-vous, aujourd’hui, toutes les émotions sont en solde. L’IA va vous sortir toute la gamme de vos couleurs préférées. Avec ces couleurs, elle va vous exécuter ce dont vous rêvez le plus en ce moment.
    Voilà, je vous laisse découvrir le magasin. Vous avez toutes sortes de jeux vidéo et traditionnels avec lesquels vous pourrez évaluer vos émotions. Il vous appartient de les maîtriser. Vous pourrez ainsi vous décrocher de toutes vos addictions.

  8. Gilaber dit :

    D’ordinaire, en France, le Black Week débute fin novembre et, pour cette année, il était fixé au vendredi 27 novembre… Cependant, compte tenu du mauvais résultat économique du pays généré par la crise du détroit d’Ormuz, le gouvernement avait autorisé que la date soit avancée au vendredi 11 septembre…

    Le célèbre « Supermarché Cash Émotions » affichait à longueur d’année des ventes flash sur une large gamme d’émotions. Mais, pour célébrer le Black Week, depuis plus d’une semaine, des affiches annonçaient des offres promotionnelles à -50 %, -60 % et même -70 %…

    Ne souhaitant pas rater ces formidables promotions, je me suis rendu au supermarché une heure avant l’ouverture. J’avais bien fait : la file d’attente s’étirait déjà sur 300 mètres, encadrée par un cordon d’agents de sécurité qui veillait au bon ordre afin d’éviter les coupe-files.

    Une fois à l’intérieur, les clients se ruèrent sur les caddies. Certains étaient venus en famille afin de ne rien rater des émotions en libre-service, parents et enfants s’en emparant individuellement, comme s’ils allaient faire leurs courses pour plusieurs mois.

    Diffusée par la sono, une voix métallique dirigeait la foule en annonçant les étages où étaient réparties les différentes promotions. Ceux qui avaient une idée bien précise se précipitaient vers les escalators, créant un bouchon de caddies aux pieds des marches. Des clients commençaient à s’invectiver, tandis que d’autres renversaient des caddies pour se créer un passage. Les agents de sécurité se hâtaient de réguler la circulation et de ramener le calme.

    Moi qui venais surtout pour profiter des promotions, je ne savais pas encore exactement ce que j’allais acheter. Mon regard fut attiré par les affiches aux couleurs flamboyantes qui se balançaient au gré du courant d’air.

    Je parvins péniblement au deuxième étage, guidé par l’affiche annonçant le « rayon de la Joie », garantissant le « Sentiment de bonheur, de satisfaction ou de plénitude… » à -50 %.

    « Voilà une affaire ! Encore faut-il savoir combien de temps elle peut se conserver », pensais-je, juste à l’instant où un vendeur me lança :
    — Vous en prenez combien ?

    Ne manquant pas d’enthousiasme et de sérénité, je répondis :
    — Je ne sais pas. Je vais déjà essayer une petite joie pour voir.

    En face, une flèche rouge indiquait -70 % au-dessus du rayon de « La Tristesse ».

    — Pourquoi la tristesse est-elle moins chère que la joie ?

    Le vendeur, qui ne m’avait pas quitté d’une semelle, répondit avec le plus grand sérieux :
    — C’est une promotion très avantageuse, parce qu’elle part beaucoup moins vite.

    Je me détournai, croisant sur mon chemin un garçonnet qui implorait sa mère :
    — Maman, tu devrais encore en prendre deux !
    — Non Évan, il en reste de la fois précédente.

    Je me retrouvai ensuite devant le rayon de « La Peur ». Très peu de clients en faisaient le tour. Il faut dire qu’elle faisait tellement partie de notre quotidien que je me demandais si une promotion à -60 % servait encore à quelque chose. Personnellement, une telle réduction sur la peur m’inquiétait déjà fortement.

    Soudain, des cris captèrent mon attention. Un client gesticulait devant le rayon où « La Colère » devait être en promotion, mais celui-ci était vide :
    — Je ne comprends rien à cette organisation. Appelez-moi le directeur !

    Une vendeuse tenta de le calmer :
    — Monsieur, le rayon est vide parce que « La Colère » n’est tout simplement pas en solde ! Il nous a semblé qu’il n’était pas nécessaire d’en rajouter.
    — Ah, oui, pardon… je comprends… et vous avez parfaitement raison. Je vais prendre autre chose.

    Tout en me demandant ce qu’il allait prendre à la place, je me retrouvai devant « La Surprise ». Une grande affiche la signalait avec un gigantesque point d’exclamation.

    — Combien coûte-t-elle ? Ce n’est pas précisé…
    — Vous le saurez à la caisse, monsieur, me répondit une jeune vendeuse avec un large sourire.
    — Et si elle ne me plaît pas ?
    — Dans ce cas, ce ne sera plus une surprise.
    — Et si elle est mauvaise ?

    La vendeuse me regarda avec son large sourire :
    — Monsieur, une mauvaise surprise reste une surprise.

    Je préférai ne pas insister et poursuivis mes achats.

    Au troisième étage, je tombai sur le rayon du « Dégoût », judicieusement placé en travers de l’allée centrale : impossible d’y échapper.

    J’y trouvai le dégoût léger, le dégoût profond, le dégoût absolu et, plus inattendu, le dégoût « familial »… ainsi que celui dans l’air du temps : le dégoût bio.

    Il y en avait pour tous les goûts.

    La promotion était tellement intéressante que j’hésitai entre le dégoût léger et le bio. Finalement, je repartis avec le premier.

    Mon dégoût léger sous le bras, je découvris ensuite un espace consacré aux émotions secondaires.

    Une immense pancarte annonçait :
    GRANDE BRADERIE DES RELATIONS HUMAINES
    Lots exceptionnels jusqu’à -70 % !

    Le « Pack Relations humaines » regroupait la Compassion, la Sympathie et l’Amour. La Gratitude était offerte pour tout achat du lot.

    Un peu plus loin, le « Lot Malaise » proposait Honte, Embarras et Culpabilité à -70 %. Une dame devant moi en prit deux :
    — Vous en avez vraiment besoin de deux ?

    Elle me regarda avec embarras :
    — Je ne sais pas… mais je culpabilise de n’en prendre qu’un.

    Je poursuivis mon chemin.

    Le rayon suivant proposait :
    ENVIE + JALOUSIE
    La deuxième à moitié prix !

    Un client demanda au vendeur :
    — Pourquoi la Jalousie est-elle plus chère que l’Envie ?
    — Parce qu’elle nécessite généralement une autre personne.
    Je trouvai la réponse suffisamment convaincante pour ne pas discuter.

    Plus loin, deux pancartes se faisaient face :
    ESPOIR — -30 %
    DÉSESPOIR — -70 %

    Le rayon du Désespoir était presque vide.

    Une dernière affiche indiquait :
    MÉFIANCE — -60 %

    Curieusement, toutes les boîtes étaient enfermées dans des vitrines.

    — Pourquoi les mettez-vous sous clé ?

    Le vendeur me regarda avec méfiance :
    — Parce que nous ne faisons pas confiance aux clients.

    Après avoir fait le tour des différents rayons, je me dirigeai enfin vers les caisses. Mon caddie contenait quelques émotions que je n’avais pas vraiment prévues d’acheter, mais les promotions avaient été trop intéressantes pour que je puisse y résister.

    La caissière passa mes achats devant le lecteur :
    — Un Dégoût léger… une Surprise… un peu de Joie… et deux émotions dont je ne connais pas la provenance.

    Elle me montra les deux dernières boîtes :
    — Celle-ci est de la Jalousie et celle-là de la Culpabilité.
    — Mais je n’ai jamais pris ça !

    Elle consulta son écran :
    — Pourtant, elles sont bien dans votre caddie.

    Je regardai autour de moi. Les clients derrière moi commençaient à s’impatienter :
    — Et combien dois-je ?

    La caissière me tendit le ticket.
    Le montant me parut étonnamment élevé :
    — Je croyais que tout était en promotion !

    Elle me regarda avec un sourire commercial :
    — Monsieur, les prix sont soldés. Pas les émotions.

    Je payai sans discuter.
    En sortant du magasin, je me demandai si j’avais vraiment fait de bonnes affaires.
    Je vérifiai mon ticket.

    Au bas de la facture, une dernière ligne était inscrite :
    « Émotions personnelles : non remboursables. »

  9. camomille dit :

    Ah les émotions quelle galère !
    Hé oui… Je suis alexithymique.
    C’est-à-dire qu’il m’est impossible d’exprimer mes propres émotions.
    Je vis avec ce dysfonctionnement comme je peux et ma fiancée a l’intelligence de comprendre que je l’aime sincèrement, même si je ne peux pas lui manifester mon amour d’une façon classique.
    Nous avons finalement fixé la date de notre mariage !!! Yeeees !!!
    Sur ces entrefaites, j’ai appris qu’un magasin où l’on trouve toute une gamme d’émotions,venait de s’ouvrir dans notre ville.
    Je me suis dit que ça risquait de me rendre service pour le jour des noces notamment.
    Un vrai régal ce magasin : j’ai craqué sur une boite « joie », une boite « colère » et une boite « tristesse ». (ça peut toujours servir)
    Mais le jour J, catastrophe ! Dans la précipitation, j’ai avalé les pilules « tristesse » au lieu de « joie » et pour la première fois de ma vie j’ai pleuré tout mon saoul. (j’avoue que ça m’a fait du bien) et je recommande particulièrement ce magasin.
    C’est donc en sanglots que j’ai répondu au Maire : « OUI ! »
    C’est donc en sanglots que j’ai fait danser ma chérie,
    C’est donc en sanglots que j’ai remercié nos invités,
    et c’est là que j’apprends que ma femme pleure dans un coin et qu’elle est inconsolable ?
    Pourtant, je ne lui avais pas fait avaler de pilules ?
    Ah ! Les femmes… Difficile à comprendre finalement !

  10. Rose Marie Huguet dit :

    Comme beaucoup, il y a des petits trucs qui en moi me dérangent. Certes, certains peuvent être changés, améliorés, travaillés, mais comme toute bonne résolution du 1er janvier, peu de choses changent soit par fainéantise, soit parce que l’on se dit que tout compte fait ce n’est pas si grave.

    Malgré tout, il y a des points qui titillent et finissent par agacer. Alors, le jour où j’ai découvert ce magasin proposant un vaste choix d’émotions, je me suis dit : pourquoi pas.
    Timide, un peu peureuse même si en serrant les dents j’arrive à me dominer d’un peu, j’aimerais bien être moins coincée, plus hardie.

    Waouh ! En entrant je me suis crue plongée dans une pharmacie d’un autre temps. Les murs étaient recouverts d’étagères sur lesquelles trônaient des bouteilles et des pots anciens.
    Les étiquettes indiquaient le contenu : joie, jalousie, mépris, colère, espoir, dégoût et j’en passe à consommer sous forme de tisane.

    J’ai oublié de mentionner que je suis également méfiante. Comment une plante pourrait-elle transformer ma timidité en audace, ma peur en bravoure ? Quel dosage ? Effet permanent ou faut-il sacrifier ses vacances pour poursuivre la thérapie ? Si le résultat n’est pas celui souhaité, que fait-on ? Un antidote ? Serais-je sûre de me retrouver telle que j’étais avant ?

    Rayon des soldes. Voyons voir ce qui ne trouvait pas grâce aux yeux des clients. Étrange mélange. La joie côtoyait la tristesse, l’embarras la colère, la sympathie le dégoût…

    Ma tête tournait à plein régime. Non, définitivement non ! Pas de plantes, pas de blablabla.
    Je suis comme je suis. On m’apprécie ainsi ou pas, mais qu’importe. Si je veux améliorer mes points faibles, je le fais avec ma volonté, ma rage de changer. Je peux le faire sans gris-gris.
    Des années que j’avance, que j’apprends de mes erreurs, des coups reçus. Alors même soldées, les émotions artificielles vendues au gramme, je les laisse à ceux qui ne connaissent pas le trésor qu’ils portent en eux et qui cherchent le chemin de la facilité.

  11. CATHERINE M.S dit :

    Allez savoir pourquoi
    Sans raison, comme ça
    Me fiant au hasard
    Je suis rentrée dans un bazar
    Sorte de cabinet de curiosités
    Qui m’a d’emblée charmée
    Sur les étagères
    Recouvertes de poussière
    J’ai déniché quelques trésors
    Pas chers
    Qui se fondaient dans le décor
    Alors j’ai craqué
    Pour un objet insolite
    A six euros dix-huit
    Une affaire !
    Le vendeur l’a emballé
    Dans un papier déjà tout froissé
    Et m’a félicitée
    Pour mon choix
    Avec ça vous êtes parée
    A toutes les éventualités
    Je suis rentrée chez moi
    Le paquet mal ficelé
    Sous un bras
    Je l’ai déballé
    Posé sur la cheminée
    Contemplé …
    C’était une roue des émotions
    Que je pouvais tourner à ma guise
    Changeant ainsi mes émois et sentiments
    Sur-le-champ
    Quelle sensation exquise !
    Le vendeur avait raison.

  12. 🐁Souris verte dit :

    824e Dans cette ville inconnue je passais devant une vitrine un peu surprenante à savoir qu’elle ne prenait rien et que le fond n’était qu’une grande tenture d’une couleur indéfinissable.
    Le nom du magasin aussi s’affichait en lettres changeantes selon la lumière et la façon dont on la regardait : AUX EMOTIONS.
    Déjà la première marche qui était ronde soit vous propulsait au mieux vous obligeait à rétablir votre équilibre.
    Dans un intérieur sombre les murs étaient tapissés de tiroirs du sol au plafond. Il suffisait d’en regarder un pour qu’il clignote en s’ouvrant légèrement.
    La joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût, la surprise et le mépris…
    On ne va pas tous les faire ?
    La lignée des «PEURS ET CRAINTES» était impressionnante : la peur bleue, blanc de peur, le noir évidemment et tirait vers le gris de « peine» et vers le milieu les craintes… plus sournoises parce qu’à peine esquissées.
    On passe les PLEURS
    Pour aller aux
    SOURIRES
    Ah les fameux sourires : les en coin qui en disent long, le franc qui ne l’est pas tant ça! Le faux-cul qui t’embobline et sait qu’il t’aura… le mieux, le plus spectaculaire : l’africain qui n’hésite pas à montrer les dents.
    Puis LES RIRES
    Ça me rappelait les fameuses boîtes à rire de ma jeunesse… je dis bien ma jeunesse car même ça on ne les commercialise plus ce serait incongru ! qui a envie de rire maintenant je vous le demande ?
    … je vous passe le rire «gras» ! Le rire gêné, l’aigrelet, le fluté plus prêt du pet qui s’évacue en douce, le pire : celui de certitude ! J’ai refermé le tiroir tout de suite moi qui suis toujours assise entre deux chaises. Je cherchais ceux de «CONFIANCE» et je ne suis pas déçue ! Je passais la confiance dite «aveugle», la relationnelle notée par une poignée de mains, qui peut glisser vers l’affective qui affiche un cœur bleu ou rose selon le genre. Enfin y’en avait aussi des mauves pour les mi-figue mi-raisin.
    Puis enfin les JOIES !
    J’y étais ! J’ai bien passé un heure à m’esbaudir tant il y en avait la joie spontanée celle qui vient d’un bon mot d’une, la joie profonde question de nature non ,et la joie de l’instant dans le cas d’une situation cocasse..
    Je les prenais toutes sans distinction avec en plus dans la musette le sourire africain… même s’il montre ses dents il ne me mangera pas !🐁

  13. Nadine de BERNARDY dit :

    Quand j’ai vu la pub dans le journal je me suis dit :
    émotions en soldes, n’importe quoi! Même en soldes, c’est pas moi qui paierai pour ça !
    Moi qui n’avais pas pleuré ni rit ou pis encore, depuis tant d’années, qui n’aimais ni ne détestais personne, satisfaite dans ma solitude .
    En passant un jour devant le magasin j’ai vu l’annonce :
    Dernière démarque, plus que 48 heures pour profiter de nos offres.
    Par simple curiosité je suis entrée, une aimable vendeuse m’a proposé son aide.
    – Non merci, je viens juste pour regarder.
    J’ai vu toutes ces émotions bien rangées sur des étagères. Certaines dont je ne soupçonnais pas l’existence ! Me dirigeant vers les promotions, je vis qu’il ne restait pas grand chose, à croire que les gens avaient besoin de s’émouvoir à bon compte.
    Cependant,prise de je ne sais quelle impulsion,je glissais dans mon vieux cabas joie, chagrin pour faire bonne mesure,la tendresse, pas mal celle là, puis piochais sans retenue au hasard dans ce qui restait et me dirigeais, l’air dégagé vers la sortie.
    La vendeuse demanda:
    – Vous n’avez rien trouvé qui vous convenait ?
    – Non, j’ai déjà tout cela en stock répondis je avec un sourire mielleux
    Arrivée sur le trottoir mes joues rougirent, de honte ! J’avais volé, menti sans vergogne! J’éprouvais une émotion !
    Rentrée chez moi je déballais mon butin, choisissant mes préférences, à tester avec précaution sous peine d’être submergée après ces années de vide émotionnel.
    Aujourd’hui je vis, j’ai des amis et peut être même plus si affinité avec ce veuf timide qui danse si bien….
    Conclusion :
    Bien mal acquis profite toujours à qui sait l’utiliser à bon escient.

  14. Nicolas dit :

    J’ai fini par craquer, oui, parce que mon naturel est plutôt réservé. Il me fallait une émotion démonstrative, explosive, qui me fasse sortir de mes gonds.

    Bien sûr j’aurais préféré la joie, la seule émotion positive. La question m’a toujours taraudé de savoir pourquoi elle est unique dans sa catégorie. Une psy m’a expliqué que c’est l’état de départ, celui de l’équilibre et de la béatitude, l’Éden, quoi ! Toutes les autres émotions ne font que nous sortir de ce paradis, en perturbant notre félicité, dans le but de nous pousser à revenir vers cet état de départ.

    La peur, la tristesse sont tellement communes, nous y sommes habitués. Mais la colère fait peur aux autres, elle peut être dévastatrice et personne n’en veut, à part les psychopathe, peut-être. J’ai donc craqué pour la colère, qui était bradée après trois baisses de prix successives. Par précaution, j’ai pris une assurance contre la casse et le crime. Très heureux de mon acquisition, et peu habitué à exprimer cette émotion de par ma timidité maladive, je me suis surpris moi-même dès la sortie du magasin.

    J’ai d’abord montré mon hostilité à un passant qui marchait trop près de la devanture et m’avait bousculé en sortant. Il m’a expliqué qu’il avait pris l’habitude de raser les murs, de peur que le ciel ne lui tombe sur la tête. Ensuite, j’ai engueulé le chauffeur de bus parce qu’il avait cinq minutes de retard. Il m’a répondu qu’un passager du tram s’était jeté sur les voies, que cela avait créé un embouteillage, et beaucoup de tristesse. Arrivé chez moi, je me mis en colère en trouvant du bazar et des gamins partout. Ma femme me rappela que c’était aujourd’hui l’anniversaire de notre fils. J’avais oublié..

    Alors, pour évacuer la vague de colère qui me submergeait, j’ai pris un couteau dans la cuisine, suis redescendu dans la rue pour tuer le premier venu. Il fallait ça pour écouler ce trop-plein, acheté en solde. Je remontais chez moi l’esprit tranquille et dans la joie retrouvée de cet anniversaire à fêter. Je me foutais pas mal du mort en bas, mon assurance me couvrait pour ça. J’avais bien fait de la prendre. N’empêche, je tire une morale de tout cela. La colère est mauvaise conseillère, même soldée à moitié prix. Il vaut mieux choisir ses combats.

  15. 🐻 Luron'Ours dit :

    Vous vous êtes rendu dans un magasin où l’on trouve toute la gamme des émotions. Certaines étaient soldées
    Montée en puissance
    L’échoppe s’intitule »Au ras des pâquerettes », elle propose,indispose.
    Vous entrez tel qu’en vous même vous persévérez dans votre être et Krack un je ne sais quoi vous interpelle ! Derrière les étiquettes rien de matériel !Du rien à l’état pur… Comme en devanture la clientèle s’affiche, arrogante, impatiente devant un bac, combien ces cravates soldèes ? À leur façon,vectrices d’émotions dans un chatoyement musical.e
    Elles montent en gamme sans façon : matière,motif, répertoire modal.Du fond de la boutique, tout en courbettes, un lévantin prêt à marchander… Je suis transporté et pour deux drachmes je danse le sirtaki, j’en sors honteux comme un renard qu’une pintade aurait pris*🐻

  16. Jean Marc Durand dit :

    Ce matin j’ai feuilleté le catalogue automne de chez PAPOU, le grand discounter international de nos émotions primaires. Il y en avait pour toutes les humeurs. La plupart s’avéraient soldées, histoire de mieux les faire circuler. Et ne brade-t-on pas ce qui n’a plus court ?

    Finalement j’ai craqué pour le panier hebdomadaire.

    Pour le lundi, un médaillon de joie, histoire de se réjouir d’un tout petit rien, un pas grand-chose, une évidence rance, le chant déraillant mais toujours présent de l’oiseau.

    Pour le mardi, une pincée de tristesse, le regard torve sur la démarche bancale du monde, les pichenettes joueuses des pousseurs de pions vers des accords de paix.

    Pour le mercredi, une tourte de colère à maudire les chasseurs cherchant toujours à empailler les cendres du cerf, à réguler la diversité, à rajouter du plomb aux paysages déjà plombés.

    Pour le jeudi, une tranche de peur à slalomer entre les trottinettes électriques, ces moustiques de la circulation urbaine, sans casque, sans ailes, sans règles, sans vie de secours.

    Pour le vendredi, un bigoudi de surprise, ma capacité à encore savoir cuisiner le gratin de céleri aux anchois avec ses 3 gousses d’ail en purée et surtout, la pincée de noix de muscade.

    Pour le samedi, un feuilleté de dégoût à compulser les listes d’illusions tâchées, les catalogues d’épreuves à soupeser, le tableau déchiré des mortelles espérances.

    Et le dimanche, le dimanche, rien…une péniche de nonchalance, une balance de narcolepsie, une vaste planche en plein centre du lac de mes lassitudes, à attendre, peut-être, qu’un signe vienne nicher, sur ma ligne de flottaison.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.